CHAPITRE REVISE LE : 12/01/2021


Chapitre 04 – Est-ce que je rêve ?


Uhm.

Une goutte de sueur roula sur le front de la jeune fille.

Gah.

La jeune fille fronça les sourcils et ferma légèrement les yeux.

Erf.

De fines mains pales se refermèrent un peu plus sur la poignée de l'ombrelle violette.

Pourquoi est-ce qu'elle devait encore sortir par une telle chaleur, hein ? Pourquoi ? Qu'est-ce qu'elle avait fait de (vraiment) mal qui puisse donner lieu à un tel calvaire ? Bon d'accord, elle avait fait beaucoup de choses mauvaises dans sa courte vie, mais si on excluait les destructions et les pains dans la figure accidentels, les réponses violentes à des agressions, ou ce qu'elle faisait endurer à un certain sadique, ça ne pouvait pas faire autant. Ça devait bien faire 60 à 70% de ses mauvaises actions. Allez, enlevez aussi les choses ou les personnes détruites sur un coup de sang, et voilà, on arrivait à 90% ! Le reste… Disons que ça faisait partie du taux habituel et naturel de méchanceté d'un être humain... Sauf qu'elle n'était pas humaine. Et accessoirement, que ce taux naturel était un peu élevé pour une jeune fille de son âge, humaine ou non.

Ah ! Ça ne servait à rien de se justifier ! Elle n'avait rien fait de mal au point de mériter ça ! Point barre ! Elle avait déjà souffert de nombreuses blessures plus ou moins graves au cours de sa vie, et elle pensait réellement que le jour où elle mourrait, ce serait sur un champ de bataille. Mais non, elle allait se dessécher et mourir cramée au soleil comme une tranche de pain toastée à outrance qui aurait terminé au fond d'une poubelle car carbonisée.

Et le pire de tout ça, c'est qu'elle ne pouvait pas rentrer maintenant, parce que le patron des Yorozuyas lui avait ordonné d'aller chercher son lait fraise et un paquet de papier toilette. Et pourquoi elle avait accepté sans broncher déjà ? Ah oui, parce que le permanenté avait promis qu'elle n'irait pas aux trois prochains jobs que les Yorozuyas auraient à effectuer. L'offre paraissant alléchante à premier abord s'était finalement retournée contre Kagura avec la plus forte des punitions.

Devoir endurer le soleil était déjà un enfer en soi pour un Yato, mais devoir endurer le soleil d'été de la Terre, une planète où il n'y avait pas de longues saisons pluvieuses comme sur d'autres planètes, c'était encore pire. Y'avait pas de mot pour décrire quelque chose pire que l'enfer, non ? Ou alors, Kagura ne le connaissais pas encore. Et maintenant, elle regrettait réellement d'avoir fait ce pacte avec le diable blanc…

Elle avait déjà acheté ce qu'il fallait, (si ce n'est la commande extra de Gintoki , lait fraise et papier toilette, que ce dernier avait hurlé depuis les toilettes de l'agence), et en avait profité pour s'acheter un bâton de glace qu'elle avait englouti en quelques minutes, encore plus de sueur lui coulant du front en partie caché par un bandana lui enserrant le haut de la tête. La chaleur était définitivement insupportable. Rien d'autre n'aurait pu être plus…

« Oh, encore en train de suer comme du porc cuit à la vapeur, la chinoise ? » Fit une voix bien reconnaissable.

… Insupportable.

Elle avait pensé trop vite. C'était une mauvaise habitude chez elle. Et le sadique Okita Sougo du Shinsengumi avait lui, la mauvaise habitude de toujours débarquer au pire moment.

« Lâche-moi, sadique, j'ai pas de temps à perdre avec toi, sinon Gin-chan restera à jamais prisonnier des toilettes ! »

« Ah ? Le patron a encore la grosse commission au cul ? » Souleva le sadique.

« Ah, ça ? Ce sont mes cheveux de beau jeune homme, qui font craquer toutes les filles, mais comme tu ne fais pas partie de cette catégorie, je comprends que tu ne puisses pas les admirer à leur juste valeur. Ça doit être l'effet du Garce-Filtre… »

« Ah ? Le Garce-Filtre ? Tu veux plutôt dire le « Sublime-Demoiselle-Célibataire-Filtre » ! »

« Tssk ! Décidément, tes réparties verbales sont de plus en plus faibles… » Dit-il. « Ton cerveau a fondu avec la chaleur ou quoi ? »

Ah, ça y est, il dépassait les bornes là ! Elle ruminait intérieurement, et avait plus qu'envie de lui en coller une en pleine face. Mais si elle commençait, ça allait se transformer en bataille rangée qui allait durer sans doute très longtemps, et par cette chaleur, c'était impossible. Il fallait qu'elle garde des forces pour revenir jusqu'à l'agence des Yorozuyas. Elle préféra donc l'ignorer, et après lui avoir jeté un regard dédaigneux, se remit à marcher comme si l'échange n'avait jamais eu lieu.

« Oi, tu comptes m'ignorer ? Tu me brises le cœur, monstrueuse gamine ! » Lança-t-il.

Garde ton calme , Kagura… Contrôles-toi…

« Vraiment ? Tu vas me faire ce coup-là ? C'est vache. Enfin, en même temps, c'est dans ta nature, non ? »

Cet espèce de…

Cet enfoiré la suivait comme son ombre, même pas dérangé par la chaleur environnante, et continuait à la harceler.

« Non parce que si tu continues à marcher comme ça... » Continua-t-il.

Vraiment ? Pourquoi ? Pourquoi est-ce qu'il doit à tout prix s'en prendre à elle ? Hein ?

«... Et puis aussi, avec tes pieds de porc... »

Elle devait sûrement cauchemarder. Oui. Être emmerdée dans une situation déjà calamiteuse par une autre calamité...

« ... Sans parler des verrues et aussi... »

Oui. Finalement, ça ne devait être qu'un cauchemar. Et si elle faisait tout son possible pour l'ignorer le plus possible ? Oui, effacer son existence même, comme ça elle ne le verrait plus, ne l'entendrait plus et ne le sentirait plus.

« ... Oi... C'est pas comme si j'avais toute la journée non plus... »

Ah, décidément ça ne marchait pas...

« Qu'est-ce que tu me veux à la fin, sadique ?! » Hurla-t-elle à bout de nerfs.

Hurlement qui surprit bon nombre de personnes dans la rue, et à peine le jeune homme, qui n'en laissa rien paraître.

« Oi, qu'est-ce qui t'arrive aujourd'hui ? D'abord tu m'ignores, et ensuite tu me cries dessus, Me dis pas que c'est cette période du mois ? » Moqua-t-il.

Ce fut la dernière chose qu'il eut le temps de dire, avant de se manger en pleine joue un coup de poing dévastateur qui l'envoya valser à quelques mètres de là, sans qu'il ait le temps de parer. Il faut dire que la jeune Yato l'avait plus que pris par surprise, et que malgré son état de faiblesse momentané dû à la chaleur, elle avait eu assez de force pour sûrement lui fracturer la mâchoire.

« Hé, c'était pour quoi ça ?! » Râla-t-il, encore étendu au sol.

Et il faut dire que, malgré s'être à moitié fait détruire la joue par la jeune Yato, il avait encore assez de présence et d'apparences conservées pour sembler être simplement en train de somnoler au sol.

Kagura ne répondit pas, et tourna les talons, pour s'éloigner le plus vite possible de cette nuisance qui ne l'avait pas lâchée d'une semelle durant les dernières minutes, et s'engouffra dans la petite supérette ouverte 24h sur 24 afin de récupérer les deux derniers items nécessaires à l'accomplissement de la quête confiée par Gin-chan le seigneur des toilettes.

Ses derniers achats mis dans un sac, et ce même sac suspendus à une de ses mains avec l'autre sac qu'elle portait déjà depuis un moment, elle ressorti du magasin ; et fut étonnée de trouver l'endroit où le sadique s'était étalé au sol déserté. Il avait dû en avoir assez, et avait dû décider de quitter les lieux. Enfin débarrassée... Enfin, c'est ce qu'elle croyait, jusqu'à ce qu'une explosion ne réduise le sol en poussière à moins d'un mètre d'elle. Elle sursauta sur le côté, échappant de justesse à une carbonisation imminente, et repéra rapidement d'où venait le tir :

Sur le bâtiment d'en face, avec un bazooka encore fumant, se tenait le sadique, visiblement déçu d'avoir raté sa cible.

« Cet espèce d'enfoiré... Je vais lui faire la peau ! » S'énerva Kagura.

Elle laissa tomber ses sacs de course, explosant au passage les œufs et une des briques de lait fraise ; et se dirigea à travers la rue d'un pas bien décidé vers l'endroit où se tenait le sadique.

« Ah, enfin ! » S'exclama Sougo.

Il avait finalement atteint son but. Il allait enfin pouvoir tenter de botter le cul de la gamine des Yorozuyas, lui qui s'ennuyait autant par cette journée faite exclusivement de patrouilles. Hijikata l'avait encore assigné un emploi du temps bien pourri après qu'il ait tenté de le tuer pour la troisième fois après le petit-déjeuner. Un sale et malsain sourire se dessina sur son visage poupin.

Mais du côté de Kagura, l'énervement était à son comble. Cette sale tête blonde allait payer ! Les gens s'écartèrent par pur réflexe de conservation et de survie de son chemin, à mesure qu'elle traversait la petite rue à la limite du quartier Kabuki. L'ombrelle encore posée sur l'épaule, elle avançait franchement. Cette fois, elle allait lui faire manger ses dents, c'était sûr.

Sauf que les choses ne se passent pas toujours comme prévu. Arrivée à mi-chemin de la rue qui commençait à se vider de monde, Kagura eut soudainement mal à la tête.

« Hein ? Qu'est-ce que... »

Elle n'eut pas réellement le temps de comprendre ce qui lui arrivait. Elle commença à être parcourue de frissons sur tout le corps, et à avoir la tête qui tourne. Puis elle perdit l'audition, n'entendant plus qu'un murmure brouillon. Et enfin, le monde vacilla. Kagura tomba soudainement au sol, immobile.

Le sadique ne perdit pas cette occasion en or, et descendit à toute allure à sa rencontre, prêt à lui asséner un coup de sabre, malgré la foule qui commençait à s'amasser autour de la jeune fille étalée au sol.

« Oi, tu veux encore me faire ce coup-là ? On dirait que t'as pas retenu la leçon la dernière fois, la chinoise. Je sais quand tu fais semblant... » Annonça le sadique.

Levant son sabre, il écarta une foule apeurée et s'apprêtait à donner un coup en plein dans le dos de Kagura, lorsqu'une main l'arrêta soudainement, enserrant le poignet de la main tenant l'arme.

« Hé, enfoiré, qu'est-ce que tu crois faire ? » Demanda faiblement Kagura, recouvrant ses esprits.

« Hein ? C'est pas évident ? Je vais profiter de ton état de faiblesse pour te découper en petits bouts ! » Sourit-il.

Soudain, Kagura frissonna. La présence était encore là. Elle l'avait sentie. Alerte, elle se releva d'un coup, malgré son état de faiblesse provoqué par la chaleur ambiante.

Un autre frisson. On venait de lui toucher la main. Elle regarda subitement derrière elle, sans pour autant voir quoi que ce soit. Et quand elle se retourna à nouveau, le sadique avait disparu. Elle était à nouveau seule, dans la rue bondée de monde.


Chez Gengai, deux Yorozuyas bien connus attendaient avec impatience le jugement qu'allait rendre un vieil homme un brin dérangé. Vieil homme qui, lunettes grossissantes sur le nez, observait avec attention un minuscule objet posé sous un microscope, dans une boîte de pétri.

« Hum. Et tu dis qu'ils ont retiré ça du corps de la petite ? » Demanda Gengai, à moitié absent.

« Oui ! Ça fait la quatrième fois que tu demandes ça, le vieux ! » S'énerva Gintoki.

« Hum... Je dois dire que ça dépasse un peu mes compétences... » Continua le vieux.

« Alors tu peux rien faire ?! T'aurai pu dire ça trente minutes plus tôt ! Ça nous aurait évités de poiroter pour rien ! » Explosa Gintoki.

« Hé ! J'ai dit que ça me dépassait un peu, pas que je ne pouvais absolument rien faire ! » S'offusqua le vieux.

« Gengai-san, vous voulez dire que vous avez peut-être une solution ? » Demanda Shinpachi avec espérance.

Le vieux hocha de la tête.

« ça va prendre un peu de temps, mais si vous me ramenez Tama ici, je pense réduire grandement ce temps. Ces saletés sont manifestement d'origine Amanto... »

Gintoki retint sa respiration à ces mots. Se pouvait-il après tout, que ces nanomachines soient les mêmes... Que celles portées par les Enmis lors de la guerre du Joui?

« Mais apparemment, elles ne sont pas très agressives. Du moins, pas à vue d'œil. J'ai réussi à isoler une partie de leur code de programmation, et il semble que ces saletés aient été programmées pour que les personnes contaminées ne puissent jamais se réveiller... »

Gintoki eut la gorge serrée. Ce n'était pas le Kodoku des Enmis, mais c'était tout aussi terrible. Avec la malchance la plus totale, Kagura ne... Elle ne serait plus jamais là.

« Toutefois, je peux peut-être reprogrammer une de ces machines et lui demander d'arrêter ses semblables, mais ça risque de prendre beaucoup de temps, même avec Tama. Et il faut prendre en compte autre chose... »

Les deux Yorozuyas retinrent leur respiration.

« Je peux désactiver ces machines toutes en même temps, avec un peu de chance, mais si Kagura ne souhaite pas se réveiller... » Commença Gengai.

« Tu plaisantes le vieux ! Bien sûr qu'elle voudra ! » Rit nerveusement Gintoki. « C'est pas comme si elle allait faire une grasse matinée mortelle, hein ? »

« Réfléchis-y bien Ginnoji. Les médecins t'ont dit qu'elle rêvait, non ? » Impliqua Gengai. « Si ce rêve est également un des effets provoqué par les nanomachines, elle ne sait peut-être pas ce qui lui est arrivé, et croit toujours se trouver dans le monde réel. Alors, à ton avis, que se passera-t-il si tu crois être dans le monde réel, et non dans un rêve ? »

« Elle... ne se réveillera jamais... » Réalisa gravement Shinpachi.


A Suivre...


Note d'auteur: Les choses se compliquent un peu avec ce chapitre, et on a eu un bref retour de la fraîchissante agressivité entre Sougo et Kagura. Toutefois, les choses risquent de prendre un autre point de vue aux prochains chapitres;)