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LA CHAMBRE DES SECRETS

Le sommeil de Megan fut peuplé d'araignées dotées de phares à la place des yeux, de voix glacées, d'un serpent géant qui poursuivait Hermione et plantait ses crochets dans sa chair et d'élèves transformés en statue. La jeune fille était particulièrement de mauvaise humeur lorsqu'elle descendit déjeuner le matin venu. Leur excursion de la veille avait été un fiasco total, ils n'avaient quasiment rien appris et Megan ne savait toujours pas comment le Basilic se déplaçait dans le château. Elle se demandait s'il n'était pas temps de confier la théorie du serpent aux professeurs, mais elle ne voyait pas bien ce que cela changerait de toute manière : ils ne savaient toujours pas où se trouvait la Chambre, ni qui était l'héritier de Serpentard.

Alors qu'elle longeait la Grande Salle pour rejoindre la table de Gryffondor, elle aperçut Kevan parmi les élèves de Serdaigle et ressentit l'envie d'aller lui parler. Ses parents étaient-ils des sorciers ? Était-il une cible potentielle ? Elle ne le connaissait finalement que très peu. Mais avant qu'elle ait pu se diriger vers lui, Ron et Potter lui adressèrent de grands signes pour lui faire signe de s'asseoir avec eux, l'air surexcités.

- Qu'est-ce qu'il vous arrive ? aboya-t-elle.

- Aragog nous a dit que la fille qui avait été tuée il y a cinquante ans avait été trouvée dans les toilettes, lui rappela Potter en parlant vite et à voix basse. On est certains qu'il s'agit de Mimi Geignarde.

Cette fois, le garçon parvint à attirer toute l'attention de Megan.

- Mimi Geignarde ?

Il était douloureux de l'avouer, mais ce que disait Potter n'était pas complètement idiot. Il semblait bien que le fantôme errât là depuis plusieurs dizaines d'années, et Megan ne s'était jamais demandé comment elle était morte. En fait, elle ignorait tout des fantômes du château. Comment avait-il pu ne jamais penser à les interroger ? Ils devaient tous détenir tant de secrets !

- Ça se pourrait bien, admit-elle alors.

- Quand je pense à tout le temps qu'on a passé dans ces toilettes, à quelques mètres d'elle, dit Ron en soupirant. Il suffisait de lui demander... Et maintenant...

Ils avaient déjà eu du mal à partir à la recherche des araignées sans se faire remarquer. À présent, il leur paraissait quasiment impossible d'échapper suffisamment longtemps à la surveillance de leurs professeurs pour se glisser dans les toilettes des filles, à l'endroit même où avait eu lieu la première agression. Mais pendant le cours de métamorphose, le professeur McGonagall leur annonça une nouvelle qui, pour la première fois depuis des semaines, chassa de leur esprit la Chambre des Secrets : les examens de fin d'année allaient commencer à la date du premier juin.

- Les examens ? s'exclama Seamus Finnigan. On va quand même avoir des examens ?

- Si nous faisons tout notre possible pour que l'école reste ouverte, répliqua le professeur McGonagall d'un ton sévère, c'est pour que vous puissiez poursuivre vos études. Par conséquent, les examens se dérouleront comme d'habitude et je vous conseille de réviser très sérieusement.

Megan eut une douloureuse pensée pour Hermione. Sa meilleure amie aurait été toute retournée d'apprendre qu'elle allait devoir se mettre à réviser tout le programme de l'année – qu'elle connaîtrait pourtant déjà par cœur. Megan n'était pas inquiète de cette nouvelle, mais des murmures de protestation s'élevèrent dans la classe et le professeur McGonagall fronça un peu plus les sourcils.

- Le professeur Dumbledore nous a donné pour consigne de faire fonctionner l'école le plus normalement possible, dit-elle. Ce qui signifie, est-il besoin de le préciser, que nous devons mesurer en fin d'année ce que vous avez retenu de vos cours.

Au cours de l'année, Megan en avait appris plus avec Dumbledore et Kevan qu'en classe. Elle n'avait pas de quoi se faire de souci pour les examens. Elle baissa les yeux sur les deux lapins qu'elle devait transformer en pantoufles et jeta le sort d'une voix placide. Celui-ci réussit presque parfaitement et un fin sourire se dessina sur les lèvres serrées du professeur McGonagall.


- Ça fait longtemps que je ne t'ai pas vue.

Megan était assise à la table de Gryffondor un samedi matin fin mai. La plupart des élèves dormaient encore et il n'y avait qu'une poignée de Gryffondor présents dans la Grande Salle. Peu désireuse d'affronter ses cauchemars plus longtemps et incapable de rester dans le dortoir où Hermione n'était pas, Megan s'était levée à sept heures. Kevan, lui aussi, était matinal. Il prit place à la table de Gryffondor, tournant le dos à celle de sa maison.

- J'ai été pas mal occupée, répondit Megan sans oser le regarder dans les yeux.

Ces derniers temps, ses entrevues avec Kevan lui avaient manqué. Mais avec le départ de Dumbledore, il n'y avait plus eu de leçons sur lesquelles s'entraîner, les élèves n'avaient plus aucune opportunité de se retrouver seuls dans les couloirs et Megan avait consacré tout son temps et son énergie à fouiller les rares recoins de l'école auxquels elle avait accès dans l'espoir de trouver une trace du Basilic ou, mieux, lui faire enfin face.

- Je sais qu'une des filles qui a été agressée était une de tes amies, dit Kevan d'un ton compatissant. Les jumeaux me l'ont dit.

Megan leva les yeux pour le fusiller du regard. Personne n'avait le droit de lui parler de Hermione.

- Mêle-toi de tes affaires, grogna-t-elle.

Elle sortit un livre de cours de son sac et s'y plongea. Mais Kevan ne renonçait pas facilement, au grand agacement de la jeune fille. Il souleva le livre pour en voir le titre avant que Megan ne plaque sèchement son ouvrage contre la table. Elle trouvait finalement le garçon redoutablement agaçant.

- « Sorts et enchantements niveau 3 »? lut-il. Tu es en avance sur ton programme.

- Et ?

- Je me demande pourquoi tu es à Gryffondor, avoua-t-il.

Megan leva les yeux vers le garçon. Il avait les yeux aussi verts que les siens, mais ses cheveux bruns tranchaient moins avec la couleur de sa peau, son visage était plus doux. Kevan était quelqu'un de bien, d'intègre, d'entier, quelqu'un de généreux. Megan avait parfois l'impression de regarder dans un miroir quand elle le regardait, un miroir qui refléterait tout ce qu'elle n'était pas. Mais lui n'avait aucune idée de la personne qu'il avait en face de lui.

- Je pensais que tu serais plutôt à Serdaigle, précisa-t-il.

- Le Choixpeau l'a envisagé, se remémora sombrement Megan. Il disait que j'y aurais ma place.

En y réfléchissant bien, à cette époque elle aurait préféré atterrir à Serdaigle plutôt qu'à Gryffondor. Draco l'aurait peut-être compris : elle était brillante, trop pour aller à Serpentard mais elle avait été envoyée dans la maison de Potter et des Weasley, l'adversaire légendaire de celle de Serpentard.

- Il avait raison, comme toujours, sourit Kevan. Mais tu dois être quelqu'un de très courageux, c'est la réputation de Gryffondor.

- Il faut croire…, grogna-t-elle.

Comme si sa capacité à ne pas fuir face au danger pouvait seule expliquer sa répartition dans la maison du lion et non celle du serpent. Elle n'aimait pas cette théorie.

- Kevan ! s'exclama une voix. Tu es déjà levé ? Tu viens déjeuner ?

- J'arrive, Ally.

Megan tourna les yeux vers une fille de Serdaigle qui venait d'arriver dans la Grande Salle et s'était arrêtée à leur hauteur. Grande, élancée, avec de longs cheveux blond clair et des yeux bleu azur, elle était le stéréotype de la fille parfaite. Elle resta plantée à côté de Kevan d'un air impatient.

- Ça m'a fait plaisir de te revoir, dit le jeune homme en souriant à Megan. On devrait recommencer nos soirées comme avant, non ?

De toute évidence, il en avait envie, mais Megan ne voulait plus s'amuser tant qu'elle n'aurait pas résolu le mystère du Basilic et que Hermione ne serait pas de retour.

- Impossible, répondit Megan sans hésiter. L'an prochain. Peut-être.

Il n'y eut aucune lueur de déception dans les yeux verts de Kevan, ce qui étonna Megan, mais elle non plus ne laissa rien paraître. Elle se replongea dans Sorts et enchantements niveau 3 et Kevan s'éloigna en compagnie de la magnifique Ally.


Trois jours avant leur premier examen, le professeur McGonagall s'adressa à nouveau aux élèves à l'heure du petit déjeuner.

- J'ai de bonnes nouvelles à vous annoncer, dit-elle.

Des exclamations retentirent aussitôt dans la Grande Salle.

- Dumbledore revient ! lancèrent plusieurs élèves d'un ton joyeux.

- Vous avez attrapé l'héritier de Serpentard ! s'écria une élève de Serdaigle.

- Les matches de Quidditch reprennent ! rugit Oliver, surexcité.

Lorsque le tumulte se fut apaisé, le professeur McGonagall reprit la parole :

- Le professeur Sprout vient de m'informer que les Mandragores sont enfin prêtes à être coupées. Ce soir, nous serons en mesure de ranimer les élèves qui ont été pétrifiés. L'un ou l'une d'entre eux pourra peut-être nous révéler qui les a attaqués et j'ai bon espoir que cette terrible année se termine avec la capture du coupable.

Il y eut alors une véritable explosion de joie. Si à la table des Serpentard, Draco ne participait pas à l'allégresse générale, Megan et Ron, eux, n'avaient plus été aussi heureux depuis longtemps.

- Maintenant, on n'a plus besoin de rien demander à Mimi, dit Ron. Hermione pourra sans doute répondre à toutes les questions quand elle se réveillera.

- Elle va être folle quand elle saura qu'on a les examens dans trois jours, sourit Megan, comme réanimée. Elle n'aura pas eu le temps de réviser. Il vaudrait peut-être mieux la laisser dans l'état où elle est jusqu'à ce qu'ils soient terminés.

À cet instant, Ginny vint s'asseoir à côté de Ron. Elle avait l'air tendue, inquiète, et n'arrêtait pas de se tordre les mains. Comme chaque fois, Megan ressentit cette aura familière et inquiétante qui se dégageait de la petite fille. Elle semblait avoir quelque chose de très embarrassant à leur dire, mais Megan préféra ne pas lui prêter attention, mal à l'aise comme chaque fois que la sœur de Ron était près d'elle. Elle se retourna vers Oliver pour se réjouir avec lui du fait que la capture de l'Héritier pourrait permettre que la coupe de Quidditch soit jouée de manière accélérée avant la fin de l'année. Percy arriva alors à la table, le teint pâle, le visage fatigué.

- Si tu as fini de manger, je vais prendre ta place, Ginny, dit-il. Je meurs de faim. Je viens de faire une tournée d'inspection.

Sa petite sœur se leva d'un bond, comme si elle avait reçu une décharge électrique. Elle lança à Percy un bref regard d'effroi et s'enfuit aussitôt. Le préfet se laissa tomber sur la chaise libre et prit une tasse au milieu de la table.

- Percy ! dit Ron d'un ton furieux. Elle s'apprêtait à nous dire quelque chose d'important !

Son frère, qui était en train de boire une gorgée de thé, avala de travers.

- Quel genre de chose ? demanda-t-il en toussant.

- Je lui ai demandé si elle n'avait rien vu d'anormal et elle a commencé à dire que...

- Oh, mais ça n'a rien à voir avec la Chambre des Secrets, coupa Percy.

- Comment le sais-tu ? s'étonna Ron.

- Oh, si tu tiens vraiment à le savoir, heu… voilà… L'autre jour, Ginny est tombée sur moi alors que j'étais… Enfin bon, peu importe, elle m'a vu en train de faire quelque chose et, heu… je lui ai dit de n'en parler à personne. Je croyais qu'elle tiendrait parole, mais de toute façon, ce n'est vraiment rien du tout…

Megan n'avait jamais vu Percy aussi mal à l'aise. Elle ne put s'empêcher de ricaner.

- Qu'est-ce que tu étais en train de faire ? demanda Ron avec un sourire. Vas-y, dis-nous, je te promets qu'on ne se moquera pas de toi.

Percy, lui, n'avait pas la moindre envie de sourire.

- Passe-moi les petits pains, Meganna, dit-il. Je meurs de faim.

- Seulement si tu nous racontes ce que tu as fait de si gênant, Weasley. Tu es entré dans le château sans avoir essuyé tes chaussures ? Tu es arrivé en retard à une réunion des préfets ? Tu as oublié de rabaisser la cuvette des toilettes ? Dis-moi que tu n'as pas mis les coudes sur la table pendant un repas, Molly ne s'en remettrait pas.


Hermione et les autres victimes pourraient répondre dès le lendemain à toutes les questions qui se posaient, mais Megan n'avait pas oublié la théorie de Ron et Potter selon laquelle Mimi Geignarde serait la victime du monstre cinquante ans plus tôt. Si c'était le cas, pourquoi aucun professeur ni représentant du ministère n'était-il venu l'interroger ? Si elle était bien la victime du meurtre dont on avait accusé Hagrid, pourquoi n'avait-elle pas raconté à tout le monde qu'Aragog n'était pas le monstre qui l'avait tuée ? Elle avait beaucoup de questions à lui poser et n'avait pas renoncé à l'idée de l'interroger malgré tout. Or, une occasion lui fut donnée au milieu de la matinée, alors que Lockhart les accompagnait au cours d'Histoire de la magie. Lui qui leur avait si souvent assuré que tout danger était écarté, ce que les faits avaient démenti, était à présent convaincu qu'il n'était plus besoin d'escorter les élèves entre les cours.

- Souvenez-vous de ce que je vous dis, déclara-t-il, quand ils se réveilleront, les premiers mots que prononceront ces malheureux seront : « C'était Hagrid. » Très franchement, je m'étonne que le professeur McGonagall estime encore nécessaire de prendre toutes ces mesures de sécurité.

- Je suis d'accord avec vous, Monsieur, dit Potter.

Ron fut tellement surpris qu'il laissa tomber ses livres par terre, et Megan sentit une vive douleur dans sa nuque alors qu'elle se retournait brusquement vers le garçon pour le dévisager.

- Merci, Harry, dit Lockhart d'un ton aimable. Nous autres, professeurs, avons suffisamment à faire sans être obligés en plus de vous accompagner dans les couloirs et de surveiller le château toute la nuit.

- Ça, c'est vrai, dit Ron, qui semblait avoir soudain compris quelque chose. Vous feriez mieux de nous laisser continuer tous seuls, Monsieur, nous n'avons plus qu'un couloir à parcourir.

Megan regretta de n'avoir pas eu cette idée elle-même. Visiblement, elle n'était pas la seule à avoir toujours envie de s'entretenir avec le fantôme.

- Vous avez raison, Weasley, c'est ce que je vais faire, dit Lockhart. Il vaut mieux que j'aille préparer mon prochain cours.

Et il s'en alla.

- Préparer son cours, railla Megan. Se recoiffer, plutôt.

Ils laissèrent les autres élèves de Gryffondor passer devant eux, puis ils se précipitèrent dans un couloir latéral et se hâtèrent en direction des toilettes de Mimi Geignarde.

- Potter ! Weasley ! Buckley ! Qu'est-ce que vous faites là ?

Megan, Ron et Potter se figèrent sur place. C'était le professeur McGonagall, les lèvres plus minces que jamais.

- Nous étions... nous allions... balbutia Ron. Nous allions voir...

- Hermione, acheva Megan d'un ton sûr.

McGonagall se tourna vers elle en même temps que Ron et Potter.

- Il y a un temps fou qu'on ne l'a pas vue, professeur, à cause de l'interdiction, reprit Megan, mais nous pensions lui faire une petite visite à l'infirmerie pour lui dire que les Mandragores étaient prêtes et que... qu'elle ne devait pas s'inquiéter.

La sorcière au visage sévère ne l'avait pas quitté du regard. Megan pria pour que son formidable mensonge prenne, et le professeur lui répondit d'une voix étrangement rauque :

- Bien sûr, je comprends...

Megan vit avec stupeur une larme briller au coin des yeux de McGonagall.

- Je comprends ce qu'ont dû souffrir les amis de ceux qui ont été… Je le comprends très bien. Bien sûr, Buckley, vous pouvez aller voir Miss Granger. Je vais informer le professeur Binns que vous n'assisterez pas à son cours. Dites à Madame Pomfrey que je vous ai donné mon autorisation.

Megan, Ron et Potter s'éloignèrent en écarquillant les yeux. Lorsqu'ils eurent tourné à l'angle du couloir, ils entendirent le professeur McGonagall se moucher.

- Ça, c'est vraiment la meilleure excuse que tu aies jamais trouvée, dit Ron d'un ton admiratif.

À présent, ils étaient obligés de se rendre à l'infirmerie et de dire à Madame Pomfrey que le professeur McGonagall leur avait donné la permission de voir Hermione. L'infirmière les laissa entrer à contrecœur.

- Ça ne sert à rien de parler à quelqu'un qui a été pétrifié, fit-elle remarquer.

Lorsqu'ils se furent assis devant le lit d'Hermione, Megan, Ron et Potter se rendirent compte qu'elle avait raison. De toute évidence, leur amie n'était pas en état de s'apercevoir qu'elle avait de la visite. Ils auraient pu tout aussi bien s'adresser à l'armoire avec le même résultat. Mais Megan fut tout de même touchée de voir enfin sa meilleure amie après tout ce temps, bien que contempler son corps figé et ses yeux vitreux soit particulièrement perturbant.

- Je me demande si elle a vu son agresseur, dit Ron en contemplant avec tristesse le visage d'Hermione. S'il a attaqué ses victimes par-derrière, personne ne pourra dire de qui il s'agit...

- Je ne crois pas que les attaques aient eu lieu par derrière…, commença Megan, mais elle s'interrompit en baissant les yeux sur la main droite de son amie.

Elle fronça les sourcils. Il y avait un papier froissé entre les doigts crispés. Après un coup d'œil par-dessus son épaule pour s'assurer que Madame Pomfrey ne se trouvait pas à proximité, elle montra le papier aux deux autres.

- Essayez de le prendre, murmura Ron en déplaçant sa chaise pour cacher Potter.

La tâche ne fut pas aisée. Le poing d'Hermione était tellement serré qu'il semblait impossible de lui arracher le papier sans le déchirer. Potter dut tirer, tourner, tordre la feuille de papier pendant cinq bonnes minutes avant de parvenir enfin à la dégager. C'était une page arrachée à un vieux livre de la bibliothèque. Potter le défroissa rapidement et la lut en même temps que Megan et Ron :

De tous les monstres et créatures qui hantent nos contrées, il n'en est guère de plus étrange ni de plus mortel que le Basilic, connu également sous le nom de Roi des Serpents. Ce reptile, qui peut atteindre une taille gigantesque et vivre plusieurs centaines d'années, naît d'un œuf de poulet couvé par un crapaud. Pour tuer ses victimes, la créature recourt à une méthode des plus singulières : outre ses crochets venimeux, le Basilic possède en effet des yeux meurtriers qui condamnent à une mort immédiate quiconque croise son regard. Il répand également la terreur parmi les araignées dont il est sans nul doute le plus mortel ennemi. Le monstre, quant à lui, redoute plus que tout le chant du coq qui lui est fatal si d'aventure il lui parvient aux oreilles.

Sous le texte, un mot était écrit de la main d'Hermione : tuyaux. Hermione avait compris comment le Basilic se déplaçait dans le château.

Potter semblait avoir vu la vierge, à en juger par l'expression illuminée de son visage.

- Ça y est, murmura-t-il, voilà l'explication. Le monstre enfermé dans la Chambre est un Basilic, un serpent géant ! Cette voix mystérieuse, c'est pour ça que j'étais le seul à l'entendre… Elle s'exprimait en Fourchelang...

Il se tourna vers Megan.

- Mais si tu comprends le Fourchelang aussi -

- Je l'entendais, le coupa Megan qui ne voulait pas perdre de temps.

- Quoi ? Hoquetèrent Ron et Potter.

- Pourquoi tu ne me l'as pas dit ? S'exclama Potter.

- À quoi ça aurait servi ? Écoutez, Hermione et moi on a trouvé la piste du Basilic deux jours avant qu'elle ne soit attaquée. Mais il nous manquait des éléments, c'est pour ça qu'elle avait besoin de ce livre.

- Et vous avez gardé ça pour vous ? Demanda Ron, bouchée bée. Vous n'avez rien dit ! Et toi, après qu'Hermione...

- Je n'étais pas sûre ! Je ne suis pas allée à la bibliothèque avec elle, on cherchait à savoir comment le Basilic se déplaçait dans l'école, et elle l'a compris ce jour-là mais elle a été attaquée avant d'avoir pu nous le dire…

- Pourquoi tu n'es pas allée à la bibliothèque avec elle ? Demanda Potter d'un ton méfiant. Tu lui avais couru après, non ? On n'a jamais reparlé de ce jour-là...

- Quelqu'un m'a distrait et je suis allée au match ensuite. Inutile de me dire que j'aurais pu lui éviter d'être attaquée, je m'en veux déjà assez comme ça ! Maintenant regardez :

Elle désigna les lits autour d'eux.

- Le Basilic tue par son simple regard. Mais personne n'est mort, parce que personne ne l'a regardé droit dans les yeux. Creevey l'a vu à travers un appareil photo. Le regard du Basilic a dû brûler la pellicule, mais le gamin n'est pas mort : il a été seulement pétrifié. Finch-Fletchey, lui, a dû voir le Basilic à travers Nick Quasi-Sans-Tête. Nick a pris le regard de plein fouet, mais il ne pouvait pas mourir une deuxième fois. Et quand on a trouvé Hermione et la Serdaigle, il y avait un miroir à côté d'elles. Hermione savait que le monstre était un Basilic et elle savait que les reflets n'étaient pas mortels, on en avait parlé. Je parie qu'elle a conseillé à la première personne qu'elle a rencontrée de regarder avec un miroir si la voie était libre avant de tourner un angle de mur ! Alors, cette fille a sorti son miroir et…

Ron la regardait bouche bée.

- Et Mrs Norris ? murmura-t-il.

Potter réfléchit un instant.

- L'eau…, dit-il. L'inondation qui venait des toilettes de Mimi Geignarde. Mrs Norris n'a dû voir que le reflet de la créature dans la flaque… Le monstre, quant à lui, redoute plus que tout le chant du coq qui lui est fatal, lut-il à voix haute. Et les coqs de Hagrid ont été tués ! L'héritier de Serpentard n'en voulait surtout pas à proximité du château une fois la Chambre ouverte ! Il répand la terreur parmi les araignées ! Tout se tient !

- Mais comment le Basilic a pu se déplacer sans qu'on le voie ? demanda Ron. Un serpent aussi énorme... Quelqu'un l'aurait vu...

Megan montra le mot qu'Hermione avait écrit au bas de la page.

- Justement, c'était le dernier élément qui nous manquait. Les tuyaux. Il se déplaçait dans la plomberie. Quand j'entendais sa voix, elle venait de l'intérieur des murs. Moi qui m'attendais à un passage secret ou à un sort d'invisibilité…

Ron saisit soudain le bras de Potter.

- L'entrée de la Chambre des Secrets…, dit-il d'une voix rauque. Et si c'était dans les toilettes ? Si c'était dans…

- ... les toilettes de Mimi Geignarde, acheva Megan en hochant la tête.

Ils restèrent un instant silencieux, Ron et Potter avaient les yeux écarquillés : ils avaient peine à croire ce qu'ils venaient de découvrir. Megan, elle, était soulagée que toutes les pièces du puzzle s'assemblent enfin.

- Ça signifie que Meganna et moi ne sommes pas les seuls à parler Fourchelang dans l'école, dit alors Potter. L'héritier de Serpentard le parle aussi. C'est comme ça qu'il arrive à se faire obéir du Basilic.

- C'est évident, dit Megan en haussant les épaules.

- Qu'est-ce qu'on fait ? demanda Ron, le regard brillant. On va voir McGonagall ?

- Allons dans la salle des profs, dit Potter en se levant de sa chaise. Elle sera là dans dix minutes, c'est presque la fin de l'heure.

Ils se hâtèrent de quitter l'infirmerie après que Megan eut jeté un dernier regard à Hermione, et se rendirent directement à la salle des professeurs encore déserte à cette heure-ci. C'était une vaste pièce lambrissée, remplie de chaises en bois sombre. Megan, Ron et Potter, trop énervés pour s'asseoir, marchaient de long en large en attendant que la cloche sonne. Mais en guise de cloche, ce fut la voix amplifiée du professeur McGonagall qui résonna à leurs oreilles.

- Tous les élèves doivent immédiatement regagner leurs dortoirs. Les professeurs sont attendus dans leur salle. Dépêchez-vous, s'il vous plaît.

Potter se tourna vers Megan et Ron.

- Une nouvelle attaque ? Maintenant ?

- Qu'est-ce qu'on fait ? demanda Ron, effaré. On retourne au dortoir ?

- Non, répondit Megan en jetant un coup d'œil autour d'elle.

Sur leur gauche, il y avait une sorte de grande penderie remplie de capes de professeurs. Il était hors de question de rentrer dans le rang maintenant.

- Cachons-nous là, dit-elle. On va écouter ce qui s'est passé. Ensuite on leur racontera ce qu'on a découvert.

Ils se glissèrent aussitôt parmi les capes qui sentaient le moisi. Au-dessus de leur tête résonnaient dans un grondement les bruits de pas des centaines d'élèves qui regagnaient leurs dortoirs. Un instant plus tard, la porte de la salle s'ouvrit à la volée et les professeurs se déversèrent dans la salle. Certains avaient l'air décontenancé, d'autres semblaient terrifiés. Enfin, le professeur McGonagall entra à son tour.

- Le pire est arrivé, annonça-t-elle dans le silence. Une élève a été capturée par le monstre et emmenée dans la Chambre.

Le professeur Flitwick laissa échapper un petit cri aigu. Le professeur Sprout plaqua les mains contre son visage.

- Comment pouvez-vous en être sûre ? demanda Snape, la main crispée sur le dossier d'une chaise.

- L'héritier de Serpentard a laissé un autre message, répondit le professeur McGonagall, le teint livide. Juste au-dessous du premier message, il a écrit : Son squelette reposera à jamais dans la Chambre.

Le professeur Flitwick éclata en sanglots.

- Qui est la victime ? demanda Madame Hooch qui s'était laissée tomber sur une chaise.

- Ginny Weasley, répondit le professeur McGonagall.

Megan sentit Ron glisser silencieusement sur le plancher de la penderie tandis que son propre cœur oubliait de battre.

- Nous allons devoir renvoyer tous les élèves chez eux dès demain, poursuivit le professeur McGonagall. C'est la fin du collège Poudlard. Dumbledore a toujours dit...

La porte de la salle s'ouvrit une nouvelle fois à la volée et Lockhart entra, son éternel sourire aux lèvres.

- Désolé, je m'étais endormi. J'ai manqué quelque chose ?

Il ne remarqua même pas le sentiment proche de la haine qu'exprimait le visage des autres professeurs et reflétait les sentiments de Megan. Snape s'avança vers lui.

- Voilà l'homme qu'il nous faut, dit-il. L'homme idéal. Le monstre a capturé une jeune fille, Lockhart. Il l'a emmenée dans la Chambre des Secrets. Il est temps que vous agissiez.

Lockhart avait pâli.

- C'est vrai, Gilderoy, approuva le professeur Sprout d'un air sombre. Ne disiez-vous pas encore hier soir que vous saviez depuis toujours où se trouvait l'entrée de la Chambre des Secrets ?

- Je... enfin... je... balbutia Lockhart.

- Vous nous avez également dit que vous saviez parfaitement ce qu'elle contenait, ajouta le professeur Flitwick de sa petite voix flûtée en essuyant les larmes sur ses joues.

- V... vraiment ? Je ne me rappelle pas...

- Je me souviens de vous avoir entendu dire que vous regrettiez de ne pas avoir eu l'occasion de vous trouver face au monstre avant que Hagrid soit arrêté, déclara Snape. Vous avez affirmé que toute cette affaire avait été très mal menée et qu'on aurait dû vous donner carte blanche depuis le début.

L'enseignant de Défense contre les forces du Mal regarda ses collègues qui le fixaient avec un visage de marbre. Jamais Megan n'avait autant apprécié tous ses professeurs.

- Non, vraiment... je n'ai... Vous m'avez sans doute mal compris...

- Nous comptons donc sur vous, Gilderoy, dit le professeur McGonagall. Il vous faudra agir dès ce soir. Nous ferons en sorte que personne ne vienne vous déranger. Comme ça, vous pourrez neutraliser le monstre à vous tout seul. Vous avez enfin carte blanche.

Lockhart lançait des regards désespérés, mais personne ne vint à son secours. Il paraissait beaucoup moins séduisant, à présent. Ses lèvres tremblaient et sans son habituel sourire, on remarquait son menton fuyant et son visage étriqué.

- T... très bien... dit-il, je... je vais dans mon bureau... me... me préparer...

Et il quitta la salle.

- Bien, dit le professeur McGonagall, l'air dédaigneux, au moins, nous ne l'aurons plus dans nos pieds. Maintenant, il faut informer les élèves de ce qui s'est produit. Vous leur direz que le Poudlard Express les ramènera chez eux dès demain matin. Et assurez-vous que tous les élèves ont bien regagné leurs dortoirs.

Un par un, les professeurs sortirent alors de la pièce.

Megan se rappelait avoir vécu des jours sombres à Poudlard, et celui-ci en fit aussitôt partie. Elle la passa assise avec Ron, Fred, George et Potter dans un coin de la salle commune de Gryffondor. Personne ne disait un mot. Percy n'était pas là. Il avait envoyé un hibou à ses parents puis il était monté s'enfermer dans son dortoir. Jamais un après-midi n'avait paru si long, et jamais il n'y avait eu tant de monde dans la tour de Gryffondor. Au crépuscule, incapables de rester assis là plus longtemps, Fred et George allèrent se coucher après avoir maladroitement serré Megan dans leurs bras.

- Elle savait quelque chose, Harry, dit Ron qui ouvrait la bouche pour la première fois depuis qu'ils s'étaient cachés dans la salle des professeurs. C'est pour ça qu'elle a été capturée. Ce qu'elle voulait nous dire n'avait rien à voir avec les imbécillités de Percy. Elle avait découvert quelque chose sur la Chambre des Secrets. C'est la seule raison possible... (il se frotta les yeux) Elle vient d'une famille de sorciers au sang pur...

Megan fixait le vide. Hermione, puis la sœur de Ron, même si elle n'avait pas d'affinités particulières avec l'étrange petite fille. Elle avait des envies de meurtre. Rester inactive allait la rendre folle.

- Harry, dit Ron, est-ce que tu crois qu'il y a une chance qu'elle ne soit pas...

Potter ne répondit pas. Tous trois savaient qu'il n'y avait aucune chance pour que sa sœur soit toujours en vie si elle avait été emmenée dans le repaire du Basilic. Mais cette idée révoltait Megan. Peu importait l'identité de l'Héritier, il allait devoir payer.

- Lockhart est le dernier des crétins, dit Megan avec une haine mal contenue. Mais il va essayer d'entrer dans la Chambre. On va aller le voir et lui dire ce qu'on sait. On ira avec lui s'il le faut. Il faut au moins aller chercher Ginny.

Ou ce qu'il en restait.

Potter approuva. Les autres élèves assis autour d'eux étaient tellement abattus et désolés pour les Weasley que personne n'essaya de les arrêter lorsqu'ils sortirent de la salle commune. La nuit tombait quand ils arrivèrent devant le bureau de Lockhart. À l'intérieur, ils entendaient des pas précipités, des coups sourds, et d'autres bruits divers qui témoignaient d'une intense activité. Lorsque Potter frappa, il y eut un brusque silence. Puis la porte s'entrouvrit légèrement et ils virent apparaître un œil de Lockhart.

- Ah, heu… Mr Potter… Mr Weasley… Miss Buckley, dit-il en ouvrant un peu plus la porte. Je suis très occupé pour le moment. Si vous pouviez faire vite...

- Professeur, nous avons des renseignements à vous donner, dit Potter. Nous croyons qu'ils pourraient peut-être vous aider.

Lockhart, dont ils ne voyaient que la moitié du visage à travers l'entrebâillement de la porte, paraissait particulièrement mal à l'aise.

- Heu... ce n'est pas vraiment... enfin, bon... d'accord...

Il ouvrit la porte et les laissa entrer. Son bureau avait été presque entièrement vidé. Deux grosses malles étaient ouvertes sur le sol. Dans l'une d'elles, des robes de sorcier couleur jade, lilas ou bleu nuit avaient été hâtivement entassées. L'autre malle était remplie de livres jetés pêle-mêle. Les photographies accrochées au mur étaient à présent rangées dans des boîtes posées sur une table.

- Vous allez quelque part ? demanda Megan d'un ton dur.

Si elle ne tuait pas l'Héritier ce soir, Lockhart souffrirait très certainement.

- Heu… oui, c'est ça… répondit le professeur en arrachant une affiche de lui accrochée derrière la porte. Un appel urgent… Impossible de faire autrement... Il faut que je m'en aille...

- Et qu'est-ce qui va se passer pour ma sœur ? dit vivement Ron.

- Une bien triste histoire, répondit Lockhart, le regard fuyant. Vous ne pouvez pas savoir à quel point je suis bouleversé par...

- Vous êtes le professeur de Défense contre les Forces du Mal ! coupa Potter. Vous ne pouvez pas partir maintenant ! Pas avec les horreurs qui se produisent en ce moment !

- Je… je dois dire que… quand j'ai accepté ce poste…, marmonna Lockhart en empilant des chaussettes par-dessus ses robes, rien ne laissait entendre que...

- Oh, Dumbledore ne vous a pas dit qu'il faudrait avoir des compétences ? lança Megan, furieuse.

- Vous voulez dire que vous prenez la fuite ! s'écria Potter, tellement naïf. Après tout ce que vous avez écrit dans vos livres ?

- Il ne faut pas toujours se fier à ce qui est écrit dans les livres, dit Lockhart d'une petite voix.

- Mais c'est vous qui les avez écrits ! s'indigna Potter.

Si Megan n'avait pas été aussi furieuse en cet instant, elle aurait ri au nez de Potter.

- Mon garçon, dit Lockhart en fronçant les sourcils, fais donc preuve d'un peu de bon sens. Mes livres ne se seraient pas vendus moitié aussi bien si les gens n'avaient pas cru que c'était moi qui avais fait tout cela. Personne n'aurait envie de lire l'histoire d'un vieux sorcier arménien laid comme un pou, même s'il a sauvé tout un village d'une attaque de loup-garous. Il ferait peur si on montrait sa photo sur la couverture d'un livre. En plus, il ne savait pas s'habiller. Et la sorcière qui a fait fuir le Spectre de la mort avait un bec-de-lièvre. Il faut être réaliste, voyons...

- Alors, vous vous êtes attribué les exploits des autres ? dit Potter, stupéfait.

- Harry, Harry, dit Lockhart en hochant la tête d'un air agacé, ce n'est pas du tout aussi simple que ça. J'ai fait un très gros travail. Il a fallu que je retrouve tous ces gens, que je leur demande de raconter très précisément ce qu'ils avaient fait. Ensuite, je leur jetais un Sortilège d'Amnésie pour qu'ils oublient qu'ils l'avaient fait. S'il y a une chose dont je puis être fier, c'est bien de mes Sortilèges d'Amnésie, je les réussis à merveille. Non, vois-tu, Harry, tout cela représente beaucoup de travail. Il ne suffit pas de dédicacer des livres et des photos. Quand on veut devenir célèbre, il faut se préparer à accomplir un long et difficile travail.

Il ferma ses malles et les verrouilla. Même si Megan s'était doutée que Lockhart n'était pas capable du tiers des mérites qu'il s'était attribué, elle était épatée par l'ampleur de la fraude.

- Voyons, dit-il, je crois que tout est prêt. Ah oui, il me reste encore une chose à faire.

Il sortit sa baguette magique et se tourna vers eux.

- Désolé, jeunes gens, mais il va falloir que je vous jette à vous aussi un Sortilège d'Amnésie. Je ne peux pas me permettre de vous laisser colporter mes petits secrets dans toute l'école. Sinon, je ne vendrais plus un seul livre...

Megan se réjouit en elle-même que Lockhart ait sorti sa baguette le premier. Elle sortit la sienne juste à temps en s'écriant :

- Expelliarmus !

Comme lors du club de duel, et à la grande satisfaction de Megan, Lockhart fut aussitôt projeté en arrière, il tomba par-dessus une de ses malles et sa baguette magique lui échappa des mains. Ron la rattrapa et la fourra dans sa poche.

- Vous n'auriez pas dû laisser le professeur Snape nous apprendre cette formule, dit Potter avec colère.

Comme si Megan avait attendu le club de duel pour maîtriser ce simple sortilège.

Lockhart leva les yeux vers Potter. Il avait l'air de plus en plus étriqué. Megan le menaçait toujours de sa baguette magique, le regard flamboyant.

- Qu'est-ce que vous voulez que je fasse ? dit Lockhart d'une voix faible. Je ne sais pas où se trouve la Chambre des Secrets. Je ne peux rien faire.

- Vous avez de la chance, répliqua Megan tandis que Potter obligeait Lockhart à se relever, nous oui. On sait même ce que vous allez y trouver. Alors on y va.

Ils firent sortir Lockhart de son bureau et le conduisirent jusqu'aux toilettes de Mimi Geignarde, à côté du mur où brillaient toujours les sinistres messages. Ils firent entrer le professeur le premier. Il tremblait de peur et la haine de Megan se teinta encore un peu plus de mépris. Le fantôme était assise sur le réservoir de la chasse d'eau, dans la cabine du fond.

- Ah, c'est toi, dit-elle en voyant Potter. Qu'est-ce que tu veux, cette fois ?

- Te demander comment tu es morte, répondit-il sans détour.

Mimi sembla alors changer du tout au tout, comme si elle était très flattée qu'on lui pose la question.

- Oh, c'était abominable, dit-elle avec délectation. C'est arrivé ici même. Je suis morte dans cette cabine, je m'en souviens très bien. J'étais venue me cacher ici parce qu'Olive Hornby s'était moquée de mes lunettes. La porte était fermée à clé et j'étais en train de pleurer quand j'ai entendu quelqu'un entrer. Quelqu'un qui parlait une drôle de langue. Mais c'est surtout la voix qui m'a frappée, parce que c'était un garçon qui parlait. Alors, j'ai ouvert la porte pour lui dire de filer et d'aller dans les toilettes des garçons et c'est à ce moment là – Mimi se gonfla d'importance, le visage rayonnant – que je suis morte.

- Comment ? insista Megan.

- Aucune idée, répondit Mimi dans un murmure. Je me souviens seulement d'avoir vu deux grands yeux jaunes. Tout mon corps s'est engourdi et je me suis sentie partir dans les airs...

Elle posa sur Potter un regard rêveur.

- Et puis je suis revenue. J'étais décidée à hanter Olive Hornby. Elle a vraiment regretté de s'être moquée de mes lunettes.

- Tu n'as pas vu le monstre qui t'a tuée, ni l'Héritier de Serpentard qui lui donnait des ordres ? conclut Megan.

Mimi acquiesça. Voilà qui expliquait pourquoi Hagrid avait pu être tenu responsable, mais les éléments contre lui étaient insuffisants pour qu'il soit envoyé à Azkaban, surtout qu'il n'avait que douze ans.

- À quel endroit exactement as-tu vu les yeux ? demanda Potter.

- Quelque part par-là, dit Mimi en pointant le doigt vers le lavabo qui se trouvait en face de sa cabine.

Megan, Ron et Potter s'y précipitèrent. Lockhart se tenait à l'écart, le visage figé de terreur,Megan gardant toujours sa baguette pointée sur lui. Le lavabo n'avait rien d'extraordinaire. Ils l'examinèrent centimètre par centimètre, y compris les tuyaux qui se trouvaient au-dessous. Potter leur montra alors le dessin d'un minuscule serpent gravé sur l'un des robinets d'arrivée d'eau.

- Ce robinet n'a jamais marché, dit Mimi lorsqu'il essaya de le tourner.

- Harry, dit Ron en jetant un coup d'œil à Lockhart, essaye de dire quelque chose en Fourchelang.

Lockhart ignorait que Megan était elle aussi Fourchelang, inutile qu'il le découvre dans l'immédiat.

- Ouvre-toi, dit Potter en fixant le robinet.

Il se tourna vers Ron qui hocha la tête et Megan qui leva les yeux au ciel, agacée par l'incompétence de Potter.

- Non, tu as parlé normalement, dit Ron.

Le garçon se retourna vers le robinet et se mit à remuer la tête de droite à gauche.

- Ouvre-toi, dit-il.

Cette fois, ce fut un sifflement qui sortit de sa bouche et, aussitôt, le robinet se mit à briller d'une lueur blanche en tournant sur lui-même. Un instant plus tard, le lavabo bascula et disparut, laissant apparaître l'entrée d'un gros tuyau suffisamment large pour permettre à un homme de s'y glisser.

- Wahou. Des centaines d'années que les meilleurs sorciers ont fouillé l'école de fond en comble sans y découvrir l'ombre d'un placard secret, ironisa Megan, et Harry Potter, douze ans, y arrive en une soirée. Il ne faut pas s'étonner qu'on laisse les Moldus nous marcher dessus. J'y vais, ajouta-t-elle d'un air déterminé en désignant le tuyau.

Potter observa un instant l'ouverture béante et prit sa décision :

- Moi aussi.

- Moi aussi, ajouta Ron sans hésiter.

Il y eut un instant de silence.

- Eh bien, je crois que vous n'avez plus besoin de moi, dit Lockhart avec un rictus qui n'était plus que l'ombre de son habituel sourire. Je vais...

Il fit un pas vers la porte, mais Megan, Ron et Potter pointèrent sur lui leur baguette magique.

- Passez donc le premier, grogna Ron.

Le visage livide, privé de sa baguette magique, Lockhart s'approcha de l'ouverture béante du tuyau.

- Ça ne servira à rien, voyons... dit-il d'une voix faible.

Megan le poussa dans le dos avec sa baguette et Lockhart finit par glisser les jambes dans le tuyau.

- Je ne crois vraiment pas que... commença-t-il.

Mais Ron le poussa et il disparut dans l'ouverture. Megan le suivit aussitôt.

C'était une glissade sans fin vers l'obscurité sur de la pierre visqueuse. Sur les côtés, d'autres tuyaux partaient dans toutes les directions, mais aucun n'était aussi large que celui-ci dans lequel Megan se retrouvait secouée en tous sens vers les profondeurs des fondations de Poudlard. Elle entendait vaguement Potter derrière elle qui heurtait les parois lorsqu'il passait dans un coude. Puis soudain, le tuyau redevint horizontal et Megan fut projeté sur le sol humide d'un tunnel aux parois de pierre, juste assez haut pour s'y tenir debout. Presqu'aussitôt, elle dut rouler sur le flanc pour éviter que Potter ne lui tombe dessus en arrivant à son tour. Un peu plus loin, Lockhart se relevait, aussi pâle qu'un fantôme et couvert de boue. Potter s'écarta pour laisser passer Ron qui jaillit à son tour du tuyau et retomba à quatre pattes.

- On doit être à des kilomètres au-dessous du château, dit Potter d'une voix qui se répercutait en écho dans le tunnel obscur.

- Sous le lac, sans doute, dit Ron en voyant les parois couvertes de vase.

- Lumos ! murmura Megan et sa baguette magique s'alluma à nouveau. Venez, dit-elle aux trois autres.

Ils s'enfoncèrent alors dans le tunnel, pataugeant bruyamment dans les flaques d'eau qui recouvraient le sol. Le tunnel était si noir qu'ils ne pouvaient pas voir très loin. À la lueur de la baguette magique, l'ombre de leurs silhouettes paraissait monstrueuse.

- N'oubliez pas, dit Potter, si jamais vous entendez quelque chose bouger, fermez immédiatement les yeux.

Mais le tunnel paraissait aussi calme qu'un tombeau. Le premier bruit bizarre qu'ils entendirent fut un craquement sonore lorsque Ron marcha sur quelque chose qui se révéla être un crâne de rat. Megan éclaira le sol de sa baguette et ils virent qu'il était jonché d'os de petits animaux. En essayant de ne pas penser à l'état dans lequel ils risquaient de retrouver Ginny, ils reprirent leur chemin et suivirent un coude que formait le tunnel.

- Il y a quelque chose, là-bas, dit Ron d'une voix rauque en saisissant l'épaule de Potter.

Tous les quatre s'immobilisèrent. Il y avait quelque chose d'énorme et courbe qui s'étendait de l'autre côté du tunnel. La chose ne bougeait pas.

- Il est peut-être endormi, murmura Potter dans un souffle en se tournant vers les trois autres.

Lockhart avait plaqué les mains sur ses yeux. Megan avait l'impression d'être accompagnée d'un enfant. Avant que les autres n'aient eu le temps de bouger, elle s'avança vers la chose en levant sa baguette. La lueur qui brillait à son extrémité éclaira la gigantesque peau vert vif d'un serpent qui avait mué. La peau vide était enroulée sur elle-même en travers du tunnel. La créature à laquelle elle avait appartenu devait mesurer au moins six mètres.

- Incroyable, dit Ron d'une voix faible.

Il y eut soudain un bruit de chute derrière eux : les jambes de Lockhart s'étaient dérobées sous lui.

- Pitoyable, commenta Megan.

- Levez-vous, dit Ron sèchement en pointant sa baguette d'un air menaçant.

Lockhart se releva, puis il se jeta sur Ron en le projetant à terre. Megan et Potter se précipitèrent, mais il était trop tard. Lockhart, haletant, s'était redressé, brandissant la baguette de Ron. Il avait retrouvé son sourire satisfait.

- L'aventure se termine ici, les amis, s'exclama-t-il en point sa baguette sur eux tour à tour. Je vais prendre un morceau de cette peau et le rapporter à l'école. Je leur dirai qu'il était trop tard pour sauver la fille et que vous avez tragiquement perdu l'esprit à la vue de son corps mutilé. Vous pouvez dire adieu à vos souvenirs !

Il leva au-dessus de sa tête la baguette rafistolée de Ron et hurla :

- Obliviate !

La baguette explosa alors avec la force d'une petite bombe. Megan recula en se protégeant la tête de ses bras, tentant d'échapper aux énormes morceaux de roc qui se détachaient du plafond et s'écrasaient sur le sol dans un bruit de tonnerre. Lorsqu'elle regarda de nouveau autour d'elle, un mur d'éboulis se dressait devant eux. C'était un miracle qu'elle ne soit pas morte sous un rocher et que l'école toute entière ne se soit pas effondrée.

- Ron ! Meganna! hurla la voix étouffée de Potter, derrière l'amas de rocs. Vous n'êtes pas blessés ? Ron !

- On est là ! répondit Megan. Moi et Ron ça va, mais l'autre guignol a pris un coup.

Son ami, les cheveux plein de poussière, donna un coup de pied dans les tibias de Lockhart qui s'était probablement évanoui. Un gémissement lui échappa.

- Ça va, il est toujours vivant, dit Ron. Et maintenant, qu'est-ce qu'on fait ? ajouta-t-il d'un ton désespéré. On n'arrivera jamais à passer de l'autre côté. Ça nous prendrait un temps fou de creuser un trou dans ces rochers...

- Je connais un sort qui pourrait nous dégager un passage, indiqua Megan.

- Non, répondit Potter. Le tunnel risquait de s'effondrer sur toute sa longueur. Attendez-moi là avec Lockhart. Je continue. Si je ne suis pas revenu dans une heure...

Il y eut un instant de silence. Megan attendait qu'il se passe quelque chose, car elle se fichait bien que Potter revienne ou non dans une heure.

- On va essayer de déplacer un peu ces rochers pour que tu puisses passer tout à l'heure, répondit Ron d'une voix qu'il s'efforçait de rendre la plus ferme possible. Et... heu... Harry...

- À tout à l'heure, coupa Potter d'une voix tremblotante.

Aussitôt, Megan se mit à creuser à mains nues dans les rochers éboulés, frustrée d'être coincée du mauvais côté du mur. Elle et Ron avaient beau avancer rapidement, il semblait qu'ils ne parviendraient jamais à traverser l'éboulis. Megan sortit sa baguette et l'utilisa pour découper des morceaux de rocs, mais même ainsi, elle n'avait pas l'impression de progresser. Elle sentait l'agacement monter en elle : de l'autre côté, Potter affrontait l'Héritier et le Basilic, retrouvait Ginny. Il allait probablement se faire tuer, mais ce n'était pas cela qui posait problème à Megan : elle voulait être celle qui mettrait fin aux jours de l'Héritier, de celui qui avait attaqué Hermione et enlevé la sœur de son meilleur ami. Alors qu'ils creusaient depuis quelques minutes, l'agacement de Megan prit le dessus.

- Qu'est-ce qu'on s'en fiche de ce que Potter pense ! s'exclama-t-elle soudain, faisant sursauter Ron.

- Qu'est-ce que tu veux faire ? s'enquit ce dernier.

- Je vais traverser. Toi, tu vas reculer. Quand j'aurais réussi à passer, continue à déblayer pour quand on reviendra. Et assomme l'autre idiot avec un caillou s'il se réveille, ok ?

- Megan, qu'est-ce que tu veux faire ? répéta Ron, inquiet.

- Éloigne-toi et attends, lui ordonna fermement son amie.

Toujours inquiet mais incapable de s'opposer à Megan, Ron attrapa Lockhart par les épaules et le traîna jusqu'au fond du tunnel par lequel ils étaient arrivés. Megan, sûre d'elle, pointa sa baguette sur le mur.

- Bombarda Maxima !

Aussitôt le mur de rocher explosa dans un vacarme assourdissant. Des pierres volèrent et malgré le charme du Bouclier dont Megan fit aussitôt usage, elle reçut un jet de pierre au-dessus de l'œil qui lui entailla l'arcade sourcilière.

- Megan ! s'écria Ron, un peu plus loin. Ça va ?

Il arriva au pas de course en enjambant les débris de roche, ayant laissé Lockhart derrière.

- Très bien, répondit Megan qui tentait d'arrêter le flot de sang qui coulait de sa plaie à la tête.

- Tu saignes ! Ça a l'air grave ! s'alarma Ron.

- C'est rien.

Elle pointa sa baguette vers son propre visage.

- Episkey.

Aussitôt le sang cessa de couler. Elle avait le visage écarlate, mais allait bien. Sans plus se soucier de rassurer son meilleur ami, elle se tourna vers le mur de roche. Celui-ci avait éclaté en son centre et un petit tunnel s'y était creusé, encore trop étroit pour que la menue Megan y passe.

- Sortilège de Terrassement, dit-elle à Ron en pointant sa baguette sur les parois du passage. Tu vas l'utiliser pour l'agrandir après que je sois passée, d'accord ?

- Comment je fais ? Ma baguette est inutile !

- Prend celle de Lockhart. La formule c'est « Defodio ». Ça va creuser dans la pierre et on pourra revenir plus facilement. Et quoi qu'il arrive, tu restes ici, et si quelque chose de gros bouge, tu te caches dans un coin et tu fermes les yeux.

- Ça va, je sais, grommela Ron, visiblement agacé d'être laissé en arrière.

Megan entreprit aussitôt d'élargir les parois du tunnel et s'y glissa dès que l'espace le lui permit. Déterminée, sans un regard en arrière, elle suivit le sous-terrain à son tour.

Le tunnel ne cessait de tourner. Plus Megan avançait, plus elle ressentait l'aura familière et inquiétante qui émanait de Ginny. Il y avait quelque chose là-bas qui lui apporterait toutes les explications. Le cœur battant, elle attendait de trouver enfin la chambre secrète. Ce ne fut qu'après une énième courbe que Megan atteignit un mur sur lequel étaient gravés deux serpents entrelacés. De grosses émeraudes étincelantes étaient serties à la place des yeux et brillaient avec une telle vivacité qu'on aurait pu croire les serpents vivants.

Ouvrez, siffla Megan sans hésiter.

Aussitôt, les deux serpents se séparèrent. Les deux pans de mur sur lesquels ils étaient gravés s'écartèrent en silence jusqu'à disparaître, laissant la voie libre. Megan, le cœur battant, franchit l'ouverture.