« Donc c'est ce soir qu'aura lieu la réunion parent-prof. Qui est sûr que ses parents pourront venir ? »

Un peu plus de la moitié de la classe répondit positivement à la question de leur professeur. L'autre minorité donna à Monsieur Aizawa des mots d'excuses pour l'absence de leurs parents alors que lui leur proposa différentes autres dates de rendez-vous possibles pour rencontrer leurs géniteurs. Même si ceci était leur deuxième année ensemble, il était toujours important pour un enseignant de rencontrer au moins une fois les parents de ses élèves pour discuter un peu sur ces derniers, de leurs facilités et leurs difficultés.

Le cours qui avait suivi était, malheureusement pour Rui, le cours qu'elle trouvait le plus inutile à Yuei : la théorie. Cela consistait à blablater pendant une heure sur différentes situations qui pourraient arriver et les solutions pour s'en sortir. Mais la plupart du temps, cela ennuyait tellement la jeune fille qu'elle finissait rapidement par faire quelques dessins sur les espaces blancs de son cahier. Bon, ce n'était pas une grande artiste. Le thème de cette heure-là était, une fois encore, l'enlèvement et la séquestration. Ils répétaient souvent -si ce n'était presque chaque mois- les mêmes thèmes. Bien heureusement, plus ils parlaient du sujet, plus ils approfondissaient dans les théories et les suppositions. A ce stade-là, Suzuki ne faisait plus attention à cette heure de cours. Même si elle faisait les exercices et prenait des notes, ce n'était clairement pas sa matière préférée. Heureusement qu'ils avaient encore la pratique pour mettre tout ça en place.

Quand la pause de déjeuner arriva, annonçant la fin de matinée, la noiraude se précipita de remballer ses affaires pour sortir de la classe en trombe. Mina la rejoint rapidement dans les couloirs, et ce fut ensuite en sa compagnie qu'elle prit son déjeuner.

« Eh, tu as écouté les dernières infos ? Sur Try Heroes Tv ? »

Quand la rose vit le sourcil haussé de son amie, elle commença à lui expliquer les dernières actualités survenues à la télé :

« Tu te souviens que tu m'as dit avoir sauvé une petite famille d'un incendie ? Eh bien, apparemment, il a été retrouvé mort dans une ruelle, complètement carbonisé. Attends, regarde. »

Mina sortit son portable de ses poches et le déverrouilla. Elle tapota quelques instants sur son clavier avant de le lui tendre. La jeune Suzuki l'attrapa délicatement, les sourcils froncés. Cela s'était passé à peine trois jours plus tôt, le héros avait été retrouvé dans une ruelle, près de l'endroit où il logeait temporairement avec le reste de sa famille. Il avait été retrouvé allongé sur le sol par un passant, dans une mare de sang, la peau complètement noirci et cramé, les vêtements à moitié carbonisés. D'après les dernières informations, le tueur était toujours en liberté dans les rues et la police n'avançait pas dans son enquête. Rui fit défiler la page d'actualité jusqu'à tombé sur une photo de la victime. En la voyant, elle arrêta chacun de ses gestes et ses pupilles se dilatèrent à la fois de surprise et d'horreur.

« Mina ?

-Hum ?

-Tu connais ce héros ?

-Bien sûr. C'est un héros assez connu en ce moment. Tu le connais aussi non ? Tu sais, Head Shot. Il est assez vieux mais a quand même une communauté importante depuis qu'il s'est infiltré dans la Ligue. »

Head Shot. Ce héros, lui aussi avait fait partie de l'équipe de son cousin. Le seul qui n'avait pas été à son enterrement. Quelque part, elle en ressenti une certaine satisfaction. Il n'avait eu aucun respect pour Riku, n'était même pas venu à son enterrement et n'avait présenté aucunes excuses à son oncle et sa tante. Il avait continué à vivre sa vie comme si son cousin n'avait jamais existé, se pavanant dans les médias et vivant tranquillement sa petite vie de famille normalement. Alors oui, c'était peut-être horrible qu'elle en soit satisfaite, mais c'était plus fort qu'elle. De son point de vue, il l'avait bien mérité.

« Rui ? Ça va ? »

Mais pourquoi avait-il été tué ? Elle ne comprenait pas. Bien sûr, il était un héros et avait dans ce cas plusieurs ennemis à son actif. Mais ce n'était pas un grand héros, et de ce qu'elle savait sur lui, il n'était du genre à affronter directement ses ennemis de front, et donc très peu d'ennemis connaissait réellement son visage. Il était très peu en mission, préférant bien plus tout contrôler dans les coulisses. Malgré son manque de courage flagrant, elle ne pouvait qu'avouer que Head Shot était un stratagème hors pair, dont l'intelligence surprenait plus d'un. L'adolescente trouva cette situation étrange. Pourquoi lui ? Il n'avait rien fait en particulier pour en arriver là.

Une main attrapant la sienne la fit sursauter, soudainement sortit de ses pensées, pour rencontrer le regard nerveux de son amie.

« Ça va ? répéta-t-elle. »

Reprenant ses esprits, Rui hocha positivement en lui rendant son portable. Néanmoins, Mina ne se départit pas de suite de son air inquiet. Suzuki changea distraitement le sujet de leur discussion, puis quittèrent le self quelques minutes après. Elles se baladèrent dans les bâtisses du lycée, discutant de tout et de rien jusqu'à ce que les jeunes filles ne rencontrent la jeune Koriyama. Rui la héla au loin et la rejoignit alors que Mina rejoignait des amis à elle au loin.

« Suzuki… »

L'adolescente lui sourit doucement en se retournant vers elle. La noirâtre l'observa un instant. Son amie semblait fatiguée, avait les yeux vitreux et le teint blanchâtre. Elle fut très surprise par le fait que Mari l'appelle par son nom de famille. Elles avaient pourtant dépassé ce stade de politesse depuis bien longtemps maintenant.

« Ça va ? s'enquit de suite Rui.

-Oui, oui… Oui, tout va bien, répondit-elle évasivement. Je dois y aller, j'ai un truc à faire. Excuse-moi Suzuki, on se voit plus tard. »

Sans plus de réponses, l'argentée tourna les talons et partie loin de la jeune fille jusqu'à ce qu'elle disparaisse de son champ de vision. Mari était… une jeune fille pétillante, énergique et plaine de joie. Un rayon de soleil, un peu comme Mina, mais en bien plus calme que cette dernière. C'était une jeune fille confiante et sincère. Rui le savait très bien pour tout le temps qu'elles avaient passé ensemble. Ce jour-là, Koriyama avait agi bien trop suspicieusement pour ne pas inquiéter la jeune Suzuki. Elle n'était pas du genre mystérieux. Elle n'avait pas de secret, ou si elle en avait, elle spécifiait clairement à son amie que c'était un sujet à ne pas développer. Elle n'était clairement pas du genre cacher des choses, à éviter sa compagnie ou à paniquer à sa venue. Non, Mari n'était pas comme ça. Peut-être avait-elle eu une dure matinée... Malgré ça, même en pensant à cette option, Rui avait du mal à croire ce scénario.

Rui ne savait plus quoi penser. Ce n'était pas la première fois que Mari se comportait ainsi ces derniers temps. Les seules fois où elles pouvaient discuter, le sujet tournait autour de son entraînement, de ce qu'elle avait appris récemment. Parfois elles parlaient des récentes actualités, de vêtements, mais ce n'étaient pas les sujets qui intéressaient le plus l'argentée. Celle-ci préférait largement parler d'art moderne ou d'œuvres datant d'époques anciennes. Et c'était la première fois depuis leur rencontre qu'elle l'appelait par son nom de famille. Elle ne reconnaissait plus son amie. Koriyama se renfermait sur elle-même, semblait de plus en plus fatiguée et Rui ne savait comment lui venir en aide : elle ne savait même pas ce qui pouvait provoquer cela chez elle. Rui soupira, les sourcils froncés d'anxiété.

Quand la cloche sonna pour annoncer le début des cours de l'après-midi, Suzuki se força à mettre ses inquiétudes de côté pour retourner en cours.

Le reste de la journée passa lentement pour Rui. Entre ses prises de notes et son anxiété envers son amie argentée, elle ne savait plus où donner de la tête. Elle ne le montrait pas, mais l'attitude de Mari la blessait. Même si c'était son choix si elle voulait s'éloigner d'elle, sa façon de faire n'était pas la bonne, d'après la noiraude. Elle aurait pu le lui dire directement, Rui l'aurait compris et aurait été moins blessée que maintenant.

« Rui ! »

Surprise, la jeune fille se retourna subitement en reconnaissant la voix qui l'avait interpellée puis sourit vivement en rencontrant des yeux similaires aux siens.

« Papa… »

Shikoku Suzuki se dirigea vers sa fille d'un pas lent, sans se départir de l'air ravi affiché sur son visage. Sa petite fille… Il ne l'avait pas vu depuis si longtemps… Depuis le week-end dernier. Arrivée à sa hauteur, il ne put empêcher sa main venir caresser le haut de sa tête, affectueusement, une habitude qu'il avait depuis qu'elle était enfant. La jeune lycéenne ferma rapidement les yeux lorsque son père vint lui poser un baiser sur le front. Son père… Rui adorait son père. C'était un homme bon, l'exemple qu'elle tentait le plus de suivre. C'était un homme honnête, d'une douceur infinie. Rui aimait vraiment son père. C'était celui qui avait toujours été à ses côtés, celui qui l'avait élevé et qui ne l'avait jamais abandonné.

Tout en discutant joyeusement entre père et fille, les deux Suzuki rejoignirent la salle de classe de la jeune femme où les attendait les autres parents patientant dans le couloir et Monsieur Aizawa, en plein rendez-vous avec un des nombreux responsables légaux d'un de ses camarades. Patients, les deux Suzuki s'étaient simplement installés sur les chaises placées dans le couloir pour attendre leur tour de passage. Etant vers les derniers arrivants, Rui comprit bien que leur attente se ferait peut-être longue, mais elle s'en moquait bien. Elle resta près de son paternel en se contentant de discuter avec lui malgré la présence de certains de ses camarades de classe.

Elle et son père avaient pris les dernières places de libres. Alors ce fut tout naturellement qu'en apercevoir une silhouette plus âgée arriver jusqu'à elle que la jeune Rui se leva pour léguer sa place à la nouvelle arrivante.

« Oh non, ne t'inquiète pas, je ne suis pas aussi vieille pour avoir vraiment besoin de m'asseoir ! »

Le regard argenté de la noirâtre avait croisé celui gris sombre de son interlocutrice. Cette dernière lui offrit un doux sourire que la jeune lycéenne lui rendit avec politesse. Les traits de la jeune femme étaient fins, elle possédait un visage avec des jours un peu bouffies et des cheveux blancs aux quelques mèches rousses redescendaient en cascade sur ses larges épaules. D'un geste ample de la main, elle vint remettre ses lunettes sur le bout de son nez tout en rassurant la jeune adolescente d'un simple sourire sans hypocrisie. Néanmoins, Rui resta debout, entêtée par ses bonnes manières qui fit un peu plus sourire cette inconnue.

« Fuyumi, Natsuo m'a appelé pour te dire… Ah, bonjour Rui. »

Les deux jeunes étudiants se saluèrent rapidement du regard, puis la noirâtre pu apercevoir la jeune adulte se retourner pour faire face au jeune homme avec un sourire jusqu'aux oreilles.

« Je te présente ma grande-sœur, Fuyumi. Fuyumi, je te présente une amie, Rui Suzuki.

-Oh ! Donc tu es donc cette fameuse amie dont Shoto nous parle souvent ! Je suis ravie de te rencontrer.

-Moi aussi, avait sourit légèrement Rui. Du coup, je vous présente mon père. Papa, voilà Shoto Todoroki, un camarade de classe, et sa sœur, Fuyumi Todoroki.

-Enchanté, avait répondu Shikoku qui s'était intéressé à la discussion quelques minutes plus tôt. »

Son père se leva de sa chaise pour serrer la main des deux jeunes Todoroki. Shoto se tenait droit, tendu face au paternel de celle qu'il considérait comme une amie. Il se sentait étrangement nerveux face à cet homme. Celui-ci lui souriait gentiment, ravi de rencontrer des amis de sa fille. Shikoku n'avait rien d'intimidant. Au contraire, il avait un visage qui exprimait la sympathie. Mais sans savoir pourquoi, Shoto ressentit une certaine gêne de rencontrer son géniteur. Il savait à quel point il était important pour Rui.

Sa sœur et son père commencèrent à converser ensemble sur eux deux, comme s'ils n'étaient pas présents et juste à côté. Rui haussa les épaules en croisant le regard de son camarade, écoutant la conversation d'une oreille distraite et y participant de temps en temps. Shoto ne participa pas, préférant rester de son côté et écouter la discussion.

« Oui, elle a réussi à gagner le premier prix du concours de tir à l'arc à ses huit ans. Elle était vraiment douée quand elle était petite, mais elle a voulu arrêter.

-Oh, c'est vraiment dommage ! »

Shoto était resté en retrait durant leur échange, écoutant patiemment ce qu'ils se disaient entre eux. Sa sœur s'extasiait face aux plus grandes réussites de son amie, que son père semblait si fier et heureux d'expliquer dans les moindres détails. Ce dernier avait un énorme sourire scotché aux lèvres. Todoroki ne manqua pas de remarquer la main fier et affectueuse du père Suzuki se poser sur le haut du crâne de sa très chère et tendre petite fille, ni le rougissement à peine perceptible de cette dernière ainsi que son petit sourire timide au coin des lèvres. Il ne manqua pas non plus de remarquer le regard brillant de tendresse que Rui posait sur son père, ni la douce voix avec laquelle elle s'adressait à lui. L'attachement qui la liait à son paternel était si évident aux yeux de l'apprenti héros. Ils semblaient si proches et si complices du point de vue du garçon que ça l'attendrissait. Rui ne lui avait jamais montré cette partie de sa personne, aimante, douce, remplie d'amour. Elle s'était montrée gentille, inquiète, confiante… Mais jamais elle ne s'était montrée aussi attendrissante.

« Monsieur Suzuki ? »

L'appel de Monsieur Aizawa le sortit de ses réflexions et il vit la tête des deux Suzuki se retourner vers leur professeur principal. Ils s'avancèrent vers lui sous le regard neutre du jeune homme et celui de son aînée.

« Monsieur Suzuki, merci d'être venu, salua Aizawa en tendant une main chaleureuse.

-Bonjour, Monsieur Aizawa, salua Shikoku. C'est toujours un plaisir de vous rencontrer. »

Sans plus attendre, Shikoku salua chaleureusement les deux Todoroki tandis que lui et sa fille entrait dans la salle de classe. Ce serait mentir de dire que Fuyumi n'avait pas remarqué le comportement de son jeune frère vis-à-vis de cette fameuse camarade de classe. S'il avait été silencieux comme toujours, ses yeux avaient parlé pour lui en se posant régulièrement sur sa personne. Et Fuyumi était heureuse de voir qu'il s'était fait autant d'amis à Yuei. Tellement heureuse qu'il ne se sente plus seul.

« Il faudra que tu l'invites à la maison à l'occasion, avait soudainement déclaré la blanche. Pour qu'on fasse plus ample connaissance. »

Il n'avait rien répondu, avait simplement haussé des épaules. Mais Fuyumi savait, parce qu'elle était sa grande-sœur et lui son tendre et adorable petit-frère ; cette jeune fille, qui possédait une place si grande dans le cœur de Shoto, elle la reverrait surement. Elle le connaissait trop bien pour croire le contraire.


Et voilà ENFIN un nouveau chapitre ! Eh eh, euh, comment vous dire que j'avais, euh, la flemme de poster ?

Enfin bref, la rencontre avec Papa Suzuki et Fuyumi ! Un moment assez important mine de rien, non ?

Bref, voilà tout, c'est tout ce que je voulais dire. Du coup, on se retrouve lundi ou mardi pour la suite ! Bye !

Bien à vous,
Motaku.