Disclamer : Les personnages et les lieux appartiennent à J.K. Rowling.

Bonne lecture, Sierra.


CHAPITRE 3

Things Change


Les festivités s'éternisaient au grand dam d'Hermione qui était épuisée. L'enchaînement des évènements de la matinée avaient eu raison du peu d'énergie qu'elle avait tant bien que mal réussi à récupérer lors de son enfermement aux étages supérieurs. Elle avait mal aux pieds, aux joues à force d'y plaquer un sourire factice, et supporter les regards lubriques de certains Mangemorts lui demandait tout le self control dont elle était capable.

- Quel dommage que Malefoy ait mis le grappin sur toi, joli cœur. Si j'avais su quelle beauté se cachait sous cette crasse, j'aurais immédiatement mis une option sur toi !

Hermione arqua un sourcil, serrant involontairement la coupe en cristal qu'elle tenait entre ses mains.

- Je suppose que je dois vous remercier pour ce compliment, Monsieur Scar ?

- Allons, joli cœur, appelle-moi Matt. Nous n'avons que quelques insignifiantes années d'écart, susurra-t-il avec un air entendu.

Ça, elle n'en avait pas le moindre doute, mais son air libidineux et son odeur pestilentielle de whisky écœuraient Hermione qui peinait à ne pas rendre son repas frugal. Si elle avait eu sa baguette, elle l'aurait volontiers fait décuver avec un plongeon dans le lac qui bordait la forêt qui entourait le parc, or elle ne l'avait pas. Elle aurait pu également poser son verre et lui donner un coup sec dans la trachée, comme Ron le lui avait appris lors de leur cavale.

Ron… Elle baissa un instant la tête, perdue dans la contemplation de son verre, avant de pincer les lèvres. Provoquer un esclandre avec un partisan de Malefoy, c'était provoquer un esclandre avec lui-même. Et les évènements de ce matin avaient plutôt tendance à l'inciter à faire profil bas. C'était avec lui qu'elle aurait dû se marier, pas avec cette immonde fouine décolorée…

- Vous vous sentez mal, ma chère ?

Hermione sursauta brusquement, sentant la main glacée de Narcissa se poser délicatement sur son avant-bras. Cette dernière posa le dos de sa main fraîche sur le front brulant de la jeune femme, avant de darder sur Scar un regard peu amène.

- Un léger malaise, je meurs de chaud dans cette salle, mentit-elle en faisant mine de s'éventer.

- Nous nous passerons de votre compagnie, Monsieur Scar. Ma bru est souffrante.

Avec un air mécontent, Scar tourna les talons et maugréa silencieusement tandis que Narcissa affichait une mine condescendante.

- Vous devriez aller vous aérez un peu, Miss Granger. J'ai bien peur que vous soyez à deux doigts de l'apoplexie.

- Mais Drago a dit que…

- Drago ne voudrait pas être contraint de vous emmener à Sainte-Mangouste ce soir. L'air est frais, cela vous fera le plus grand bien. Venez, je vous accompagne au vestibule.

Sans lui laisser le temps de répondre ou de s'y opposer, Narcissa la dirigea en direction de la sortie, ignorant les regards interloqués qu'on leur adressait. Une fois dans le vestibule, elle passa une cape luxueuse sur les épaules, la noua autour de sa nuque et lui rabattit la capuche sur la tête. Elle sembla hésiter un instant avant de se racler la gorge et de chuchoter :

- Ils vont bien… Les enfants Weasley. Ce n'est pas la forme olympique, mais ils survivent. Ressaisissez-vous et revenez en meilleure forme.

- Pourquoi êtes-vous subitement si gentille avec moi ?

Narcissa soupira lourdement.

- Vous allez avoir assez d'ennemis dans ce manoir pour ne pas que j'en rajoute. Nos intérêts divergent complètement, mais je sais que tant que vous ne mettrez pas en danger Drago, je ne serai pas votre ennemie.

Hermione sentit son cœur se réchauffer, ainsi que ses lèvres gercées se fendre d'une tentative de sourire.

- Au fait, Mrs Malefoy… Qu'est-il arrivé à Astoria Greengrass avant la cérémonie ?

La blonde reprit une allure froide.

- Des choses qui ne vous concernent en rien. Allez prendre l'air, maintenant.

Interloquée, Hermione ne se fit pas pour autant prier et sortit rapidement du manoir, dévalant les marches en marbre et savourant l'air frais de la nuit. Elle marcha d'abord doucement, presque avec hésitation, avant de retirer ses chaussons ainsi que les bas de soie qui gardaient ses jambes au chaud, puis commença à courir. Elle abandonna la cape dans l'herbe humide, remonta les délicates mousselines de la robe et couru à toutes jambes.

Où, elle l'ignorait. Pourquoi ? Elle n'en avait fichtrement aucune idée, cependant c'était un besoin viscéral. Alors elle courait, souillant ses pieds, sa robe, ayant certainement des airs de Bellatrix Lestrange, mais elle n'en avait cure. Arrivée aux abords du lac, sa frénésie sembla s'essouffler légèrement, elle resta debout, éclairée par les quelques braseros éparpillés dans la cour ainsi que par les rayons blafards de la Lune qui se réverbéraient sur le lac noir. Sa poitrine se levait et s'abaissait au rythme de son souffle erratique, ses cheveux lui collaient au front et pourtant… Elle souriait.


- Et alors Weasley, on est bien là ?

Ron ne répondit pas. Il se sentait épuisé, souffrait le martyr avec son bras cassé et son œil enflé. Quant à Ginny, elle se recroquevillait dans un coin de leur cellule commune, ses maigres bras entourant ses jambes fines.

- Je te parle, Impur ! cracha le Mangemort en donnant un coup de pied dans les barreaux.

Ron pesta à voix basse, ignorant le rire gras de l'homme qui se lécha la lèvre inférieure.

- Elle est bonne ta sœur, Weasley. Presque autant que ta copine la Sang-de-Bourbe !

Il serra le poing de sa main valide, ainsi que les mâchoires, ignorant tant bien que mal les douleurs lancinantes qui lui vrillaient la pommette. Cela ne servait à rien de leur répondre, ils cherchaient à provoquer, rien d'autre. Le Mangemort approcha sa tête des barreaux, les enserrant entre ses mains gantées, avant d'afficher un sourire qui fit frémir d'effroi le roux.

- D'ailleurs c'est dommage qu'elle ne t'ait pas invité au mariage. Tu aurais été un superbe témoin.

Ce qui devait arriver arriva. Ron se rua à son tour sur les barreaux, comme un lion en cage, et vociféra :

- Répète pour voir !

- Ron ! supplia Ginny en se levant à son tour.

Le rire du Mangemort se répercuta en écho dans les cachots déserts et insalubres. Ginny le suppliait du regard, mais lui ne parvenait qu'à dévisager l'homme de son regard le plus meurtrier. Il n'avait qu'une envie, qu'un seul désir, c'était de lui enfoncer son poing dans le visage et de lui faire ravaler son arrogance et son mépris. Hermione était prisonnière des cachots Malefoy, et ce depuis des années, c'était par ailleurs la raison pour laquelle Gin et lui étaient ici à présent. Pris au piège par sa propre bêtise. Par ses lacunes, ses faiblesses.

- Tu l'ignores ? Miss Granger Sang-de-Bourbe s'est mariée pas plus tard qu'aujourd'hui avec personne d'autre que Malefoy. Tu sais, ton ami de toujours ?

Ron écarquilla les yeux, avant de lâcher les barreaux et de reculer de deux pas.

- Menteur, souffla-t-il le regard perdu dans le vide.

Le Mangemort balança sans le moindre ménagement une photographie sur le sol crasseux et partit en claquant violemment la porte en métal. Restait pour lumière quelques rayons lunaires qui filtraient au travers d'une lucarne de fortune ainsi qu'une torche sur le point de s'éteindre dont les reflets chatoyants éclairaient la photo comme pour le narguer. Se laissant tomber à genoux, il l'attrapa d'une main tremblante, ferma les yeux, puis les rouvrit.

Lâchant un souffle qu'il ignora avoir retenu, un sanglot lui échappa en reconnaissant non sans mal Hermione, aux côtés d'un Drago Malefoy fidèle à lui-même. On y voyait leurs poignets liés par un nœud noir, et la scène d'un baiser qui broya les maigres restes de son cœur pourtant déjà en miettes.

- Il doit y avoir une explication derrière ça… Ce n'est pas elle de faire ça, chuchota Ginny en l'enserrant entre ses bras.

Ce fut lorsqu'elles coulèrent sur ses joues que Ron s'aperçut qu'il pleurait à chaudes larmes.

- Je ne sais plus, Gin. Qui te dit qu'elle n'a pas changé de camp ? Qu'elle n'a pas développé un syndrome de Stockholm ?

- C'est d'Hermione Granger dont on parle… Non, Ron, écoute-moi !

Elle lui serra fermement le visage, tout en prenant garde à ne pas le blesser davantage, et le regarda droit dans les yeux avec une autorité pareille à celle de sa mère.

- C'est d'Hermione, dont on parle, insista-t-elle. Il y a une explication, et on la trouvera. Papa va nous retrouver et ensuite, on ira la sauver. Tu m'entends ?

Il ne répondit pas et baissa la tête avant d'aller se remettre sur le sol, le dos posé sur le mur décrépi. Prenant la photo entre ses mains calleuses, Ginny soupira lourdement. Elle espérait sincèrement qu'elle ne se trompait pas et qu'Hermione étaient toujours de leur côté. La perte d'Harry avait déjà été tragique pour eux, les menaces toujours plus présentes de la part du parti de Malefoy sans pour autant avoir de motif valable pour l'inculper… Si Hermione les avait réellement trahi, ce serait sans nul doute le coup de grâce pour eux deux. Ils ne s'en relèveraient pas.


- Si tu essaies de te noyer, je dénigre toute responsabilité.

Hermione sursauta vivement tournant brusquement la tête. Appuyé avec nonchalance sur le tronc d'un arbre, Cepheus ne cachait pas son amusement.

- Pourquoi être effrayée ? Je ne te veux rien de mal.

Elle retourna à la contemplation du ciel noir, et souffla presque de manière inaudible :

- J'aurais préféré avoir un peu de tranquillité.

- Tu rassembles tes forces pour affronter la nuit de folie qui s'annonce ? nargua-t-il avec un sourire narquois.

Hermione lui jeta un regard écœuré.

- Tu es méprisable.

Il haussa vaguement les épaules.

- Je dois avoir hérité du sens de l'humour des Malefoy.

- Celui qui est inexistant ? demanda-t-elle en penchant la tête sur le côté.

- C'est qu'elle commencerait à se rebeller ? rétorqua-t-il du tac-au-tac.

Hermione pinça les lèvres avant de reculer d'un pas. Il ne fallait pas qu'elle oublie à qui elle avait affaire, et que quand bien même elle avait eu le droit à son quart d'heure de folie, la situation n'en restait pas moins extrêmement complexe. Il fallait qu'elle commence à soutirer des informations afin de savoir où se trouvaient Ron et Ginny.

- J'ai toujours eu du tempérament, avoua-t-elle en baissant le regard sur son alliance.

- Ce besoin de prouver que tu mérites ta place, de défendre tes positions… Je sais ce que c'est.

Interloquée, la jeune femme lui lança un regard surpris auquel il répondit par un vague haussement d'épaule.

- C'est aussi difficile d'être un bâtard qu'une Sang-de-Bourbe.

- J'en doute.

Elle lâcha un petit rire fatigué.

- Tu n'es pas prisonnier ici, poursuivit-elle avec lassitude.

- Toi non plus. Maintenant tu es maîtresse de ces lieux au même titre que Narcissa.

La réalisation la frappa de plein fouet. La marque n'était pas présente sur son avant-bras, cependant elle était toute aussi impliquée dans la cause mangemorte que Malefoy l'était.

- C'est effrayant, n'est-ce pas ? De réaliser qu'en un instant, tu as tourné le dos à tout ce que tu connaissais. Le monde magique tout entier te croyait morte au fin fond d'un cachot lugubre et voilà que tu réapparais, resplendissante de santé, souillée par l'opulence des Malefoy et mariée à ton ennemi de toujours. Rita aurait tué pour avoir l'exclusivité sur ce rebondissement !

Il rit jaune, provoquant l'incompréhension de la jeune femme. N'étaient-ils pas en train d'avoir un semblant de conversation civilisée, pas plus tard qu'il y a deux minutes ?

- Vois-tu Granger, je ne suis pas dupe. J'ignore encore ce qui t'a poussé à accepter d'épouser mon cousin... Oh bien-sûr tu peux jouer la carte de l'éternelle dévotion envers tes copains les traitres à leur sang, tu peux berner Drago et sa mère avec ton joli minois mais tu ne m'auras pas.

Hermione sentit son sang se glacer. Etait-elle si transparente dans ses intentions ? Il fallait qu'elle soit plus discrète si elle souhaitait pouvoir soutirer des informations et les livrer secrètement à Arthur. Inspirant un grand coup, elle essaya de paraitre la plus neutre et détachée possible :

- C'est pourtant uniquement dans ce but que j'ai accepté. Après avoir passé quatre ans à croupir dans ces maudits cachots, j'étais prête à mourir si ce n'était pour Ron ! s'emporta-t-elle. Je m'y étais résignée et je m'en fichais de vivre à présent. Mais ils avaient besoin de moi, Ron avait besoin de moi ! C'est ça d'avoir un cœur, Cepheus. C'est de faire passer les besoins de la personne que tu aimes avant les tiens, et si j'avais dû me marier avec une ordure pareille telle que toi pour sauver Ron, je l'aurai fait sans la moindre once d'hésitation.

Elle fit un pas en sa direction, dardant sur lui un regard empli d'une haine et d'une fureur sans nom. Elle tremblait tant sa colère était monstrueuse. Elle était passée d'un état de plénitude quasi parfaite à une rage indescriptible en un clin d'œil et tout cela à cause de l'être méprisable qu'il était.

- Et c'est parce que je veux protéger la personne que j'aime, que j'ai été emportée dans cette mascarade, acheva-t-elle à bout de souffle.

Le regard ennuyé de Cepheus se tinta d'une lueur malsaine tandis qu'il regardait derrière l'ancienne Gryffondor. Un rictus arrogant et mauvais s'étira sur ses lèvres pâles. Hermione se retourna lentement, presque craintivement, puis recula brutalement. Drago Malefoy se tenait droit devant elle, et il avait l'air absolument tout sauf heureux de ce qu'il venait d'entendre.


Drago souffrait d'un ennui mortel, et ni le repas, ni le whisky ne parvenaient à le distraire. Fut un temps où il aurait invité dans ses appartements privés la jolie Sang-Pur, fille d'un de ses partisans, qui ne cessait de lui jeter des regards langoureux depuis près d'une demi-heure. Son esprit était trop occupé pour qu'il puisse s'intéresser à autre chose que sa maudite femme.

Il avait bien vu la façon dont elle s'était comportée durant la totalité des festivités. Distante, absente, répondant parfois évasivement aux quelques tentatives de conversation que les personnes présentes avaient essayé de lancer. Seul Scar était parvenu à la faire sortir de sa froide réserve et il remerciait silencieusement Merlin que sa mère soit intervenue auquel cas il aurait été forcé de sortir sa baguette afin de recadrer les choses.

Lorsqu'elle était partie, il avait été tenté de la suivre à pas calfeutrés afin de voir si elle n'essaierait pas de profiter de la situation pour s'échapper. Néanmoins le champ de force l'aurait aussitôt ramenée dans le salon et elle serait retournée faire un séjour dans les cachots avec un supplément torture et diète drastique. Le pincement qu'il ressentit au cœur lui arracha un rictus glacial. Il ne manquerait plus qu'il éprouve de la peine à la recadrer cette sauvageonne. Avec un sourire désabusé, il porta son verre à ses lèvres et le gout amer de la boisson descendant dans son œsophage lui procura un sentiment de satisfaction temporaire.

- Ça s'est bien passé, ne trouves-tu pas ?

Pansy s'assit à côté de lui, sur l'armature du fauteuil capitonné, et passa son bras dénudé sur les deux épaules du jeune homme. Fut un temps où elle lui avait voué un culte presque fanatique dans ses années d'adolescente stupide, mai une fois sa frénésie passée, elle s'était avérée être une alliée redoutable depuis sa prise de pouvoir. Et si son mariage avec Theodore avait été célébré suite à un accord entre les deux familles afin d'unir leurs patrimoines, Drago savait qu'elle aimait aussi tendrement son mari que lui ne l'aimait.

- J'ai trouvé Granger plutôt jolie dans l'attirail de la parfaite Malefoy, continua-t-elle en regardant ses ongles parfaitement manucurés. Quoiqu'un peu crispée et effrayée peut être… Elle n'est plus celle de Poudlard.

- La guerre change les gens, répondit-il évasivement.

- Dis plutôt que quatre années d'emprisonnement avec seulement sa lente descente aux enfers en guise de compagnie change les gens.

Il la vit afficher le sourire conquérant qu'elle arborait continuellement lorsqu'elle parvenait à avoir le dernier mot avec lui. Il cacha la naissance du sien en buvant une autre gorgée de sa boisson.

- Ce qui lui a permis de ne pas finir exterminée comme les autres de son espèce.

- Ah je vois… Tu te considères donc comme son sauveur et son protecteur, c'est ça ? demanda-t-elle à voix basse.

La façon dont Drago posa le verre sur la console près de lui sans le moindre ménagement n'indiqua rien qui vaille à Pansy. La torture qu'il avait infligée à Astoria parce qu'elle tentait vainement de lui faire ouvrir les yeux sur ce qui était évident pour les personnes qui prenaient la peine de le connaître. A savoir elle-même, Astoria et éventuellement Narcissa. C'était effrayant cette obsession qu'il avait à toujours surveiller le moindre de ses faits et gestes, les rivalités qui ne cessaient d'augmenter entre Potter, Weasley et lui-même, tandis que Granger essayait d'apaiser les tensions. Plus elle se montrait passive, plus il se montrait agressif. Plus elle l'ignorait, plus il enrageait.

Et Merlin, il ne s'en rendait même pas compte.

- Je considère simplement que nous effectuons un échange de bons procédés. Je la sauve d'une mort certaine, elle écarte de Weasley de mes affaires, grinça-t-il.

Pansy ne voyait que trop bien sa mâchoire tressauter à mesure que son énervement montait en flèche. Elle soupira légèrement et s'excusa. Excepté que le blond gardait les sourcils froncés, et qu'au bout de quelques secondes, ses yeux clairs scannaient la salle visiblement à la recherche de quelqu'un. Ignorant les regards surpris qui se posèrent sur lui, Drago se redressa de toute sa hauteur et parcourait les gens du regard.

- Qu'est-ce que tu cherches ? s'inquiéta Pansy en se rapprochant de lui.

- Karkaroff, où est-il ? gronda-t-il.

Il était d'un calme olympien qui laissait présager une tempête imminente allant s'abattre sur Karkaroff.

- Granger ! chuchota Pansy. Il doit l'avoir suivie dans le parc.

- Reste ici, ordonna Drago en partant.

Il partit à grandes enjambées, laissant derrière lui une Pansy pantoise. Jamais de sa vie il n'avait été aussi rapide. A peine quelques minutes après être sorti du manoir, il perçut des éclats de voix et bifurqua aussitôt en direction du lac. Granger et Karkaroff se faisaient face, la jeune femme lui tournait le dos, or Drago pouvait voir sans le moindre problème qu'elle était profondément contrariée de par sa posture. Il accéléra le pas, craignant que les choses aillent trop loin d'autant plus que la brune était dépourvue de baguette et par conséquent elle se trouvait complètement à la merci de son cousin.

- Et c'est parce que je veux protéger la personne que j'aime, que j'ai été emportée dans cette mascarade, acheva-t-elle à bout de souffle.

Il s'arrêta net, à deux pas d'elle, comme foudroyé par un éclair. Ça ne devrait pas le figer de la sorte. Ça ne devrait pas le toucher, ne serait-ce qu'un minimum. Il le savait, qu'elle faisait ça pour ce maudit Traître… Pour quelle autre raison l'aurait-elle fait ? Elle n'avait que mépris pour lui, et le regard de pure terreur qu'elle lui adressait ne faisait que renforcer le tumulte qui le secouait.

- Une mascarade à laquelle tu ne prends pas part, lui fit-il remarquer avec une voix glaciale. Suis-moi.

Elle baissa la tête, défaite, tandis que l'amusement de Cepheus ne cessait de croitre. Ce dernier souriait à présent à pleines dents, tandis que les épaules de la jeune femme étaient complètement affaissées et qu'elle alla silencieusement se placer derrière son époux.

Drago maîtrisait avec difficulté le maelstrom d'émotions qui le submergeait. La haine, la colère, le dégoût s'entremêlaient à un sentiment de bien-être des plus mal venu. L'air apeuré de Granger en le voyant alors que c'était lui qui venait la sauver de Cepheus, la haine qu'elle éprouvait pour lui alors qu'il avait risqué tout ce qu'il possédait en la sauvant cette nuit-là… La supériorité qu'afficha son cousin eut raison du maigre bon sens qu'il lui restait, et en un éclair Drago avait pointé sur lui sa baguette. Presque aussitôt et avec un réflexe qui aurait fait pâlir d'envie le plus titré des Aurors, Cepheus dégaina à son tour sa baguette et regarda fixement son duelliste droit dans les yeux, toute trace d'amusement ayant disparu.

- Alors Maître, on se sent d'humeur revêche ? taquina Cepheus.

Drago ne sembla avoir aucune réaction, si ce n'est un léger tressautement à la mâchoire. Tout en lui respirait le calme et la sérénité, et Hermione ne pouvait qu'admirer la froide détermination qu'il avait. Il ne restait plus rien de l'espèce de gamin arrogant et prétentieux qui se pavanait comme un paon croyant que tout lui était dû, insultant les gens à tout-va, et considérant que seuls les gens qui l'entouraient méritaient de la considération. A maintes reprises la main d'Hermione l'avait démangée. Elle avait eu envie de lui redonner une correction comme elle l'avait fait lors de la mise à mort de Buck, envoyant son minuscule poing s'écraser sans le moindre ménagement dans son nez aquilin. Elle était certaine qu'il aurait eu une prestance bien moins notable avec un nez de l'envergure d'une pomme de terre.

Or à ce moment-là elle le craignait. Il l'avait menacée plusieurs fois à Poudlard, comme lorsque la Chambre des Secrets avait été rouverte, mais jamais ses provocations ne l'avaient atteintes. Pas une seule fois en sept ans. Pourtant, en le voyant droit, impassible, froid, terrible, gardant en joue quelqu'un qui était son égal, Hermione frissonna.

- D'abord tu tortures Astoria… Et maintenant moi ?

Hermione se glaça. Il l'avait torturée ? Était-ce donc là la raison pour laquelle la jeune femme était arrivée dans tous ses états lorsqu'elle se préparait ? La brune ne l'avait pas revu après ce moment-là, aussi avait-elle supposée que la jalousie l'avait rongée mais à présent tout s'éclaircissait.

- Un Doloris ou un Avada ? continua Cepheus. L'embarras du choix à ce que je vois, mais dis-moi cher cousin me feras-tu des funérailles dignes de ce nom, ou bien me jetteras-tu comme un malpropre dans le lac ?

L'ancienne Gryffondor ne savait plus qui écouter, qui croire. Les tentatives de provocations de Cepheus n'eurent pas l'effet escompté puisque le blond ne cilla même pas. Il continua à le dévisager calmement. Du côté d'Hermione cependant, elle sentait qu'une crise d'angoisse commençait à la submerger. Ses cotes la faisaient souffrir à la moindre inspiration, ses oreilles bourdonnaient, et sa vision se troublait. Elle recula d'un pas, puis de deux, puis de trois, mais pourtant il lui semblait être spectatrice de la scène plutôt qu'actrice.

Ses parents… Harry, Ginny. Ron. L'emprisonnement, le serment… C'était trop pour elle. L'eau lui arrivait au-dessus de la taille lorsque la voix dure de Drago trancha le lourd silence de la nuit :

- C'est le dernier avertissement Karkaroff, j'en ai assez de me montrer clément avec toi. Rentre chez toi pour cette nuit et je verrais demain le sort que je te réserverai.

Drago baissa sa baguette et commença à tourner les talons, tandis que Cepheus essaya de le prendre par surprise.

- Expellia

- Repulso ! tonna Drago.

Cepheus décolla sous la puissance du sortilège et alla s'écraser quelques mètres plus loin, laissant une trainée significative de boue dans l'herbe fraiche. Pointant sa baguette sur lui, Drago gronda le sortilège de stupéfaction avant d'entendre un plouf sonore qui fit louper un battement à son cœur.

Dès lors il n'eut plus le moindre intérêt pour son cousin. Balançant sa robe de sorcier sans la moindre considération quelconque pour cette dernière, il se jeta tout habillé dans l'eau glacée du lac et y plongea la tête la première afin d'y rechercher la jeune femme. Emportée par le poids de sa robe, elle s'enfonçait inlassablement dans les profondeurs obscures, sa peau aussi livide que l'était celle d'une morte. Drago s'acharna pour s'enfoncer aussi rapidement qu'elle ne le faisait, luttant péniblement contre le manque d'oxygène qui se faisait sentir.

Au bout d'un moment qui lui parut interminable, bien qu'il ne dura que quelques secondes, il parvint à lui attraper la main. Usant de toutes ses forces, il la tira sans le moindre ménagement et lui arracha la robe d'une main, de l'autre serrant son corps menu contre le sien. Il remonta péniblement à la surface et lorsqu'il y parvint, l'air frais lui brûla la gorge et lui comprima les poumons. Il rejoignit la rive tant bien que mal, tandis que les gens commençaient à se rassembler autour de la scène. Les regards allaient et venaient entre le corps stupefixé de Cepheus et celui malmené d'Hermione, qui ne portait plus qu'un léger sous-vêtement en guise de tenue, et les regards se firent aussitôt beaucoup plus belliqueux.

Il fut reconnaissant à Pansy de déposer délicatement sa robe de sorcier sur le corps décharné de la brune, qui gisait allongée sur le sol. Elle respirait lentement, calmement, et Drago réprima avec difficulté son soupir de soulagement. Elle s'était juste évanouie et n'était pas restée assez longtemps dans l'eau pour avoir de l'eau dans ses poumons.

- Lorsque l'on a entendu des cris nous sommes sortis, lui indiqua Pansy en frictionnant le corps d'Hermione pour ne pas qu'elle se refroidisse. Je n'ai pas été assez rapide pour te dire qu'elle allait s'évanouir, je suis désolée Drago…

Il secoua la tête en guise de réponse et se remit sur ses jambes, peinant à ne pas chanceler. L'effort de la course qu'il avait faite et de la nage imposée dans de l'eau qui ne devait pas être à plus de cinq degré l'avaient physiquement ébranlé. Toutefois il n'en montra rien et souleva sans la moindre difficulté le petit pois de sa jeune épouse qu'il serra contre lui. Ses partisans se poussèrent pour le laisser passer et, quand il arriva à la hauteur de Blaise et Theodore, il marqua une courte pause.

- Gardez-le sous surveillance, ordonna-t-il.

Pour une fois, ils laissèrent leurs blagues de mauvais goût au placard et acquiescèrent poliment.

Sans un regard pour quiconque, Drago gravit les marches du manoir suivi de près par Pansy qui pressait le pas pour se maintenir à sa hauteur. Il se dirigea machinalement en direction de ses quartiers privés et la déposa avec délicatesse dans une grande baignoire.

- Tu devrais sortir, lui intima Pansy. Je vais m'occuper d'elle, tout ira bien.

Il ne bougea pas d'un pouce gardant le regard fixé sur Granger. Pansy le poussa très légèrement en direction de la sortie afin de le faire sortir de sa torpeur.

- Drago ? Si il y a le moindre souci, je l'emmène immédiatement à Sainte-Mangouste, c'est promis.

Il sembla se détendre tout à coup, et lui serra maladroitement l'épaule. Pansy en demeura bouche bée. Jamais, en quatre ans, il ne s'était autorisé à courber le dos face à elle. Il avait maintenu sa carapace durant le temps qu'ils soient dans une certaine intimité, aussi les autres ne se douteraient de rien quant à elle… Tournant le regard en direction de la brune qui commençait à s'agiter dans la baignoire, elle sentit ses lèvres s'étirer en un sourire. Pour la première fois depuis la mort de Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom, Pansy reprenait espoir pour Drago.

Hermione se sentit happée lorsque l'eau glacée la frappa en plein visage. S'agrippant aux rebords de la baignoire elle prit une profonde inspiration avant de fusiller du regard Pansy qui se tenait droite comme un « i ».

- Tu nous as fait une sacrée frayeur, morigéna-t-elle en fronçant les sourcils.

- Que s'est-il passé ?

Elle se sentait profondément perdue. La dernière chose dont elle se souvenait était le combat qui allait s'engager entre Cepheus et Malefoy, et après plus rien. Elle se trouvait dans un bain chaud, complètement nue et sans avoir la moindre idée de ce qui avait pu se passer.

- Tu ne te rappelles pas ? tiqua Pansy en s'approchant d'elle.

Hermione secoua négativement la tête.

- Tu as subi un choc émotionnel et tu t'es évanouie. Malheureusement tu es tombée dans le lac et Drago t'as sortie de l'eau avant que le moindre mal ne puisse t'arriver.

- Un choc émotionnel ?

Elle craint aussitôt le pire.

- C'est Ron ? paniqua-t-elle. J'ai fait tout ce qu'il m'a demandée et il n'a pas le droit de…

- Ce n'est pas Weasley ! claqua l'ancienne Serpentarde.

L'air d'incompréhension qu'elle afficha acheva de convaincre Pansy : Granger faisait un genre d'amnésie psychogène. Et le seul motif plausible qui lui venait à l'esprit était la nouvelle de la torture que Drago avait infligée à son ex-fiancé. Hermione était terrorisée par la seule personne dans ce maudit manoir qui la protégeait. C'était aberrant.

Et puis d'un seul coup, sans crier gare, Hermione écarquilla les yeux avant que sa lèvre inférieure ne se mette à trembler légèrement.

- Malefoy a… fait quelque chose de très mal aujourd'hui, n'est-ce pas ?

Pansy eut un rire légèrement moqueur.

- On va dire ça.

- Et tu oses en rire, Parkinson ? s'insurgea Hermione. L'utilisation des Impardonnables et complètement prohibée et…

- Redescends de tes grands hippogriffes Miss-je-sais-tout, siffla-t-elle. J'ignore où tu as cru être, mais c'est comme ça que ça fonctionne ici. Soit tu te plies, soit tu casses. Astoria a tenté quelque chose de perdu d'avance, elle ne peut s'en prendre qu'à elle-même et à sa stupidité.

L'ancienne Gryffondor pinça les lèvres en adoptant une position défensive.

- Il l'a torturée juste parce qu'elle a dit quelque chose qui ne lui plaisait pas ? Comment peut-on commettre un acte aussi vil ?

Pansy soupira lourdement avant d'aller s'asseoir sur l'un des bancs disposés près des éviers en marbre. Elle croisa délicatement les jambes avant de poser avec grâce ses mains sur son genou. Dans cette posture, elle avait un port royal, d'un haut raffinement. Elle non plus, n'était plus la greluche écervelée qui jacassait dans les couloirs.

- Ce n'est pas une question de vileté. Du jour au lendemain, Drago a dû reprendre un flambeau qui ne lui était pas destiné. Personne ne lui a demandé s'il le voulait, on le lui a imposé, expliqua-t-elle posément. Personne ne m'a demandé mon avis quand on m'a annoncé que j'allais épouser Theodore. Et Merlin merci que l'on ne m'ait pas coltiné Scar, parce que tu sais quoi Granger ? J'aurai dû l'épouser quoiqu'il arrive. La vie n'est pas qu'une question de choix, c'est une question d'obligations. Tu tombes bien ? Tant mieux. Tu tombes mal ? Dommage.

Elle soupira en fronçant légèrement les sourcils.

- Tu es tombée dans le bon camp dans cette guerre Granger, quand bien même tu te retrouves dans une fâcheuse position en ce moment. On t'a laissé le choix de te battre ou non.

- Donc pour toi, Malefoy n'est en rien coupable ? Je pense que c'est facile de rejeter la faute sur les choix que la vie nous force à faire, argua Hermione en cherchant ses mots.

Sans dire un mot, Pansy lui tendit son avant-bras gauche, dépourvu du moindre tatouage maléfique.

- J'ai fait le choix de ne pas être une renégate et de rester avec les miens, quand bien même je ne cautionne pas toujours leurs choix.

- Comme la supériorité des Sangs-Purs ?

Pansy hocha vaguement les épaules tandis qu'Hermione ramena ses genoux contre sa poitrine, seuls sa nuque et sa tête dépassaient de la mousse onctueuse. Cette soirée était pour le moins incongrue, mais c'était si bon d'avoir enfin une discussion construite et instructive avec quelqu'un.

- Je pense toujours que les Sangs-Purs sont supérieurs au reste du monde sorcier, dit Pansy en faisant la moue. Mais je dois reconnaître que certains Sang-de-Bourbe…

Hermione lui jeta un regard noir.

- Né-Moldu, se corrigea-t-elle aussitôt, sont nés avec plus d'aisances que d'autres. Je dois reconnaître que plus d'une fois tu m'as impressionnée, Granger.

Elle arqua le sourcil gauche, profondément surprise, ce qui arracha un rire sonore à l'ex-Serpentarde.

- Krum s'est intéressée à toi plutôt qu'aux Delacour par exemple… McLaggen également, au détriment de la gente féminine de Poudlard. Même Rogue je suis certain, sous ses airs de monstre, éprouvait une certaine satisfaction à te pousser dans tes derniers retranchements. Je dois admettre que plus d'une fois tu as fait preuve d'un courage à faire pâlir d'envie la plupart des griffons.

Hermione rougit légèrement se sentant gênée par les compliments inhabituels de son interlocutrice.

- Tout ça pour te dire que même si Malefoy peut être quelqu'un d'extrêmement dangereux, il n'est pas nécessairement le mal incarné.

- Au moins avec lui je commence à savoir à quoi m'attendre, pas comme avec Cepheus…

- Si je peux te donner un bon conseil Granger, ne te fie jamais à cet oiseau de malheur. Il ne souhaite qu'une chose…

- Laquelle ?

Pansy secoua la tête avec lassitude.

- Que Drago fasse un faux-pas, la moindre erreur qui lui sera fatale et qui fera retourner ses partisans contre lui.

- Mais… Drago est l'hériter de Voldemort, non ?

Un rire dépourvu de joie s'échappa de sa bouche vermillon.

- C'est la loi du plus fort Granger. A la moindre faiblesse, Drago se fera piétiner par plus fort que lui.


Il n'y avait pour lumière dans le bureau qu'une minuscule chandelle qui reflétait ses rayons chatoyants sur le visage fatigué et terne de Drago Malefoy. Devant lui s'étalaient divers parchemins, plumes, et autres encriers à moitiés vides. Sous ses yeux profondément cernés se trouvait un livre anthracite écrit en runes antiques dont il peinait à déchiffrer le sens. La traduction du manuel ne l'avait jamais réellement ennuyé, hormis les quelques phrases parfois dénuées de sens que l'auteur –ayant perdu une bonne partie de son esprit- avait apposé dans son ouvrage. Il n'en existait que trois dans le monde, de ces ouvrages. Le premier se trouvait à la Bibliothèque du congrès magique international, le second se situait dans les bas-fonds de Gringotts, protégé par Merlin-savait quelle créature féroce. Et enfin le troisième était en la possession de la famille Malefoy depuis aussi loin que l'on pouvait remonter.

La personnification magique. La puissance ultime d'un sorcier parvenant à fusionner avec le cœur de sa magie afin d'en extraire la puissance maximale. Un niveau de perfection telle qu'il avait été que peu de fois frôlé sans pour autant avoir été atteint. On disait des quelques pauvres sorciers qui s'y étaient risqués avaient finis par perdre pied et la folie les avait gagné en rien de temps. Deux ans qu'il s'épanchait sur le sujet sans avoir le moindre espoir que cela puisse fonctionner. Il arrivait à visualiser la naissance de sa magie cette aura parfois bleue, parfois verte, lentement scintillante, mais l'atteindre –ou l'exploiter- lui paraissait insurmontable.

Poussant un lourd soupir fatigué, il baissa la tête et marmonna le nom de Wrinkle qui apparut aussitôt en un léger pop.

- Qu'est-ce que Wrinkle peut faire pour le Maître ?

- Granger va mieux ?

- Mrs Nott a quitté les appartements du Maître il y a un moment, répondit prudemment l'elfe. Si le Maître le désire, Wrinkle peut aller chercher Mrs Malefoy.

Drago sentit son cœur louper un battement, il allait falloir qu'il s'y habitue sans quoi l'arrêt cardiaque s'annonçait inévitable.

- Les invités sont tous partis ?

- Le manoir est vide de tous sorciers, à l'exception des Mrs Malefoy et du Maître. Mr Karkaroff a été emmené chez Mr Zabini.

Tournant la tête en direction de la pendule qui faisait son incessant tic-tac, Drago constata qu'il était pratiquement deux heures du matin. Il congédia rapidement l'elfe avant de se caler plus confortablement dans son fauteuil et d'abandonner ses recherches pour le restant de la nuit. Se passer encore de sommeil après déjà en manquer plus que cruellement était une idée particulièrement peu judicieuse, spécialement au vue des évènements de la journée.

Il fallait que son esprit soit parfaitement reposé s'il voulait pouvoir avoir un jugement le plus clair possible sur son cousin, et par-dessus tout il fallait qu'il règle le problème d'Arthur Weasley. La missive au nom de la nouvelle Mrs Malefoy avait été interceptée avant d'être délivrée à sa destinataire et Drago avait particulièrement été contrarié par son contenu. Il la conviait à passer au Ministère… Des retrouvailles après de longues années d'absence. Foutaises ! Il voulait simplement pouvoir enquêter tranquillement au Manoir sans qu'ils n'y soient pour surveiller quoique ce soit. Oh ça oui elle allait y aller, avec lui et dès qu'il parviendrait à se libérer. Il fallait qu'il soit prudent. Il connaissait assez Granger pour savoir qu'elle n'allait pas rester passive, elle allait forcément chercher un moyen pour retrouver les deux rouquins, et dès lors il faudrait qu'il prenne des mesures restrictives afin de l'en dissuader.

Mais le pourrait-il ? Cet après-midi lorsqu'il l'avait ramenée dans les cachots, elle l'avait alors supplié de ses yeux larmoyants et il avait été incapable de la laisser là-dedans une heure de plus. Il ignorait encore comment il avait pu la laisser là-bas pendant quatre ans. Peut-être était-ce parce qu'il refusait d'y penser ? Qu'il refusait d'imaginer qu'elle puisse être là, si proche et si inaccessible à la fois ? Il savait qu'elle était son Talon d'Achille, mais ignorait encore la raison qui le poussait à agir de la sorte. Pourquoi la faisait-il passer avant ses propres intérêts ? Cepheus savait pertinemment l'importance qu'elle avait pour lui, auquel cas il n'aurait ô grand jamais cherché à le provoquer autant, ni à pousser le vice aussi loin. Drago avait eu envie de le tuer près du lac, de lui infliger une lente et longue agonie qui se serait achevée par une noyade pour le moins spectaculaire au fond de l'eau obscure.

Mais là encore, Granger l'avait retenu. Avec son air terrorisé et ses lèvres tremblantes. Il avait échoué et s'était montré lâche, faible à nouveau. Il ne pouvait pas, n'en avait pas droit. Il posa le regard sur l'alliance qui lui ornait l'annulaire gauche, puis à la trace rougeoyante qu'il avait au poignet. Tous deux symboles de l'engagement charnel et éternel qui les liaient. Ils pouvaient divorcer ça oui, mais leurs âmes ne se délieraient jamais. Lorsqu'il s'était entretenu avec l'Archimage des modalités de la cérémonie il n'avait pas réfléchi en lui demandant l'union de leurs âmes, et s'il avait été surpris, l'Archimage n'en avait rien montré et avait acquiescé en souriant d'un air entendu.

Il était stupide… En se liant à elle, il se rendait vulnérable et la rendait encore plus fragile qu'elle ne l'était déjà.

Avec lassitude, il se leva péniblement de son fauteuil et se dirigea vers un petit secrétaire fermé soigneusement par différents sortilèges qu'il leva un à un, sans se presser. Une fois le secrétaire libre de toute protection, il tira soigneusement une boite en velours d'un des tiroirs, et en sortit la baguette qui reposait depuis quatre ans dans le papier de soie. Il ignorait pourquoi il était allé la rechercher, peut-être pourrait-elle servir un jour s'était-il dit, et aujourd'hui il sut qu'il devait la rendre à sa propriétaire. Il devait également songer à l'entrainer sans quoi il était certain que ses jours au manoir s'annonçaient à la fois aussi intenses que courts. Que Merlin lui vienne en aide, il était déjà suffisamment accaparé par ses devoirs sans s'en ajouter des inutiles.

Il regarda un long moment le paquet qu'il tenait entre ses mains avant de tourner les talons et de quitter lentement son bureau. Souhaitant prendre son temps il se dirigea vers la galerie des portraits, puis alluma les chandeliers d'un coup de baguette avant de se poster face à celui de son père. Droit, menton relevé et regard conquérant, il ressemblait trait pour trait à ce qu'avait ressemblé son père toute sa vie. Il resta un long moment posté devant le portrait, les poings enfoncés dans les poches de son pantalon à pince, à dévisager celui qui pendant des années avait fait office de modèle de réussite absolue.

La porte grinça légèrement et Drago n'eut pas besoin de tourner la tête pour savoir qui c'était.

- Tu ne viens ici que lorsque tu es contrarié.

- Bonsoir, Mère.

Narcissa sourit doucement et vint enlacer son fils par-derrière.

- Tu penses qu'il serait fier de ce que je suis à présent ? demanda brusquement Drago.

La blonde écarquilla légèrement les yeux, décontenancée par sa question. Elle n'était pas idiote au point de croire son fils hermétique aux piques perpétuelles qu'il recevait, mais elle était surprise de constater qu'il demeurait aussi incertain qu'il l'avait été autrefois. Parfois elle voyait en lui un dirigeant avec l'autorité de son père, et parfois, elle revoyait son petit garçon qui allait chiper des cookies dans les cuisines juste avant de passer à table.

- Tu sais bien malheureusement que quoi que tu fasses, cela n'aurait jamais été assez bon pour lui. Quoique nous fassions, par ailleurs.

- Merci.

Narcissa desserra son étreinte, avant de jeter à son fils un regard indéchiffrable.

- Pourquoi me remercies-tu ?

- Pour ne pas me mentir en me disant qu'il était fier de moi et autres babillages du genre.

- Drago, je…

- Je vais me coucher, coupa-t-il en lui baisant la main. Vous devriez en faire de même, madame, car les jours à venir s'annoncent particulièrement rudes.

Il partit sans rien ajouter, laissant derrière lui une Narcissa confuse, troublée par les préoccupations inhabituelles de son fils. Il avait laissé se fissurer très légèrement sa carapace le temps de quelques brèves minutes, puis l'avait redressée alors plus forte que jamais. Et ça la peinait profondément de le voir en perpétuelle souffrance.

Drago arriva rapidement à ses quartiers privés, mais demeura un long moment devant la porte qui en bloquait l'accès. Il ignorait l'attitude qu'il devait observer. Allait-il trouver Granger allongée dans son lit, prête à accomplir son devoir conjugal ? Allait-elle s'avouer rapidement vaincue, ou allait-il affronter la furie qu'elle avait autrefois été ? Il eut un sourire arrogant. Il ressemblait trait pour trait à un adolescent attardé en cet instant, et il se serait collé bien volontiers un coup de pied dans les fesses afin de le faire se remuer un peu. Par Merlin, il n'était pas ce maudit Weasley qui bégayait et rougissait dès qu'il apercevait la fille qu'il aimait, non ?

- Allez Malefoy, s'encouragea-t-il en pénétrant dans les appartements.

Pour les trouver vide de toute présence. Les chandelles déployaient leurs doux chatoiements sur les tapisseries murales, tandis que les draps de soie du lit à baldaquin étaient encore impeccablement repassés. Sourcils froncés, il ouvrit la porte qui menait au petit salon adjacent à sa chambre, et trouva la pièce aussi déserte que la première. Sentant une inquiétude mêlée à la colère le gagner, Drago traversa le salon et la chambre à grandes enjambées et défonça littéralement la porte de la salle de bains, avant de s'appuyer contre le chambranle de la porte.

Les battements effrénés de son cœur peinaient à récupérer un rythme normal tandis qu'il observait la petite forme recroquevillée de sa jeune épouse, roulée en boule sur un banc de marbre. Elle était emmitouflée dans un épais peignoir beige, dont le tissu épais et duveteux engouffrait sa maigre stature. Des mèches rebelles encore humides s'échappaient du pauvre élastique qui semblait avoir toutes les peines du monde à contenir l'épaisse crinière de la lionne, et Drago ne put s'empêcher d'en replacer une derrière l'oreille froide de la jeune femme.

Avec une douceur et une délicatesse qu'il ne se connaissait pas, Drago passa une main dans le dos et l'autre sous les genoux de la brune avant de la soulever sans la moindre difficulté. Bien qu'il fût à présent un jeune homme aux muscles parfaitement formés, la légèreté de la jeune femme n'était pas pour le rassurer. Granger n'était pas des plus rondes, elle ne l'avait jamais été, mais les os saillants de ses genoux squelettiques donnaient la nausée au blond.

Une fois qu'il l'eut déposée délicatement dans les draps frais, il s'assit à son tour sur le matelas moelleux et la dévisagea pendant une éternité. Une fois les artifices enlevés, il ne voyait que trop bien les ravages de son emprisonnement. Elle était trop maigre, ses traits étaient trop tirés, et les rondeurs encore enfantines de ses joues avaient laissées place à des pommettes saillantes et des joues creusées. Elle avait cependant gardé ses légères taches de rousseur sur le nez, et ça le fit doucement sourire. Lorsqu'elle bougea afin de s'installer plus profondément au creux des draps, la manche gauche de son peignoir se releva jusqu'à son coude, dévoilant l'atrocité qu'il avait essayé d'ignorer depuis le temps qu'ils s'étaient retrouvés.

Mudblood. L'insulte qu'il avait tant de fois utilisée pour la rabaisser, la blesser. Sa tante l'avait marquée, comme on marque les animaux et pourtant il avait été incapable de la considérer comme tel. Pourquoi n'y arrivait-il pas ? Il ne savait même plus pourquoi il se battait, pourquoi il continuait cette guerre froide. Il n'avait jamais réellement cherché d'explications, ça lui avait juste semblé normal. Il soupira à nouveau, avant de laisser courir distraitement sa main sur la marque maudite qu'il avait au bras gauche, puis effleurer presque timidement la cicatrice de la jeune femme. Ils la portaient au même endroit, avec la même répulsion.

Alors qu'il allait retirer sa main, Hermione se retourna vivement et lui attrapa avec sa main droite, la serrant fermement contre sa poitrine et enfonçant son visage dans le bras du blond dont la respiration s'était coupée. Elle soupira d'aise, avant de sourire légèrement, et Drago sentit son cœur se serrer. Il ignorait combien de temps il était resté là, à demi courbé, scrutant le moindre détail de la jeune femme tandis que cette dernière s'accrochait désespérément à son bras. De temps à autres, il osait effleurer une mèche de ses cheveux, retenant sa respiration de crainte qu'elle ne se réveille en hurlant.

Hermione grogna, dérangée par les rayons du soleil qui lui tapaient dans le visage. Elle se redressa lentement et s'étira comme un félin avant d'ouvrir brusquement les yeux. Elle se souvenait de s'être assoupie dans la salle de bain, trop effrayée pour oser aller dans la chambre, mais pas de s'être réveillée pour aller se coucher. La place à côté d'elle était restée intacte, cependant un écrin de velours attira son attention. Malefoy, lui offrir un bijou ? Elle s'esclaffa légèrement, trouvant l'idée totalement absurde avant de sortir des draps et d'ouvrir tous les rideaux de la pièce. Une fois la chose faite, elle attacha du mieux qu'elle put ses cheveux avant de reporter son attention sur l'écrin. La curiosité piquée à vif, elle s'en empara rapidement et dénoua le nœud de soie qui l'entourait avant de pousser un cri d'exclamation.

Les yeux embués de larmes, le sourire aux lèvres, elle s'empara de sa baguette et sentit comme si elle revivait. La posant délicatement sur les draps elle attrapa entre ses mains tremblantes la petite note qui se trouvait avec et ne put réprimer un sourire éclatant.

Je ne suis pas ton pire ennemi ici. Ne me fais pas regretter cette décision.


Voilàààààààà. Livré le 27, comme convenu ! En revanche il s'avère que maintenir un chapitre par semaine me parait difficilement réalisable dans le sens où je n'ai que très peu de temps pour me poser et pour écrire. Par contre un chapitre toute les deux semaines est -je pense- envisageable. Je ne vous promets rien dans le sens où je n'ai pas encore exactement trouvé le rythme, mais je pense tenir le bon bout !

Merci à tous d'être toujours présents, j'espère que ce chapitre vous a plu et je vous dit à dans deux semaines.

Bises,

Sierra Rose Amalia.