15

ARAGOG

L'été annonçait son arrivée : le ciel et l'eau du lac avaient pris la même couleur bleu pervenche et des fleurs grosses comme des choux avaient éclos dans les serres, mais l'absence de Hagrid dans le parc se faisait sentir. Fidèle à l'une des dernières demandes du garde-chasse, Megan se rendait une fois par jour à la cabane pour nourrir Fang et le faire sortir dans le parc sous les regards inquiets des élèves. Et à l'intérieur du château, c'était pire encore. Megan, Ron et Potter avaient essayé d'aller voir Hermione, mais les visiteurs étaient désormais interdits à l'infirmerie.

- Nous ne voulons plus prendre de risques, leur avait expliqué Madame Pomfrey. L'agresseur pourrait revenir achever nos malades.

Avec le départ de Dumbledore, la peur était à son comble à Poudlard et le soleil qui baignait de sa tiédeur les murs du château semblait incapable de réchauffer l'atmosphère. Les visages étaient inquiets, tendus et lorsqu'il arrivait qu'un rire retentisse dans un couloir, il paraissait si aigu, si peu naturel, qu'il s'étouffait très vite.

Les dernières paroles de Dumbledore avant de quitter l'école n'avaient aucun sens. « Je n'aurai véritablement quitté l'école que lorsqu'il n'y aura plus personne pour me rester fidèle… À Poudlard, une aide sera toujours apportée à ceux qui la demandent. » Megan y pensait jour et nuit, mais l'absence de Dumbledore était certaine, et elle savait qu'aucune aide ne viendrait : ils étaient seuls, et avec un monstre que rien n'arrêtait depuis cinquante ans.

L'allusion de Hagrid aux araignées était beaucoup plus facile à comprendre. L'ennui, c'était qu'apparemment, il ne restait plus la moindre araignée dans le château. Partout où ils allaient, Megan et Potter, aidés de loin de Ron, s'efforçaient d'en trouver. Bien entendu, l'interdiction faite aux élèves de se promener tous seuls les gênait dans leurs recherches. Ils devaient à présent se déplacer en groupe. La plupart de leurs condisciples paraissaient satisfaits d'être ainsi menés de classe en classe par leurs professeurs, comme un troupeau, mais Megan trouvait ce système exaspérant.

Il y avait pourtant quelqu'un que cette atmosphère de terreur et de suspicion semblait ravir : Draco arpentait les couloirs d'un pas conquérant, comme s'il venait d'être nommé préfet-en-chef. Megan savait parfaitement ce qui le réjouissait tant : depuis des années, les Malfoy répétaient que Dumbledore était un vieux sénile et le pire directeur qu'ait connu Poudlard, et Lucius avait toujours eu pour objectif de lui faire quitter son poste. Maintenant, c'était chose faite.

- Monsieur, dit Draco durant le cours de potions qui eut lieu deux semaines après le départ du directeur. Pourquoi ne seriez-vous pas candidat au poste de directeur ?

- Allons, allons, Malfoy, répondit Snape en laissant un sourire s'esquisser sur ses lèvres minces. Le professeur Dumbledore a été seulement suspendu par le conseil d'administration. Je ne doute pas qu'il sera bientôt de retour parmi nous.

- Si vous étiez candidat, vous auriez sûrement le vote de mon père, dit Malfoy avec un sourire entendu. Je vais dire à mon père que vous êtes le meilleur professeur de l'école, Monsieur.

Snape sourit à son tour en se dirigeant vers une autre table. Il n'avait pas vu Seamus Finnigan qui faisait semblant de vomir dans son chaudron. Megan savait que tous les votes du conseil d'administration étaient influencés par Lucius si Snape se présentait, il serait le nouveau directeur de Poudlard. Megan se demanda comment les choses tourneraient pour elle si ce changement avait lieu. Une chose était sûre, Potter aurait la vie dure.

- Ça m'étonne que les Sang de bourbe n'aient pas déjà fait leurs valises, reprit Draco. Je parie cinq Gallions que le prochain va mourir. Dommage que ça n'ait pas été Granger...

La cloche sonna au même moment. C'était une chance : en entendant les dernières paroles de Draco, Megan et Ron avaient bondi de leurs chaises, mais dans la mêlée des élèves qui se hâtaient de ramasser leurs affaires, leur tentative de se ruer sur Draco passa inaperçue.

- Lâchez-moi, grogna Ron à Potter et à Thomas qui le retenaient chacun par un bras. Je m'en fiche, je n'ai pas besoin de ma baguette, cette fois-ci, je vais le tuer à mains nues...

Megan voyait rouge, et sans les apprentissages de Dumbledore pour le contrôle de ses émotions, Draco aurait pu subir de sévères dommages. Le sujet de Hermione était trop sensible, surtout que c'était en suivant Draco qu'elle avait laissé Hermione seule.

- Allons, dépêchez-vous, aboya Snape, il faut que je vous emmène au cours de botanique, maintenant.

Le sorcier les conduisit en rang par deux jusqu'à la porte du château et ils traversèrent le potager en direction des serres.

Le cours de botanique ne fut pas très animé. Il manquait à présent deux élèves : Justin et Hermione. Ron, Potter, Macmillan et Hannah Abbott firent équipe pour tailler les plantes que leur avait confiées le professeur Sprout. Megan, enfermée dans le silence et le visage sombre, fit équipe avec Finnigan, Thomas et Longbottom.

- Au fait, Meganna…, commença Finnigan en prenant visiblement son courage à deux mains. On voulait te dire qu'on est désolés pour Hermione.

La jeune fille serra les dents en se concentrant sur son travail pour ne pas se blesser avec son sécateur. Longbottom lui jeta un regard craintif, mais elle n'affichait aucune agressivité. Elle ne répondit pas, mais son signe de tête et son lourd silence suffirent aux trois garçons pour comprendre qu'elle appréciait leur attention, dans la mesure de ses capacités émotionnelles.

À la fin du cours, le professeur Snape les conduisit dans la salle où devait avoir lieu le cours de Défense contre les Forces du Mal. Alors que le groupe traînait des pieds pour entrer dans la classe, Ron fit un signe à Megan. Trainant des pieds, elle le rejoignit en queue de file où ils pourraient parler sans être entendus des autres.

- J'ai vu des araignées, annonça Potter. Elles allaient vers la Forêt Interdite.

Ron grimaça, et Megan l'ignora. Ils tenaient enfin l'ombre d'une piste.

- On va de nouveau se servir de la cape d'invisibilité, poursuivit Potter. On pourrait emmener Fang avec nous. Il a l'habitude d'aller dans la Forêt Interdite avec Hagrid. Peut-être qu'il nous sera utile.

- D'accord, répondit aussitôt Megan, sa témérité naturelle amplifiée par l'envie de vengeance.

Peu importe où les mènerait l'indication étrange de Hagrid, elle voulait faire quelque chose.

- Oui…, dit Ron en tournant sa baguette entre ses doigts d'un geste nerveux. Mais il paraît qu'il y a des… heu… des loups-garous dans la forêt, c'est ce qu'on dit, non ? ajouta-t-il alors qu'ils s'asseyaient à leurs places habituelles dans la salle de classe de Lockhart.

Potter esquiva la question :

- Il y a aussi des créatures plus fréquentables dans la forêt. Les centaures, par exemple, ou les licornes.

Ron n'était jamais allé dans la Forêt Interdite. Megan y avait pénétré une fois, l'an passé, avec Potter, Draco et Longbottom. Et cette nuit-là, elle s'était retrouvée pour la première fois à proximité de Voldemort.

Lockhart entra dans la classe d'un pas bondissant et tout le monde le regarda avec des yeux ronds. Les autres professeurs avaient l'air plus sombre que jamais, mais Lockhart, lui, semblait enchanté.

- Allons, pourquoi ces mines sinistres ? s'écria-t-il en adressant à la classe un sourire rayonnant.

Les élèves échangèrent des regards exaspérés, mais personne ne répondit. Megan serra sa baguette dans la paume de sa main.

- Voyons, vous ne vous rendez pas compte, dit Lockhart en parlant lentement comme s'il s'adressait à des demeurés, que tout danger est désormais écarté ? Le coupable n'est plus là.

- Comment ça ? lança Thomas d'une voix forte.

- Jeune homme, le ministre de la Magie n'aurait pas emmené Hagrid s'il n'avait pas été sûr à cent pour cent que c'était lui le coupable, répondit Lockhart sur un ton d'évidence.

- Oh, si, il l'aurait emmené quand même, dit Megan encore plus fort que Thomas, plus hargneuse que jamais envers Lockhart.

- Je me flatte d'en savoir un petit peu plus que vous sur l'arrestation de Hagrid, Miss Buckley, répliqua Lockhart d'un ton satisfait.

Megan faillit dire qu'elle n'en était pas convaincue, mais Potter l'interrompit en lui donnant un coup de pied sous la table.

- On n'était pas censés être sur place, murmura Potter, écopant d'un regard assassin.

L'allégresse de Lockhart était écœurante. Il se comportait comme si Hagrid était un coupable évident et que tout était désormais terminé. Megan envisagea un instant d'user d'un des derniers sorts que Dumbledore lui avait appris avant de partir, et elle s'aperçut que Potter était dans le même état d'esprit lorsqu'elle vit la main du garçon s'apprêter à lancer au professeur un de ses propres livres. Mais Potter renonça et fit plutôt passer un mot à Megan et à Ron : Allons-y dès ce soir.

Megan hocha la tête sans hésiter. Ron pâlit un peu en lisant le message, mais un regard à la chaise vide d'Hermione renforça sa détermination et il approuva d'un signe de tête.

La salle commune des Gryffondor était toujours bondée à cause de l'interdiction de sortir après six heures du soir. Et comme les sujets de conversation ne manquaient pas, il n'était pas rare que nombre d'élèves y restent jusqu'à minuit. Dès la fin du dîner, Potter alla chercher sa cape d'invisibilité dans sa valise et resta assis dessus toute la soirée en attendant que la salle commune se vide. Il était plus de minuit quand Fred, George et Ginny qui étaient restés les derniers allèrent enfin se coucher.

Lorsque Megan, Ron et Potter eurent entendu les portes des dortoirs se refermer, ils s'enveloppèrent dans la cape d'invisibilité et sortirent dans le couloir. Après avoir soigneusement évité les professeurs qui continuaient de surveiller les couloirs, ils arrivèrent enfin devant la grande porte du hall d'entrée et se glissèrent sans bruit dans le parc éclairé par la lune.

- On va peut-être s'apercevoir que les araignées n'allaient pas du tout dans la forêt, même si elles en prenaient la direction... dit Ron avec une nuance d'espoir.

Ils atteignirent bientôt la cabane de Hagrid qui paraissait triste et misérable avec ses fenêtres éteintes. Lorsque Megan poussa la porte, suivie de Ron et de Potter, Fang leur fit la fête avec plus d'enthousiasme encore que d'ordinaire et se mit à lancer des aboiements joyeux qui risquaient de réveiller tout le château. Pour le faire taire, Ron et Potter lui donnèrent des caramels qui collèrent les dents du molosse et l'empêchèrent d'aboyer.

Potter posa la cape d'invisibilité sur la table. Ils n'en auraient pas besoin dans l'obscurité de la forêt.

- Viens, Fang, dit-il en le caressant, on va se promener.

Le chien bondit hors de la cabane et se précipita vers la lisière de la forêt où il leva la patte contre un énorme sycomore. Megan sortit sa baguette magique et murmura :

- Lumos !

Aussitôt, une petite lumière apparut à l'extrémité de la baguette.

- Bonne idée, dit Ron. J'aurais bien voulu en faire autant, mais dans l'état où est ma baguette... elle risque d'exploser.

Potter alluma à son tour sa baguette et donna une petite tape sur l'épaule de Ron en montrant la pelouse. Deux araignées solitaires fuyaient la lumière des deux baguettes pour se réfugier sous les arbres.

- D'accord, soupira Ron, comme s'il se résignait au pire. Je suis prêt, allons-y.

Ils pénétrèrent alors dans la forêt, accompagnés de Fang qui gambadait autour d'eux. Éclairés par les baguettes de Megan et Potter, ils suivirent une file d'araignées qui avançaient le long du chemin. Ils marchèrent ainsi pendant une vingtaine de minutes, sans échanger un mot, l'oreille tendue, à l'affût du moindre bruit anormal, et Megan guettait également le sentiment sinistre et glaçant qui l'avait alertée de la présence de Voldemort l'année passée. Les arbres devenaient de plus en plus touffus et bientôt, ils ne virent même plus les étoiles au-dessus de leurs têtes. La lune avait disparu, ils ne pouvaient plus compter que sur la lueur des baguettes magiques pour les éclairer. Soudain, ils virent les araignées changer de direction et quitter le sentier. Potter s'immobilisa et Megan plissa les yeux pour essayer de voir où elles allaient, mais les alentours étaient plongés dans d'épaisses ténèbres que les baguettes magiques ne parvenaient pas à dissiper. C'était la première fois qu'ils s'aventuraient si loin dans la forêt, et la dernière fois qu'ils y avaient mis les pieds, Hagrid leur avait fermement conseillé de ne surtout pas s'écarter du sentier. Mais peu importait à Megan les recommandations d'un garde-chasse géant emprisonné sur une île lointaine, ce soir‑là plus que jamais.

- Qu'est-ce qu'on fait ? demanda Potter aux deux autres dont les yeux reflétaient la lueur des baguettes.

- On y va, répondit Megan sans hésiter.

Et ils s'enfoncèrent dans les sous-bois, à la suite des araignées. Ils avançaient avec difficulté, à présent : des racines et des souches d'arbre à peine visibles dans l'obscurité se dressaient sous leurs pas.

Ils marchèrent péniblement pendant au moins une demi-heure, les pans de leur robe s'accrochant sans cesse dans les buissons et les branches basses. Les arbres étaient toujours aussi touffus, mais le terrain descendait maintenant en pente douce. Soudain, Fang lança un aboiement retentissant. Ron et Potter firent un bond.

- Qu'est-ce qu'il y a ? dit Ron à haute voix en scrutant les ténèbres.

- Quelque chose a bougé, par-là, répondit Megan à voix basse.

- Quelque chose de très grand..., souffla Potter. Écoutez...

Ils tendirent l'oreille. Un peu plus loin sur leur droite, la chose en question se frayait un chemin parmi les arbres en écrasant des branches basses.

- Oh, non, gémit Ron, oh, non, oh, non, oh...

- Silence, dit précipitamment Potter. Il va t'entendre.

- M'entendre, moi ? dit Ron d'une voix plus aiguë qu'à l'ordinaire. C'est Fang qu'il a entendu.

Immobiles, ils attendirent. Il y eut un étrange grondement, puis à nouveau le silence. Megan n'avait pas peur, elle était prête à se battre.

- Qu'est-ce qu'il fait ? dit Potter.

- Il doit se préparer à attaquer, dit Ron.

Ils attendirent encore quelques instants, Ron et Potter tremblant de tous leurs membres.

- Tu crois qu'il est parti ? murmura Potter.

- Sais pas…

Sur leur droite jaillit alors un rayon de lumière si puissant qu'ils durent mettre les mains en visière pour se protéger les yeux. Fang poussa un jappement et tenta de s'enfuir mais il se prit les pattes dans un buisson d'épines et se mit à japper de plus en plus fort.

- Harry ! s'exclama Ron, d'une voix soudain claironnante qui exprimait son soulagement. Harry, Megan, c'est la voiture !

- Quoi ?

- Venez !

Trébuchant à chaque pas, Megan et Ron se dirigèrent vers la lumière, suivis par Potter. Un instant plus tard, ils débouchèrent dans une clairière.

La Ford Anglia d'Arthur, vide et les phares allumés, leur apparut au milieu d'un cercle d'arbres dont l'épais feuillage formait comme un toit au-dessus d'elle. Lorsque Ron, bouche bée, s'avança dans la clairière, la voiture roula lentement vers lui. On aurait dit un gros chien vert turquoise venu accueillir son maître.

- Elle est restée ici pendant tout ce temps ! dit Ron d'un air ravi en faisant le tour de la voiture. Regarde, à force de vivre dans la forêt, elle est retournée à l'état sauvage...

- « Retournée » ? répéta Megan, sceptique.

Les ailes de la voiture étaient rayées et couvertes de boue. Apparemment, elle s'était habituée à se promener toute seule dans la forêt. Fang ne semblait pas du tout à son aise : il restait tout contre Potter en tremblant. Ce dernier remit sa baguette magique dans sa poche, imité par Megan. Avec la lueur forte des phares, ils avaient suffisamment de luminosité pour voir autour d'eux.

- Et on croyait qu'elle allait nous attaquer ! s'exclama Ron, appuyé contre la voiture qu'il caressait comme un chien. Je me demandais où elle était passée !

La soudaine clarté avait fait fuir les araignées.

- On a perdu la piste, dit Potter.

- Venez, ordonna Megan, il faut la retrouver.

Mais Ron ne répondit pas. Il resta immobile, les yeux fixés sur quelque chose derrière Potter. Son visage était devenu livide de terreur. Megan voulut se retourner, mais quelque chose de long et de poilu entoura sa taille et lui fit quitter le sol, la tête à l'envers. Autour d'elle, Ron et Potter avaient été soulevés eux aussi. Les gémissements apeurés de Fang lui parvinrent quelques instants puis s'éloignèrent alors que la chose les emmenait dans les profondeurs de la forêt. Megan, qui fermait la marche, tentait de se débattre, en vain, incapable d'atteindre sa baguette magique dans la poche de sa robe. Lorsqu'épuisée elle dut s'arrêter de gesticuler, elle s'aperçut que ce qui les avait emportés n'était autre qu'un petit groupe d'araignées de la taille d'un camion, noires, une pour chacun des quatre visiteurs indésirables de la forêt.

Il s'écoula un long moment pendant lequel les araignées avancèrent à travers la forêt plongée dans d'épaisses ténèbres. De temps à autres, Megan se concentrait pour essayer d'utiliser ses pouvoirs sans baguette comme elle en était parfois capable, mais chaque fois elle échouait, ne se sentant visiblement pas assez en danger pour que sa magie se déverse, et les pattes qui la tenaient se resserraient lorsqu'elle pensait enfin avoir réussi à se libérer. Puis l'obscurité se dissipa suffisamment pour distinguer un sol couvert de feuilles et grouillant d'araignées. Tout en gesticulant, Megan s'aperçut qu'ils venaient d'atteindre une sorte de vaste fosse dépourvue d'arbres. Les étoiles et la lune qui brillaient à nouveau éclairaient un spectacle ahurissant. Alors que les créatures qui retenaient Megan, Ron, Fang et Potter descendaient une pente escarpée en direction d'un dôme en toile d'araignée qui occupait le centre de la fosse, une centaine d'autres araignées se précipitèrent de tous côtés en agitant frénétiquement leurs pinces à la vue des proies transportées. Probablement le pire cauchemar de Ron.

Les araignées géantes lâchèrent enfin leurs proies. Les trois autres atterrirent non loin. Fang avait cessé de gémir pour ne plus faire que trembler, recroquevillé sur lui-même. Potter avait atterri à quatre pattes et semblait horrifié. Quant à Ron, il avait la bouche grande ouverte dans une sorte de hurlement muet, et les yeux lui sortaient de la tête. Megan, les dents serrées, balaya des yeux les araignées qui les entouraient pour évaluer leurs chances. Elle connaissait un sort efficace contre les araignées, mais il ne pouvait s'utiliser que sur une seule bête à la fois, et leurs adversaires étaient bien trop nombreux. Dumbledore ne l'avait pas entraînée pour ça, pourtant Potter était actuellement en danger de mort et elle avait justement promis de le protéger dans ce type de situation.

Au milieu des cliquètements bruyants des araignées, une voix se fit entendre, celle du monstre qui avait transporté Potter : « Aragog ! Aragog ! ».

Une araignée de la taille d'un petit éléphant émergea alors très lentement du dôme. Les poils de son dos et de ses pattes grisonnaient et les huit yeux de sa grosse tête repoussante étaient tous d'un blanc laiteux. La créature était aveugle.

- Qu'y a-t-il ? demanda-t-elle en agitant rapidement ses pinces.

- Des humains et un chien, cliqueta l'araignée qui avait capturé Potter.

- C'est Hagrid ? demanda Aragog en s'approchant.

- Non, des étrangers.

- Alors, tuez-les, cliqueta Aragog d'un ton agacé. J'étais en train de dormir.

- Nous sommes des amis de Hagrid ! s'écria Potter.

Les pinces des araignées cliquetèrent tout autour de la fosse. Aragog resta un instant silencieux. Megan comprit qu'elle avait en face d'elle le monstre que Hagrid avait été accusé d'avoir lâché sur les élèves cinquante plus tôt. S'il était certain que la créature était mortelle, ce n'était visiblement pas celle qui se cachait dans la Chambre des secrets.

- Hagrid ne nous a jamais envoyé d'hommes, dit lentement le monstre.

- Hagrid a des ennuis, dit Megan, le souffle court. C'est pour ça qu'on est là.

- Des ennuis ? dit la vieille araignée. Mais pourquoi vous aurait-il envoyés ici ?

- À l'école, ils croient que Hagrid a lâché un… un… quelque chose dans le château, dit Potter d'un ton tremblant. Et ils l'ont emmené à la prison d'Azkaban.

Aragog agita ses pinces d'un air furieux. Tout autour de la fosse, les autres araignées l'imitèrent. Elles produisaient un bruit qui ressemblait à des applaudissements, mais en plus inquiétant.

- Tout ça s'est passé il y a des années, dit Aragog avec mauvaise humeur. Des années et des années. Je m'en souviens très bien. C'est pour ça qu'ils l'ont renvoyé de l'école. Ils croyaient que c'était moi, le monstre qui habitait ce qu'ils appelaient la Chambre des Secrets. Ils pensaient que Hagrid avait ouvert la Chambre pour me libérer.

Megan hocha nerveusement la tête, ce n'était que la confirmation de ce qu'elle avait compris par elle-même.

- Et vous... vous n'habitiez pas dans la Chambre des Secrets ? demanda bêtement Potter.

- Moi ! s'exclama Aragog dans un cliquetis furieux. Je ne suis pas né au château. Je viens d'un pays lointain. Un voyageur m'a donné à Hagrid quand je n'étais encore qu'un œuf. Hagrid était très jeune à l'époque, mais il s'est occupé de moi, il m'a caché dans un placard de l'école, il m'a donné à manger. Hagrid est un homme généreux et c'est mon ami. Quand on a découvert mon existence et qu'on m'a accusé d'avoir tué une jeune fille, il m'a protégé. Et depuis ce temps-là, je vis ici, dans la forêt, où Hagrid vient parfois me rendre visite. Il m'a même trouvé une épouse, Mosag, et, comme tu peux le voir, ma famille s'est agrandie. Tout cela, je le dois à la bonté de Hagrid...

Potter sembla rassembler ce qui lui restait de courage.

- Alors, vous... vous n'avez jamais attaqué personne ? risqua-t-il.

Megan leva les yeux au ciel.

- Jamais ! grogna la vieille araignée. Mon instinct m'y poussait, mais par respect pour Hagrid, jamais je n'ai fait de mal à un humain. Le corps de la jeune fille qui avait été tuée a été découvert dans des toilettes. Et moi, je ne connaissais du château que le placard où j'ai grandi. Dans notre espèce, nous aimons le calme et l'obscurité...

- Mais vous savez peut-être qui a tué cette fille ? Demanda Megan qui voulait glaner au moins une information utile. Parce qu'aujourd'hui, le monstre est de retour et il s'attaque à nouveau aux élèves.

Ses paroles furent noyées dans un grand cliquetis et un bruissement de pattes qui remuaient avec colère : les énormes silhouettes noires s'étaient mises à s'agiter autour d'eux.

- La chose qui vit dans le château, dit Aragog, est une créature très ancienne que nous, les araignées, nous craignons par-dessus tout. Je me souviens comme si c'était hier d'avoir supplié Hagrid de me laisser partir quand j'ai senti que la bête se promenait dans les couloirs.

Megan hocha la tête. Ses informations confirmaient la théorie de Hermione selon laquelle le montre était un Basilic. Mais ils ne savaient toujours pas par quel moyen le serpent géant se promenait dans les couloirs.

- Mais qu'est-ce que c'est ? demanda précipitamment Potter qui n'avait pas le tiers des connaissances de Megan au sujet du monstre.

À nouveau, il y eut un cliquetis et un bruissement de pattes : les araignées semblaient se rapprocher.

- Nous n'en parlons jamais ! répliqua Aragog d'un ton féroce. Jamais nous ne la nommons ! Même à Hagrid, je n'ai jamais révélé le nom de l'atroce créature, bien qu'il me l'ait souvent demandé.

Aragog semblait fatigué de parler. Il recula lentement vers son dôme en toile d'araignée. Le cercle de ses congénères, en revanche, se resserra autour de Megan, Ron et Potter.

- Dans ce cas, il ne nous reste plus qu'à partir, dit Potter d'un ton désespéré.

- Partir ? dit lentement Aragog. Je ne crois pas...

- Mais... mais...

- Mes fils et mes filles ne font aucun mal à Hagrid car je le leur interdis. Mais si un peu de viande fraîche s'aventure jusqu'à nous, je ne peux les empêcher d'en profiter. Adieu, amis de Hagrid.

- On lui fera savoir comment vous traitez ses amis ! lui lança furieusement Megan, mais l'araignée géante ne l'écoutait plus.

Megan et Potter firent volte-face. À quelques mètres d'eux se dressait un véritable mur d'araignées dont les pinces cliquetaient avec avidité. Les yeux innombrables de leurs têtes noires et repoussantes brillaient d'une lueur gourmande… Megan sortit sa baguette, et Potter fit un geste pour l'imiter puis se ravisa, l'air résigné au combat à mains nues à la grande consternation de sa camarade.

- Arrête de faire ton Moldu ! rugit la jeune fille. Aragna Exumaï !

Un rayon de lumière rouge frappa de plein fouet la créature qui venait de tenter de se jeter sur eux, et la repoussa plusieurs mètres en arrière dans un furieux cliquettement de pinces de ses frères et sœurs. Tant que les araignées attaquaient une par une, Megan était capable de les tenir à distance, mais si elles se ruaient sur eux toutes en même temps…

Le groupe entendit soudain retentir un bruit sonore et prolongé tandis qu'une lumière intense illuminait la fosse comme un brusque incendie. La voiture d'Arthur descendait la pente à toute vitesse, pleins phares et klaxon hurlant, bousculant sur son passage les araignées qui tombaient sur le dos, agitant vainement dans les airs leurs pattes interminables. Dans un crissement de pneus, la voiture s'arrêta net devant Megan, Ron et Potter et ses portières s'ouvrirent toutes seules.

- Attrapez Fang ! hurla Potter en se ruant sur le siège avant.

Ron saisit le molosse sous son bras et le jeta à l'arrière de la voiture par la porte que Megan tenait ouverte en s'installant lui-même derrière le volant. Les portières se refermèrent aussitôt. Ron ne toucha pas à l'accélérateur, mais la voiture ne semblait pas avoir besoin de lui. Le moteur rugit et ils démarrèrent en trombe, renversant au passage d'autres araignées. L'Anglia monta la côte plein gaz, sortit de la fosse et s'enfonça dans la forêt. Indifférente aux branches qui cinglaient son pare-brise, elle se fraya habilement un passage parmi les arbres. De toute évidence, elle connaissait le chemin. Megan jeta un coup d'œil aux passagers avant via le rétroviseur. La bouche de Ron était toujours grande ouverte, mais ses yeux étaient rentrés dans leurs orbites.

- Ça va ? demanda Potter.

Incapable de prononcer un mot, Ron regardait droit devant lui. La voiture continua de foncer dans les sous‑bois, cassant au passage un rétroviseur extérieur. Sur la banquette arrière, à côté de Megan, Fang hurlait à la mort. Pendant dix minutes, ils traversèrent ainsi la forêt, secoués par les cahots, puis la végétation devint moins dense et on put de nouveau apercevoir le ciel. La voiture s'arrêta si brusquement que Ron et Potter faillirent se cogner contre le pare-brise. Ils avaient atteint la lisière de la forêt. Lorsque Megan ouvrit la portière arrière, Fang se précipita au-dehors et courut vers la cabane de Hagrid, la queue entre les jambes. Megan et Potter sortirent à leur tour mais il fallut une minute entière à Ron pour retrouver un peu ses esprits. La nuque raide, les yeux fixes, il quitta enfin son siège. Potter donna une petite tape amicale à la voiture qui recula et disparut à nouveau dans la forêt.

Potter se dirigea vers la cabane de Hagrid pour y récupérer sa cape d'invisibilité. À peine avait-il passé le seuil que Ron se mit à vomir dans le potager. Megan s'approcha de lui, compatissante : son meilleur ami venait de se retrouver face à sa plus grande peur.

- Suivre les araignées, dit Ron d'une voix faible en s'essuyant la bouche d'un revers de manche tandis que Potter revenait vers eux. Je ne le pardonnerai jamais à Hagrid. On a de la chance d'être encore vivants.

- Il devait penser qu'Aragog ne ferait pas de mal à ses amis, répondit Potter.

- C'est ça, le problème de Hagrid ! répliqua Ron. Il croit toujours que les monstres ne sont pas aussi mauvais qu'on le dit et regarde où ça l'a mené ! Dans une cellule de la prison d'Azkaban ! À quoi ça servait de nous envoyer là-bas ? Qu'est-ce qu'on a appris ?

- Que Hagrid n'a jamais ouvert la Chambre des Secrets, répondit Potter en se cachant avec Megan et Ron sous la cape d'invisibilité. Il était innocent.

- Ça alors ! s'exclama Megan. Je tombe des nues, pas vous ?

- Il a fait éclore en cachette un œuf d'araignée géante dans un placard de Poudlard, lui rappela Ron d'un ton amer. Ça ne correspond pas exactement à l'idée que je me fais de l'innocence. Comment est-ce que tu crois qu'ils se sont nourris, toutes ces années, dans la Forêt ?

- Pas avec des élèves, autant qu'on sache.

- Silence, siffla Potter alors qu'ils arrivaient devant le château.

Ils se glissèrent dans le hall d'entrée et retournèrent dans la salle commune de Gryffondor où des braises se consumaient encore dans la cheminée. Ils ôtèrent alors la cape et montèrent dans leurs dortoirs respectifs.

Megan s'allongea dans son lit, ressentant comme chaque soir l'absence de Hermione dans le lit voisin. Cette fois elles avaient vu juste en ce qui concernait le Basilic, même si restait à comprendre comment ce serpent géant se déplaçait dans l'école et pourquoi personne n'était mort. Le jour où elle avait été attaquée, Hermione avait dit avoir compris quelque chose, mais il leur était désormais impossible de savoir quoi.