Chapitre 2 : Vaincre le trou noir.

« ...Et donc il va falloir rester 2 jours ici, en comptant cette après-midi, nous pourront partir après-demain vers 13h. »

Nami-san termina son récit sur ses découvertes faites au village alors que je venais de poser le dernier plat au centre de la table du Merry. Avoir préparé ce festin à bases de poissons inconnus m'avait permis de me concentrer sur autre chose et d'oublier temporairement les évènements de la journée.

« Dans ce cas, j'irais bien jeter un coup d'œil à ce fameux village demain. Entreprit Ussop d'un ton joyeux. J'ai besoin de poudre à canon.

- Évidement, tu as tout dépensé inutilement cette après-midi. Je te préviens, l'argent sera prélevé sur ton propre compte. Répondit la navigatrice d'un ton sec.

- Heiiiin ? Namiiiii...

- Ussop n'est pas le seul fautif. Commença le médecin pour tenter de le défendre.

- Il a raison ! Rajouta Luffy s'étant à moitié levé, appuyé sur la table. En automne, il faut une pluie de feuilles mortes ! »

L'argument du capitaine paru inapproprié et sans valeur aux yeux de ma magnifique mellorine qui commença à perdre patience.

« C'est vrai que c'était joli. Ajouta l'archéologue d'un ton neutre tout en mangeant un morceau de poisson.

- Robiiiin... Lança Nami-swan, se sentant visiblement seule. ...Bon, ok pour cette fois Ussop, mais tu n'as pas intérêt à reproduire une idiotie du genre !

- Ou.. oui ! »

J'aurais pu défendre ma sirène des îles comme à mon habitude mais je n'étais pas vraiment d'humeur ce soir.
Le repas était animé et bruyant, ce qui me permis de ne pas m'enfermer dans le silence de mon esprit comme cette après-midi. Je passai mon temps à reremplir les plats et à refaire des jus de fruits faisant continuellement des allers et venues de la table à la cuisine.
Ce n'est qu'une fois tout le monde repu et les plats vides que je réalisai que je n'avais pas encore mangé. Mes compagnons quittèrent un à un la cuisine pour retourner vaquer à leurs occupations tandis que je commençais la vaisselle.

Ce n'est pas grave, je n'ai pas très faim de toute façon. Il ne restait plus que cet abrutit de tête d'algue en train de siroter son sake comme un gamin qui venait d'apprendre à boire. Je ne sais pas pour quelle raison il prenait autant de temps aujourd'hui. J'ai du mal à me l'avouer mais ça me soulageait. Tant que je ne restais pas seul, le trou noir dans mon esprit ne réapparaissait pas.

« Alors ça y est, t'as plus le feu au cul et tu tiens en place maintenant ? » Lança le marimo sans me regarder.

J'en reviens pas, cet idiot n'a pas pipé un mot de tout le repas et maintenant on dirait limite...qu'il s'inquiète pour moi. Enfin, je dis ça étant habitué à discerner ses véritables intentions sous ses perpétuelles insultes.

« Rah, commence pas tête de gazon, je suis pas d'humeur. Tentai-je pour couper court à la conversation.

- Hmm... »

On aurait presque dit qu'il réfléchissait. Incroyable. Brusquement, il se leva et partit en direction de la porte, sa bouteille à la main. Il était bien placé pour me faire des remarques ce dégénéré de la cervelle, mais il n'était pas moins étrange que moi ce soir. En temps normal, il serait partit en premier pour aller boire son sake sur le pont du bateau.

Lorsqu'il posa sa main sur la poignée mon cœur se serra une fraction de seconde. C'était quoi ça merde ?! Je me giflai mentalement. C'est à ce moment précis que je compris que j'avais peur d'être seul.

« Ça va pas Ero-cook ? Tu viens de comprendre que t'étais un bon à rien ?

- C'est quoi ces répliques à deux balles ?! Tu pourrais faire un effort. » M'emportai-je, énervé qu'il ait remarqué mon état.

Zoro haussa les épaules, lâchant probablement l'envie de savoir ce qui n'allait pas, ce qui lui ressemblait déjà plus, et sortit de la pièce. C'est quoi son problème ?! S'inquiéter puis ne même pas répondre à mes provocations. J'étais tellement énervé que je ne remarqua même pas avoir fait l'entièreté de la vaisselle seul. Une fois terminée je sortis de la cuisine, traversai les paquets de feuilles encore présents sur le bateau et allai directement dans la chambre. La nuit venait à peine de tomber mais je me sentais déjà à bout.

Depuis le hamac qui me servait de lit, j'entendais le reste de l'équipage courir et rire aux éclats au-dessus de moi. Qu'est-ce qu'ils font encore ? Une fête ? Après tout je m'en fous, il était temps de réfléchir sérieusement à la situation. Avoir le dortoir entièrement vide pour sois est assez rare sur ce bateau, j'allais donc en profiter.

J'avais donc mangé un fruit du démon de manière non-intentionnelle et cela impliquait pas mal de répercutions. Tout d'abord, je ne pouvais plus nager.
Le trou noir commença à réapparaître dans mon esprit. Je me concentrai pour le chasser, il fallait que je me ressaisisse.
Ok, je ne pouvais plus nager, et alors ? Il me restait la terre ferme. Soyons optimiste. Luffy et les autres le vivaient parfaitement bien après tout.
C'est alors qu'All Blue refit apparition dans mon esprit, avec tous ses poissons des quatre coins du monde réunis devant moi dans une eau turquoise. Une chose était sûre, je ne pourrai plus nager parmi eux. Rah merde, j'avais dit de rester optimiste !

Est-ce que je devais le dire aux autres ? Je n'arrivais pas à m'y résoudre, pas pour le moment en tout cas. J'aurais l'impression de perdre ma dignité. Et comment je leur annoncerais ?

« Haha vous allez rire les gars mais... j'ai mangé un fruit du démon sans le vouloir, et maintenant je ne peux plus nager. En plus, je n'ai aucune idée de mon pouvoir. » Dis-je pour tester en prenant une voix terriblement ridicule.

Un craquement retentit au-dessus de moi me faisant sursauter. Je me pétrifiai et tendis l'oreille. Un autre craquement se fit entendre un peu plus loin. C'était sûrement un de ces abrutits qui venait de passer au-dessus de moi sur le pont. Heureusement personne ne m'avait entendu. Je me détendis puis je réalisai.

Mais oui, j'ai un pouvoir, et je ne sais pas ce que c'est ! J'étais totalement focalisé sur l'idée d'avoir perdu une capacité que j'en avais oublié en avoir gagné une. Qu'est-ce que ça pouvait bien être ? Et comment faire pour le savoir ? L'espace d'un instant je m'imaginai invisible, pouvant aller où je veux sans que personne ne le sache. Un sourire s'afficha sur mon visage tandis qu'une goutte de sang se mis à couler de mon nez. J'étais tellement parti dans mes fausses illusions que je ne vis pas le sommeil s'emparer de moi.


Le lendemain, je partis dans la matinée après le petit-déjeuner. Ussop, Luffy et Chopper, les trois à ne pas encore avoir vu le village faisaient la route avec moi. Une idée lumineuse m'avait traversé l'esprit alors que je m'extirpais de mon lit à l'aube. Les vendeuses devaient sûrement pouvoir m'en dire plus sur ce fruit. Au fond de moi, je craignais de rencontrer la magnifique jeune femme, je ne tenais pas à encore perdre mes idées claires.

Au loin, en dehors du sentier, Luffy marchait selon son propre chemin, probablement à la recherche d'un peu d'aventure dans cette forêt. Je n'y prêtais pas plus attention que ça jusqu'à ce que je l'entendis entamer une conversation. Les deux autres, aussi perplexes que moi, partirent à sa rencontre. Je préférai attendre là où j'étais, admirant les reflets du soleil sur le lac. Cette île était vraiment magnifique, dommage que mon séjour y ait été gâché.
Soudainement une voix familière me parvint. Je fis volteface en direction du petit groupe.

C'était bien elle, toujours aussi magnifique et angélique dans sa robe blanche, telle une princesse ramassant des fruits. Je commençais déjà mon avancée vers elle quand je me ressaisis. Non, c'était ma chance !

Cette faiblesse m'aura déjà assez perdu. Je me mis à courir en direction du village. Si la jeune fille était partie faire sa cueillette, la voie était libre pour parler à cette satanée vieille femme. J'arrivai rapidement sur les chemins pavés de l'allée centrale.
Espérons que Luffy et les autres la retiendraient suffisamment longtemps. Mais comment j'avais fait pour en arriver là ? Au point de fuir les jolies femmes pour ne plus me faire duper. Ça en devenait lamentable. Il s'agit clairement de ma plus grosse faiblesse si j'omets que maintenant l'eau de mer en fait également partie.

Me frayant un chemin parmi la foule, je reconnu la maison du stand de fruit au loin. Il n'y avait pas de marché aujourd'hui mais les rues étaient toujours aussi animées. Une fois devant, je frappai violemment à la porte et j'attendis. Heureusement, celle-ci s'ouvra rapidement. La vendeuse affichait toujours son grand sourire, comme s'il avait été peint sur son visage et qu'elle ne pouvait l'enlever.

« Comment puis-je vous aider jeune homme ?

- Te fous pas de ma gueule la vieille, tu sais très bien pourquoi je suis là ! » M'emportais-je.

Je me trouva assez impoli envers cette vieille dame mais la colère avait pris le dessus. Cette dernière n'avait toujours pas bougé d'un pouce. Son visage était en pierre ou quoi ? Elle n'avait visiblement pas l'intention de m'inviter à entrer mais ce n'était pas plus mal, je ne voulais pas m'attarder.

« Si vous parlez des fruits que je vous ai vendus, je suis persuadée qu'ils vous seront très utiles. Répondit-elle calmement.

- Utiles ? Depuis quand le but d'un fruit est d'être utile ?! M'exclamai-je hors de moi. Si j'avais voulu un pouvoir je ne serais pas venu vous voir vous ! »

Non mais j'y crois pas, depuis quand c'est à une vieille dame inconnue de décider du reste de ta vie ? D'accord, je fus assez négligeant pour ne pas l'avoir remarqué, mais tout le monde n'est pas expert en fruits. Combien de personnes avait-elle arnaquées avant moi ?

La vieille était restée silencieuse. Je ne sais pas si elle attendait simplement que je m'en aille ou si c'était pour se foutre encore plus de moi.

« Tenez-vous à quelqu'un de particulier sur cette île ? Reprit-elle enfin.

- C'est quoi cette question ?! »

Elle commençait à vraiment m'énerver à se mêler autant de la vie des autres. Elle avait de la chance d'être une femme, et vieille qui plus est, sinon je lui aurais déjà mis mon pied dans la face.

« Vous devriez vous dépêchez d'aller le rejoindre dans ce cas. Continua-t-elle.

- Hein qu... »

Je m'interrompis entendant Luffy crier depuis le bout de la rue, visiblement toujours aussi excité en territoire inexploré. Les deux autres ainsi que la jeune femme étaient avec lui.

« Sanjiiiiii ! Qu'est-ce que tu fais là ?! » Hurla mon idiot de capitaine pour tout le village.

Et merde. Je devais faire vite. Je me retournai vers la vendeuse mais celle-ci fermait déjà sa porte, ayant visiblement décidé que la conversation était finie.

« Je vous aurai averti. » Ajouta-t-elle avant de claquer la porte.

Luffy se mit à courir vers moi emportant les 3 autres avec l'élasticité de ses bras. Et merde ! Cette satanée vieille mégère allait me le payer. J'avais encore plein de questions à lui poser mais je n'avais plus le temps de fracasser sa porte. Je n'avais même pas eu le temps d'en savoir plus sur l'origine de mon fruit. Apparemment, il avait un lien avec l'un de mes nakamas. Quelqu'un de « particulier »... Qu'avait-elle voulu dire ?

« Sanjiiiii ! »

Mon sang se glaça. Oh non. Je me mis à courir dans le sens opposé d'où se trouvait les autres pour les éviter. Une fois hors de leur portée je sortis du village et je traversai la forêt. Je glissai à plusieurs reprises sur le chemin en bois mais me rattrapai de manière acrobatique. J'avais un très mauvais pressentiment. Le soleil était haut dans le ciel, caché derrière les feuilles rougeoyantes, ce qui illuminait la forêt d'une teinte écarlate. Le bateau n'était plus très loin, j'en apercevais déjà la forme derrière les troncs d'arbres. Cette vieille avait l'air de connaitre l'origine de mon pouvoir et m'avait mis en garde. Qu'est-ce que ça pouvait bien être ?

J'arrivai devant le bateau et sautai sur la rambarde. Mes pieds à peines posés et mon équilibre stabilisé, un tableau effroyable s'offrit à moi. Mon mauvais pressentiment se confirma.

« Je te préviens shitty-cook, je ne sais pas ce qui te prends, mais tu vas arrêter tes conneries immédiatement sinon je te tranche la gorge sur le champ. » Prononça Zoro en détachant chaque syllabes, sur un ton glacial.

Face à moi, le marimo, un regard terrifiant et noir de colère, pointait un de ses sables contre la gorge de... moi ? C'est quoi ce bordel ? Un homme à mon effigie était accroupi par terre et fixait le sabreur qui voulait sa mort d'un air léger et innocent, le sourire aux lèvres.


Fin du chapitre 2~