Disclamer : Les personnages et les lieux appartiennent à J.K. Rowling. Merci à ma bêta, sans qui ce chapitre serait illisible.
Bonne lecture, Sierra.
CHAPITRE 4
Not a Traitor
- Allez Grangie, même ma grand-mère a un temps de réaction supérieur au tien !
Hermione souffla sur la mèche de cheveux qui lui barrait le visage, avant de regarder hargneusement les deux hommes qui lui faisaient face. Blaise Zabini et Theodore Nott, tous deux vêtus de pantalons près du corps et de tee-shirts moulants, se foutaient ouvertement d'elle avec leurs sourires goguenards. Elle-même portait une tenue similaire à la leur, bien qu'à leur inverse, elle était maculée de boue, de sueur, et épuisée par-dessus le marché.
- Si tu savais ce que je lui dis à ta grand-mère, grommela-t-elle avec humeur.
Blaise partit dans un éclat de rire.
- C'est qu'elle mordrait la petite griffonne… Mais vois-tu, très chère, Granger de mon cœur, Nott et moi avons la délicate tâche de t'apprendre à te défendre…
- Et c'est difficile à croire que tu aies réussi à survivre autant de temps, ajouta Theo.
- Passe quatre ans dans deux mètres carrés de crasse, et on en reparle, siffla-t-elle.
Le noir claqua la langue avec un air satisfait.
- Tu sais combien j'apprécie nos joutes verbales, mais ce n'est pas avec ta verve que tu vas réussir à combattre lorsque ce sera nécessaire.
Hermione soupira avant de baisser les épaules. Le moindre muscle de son corps endolori la faisait souffrir. Merlin, c'était un entrainement de guerre que ces deux-là lui inculquaient. Non seulement elle devait améliorer sa condition physique - qui était déplorable, il fallait bien se l'avouer – mais, de surcroît, elle s'entrainait également le soir aux sortilèges. Elle avait énormément perdu sans pratique, et quand bien même certaines choses ne s'oubliaient jamais, elle devait réapprendre à viser convenablement.
- Et à combattre qui ? Malefoy n'est pas un chef surpuissant que tout le monde craint ?
Theodore perdit son sourire.
- C'est un contexte de guerre Granger, une guerre de positions certes, mais une guerre quand même. Et comme tu as pu le constater, Drago n'a pas que des amis dans son cercle. Alors soit tu te plies gentiment aux consignes qu'il nous a données, soit on te matraque jusqu'à ce que tu sois capable de rivaliser. Compris ?
Blême, elle hocha doucement la tête. Depuis six jours qu'ils s'entrainaient tous les trois, depuis le mariage à vrai dire, elle avait appris à les considérer tous les deux autrement que comme des Mangemorts sanguinaires. Ils étaient d'excellents duellistes, imbus de leur personne certes, mais non pas moins excellents. Bien plus que dans ses souvenirs de cours à Poudlard, par ailleurs.
- Tu es encore trop lente, lui fit remarquer Blaise en croisant les bras sur son torse. Il faut que tu sois plus rapide si jamais tu dois fuir. Vas faire encore quelques tours de manoir.
Lèvres pincées, elle rangea sa baguette dans la manche de son tee-shirt dont elle referma la mitaine sur ses mains gelées. Resserrant l'élastique de sa queue de cheval, elle commença à courir, ignorant ses muscles qui la tiraillaient ou encore son point de côté qui lui coupait le souffle. Six jours qu'elle et Drago ne s'étaient pas adressé la parole. Lorsqu'elle rentrait de ses entrainements le soir, elle mangeait seule ou quelque fois en compagnie de Narcissa, puis elle se lavait et allait se coucher, toujours seule. Il lui arrivait souvent de se demander si les appartements dans lesquels elle résidait étaient bien ceux de Malefoy ou s'il ne la laissait là que dans le but de la faire se torturer l'esprit.
Quoiqu'il en soit, elle obéit, comme toujours. Elle courrait à bon rythme et elle devait se l'avouer, elle était on ne peut plus fière des progrès qu'elle faisait. Bien que la raison de cet entrainement soudain l'intriguait profondément, elle l'accueillait avec plaisir. Ce serait ainsi plus facile d'aider à faire évader Ron et Ginny en ayant une bonne condition physique plutôt qu'en étant toute mollasse. Quoiqu'il en soit il fallait qu'elle persévère, qu'elle redouble d'effort, car si Drago commençait à se poser des questions quant à sa motivation, elle savait qu'elle ne serait pas capable de lui répondre.
Ce fut au bout de vingt interminables minutes qu'Hermione acheva le parcours que ses bourreaux lui avaient indiqué. Lorsqu'elle revint près d'eux, elle était à bout de souffle, éreintée, et les braseros s'étaient allumés dans le parc. La nuit était enfin tombée, signifiant l'arrêt de leur entraînement pour la journée.
- C'est bon Granger, t'as bien mérité une bonne douche, plaisanta Blaise en lui grattant le crâne.
- Pense à te mettre de l'onguent sur tes muscles, lui conseilla Theo. Demain, tu vas commencer les duels.
Hermione fronça légèrement les sourcils.
- Navrée mais je n'ai pas l'intention d'utiliser de la magie noire.
- Navré, singea Blaise, mais si tu veux survivre ici c'est pas avec un Petrificus que tu vas t'en sortir.
Outrée, elle ouvrit la bouche pour répondre puis se ravisa devant les regards ennuyés des deux hommes. Après tout, ce ne serait pas si néfaste que ça d'en apprendre quelques-uns, non ? En contexte de guerre, ce serait selon elle parfaitement excusable.
- Très bien, concéda-t-elle en exagérant un soupir. Je me plierai à vos ordres, chef.
Theo plissa les yeux, pas dupe pour deux sous, mais eut la délicatesse de ne faire aucun commentaire. Aussi, Hermione les salua d'un vague signe de la main avant de tourner les talons et de retourner au manoir. Une fois les lourdes portes fermées derrière elle, elle se massa la nuque avant de s'étirer longuement et d'étouffer un bâillement. La montée des marches fut périlleuse et seul l'écho de ses pas retentissant dans les couloirs déserts brisait le silence de mort.
Arrivée dans la salle de bain, elle prit une brève douche bien chaude et s'enroula dans une serviette avant de s'appliquer de l'onguent à la menthe poivrée sur les bras et les jambes. L'odeur commençait lentement à l'écœurer, mais la seule fois où elle avait fait l'erreur de ne pas en appliquer s'était soldée par des courbatures monstrueuses et de sévères remontrances de la part de ses deux tortionnaires. Une fois la pommade pénétrée, elle passa un gros sweat-shirt aux couleurs Serpentard, ainsi qu'une paire de collant en laine beige. Les journées passées dans l'humidité et le froid lui suffisaient amplement, le soir elle aimait se pelotonner dans des vêtements bien chauds et boire un chocolat près du feu dans le salon de ses appartements.
Il lui arrivait très souvent de sentir un immense sentiment de culpabilité l'envahir quand elle songeait au confort dont elle jouissait ici tandis que dehors souffraient Ron, Ginny, et probablement tous les prisonniers qui étaient aux mains des Mangemorts. Secouant légèrement la tête, elle enfila ses chaussons et descendit à pas calfeutrés en direction des cuisines. Ces dernières se situaient au rez-de-chaussée bien que recluses dans les quartiers des Elfes de Maison. S'approchant des lourdes portes en bois massif, décorées de superbes arabesques en fer forgé, Hermione sentit la délicieuse odeur de pommes de terre rôties lui chatouiller les narines et son estomac émit un grognement d'appréciation à l'idée du succulent repas qui s'annonçait.
Cependant, alors qu'elle pénétrait dans la salle, il y régnait une agitation peu commune, et elle fut profondément surprise de ne pas voir son assiette dressée sur la grande table centrale. Les Elfes semblaient pressés et agités, faisant cuir dans la gigantesque cheminée bien plus de nourriture qu'elle ne pourrait avaler. Lorsqu'elle aperçut Wrinkle, qui faisait léviter une pile de casseroles en cuivre, elle le héla avec douceur. Surpris, l'Elfe manqua de peu de renverser sa précieuse marchandise et la fit délicatement s'accrocher aux murs de pierre avant de s'incliner avec une courbette exagérée face à Hermione.
- Que se passe-t-il ici ?
Wrinkle se balança maladroitement d'une jambe sur l'autre, les mains dans le dos, triturant nerveusement la taie d'oreiller qui lui servait de tenue.
- Maître Malefoy a demandé que le repas soit servi dans quatre minutes, Miss Hermione.
- Malefoy est rentré ? s'écria-t-elle abasourdie.
Wrinkle écarquilla ses gros yeux globuleux avant de se taper frénétiquement la tête en répétant « idiot » un nombre incalculable de fois. S'en voulant terriblement, Hermione lui attrapa doucement mais fermement les mains afin d'empêcher son autoflagellation et se pencha pour le regarder droit dans les yeux.
- Tu m'as surprise, Wrinkle. Je ne m'y attendais pas, c'est tout.
Elle ne s'excusa néanmoins pas, sachant pertinemment que cela aggraverait les choses. Elle était extrêmement surprise que le blond soit revenu sans prévenir. Elle l'était d'autant plus qu'il ne l'avait pas averti de son départ en premier lieu.
- Le Maître a-t-il dit si je dînais avec lui ?
Elle avait la gorge sèche et craignait de le revoir. Malefoy ne s'était pas montré monstrueux avec elle, pas autant qu'il l'avait été avec Astoria toutefois… Elle appréhendait de le revoir après l'incident qu'il y avait eu avec Cepheus.
- Oui, Miss. Maître Malefoy a été très clair là-dessus.
Hermione pinça les lèvres.
- Je vais aller me changer, il va me réprimander si je me présente ainsi, soupira-t-elle en se redressant.
Wrinkle lui barra aussitôt la route.
- Wrinkle est désolé, Miss, mais Miss doit se hâter de rejoindre la salle à manger car le repas va être servi d'ici peu.
Dépitée, elle se montra pourtant obéissante et sortit prudemment des cuisines. Une fois les portes fermées derrière elle, elle resta un moment debout, tentant maladroitement de contrôler les tremblements frénétiques de ses membres avant de se frotter les mains sur son collant. Inspirant afin de se donner du courage, elle finit par entrer dans la salle à manger et resta un instant bouche bée.
Les épaisses tentures des immenses fenêtres étaient tirées, dévoilant une vue imprenable sur les paons qui se promenaient nonchalamment au clair de lune. L'imposant lustre en cristal éclairait chaleureusement la pièce mais ne l'éblouissait pas comme la première fois où elle avait dîné dans cette salle, alors remplie de Mangemorts. La table paraissait également moins imposante, avec un chemin de table ivoire au milieu, ainsi qu'un bouquet de lys blancs qui dégageait une odeur subtile mais non moins délicieuse.
Deux couverts étaient dressés, l'un en bout de table et l'autre à sa droite. Tandis qu'Hermione s'avançait lentement en direction de son siège, les Elfes vinrent apporter les différents mets et les posèrent sur la table, avant de retourner rapidement en cuisines et de laisser la jeune femme seule. Elle alla donc s'asseoir et sursauta légèrement lorsque les portes s'ouvrirent sur un Drago Malefoy étrangement cerné et bien plus pâle qu'à l'ordinaire. Il portait un pantalon noir à pinces, avec un fin pull anthracite dont le col remontait légèrement, et ses cheveux n'étaient pas plaqués sur son crâne. La lassitude qu'il affichait étonnait Hermione qui le dévisagea un long moment sans ciller.
Il vint prendre place silencieusement près d'elle, remontant les manches de son pull et dévoilant par ailleurs la peau diaphane de ses avant-bras finement musclés. Le regard noisette de l'ancienne Gryffondor se posa sur la marque des Ténèbres, et la grimace de dégout qu'elle afficha fit apparaitre un rictus arrogant sur les lèvres pâles de Drago.
- Il va falloir que tu t'y habitues, tu en es entourée, Granger.
Elle arqua un sourcil avant de remarquer ce dont il parlait. Légèrement rougissante, elle baissa la tête et se servit un morceau de tournedos ainsi que quelques pommes de terre accompagnée de petits pois au beurre.
- Comment ça se passe avec Theodore et Blaise ? demanda-t-il poliment en découpant sa viande.
Hermione avala de travers la bouchée qu'elle venait d'ingurgiter, aussi elle se tapa fortement la poitrine avant de boire de grosses gorgées d'eau. Malefoy eut la présence d'esprit de lui resservir un autre verre qu'elle avala aussi rapidement que son prédécesseur, avant de dévisager longuement le blond qui commençait à se sentir mal à l'aise d'être épié de la sorte.
- Es-tu sérieusement entrain d'avoir une conversation aussi banale que celle-ci avec moi ?
Elle croyait halluciner. Malefoy devait souffrir d'une sorte de schizophrénie ou de bipolarité malsaine quoiqu'il en soit, ses changements d'humeur commençaient réellement à lui donner le tournis.
- Disons que puisque toi et moi sommes contraints de passer notre vie ensemble, j'essaie de rendre la chose la moins pénible possible, lui indiqua-t-il avant de mâcher un ridicule morceau de viande. Donc, comment se passent tes journées ?
La brune se mordit nerveusement la lèvre, faisant rouler du bout de sa fourchette en argent quelques petits pois.
- C'est un rythme plutôt difficile à tenir, comme tu t'en doutes… Mais je m'accroche.
- Ils ont dû te le dire cependant…
Il sembla chercher ses mots.
- Les temps qui courent sont dangereux. D'autant plus lorsque l'on est une sorcière menue et sans défenses, acheva-t-il en la regardant droit dans les yeux.
Hermione se sentit gênée d'être observée de la sorte, presque nue sous son regard inquisiteur. Les orbes anthracite voyagèrent de ses yeux à ses cheveux broussailleux, avant de descendre sur le pull bien trop ample qu'elle portait, dont les manches retroussées engouffraient ses minuscules poignets.
- Les couleurs de Serpentard te vont plutôt bien, quel gâchis que tu sois allée chez les griffons, dit-il avec un air indéchiffrable.
- Faut croire que la case Sang-de-Bourbe faisait tâche dans le dossier d'admission pour cette maison.
Sa remarque avait claqué de manière bien plus cinglante que ce qu'elle aurait voulu, toutefois… Il lui était impossible de se contrôler parfois. Elle était perdue, confuse, et hébétée. Malefoy ne cessait de la prendre au dépourvu, d'effectuer des virages à cent quatre-vingt degrés. Une minute il la haïssait et la méprisait, et la minute suivante il se moquait gentiment d'elle et semblait soucieux de son bien-être.
C'était à n'y rien comprendre.
- Et Cepheus ? Que s'est-il passé après… l'incident ?
- La Russie lui manquait, répondit-il évasivement en buvant une gorgée de Whisky-Pur-Feu.
- Et tu ne bois jamais de l'eau ?
La main du blond avait stoppé sa progression, s'arrêtant à quelques millimètres du plateau de la table, et regardait la brune qui rougissait jusqu'aux oreilles. Tiens donc… Elle commençait à baisser sa garde pour lui parler de la sorte ?
- Je ne voudrais pas faire rouiller mon foie.
Prise de court, Hermione écarquilla les yeux avant de subitement lâcher un éclat de rire, le premier depuis un nombre incalculable d'années, qui raisonna tel un doux carillon aux oreilles du blond. Ce dernier, dans le but de cacher son trouble, engouffra un morceau de viande ainsi que quelques pommes de terre, et dut mâcher un bon moment tandis que la jeune femme s'essuyait discrètement les yeux.
- Drago Malefoy qui fait de l'humour ? Merlin, tout devient possible.
Il sourit discrètement, tandis qu'Hermione se rembrunit subitement. Merlin, était-elle folle de plaisanter ainsi avec lui ? Il ne fallait surtout pas qu'elle perde de vue les objectifs qu'elle s'était fixés, peu importe qu'il se montre gentil ou agréable. Mais peut-être que c'était justement ça, qu'il fallait ? Qu'elle se rapproche de lui, lentement, pour avoir les informations qu'elle souhaitait obtenir pour libérer Ron et Ginny… Si elle parvenait à gagner sa confiance, à l'amadouer, alors peut-être assurerait-elle ainsi la liberté de ses amis. Merlin c'était risqué, mais si elle y parvenait…
Elle continua de manger silencieusement, dévorant avec appétit deux morceaux de tournedos ainsi qu'une quantité astronomique d'accompagnement. Elle savait qu'elle avait l'air d'une sauvageonne affamée, cependant son corps compensait l'énergie qu'elle dépensait en se gavant de nourriture. Une fois le repas terminé, elle s'essuya délicatement la bouche et fut surprise de voir que l'assiette du blond n'avait pas diminuée d'un pouce.
- Si tu manges aussi peu, tu vas finir par tomber malade, lui fit-elle remarquer avec un air soucieux.
Drago sembla hésiter un instant sur la réponse à donner à la jeune femme puis haussa nonchalamment les épaules avant de poser ses couverts et d'appeler Wrinkle.
- Que désire le Maître ?
- Mrs Malefoy prendra un chocolat chaud pour le dessert.
- Bien Maître.
D'un claquement de doigt, l'Elfe fit disparaitre les mets de la table et Drago se leva lentement avant d'offrir sa main à une Hermione sceptique. Il sourit légèrement.
- Ce n'est pas parce que je n'étais pas présent que je ne suis pas au courant. Tu préfères la bibliothèque ou le salon pour ton chocolat ?
Elle esquissa un léger sourire en prenant la main qu'il lui offrait.
- Je préfèrerai la bibliothèque, je te remercie.
Cela paraissait étrange, presque surréaliste. Ils avançaient silencieusement l'un à côté de l'autre, gravissant les marches à l'unisson dans un silence paisible. Dire qu'il n'y avait que quelques semaines de ça, elle croupissait dans des cachots lugubres alors qu'à présent elle allait passer sa soirée devant un bon feu à siroter un chocolat avec probablement la plus dangereuse de l'Angleterre. C'était irréel.
Lorsqu'ils arrivèrent dans la bibliothèque, un feu crépitait chaleureusement dans l'âtre, le chocolat chaud était posé sur un guéridon près de la causeuse et un plaid impeccablement plié reposait sur l'accoudoir gauche du petit canapé. Elle constata avec effroi qu'une certaine habitude était d'ores et déjà prise. Elle était habituée à ce confort, à cette vie. Elle s'écœurait.
- Tu comptes prendre racine ?
Sursautant légèrement, elle constata que Drago était d'ores et déjà installé à l'autre bout du canapé, se serrant le plus possible contre l'accoudoir qui était opposé à celui qu'elle s'était appropriée. Il tenait entre ses longues mains ce livre mystérieux qu'elle avait aperçu le jour du mariage et qu'elle n'avait plus revu depuis. Interloquée, elle vint s'installer à sa place, ne prenant pas le livre qui reposait à côté de son chocolat, se contentant de dévisager Drago avec une intensité telle que le blond avait du mal à ne pas se sentir gêné.
Ce n'était pas pour rien qu'il avait souhaité prendre ses distances avec le manoir, et le prétexte de Cepheus était tombé à pic. Il s'était chargé de l'escorter personnellement en fin fond de la Russie, sous une pellicule de givre et de neige, là où ses contacts se chargeaient de garder son emprise sur l'Europe de l'Est. Il était trop proche de Granger, s'était sentit trop bien à être resté là cette nuit-là. Et pourtant… Chaque nuit il transplanait à nouveau à son domicile et s'introduisait à pas calfeutrés dans sa chambre enfin de pouvoir la regarder dormir. Les ecchymoses qui lui couvraient les bras et les jambes lui faisaient bien plus mal qu'à elle, les petites plaies de ses paumes à vif l'écorchaient tout autant.
Lorsqu'enfin il n'y tint plus, seulement six jours après son départ, il s'était tout simplement résolu à rentrer. De surcroît, il craignait qu'Arthur ne s'impatiente et ne vienne pendant son absence. Dès lors, Hermione aurait pu se tourner contre lui et cela lui était profondément intolérable.
- Quel est ce livre ?
Drago releva la tête et arqua un sourcil tandis que la jeune femme lui désignait d'un signe de tête le livre qui était posé sur ses genoux.
- Aurai-je réussi à savoir quelque chose que Miss-je-sais-tout ignore ?
Elle se rembrunit aussitôt.
- Oublie ce que j'ai dit, grommela-t-elle en ouvrant son livre.
Le rouge qui lui colora les joues arracha un sourire amusé au blond qui referma le livre et se tourna vers elle.
- La personnification magique. C'est ce dont le livre traite.
Interloquée, la jeune femme ferma aussitôt son ouvrage et se rapprocha d'un trait près du blond, qui se crispa automatiquement. Ignorant le trouble qu'elle lui causait, Hermione se pencha près de lui et essaya de déchiffrer les runes inscrites à la main, auxquelles elle ne comprenait strictement rien. Drago manqua de peu de sombrer dans les affres de la folie, alors qu'une délicate odeur de lavande vanillée émanait de la chevelure de la jeune femme. Toutefois, il parvint tant bien que mal à cacher son trouble en se raclant la gorge avant de reprendre :
- Certains disent que c'est Merlin lui-même qui aurait écrit ces ouvrages, d'autres disent que ce ne sont qu'un ramassis d'inepties.
- Et toi, qu'est-ce que tu en penses ? demanda-t-elle en relevant le visage vers lui.
- Je pense, Granger, que rien n'est impossible dans notre monde.
Elle esquissa un léger sourire avant de hocher subtilement la tête.
- As-tu essayé ? s'enquit-elle.
- J'ai réussi à déterminer la naissance de ma magie, mais je ne suis pas encore allé plus loin, répondit-il évasivement.
Il ne voulait certainement pas admettre qu'il n'y arrivait tout bonnement pas. Sa fierté le lui interdisait.
- Lire les livres d'Hazel Van Bringen t'aurait épargné un sacré nombre d'heures de travail, notre magie réside en notre plexus solaire.
Puis, voyant qu'il fronçait les sourcils, elle montra de son index son propre abdomen.
- C'est ici que naît et se régénère ta magie.
- Ce n'est pas ça mais… Où as-tu entendu parler d'Hazel Van Bringen ?
- Elle est très connue pour les recherches qu'elle a menées sur la magie sans baguette. Pour elle, une personne capable d'identifier son flux magique est une personne apte à le contrôler et à l'exploiter à pleine puissance, récita-t-elle studieusement. J'ai lu bon nombre de ses ouvrages à Poudlard.
- Je-sais-tout.
Elle le fusilla du regard, avant de sourire doucement voyant son air moqueur.
- Vois-tu, au moins, ça m'a servi à quelque chose de ne pas être allée me geler dans les gradins du stade de Quidditch, rétorqua-t-elle en se levant. Allez, mets-toi debout !
Drago fronça légèrement les sourcils, suspicieux.
- Je pourrais difficilement t'attaquer, Malefoy, j'ai l'impression qu'une semi-remorque m'est passée dessus.
- Une quoi ?
Elle poussa un petit soupir avant de secouer négativement la tête.
- Fais juste ce que je te demande, s'il te plait.
S'il te plait. Tandis qu'un frisson lui remontait le long de l'échine, Drago obéit. Debout face à elle, il se rendit compte à quel point elle était ridiculement petite et frêle. Bien qu'elle se soit quelque peu remplumée depuis sa sortie des cachots, elle n'en restait pas moins d'une nature maigre, trop peut-être. Si le cœur du blond s'était accéléré lorsqu'elle lui avait demandé de se mettre debout, il loupa quelques battements lorsqu'elle posa sa fine main sur son abdomen. Pile au niveau du diaphragme. Cette fois-ci cependant la chair de poule était apparente sur ses bras, arrachant une grimace à la jeune femme.
- Désolée que tu sois révulsé à l'idée que mon impureté te souille, mais c'est pour t'aider à visualiser correctement. Ne t'en fais pas, je ne devrais pas te toucher longtemps.
Elle avait parlé plus sèchement qu'elle ne l'avait voulu, cependant ses idéologies la révulsaient tout autant que son contact.
Si Drago avait songé à la corriger, il n'en fit rien, se contentant de savourer le contact frais de la main glacée de la jeune femme contre le tissu de son pull. Au lieu de se concentrer sur sa magie, il essayait tant bien que mal de calmer les battements frénétiques de son cœur sous peine qu'elle ne s'en aperçoive et comprenne le trouble qu'elle lui causait.
- Ferme les yeux, lui intima-t-elle, et concentre-toi sur ma main.
Il ne faisait que ça, par Merlin !
- Malefoy ? Ferme les yeux ! gronda-t-elle en fronçant les sourcils.
Il obtempéra, bon gré mal gré, et ferma les yeux. C'était encore pire les yeux fermés, car il pensait à tout sauf à sa magie à cet instant-là. C'était une erreur monumentale d'être revenu, il fallait qu'il parte le plus loin possible d'elle, qu'il la renvoie chez ses copains les Sangs de Bourbe, et que plus jamais leurs chemins se croisent.
C'est alors qu'il allait parler que l'impensable se produisit. Une douce chaleur qui n'avait rien à voir avec celle de la cheminée l'enveloppa dans un délicat cocoon protecteur. Il ouvrit brutalement les yeux, prenant garde à ne pas faire le moindre mouvement qui relâcherait la concentration de la jeune femme. Merlin… Elle était entourée d'un halo mordoré à la foi lumineux et chaleureux. Des volutes semblables à celles de fumée s'enroulaient autour d'eux, les frôlant légèrement, caressant ses bras nus, faisant dresser le duvet qu'il avait sur la nuque.
Prudemment, avec une crainte et une hésitation plus que palpable, il avança sa main et vint la poser contre l'abdomen de la jeune femme qui sursauta légèrement mais ne relâcha pas pour autant sa concentration. Drago sentit sa magie se dévoiler un peu plus, tandis que le halo s'agrandissait, formant un dôme protecteur autour d'eux. Des années qu'il essayait de la faire se manifester, ne serait-ce qu'un peu, et voilà que Granger arrivait tout bêtement et lui démontrait encore à quel point elle lui était supérieure.
Un ricanement sans joie lui échappa tandis qu'il se reculait brusquement, rompant leur contact physique. Et aussitôt, le halo disparut et les yeux d'Hermione reflétaient une certaine incompréhension.
- Il est tard, tu devrais aller te coucher.
- Mais…
- Demain nous allons au Ministère, annonça-t-il de but en blanc. Ce bon vieux Arthur veut voir ce que j'ai fait de toi, et j'ose espérer pour toi que tu sais quel comportement tu dois adopter pour le bien-être de tes amis.
- Je sais où est ma place, rétorqua-t-elle sèchement.
Il lui lança un regard glacial, chargé de mépris.
- Très bien, ça m'évitera de te le rappeler à l'avenir. Wrinkle !
L'elfe apparut aussitôt, et regarda avec un air légèrement surpris le chocolat maintenant froid, ainsi que ses deux maîtres qui paraissaient pour le moins tendus.
- Ramène donc Mrs Malefoy à nos appartements, ordonna-t-il, et veille à ce qu'elle s'endorme vite.
- Oui, Maître.
L'elfe passa sa main squelettique sur le bras de la brune.
- Et toi, où vas-tu dormir ?
Le rictus qui lui octroya lui glaça le sang.
- Ne t'en fais pas Granger, je n'ai certainement pas envie d'être souillé. Il y a bien assez de chambres dans ce Manoir pour ne pas que je m'impose ta présence.
Elle accusa difficilement le coup avant de se laisser emporter par Wrinkle, non sans avoir jeté un dernier regard empli de haine au blond qui balança rageusement le guéridon au travers de la pièce. Puis un autre, avant de s'emparer de sa baguette et de laisser libre cours à sa frustration, saccageant ainsi le sanctuaire de la petite brune.
- Hermione, si vous ne faites pas un effort, j'envisage sérieusement de me fâcher.
Hermione se sentit rougir.
- Excusez-moi, veuillez reprendre je vous prie.
Narcissa pinça les lèvres, mais recommença alors les gestes qu'elle avait exercés depuis une bonne heure maintenant. Elle prit la théière avec un geste théâtral, se servit une lampée de boisson chaude dans une délicate tasse en porcelaine, avant de reposer la théière et de porter la tasse à ses lèvres. Elle y trempa à peine le bout des lèvres puis la reposa, toujours avec des gestes d'une lenteur exagérée.
- N'est-ce pas un peu trop ? demanda posément Hermione. Arthur me connait, il sait que je ne suis pas… Ce genre de personne.
- Vous êtes supposée avoir été éduquée en parfaite future Lady Malefoy, pas en espèce de sauvageonne cloitrée dans des donjons, cingla Narcissa. Arthur Weasley est un traitre à son sang, mais il n'en connait pas moins nos coutumes ancestrales. Navrée que cela vous ennuie, très chère, mais l'étiquette doit être respectée.
Grimaçant, la brune hocha simplement la tête en guise de soumission, ignorant la fulgurante envie de meurtre qui l'avait assaillie.
- Parfait, maintenant c'est à vous. Effectuez ces gestes.
Hésitante, Hermione s'empara de la théière et répéta avec exactitude les gestes de Narcissa, qui lui fit un rictus narquois.
- Et bien voilà, ce n'était tout de même pas si compliqué ? Allez donc vous habiller, vous n'êtes pas en avance.
Hermione acquiesça, bien trop contente de pouvoir échapper à la corvée de parfaite petite Malefoy, et quitta précipitamment le petit salon. Elle gravit trois à trois les marches, manquant de peu de se rompre le cou au passage, avant de s'engouffrer telle une tornade dans ses appartements. Elle enfila une paire de collants noirs opaque, une robe en soie blanche et noire à motif cachemire, puis passa un gilet framboise en cachemire sur ses épaules. Elle retroussait alors les manches trop longues du gilet lorsque Drago pénétra dans la pièce sans s'être annoncé.
Elle se contenta de le fusiller du regard, tandis qu'il revêtait sa robe de sorcier, avant de passer ses petites bottines à ses pieds. C'était évidemment Narcissa, qui avait donné son aval pour cette tenue, ainsi que pour ses cheveux qu'elle portait parfaitement lisses et coiffés d'une demi-queue qui dégageait son visage. Elle sourit distraitement en repensant au temps que cela lui avait pris de lisser sa crinière, si bien qu'elle avait cru que la blonde allait finir par abandonner mais c'était mal connaître Narcissa Malefoy.
Elle se jeta un regard dans la psyché et l'image qu'elle y vit était plutôt flatteuse.
- Prête ? lui demanda Drago en arrivant derrière elle.
Elle les dévisagea dans le miroir, et remarqua qu'il portait son alliance. Cela lui fit une drôle de sensation aussi elle tritura nerveusement la sienne, avant de hocher la tête.
- Il n'y a aucune raison que ça se passe mal, lui fit-il remarquer alors qu'il attrapait son biceps. Tant que…
- Je sais, je reste à ma place, coupa-t-elle rapidement.
Il sourit narquoisement.
- Bonne fille.
Hermione était profondément déroutée. Hier soir, le repas et le début de la soirée lui avaient apparu plutôt agréables, avant que cela ne dégénère pour une raison qui lui échappait toujours. Elle ignorait ce qu'elle avait fait pour mettre le blond dans une telle rage, et bien qu'elle ait passé la nuit à ruminer les différents évènements, elle ignorait encore la raison de son énervement.
La désagréable sensation de transplanage lui vrilla le ventre si bien que lorsqu'ils pénétrèrent dans la cabine qui devait les conduire au Ministère, et elle se sentit nauséeuse. Sentiment qui s'accentua au fur et à mesure qu'elle avançait le long de l'atrium, bondé de monde à cette heure avancée de l'après-midi. Drago lui enserrait toujours le bras, et sa prise se renforçait à mesure qu'ils avançaient en direction de l'accueil pour déposer leurs baguettes. La secrétaire les regarda d'un air mauvais tout en pinçant ses lèvres fuchsia.
- Mr et Mrs Malefoy, lui indiqua Drago en lui donnant leurs baguettes.
- Je sais qui vous êtes, rétorqua-t-elle sèchement. Mon mari est mort sous la baguette de votre père.
- A la bonne heure, rétorqua-t-il avec un rictus.
Hermione lui donna un léger coup de coude dans les côtes, horrifiée par l'air satisfait qu'il arborait, avant de sentir une lourde main s'abattre sur sa fine épaule. Se retournant vivement, elle croisa le regard dur d'un homme qu'elle avait déjà entraperçu avec Harry et Ron, mais ne parvenait pas à se rappeler de son nom.
- Monsieur le Ministre vous attendait, leur indiqua-t-il.
- Gawain, salua Drago avec un signe de tête sec. Comment vont les affaires ?
- Très bien, Mr Malefoy.
Le rictus de Drago demeurait, purement provocateur, arrachant un regard noir à Gawain.
- Mr Robards ici présent est le chef des Aurors, dit Drago avec un air guilleret. Il remplace ce bon vieux Scrimgeour !
La main de Robards alla instinctivement à la poche de sa robe de sorcier tandis que Drago reculait prudemment, prêt à récupérer sa baguette au moindre mouvement brusque. Or Robards n'en fit aucun, se contentant de serrer les mâchoires et de tourner les talons.
- Veuillez me suivre. Monsieur le Ministre est très occupé et n'a guère le temps d'attendre.
Hermione ne se fit pas prier et resta sur les talons de l'Auror alors que le blond avait toutes les peines du monde à cacher sa mauvaise foi à les suivre. Une fois arrivés au premier niveau, celui de la Présidence, Hermione sentit son estomac se nouer de manière douloureuse et désagréable, ainsi que ses mains devenir moites. Drago se tenait tout près d'elle, si bien qu'elle sentait son souffle chaud sur le sommet de son crâne. Les lourdes portes s'ouvrirent lentement, avec un grincement sonore, et Hermione sentit ses yeux s'embuer de larmes lorsqu'elle vit la chevelure rousse d'Arthur Weasley.
En un instant, la main que Drago avait posée au creux de ses reins ne touchait plus que le vide. Son regard se durcit lorsqu'il se posa sur la brune, qui serrait maintenant étroitement le roux contre elle.
- Tu vas bien ? s'enquit Arthur en se reculant légèrement.
Elle hocha la tête à travers les larmes qui coulaient librement sur ses joues rougies par l'embarras. Quand Arthur daigna poser le regard sur le blond, qu'il gratifia d'un vague salut, il constata l'air courroucé du jeune Malefoy.
- Tu n'es pas obligé de rester Drago, tu peux tout à fait disposer le temps que je m'entretienne avec Hermione, lui fit remarquer Arthur.
Hermione le regardait avec des étoiles plein les yeux, avec un espoir et une joie que Drago lui avait autrefois connus à Poudlard, il y a si longtemps.
- Je reste.
Son ton ne laissait pas place à l'opposition, aussi Arthur leur désigna d'un geste de la main les fauteuils qui se trouvaient face à son bureau. Remarquant l'air glacial du blond, Hermione se morigéna mentalement. Il fallait à tout prix qu'elle se contienne, sinon Ginny et Ron en paieraient les conséquences, et c'était inacceptable.
- Du thé ? proposa Arthur.
Elle hocha la tête avec grâce, se répétant chaque mouvement qu'elle devait effectuer pour respecter les traditions des Sangs-Pur. Cependant, Arthur n'était pas dupe. Hermione était trop soignée, trop apprêtée. Quelque chose clochait.
- Alors, que nous vaut cette invitation ? demanda abruptement Drago qui n'avait pas touché à son thé.
- J'ai été surpris en découvrant la nouvelle de vos fiançailles. Encore plus par le peu de laps de temps qui s'est écoulé entre l'annonce et la cérémonie.
Il posa un regard accusateur sur Drago qui ne se démonta pas et continua à feindre l'innocence avec une perfection déconcertante.
- Nous étions pressés. Avec les temps qui courent et les menaces qui pèsent sur l'équilibre de notre monde, nous souhaitons profiter pleinement de nos instants ensemble. En tant que mari et femme.
Robards pouffa avec dédain.
- Bien-sûr, et quelles menaces ! On ignore tout à fait d'où elles proviennent, n'est-ce pas ?
- Serait-ce une menace ou une accusation calomnieuse ?
Sa voix s'était faite glaciale, alors que la pièce semblait saturer d'ondes conflictuelles. Drago suintait la magie noire, et l'air menaçant qu'il affichait était on ne peut plus équivoque.
- Ni l'un, ni l'autre, répondit Arthur. Robards, veuillez quitter cette pièce, je vous appellerai s'il y a un quelconque souci.
- Mais monsieur…
- Merci, Robards.
Défait, l'Auror secoua la tête et quitta le bureau, non sans un dernier regard chargé de haine à l'encontre du blond qui affichait un air impassible.
- Navré pour son tempérament, s'excusa poliment Arthur. Je disais donc être surpris de par votre choix.
- Je ne me suis pas présenté ici pour que vous discutiez mes choix, rétorqua froidement Drago. Je n'ai besoin d'aucun aval pour quoique ce soit.
- Évidemment. Or ce ne sont pas vos choix à vous, Drago, dont je parle, mais bel et bien des vôtres, à tous les deux. Car il est très clair que c'est une décision commune et murement réfléchie ? insista-t-il en regardant Hermione.
Cette dernière, surprise, hocha vigoureusement la tête. Trop rapidement, pour ne pas continuer d'éveiller les soupçons d'Arthur. Il dévisagea tour à tour Hermione, puis Drago, avant de reporter son attention sur ses mains jointes.
- Ce serait bien à l'occasion que tu viennes nous rendre visite au Terrier, lui suggéra Arthur. Cela te changerait, et puis… Quatre ans c'est particulièrement long. Molly serait ravie de te revoir.
La mâchoire de Drago tressauta légèrement.
- Hermione a un emploi du temps chargé. L'entretien et la maintenance du domaine dépendent d'elle, et dorénavant elle a des occupations qu'elle n'avait pas il y a quatre ans.
- Bien-sûr. A courir le monde pour gagner une guerre que vous et vos pairs ont lancée, rétorqua vivement Arthur.
Il s'en voulut aussitôt et pinça les lèvres. Braquer Drago Malefoy n'était certainement pas l'idée la plus judicieuse qu'il pouvait avoir et à en voir son air meurtrier, il sut qu'il était allé trop loin. Le blond aurait simplement pu le tuer dans cette pièce, bien qu'il soit désarmé. Il l'avait fait surveiller depuis assez longtemps pour savoir qu'il était l'un des meilleurs sorciers et duellistes de sa génération. Voir peut-être même des générations précédentes. Si ce qu'il supposait était vrai, et qu'Hermione avait été prisonnière puis faisait à présent office de couverture, elle ne lui serait d'aucune aide si un combat devait s'engager. Il décida alors de changer drastiquement de méthode :
- Je suis désolé, je n'aurai pas dû dire cela. Vous n'êtes évidemment pas responsable des actes de vos parents.
Il continuait de le fusiller du regard, pendant qu'Hermione se tortillait nerveusement sur son fauteuil. Merlin que ça l'énervait de jouer le rôle de la potiche soumise, maudites traditions Sangs-Purs !
- Il se fait tard, éluda Drago. Nous vous remercions pour votre intérêt, mais Hermione et moi sommes parfaitement heureux tels que nous vivons.
Le blond se leva et s'empara de la main d'Hermione qu'il tira légèrement pour la faire se lever, avant de commencer à l'entrainer à sa suite, or Arthur se leva à son tour.
- D'ici deux semaines, une réception aura lieu en l'honneur de mon anniversaire. Je serai ravi que vous vous joigniez à nous, proposa-t-il.
- Ce sera avec plaisir ! s'empressa de répondre Hermione. Nous serons ravis, n'est-ce pas, Drago ?
La pression qu'il exerçait sur sa main se resserra alors qu'il l'entendait dire son prénom. Elle interpréta sa réaction comme une mauvaise chose, et s'empressa d'ouvrir sa bouche pour se corriger lorsqu'il la devança :
- Nous viendrons, dit-il d'une voix maîtrisée.
- Permettez-moi de vous raccompagner à l'accueil.
Arthur ne leur laissa pas le temps de s'y opposer et leur emboîta le pas. Drago entraînait Hermione et gardait fermement sa main dans celle de la jeune femme, qui peinait à suivre la cadence qu'il leur imposait. Alors qu'ils arrivaient aux abords de l'accueil afin de récupérer leurs baguettes, Drago se fit héler par une figure trop familière.
- Mr Greengrass, salua-t-il.
Il s'arrêta subitement fusillant du regard Hermione quand elle le percuta de plein fouet, ne s'attendant pas à ce qu'il s'arrête aussi abruptement.
- Charles, voici ma femme Hermione. Hermione, voici Charles Greengrass. Nous étions avec sa fille Daphné à Poudlard.
- Bien-sûr, répondit-elle en souriant poliment. C'est un honneur de faire votre connaissance.
- L'honneur est partagé.
Charles Greengrass avait une carrure assez imposante, ainsi que des cheveux sombres aux reflets grisonnants. Il possédait des traits fins et harmonieux dont Astoria et Daphné avaient hérité, ainsi qu'une certaine bienveillance dans le regard.
- Vous permettez que je vous emprunte votre mari quelques instants ? J'ai à l'entretenir d'affaires privées.
- Je vous en prie.
Elle recula de deux pas, et aussitôt, Drago la perdit de vue dans l'Atrium.
Hermione profita de ce court instant pour scruter frénétiquement la foule afin de distinguer la silhouette d'Arthur. Après quelques secondes qui lui parurent interminables, elle l'aperçut enfin et se rua littéralement sur lui, le cœur battant à tout rompre.
- Je ne suis pas une traitresse, je vous jure que jamais je ne vous ai pas trahis ! J'ai été retenue prisonnière pendant quatre ans et je vous promets devant Merlin que jamais je ne vous ai tourné le dos et…
- Calme-toi Hermione, tempéra Arthur en la saisissant par les épaules. Il te torture ?
Elle secoua négativement la tête, complètement paniquée à l'idée que Drago s'aperçoive de ce qu'elle faisait.
- Je suis bien traitée, le rassura-t-elle. Je vais chercher un moyen de retrouver Ron et Ginny, j'ai presque la certitude qu'ils ne sont pas au manoir Malefoy. Je vais les retrouver.
Arthur sourit légèrement, avec émoi.
- Je le savais. J'ai toujours su que tu ne pouvais pas faire une chose pareille… Tu vas réussir à retourner vivre là-bas ?
- Il le faut, dit-elle fermement. Il m'a rendu ma baguette et je reçois un entrainement afin de me préparer à une éventuelle bataille.
- Donc tu confirmes qu'il est à la tête des Mangemorts maintenant ?
Hermione ne répondit pas, semblant chercher ses mots. Drago n'avait pas été mauvais avec elle. Seulement avec la parole, et avec l'emprisonnement mais… Au fond d'elle, elle savait qu'il pouvait encore être sauvé. Elle se racla la gorge, et pria de toutes ses forces Merlin pour qu'on lui pardonne ce qu'elle répondit :
- Je ne déments ni ne confirme absolument rien. Je vais trouver un moyen de vous ramener vos enfants, et je vous en fais le serment solennel.
- Et toi… ?
- Je vais bien, en ces circonstances… Préoccupez-vous de affaires politiques, je gère ce que je peux de mon côté.
Elle l'embrassa rapidement sur la joue, comme une fille l'aurait fait à son père, avant de tourner rapidement les talons et de ravaler ses larmes. Elle se posa près d'une grande statue de l'Atrium et croisa les bras sur la poitrine, tout en résistant tant bien que mal à l'envie de s'échapper.
A peine quelques minutes plus tard, Drago réapparut rapidement face à elle, l'air visiblement tendu. Lorsqu'il la vit attendant patiemment, il sentit le poids de l'inquiétude se lever de ses épaules. Il était soulagé qu'elle n'ait pas fui, bien qu'elle en ait eu l'occasion.
- Qu'est-ce qu'il te voulait ? demanda-t-elle alors que sa curiosité était piquée à vif.
- S'entretenir au sujet d'importantes affaires.
Il lui attrapa de nouveau la main et la dirigea en direction du bureau de la mégère pour récupérer leurs baguettes. Cette dernière leur jeta un regard mauvais avant de leur donner à contrecœur. Une fois celles-ci récupérées, ils prirent le chemin inverse et sortirent par la cabine pour se retrouver au cœur du Londres Moldu. Il ne pleuvait pas, mais l'air était chargé d'humidité et l'asphalte était encore mouillé des précédentes averses. Les nuages s'amoncelaient au-dessus de leurs têtes, et Hermione se rapprocha rapidement du blond, attendant qu'il ne daigne transplaner.
- T'a-t-il parlé d'Astoria ?
Il répondit par la négative.
- C'était de Daphné dont il s'agissait.
Hermione fronça les sourcils d'incompréhension.
- Daphné ?
Drago opina.
- Est-elle souffrante ? s'inquiéta-t-elle.
- Non, mais Charles souhaite unir sa famille à la mienne d'une façon ou d'une autre. Il souhaite qu'un lien nous unisse.
- Tu comptes l'épouser ?
Il poussa un léger ricanement avant d'enfoncer les poings dans les poches de son pantalon.
- Je crains, Granger, que les choses soient un peu plus compliquées que ça. Tu ne te débarrasseras pas aussi facilement de moi.
- Ce n'est pas dans mon intention, répondit-elle avec franchise.
Il lui lança un regard peu convaincu, avant de hausser légèrement les épaules et de lever le regard vers le ciel.
- Si elle épouse un de mes partisans, les Greengrass rejoignent mes rangs.
- Et as-tu une idée d'avec qui tu pourrais jouer les entremetteurs ? lança-t-elle avec un sourcil arqué.
- Zabini.
Hermione faillit s'étouffer avec sa salive.
- C'est une blague ? Blaise Zabini et Daphné Greengrass ? Ils ne pouvaient pas rester dans la même pièce sans que cela ne fasse des étincelles ! Ils ne se supportent pas !
- Je t'assure qu'ils n'auront pas le choix, lui affirma Drago.
Il lui attrapa aussitôt le bras, comme il l'avait fait au manoir, et l'entraina avec lui sur les pavés londoniens.
- Il habite à deux pas d'ici, ce ne sera pas long. Et il sera enchanté de te voir étant donné que tu ne t'es pas entrainée aujourd'hui, ajouta-t-il avec un sourire moqueur.
Que Merlin l'achève, elle avait eu sa dose d'émotions pour la journée et ne voulait certainement pas aller en remettre une couche chez Blaise Whiskey Zabini.
- Comment allait-elle aujourd'hui ? s'enquit Arthur en se versant une tasse de café.
Fleur pinça légèrement les lèvres en lissant distraitement ses mèches platine.
- Les psychomages sont peu confiant, souffla-t-elle en baissant la tête. Ils craignent que la dépression ne soit déjà trop avancée et qu'elle ne sombre dans la démence. Elle a de moins en moins de moments de lucidité.
Arthur prit appui sur le plan de travail bancal, luttant contre la fatigue et la lassitude qui lui pesaient de plus en plus. Un étrange silence régnait au Terrier, et même la goule semblait s'être décidée à maintenir ce morne calme.
- Comment s'est passé la rencontre avec Hermione ? A-t-elle expliqué ce qui s'était passé ?
Soupirant, il se retourna afin de faire face à sa belle-fille.
- Elle demeure de notre côté. J'ignore pour quelle raison elle décide de couvrir ce rat d'égout de Malefoy, mais elle sait ce qu'elle fait… Du moins je l'espère.
Fleur se leva et alla lui serrer doucement mais fermement la main en guise d'encouragement.
- Hermione aime Ron et elle considère Ginny comme sa propre sœur. Elle les trouvera, et les ramènera.
Arthur hocha doucement la tête, alors qu'à l'étage on entendit des pas sur le vieux parquet. Fleur lui fit un sourire et alla s'emparer des fioles de potions qui se trouvaient dans le placard de la cuisine.
- J'y vais, lui indiqua-t-elle, reposez-vous.
Il lui offrit un faible sourire peu convainquant avant d'aller s'affaler sur l'une des chaises de la cuisine. Il se pinça l'arête du nez et baissa les épaules. La lassitude l'écrasait, l'oppressait. Les babillages dépourvus de sens de sa femme lui parvenaient de l'étage, lui arrachant un sanglot étouffé. Depuis quatre ans, il luttait bec et ongle pour garder à flot un navire voué à couler, essayait de retrouver celle qu'il considérait comme sa seconde fille, et de sauver le peu de sanité qu'il restait chez Molly. Avec la disparation de ses deux cadets, un poids supplémentaire s'était ajouté à ses épaules déjà fragiles.
Pour la première fois en quatre ans, depuis le décès de Fred, Arthur Weasley craqua et fondit en larmes.
Réponses aux reviews anonymes :
Mathilde : Merci pour cette gentille review, j'espère que cette suite est à la hauteur de tes espérances !
Nadra : Merci !
Berenice : Ravie de te savoir toujours là, j'espère que ça t'a plu également !
Oui, oui, deux chapitres à une semaine d'intervalle, vous ne revez pas. Remerciez mon fils, qui s'est montré adorable, et mon inspiration, qui ne m'a pas infligée le syndrome de la page blanche haha !
Bref, quoiqu'il en soit ce chapitre montre une avancée dans la relation Drago-Hermione. Par intéret pour cette dernière, certes, mais ça avance quand même. On y apprend également la raison du comportement étrange de Molly, qui n'est pas au bout de ses peines !
Je ne sais pas quand la suite sera en ligne, elle est quoiqu'il en soit en court d'écriture, donc n'ayez crainte, ça viendra ;)
Malgré un nombre de vue conséquents, ainsi que des favs/follows qui ont inondé ma boite mail, j'ai constaté une sérieuse baisse dans vos reviews. N'oubliez pas que tout avis, ou toute critique constructive, s'avère vivement apprécié. Merci pour votre soutien, je vous aime très fort,
Sierra.
