17
L'HERITIER DE SERPENTARD
Une longue salle faiblement éclairée se présentait à Megan. D'immenses piliers de pierre, autour desquels s'enroulaient des serpents sculptés, soutenaient un plafond noyé dans l'obscurité et projetaient leurs ombres noires dans une atmosphère étrange et verdâtre. Elle s'avança parmi les colonnes d'un pas silencieux. Des voix lui parvenaient un peu plus loin, elle reconnaissait aisément celle de Potter – visiblement toujours en vie, malheureusement – mais la seconde était inconnue. Une voix masculine et jeune. L'héritier de Serpentard.
- … D'après tout ce que Ginny m'avait dit sur toi, je savais que tu serais prêt à tout pour résoudre le mystère, surtout si une de tes meilleures amies se faisait agresser à son tour. Et Ginny m'avait dit que toute l'école était en émoi depuis qu'on savait que tu parlais Fourchelang… Alors, j'ai fait écrire à Ginny son propre message d'adieu sur le mur et je l'ai amenée ici en t'attendant. Elle s'est débattue, elle a crié, elle est devenue insupportable, mais il ne reste plus beaucoup d'énergie vitale en elle : elle en a trop mis dans le journal, c'est-à-dire en moi. Suffisamment en tout cas pour me permettre de me détacher de ses pages et de reprendre une existence autonome. Depuis que nous sommes arrivés ici, elle et moi, je t'ai attendu. Je savais que tu viendrais et j'ai beaucoup de questions à te poser, Harry Potter. J'espérais seulement que Meganna Buckley t'accompagnerait.
- Et je suis là.
Megan venait d'arriver au niveau des deux derniers piliers, et elle faisait face à une immense statue adossée au mur du fond, qui faisait toute la hauteur de la Chambre, représentant un sorcier simiesque avec une longue barbe mince qui tombait presque jusqu'au bas de sa robe où deux énormes pieds grisâtres reposaient sur le sol lisse – Salazar Serpentard. Mais ce qui attira son regard fut tout d'abord le journal intime de T. M. Riddle, ouvert sur le sol aux pieds de la statue, puis les deux garçons qui avaient tourné la tête en l'entendant.
- Meganna, souffla Potter.
Couvert de poussière et de sueur, il semblait ahuri de la voir. Quant au second, un jeune homme de grande taille et aux cheveux noirs dont les contours étaient étrangement flous, il écarquilla légèrement les yeux en la voyant. Et entre eux reposait une petite fille aux cheveux d'une roux flamboyant, au visage blanc et froid et aux yeux clos. Ginny.
- Meganna, sourit le jeune homme. Tu n'as pas idée de la joie que ça me procure de te voir enfin.
- On se connaît ? s'enquit la jeune fille qui réalisait à peine qu'elle faisait enfin face à celui qui avait agressé Hermione.
Comme elle l'avait deviné, ce n'était pas un élève de l'école, elle était convaincue de ne l'avoir jamais vu. Mais l'aura familière et inquiétante était plus forte que jamais, désormais. Et elle ne se dégageait plus de Ginny mais du jeune homme.
- C'est Tom Riddle, Meganna, lui apprit Potter dans un souffle.
Megan fronça les sourcils et ses doigts se resserrèrent autour de sa baguette, dans la poche de sa robe.
- Tom Riddle a vécu il y a cinquante ans, répliqua-t-elle.
- J'ai été conservé, dans un journal, expliqua l'intéressé. Et j'ai attendu jusqu'à ce que la petite Ginny me trouve et se livre à moi, assez pour que je puisse prendre possession d'elle. Et elle m'a parlé de toi, Meganna. J'étais si heureux de savoir que tu étais à Poudlard. Je lui ai posé des questions sur toi, bien sûr, je voulais savoir qui tu étais devenue. Tu es brillante et puissante, je n'ai pas été surpris. Mais… Gryffondor ? Que s'est-il passé ? Qui a fait de toi une Gryffondor ? Où est passée la Serpentard qui est en toi ?
Megan ne comprenait pas ce qui se passait. Comment pouvait-elle parler à un adolescent qui avait fréquenté l'école cinquante ans auparavant ? Mais surtout, comment savait-il qui elle était ? Potter semblait aussi perdu qu'elle.
- Vous ne me connaissez pas, affirma-t-elle sans y croire.
- Tu ne sais pas…, murmura Riddle.
- Je ne sais pas quoi ?
- Tu es une personne intéressante, Meganna, tu n'es pas comme les autres, sourit Riddle. Mais nous avons tout le temps que je te raconte qui tu es vraiment. Tout d'abord, j'ai des questions à poser à Mr Potter, dit-il en se tournant vers le garçon. J'aimerais savoir, par exemple, comment se fait-il qu'un bébé sans talent magique particulier ait pu vaincre le plus grand sorcier de tous les temps ? Comment as-tu réussi à t'en tirer avec une simple cicatrice, alors que les pouvoirs de Voldemort ont été détruits ?
Il y avait à présent une étrange lueur rougeâtre dans les yeux avides de Riddle.
- Qu'est-ce que ça peut vous faire ? dit lentement Potter. Voldemort a vécu après vous.
- Voldemort, dit Riddle d'une voix douce, est à la fois mon passé, mon présent et mon avenir, Harry Potter…
Il sortit de sa poche une baguette magique et écrivit dans l'air en lettres de feu : TOM MARVOLO RIDDLE. Puis il fit un mouvement avec la baguette et les lettres de son nom s'assemblèrent dans un ordre différent. À présent, on pouvait lire : JE SUIS VOLDEMORT.
- Vous voyez ? murmura-t-il. C'est un nom que j'utilisais déjà à Poudlard, pour mes amis les plus proches. Tu crois donc que j'allais accepter ce nom immonde de « Riddle », légué par mon Moldu de père ? Moi, l'héritier par ma mère du sang de Salazar Serpentard qui coule dans mes veines ? Moi, conserver le nom abject d'un misérable Moldu qui m'a abandonné avant même ma naissance, le jour où il a découvert que sa femme était une sorcière ? Non, je me suis forgé un nouveau nom, et je savais que le temps viendrait où les autres sorciers auraient peur de prononcer ce nom-là, lorsque je serais devenu le plus grand sorcier du monde !
Megan avait l'impression qu'on lui brûlait les entrailles. Elle se tenait face à Voldemort. Face au Seigneur des Ténèbres, celui dont elle avait tant attendu le retour avant d'apprendre qu'il était celui dont ses parents s'étaient détournés et qui avait ordonné leur exécution. Celui qu'elle avait empêché de revenir au pouvoir l'an passé en contribuant malgré elle à la protection de la pierre philosophale. Elle ne savait plus comment réagir. Comment pouvait-il être Voldemort ? Et s'il était réellement celui qu'il prétendait être, comment pouvait-il la connaître puisque ses parents l'avaient quitté avant sa naissance ?
- C'est raté, dit Potter d'une voix basse, remplie de haine.
- Qu'est-ce qui est raté ? dit sèchement Riddle.
- Vous n'êtes pas le plus grand sorcier du monde, précisa Potter, la respiration précipitée. Désolé de vous décevoir, mais le plus grand sorcier du monde, c'est Albus Dumbledore. Tout le monde est d'accord là-dessus. Même au temps de votre puissance, vous n'avez jamais osé vous attaquer à Poudlard. Dumbledore a tout de suite compris qui vous étiez lorsqu'il vous avait comme élève et il vous fait toujours peur, quel que soit le lieu où vous vous cachez.
Riddle avait perdu son sourire. Son visage avait quelque chose de repoussant, à présent.
- Dumbledore a été chassé de ce château par mon simple souvenir ! dit-il d'une voix sifflante.
- Il n'est pas aussi loin que vous le pensez ! répliqua Potter.
Là-dessus, Megan ne parierait pas. Dumbledore avait été éloigné de Poudlard, et il ne leur viendrait pas en aide ce soir. Riddle ouvrit la bouche, puis il se figea soudain. Une musique venait de retentir. Il regarda autour de lui : la Chambre était déserte. La musique s'intensifia. C'était une mélodie étrange, effrayante, qui provoquait des frissons le long de l'échine. Megan sentit un malaise monter en elle. Bientôt, la musique atteignit une telle intensité que la jeune fille la sentait vibrer dans sa poitrine. Des flammes surgirent alors au sommet du pilier le plus proche. Un oiseau écarlate, de la taille d'un cygne, venait d'apparaître et lançait son chant étrange sous la voûte de la Chambre. Les plumes de sa queue, aussi longues que celles d'un paon, brillaient d'une lueur dorée. Dans ses serres couleur d'or, il tenait une boule de chiffon. Megan reconnut le phénix qu'elle avait vu quelques mois plus tôt dans le bureau de Dumbledore. Un instant plus tard, l'oiseau vola droit vers Potter, laissa tomber la boule de chiffon à ses pieds et se posa lourdement sur son épaule. L'oiseau s'arrêta alors de chanter et regarda fixement Riddle.
- C'est un phénix, dit Riddle en fixant à son tour l'oiseau dans les yeux.
- Fawkes ? murmura Potter.
Megan ignorait comment Potter pouvait connaître le prénom du phénix de Dumbledore, mais c'était à présent le cadet de ses soucis.
- Et ça…, dit Riddle qui regardait à présent la boule de chiffon aux pieds de Potter, ça, c'est le vieux Choixpeau magique.
C'était vrai. Usé, rapiécé, crasseux, le chapeau était étalé sur le sol. Riddle éclata de rire une nouvelle fois. Son rire était aigu et glacé comme dans les cauchemars de Megan, et si sonore que l'écho le renvoyait dans toute la Chambre, comme si dix personnes avaient ri en même temps.
- Et c'est ça que Dumbledore t'envoie pour te défendre ! Un oiseau chanteur et un vieux chapeau ! Voilà qui devrait te donner du courage, Harry Potter ! Tu dois te sentir rassuré, à présent !
Le garçon ne répondit pas. Il n'en menait pas large, et de toute évidence il ne savait pas non plus comment ces deux présents les aideraient. Mais Megan ne comptait que sur sa baguette magique.
- Revenons à nos affaires, dit enfin Riddle avec son large sourire. Harry, nous nous sommes rencontrés deux fois dans ton passé et dans mon avenir. Et ces deux fois-là, je n'ai pas réussi à te tuer. Comment as-tu fait pour survivre ? Dis-le-moi. Plus tu parleras, ajouta-t-il d'une voix douce, plus longtemps tu resteras vivant.
Megan assistait à l'échange en silence. Les deux garçons se comportaient comme si elle n'était pas là. Elle baissa les yeux sur Ginny. La sœur de Ron était de toute évidence toujours en vie, mais il semblait que ce ne serait plus longtemps le cas. Les contours de la silhouette de Riddle étaient de moins en moins flous et il ne fallut pas longtemps à Megan pour comprendre que Riddle puisait son énergie vitale dans celle de Ginny. Il fallait qu'elle l'éloigne de l'incarnation de Voldemort, rapidement. Mais elle ne savait pas exactement quelle résistance saurait opposer le souvenir. Pire encore, elle ne savait pas où se cachait le Basilic, bien qu'elle soit certaine qu'il était quelque part avec eux dans la Chambre, attendant les ordres de son maître. Hors de question qu'elle meure alors qu'elle peut-être enfin obtenir des réponses à la multitude de questions qui entourait Voldemort.
- Personne ne sait pourquoi vous avez perdu vos pouvoirs quand vous m'avez attaqué, dit Potter d'un ton abrupt, choisissant de gagner du temps. Je ne le sais pas moi-même. Mais je sais pourquoi vous n'avez pas pu me tuer. C'est parce que ma mère a donné sa vie pour me sauver. Ma mère, qui était fille de Moldu, ajouta-t-il en tremblant d'une rage contenue. Elle vous a empêché de me tuer. Et j'ai vu ce que vous étiez vraiment. On vous a vu l'année dernière. Vous n'êtes plus qu'un débris, une épave. C'est à peine si vous êtes encore vivant. Voilà où votre pouvoir vous a mené. Vous êtes obligé de vous cacher. Vous êtes repoussant, vous êtes abject !
Le visage de Riddle se tordit en une grimace. Megan dut admettre que Potter avait du cran de provoquer le plus puissant sorcier de l'Histoire. Ou bien il était parfaitement inconscient. Riddle se força à sourire, d'un horrible sourire.
- Soit. Ta mère est morte pour te sauver. Une puissante manière de conjurer le sort. Mais maintenant, je vois bien que tu n'as rien de si extraordinaire, après tout. Je me demandais, vois-tu… Car il y a une étrange ressemblance entre nous, Harry Potter. Même toi, tu as dû le remarquer. Nous avons tous les deux du sang Moldu, nous sommes tous deux orphelins, élevés par des Moldus. Et probablement les deux seuls élèves de Poudlard qui aient jamais parlé Fourchelang depuis le temps du grand Serpentard lui-même.
- C'est faux, le coupa Megan.
Il était devenu impossible pour elle de rester silencieuse plus longtemps.
- Bien sûr, sourit Riddle en tournant les yeux vers elle avec un air satisfait. Bien sûr, toi aussi… Tu ignores pourquoi tu as ce don, n'est-ce pas ? C'est un don réputé chez les adeptes de la magie noire, aucun « honnête sorcier » ne parle aux serpents.
- Rien ne dit que je suis une honnête sorcière, répliqua Megan. Qu'est-ce que vous savez que je ne sais pas ?
- Tout, Meganna, se réjouit Riddle. Je sais tout ce que tu ne sais pas. Dis-moi, qu'est-il arrivé à tes parents ?
À peine avait-il prononcé ces mots qu'une partie de la jambe de la statue géante, juste derrière Riddle, explosa. Elle n'avait pas pu se retenir. Potter sursauta. Mais Riddle observa attentivement le bloc de pierre qui s'était détaché, puis se retourna vers Megan en souriant plus encore.
- Tu es exactement telle que je te voulais, affirma-t-il.
Megan plissa les yeux. Que voulait-il dire ?
- Mais laisses-moi terminer avec Mr Potter, puis nous parlerons, nous aurons tout le temps, poursuivit Riddle. Je disais… Même physiquement, nous nous ressemblons, Harry… Mais finalement, ce qui t'a sauvé face à moi, c'est la chance, rien d'autre. Voilà tout ce que je voulais savoir.
Riddle sourit plus largement encore. Megan ne comprenait pas pourquoi le jeune homme agissait ainsi.
- Reste près de moi, Meganna, lui intima-t-il. Car maintenant je vais donner une petite leçon à Harry. Nous allons mesurer les pouvoirs de Lord Voldemort, héritier de Salazar Serpentard à ceux du célèbre Harry Potter, muni des meilleures armes que Dumbledore ait pu lui envoyer.
Il lança un regard amusé à Fawkes et au Choixpeau magique, puis il s'éloigna. Megan ne bougea pas, ne le suivit pas. Voldemort se comportait comme s'ils étaient tous deux face à Potter, comme s'il n'avait pas l'intention de se prendre à elle. Elle ne comprenait pas.
Riddle s'arrêta entre les hauts piliers et leva la tête vers le visage en pierre. Megan suivit son regard et observa Salazar Serpentard tel qu'elle l'avait vu représenté dans les manuels d'Histoire. Riddle ouvrit grand la bouche et se mit à siffler. Megan comprit chacun des mots qu'il disait.
- Parle-moi, Serpentard, le plus grand des quatre de Poudlard.
Le visage de géant se mit alors à bouger : la bouche s'ouvrit de plus en plus grand, formant un immense trou noir. Quelque chose remua alors à l'intérieur de la bouche béante, quelque chose qui sortait en rampant de ses profondeurs. Megan savait que le Basilic arrivait. Elle était figée sur place tandis que Potter reculait jusqu'au mur. Fawkes quitta l'épaule du garçon pour s'envoler, probablement conscient que son perchoir humain serait bientôt mort. Une lourde masse tomba sur le sol en le faisant trembler. Megan entendit Riddle parler au serpent géant : « Tue-le ».
Le Basilic avança alors vers Potter. Celui-ci, les yeux fermés, partit en courant à l'aveuglette, les mains tendues devant lui. Riddle éclata de rire. Megan était supposée regarder le Basilic tuer Potter, puis elle et Voldemort pourraient avoir une conversation. Elle ne savait pas comment réagir : tant qu'elle ne bougeait pas, le Basilic ne tenterait pas de la tuer, et elle pourrait enfin obtenir les réponses à ses questions. Mais elle brûlait de haine envers Voldemort et la créature qui avait attaquée Hermione. De plus, elle avait promis à Dumbledore de protéger Potter en échange de ses leçons.
Potter trébucha et heurta brutalement le sol de pierre. Le serpent géant n'était plus qu'à quelques mètres de lui, et Megan ne bougeait toujours pas. Soudain, Fawkes fondit sur le Basilic qui l'envoya cogner Potter d'un coup de son immense tête. Mais le phénix s'envola à nouveau et se mit à voleter autour de la tête du serpent qui essayait de l'attraper en claquant ses mâchoires hérissées de longs crochets fins et tranchants, redressé de toute sa hauteur de géant. Fawkes plongea tout à coup. Son long bec d'or disparut et une cascade de sang noir se déversa sur le sol. La queue du serpent s'agita furieusement, manquant Potter de peu, et avant que celui-ci ait eu le temps de fermer les yeux, la créature se retourna vers lui. Mais Potter ne fut pas tué d'un regard : Fawkes avait crevé les yeux du Basilic de son bec pointu. Le sang ruisselait sur le sol tandis qu'un long sifflement de douleur s'échappait de la gueule du serpent.
- Non ! hurla Riddle en Fourchelang. Laisse l'oiseau ! Laisse l'oiseau ! Le garçon est derrière toi ! Sens son odeur ! Tue-le !
Le serpent aveugle vacilla, désorienté mais toujours mortel. Fawkes, qui continuait de décrire des cercles autour de lui, lançait son chant angoissant, en donnant par moments des coups de bec sur la tête du serpent dont les yeux morts continuaient à laisser échapper des flots de sang noir. La queue du serpent fendit l'air comme un fouet et Potter se baissa pour l'éviter mais reçut en pleine figure le Choixpeau magique. Le garçon attrapa l'artefact et, dans un geste qui parut à Megan incroyablement stupide et ridicule, l'enfonça sur sa tête avant de se jeter à plat ventre contre le sol pour éviter de nouveau la queue du serpent.
- À quoi tu joues, Potter ? murmura-t-elle.
Riddle semblait se poser la même question. Puis soudain le chapeau se contracta, comme serré par une main invisible, et Potter chancela, assommé par quelque chose. Il arracha alors le Choixpeau de sa tête et y plongea la main.
- Tue le garçon ! s'époumonait Riddle. Laisses l'oiseau ! Le garçon est derrière toi ! Sens-le, sens son odeur !
Potter s'était relevé, comme prêt à combattre. Le Basilic fit un mouvement brutal pour se retourner, son corps s'enroula sur lui-même en heurtant les colonnes et sa tête s'abattit sur Potter. Megan vit les crochets mortels s'apprêter à transpercer Potter. Sa main jaillit alors de sa poche et elle lança au serpent un sortilège d'Entrave, laissant le temps à Potter d'éviter la mâchoire du serpent dont la tête alla heurter le mur.
- Meganna ! s'exclama Riddle, pris de court.
- Vous avez fait tuer mes parents, jura la jeune fille entre ses dents serrées.
Le serpent plongea de nouveau et sa langue fourchue cingla Potter comme un fouet. Ce dernier tira alors une longue épée argentée à la poignée incrustée de rubis du Choixpeau, sous le regard surpris de Megan et Riddle. Mais la jeune fille ne se laissa pas déstabiliser longtemps : elle posa les yeux sur le corps toujours inanimé de Ginny, dont la vie continuait de s'échapper.
- Vous avez attaqué Hermione, ajouta-t-elle, furieuse. Et vous avez essayé de tuer la sœur de mon meilleur ami.
Emplie d'un désir de vengeance, elle courut vers Potter, sa baguette à la main. Celui-ci tenait le Basilic à distance à l'aide de l'épée de Gryffondor.
- Baisse-toi ! ordonna Megan avant de pointer sa baguette sur un des piliers qu'elle fit exploser.
Le long bloc de pierre s'abattit sur le Basilic qui cracha de rage en fouettant l'air de sa lourde queue.
- Ne la tue pas ! s'exclama Riddle en Fourchelang lorsque le Basilic plongea vers Megan. Tue le garçon !
Megan ne comprenait pas pourquoi Riddle tenait à la garder en vie malgré tout, mais elle ne prit pas le temps d'y réfléchir. Elle rejoignit Potter, et tous deux firent face au roi des serpents, armés d'un bout de bois enchanté et d'une lame médiévale.
- Transperce-le avec l'épée ! s'exclama Megan en lançant divers sorts au serpent pour l'empêcher d'avancer.
- Il n'y a que dans la bouche qu'il n'a pas d'écaille, lui fit remarquer Potter, tremblant.
Megan elle-même n'était plus aussi assurée que d'habitude. Mais la soif de vengeance et l'adrénaline ne lui laissaient pas le loisir de penser à la peur.
- Alors donnes-moi l'épée, ordonna Megan.
Potter ne réfléchit pas et obéit. Megan jeta sa baguette au sol et, au moment où le Basilic attaqua à nouveau, elle enfonça l'épée à deux mains dans le palais du serpent, qu'elle transperça. Mais au même moment, une douleur fulgurante lui traversa le bras, juste au-dessus du coude : un des longs crochets venimeux était enfoncé profondément dans sa chair et se cassa net lorsque le serpent vacilla et tomba sur le côté, le corps agité de convulsions.
- Meganna ! crièrent Riddle et Potter d'une même voix.
La jeune fille serrait les dents pour lutter contre la douleur mais elle pouvait sentir le venin se répandre dans son sang. Elle tomba à genoux, tout près de Ginny.
- Pourquoi tu as fait ça ? rugit Riddle.
L'ignorant, Potter empoigna le crochet et l'arracha du bras de Megan qui laissa échapper un hurlement de douleur.
- Ça ne sert à rien, c'est trop tard, gronda Riddle.
Une douleur brûlante se diffusait lentement dans le corps de Megan. Elle allait mourir en sauvant Potter. Elle imaginait difficilement pire. Son sang imprégnait l'étoffe de sa robe et sa vision se brouillait. La Chambre des Secrets n'était plus qu'un tourbillon de couleurs ternes. Elle avait défié Voldemort, mais elle n'avait pas pu lui poser ses questions. Peut-être ses parents lui expliqueraient-ils tout une fois qu'elle les aurait rejoints.
- Fawkes, dit la voix de Potter.
Elle n'avait même pas distingué la tache écarlate qui venait de passer devant elle, mais entendit le bruissement d'aile.
- Fawkes, répéta Megan d'une voix pâteuse.
- Tu as été magnifique, affirma Potter.
Megan sentait l'oiseau poser sa tête à l'endroit où le crochet du serpent lui avait transpercé le bras. Elle entendit des bruits de pas et vit une ombre apparaître devant elle.
- Ton amie est morte, Harry Potter, dit la voix de Riddle au-dessus de sa tête. Morte. Même l'oiseau de Dumbledore l'a compris. Tu vois ce qu'il fait, Potter ? Il pleure.
Megan ne distinguait plus rien. Elle ne parvint pas à lui répondre que Potter n'était pas son ami et qu'elle se fichait bien du chagrin d'un oiseau qu'elle ne connaissait pas.
- Je vais m'asseoir et te regarder mourir, Meganna, dit Riddle d'une voix tendue. Malgré tous ces grands projets que j'avais pour toi, tu vas mourir ici, ce soir, alors que tu aurais dû vivre. Le Basilic ne t'aurait pas attaquée. Tu as tout gâché. Dumbledore a réussi à te transformer en ce que tu n'es pas. Je ne le lui pardonnerai pas.
La tête et les paupières de Megan étaient lourdes, trop lourdes pour résister à cet engourdissement.
- De toute manière, je vais tuer Harry, poursuivit Riddle dont la voix était de plus en plus lointaine. Tu seras morte pour rien. Il n'y a plus de Basilic, mais je suis plus puissant que jamais. Ginny est presque morte. Et moi je vais enfin mettre fin à la vie de ce garçon. Voilà comment finira le célèbre Harry Potter : dans la Chambre des Secrets, entre ses deux amies mortes, enfin terrassé par le Seigneur des Ténèbres qu'il avait si sottement défié. Bientôt, tu auras rejoint ta chère mère au Sang de bourbe, Harry... Elle t'aura permis de vivre douze ans... Mais Lord Voldemort a fini par te vaincre, comme il se devait. Et toi, Meganna… Je suis vraiment agacé que tu meures. Toi qui étais si puissante, tu aurais été extraordinaire à mes côtés.
Pourtant, Megan avait l'impression de remonter lentement vers la surface. Elle n'avait plus l'impression de mourir. Elle entendit même très clairement les mots que prononça Riddle en Fourchelang : « Ma fille ».
La Chambre réapparaissait petit à petit dans son champ de vision. Elle baissa les yeux et vit Fawkes, posé sur son bras. Ses larmes de perle avaient formé une tâche qui brillait autour de l'endroit où le crochet s'était enfoncé dans sa chair... Elle se rendit compte alors qu'il n'y en avait plus trace.
- Tu n'es pas… les larmes de phénix ! s'exclama Riddle en regardant le bras de Megan. Un puissant remède contre les blessures… Je l'avais complètement oublié... Alors tu vas vivre.
Il se tourna pour regarder Potter dans les yeux.
- C'est parfait, reprit-il. C'est tellement mieux ainsi. Je vais te tuer, Potter, et Meganna sera à mes côtés, présente dès mon retour.
Riddle brandit sa baguette magique. Dans un bruissement d'ailes, Fawkes tournoya alors au-dessus de Potter et laissa tomber sur ses genoux... le journal intime. Megan était encore hagarde et ne bougeait pas. Pendant une fraction de seconde, Potter et Riddle, dont la baguette était toujours levée, regardèrent le petit livre noir. Puis Potter leva le crochet qu'il avait retiré du bras de Megan et le plongea au cœur du livre.
Il y eut un long hurlement perçant, un hurlement glaçant. Un flot d'encre jaillit du livre à gros bouillons et ruissela sur les mains de Potter. Riddle à présent se tordait sur le sol, agitant vainement les bras, criant de toutes ses dernières forces. Et soudain… il avait disparu. La baguette magique qu'il brandissait jusqu'alors tomba sur le sol, puis ce fut le silence. On n'entendait plus que le bruit faible et régulier de l'encre qui continuait de couler goutte à goutte du journal intime. Le venin du Basilic avait fait un trou dans le petit livre noir, brûlant les pages de part en part. Tremblant de tout son corps, Megan se releva. Elle avait la tête qui tournait et chacun de ses mouvements était lent et lourd. Jamais elle n'avait été dans un tel état de faiblesse.
- Meganna ? appela Potter d'un ton inquiet. Ça va ?
Elle ne répondit pas, fixant l'endroit où se tenait Riddle quelques secondes auparavant. Les deux mots prononcés en Fourchelang, que Potter semblait ne pas avoir entendus, tournaient dans sa tête.
Potter ramassa la baguette magique et le Choixpeau, puis rejoignit le Basilic pour sortir l'épée de sa gueule. De son côté, Megan se pencha sur Ginny, dont le visage avait repris quelques couleurs. Elle remuait faiblement. En l'entendant gémir, Potter se précipita vers elle.
Ginny se redressa, assise par terre, et regarda d'un air stupéfait l'énorme masse du Basilic mort. Ses yeux se tournèrent ensuite avec horreur vers Megan et sa robe trempée de sang, passèrent sur Potter, puis se fixèrent sur le journal intime qu'il tenait à la main. Elle fut secouée d'un sanglot et des larmes ruisselèrent sur ses joues.
- Megan… Harry… Oh, Harry, j'ai essayé de te dire… l'autre jour… mais je… je ne pouvais pas parler devant Percy. C'était moi, Harry… mais je jure… que je ne voulais pas faire ça… C'est Riddle qui m'a obligée à… Il m'a imposé son pouvoir et… Comment avez-vous fait pour tuer cette… cette chose ? Où est Riddle ? La dernière chose dont je me souvienne, c'est quand il est sorti de… de son journal…
- Tout est fini, maintenant, dit Potter en lui montrant le gros trou que le crochet du serpent avait percé au milieu du petit livre noir. Riddle n'existe plus… Ils sont morts tous les deux, lui et le Basilic. Viens, Ginny, sortons d'ici.
- Je vais être renvoyée, se lamenta Ginny tandis que Potter l'aidait à se relever. J'avais tellement attendu le jour où je pourrais enfin entrer à Poudlard… Et maintenant, je vais être obligée de partir… Mes parents vont être furieux...
- Ils vont surtout être contents que tu sois vivante, répondit Megan d'une voix pâteuse.
Péniblement, elle se remit sur ses pieds. Elle se sentait de mieux en mieux malgré les paroles qui continuaient de tournoyer dans sa tête.
Fawkes les attendait en tournoyant à l'entrée de la Chambre des Secrets. Megan et Potter entraînèrent Ginny dans l'obscurité sinistre, ils enjambèrent le cadavre du Basilic et retournèrent dans le tunnel, leurs pas résonnant en écho contre les parois de pierre. Megan entendit le mur se refermer derrière eux dans un long sifflement. Ils avancèrent rapidement dans le tunnel et entendirent enfin une sorte de raclement lointain.
- Ron ! cria Potter en accélérant le pas. Ginny va bien ! Elle est avec moi ! Et Meganna aussi !
Ron poussa une exclamation de joie et ils aperçurent bientôt son visage surexcité, à travers le gros trou qu'il avait réussi à creuser dans l'éboulis de rocs.
- Ginny !
Ron tendit les bras pour l'aider à passer par l'ouverture.
- Vivante ! Je n'osais plus y croire ! S'exclama-t-il. Qu'est-ce qui s'est passé ?
Il voulut la serrer dans ses bras, mais Ginny le repoussa, toujours secouée de forts sanglots.
- Tout va bien, Ginny, dit Ron avec un grand sourire.
- C'est fini maintenant, répéta Potter d'une voix douce.
- Megan, tu vas bien ? Tu es couverte de sang… D'où il vient, cet oiseau ? Demanda Ron.
Fawkes était passé par le trou à la suite de Megan.
- Je vais bien. C'est celui de Dumbledore, expliqua Megan qui tentait de rassembler ses forces pour garder la face.
Potter franchit l'éboulis à son tour.
- Et comment ça se fait que tu aies une épée ? s'étonna Ron.
- Je t'expliquerai quand nous serons sortis d'ici.
- Mais...
- Plus tard, coupa Potter. Où est Lockhart ?
- Là-bas, dit Ron avec un sourire. Il ne va pas fort. Venez voir.
Guidés par Fawkes, dont les grandes ailes écarlates diffusaient une lueur dorée dans l'obscurité, ils retournèrent à l'entrée du tuyau. Gilderoy Lockhart était assis par terre et fredonnait une chanson d'un air absent. Megan leva un sourcil.
- Il a perdu la mémoire, dit Ron. Le Sortilège d'Amnésie a marché à l'envers. C'est à lui que ma baguette magique a jeté le sort. Il ne sait plus du tout qui il est, ni où il est, ni qui nous sommes.
Megan observa le professeur d'un air consterné.
- Je lui ai dit de m'attendre ici. Il n'est plus capable de se débrouiller tout seul.
Lockhart les regarda avec bonne humeur.
- Bonjour, dit-il. Drôle d'endroit, n'est-ce pas ? C'est ici que vous habitez ?
- Non, répondit Ron en jetant à Potter un regard interrogateur.
Potter se pencha pour examiner le tuyau.
- Tu as réfléchi au moyen de remonter là-dedans ? demanda-t-il à Ron.
Ron fit « non » de la tête, mais Fawkes le phénix passa devant Potter et voleta devant lui. Ses petits yeux brillaient dans l'obscurité du tuyau. Il agitait ses longues ailes aux plumes d'or, comme pour l'inviter à le suivre. Harry le regarda d'un air hésitant.
- On dirait qu'il veut que tu t'accroches à lui, dit Ron, l'air perplexe. Mais tu es beaucoup trop lourd pour un oiseau.
- Fawkes est un phénix, leur rappela Megan. Il peut porter des charges très lourdes. On va se tenir les uns aux autres. Ginny, prends la main de Ron. Lockhart...
- Elle parle de vous, dit sèchement Ron à Lockhart.
- Vous prendrez l'autre main de Ginny.
Potter glissa l'épée et le Choixpeau magique dans sa ceinture, Ron prit la main de Megan qui saisit un pan de la robe de Potter et celui-ci s'accrocha à la queue de Fawkes. Megan eut alors l'impression que son corps devenait extraordinairement léger et un instant plus tard, ils s'envolaient tous dans le tuyau avec un sifflement semblable à celui du vent. Megan entendait Lockhart qui s'exclamait : « Étonnant ! Vraiment étonnant ! On dirait de la magie ! ». Bientôt, tous les cinq se retrouvèrent sur le carrelage humide des toilettes de Mimi Geignarde et le lavabo qui dissimulait le passage secret se remit en place. Le fantôme les regarda avec des yeux ronds.
- Tu es vivant ? dit-elle à Potter d'un ton stupéfait.
- On dirait que tu es déçue, répondit sombrement le garçon en essuyant ses lunettes maculées de sang et de boue.
- Bah… je me disais que si tu étais mort, j'aurais été contente de partager mes toilettes avec toi, avoua Mimi, le teint soudain argenté, ce qui était sa manière à elle de rougir.
- Beuârk, dit Ron lorsqu'ils eurent regagné le couloir désert. Harry, je crois bien que Mimi a un faible pour toi ! Tu as une rivale, Ginny !
Mais Ginny n'était pas d'humeur à plaisanter : des larmes continuaient de couler sur ses joues.
- Où on va, maintenant ? demanda Ron en jetant un regard inquiet à sa sœur.
Megan montra du doigt le phénix, entouré d'un halo de lumière doré, qui volait le long du couloir. Ils le suivirent à grands pas et quelques minutes plus tard, ils se retrouvèrent devant le bureau du professeur McGonagall. Potter frappa et poussa la porte.
