Voilà bien deux semaines passées depuis l'attaque sur l'autoroute. La routine avait repris son train, les cours avançaient, les entraînements s'enchaînaient. C'était comme s'il n'y avait tout simplement jamais eu d'appartement. Malgré cette impression, certains des élèves ne pouvaient que garder une trace de cet évènement. Notamment Shoto et Rui, qui avaient été, tous les deux, sur le devant de la scène ce jour-là. En rentrent, les deux s'étaient fait sermonnés par leurs professeurs pour ensuite se faire féliciter par ces mêmes enseignants. Ils étaient tous deux retournés dans leur chambre sans comprendre quoique ce soit à ce qu'il venait de se passer.
Ce jour-là, ils avaient une heure de vie de classe avec leur professeur principal. C'était la première heure de l'après-midi. Ils étaient censés commencé une heure de théorie héroïque juste après la pause. Comme à son habitude, la jeune fille n'avait pas vraiment été attentive à l'heure de vie de classe. S'entendre avec ses camarades ne lui semblait pas vraiment important et papoter des soucis de cette même classe l'ennuyait bien plus qu'autre chose. Ce n'est pas qu'elle les trouvait barbants, mais c'était quand même un peu ça lorsqu'ils souhaitaient vraiment être ennuyeux. Et puis, elle ne venait jamais aux sorties proposées alors elle ne trouvait pas l'utilité de s'intéresser aux discours de Monsieur Aizawa.
Soupirant d'ennui, elle avait alors entamé des dessins sur une feuille vierge de son cahier. Elle n'était pas une artiste, loin de là, mais ça décompressait, le dessin. Pendant une bonne demi-heure, elle ne fit que ça. Puis lorsque la cloche du changement d'heure retentit, elle s'était empressée de ranger ses affaires de vie de classe, trouvant cette heure assez barbante ainsi pour rester quelques minutes de plus. Elle put voir Monsieur Aizawa ranger lui aussi ses affaires, leur prochaine heure de cours n'étant pas avec lui. Il s'apprêtait à partir quand soudainement il s'arrêta sur le pas de la porte pour lancer à son encontre d'une voix forte et fatigué :
« Et Suzuki, tu passeras dans mon bureau après votre prochaine heure. Il faut vraiment que tu trouves ce que tu souhaites faire plus tard. »
La jeune fille s'était légèrement tendue sur place mais avait acquiescé d'un signe discret de la tête avant de plonger son regard dans un roman qu'elle venait de sortir à la hâte, emprunté à la bibliothèque. Elle plissa des lèvres, sentant désagréablement le regard de ses camarades sur elle. Il fallait dire qu'être admis dans une filière héroïque ne laissait pas beaucoup le choix quant à la question sur l'avenir. Et entendre son professeur principal faire une généralité sur la question au lieu de développer prouvait bien son indécision quant à cela. Rui se mordilla la lèvre inférieure. Cette histoire de héros et de vilains l'agaçait. Elle ne comprenait pas pourquoi ils s'entêtaient tous à rendre la société aussi compliquée. Elle ne croyait pas à leurs idéaux. Alors se faire juger ainsi à cause de son opinion, aussi bien directement qu'indirectement, l'agaçait au plus haut point. Ne pouvaient-ils pas se mêler de leurs affaires ?
Cependant, ce qui l'agaçait le plus, et qu'elle n'avouerait jamais, était de sentir son regard sur elle. Et dire qu'elle commençait à s'intéresser à lui était un euphémisme. Il l'intriguait tellement qu'elle s'en retrouvait à attendre avec une certaine impatience leur prochaine discussion aussi bien constructive qu'inutile. Alors son regard sur elle semblait prouver que depuis le départ elle s'était trompée. Qu'il n'était pas si intriguant que ça, mais surtout, qu'il était finalement comme les autres : un simple mouton du système social. Qu'il était en pleine remise en question sur sa personne, malgré les nombreuses paroles échangées entre eux. Et c'était frustrant. Terriblement frustrant.
Sa dernière heure de cours se passa relativement calmement, malgré les regards remplis de questions que ses camarades posaient sur elle. Personne n'eut le temps de l'approcher à la sonnerie qu'elle s'était littéralement rué vers la sortie pour s'enfuir lâchement vers le bureau de leur enseignant numéro un. Eh bien… Suzuki n'avait pas très envie d'être confrontée à ses camarades. Surtout s'ils étaient censés venir en horde de douze pour tous lui poser la même question barbante et ennuyante. Ce fut alors en semi-courant qu'elle arriva dans le bureau de Shota Aizawa. Il la vit entrer sans surprise et lui intima de s'asseoir poliment d'un geste de la tête. Elle s'exécuta, et débuta alors ainsi une lutte acharnée sur le futur de la jeune fille. Il lui reposa les mêmes questions qu'à leur dernière entrevue.
« Tu as fait des recherches sur les métiers qui pourraient t'intéresser ? Les parcours, les diplômes à avoir ?
-Honnêtement professeur, j'ai fait quelques recherches mais il faut dire que ces métiers ne m'intéressent pas plus qu'un chat. »
Aizawa se frotta les tempes, de plus en plus agacé par la tournure de ce rendez-vous. Il était de son devoir de professeur de guider les élèves, de leur faire découvrir et apprendre diverses choses, de leur trouver une voie, de les aider, les épauler. C'était pour cette raison qu'il était devenu professeur. Mais avec Rui, s'était beaucoup plus compliqué qu'avec ses autres élèves. Ceux-là avaient la tendance à savoir exactement ce qu'ils souhaitaient devenir plus tard. Mais Rui, elle, n'en avait pas la moindre idée. Elle pataugeait dans les solutions, car, malgré son désintérêt évident pour les matières, elle était bonne élève et des opportunités d'avenir s'ouvraient à elle. De plus elle ne déployait aucun effort pour trouver sa voie, ce qui en était d'autant plus énervant.
« Écoute Suzuki, sans vouloir te vexer, il va bien falloir que tu t'investisses un peu. Personne ne peut trouver pour toi ta vocation. Et les stages vont bientôt commencer. Il faudra bien que tu trouves enfin ce que tu souhaites devenir.
-Monsieur Aizawa, vous savez parfaitement que je n'ai jamais réellement souhaité intégrer cette filière de mon plein gré. »
Eraser Head soupira. Et les y revoilà de nouveau. Ils tournaient en rond sur ce sujet, et Aizawa commençait réellement par être agacé par l'attitude insouciante et détachée de son élève. Ne souhaitant pas perdre plus de temps inutilement, il la fit partir, en lui intimant de venir le voir dès qu'elle aurait trouvé sa vocation. Si tout du moins elle la trouvait…
Rui fini alors par déambuler dans les couloirs en direction de son dortoir. Elle voulait simplement se poser dans son lit douillet et ne plus avoir à penser à cette discussion aussi catastrophique qu'inutile. Elle soupira inconsciemment en y repensant. Ce n'était pas comme si son professeur n'était pas au courant de ses ambitions presque nulles. Elle avait été très claire depuis son arrivée : rien ici ne l'intéressait. Elle ne comprenait pas l'intérêt de continuer ces rendez-vous qui se résolvaient en une perte de temps futile, et en des échecs cuisants. Rui, tout comme son prof, n'en trouvait pas le moindre bénéfice.
Elle observa le coucher du soleil par les fenêtres. Ils avaient profité des dernières chaleurs de l'été et de l'automne, laissant à présent place au froid glacial de l'hiver. L'hiver. La période des fêtes. Elle n'avait pas vraiment hâte d'arriver à cette saison. Ce n'était pas qu'elle détestait l'hiver, mais elle n'en était pas fane non plus. Elle avait une préférence pour l'été et sa chaleur étouffante où elle pouvait profiter de l'eau fraîche et des glaces, que l'hiver avec son froid et ses couvertures. Si on lui posait la question, elle dirait que n'importe quelle saison lui allait. Mais il était quand même vrai qu'elle avait un penchant pour la chaleur, malgré les bons côtés que l'hiver pouvait lui apporter.
Elle s'apprêtait à monter les escaliers qui la menaient vers sa chambre quand, au détour du couloir, elle fut confrontée à la présence du fils d'Endeavor, adossé contre le mur. Rui le vit tourner vers elle un regard neutre, complètement impassible. Pourtant, elle pouvait clairement voir les traits du jeune homme tirés par ce qu'elle identifiait comme de la frustration. Voyant qu'une discussion calme serait compliquée à entamer, la noirâtre décida de passer son chemin. Elle s'avança alors vers lui, passa à côté de lui et le dépassa de quelques centimètres dans les escaliers. Elle pensa un court instant qu'ils discuteraient plus tard, qu'elle pourrait enfin rejoindre sa chambre, juste avant que le jeune adolescent ne s'exclame brusquement :
« Tu ne deviendras pas héroïne ? »
Suzuki ne se retourna que légèrement, seulement pour pouvoir l'apercevoir du coin de l'œil. Shoto ne la regardait pas, dos à elle.
« Si ta question est « tu ne veux pas en devenir un », c'est non, je ne suis pas intéressée.
-Pourquoi ?
-En quoi ça te regarde ? vociféra-t-elle. »
Ne voulant pas perdre la face et débuter une conversation qui, elle le savait, risquait de mal tourner, Rui s'empressa de monter quelques marches rageusement jusqu'à sentir une poigne attraper son poignet et l'entraîner en arrière violemment. Elle faillit tomber sous la violence de sa poigne et sentit les mains de Shoto l'attraper brusquement par les épaules. Il la secoua légèrement alors qu'elle le regardait, stupéfaite, le souffle coupé. Ses yeux rencontrèrent les siens : furieux, interrogateurs. Ils étaient proches. Si proches que leurs souffles s'entrechoquassent ensemble.
« A quoi ça t'a servi d'entrer dans cette classe, alors ? »
Les yeux de Shoto scintillaient de questionnement, d'incompréhension. Pour lui, ça n'avait pas de sens. Entrer dans cette classe, dans la 1-A, signifiait vouloir devenir un héros. Pour lui, il était inconcevable d'entrer à Yuei sans vouloir devenir héros. Cela n'avait pas de sens ! Il ne comprenait pas. Pourquoi être ici si elle ne souhaitait pas devenir héroïne ? Pourquoi rester ? Que cela lui apportait-il ? Sans qu'il ne comprenne pourquoi, sa camarade ouvrit grand les yeux avant de soudainement rire. D'un rire sans joie. D'un rire forcé. Comme si elle surjouait. Sans voix, il la regardait comme si elle était brusquement devenue folle. Elle cessa doucement tout mouvement, son rire disparu, et ancra ses pupilles dans les siennes de façon si intense que Shoto en frissonna presque. Elle lui sourit d'une manière si douloureuse et résignée qu'il en sursauta de surprise.
« Tout le monde n'est pas toi Todoroki. Tout le monde n'a pas le choix. »
D'un coup sec de la main, Rui le repoussa pour le toiser froidement. Elle tourna durement les talons et s'enfuit dans sa chambre en laissant là, pantois. Bien trop surpris par le poids de ses mots, Shoto n'esquissa aucun geste, méditant sur ses paroles et leur importance. Il ne bougeait pas, comme paralysé, alors que la nuit tombait doucement sur Yuei. Le dîner commençait à être servi.
Et voilà le chapitre d'aujourd'hui !
On met un peu de sel et ça donne ça ! Sinon, n'hésitez pas à commentez ! Plus que les votes, j'aimerais que vous me donniez votre avis sur l'histoire, qu'elle soit positive ou négative j'accepte toutes les remarques me permettant de m'améliorer ! :)
Sur ce, je vous dis à demain les gens !
Bien à vous,
Motaku.
