Chapitre III

Rui Suzuki était honorablement assise devant le bureau de son professeur principal, les yeux exprimant un ennui extrême face à la situation. Ce matin-là, à peine la jeune adolescente avait-elle eu le temps d'entrer en classe que son enseignant l'obligea à se rendre à son bureau en cette fin d'après-midi. Toute la journée, elle avait alors rouspété dans sa barbe en tentant de reculer, vainement, le plus possible l'heure de sa convocation. Ce n'était pas qu'elle n'aimait pas son professeur, mais elle ne l'appréciait pas plus que cela. Elle possédait encore le frais souvenir de sa prof préférée dans son ancien lycée, et l'avoir arrachée à elle lui avait un peu déplu. De plus, elle trouvait Aizawa bizarre. Il était trop blasé, ce qui avait le don de le rendre aussi appréciable qu'indésirable. Elle était très mitigée et ne savait jamais quelle attitude adoptée avec son enseignant.

Celui-ci écrivait frénétiquement sur une feuille vierge elle ne savait quoi. Cela faisait bien cinq minutes qu'elle s'était installée devant lui, et il ne lui avait toujours pas posé une seule question. Rui attendait alors sur sa chaise, l'air penaud, le discours de Monsieur Aizawa qui ne semblait jamais arriver. Puis enfin, il leva les yeux de ses papiers et la regarda simplement, toujours aussi blasé, avant de lui demander d'une voix claire :

« Tu sais pourquoi t'es là, n'est-ce pas Suzuki ? »

L'adolescente faillit lâcher une injure à l'encontre de son professeur pour cette stupide question mais se retint de justesse.

« Bien sûr, répondit la noirâtre. Vous allez me parler de mon orientation.

-Alors est-ce que tu sais ce que tu aimerais faire plus tard ? s'informa-t-il sans grande conviction.

-Bof. Je deviendrais une héroïne sans doute. »

Aizawa haussa un sourcil, soudainement intéressé par le récit de son élève. Son ton avait été si évasif qu'il avait réussi à attiser sa curiosité.

« C'est-ce que tu veux ? »

Rui fit mine de réfléchir quelques secondes.

« Non, répondit-elle sincèrement au bout d'un moment. Mais Papa le veut. Et si c'est-ce qu'il y a de mieux pour mon père, alors je ferais un effort.

-Mais est-ce que tu souhaites devenir héros, toi ? insista Aizawa.

-Non. Je n'en ai pas spécialement envie. »

Sa réponse fut si floue qu'elle déconcerta l'adulte.

« Qu'est-ce que tu aimerais faire alors ?

-Je n'en sais rien. Je m'en fiche en fait.

-Est-ce que tu as un plan b si jamais tu ne deviens pas héroïne.

-J'essaierais un autre métier.

-Tu sais quelle fac d'héroïsme tu vas prendre après Yuei ?

-Je pensais aller à Himegaki. »

Aizawa se prit l'arête du nez entre les doigts. Himegaki était l'une des plus grandes facs de super héros du Japon, et même si pour l'instant elle avait toutes les capacités, c'était un pari risqué, très risqué. A Himegaki, ils étaient très sélectifs.

« Alors tu veux faire une licence héroïque.

-Oui, sûrement.

-Tu as le choix, soit une licence, soit une spécialisation dans un secteur héroïque. Ton Alter serait parfait dans les hôpitaux par exemple.

-On verra. »

L'indifférence de la jeune Rui le fatiguait plus que tout, et Aizawa soupira bruyamment. Il savait que sa nouvelle élève n'était pas très ambitieuse et motivée, il l'avait bien constaté lors de leur cours. Il fallait dire qu'elle avait été mutée assez violemment à Yuei. Mais à ce point…

Ils discutèrent encore bien quelques minutes avant qu'il ne finisse par la relâcher. En se dirigeant vers son dortoir, elle croisa le jeune Todoroki, une brique de lait au chocolat dans la main, lui aussi partant en direction de sa chambre. Ils faillirent presque se rentrer dedans au détour d'un couloir.

« Oh, c'est toi, lâcha finalement Rui. »

Shoto ne répondit rien, et par ce silence, Rui alla le dépasser mais celui-ci la suivit. Elle se retourna donc vers lui avec assez de violence. Il fallait dire que leur dernière altercation l'avait fortement déplu. Rui n'appréciait pas beaucoup ce genre de personne qui se permettait de penser qu'il possédait le droit de demander n'importe quoi à des personnes qui ne le connaissait pas, en particulier si ce genre d'informations n'étaient pas leurs oignons. Elle trouvait ce genre d'attitude déplacée, pensant que ce n'était qu'une question de curiosité mal placée. Et dans un sens, la jeune Suzuki avait raison. Elle était d'un genre passif, qui pouvait laisser tout passé, mais s'énervait parfois facilement si quelqu'un l'ennuyait vraiment.

« Qu'est-ce que tu veux ? demanda-t-elle en le voyant la suivre. »

Il ne parla toujours pas, ce qui agaça la noiraude. Elle tourna les talons quand soudainement il s'exclama doucement en baissant un regard honteux :

« Je m'excuse. »

Immédiatement, elle s'arrêta et le regarda comme s'il venait tout droit d'une autre planète. Mais de quoi parlait-il, enfin ? Pourquoi s'excusait-il aussi brusquement comme ça ? De son côté, Shoto n'osait pas relever la tête, trop fier. Il avait été impoli à leur dernière altercation. Il était lui-même parti confirmer ses dires auprès de Monsieur Aizawa qui n'avait pas hésité une seconde à confirmer les affirmations de la jeune Suzuki. Après, il s'était légèrement senti un peu mal d'avoir autant douté de sa camarade, mais n'avait pas trouvé le temps, et encore moins le courage pour s'excuser. Jusqu'à maintenant. Etant donné qu'il avait fini par la croiser par hasard, autant en profiter.

« Quoi ? dit bêtement Rui.

-Je m'excuse, répéta Shoto plus fort. Pour avoir insisté, l'autre jour.

-Quoi ? Ah, ouai… Pas grave, j'avais déjà oublié, lui pardonne-t-elle simplement. »

Il la rattrapa rapidement et se retrouva à sa hauteur.

« Tu n'as pas envie de te lier d'amitié avec les autres ?

-Tu sais, c'est pas parce que je viens de te pardonner ton impolitesse de la dernière fois qu'on est amis. »

Le sourire espiègle qu'elle lui lança le laissa indifférent. Il haussa nonchalamment les épaules, sa moue impassible toujours collé au visage. Il l'entendit soupirer à ses côtés avant qu'elle ne lui réponde sans conviction :

« Pas spécialement. Je m'en fiche un peu.

-Tu les repousses.

-Je ne les repousse pas. Ce sont eux qui se sentent repoussés.

-Alors ait plus de tact.

-Ce n'est pas de ma faute s'ils ont besoin d'attention. »

Todoroki fronça les sourcils.

« Comment tu as réussi à entrer à Yuei ?

-Tu es plus bavard que je ne l'aurais cru, Todoroki, examina Suzuki. Je ne l'aurais jamais parié, tiens.

-J'ai besoin de réponse, éluda le fils d'Endeavor.

-Un héros est passé faire de la prévention dans mon ancien lycée. Il m'a demandé si je voulais intégrer Yuei, j'ai dit oui.

-Pourquoi ? Je veux dire, il se reprit rapidement, tu ne participes jamais à nos cours. Quel intérêt ?

-Tu veux déjà te débarrasser de moi, Todoroki ?

-Ce n'est pas ce que je voulais dire. »

Rui poussa un profond soupir. Elle s'arrêta en plein couloir, près de leur chambre respective, et s'adossa au mur, dos contre celui-ci. Shoto aussi s'arrêta, à quelques centimètres d'elle.

« Pour mon père.

-Quoi ?

-Je suis entrée à Yuei pour mon père. Il voulait que je devienne héroïne.

-Et tu as dit oui ? bredouilla-t-il assez perplexe.

-Oui. Tant que c'est-ce que veut Papa, je n'ai pas besoin de me plaindre. »

Shoto ne trouva rien de plus à dire et changea alors de sujet.

« Quel est ton Alter ? »

Et voilà. La question à un milliards de yens. Soudain, le visage de la jeune lycéenne s'élargi en un large sourire taquin et ses yeux brillèrent d'espièglerie.

« Tu sauras la semaine prochaine Todoroki. Bonne soirée. »

Suite à cette dernière phrase, l'adolescente ne laissa pas le temps à son camarade de rétorquer quoique ce soit qu'elle se rua dans sa chambre sous le regard intrigué du jeune héros. Il souffla de dépit par cette moitié de réponse qu'il avait reçu. D'ailleurs, ce n'était pas du tout la réponse à sa question… Il ne perdit pas plus de temps et reprit sa route vers sa chambre.


Et voilà un nouveau chapitre !

Oui, bon, celui-ci est très court car il se concentre vraiment sur une discussion. C'est un chapitre de dialogue important pour moi, car on se rend compte de ce qu'il se passe un peu dans la tête de Rui concernant les raisons de son arrivée à Yuei, ainsi que du futur qu'elle veut pour elle. Comme vous avez pu le constater, elle n'en a strictement rien à foutre, mais promis, elle va changer d'avis dans le futur et répondre à cette question sur l'avenir. Enfin, c'est très compliqué pour elle de devenir héroïne, vous avez pu le voir. Elle est ici pour son père, et on voit donc au moins qu'elle peut faire des efforts compte tenu de sa façon de pensée. Enfin, vous verrez bien son évolution !

N'hésitez pas avec les com ! Je sais que je me répète, mais ça me ferait plaisir d'avoir vos avis, tels qu'ils soient…

Bon, je vous dérange pas plus, bye bye !

Motaku.