Note d'auteur.

Salut ! Je reviens avec une nouvelle partie pour cette fiction, j'espère qu'elle vous plaira ! Je suis en train de faire un petit plan de mon côté, histoire d'être un peu plus organisée pour que ça soit plus long. J'espère vous offrir la suite dans pas longtemps =)

Je vous embrasse les coco


4 | and let's enjoy the ride


Kaito est une véritable catastrophe dans tout ce qui concerne la cuisine, Shinichi a vite fait de s'en rendre compte. En ce qui le concerne, il doit bien avouer qu'il n'est pas forcément plus doué. Ils ont donc passé des jours à ne rien faire, les fesses posées dans le canapé, à commander à domicile dès que la faim les sortait de leur zone de confort.

Donc, quand Ran avise toutes les boites en carton et les sachets en papier qui traînent à côté de la poubelle, elle ne se gêne pas pour se retourner et lui lancer un regard significatif.

– Est-ce qu'au moins tu as mangé ce que je t'avais laissé dans ton frigo ?

– J'ai mangé la soupe...

Techniquement, ça n'avait même pas été son intention. Mais pour lui avouer cela, il faut qu'il parle du reste. Et Shinichi n'a pas envie.

Il n'a pas envie de parler de son état à Ran. De lui dire que ça y est, la phase qu'ils redoutaient tous tant à commencé, et qu'il ne s'en est sorti que grâce au Kaitou KID qui est un soir rentré par sa fenêtre. Étrangement, il veut garder ça pour lui. Après tout, aujourd'hui il se sent bien.

– Tu sais, t'es pas ma mère. T'es pas obligé de faire tout ça.

Elle lui en veut, et à la fois elle s'occupe de lui comme s'il était encore Conan. Parfois, il a l'impression que son image ne changera plus : il est resté ainsi trop longtemps, et sa meilleure amie ne voit en lui qu'un gamin un peu trop intelligent.

Ran lui rend son regard, puis déniche quelques ingrédients au fond d'un placard comme s'il ne venait pas de prendre la parole.

– Il fait vraiment trop chaud dans ce manoir, dit-elle à la place. Quand est-ce que la société doit venir réparer la clim ?

Il s'assoit sur le bar de la cuisine d'un petit saut, et pose son menton dans la paume de sa main. Elle est en train de lui préparer à manger, comme s'il n'avait pas passé la matinée à manger de la glace.

– Aucune idée. Il faut que je les rappelle.

Il avait eu dans l'idée de le faire pendant son départ, mais ne pas pouvoir bouger de son lit lui a fait tout oublier. Et l'arrivée d'un certain voleur gentleman également, s'il veut être honnête.

Il essaye réellement de ne pas y penser, parce qu'il n'y a aucune conclusion qui peut-être tirée de ses actions ; le Kaitou KID agissait comme il l'entendait, comme toujours. Un peu d'organisation, et beaucoup d'improvisation, c'est comme ça qu'il s'y prend.

Shinichi soupire.

– Tu fais ce que tu veux, tu sais ? Lui dit soudain Ran. Je ne veux pas avoir l'air de me mêler de ce qui ne me regarde pas, mais... le Kaitou KID est quand même un voleur. Un criminel. Tu ne devrais pas –

– L'inviter chez moi ? Regarder la télé avec lui ? Manger de la glace ? Ne t'inquiète pas, va. Je sais ce que je fais.

En vérité, il n'en a aucune idée. Shinichi essaye de réfléchir ; que peut-il bien faire, après être resté aussi longtemps loin du monde ?

Pas de diplôme pour le lycée, pas de travail stable ; même pas une santé acceptable. L'organisation des hommes en noir avait été démantelée, pourtant Shinichi ne se sent pas vraiment mieux. Pire, il a presque l'impression d'être inutile à présent.

Ran le fixe sans rien dire, une petite moue sur le visage. Elle a coupé ses cheveux, et il ne doute pas que Sonoko a du bien l'engueuler pour cette décision. Lui trouve que ça lui va bien.

– Fais comme tu veux. Mais moi, je ne le sens pas : il s'est retiré, non ? Pourquoi est-ce qu'il vient te chercher alors ?

Shinichi aurait bien aimé qu'on le lui dise, justement.

Kaitou KID. Kaito. Le mec qui est entré par sa fenêtre comme s'il n'y a rien de plus banal. Celui qui l'a trouvé malade comme un chien, s'étouffant dans ses propres draps. Celui qui s'est occupé de lui jusqu'à ce qu'il se réveille. Celui avec qui il avait regardé plus de deux saisons de Détective Samonji, affalé dans son canapé tandis que sa fièvre baissait peu à peu.

Celui qui était parti sans protester quand Ran était arrivée.

– Je ne sais pas, répond-il à la place. Peut-être juste qu'il s'ennuie.

C'est sans doute ça, Shinichi le sait, il n'est pas bête. Le Kaitou KID avait été une part de sa vie lorsqu'il était encore Conan, et sans doute avait-il été une part de la sienne, en y réfléchissant bien. Ce n'était pas si étonnant.

Il était venu parce que son « petit détective » avec qui il avait essayé de devenir ami lui manquait.

Sauf que Shinichi n'était pas Conan.


– T'es pas obligée de rester avec moi, tu sais ?

– T'essayes de me mettre à la porte ?

Ran bouge son fou pour l'approcher de l'un de ses pions, mais Shinichi la voit venir ; il place sa dame entre eux, un léger sourire aux lèvres.

– Je me sens mieux, et je veux pas que tu te sentes obligée, c'est tout.

Il adore Ran, ce n'est un secret pour personne. Même si elle a un très mauvais caractère quand elle le veut, elle reste sa meilleure amie, qu'il connaît depuis son enfance. Elle s'est occupée de lui pendant des mois quand il était bloqué sous la forme d'un gamin, et elle ne lui avait envoyé qu'une pauvre gifle en apprenant la vérité.

Bon, elle boude encore un peu, mais pas tout le temps.

Sans aucune pitié, Shinichi place son roi en échec avec sa dame. Il lui lâche un petit sourire innocent alors qu'elle fronce les sourcils, puis s'évente avec un morceau de journal qui traîne sur la table d'à côté.

– Tu te sens mieux, vraiment ?

Elle bouge sa tour, mais ce n'est plus très utile : le cavalier de Shinichi fait échec et mat. Elle soupire.

– Vraiment. Je pourrais aller courir un marathon. J'ai appelé l'inspecteur Megure pour lui faire part de mes déductions pour cinq de ses affaires, j'ai mangé un fruit, j'ai rangé le salon, et j'ai même étendu mes lessives.

– On appelle ça du bon sens, mais si tu veux te sentir fier de ça...

Il fait la moue. Ran est une véritable fée du logis, mais c'est loin d'être son cas. Sans même parler du fait que ses mains ont du mal à discerner leur droite et leur gauche (depuis que son corps était définitivement revenu comme avant, sa maladresse avait presque doublé) et que la dernière fois qu'il avait mis le nez dehors il s'était étalé devant un groupe de collégien qui n'avait pas manqué de lui faire par de leurs commentaires railleurs, Shinichi n'avait jamais été très doué.

Un peu bordélique, un peu flemmard, et un peu tête en l'air. Pourquoi ranger quand on peut se balader à l'extérieur pour résoudre des affaires ?

– M'enfin bon, j'imagine que venant de toi c'est une bonne chose. Peut-être que si ton état continue de s'améliorer, tu pourras...

Elle semble réfléchir un instant.

– Reprendre les études ? Peut-être travailler avec la police, comme tu le faisais. Si tu t'installes en tant que détective privé, tu pourras même être rémunéré. Ton retour a fait du bruit et –

– Ran, l'interrompt-il. On verra, d'accord ?

Reprendre sa vie ; il aurait dû avoir hâte. Il aurait dû faire des plans, recontacter ses amis, partir voir Heiji. Mais il n'a pas envie. Pas encore.

– Merci pour la cuisine. Et le reste. Rentre chez toi, maintenant. Il commence à se faire tard.

Il ne manque pas l'air triste qu'elle arbore. Ni le petit regard qu'elle lui lance en enfilant ses chaussures.

Juste avant de refermer la porte d'entrée, elle lui conseille de dormir un peu cette nuit, parce qu'il a apparemment une tête affreuse. Et d'appeler cette foutue entreprise de réparation.


La nuit qui suit, Shinichi rêve.

Il est de retour en enfance, dans un corps qu'il sent bien trop étroit, un ballon de foot au pied. Un voleur habillé de blanc s'échappe dans le ciel, au milieu d'un carrefour, alors que tous les yeux sont rivés sur lui. Il s'enfuit, un sourire aux lèvres, son deltaplane s'éloignant vers la lune ; il fait nuit, comme toujours.

Le gentleman au clair de lune.

Cette fois encore, Conan sent cette frustration qui lui dévore l'estomac ; il veut le faire descendre, il veut l'attraper (pas pour le mettre en prison, il le sait bien, simplement pour montrer qu'il en est capable, que cet homme n'est pas plus fort que lui et que pour une fois il peut contrecarrer ses plans) alors il lève le pied et tire.

Avec ses chaussures, le ballon vole à une vitesse affolante, sans que la foule autour de lui ne le remarque. Il est si petit, et personne n'aurait l'idée de baisser les yeux alors que le KID vient de faire une sortie spectaculaire. Le projectile le frôle, brise son monocle, manque de faire tomber son chapeau.

Mais il ne s'arrête pas. Il continue de voler, la peau un peu plus pâle mais un rictus toujours au coin des lèvres.

Shinichi ouvre grands les yeux sur le plafond de sa chambre. Il respire normalement, sent un léger filet d'air passer à travers son t-shirt en toile, et repousse le drap blanc qui le recouvre. Toute la pièce sent la lessive, et quand il se redresse, il n'est qu'à moitié étonné de trouver sa fenêtre grande ouverte.

Les rideaux claquent au vent, la lune est ronde, le ciel est noir. Shinichi soupire :

– Kaito.

Et le gentleman cambrioleur lui fait un grand sourire.


Des bisous !