Tadaaaam ! Non, vous ne rêvez pas ! La suite de la traduction est là !
Il n'y a pas d'excuses à un tel délai pour un nouveau chapitre…Enfin si, le travail, la maison, mon engagement auprès d'une association de protection de chiens (d'ailleurs, si l'un ou l'une d'entre vous envisage l'adoption d'un chien, passez me voir en MP !), etc…Désolée tout plein, j'aimerai vraiment finir la traduction de cette fic que je trouve toujours aussi formidable et je compte bien réussir.
En tout cas, plus de 100 reviews ! Vous me gâtez les ami.e.s ! Merci à toutes et tous pour ce soutien, en dépit des chapitres qui arrivent au compte-goutte…
Un très grand merci particulier à :
- stormtrooper
- Zeugma
- Adenoide ( je te rassure, dans la suite de l'aventure, Snape va changer son comportement mais pas pour bientôt, je n'aime pas les fics où au bout de trois chapitres, on a le droit au câlin Harry/Snape après un vilain cauchemar…Bien vu pour Percy sinon ! Merci pour ta review)
- KylieKaty2001
- PetitLutin22
- Daidaiiro30 (limite rien que tes reviews me motivent à reprendre, c'est dire combien je prends plaisir à te lire !)
Chapitre 14 : Le Pilier de Storgè
Harry n'avait jamais vu Snape aussi furieux après lui – et ça voulait dire quelque chose. Le fait qu'il n'osait pas perdre son sang-froid devant les Américains semblait lui porter sur les nerfs encore plus, et ce fût avec la mâchoire serrée et une expression mortellement sérieuse qu'il grogna « Ne mentionnez ce rêve à personne, entendu ? »
« Mais ne devrait-on pas… »
« Potter ! » siffla Snape tout en lui attrapant le bras. « Vous n'en parlerez pas ! »
« Oui, monsieur. » chuchota Harry.
« Nous gèrerons cela ce soir. »
Le reste de cette journée se déroula dans une ambiance lugubre. Katherine Leland et son staff, ainsi que les Sénateurs et autres représentants avaient beau tenter d'accueillir chaleureusement Harry, il était évident que tous avaient en tête l'apparition du chat démoniaque. Ils questionnèrent Harry pendant plusieurs heures sur les méthodes de Voldemort et, à la plus grande surprise d'Harry, s'il existait une chance de négocier une trêve avec Voldemort – ce à quoi la bouche bée d'Harry et le rictus de Snape leur donna une réponse bien plus significative que des mots.
Harry suivit l'ordre de Snape de ne pas mentionner le Pilier de Storgè qu'il avait vu en rêve, bien qu'il s'en irritait. Visiblement Voldemort s'y intéressait pour une raison ou une autre – mais il n'avait cela dit aucune intention de charger dans le Département Américain de Recherche et Développement Magique pour le chercher. Les fausses visions de Voldemort avaient déjà coûté trois vies – quatre, se corrigea-t-il amèrement en pensant à Sirius – et Harry n'était pas prêt à se laisser berner à nouveau. Si Voldemort voulait ce Pilier, il n'aura qu'à venir et le trouver lui-même.
De loin, la pire partie de cette journée arriva lorsqu'ils quittèrent le dîner avec le Comité de Défense Magique. Snape avait finalement réussi (au grand soulagement d'Harry) à attirer l'attention sur lui et sur son travail en tant qu'espion dans les rangs de Voldemort, et parlait à la Député Leland et à d'autres membres du Congrès pendant que deux attachés parlementaires donnaient à Harry un aperçu animé du Quodpot, la version américaine du Quidditch.
Des chuchotements de l'autre côté de la porte attirèrent leur attention, et Harry se tourna et vit des membres du Congrès et des employés qui se poussaient pour laisser passer une jeune femme avec des cheveux blonds clairs et les traits tirés. Le cœur d'Harry s'emballa ; elle semblait très différente de la photo qu'il avait vu où elle souriait et riait aux éclats, mais même sans l'alliance qu'elle portait comme un pendentif autour du cou il l'aurait reconnu. C'était Anita Grenn, la fiancée d'Alex Marshall.
Elle passa distraitement un regard autour de la pièce, et inévitablement, ses yeux se posèrent sur Harry. Tout le monde était silencieux lorsqu'elle se dirigea vers lui en esquissant un sourire. « Bonjour…Je suis Anita. J'étais fiancée à Alex Marshall. »
« Je sais. » dit Harry du bout des lèvres, incapable de rencontrer ses yeux rougis.
Se tordant les mains, elle dit « Je…juste je voulais vous remercier. Pour nous avoir averti pour Alex. On m'a dit…que si vous ne nous aviez pas averti, ils n'auraient jamais pu le retrouver. »
« Vous…je…toutes mes… » Harry ne pu pas se résoudre à dire « condoléances », ou quoi que ce soit d'autre. Cela semblait tellement froid.
Heureusement elle comprit, ou bien elle était trop distraite pour l'écouter vraiment. « Merci. » répondit-t-elle. « Pour tout. » Lui adressant un petit sourire timide, elle s'éclipsa.
Après cette rencontre qui clôtura une journée harassante, Harry ne voulait rien de plus que de s'écrouler dans le lit une fois retournés à l'hôtel.
Sur le chemin du retour, les bâtiments blancs et le Capitole brillaient sous la nuit étoilée, mais maintenant l'aura de pouvoir exsudait avec un éclat saisissant. Pas de la ville elle-même, mais plutôt comme une impression que quelque chose de terrible et de mortel était sur le point d'arriver. Ce soir-là, ses lumières et sa beauté étrange donnaient à la ville l'impression fatale d'être maudite. Harry n'était pas sûr si cela était dû à sa propre humeur, ou si les enchantements des Pères Fondateurs donnaient un avertissement avec le chat surnaturel.
Et puis, bien entendu, Harry n'en eut pas le loisir en arrivant à l'hôtel. Percy avait l'air tout aussi éreinté qu'Harry, mais Snape lui chuchota « Avant que vous n'alliez vous coucher, Weasley, nous allons devoir avoir une petite discussion avec M. Potter. »
Harry les guida alors lentement vers sa chambre, comme un exécuté à sa propre mise à mort, jusqu'au moment où son bras fut empoigné fortement et qu'il fut jeté au centre de la pièce par un Snape qui manifestement perdait le sang-froid qu'il avait tenté de garder toute la journée. « Pourquoi, au nom de Merlin, n'avez-vous pas mentionné ce rêve ? »
« Rêve ? » s'exclama Percy, derrière Snape. « Quel rêve ? »
Snape fit un geste impatient intimant à Harry de parler, donc il balbutia « J'ai vu le Pilier de Storgè dans un rêve la nuit dernière. Et les tunnels sous les bâtiments comme quand V…quand il attaquait Alex Marshall. Je pense que ça peut être ce qu'il recherche. »
« Foutaises. » répondit Percy. « Les Départements secrets de Recherche magique des différents gouvernements gèrent des artefacts bien plus puissants et précieux. »
« Mais tu as dit que personne ne savait vraiment ce qu'est le Pilier et ce qu'il peut faire. » protesta Harry. « Peut être que Voldemort a découvert comment maîtriser son pouvoir. »
Snape grimaça lorsqu'Harry prononça le nom, et il agrippa à nouveau le bras d'Harry. « Ce qui nous amène à nouveau à la question de pourquoi vous n'avez rien dit. »
D'une toute petite voix, Harry répondit « J'ai oublié. »
Avec un bruit de dégoût, Snape lâcha Harry et se dirigea vers les portes-fenêtres qui s'ouvraient vers un balcon. Il se tint là, silencieusement, pendant plusieurs minutes, et Harry commençait à se demander à quoi le Professeur pensait lorsqu'il vit un éclat de feu, et Fumseck apparut. Percy et Harry sursautèrent. Snape sortit un parchemin et y écrivit quelque chose, puis il le tendit au phénix. Fumseck le prit et s'évanouit dans un éclat de flamme.
« J'en ai référé au Directeur. » informa-t-il Harry d'un ton froid. « Et s'il s'avère que d'autres rêves ou visions vous viennent, soyez gentil de ne pas omettre d'en parler, à moins que garder des petits secrets vous fasse vous sentir tellement important que vous ne supportiez pas de les partager. »
Harry serra les dents et se retourna. Puis soudain, quelque chose lui revint en mémoire, et il soupira. « Il y a autre chose. C'est peut être rien. Quand nous avons quitté la ville ce soir, il m'a semblé que la ville était différente. Elle dégageait quelque chose… d'effrayant. »
Snape abandonna son expression acide et darda son regard sur Harry, des questions visiblement plein la tête. « La ville dégageait quelque chose d'effrayant ? »
Harry haussa les épaules. « Comme je l'ai dit, c'est peut être rien. C'est juste une sensation que j'ai eu quand on s'est éloigné. »
Percy fronçait les sourcils. « Les Américains placent-ils tant de valeur dans ce démon-chat ? »
Se retournant vers la fenêtre, ses mains croisées dans son dos, Snape répondit « J'ai vaguement eu l'écho de plusieurs références faites à ce chat avant ce jour, mais oui, de ce que j'ai pu entendre, il s'avère être un avertissement fiable d'une catastrophe nationale, Moldue ou magique. »
« Donc V… donc il pourrait en vouloir à quelque chose dans le département R et DM ? » demanda Harry.
« Cela paraît probable, bien qu'il aurait été d'une grande aide de connaître votre vision avant notre venue. » grogna Snape. « Parce que, de manière générale, les événements se déroulent dans les vingt-quatre heures après l'apparition du chat. »
« Donc la ville réagit à l'avertissement du chat, ou bien elle le fait par elle-même ? » demanda Percy.
« Un avertissement ? » demanda Harry.
« Les barrières magiques et les sorts isolant Washington DC incluent une variété de façons de détecter un danger en approche. » dit Percy. « Les sorciers américains ont tendance à la paranoïa. »
« Et pourtant les Etats-Unis n'ont jamais été envahi – et même le versant Moldu a toujours été relativement sécurisé. » lança Snape, adressant un regard condescendant à Percy par-dessus son épaule.
Percy émit un gloussement dédaigneux. « Seulement parce que personne de compétent n'a jamais essayé de les envahir. Je ferai plus confiance à leur protection géographique grâce aux océans qu'à n'importe quel sort magique. »
« Ne sous-estimez pas la valeur de la « paranoïa », Weasley. » rétorqua Snape. Il se mit à faire les cent pas. Harry se poussa vivement de son chemin, ne voulant pas que Snape se souvienne de sa présence et n'arrête de donner des informations. « Mon inquiétude est que le Seigneur des Ténèbres ne sous-estime pas la valeur de leur suffisance. Ils sont effectivement très bien protégés, oui, mais l'orgueil précède la chute – et le Seigneur des Ténèbres va s'avérer être très probablement un envahisseur compétent. »
Harry, choqué, oublia de tenter de passer inaperçu. « Vous pensez qu'il va envahir les Etats-Unis ? »
Snape lança un regard ennuyé à Harry. « La dernière fois que j'étais au courant, » dit-il d'un ton qui rappela exactement à Harry qu'il était la raison pour laquelle Snape ne connaissait pas les plans de Voldemort, « le Seigneur des Ténèbres rassemblait des partisans à travers toute l'Europe. Le gouvernement américain sorcier est restreint, Potter, vous les avez tous rencontré ce soir. Mais ils sont puissants et possèdent de grandes ressources. C'est la raison pour laquelle ils constitueraient un allié formidable dans cette guerre. Si le Seigneur des Ténèbres se décide à frapper et renverse les Etats-Unis… »
« Il pourrait utiliser leurs pouvoirs contre nous. » termina Harry. « C'est pour ça qu'il ne se manifeste pas en ce moment chez nous ? »
« Possible. » Snape arpenta la pièce de plus belle. « Bien qu'il risque d'avoir les plus grandes difficultés à prendre le contrôle de Washington elle-même – sauf s'il a dès à présent trouvé une manière de le faire. »
Etonné, Harry lança « Vous parlez comme si la ville elle-même était vivante ! »
« Parfois, votre stupidité m'éblouit, Potter. Vous avez peut-être été élevés par d'idiots Moldus, mais n'avez-vous donc rien appris en cinq ans sur les objets enchantés ? »
« Apparemment non, donc peut être pourriez-vous nous éclairer de votre sagesse. » répliqua Harry.
Snape lui adressa un regard féroce, avant de se pencher vers lui et de gronder « Si vous avez été un minimum attentif depuis notre arrivée, vous vous seriez aperçu que M. Spalding a expliqué que la capitale américaine est la ville la plus enchantée et la plus gardée du monde sorcier. Des objets et des lieux enchantés avec de grandes quantités de pouvoir – particulièrement dans un but de protection – vont, indubitablement, développer une semi-conscience, à la manière des instincts primitifs d'une plante magique. Dans l'éventualité qu'une force extrêmement puissante et hostile vise Washington, DC avec des intentions non amicales, il n'y a aucun doute que la ville elle-même va engendrer une réaction. »
Soudain, un éclat de feu fit irruption, et un parchemin tomba au sol. Snape le ramassa. « Le Directeur ne pense pas qu'il soit judicieux de précipiter notre départ pour le moment. Néanmoins, il nous invite à être sur nos gardes. »
« Et le Ministre Fudge ? » demanda Percy avec insistance.
Snape froissa le parchemin dans sa main. « Le Ministre est d'accord. » lui répondit-il d'une façon telle qu'Harry suspecta qu'aucun mot incluant Fudge n'apparaissait sur le mot de Dumbledore.
A l'évidence, cela fut suffisant à Percy qui adressa un regard dur à Harry. « Je me demande…est-ce possible que l'attention de Vous-Savez-Qui n'ait été attirée en Amérique par sa présence ? »
Les mots frappèrent Harry avec la force d'un Sortilège Cuisant, mais Snape lui lança un regard calculateur. « C'est possible, bien que l'enlèvement de Marshall s'est déroulé avant l'intérêt de Potter dans l'Amérique sorcière. »
« Mais l'aura de la ville s'est mise à changer après notre arrivée. » poursuivi Percy.
L'insinuation est bien trop limpide, et Harry se tourna. « Ce n'est pas ma faute. » murmura-t-il, ne faisant pas allusion aux intérêts de Voldemort pour les Etats-Unis.
Percy laissa tomber son masque formel. « Bien sûr que si, c'est de ta faute ! » s'exclama-t-il en s'avançant vers Harry. Même Snape sembla étonné. « Comment tu peux oser les mettre en danger par tes conneries ? »
« Je n'ai pas choisi que tout ça n'arrive ! » répliqua Harry avec véhémence. « Personne ne m'a dit pourquoi Voldemort en voulait après moi ! » Il pointa cette remarque pour Snape. « SI je savais qu'il ne me laisserait pas tranquille je me serai éloigné d'eux ! Mais personne n'a pensé que je devais savoir ! Ne me reproche pas d'avoir été laissé dans l'ombre – ton précieux Ministère l'a fait autant que Dumbledore ! Ta famille n'aurait pas été au centre de tout ça si quelqu'un m'avait averti ! »
« Mais tu t'entêtes à les embarquer avec toi ! » renchérit Percy.
Harry ne parvenait pas à respirer normalement. Savoir à quel point Ron, Ginny et leur famille était en danger était assez douloureux sans avoir besoin que Percy n'insinue qu'Harry s'en fichait. Tremblant de colère, il répliqua « C'est trop tard maintenant. Si je viens à ne plus jamais leur parler, ça serait trop tard. Et au moins, moi, je ne leur ai jamais tourné le dos ! »
Les mots sortirent sans même qu'Harry ne s'en rende compte, et Percy fit un pas en arrière. Harry était tout aussi secoué, donc avant que Percy ne se remette, il ouvrit violemment les baies vitrées donnant sur le balcon et les claqua derrière lui.
Il se laissa tomber sur le rocking-chair en osier pendant un long moment, se balançant plutôt vigoureusement, accompagné dans son humeur maussade par l'atmosphère humide et les orages distants. Comment quiconque pouvait se vider l'esprit avec un climat si étouffant ? Cela n'arrangeait en rien son agitation, mais il n'avait aucune intention de passer une seconde de plus avec Snape ou Percy. Il essuya la transpiration sur son visage, à court d'air et frustré, et se détestant du fait des mots partiellement exacts de Percy. Harry était la raison pour laquelle les Weasley étaient en danger. Mais si quelqu'un l'avait averti depuis le début, il ne les aurait jamais laissé devenir si proches.
Tout du moins il essayait de s'en convaincre, bien que, même en essayant, il ne pouvait s'imaginer vivre sans Ron. Ou Ginny. Ou les jumeaux et leurs blagues et la Carte des Maraudeurs, ou Mme Weasley et ses étreintes.
En fin de compte, il ressentit une brise fraîche, annonciatrice d'une grosse averse qui repoussait la chaleur étouffante, et Harry ralentit le balancement du fauteuil. Il était épuisé et il ne voulait plus réfléchir.
Il avait à peine commencé à sombrer dans une somnolente torpeur lorsque les baies vitrées s'ouvrirent à la volée. « Rentrez, Potter. »
« Pourquoi ? » grogna-t-il.
Sa hargne avait dû étonner Snape, car il mit un moment avant de répondre « Occlumencie. »
Merlin, pas ça, pas ici et pas maintenant ! « Non. »
Snape se matérialisa devant lui, lui bloquant la vue des arbres qui se balançaient. « Qu'avez-vous dit, Potter ? »
Harry leva les yeux. « J'ai dit non. Etre coincé avec vous est déjà assez pénible sans que vous ne fouiniez dans mes cauchemars. D'ailleurs, je n'ai pas le droit de faire de la magie ici. » répondit-il insolemment à Snape. « Qu'est-ce que vous allez faire, me retirer des points ? »
Snape se dressa de toute sa hauteur, presque tremblant de fureur à l'insolence d'Harry. « Croyez-vous que je ne le ferais pas, M. Potter ? » siffla-t-il.
Harry se dressa sur ses pieds immédiatement. « Vous croyez que ça m'importe ? Entre toute cette diplomatie bancale, des chats démons, et Voldemort… » il prit un malin plaisir à voir Snape tressaillir « vous croyez vraiment que les points de Maison me font quelque chose maintenant ? »
« Non, Potter, j'imagine que votre énorme égo accorde très peu de considération aux désirs de vos camarades de Maison, mais après ce léger étalage avec Weasley, j'aurai pensé au moins que vous vous souciiez de la sécurité de vos amis. »
Faites confiance à Snape pour remuer le couteau dans la plaie. Avant qu'Harry ne puisse rétorquer quoi que ce soit, Snape l'avait attrapé par le bras et le traînait jusque dans la pièce. « Lâchez-moi ! » ragea Harry. « Enlevez vos mains ! Mais LACHEZ-MOI ! »
Snape s'exécuta. Sèchement. Harry trébucha, furieux, et Snape pointa le tapis en face de lui. « Videz votre esprit – maintenant. Et donnez-moi votre baguette. » ordonna-t-il.
Harry s'immobilisa. « Quoi ? »
« Comme vous l'avez si bien fait remarquer, vous n'êtes pas autorisé à user de la magie ici. » Snape lui arracha la baguette des mains. « « Vous vous défendrez sans, comme lorsque vous avez montré cette maigre capacité. »
Paniqué, Harry sut qu'il ne serait jamais capable de se défendre sans baguette avec son état d'esprit actuel. « Non », soupira-t-il.
Snape l'ignora. « Un-deux-trois- Legilimens ! »
Sirius tombait à travers le voile, son visage montrant un mélange de surprise et de peur…Oncle Vernon gisait sans vie sur le sol du Numéro 4, Privet Drive, son expression empreinte de terreur…le visage de Cédric, ses yeux gris ouverts mais qui ne voyaient plus rien, la bouche ouverte, reflet de sa surprise…Harry ne pouvait rien arrêter, il ne pouvait même pas essayer d'arrêter les images…
CRASH ! Le bruit du tonnerre fit irruption par la fenêtre et brisa la concentration de Snape. Harry tomba à genoux, plié en deux et tremblant, à court de souffle. « Je ne peux pas faire ça. » dit-il en toussant. « Arrêtez, je ne peux pas. »
« Alors vous serez ni plus ni moins qu'une victime facile pour le Seigneur des Ténèbres, donc pourquoi cela devrait m'intéresser ? Legili… »
« Non ! » Harry le regarda désespérément. Snape ricana, mais s'arrêta tout de même. Harry ne pouvait plus supporter. Sa respiration était saccadée. « S'il-vous-plaît, arrêtez. »
Le rictus de Snape n'en fut que plus grand. Harry baissa la tête, les yeux rouges. « Vous êtes pathétique, Potter. » entendit-il Snape dire, puis sa baguette atterrit violemment juste devant lui et des pas se dirigèrent vers la porte.
Snape semblait presque joyeux le lendemain quand Spalding arriva afin de les emmener de nouveau au Capitole. Visiblement, réduire Harry à presque le supplier était un souvenir que le Maître des Potions chérirait pendant un long moment.
Spalding remarqua l'expression maussade d'Harry, mais celui-ci fit mine d'être fatigué. « Tu pourras te requinquer après le petit-déjeuner. » lui dit-il.
Le ciel s'était découvert à nouveau pendant la nuit et arborait un bleu immaculé. Mais Harry ressentit à nouveau que le fait que, en revenant à Washington, quelque chose clochait. La sensation de crainte qu'il avait ressenti la nuit dernière avait laissé place à un silence pesant qui n'avait rien à voir avec le fait que l'on était dimanche – tout donnait l'impression que la ville entière retenait son souffle.
Il surprit Spalding qui le fixait par le rétroviseur, il énonça donc ce qu'il avait en tête. « Quelque chose va se passer. »
« C'est clair, gamin ! » lui répondit Spalding en souriant. « Une idée de quoi ? » demanda-t-il aux trois passagers.
« Oui. Nous allons en discuter à la réunion de ce matin. » répondit Snape sèchement. Harry refusa de lever les yeux vers lui, mais il se demanda si Dumbledore voulait qu'ils mentionnent le Pilier de Storgé. La seule fois qu'il a adressé la parole à Snape ce matin-là était pour lui dire qu'il avait à nouveau vu le Pilier dans ses rêves cette nuit-là. Snape avait juste arboré un rictus moqueur. Comme à son habitude.
Il eut la réponse à sa question pendant le petit déjeuner avec près de la totalité du Congrès Américain Sorcier. Ayant eu mot du chat et de l'atmosphère de la ville, ils avaient tous déferlé au Capitole pour découvrir ce qu'il se passait, d'où le changement de programme. Harry les écoutait débattre si lui-même était la cause ou juste un avertissement d'un désastre imminent, lorsque Snape leur suggéra « Demandez à M. Potter de vous parler de son dernier rêve. »
Près de cent cinquante visages se tournèrent vers lui. Il déglutit. « Un nouveau rêve ? » demanda Gabe Maury, le Sénateur pour lequel travaillait Alex Marshall.
Reposant sa fourchette, Harry acquiesça nerveusement. Sa voix portait peu, mais le silence dans la pièce était total ; tout le monde put l'entendre. « J'ai vu les couloirs en sous-sols à nouveau dans mon rêve. Il y avait une pièce sombre avec un ancien pilier en pierre. Je crois que c'est le Pilier de Storgé. »
Des murmures incrédules parcoururent les tables. « Il en a après le Pilier de Storgé ? » s'exclama quelqu'un. « On a des trucs bien mieux que ça ! »
« Peu importe pourquoi, mais s'il le veut, on devrait s'assurer qu'il ne l'obtienne pas ! »
« On devrait peut-être le déplacer ? »
« Hé, on n'a qu'à le détruire ! »
« Mais peut être que c'est ce qu'il veut. »
« Jeune homme. » dit une sorcière à l'allure courtaude et aux yeux d'insectes qui était aussi petite que la Député Leland – mais qui était loin d'avoir son charisme. « Certaines de vos visions ont-elles déjà été fausses ? »
Harry grimaça, et quelques personnes présentes adressèrent un regard ennuyé à la sorcière, mais certains acquiescèrent avec réticence. « Oui. » répondit-il. « Ça a été le cas parfois. C'est pour ça que vous devriez probablement ne rien tenter pour l'instant si on n'est pas sûrs pourquoi Vo….pourquoi il s'y intéresse. »
« Vous n'êtes pas un stratège, Potter. » lui murmura Snape. « Contentez-vous de répondre à leurs questions. »
« Ne dites pas ça, Professeur Snape, pour ma part je pense qu'Harry a plus d'expérience avec cette ordure que quiconque d'entre nous. S'il a des suggestions, bonnes ou mauvaises, je veux les entendre. » lança la Député Leland.
« Sauf s'il est la raison pour laquelle ce Lord…Machin vient ici. » renchérit la sorcière aux yeux de mouche.
« Impossible, Alex a été kidnappé avant qu'Harry n'ait sa vision. » dit le Sénateur Maury.
« Peut-être qu'il a voulu leurrer le gamin et l'attirer ici. » répliqua la sorcière « œil de mouche » avec insistance.
« Ca semble être un peu loin pour le leurrer. » renchérit Darren Hoynes.
« Mais il… »
« Hé, baissez d'un ton, ce n'est pas le moment d'être en désaccord ! » coupa court la Député Leland, et la sorcière aux yeux globuleux se tut, avec toutefois une mine renfrognée. « Quelle est ton impression, Harry ? Tu penses que cette vision est vraie ou fausse ? »
Harry contempla la nappe tout en réfléchissant. « Je…les occasions où j'ai eu de fausses visions, c'était pour me –nous- forcer à faire quelque chose. Mais il y en a eu certaines qui étaient réelles et qui ressemblaient beaucoup à celle-ci, dans le sens où je continue à rêver de quelque chose parce que Vo…Vous-Savez-Qui en était obsédé. Ce rêve y ressemblait beaucoup – mais il peut quand même être faux ! » ajouta-t-il à la hâte.
« On ne pourrait pas être encore plus dans le ''à peu près''. » grommela la sorcière-mouche.
« Je suis à deux doigts de la transformer en crapaud d'eau douce. » murmura la Député Leland, mais elle posa sa main sur celle d'Harry. « Avertissement noté. Et on devrait s'estimer heureux. » lança-t-elle à la cantonade. « Nous avons plus d'informations que la majorité des personnes en face de Vous-Savez-Qui. »
Il y eut des murmures d'approbation et les visages tournés vers Harry devinrent petit à petit moins accusateurs. « On devrait peut être amener le gamin voir le Pilier de Storgé. » suggéra quelqu'un. « Ca pourrait lui donner des idées. »
« Non ! » s'exclama Harry, tellement brusquement que certaines personnes sursautèrent. « Je veux dire…une de mes visions était fausse, elle m'a conduit à aller quelque part, et des Mangemorts nous ont tendus un piège. »
« On ne peut pas rester sans rien faire ! » protesta Anita Green.
« Peut être que c'est exactement ce qu'on devrait faire. » lança le Sénateur Maury. « Avant d'en savoir plus ce qu'il nous veut, on devrait rester en retrait, se concentrer sur comment aider le Ministère contre ces malfrats. »
« Mais si on se lance là-dedans avec le Ministère, ça sera le signal pour lui de s'en prendre à nous par la suite. » renchérit la sorcière avec ses yeux globuleux. « Pourquoi s'impliquer si on veut qu'il nous laisse tranquille… »
« Il ne vous laissera jamais tranquille ! » lancèrent Harry et Snape en chœur. Ils se fixèrent un instant, et Harry se tut.
« Le Seigneur des Ténèbres ne se montrera pas si tolérant. » déclara Snape. « Chaque seconde où vous ne vous opposez pas à lui n'est que du temps en sursit. Il aura des vues sur l'Amérique tôt ou tard. Vous savez déjà qu'un des artefacts en votre possession l'intéresse, et vous avez admis vous-même que vous en avez bien d'autres. Votre société magique est bien trop puissante pour qu'il vous ''laisse tranquille''. »
Ces mots intimidèrent la sorcière, bien qu'elle marmonna « Il nous a laissé tranquille la dernière fois. »
« Parce qu'il s'est retrouvé sans corps après avoir tenté de tuer Harry Potter. » rétorqua la Député Leland. « Vous vous rappelez les procès – il y avait des Mangemorts sur tout le continent de l'Eurasie. Il serait venu ici tôt ou tard. »
« Pourquoi ne pas voter ? » s'exclama quelqu'un dans l'assemblée.
« Et voter pour quoi, exactement ? »
La Député Leland posa sa tête sur la main, le coude sur la table. Elle se frotta le menton dans sa réflexion. « Gérer ou non cette histoire de Pilier avec les informations dont on dispose, et envoyer ou non un groupe d'aide de guerre au Ministère britannique. »
« Ca me va bien. »
« Avons-nous une session aujourd'hui ? »
« Près de la totalité du Congrès est présent, appelons cela une mesure d'urgence et allons-y. »
« Très bien. » La Député Leland se tourna vers Harry, Snape et Percy. « Messieurs, nous allons procéder à plusieurs votes préliminaires. Pendant votre attente, voudrais-tu faire un tour, Harry ? »
« Je…avec plaisir. » répondit Harry en jetant un rapide coup d'œil à Snape.
« Pat, accompagne nos invités faire un tour autour du Capitole. Faites-vous escorter par les hommes de Spalding. »
Harry, Snape et Percy furent accompagnés vers la sortie, et Pat, ainsi que Spalding les guidèrent à travers les tunnels souterrains qui desservent la direction du Capitole.
Ils débouchèrent dans un des plus beaux buildings qu'Harry n'avait jamais vu – et dont la construction était presque exclusivement Moldue, selon Pat et Spalding.
« L'architecte était un sorcier, cela dit. » ajouta Pat. « Encore contrarié de ne pas avoir été payé ; d'ailleurs on risque de tomber sur son fantôme à un moment donné. »
Elle raconta plusieurs histoires à Harry sur l'origine des peintures murales et des sculptures qui ornaient les murs, les guida à travers une salle de bains ancienne où l'on sentait encore une odeur de savon, et présenta Harry aux statues, qui s'inclinèrent ou firent un geste de la main pour certaines. « A chaque nouvelle inauguration d'un Président, elles lancent elles-mêmes un grand bal. Je n'en ai jamais vu, mais seulement six d'entre elles sont des femmes, leur carnet de bal doit être bien rempli. Il paraît que c'est grandiose ! »
Au niveau de la rotonde, alors qu'Harry admirait une fresque des Pères Fondateurs américains, des échos d'une dispute se firent entendre. Il se retourna et tomba nez à nez avec deux fantômes dont les vêtements ressemblaient à ceux de la fresque. Pat siffla, et Spalding lui-même sembla impressionné. « Qui sont-ils ? » demanda Harry discrètement.
« Deux anciens Présidents. » lui répondit Pat.
Les fantômes remarquèrent leur présence et planèrent vers eux. « Bonté divine, serait-ce Harry Potter ? » lança l'homme à gauche.
« Tout à fait, M. le Président. » lui répondit Pat avec déférence. « Harry, permets moi de te présenter le Président John Quincy Adams et le Président James Garfield. »
« C'est un plaisir, jeune homme. » déclara Adams en s'inclinant. « Nous avons entendu parler de vous, bien entendu. »
Harry était stupéfait. « Des sorciers ont été élus Présidents ? » demanda-t-il sans réfléchir.
Garfield lui lança un clin d'œil. « Notre génération croyait en une coexistence rapprochée avec nos camarades Moldus, tant en gardant la magie secrète. Les sorciers Américains n'étaient pas interdit de briguer un mandat Moldus jusqu'en 1882 – et je me suis opposé à cette loi. » ajouta-t-il d'un ton hautain.
« Je ne pourrais pas en dire autant. » dit Adams. « Les Moldus ont bien le droit d'élire leurs propres dirigeants – et vous plus que quiconque auriez dû y voir les conséquences ! »
« C'est un sorcier qui m'a assassiné, imbécile ! Et nous avions plein droit de participer… » Ils s'éloignèrent en flottant. Pat les regarda avec un émerveillement mêlé d'admiration. Snape et Percy, quant à eux, semblaient royalement dédaigneux.
Reprenant ses esprits, Pat lança « Continuons, on a une belle vue depuis… »
Soudainement, la cicatrice d'Harry se mit à flamber, d'une douleur explosive, si forte qu'Harry haleta tout en se penchant en avant. « Potter ! » Snape lui attrapa ses épaules.
« Quelque chose…j'crois…il est là » parvint-il à dire. Sa tête semblait sur le point d'exploser.
« Vous-Savez-Qui ! » s'écria Pat.
« Est-ce réel cette fois ? » demanda Spalding à Snape.
« Vous feriez mieux de l'envisager. » répondit-il dans un grognement.
« Faites sonner l'alarme générale ! Evacuez les Moldus et fermez la salle de conférence ! » Spalding agrippa le bras d'Harry, et avec l'aide de Snape ils l'aidèrent à marcher. « Allons-y ! »
Les yeux pleins de larmes de douleur, Harry se força à courir et sortit sa baguette. « On se dirige où ? »
« La zone sécurisée – on en a dans tout le bâtiment en cas d'attaque de sorciers. Allez, Pat, allez, plus vite ! » lança-t-il tout en les guidant vers une sublime cage d'escaliers.
Ils firent irruption dans un couloir où des statues se trouvaient, mais une d'entre elles leur cria « Attention ! Une présence hostile se dirige vers vous ! »
Spalding jura et tira Harry en arrière. « De l'autre côté ! »
« Il vaudrait mieux éviter cet étage, Donald ! » lui lança une autre statue qui portait un fusil.
« Les ascenseurs sont sûrs ? » demanda Spalding.
« Prenez ces foutus ascenseurs ! » s'écria la statue. Snape et Spalding s'élancèrent vers les portes, Harry entre eux.
« Ils arrivent ! » les avertit une autre statue. Harry vit à travers les gardes des Mangemorts pénétrer dans le couloir.
« Ils sont là ! » hurla une femme. Harry ressentit un raz de marée de haine qui, cette fois çi, lui appartenait bien : c'était Bellatrix Lestrange.
« Retardez-les ! » ordonna Spalding. Toutes les statues sortirent de leur piédestal, certaines dégainèrent des épées, brandirent des fusils et chargèrent les Mangemorts. Spalding et les autres s'entassèrent dans l'ascenseur et fermèrent les portes. Harry sentit l'engin descendre.
Spalding tapota son badge avec sa baguette, et l'image- Harry s'aperçut qu'il s'agissait d'une photo d'identité- s'anima. « Un problème ? »
« Donny, va voir dans la salle de contrôle et trouve-nous un moyen de sortir de là, vite ! »
« Okay ! » La photo disparut. L'ascenseur continuait sa descente. Quelques instants plus tard, la photo fit sa réapparition. « Ils sont sur tous les étages, on est en Alerte Rouge. » Les gardes et Pat poussèrent des jurons. « Descendez au dernier niveau et dirigez-vous vers l'ancienne bouche de métro Moldu. Il n'y a pas de présence hostile à Eastern Market, vous pouvez vous sauver là-bas. »
« Très bien, donne des nouvelles. » lui répondit Spalding. Il appuya sur un bouton.
« Quel est votre plan ? » demanda Snape.
« On va s'échapper par un tunnel que les Moldus croient condamné, il rejoint le Métro, si on y arrive avant nos amis masqués. Harry, comment va ta tête ? Tu peux courir ? »
« Ca va aller. » répondit Harry.
« Préparez-vous à vous magner le train. » les avertit Spalding. L'ascenseur fit halte. Les portes s'écartèrent. « Allez ! »
Ils se ruèrent hors de l'ascenseur dans un couloir faiblement éclairé qui rappelait désagréablement à Harry le Département des Mystères. Pour ne rien arranger, la douleur empirait.
Un portait sur le mur leur cria : « Attention les gras, il y a un personnage sérieusement mauvais plus loin, il se dirige droit vers vous ! »
« Donny ! » s'écria Spalding vers son badge.
« Les écrans ne le montrent pas ! » protesta le Spalding miniature.
La cicatrice d'Harry était en feu. « C'est Voldemort ! » haleta-t-il.
« Okay, là on est dans la mouise. » grogna Spadling, se retournant et attrapant Harry par le coude. « Donny, une idée ? »
« Mauvaises nouvelles, le département R et DM est le seul endroit sûr – les défenses ont descendues deux Mangemorts là-bas. »
Snape murmurait des sorts tout en jetant des regards par-dessus son épaule. « Au vu des rêves de Potter, je m'interroge sur le bien-fondé d'aller dans cette zone. »
« Les autres accès sont bloqués. » rétorqua le mini Spalding. « Sauf si vous voulez tenter votre chance avec Vous-Savez-Qui. »
« S'il n'a pas déjà réussi à rentrer, on aura un avantage. » lança Spalding sans ralentir. « Là, regardez ! » Ils tombèrent sur deux sorciers masqués immobiles au sol. « Si les défenses parviennent à le retenir, ça va le faire. » Il pressa son badge contre un panneau sur lequel on pouvait lire Recherche et Développement Magique, Entrée Interdite Sans Autorisation.
La porte se déroba pour les laisser passer. « Allez, on avance ! » Ils se lancèrent dans le couloir.
La cicatrice d'Harry le lançait tellement qu'il parvenait à peine à rester debout. Snape le soutenait par un bras, Spalding de l'autre côté. « Il arrive. » dit-il dans un souffle.
« Taisez-vous et courez, Potter. » répondit Snape.
Ils entendirent un craquement derrière eux. « Oh oh… » couina Pat.
« Silence ! » la coupa Spalding. Donny refit son apparition.
« On a un problème Don, ils sont à l'extérieur de la fenêtre de la sortie sud ! »
Les Américains s'arrêtèrent net dans leur course. « Oh…bon sang ! » grogna Spalding. Harry et Snape étouffèrent un juron en regardant derrière eux. Harry ressentait la présence de Voldemort.
« Et maintenant ? » demanda Snape.
« S'il-vous-plaît, ne dites pas qu'on est piégés. » lança Pat d'un air paniqué.
« Alors couvrez-vous les oreilles, m'dame. » lui rétorqua Spalding. Il tapa d'un coup sec sur un tableau. « HEY ! Ben ! On a besoin d'aide ici ! »
Un homme immensément gros surgit, les regardant à travers ses lunettes à double foyers. « Et bien, M. Spalding, qu'est-ce que vous faites donc ici ? »
« On a un mage noir derrière nous et des Mangemorts bloquent les sorties. Quelle section est la mieux gardée ici ? »
« Essayez le laboratoire des Méthodes Moldues – c'est autant protégé qu'ailleurs, mais on ne viendra pas vous chercher là-bas. Un mage noir aura plus tendance à vous poursuivre dans les zones de Développement de la Défense. »
« Vite, allons-y ! » Spalding les guida à travers le couloir.
« Quel est cet endroit dont vous parliez ? » demanda Percy.
« Les Méthodes Moldues – ça combine la technologie Moldue avec la magie – c'est illégal en Grande-Bretagne. Franklin a de bons réflexes. » lui répondit Spalding. « Encore un couloir… »
Donny apparût dans le badge. « Don ! Attention ! »
« Baissez-vous ! » Spalding plaqua Harry contre le mur alors que quatre Mangemorts surgirent en face d'eux. « Impedimenta ! »
Harry ne voyait pas grand-chose à travers les robes de Snape et du garde qui le plaquaient pratiquement au sol, mais sa cicatrice lui donnait l'impression qu'on enfonçait un couteau dans son front. « Il arrive. » marmonna-t-il.
Des bras le hissèrent sur ses pieds. « Petrificus Totalus ! Allez ! Allez ! » Spalding les conduisit dans un couloir adjacent alors que deux d'entre eux retinrent les Mangemorts. « Il est loin de nous ? »
« Pas la moindre idée ! » répondit Donny. Harry hocha la tête.
« Qu'est-ce qu'on fait ? » fit Percy d'une voix effrayée.
« Continuez à courir ! Snape, partez devant avec le gamin ! »
Snape attira Harry alors que les sorts fusaient derrière eux. Soudainement, Harry trébucha contre une porte et s'arrêta net en regardant derrière lui. Sa cicatrice avait cessé de lui faire mal ! Cela dit, quelque chose lui disait qu'ils n'étaient pas hors de danger pour autant. « Professeur ? »
« Potter, qu'est-ce que vous fabriquez ? Courez ! »
« Attendez ! Ma cicatrice… »
« Tantellagra ! »
« Stupefix ! »
« Expelliarmus ! »
Le bruit était si fort qu'il était difficile de se concentrer, mais Harry avait ses deux mains contre la porte. C'était comme si quelque chose à l'intérieur l'appelait, et bloquait la douleur de sa cicatrice. Snape lança plusieurs sorts contre les Mangemorts amassés au fond du couloir. Pat laissait échapper des sanglots de terreur, appuyée contre le mur juste à côté d'eux. Percy, le teint cireux, se tenait à côté. « Potter ! » lança Snape. « Qu'est-ce qu'il y a avec votre cicatrice ? »
« Je pense…Je pense qu'on pourrait être en sécurité à l'intérieur. » lui dit-il en toucha à nouveau la porte.
« Quoi ?! »
Spalding tourna le regard vers eux. « Le Pilier est là-dedans ! »
Harry et Snape se fixèrent un moment. « Peut-être est-ce pour cela qu'il le veut. » dit Snape à voix base. « Spalding ! Ouvrez la porte ! »
Spalding les rejoint en une enjambée et tenta l'ouverture avec son badge. « Bon sang ! Ils ont dû la bloquer quand l'attaque a commencé ! »
« Oh non ! » laissa échapper Harry. Il posa sa main sur la poignée.
La porte s'ouvrit. « C'est quoi ce bordel… » murmura Spalding en fixant Harry, mais Snape ne lui laissa pas le temps de s'étonner ; il poussa la porte et les empressa à rentrer. Spalding hurlait aux autres de s'abriter à l'intérieur. « Donny, on a besoin de renforts ici ! »
« Attendez ! Potter, ralentissez, avant que l'on ne sache de quoi il s'agit. » lança Snape en tirant Harry en arrière. Ils avancèrent jusqu'au bout du hall et une autre porte s'ouvrit devant eux, laissant apercevoir une pièce faiblement éclairée contenant le pilier de pierre qu'Harry avait vu dans ses rêves. Il n'y avait aucun Mangemort, mais sa cicatrice picotait, même s'il sentait que quelque chose bloquait la douleur.
« Voldemort est derrière nous. »
« Alors on va tenter notre chance. » déclara Snape. Ils s'engouffrèrent dans la salle.
Un sortilège fut lancé par une voix stridente et le mur derrière le Pilier explosa. Spalding leur hurlait de courir. Juste courir. Snape attrapa Harry et le tira derrière lui, puis fit face aux Mangemorts et à son ancien Maître. Harry resta derrière le Professeur, mais sortit sa baguette. « Impedimenta ! »
Plusieurs Mangemorts trébuchèrent, et Pat plongea derrière Harry pour aller se caccer derrière le Pilier « Attention ! » lança Percy en pointant une direction. Harry leva les yeux.
Le Pilier brillait.
Les renforts avaient dû arriver ; plusieurs Mangemorts s'étaient retournés et lançait des sorts. Voldemort était là, quelque part, Harry pouvait le sentir – mais ne semblait pas en vouloir après Harry ou Snape. Il se contentait de lancer des sorts sur le Pilier !
Un des sorts vint s'écraser contre le mur, juste à côté Pat qui hurla et perdit l'équilibre. « Attention ! » lança Harry alors qu'elle trébucha contre le Pilier. Percy tenta de la rattraper en vain.
Snape regarda ce qu'il se passait. Pat eut le souffle coupé lorsque son épaule percuta le Pilier, puis se glaça en fixant le Pilier avec des yeux ronds. Un instant plus tard, la main de Percy effleura la pierre, et il se raidit également. Alors que Pat semblait presque sourire au milieu de tout ce chaos, les yeux de Percy se remplirent de larmes. « Pat ? Percy ? » haleta Harry, alarmé.
Pat cligna des yeux et réalisa soudainement qu'une bataille se déroulait. Avec des efforts évidents, elle se sépara du Pilier, sortit sa baguette et se mit à lancer des sorts contre les Mangemorts. Elle n'était pas vraiment douée en combat, mais c'était une personne de plus de leur côté. Percy mit un moment à réagir, mais lui aussi prit part à la bataille.
« Quelle est cette chose ? » s'exclama Snape. « Potter, restez en arrière ! » Percy ne lui répondit pas. Il avait une étrange expression, tandis que Pat semblait seulement galvanisée – jusqu'à ce qu'un sort ne la touche à l'épaule.
Harry se rua vers elle. « Potter, je vous ai dit de rester derrière moi ! » tonna Snape en le rejoignant. Il laissa Harry attirer Pat derrière le Pilier, et grogna « Restez derrière cette chose… » Il plaqua Harry contre le sol alors qu'un sort explosa à l'endroit même où ils se tenaient un instant auparavant. Snape, en se relevant, toucha le Pilier avec sa main, et il fronça les sourcils.
« Professeur ? » s'alarma Harry.
« Rien. » dit Snape, en tapotant à nouveau le Pilier. Avec un haussement des épaules, il vint se placer à nouveau devant Harry.
Harry aperçut, traversant le chaos ambiant, Voldemort, qui pointait sa baguette en direction de Snape. « Hors de mon chemin, Severus, et je te laisserai peut être vivre. »
« Allez au diable. » rétorqua Snape.
Voldemort siffla une incantation. Snape la bloqua, mais fit un pas en arrière. Un autre suivit, et un autre encore. Harry regarda, glacé d'effroi. Snape était un excellent duelliste, meilleur qu'Harry ne l'avait imaginé, mais pas assez bon – un sort le toucha finalement au bras, l'envoyant au sol, sa baguette vola loin de lui.
La panique sortit Harry de son immobilisme ; Snape allait se faire tuer ! Personne d'autre que Dumbledore n'avait fait face à Voldemort dans un duel – Snape n'allait pas durer trente secondes ! Désespéré, alors que Voldemort leva sa baguette, Harry lui lança un Stupeflix. Voldemort le bloqua facilement. « Professeur, sauvez-vous ! »
« Taisez-vous, Potter ! »
Les yeux rouges de Voldemort se fixèrent sur Harry qui se tenait derrière le Pilier, et avec un sifflement presque reptilien, il pointa sa baguette droit sur lui. Snape se remit péniblement debout entre le mage noir et Harry et tenta de matérialiser un bouclier.
« Non ! » .Harry, sur le point de s'élancer vers eux pour apporter son aide, trébucha sur des débris au sol et, par inadvertance, posa sa main sur le Pilier pour reprendre son équilibre.
Le Pilier de Storgé explosa en des milliers de fragments avec un bruit assourdissant. Le souffle était si puissant qu'il projeta Harry contre le mur, ses lunettes balayées au loin.
Cela aurait dû le tuer. Ou au moins cela aurait dû lui abîmer sérieusement le visage ou lui casser quelques côtes.
Mais ce ne fût pas le cas. Il ne ressentit même aucune douleur.
Recroquevillé sur le sol où il était tombé, Harry leva les yeux, tentant de voir à travers le nuage de poussière. Il ne ressentait plus la présence de Voldemort mais, quelque chose d'autre était là. De très différent. Harry regarda autour de lui, sentant une présence très proche, mais pas entièrement inconnue. Puis l'étrange sensation prit le contrôle, et il en oublia jusqu'à Voldemort, la bataille, et sa peur.
Ca va aller…
Personne n'avait prononcé ces mots. Il en était sûr. Mais il ressentit le message comme s'il avait été prononcé de vive voix. Il ne pouvait rien voir, mais il était certain que des bras le serraient, le protégeaient dans une étreinte.
Il ne s'était jamais senti autant en sécurité qu'à cet instant. Aussi aimé. Il ferma les yeux et laissa les bras l'enlacer. Il n'eut aucune idée du temps passé jusqu'à ce que la fumée et la poussière ne s'évanouit, mais il aurait aimé rester bercé dans ces bras protecteurs pour toujours.
Finalement, il entendit des voix l'appeler. « Harry ? Harry, es-tu blessé ? Harry ! »
Harry cligna des yeux. Les bras étaient partis, et il se sentit légèrement perdu, pas vraiment certain de ce qu'il s'était passé. Il était allongé au milieu des décombres. Percy émergea du nuage de poussière, les lunettes d'Harry dans sa main. Derrière lui, Snape, qui semblait presque hésitant, fixait Harry avec une expression choquée mêlée à ce qui semblait être de la peur. Les sorciers américains accouraient de toute part avec des exclamations bruyantes.
« Fiston, tu vas bien ? »
« Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Pourquoi ils sont partis ? »
« Si je savais ! Il gagnait ! »
Snape se dégagea de la foule des Américains et s'approcha d'Harry en lui demandant d'une voix basse « Potter, êtes-vous blessé ? »
Harry s'examina rapidement. « N..non. Que…Où est Voldemort ? »
Snape ne tressaillit même pas. « Parti. Le percevez-vous ? »
Tout le monde toussait du fait de la poussière. Harry frotta sa cicatrice puis secoua la tête. « Non. Rien du tout. » Snape prit le bras d'Harry presque délicatement pour l'aider à se relever.
Plusieurs membres du Congrès Sorcier, Kate Leland en tête, firent leur irruption dans l'entrée de la salle. Cette dernière fixa un instant les gravas à l'endroit où se tenait auparavant le Pilier, puis Harry et elle secoua la tête. « Et bien gamin, on peut dire que les règles habituelles ne s'appliquent vraiment pas à toi. »
« Qu'est-ce qu'il s'est passé ? » demanda-t-il, confus, en regardant tour à tour Snape, Percy et les hommes de Spalding. Tous le regardaient fixement sans sourciller.
« Qui étaient ces… » commença Spalding, mais Snape lui fit un geste sec, le forçant à s'arrêter.
« Potter, qu'avez-vous vu ? »
« Vu ? » demanda-t-il en récupérant ses lunettes des mains de Percy. « Je n'ai rien vu – pourquoi ? »
Snape secoua la tête. « Aucune importance. De quoi vous souvenez-vous ? »
Quelqu'un qui me serrait dans ses bras. « J'ai juste senti que quelqu'un était là. » dit Harry prudemment. « C'était…une présence. Mais ce n'était pas hostile. Comme si cette présence…me protégeait. » Dieu seul savait ce que Snape ferait de ce souvenir lorsqu'il rentrerait dans l'esprit d'Harry la prochaine fois. Ou peut-être que…bon sang, cette sensation pourrait presque le battre en Occlumencie !
Ils s'échangeaient tous des regards incrédules. « Vous avez vu quelque chose ? »
Snape regardait Percy avec insistance. Ce dernier répondit doucement « Je ne suis pas certain…la poussière faisait d'étranges choses. On n'a pas pu te rejoindre pendant plusieurs minutes. »
« Minutes ?! » s'exclama Harry. Ils acquiescèrent tout en se dirigeant vers la sortie. « Étrange, ça m'a semblé… » Harry s'immobilisa dans le couloir du département de R et DM ; une douleur étouffante explosa dans sa cicatrice.
Une fureur, chauffée à blanc le traversa…une telle rage emplie de frustration qu'il ne put retenir un hurlement qu'il poussa à pleins poumons, résonnant contre les parois…sa colère aurait pu faire s'écraser le ciel lui-même
Sa cicatrice était comme ouverte à vif…son pire cauchemar était en train de se réaliser, celui que même Snape n'avait jamais vu…seul Dumbledore avait déjà vu Harry ainsi…piégé dans les griffes d'un créature aux yeux rouges, intimement mélangés, liés par la douleur, une douleur au-delà de l'imagination, au-delà du supportable…
« Severus, regarde, tous tes efforts gâchés… »
Harry n'avait aucun contrôle sur son corps, il ne pouvait même pas respirer, il était en train de suffoquer…
« Il est à moi, Severus…tu n'as d'autres choix que de le détruire… »
A travers la douleur insoutenable, Harry sentit quelqu'un l'empoigner – à moins qu'ils n'empoignaient la créature – le tirant en arrière.
« Pauvre fou ! Tu ne pourras m'échapper éternellement, tu finiras bien par mourir… »
Puis ce fût comme si quelqu'un s'intercalait entre lui et la créature et les força à se séparer ; la douleur s'évanouit et Harry s'écroula. Quelqu'un le retint dans sa chute et l'aida à s'assoir au sol, tout tremblant. « Envoyez un hibou à Albus Dumbledore de Poudlard. Vite. »
« Dieu tout puissant, c'était quoi, ça ? »
« Du calme, tout le monde, du calme ! »
Harry était frigorifié. Il sentit que quelqu'un enroulait quelque chose de chaud autour de lui. « Potter, vous m'entendez ? »
Forçant ses yeux à s'ouvrir, il vit vaguement Snape, qui le soutenait dans une position assise, tout en le fixant intensément. « Je…ouais… » Il ramena ses genoux contre sa poitrine, dans une vaine tentative d'arrêter ses tremblements. « Où est…comment… »
« Nous sommes dans l'entrée de la chambre du Pilier, elle semble vous protéger. »
Une femme se tenait accroupie à côté d'eux et frottait les mains glacées d'Harry. « Oh, mon chéri, qu'est-ce que ce salaud t'a fait ? » Elle le poussa à se rassoir contre le mur, et Snape resserra la couverture autour de lui. Clignant des yeux, Harry réalisa qu'il s'agissait de la Député Leland. Elle esquissa un sourire timide. « Tu nous as fait une peur bleue. »
« Harry ? » fit une voix provenant de l'autre côté. C'était Dumbledore, dont la silhouette se reflétait grâce à l'éclairage du couloir qui s'était illuminé subitement. Harry put entendre plusieurs personnes chuchoter à l'extérieur. Dumbledore les rejoint rapidement et s'agenouilla auprès d'Harry, jetant un coup d'œil à Snape et Leland. « Que s'est-il passé ? »
« Et bien, disons qu'il est bien plus mignon avec des yeux verts. » répondit la député avec un air pince sans rire.
« Voldemort. » soupira Harry, serrant la couverture autour de lui et s'adossant plus encore contre le mur en pierre. « Encore. »
« Encore – mon dieu, ça s'est déjà produit ! »
« Hélas oui, Katherine. » dit Dumbledore. « Mais, comme vous pouvez aisément l'imaginer, ces incidents pourraient très bien être utilisés contre Harry pour lui nuire. J'imagine que nous pouvons compter sur la discrétion de vos collègues ? »
Elle acquiesça gravement. « Je vais m'en occuper. »
« Merci. » Dumbledore lui serra la main. « Severus ? »
Snape avait un regard grave en fixant la sortie de la pièce. « Quelle que soit la force qui animait le Pilier, elle le protège encore du Seigneur des Ténèbres, mais lorsque nous sortirons…je ne sais pas ce qu'il se passera lorsqu'il quittera cet endroit à nouveau. »
Dumbledore se leva et se dirigea vers le pas de la porte en examinant les décombres au sol. « Dois-je comprendre qu'il s'agissait là du Pilier de Storgé ? »
« C'est exact. » acquiesça la Député Leland. « Je n'ai pas vu ce qu'il s'est passé. Une de mes coéquipiers m'a raconté qu'elle avait ressenti quelque chose qui avait chassé sa peur, et le garçon Weasley a réagi étrangement. Et tout le monde a dit qu'il avait explosé à l'instant où Harry l'a touché. »
Dumbledore se retourna vers eux. « Severus ? L'auriez-vous également touché ? »
Snape acquiesça, les sourcils froncés. « Je n'ai rien ressenti, si ce n'est que la pierre était sensiblement chaude. »
« Avez-vous… » Dumbledore jeta un coup d'œil vers Harry, « vu quelque chose ? » Snape lui lança un regard indéchiffrable, et Dumbledore ne poussa pas le sujet. Harry se sentait bien trop extenué pour être curieux. « Et Lord Voldemort ? »
« Je ne l'ai jamais vu si enragé. » dit Snape. « Mais il a vu le Pilier exploser et n'a pas poursuivi son attaque. Potter et moi étions pourtant vulnérables à cet instant là. »
« Je pense, Severus, que des forces étaient à l'œuvre dans cette pièce, des forces que même Voldemort ne pouvait affronter. »
« Qu'est-ce que c'était ? » demanda Harry avec lassitude, les yeux fermés. « J'ai ressenti quelque chose… »
« Oui, j'imagine bien. J'imagine également que tu aimerais rentrer à présent. »
Harry ouvrit les yeux légèrement et vit que Dumbledore souriait. Il lui rendit son sourire. « Oui. S'il-vous-plaît. »
« Directeur, que se passera-t-il lorsqu'il quittera cet endroit à nouveau ? »
Dumbledore s'agenouilla à nouveau devant Harry ; ce dernier ressentit une pointe d'appréhension à l'idée de partir de cet étrange sanctuaire. « Harry, te souviens-tu de ce que tu as ressenti au moment de la destruction du Pilier ? »
Le souvenir était encore très intense. Harry acquiesça. « Mais que… » débuta la Député Leland.
« Chut. Peux-tu te concentrer un instant sur cette sensation, ce souvenir ? Ceci devrait être plus que suffisant pour dissuader Lord Voldemort de t'attaquer à nouveau. »
Harry soupira, résistant au désir de retourner dans cette pièce, de se rouler en boule et de se laisser envelopper par les bras à nouveau. Il n'avait pas imaginé ressentir quelque chose de mieux que d'être enlacé par Mme Weasley, mais ce qu'il s'était passé là-bas…il ne l'oublierait jamais. Il serait difficile de ne pas se concentrer dessus. Mais il laissa Dumbledore et Leland l'aider à se remettre sur ses pieds et le guider vers la sortie dans le couloir.
« Professeur ? » demanda-t-il nerveusement.
« N'aie pas peur, Harry. Rappelle-toi ce que tu as ressenti. »
Harry ferma les yeux un moment, laissant son esprit glisser vers ces minutes merveilleuses, alors qu'il était guidé à travers les sorciers et sorcières qui parlaient autour de lui dans des pièces bien plus lumineuses. Leurs regards et leurs discussions à mi-voix ne le dérangeaient pas autant que d'habitude, la pensée des bras protecteurs lui permettait de ne pas les voir, il avait l'impression que rien ne pouvait le blesser. Sa cicatrice se remit à le picoter mais ce n'était pas la douleur cuisante et lancinante qu'il avait ressenti auparavant.
Il fut légèrement choqué lorsqu'ils arrivèrent à l'étage supérieur où des sorciers travaillaient frénétiquement au milieu des statues dévastées, des décombres au sol et des murs explosés. « Comment vont-ils expliquer ça aux Moldus ? » demanda Harry, grimaçant à la vue d'une immense fissure qui courait tout le long du mur.
« Nous allons communiquer sur une alerte à la bombe, puis laisser le SFM s'occuper des détails. Ils sont déjà en plein dedans, vu les quelques policiers Moldus qu'ils ont déjà eu à Oublietter. » lui expliqua la Député Leland.
Harry soupira en voyant les dégâts. Puis il eut une pensée qui l'alarma. « Combien de blessés ? »
« Personne n'est mort. » répondit Spalding devant eux. « Quelques blessés sérieux sont à l'hôpital mais la plupart des Mangemorts concentraient leurs attaques sur le secteur R et DM avec Vous-Savez-Qui. »
« Allons dans mon bureau. » leur dit la Député Leland.
Une fois arrivés là-bas, le Professeur Dumbledore suggéra qu'il serait plus confortable pour Harry d'arranger un Portoloin intercontinental pour le voyage du retour, et laissa donc Harry avec Snape et Spalding dans le bureau de la Député Leland. Cette dernière et sa Chef d'Equipe allongèrent Harry sur un des sofas et se mirent en quatre pour lui de telle manière qu'Harry se demandait si elles n'avaient pas sept enfants roux chacune. Spalding, en attendant, s'activait et parlait aux autres gardes via leurs badges. Snape, quant à lui, se tenait dans un coin et fixait Harry qui commençait à piquer du nez.
Il se réveilla une heure après lorsque la Député Leland lui tapota gentiment la joue. « Harry, mon chéri, le Portoloin est prêt. Il est temps que tu rentres. » Lorsqu'il se leva, elle ajouta « Je suis désolée que ton premier séjour aux Etats-Unis ait été un tel gâchis. »
Avec un sourire timide, Harry répondit « Rien de bien nouveau par rapport à ce que j'ai déjà affronté chez moi. » A part le Pilier de Storgé. « Washington est un endroit superbe. »
Elle lui fit un grand sourire et lui pinça amicalement le menton. Le Professeur Dumbledore apparut dans l'entrée du bureau, un ballon ovale avec des coutures blanches à la main. « Allons-y, Harry. »
« Où est ce gamin Weasley, du Ministère ? » demanda la Député.
L'expression de mécontentement visible sur le visage de Dumbledore étonna Harry. « Il est retourné au Ministère immédiatement après l'attaque hors de la chambre du Pilier. » Le cœur d'Harry se fit lourd. Percy l'a vu possédé par Voldemort, et il allait sans doute le rapporter à Fudge – et Fudge rapporterait ce fait à tout le monde.
La Député Leland en arriva à la même conclusion. « C'est pas bon ça. Vous pensez que ça va le mettre en danger ? » fit-elle en regardant Harry.
« Je ne puis le dire pour l'instant, mais je ne désespère pas que tout cela se finisse pour le mieux. » dit Dumbledore, tout en semblant la questionner du regard.
Elle acquiesça. « Et bien, en cas de soucis… » Ils s'échangèrent un sourire, se comprenant d'un regard qui échappa totalement à Harry. « Oh, et dites à votre ami Fudge que pendant que nous étions enfermés dans la salle de réunion à regarder votre mage noir rôder autour de notre Capitole, le Congrès Sorcier des Etats-Unis d'Amérique a voté à une grande majorité pour apporter notre aide et notre soutien total au Ministère de la Magie. Des équipes d'Aurors, de recherche, de l'équipement, tout ce dont vous aurez besoin. Ce sera annoncé officiellement au public sorcier américain demain. »
Dumbledore se pencha vers elle. « Nous vous sommes extrêmement reconnaissants, Mme la Député Leland. »
Elle lui fit un grand sourire, puis fit un signe de tête vers Harry. « Que voulez-vous, ce gamin est trop mignon pour résister. » Harry se sentit affreusement rougir. Elle se tourna et l'embrassa sur la joue. « Prends soin de toi, mon chéri – ce n'est quand même pas mon ballon de football que vous utilisez ?! » s'exclama-t-elle en pointant le ballon dans la main de Dumbledore.
« Non, il m'a aimablement été prêté par un des gardes. »
« Ce n'est pas un ballon de football ? » s'étonna Harry, confus.
« Football américain. » lui répondit-elle en riant.
Harry, Dumbledore et Snape posèrent leur main sur le ballon. Leland leva sa baguette et murmura un sort. « Les barrières magiques seront dissoutes dans trois-deux-un… »
C'est ainsi qu'Harry quitta les bureaux du Congrès sorcier américain et la Député Kate Leland dans un tourbillon de vent et de couleurs.
Ils atterrirent non loin de la cabane d'Hagrid.
Harry trébucha et étouffa un bâillement. Dumbledore le regarda attentivement. « Comment te sens-tu, Harry ? »
« Ca va. » lui répondit-il. Snape le fixait toujours aussi intensément qu'auparavant, mais lorsqu'Harry leva les yeux vers lui, il se retourna et se dirigea rapidement vers le château. Harry reporta son attention sur Dumbledore. « Professeur…savez-vous ce qu'il m'est arrivé quand le Pilier a explosé ? »
« Je crois savoir, oui. Allons dans mon bureau, je vais tout t'expliquer. »
Harry n'arrivait pas à marcher rapidement. Il vit les Gryffondors sur le terrain de Quidditch, mais décida d'aller voir Ron et Hermione pour tout leur raconter plus tard. Il voulait d'abord savoir exactement ce qu'il s'était passé. Ils arrivèrent au bureau de Dumbledore, accueillis par un petit cri de Fumseck. Harry s'assit et se mit à caresser Fumseck. Dumbledore prit place derrière son bureau.
« Monsieur, quand le Pilier a explosé…j'ai senti que quelqu'un était là, avec moi. Cette…présence avait ses bras autour de moi, et je me suis senti en sécurité. Ca a duré plusieurs minutes, mais je ne l'ai même pas remarqué. »
Dumbledore acquiesça. « Je ne suis pas surpris. L'expérience que tu as eu aujourd'hui est probablement l'étincelle la plus brillante de la lumière dont on t'a privé pratiquement toute ta vie. »
« Qu'était ce Pilier de Storgé ? » demanda Harry avec précipitation. « Et pourquoi…qu'est-ce que ça m'a fait ? »
Les yeux de Dumbledore pétillèrent derrière ses lunettes en demi-lune. « Qu'en as-tu entendu de la part des Américains avant que tu ne l'aies vu aujourd'hui ? »
« L'un d'entre eux m'a dit que ça apportait de la chance. Qu'il faisait partie d'un bâtiment formé par plusieurs piliers qui contenaient chacun des pouvoirs puissants, et que quelques personnes pouvaient exploiter leurs pouvoirs. Est-ce ce que j'ai fait ? » demanda-t-il, confus. « Est-ce que, d'une manière ou d'une autre, j'ai…libéré quelque chose ? »
« Je vois que les Américains sont plus au courant de l'histoire du Pilier que nos Langues-de-Plomb, dans ce cas précis. Ils ont totalement raison, Harry, le Pilier de Storgé contient l'une des plus puissantes forces magiques. En fait, il s'agit plutôt d'une des plus grandes forces universelles. Il y avait autrefois plusieurs de ces Piliers, forgés pour maîtriser de tels pouvoirs et les accorder à ceux qui en ont le plus besoin. Mais, comme tu as pu le voir, il y avait un léger défaut : plutôt que d'accorder leur pouvoirs à ceux qui en avaient besoin, les Piliers pouvaient refléter ce pouvoir à certaines personnes dotées naturellement de ce pouvoir. Ceci explique la raison de leur disparition : la grande majorité d'entre eux a été en contact avec une personne qui possèdait le pouvoir correspondant en telle quantité que le Pilier s'est détruit lui-même. »
Harry fronça les sourcils, déconcerté.
« Pense à ce que tu as vu aujourd'hui, Harry. » poursuivit Dumbledore. « Patricia Roarke, une jeune sorcière tout à fait ordinaire, touche le Pilier et trouve en elle de la confiance et de la force. Percy Weasley, quant à lui, touche le Pilier et fond en larmes. Et le Professeur Snape, lui, ne ressent rien du tout. »
« Et quand je l'ai touché… » reprit Harry. « Il a explosé. Et je me suis senti…aimé. J'ai cru entendre à ce moment là quelqu'un me dire que tout irait bien. » Il regarda Dumbledore, bouche bée. « Le Pilier de Storgé contenait l'amour ? »
« Pas n'importe quel amour. Il en existe de différentes sortes, et chacune d'entre elle sont de puissantes forces magiques. Le Pilier de Storgé était en fait le dernier des Piliers de l'Amour, mais lorsque tu l'as touché, il s'est détruit. Le mot « storgé » signifie « amour parental. »
Harry resta silencieux. Il s'était demandé…il avait même espéré, mais il s'était raisonné…se rappelant les bras autour de lui, étrangement familiers, protecteurs…et ces mots projetés dans son esprit…
« C'était ma mère. » murmura-t-il doucement. « Elle me tenait. Me protégeait. »
« Oui. » répondit Dumbledore avec douceur. « Ce n'était pas un fantôme, ou un esprit, ni encore cet écho qui était apparu avec Prior Incantatum, mais plutôt l'incarnation de son amour qui l'avait empêchée de s'écarter de toi quand Voldemort est venu avec l'intention de te tuer. Le sacrifice de ta mère a été l'acte le plus puissant, le plus pur que l'amour d'un parent peut être – et c'est pourquoi le Pilier a explosé quand tu l'as touché. Je t'avais dit, il y a bien longtemps, que la marque de son amour vit en toi depuis ce jour. »
Harry dut détourner le regard. Il caressa les plumes de Fumseck un moment avant d'être capable de parler à nouveau. Sachant maintenant ce qu'il s'était passé, il se demanda à voix haute « Alors, qu'est-ce que quelqu'un comme Voldemort a à faire avec ce Pilier ? »
Dumbledore sourit. « Il ne le voulait pas en tant que tel, Harry. Il le craignait. Le pouvoir d'un des légendaires Piliers de Forces magiques, il ne pouvait pas risquer que tu le découvres un jour. »
Harry fixa ses mains. « Ce que je ne comprends pas, c'est…est-ce que le Pilier m'a fait quelque chose ? »
« Le pouvoir du sacrifice de ta mère a presque détruit Voldemort une fois. Il a surpassé cette protection en prenant ton sang – pouvait-il, selon toi, risquer que tu trouves le Pilier de Storgé, qui, non sans restaurer ta protection, l'aurait décuplé ? »
« Donc je suis à nouveau protégé ? » lui demanda Harry. « Il ne peut pas me lancer de sorts ? Est-ce pour ça qu'il est parti après l'explosion du Pilier ? »
Dumbledore acquiesça. « Je ne suis pas certain de la puissance du Pilier, Harry – mais Voldemort non plus. Cependant, ce que l'on sait, c'est qu'une partie du pouvoir contenu dans le Pilier s'est déversée en toi. Voldemort ne risquera pas de t'attaquer dans les jours qui viennent. C'est pour ça qu'il craignait la possibilité que tu trouves le Pilier. »
« Mais… » Harry secoua la tête. « Je ne savais rien du Pilier avant qu'il ne kidnappe ce sorcier Américain. »
« Il y a plusieurs possibilités à ça, Harry. L'une d'entre elles est que Voldemort cherchait vaguement des informations sur les capacités du monde magique Américain, qu'il a vu le Pilier de Storgé dans l'esprit du prisonnier, et qu'il a réalisé ce que cela pourrait t'apporter. L'autre possibilité est qu'il connaissait son existence depuis le début, et qu'il le recherchait pour t'empêcher de l'atteindre le premier. Dans tous les cas, c'est sa propre peur, sa propre obsession, qui a déjoué ses plans. Il est celui qui t'a mené au Pilier. »
Harry sourit. « J'imagine que cela ne lui fait vraiment plaisir. »
« Non. » Dumbledore lui rendit son sourire. « Pas vraiment, je pense. »
Avec un léger soupir, Harry regarda Fumseck. « J'aurais voulu rester là-bas pour toujours. J'aurai aimé pouvoir la voir. »
« Elle était là, Harry. Tu l'as sentie. Et le pouvoir de cette sensation ne te quittera jamais, car le Pilier de Storgé t'a montré que c'était en toi depuis toujours. »
