CHAPITRE 9
Quatre jours se sont écoulés depuis cette fameuse soirée. Cela fait quatre jours que je reste cloîtrée chez moi, 24h/24. Je ne souhaite pas sortir de mon immeuble, puisque je risque de tomber sur des paparazzis en bas de chez moi. Cela fait aussi quatre jours que Bellamy et moi sommes en tête d'affiche sur internet. J'ai déjà épluché une dizaine d'articles parlant de notre relation.
Tout d'abord, notre selfie a fait un carton sur Twitter. Ensuite, des photos de notre slow ont filtrés. Nous avons l'air d'un couple amoureux et surtout très heureux. Sur plus de la moitié des photos, nous sommes en train de rire et de nous chuchoter quelques mots à l'oreille. La notoriété de Bellamy a monté en flèche, grâce à ça. J'ai lu sur Internet qu'il a déjà eu de nouvelles propositions de maquettes. Il va devenir encore plus célèbre.
Mon portable vibre à côté de moi et je le prends dans ma main. Certaines personnes continuent à me mentionner à plusieurs reprises sur Twitter.
ClarkeGriffin Qu'est-ce que ça fait de sortir avec le beau BellamyBlk ? Tout le monde rêverait d'être à ta place !
BellamyBlk ClarkeGriffin Vous êtes trop mignons, tout le monde vous envie ! #Bellarke
BellamyBlk peut trouver beaucoup mieux que ClarkeGriffin... Je suis disponible quand tu veux Bellamy.
On s'en fiche de l'histoire de ClarkeGriffin et BellamyBlk. C'est juste un architecte.
Toute cette situation est complètement pathétique. Il y en a qui sont heureux pour nous, d'autres qui disent qu'il peut trouver mieux... Ça m'exaspère. Bellamy a déjà essayé de m'appeler plusieurs fois, mais je n'ai jamais répondu. J'espère qu'il a compris le message. Je ne veux pas lui parler, je ne m'en sens toujours pas capable.
Je regarde mon portable et le repose sur ma table de nuit. Je décide de me lever pour la première fois de la journée, alors qu'il est plus de 13h. Je me dirige vers ma cuisine et ouvre mon réfrigérateur. Je prends le jambon et m'improvise un petit sandwich. Je mange lentement, en réfléchissant à ce que je pourrais faire de la journée. Je pense que ce serait le bon moment pour moi pour peindre, peut-être que ça me défoulera un peu.
Je finis de manger et regarde ma tenue dans le miroir. Je porte un short gris en coton ainsi qu'un débardeur blanc. Je saisis l'élastique autour de mon poignet et relève mes cheveux pour former un chignon déstructuré. Je déplie tranquillement le chevalet rangé jusqu'alors dans mon armoire et le place dans un coin de ma chambre. Je prends également la grande toile blanche qui traînait depuis quelques temps dans mon placard et la pose dessus. Je cherche dans mes pinceaux et dans mes peintures et me place devant le chevalet.
Je ne sais pas quoi peindre, mais je laisse le pinceau voyager sur la toile. Je pioche un peu de marron et commence à faire la racine et le tronc d'un grand arbre. Je prends un peu de noir pour faire les ombres et pioche du vert pour commencer à faire les feuilles. Je peins un ciel sombre derrière, en laissant du blanc pour faire des étoiles. Je m'éloigne un peu et regarde mon travail. C'est beaucoup trop lisse, c'est n'importe quoi. Je prends de la peinture blanche et l'étale sur toute la toile, la rendant de nouveau vierge. Je me concentre et prends un plus petit pinceau à côté de moi. Je laisse ma main courir le long de la toile durant quelques minutes, sans réfléchir à rien. J'aime peindre et c'est le plus important. Je finis quelques tâches de rousseurs sur le visage que j'ai représenté et m'éloigne de la toile. Je viens de dessiner Bellamy. Je ne sais pas pourquoi j'ai fait ça, son image s'est directement imposée à moi de cette façon. J'ai dessiné ses boucles brunes, son nez parsemé de taches de rousseurs, ainsi que sa bouche douce et charnue. Ses yeux regardent quelque chose intensément, avec passion.
Mon téléphone portable commence à sonner. Je soupire en posant mon pinceau de côté et regarde l'écran. Le nom de Bellamy s'affiche.
— Allô ? dis-je d'une petite voix.
— Clarke ! s'exclame-t-il.
Il a l'air surpris de m'entendre répondre au téléphone.
— Est-ce que tu vas bien ?
— Très bien et toi ?
— Oui, ça va. Est-ce que je peux passer chez toi ?
— Non.
Sans écouter sa réponse, je raccroche le téléphone et le balance violemment sur mon lit. J'allume mon poste de radio et augmente le volume. Ils sont en train de diffuser un groupe de rock, Imagine Dragons. Cela me met dans l'ambiance. Je me replace devant la toile et commence à sentir mon sang bouillonner sous ma peau. Je prends le plus gros pinceau que je possède et le trempe dans la peinture. Je barbouille le visage de Bellamy de noir, ainsi que de rouge. Je continue encore et encore, sans penser au nombre de couches de peinture que je suis en train de mettre. Je prends la peinture verte foncée et en lance en plein milieu de la toile. Je réitère l'opération avec toutes les couleurs. Je m'éloigne et fixe le résultat. Je ne vois plus le visage de Bellamy derrière, mais je ne pense pas que ce soit assez. Je fonce jusqu'à ma cuisine et prends l'un de mes couteaux. Je me mets devant la toile. Je m'approche et commence à la lacérer le plus fortement et le plus férocement possible, en le poignardant un peu partout. Je balance ensuite mon couteau à travers la pièce, vers la cuisine. Je mets mes mains sur mes hanches.
La sonnette de mon appartement retentit soudainement. Je baisse doucement la radio et ouvre ma porte. Bellamy se trouve devant moi, deux cafés dans les mains.
— Qu'est-ce que tu fiches ici ? je lui demande.
— Je pensais que tu avais besoin de café, vu ta voix au téléphone.
— Je vais très bien.
— Clarke.
Je lève les yeux au ciel et me décale de la porte pour le laisser entrer. Il sourit et entre dans mon appartement, en me tendant l'un de ses cafés. Je le goûte.
— Café vanille avec deux doses de crème, comme tu les aimes, me dit-il.
— Merci, je réponds doucement.
Il hoche la tête en souriant légèrement et se tourne vers la toile. Il fronce les sourcils en s'approchant d'elle. Je me place à ses côtés, en croisant les bras.
— Tu l'as martyrisée, cette toile. Comment est-ce que tu l'as appelée ? me demande-t-il.
— Bellamy Blake.
Je le regarde alors qu'il ferme les yeux en secouant discrètement la tête. Je baisse la mienne. Il a vraiment l'air blessé de mon comportement, il faut peut-être que je me calme. Un jour. Pas maintenant. Il ouvre de nouveau les yeux et se tourne vers moi en m'étudiant.
— Tu... Tu as de la peinture sous l'œil.
Je plisse du nez et frotte l'endroit qu'il m'indique. Il rit en secouant la tête et s'approche d'un pas vers moi. Il place sa main sur ma joue gauche et essuie doucement l'emplacement où je suis censée avoir de la peinture. La chaleur de ses doigts me déstabilise. Il se concentre sur la tâche et tourne son regard vers le mien au bout d'un moment. Je sens un courant électrique passer entre nous, que je me dois de briser.
— Bellamy... Qu'est-ce que tu veux ? dis-je en murmurant presque.
— Je veux que notre complicité revienne.
— Laisse-moi le temps, s'il te plaît.
— Pourquoi ? Si c'est à propos de la soirée, je suis désolé.
— Je ne veux pas en parler.
— Tu me manques.
Je soupire. Je m'éloigne de lui et marche jusqu'à mon lit. Je sais qu'il n'a pas voulu me faire du mal, mais c'est le cas. Je reprends mon portable dans ma main et regarde de nouveau les notifications que j'ai reçues, pour paraître occupée.
— Pourquoi est-ce que c'est comme ça entre nous ? je demande finalement, exaspérée par ce silence. Nous ne sommes pas censés dire des choses comme « tu me manques » ou « je t'apprécie ». Nous nous détestions il y a encore quelques mois !
— Cela a changé, répond-il en fronçant les sourcils. Je me suis attaché à toi.
— Cela ne devrait pas, dis-je froidement.
Chaque parole que je prononce le blesse, mais je ne peux pas faire autrement. Je vois dans ses yeux qu'il s'attache de plus en plus à moi, mais je n'arrive plus à le croire. Le fait qu'il ait voulu faire un slow seulement pour avoir sa photo dans un magazine me met toujours hors de moi.
Je continue à le fixer, alors qu'il essaye de ne pas croiser mon regard. Il décide finalement de me parler à nouveau de son travail.
— J'ai parlé à Jaha hier, me dit-il. Nous partons dans deux semaines en Italie.
— Très bien.
— Tu sais qu'on va devoir faire croire à notre couple une nouvelle fois ? Ça sera compliqué si tu ne me parles pas.
— Je peux être une bonne actrice.
— Ah oui ? demande-t-il en fronçant les sourcils. J'en doute.
— Tu as besoin d'une preuve ?
À ces mots, je me lève de mon lit en balançant mon portable sur celui-ci. Je m'approche de lui en tendant les bras. Je les noue autour de son cou alors qu'il enroule directement les siens autour de mon corps. Je le regarde, en approchant mon visage du sien. Je regarde sa bouche, tandis que sa langue humidifie sa lèvre inférieure. Il a envie de m'embrasser, ce geste le trahi. Je frôle sa lèvre avec les miennes et tourne au dernier moment mon visage pour m'approcher de son oreille
— Je peux être très crédible, je murmure.
J'entends sa respiration saccadée, alors que je m'éloigne de lui et me dirige vers l'entrée. Je prends la poignée dans ma main et ouvre la porte. Je regarde Bellamy et fais un mouvement vers l'extérieur pour essayer de lui faire comprendre ce que je veux : son départ. Il rit tout seul dans sa barbe et s'oriente vers la porte. Il s'apprête à sortir, mais se tourne vers moi au dernier moment. Il se colle à moi et approche sa bouche de mon oreille.
— Si tu veux jouer, on va jouer, murmure-t-il à son tour.
Je ferme mes yeux, alors qu'il dépose un doux baiser sous mon oreille. Je sens son souffle chaud sur ma peau et sa présence me manque lorsqu'il s'éloigne et sort de mon appartement. Je le regarde partir et claque la porte en m'adossant à celle-ci. Il faut que je me repose. Je dois dormir.
[…]
— CLARKE ! OUVRE-NOUS !
Je grogne en m'étirant dans mon lit. Je regarde l'heure. Il est un peu plus de 16h et Octavia et Raven sont en train de cogner à ma porte. Je me lève de mon lit et me dirige vers l'entrée en baillant. Elles sont toutes les deux rouges et me regardent, choquées. Avant que je ne dise quoi que ce soit, elles entrent toutes les deux dans mon appartement.
— Entrez, je vous en prie, dis-je ironiquement en fermant la porte.
— Cela fait plus de trois jours que tu ne réponds pas à nos messages, me rétorque Raven. Qu'est-ce qui te prend ?
— Rien, j'avais besoin d'être seule.
— Ne laisse pas mon abruti de frère te mettre dans cet état, me dit Octavia. Allez, viens, on bouge.
— Comment ça ?
— Tu sais très bien qu'on doit aller voir la famille de Lincoln. C'est prévu depuis des semaines.
Je soupire en m'en rappelant. Effectivement, aujourd'hui, un petit goûter est organisé chez les parents de Lincoln pour l'anniversaire de sa sœur Indra. Je l'ai rencontrée une fois seulement et elle n'a pas l'air très commode... Mais elle reste plutôt gentille.
— Il y aura tous ses petits-cousins et petites-cousines. Ne me laisse pas seule, s'il te plaît, me supplie Octavia.
— Hé ! s'exclame Raven. Je suis là, ne l'oublie pas !
— C'est bon les filles, dis-je. Je viens.
— D'accord... Mais change de tenue alors. Il faut que tu sois présentable devant les paparazzis.
— Tu te fiches de moi ? je m'exclame, la bouche ouverte.
— Il n'y en a que deux ou trois devant l'immeuble. Ils ont essayé de nous parler, mais nous n'avons rien dit. Pas d'inquiétude.
— Bellamy ne m'avait pas dit qu'il y en avait au pied de chez moi...
— Tu as parlé à Bell ?
— Il est passé tout à l'heure.
Je grogne en me dirigeant vers ma salle de bain. Je me nettoie le visage et fouille dans ma penderie. Je déniche une petite robe blanche avec des manches en dentelle qui fera l'affaire. Je l'enfile rapidement et prends une paire de spartiates. Je retourne dans le salon et relâche mon chignon. J'essaye de démêler mes cheveux, alors que les filles ouvrent la porte de mon appartement. Je prends mon sac à main et sors à mon tour en fermant à clé. Je les écoute parler de Lincoln et de Wick, tandis que nous franchissons le hall d'entrée de mon immeuble. Je vois d'un seul coup des flashs d'appareil photo autour de moi et quelques personnes qui nous encerclent.
— Clarke ! Clarke ! Qu'est-ce que ça fait de sortir avec l'un des mannequins les plus réputés du pays ? Depuis combien de temps êtes-vous ensemble ? Sept mois ? Faites-vous toujours médecine ? Quel âge avez-vous ?
— Sans commentaire, je réponds en repoussant quelques-uns.
— Octavia ! Vous avez l'air de bien vous entendre avec la petite amie de votre frère ! Pouvez-vous nous en parler ?
— Je la déteste, répond celle-ci alors que je commence à rire.
Nous montons le plus rapidement possible dans la voiture d'Octavia et celle-ci démarre automatiquement. Nous rions toutes les trois durant quelques secondes, à cause de la scène improbable qu'il vient de se passer. Octavia commence à crier toute seule les mots « Je vais devenir célèbre ! » alors que je lui souris. Il y a au moins une personne contente de toute cette situation. J'ai encore un peu de mal à avaler le fait qu'elle ne m'ait jamais dit que Bellamy avait été mannequin. En fait, je me déteste de n'avoir jamais cherché à le savoir toute seule.
Je me mets à l'arrière de la voiture et pose mon coude contre la fenêtre, sans parler. Nous roulons doucement.
— Clarke, tu sais que tu pourrais nous parler, me dit Raven.
— Je n'ai rien à dire... J'en ai déjà marre de cette pseudo « célébrité ». Bellamy n'est qu'un architecte, ce n'est pas un acteur ou un chanteur...
— De quoi t'a-t-il parlé ce matin ? m'interroge Octavia.
— Il m'a dit que nous partons dans deux semaines pour l'Italie. Et que je lui manquais.
— Bellamy t'as dit ça ? demande Octavia, d'un air choqué. Il ne m'a jamais dit ce genre de choses. Il tient beaucoup trop à toi pour que ce soit anodin, Clarke.
— Il aime le jeu, voilà tout. Il joue avec moi depuis le début.
— Je ne pense pas, dit à son tour Raven. Bon, d'accord, il a merdé avec cette soirée, mais je pense qu'il t'aime bien.
— Tu sais quoi ? J'ai juste envie d'appeler Finn pour énerver Bellamy... dis-je en soupirant.
Je regrette immédiatement mes paroles lorsque je croise le regard voilé de Raven dans le rétroviseur. Je n'aurais pas dû remettre Finn sur le tapis, c'était une mauvaise idée. Raven a beaucoup plus souffert que moi dans cette histoire.
— Désolée Raven.
— Ça va aller. Wick me suffit amplement.
— Tu as déjà...
— Non, bien-sûr que non, répond-elle rapidement en rougissant. Nous nous sommes embrassés et nous sommes déjà à notre second rendez-vous. Je veux que les choses aillent lentement.
— Tu as bien raison.
— On est arrivés, nous dit Octavia en se garant devant une grande maison.
— Je n'ai pas de cadeaux pour Indra, dis-je soudainement. J'avais complètement oublié.
— Ne t'inquiète pas, je m'en suis occupé. Raven et toi allez lui offrir une place pour un concert.
Nous sortons de la voiture. Nous nous dirigeons automatiquement vers leur grand jardin, vu le magnifique temps qu'il fait. Toute la famille de Lincoln semble être au complet. Il y a des enfants qui courent un peu partout et des tables dispersées ici et là. Je vérifie que le vent ne soulève pas ma robe blanche et me dirige vers Laura avec Raven.
— Joyeux anniversaire ! disons-nous en chœur en lui tendant son cadeau.
— Merci beaucoup ! répond-elle en souriant.
Elle regarde les places de concert et sourit de plus belle. Elle nous remercie, nous parlant quelques secondes de ce groupe, Kings of Leon. Nous faisons semblant de nous intéresser et partons au bout d'un petit moment vers Lincoln et Octavia. Raven lui fait la bise et part automatiquement vers les gâteaux derrière. Je fais un long câlin à Lincoln.
— Tu vas bien, petite Clarke ? me demande-t-il.
— Je vais bien, dis-je en souriant.
— Que t'est-il arrivé durant ces derniers jours ? Je m'inquiétais pour toi.
— Ce n'est rien, ne t'en fais pas. Juste un petit problème avec Bellamy.
— Tu pourras arranger tout ça tout à l'heure.
— Comment ça ?
— Je l'ai invité.
Je fais un petit pas en arrière, choquée par ce qu'il vient de dire. Je regarde Octavia, un air de panique dans le regard. Elle comprend immédiatement et se tourne vers Lincoln en le frappant violemment à l'épaule.
— Mais qu'est-ce qui t'a pris ? s'exclame-t-elle.
— Quoi ? Je pensais qu'elle avait envie de le voir, enfin...
— Je ne le crois pas...
Je suis censée lui crier dessus et le frapper, mais je ne peux m'empêcher de rire. Ils me regardent tous les deux, ne comprenant pas ma réaction.
— Ça fait deux fois que tu te plantes, dis-je en regardant Lincoln et en riant de plus belle. Tu es vraiment un boulet.
— Je suis désolé Clarke, répond-il en commençant également à rire. On devrait vraiment m'interdire de parler.
— Je vais t'attacher à un poteau et attendre que tu meures à petit feu.
Il éclate de rire lorsque je m'écrase dans ses bras. Il me serre contre lui alors que j'essaye de me contrôler et d'arrêter de rire. Octavia nous regarde et sourit en secouant la tête.
— Vous êtes vraiment fous, nous dit-elle.
Je m'éloigne de lui et pose mon bras sur l'épaule de ma meilleure amie. Je regarde un peu autour de nous et mes yeux se dirigent par eux-mêmes vers l'entrée. Bellamy vient d'arriver et il regarde autour de lui. Je me retourne vers Octavia.
— Il faut que je me cache, dis-je rapidement.
— Il va te voir un jour ou l'autre, ça ne sert à rien.
Je ne l'écoute pas et cherche rapidement dans mon sac. Je sors mes lunettes de soleil et les pose sur mon nez. Octavia et Lincoln me regardent, en souriant ironiquement.
— C'est vrai qu'il ne va pas te reconnaître, remarque Lincoln en étouffant un rire. Tu es méconnaissable.
— La ferme, dis-je en le regardant.
Je m'apprête à dire autre chose, lorsque je sens le bras de Bellamy se poser sur mes épaules. Je soupire et grince des dents, sans même le regarder. Il n'a toujours pas compris la leçon, apparemment.
— Merci pour l'invitation Lincoln, dit Bellamy à côté de moi. Ça fait toujours plaisir de retrouver ma petite-amie.
— Ça ne sert à rien de jouer, répond Octavia. La famille de Lincoln ne sait pas que vous prétendez être en couple.
— Merci mon dieu, dis-je en secouant mon épaule pour qu'il enlève son bras.
— Comment ça va, princesse ? me demande-t-il en se tournant vers moi.
— Mieux que mon tableau, en tout cas, je réponds du tac-au-tac.
— Qu'elle est mignonne, dit-il en levant ses yeux au ciel et en se tournant vers sa sœur.
— Laisse-la tranquille, Bell.
Il s'apprête à répliquer, lorsque la mère de Lincoln cogne plusieurs fois sur son verre pour attirer notre attention.
— Place au tir à l'arc !
Toute la famille de Lincoln commence à crier et à applaudir alors que j'éclate de rire. Bellamy regarde autour de lui en ricanant également. Il ne comprend pas ce qu'il se passe lui non plus. Octavia nous fait les gros yeux et nous nous obligeons à fermer rapidement la bouche. Je ne comprends absolument pas la situation. C'est réellement improbable.
Je vois la famille de Lincoln commencer à aligner plusieurs cibles de tir à l'arc à quelques mètres l'une de l'autre. Je suis sceptique. Quelques personnes prennent un arc et commencent à se mettre devant les cibles. Ils se mettent par deux.
— C'est super dangereux ! dis-je en m'exclamant.
— C'est notre tradition ici, m'informe Lincoln en haussant les épaules. Tout le monde sait tirer à l'arc et ça devient une espèce de concours à la fin. C'est par duo.
— Et on gagne quoi au final ? demande Bellamy.
— Pas grand chose. Le duo gagnant reçoit juste deux couronnes, histoire de dire qu'ils sont les rois du tir à l'arc.
— Allons le faire, me dit Bellamy.
— Hors de question, je réponds. Tu n'as qu'à y aller seul.
— C'est par duo. Ça prouvera ton titre de princesse.
— Il n'y a que toi qui me donne ce surnom, je te signale.
— Ne discute pas.
Il me prend la main et commence à me traîner vers l'endroit du tir à l'arc. Je proteste durant quelques secondes, mais abandonne au bout d'un moment. Je sais qu'il va me harceler jusqu'à ce que j'accepte. Bellamy est un vrai enfant.
Nous nous arrêtons devant les parents de Lincoln et Bellamy prend un arc et un carquois de flèches. Nous nous positionnons devant une cible.
— À toi l'honneur, lui dis-je.
Il accepte et se place devant la cible. Il prend une flèche et la pose sur l'arc. Il tend la corde jusqu'à son visage et la relâche. Il envoie la flèche en plein centre. Je le regarde, impressionnée.
— Depuis quand est-ce que tu sais tirer à l'arc ? je lui demande.
— J'étais dans un club au collège...
— Très mignon, dis-je en me moquant.
Je souris et prends l'arc dans ma main. Je ris intérieurement. Je n'ai jamais tiré à l'arc, ça risque d'être plutôt drôle. Je me mets en position et tire la corde vers moi. Je la lâche et regarde mon mouvement. J'ai complètement visé à côté. Je pouffe de rire, alors que Bellamy lâche un soupir exaspéré. Il prend de nouveau ma place et, comme tout à l'heure, tire en plein milieu de la cible. Je me repositionne de nouveau et tire sur le côté. Je ne fais aucun effort.
— Mais c'est n'importe quoi ! s'exclame Bellamy en se tournant vers moi.
— Quoi ? Je suis nulle, ce n'est pas de ma faute.
— On va perdre à cause de toi !
— Arrête d'être mauvais joueur comme ça ! Ce n'est qu'un jeu !
— Ce n'est pas qu'un jeu pour moi !
Je m'arrête à ses paroles et me tourne vers lui. Je relâche l'arc violemment sur le sol et m'approche de lui. J'aurais dû me douter qu'il m'avait attiré avec lui pour reparler une nouvelle fois de nous. J'en ai assez.
— C'est pour ça que tu voulais jouer ? Pour qu'on reparle encore et encore de toute cette histoire ? Je t'ai dit que tu devais me laisser plus de temps !
— Est-ce que tu te rends compte à quel point tu es frustrante ? dit-il en murmurant presque ses paroles.
— Quoi ? je demande, déconcertée.
— Tu agis comme une enfant. Tu as mis tes lunettes de soleil lorsque tu m'as vu. Franchement, Clarke ?
— C'est toi l'enfant, c'est toi qui es mauvais joueur au tir à l'arc.
Il sourit doucement à mes paroles, en baissant la tête et en la secouant. Je laisse échapper un éclat de rire en portant mes mains à mon visage. Je suis contente que notre discussion ne se soit pas terminée en une longue et grande dispute autour de la famille de Lincoln. Je pose ma main sur son bras et le traîne derrière moi, loin de tout ça.
— Allez, de toute façon je ne pense pas que nous allons être le roi et la reine du tir à l'arc.
— La princesse, tu veux dire, dit-il en riant et en me suivant.
Nous nous arrêtons devant Octavia et Lincoln. Elle jette un coup d'œil sur ma main, toujours posée sur l'avant-bras de Bellamy.
— Vous vous êtes enfin réconciliés ? nous demande-t-elle, tout sourire.
— Quoi ? Non !
Je retire ma main en un éclair et commence à rougir. Bellamy me jette un coup d'œil et regarde ensuite sa sœur avec un grand sourire.
— Ça ne saurait tarder, répondit Bellamy. Elle va bientôt tomber dans mes bras comme une mouche.
— Ah oui ? je demande en haussant un sourcil.
— Affirmatif.
Je croise les bras et souffle bruyamment. Il me sourit et sort son portable de sa poche. Je le regarde, un sourcil haussé. D'un seul coup, il pointe son téléphone face à moi et un flash apparaît. Je me rue vers lui alors qu'il lève son bras, mettant son portable hors de ma portée.
— Pourquoi est-ce que tu m'as prise en photo ? je demande, énervée.
— Nous sommes en couple, chérie. Ça va aller tout droit sur Twitter.
— Non ! Je ne souris même pas dessus !
— Tant pis, tu restes mignonne.
Il laisse son portable en l'air et pianote dessus alors que j'essaye toujours de l'atteindre. Je pose mes pieds sur les siens pour être plus grande, mais c'est complètement inutile. Finalement, il abaisse son bras et met son portable dans sa poche. Le mien, quant à lui, commence à vibrer dans mon sac à main.
— Tu l'as fait, je ne le crois pas...
Je prends rapidement mon téléphone dans ma main et regarde sa mention.
Quand je passe ma journée avec ClarkeGriffin... Le bonheur assuré ! Je t'aime aussi Clarke.
En dessous de cette phrase, je regarde enfin la photo qu'il a prise de moi. Je me tiens droite, les bras croisés sur ma robe blanche et l'un de mes sourcils relevé. En m'approchant de plus près, je peux voir un petit sourire au coin de mes lèvres. Étonnamment, je suis plutôt jolie.
— Ça aurait pu être pire, lui dis-je. Mais tu étais obligé d'écrire « je t'aime » ?
— On est en couple depuis sept mois, il faut bien que les gens comprennent que nous sommes tous les deux amoureux.
Je pince des lèvres en hochant la tête. Le seul « Je t'aime » qu'il me dit, c'est sur Twitter et pour de faux. Super. Je me tourne vers Octavia.
— Est-ce que je pourrais prendre ta voiture ? je demande gentiment. Je crois que j'ai besoin d'être seule.
— Tu es sûre ? Tu ne veux pas rester un petit peu plus ?
— Non, non. Je vais finir ma toile et il faut que je commence à faire une liste de choses à acheter pour l'Italie.
— Tiens alors, répond-elle en me tendant ses clés.
Je les prends et enlace Octavia et Lincoln. Je pars vers Raven et lui dis également au revoir. Je m'apprête à partir, lorsque Bellamy m'appelle.
— Tu veux que je te raccompagne ?
— Non, ça va aller. Je peux conduire toute seule.
— Je n'ai pas le droit à un « au revoir » moi aussi ? dit-il avec un léger sourire.
— Au revoir, Bellamy.
Il s'attendait surement à un baiser sur la joue et à une étreinte mais il en est hors de question. Cela me fera mal d'être proche de lui seulement pour une petite seconde. Je me retourne et pars vers la voiture. Heureusement, il ne me retient pas.
Et oui, Lincoln est un grand boulet dans cette fiction ! J'ai aimé le faire de cet façon, je l'ai trouvé encore plus drôle. De plus, j'aime sa relation avec Clarke. Elle le considère comme son frère.
Sinon, le départ pour l'Italie se déroule dans le prochain chapitre... qui sera du PDV de Bellamy ! J'espère que vous êtes impatients, parce que moi oui !
+ Je suis désolée qu'il n'y ait qu'un chapitre par semaine mais je suis à un mois du bac donc je ne peux pas me permettre d'en publier tous les jours. Quand je serais en vacances d'été, les publications se feront sans doute plus nombreuses ! Merci de votre compréhension !
Love xoxoxo
- Amandine.
