CHAPITRE REVISE LE: 21/01/2021
Chapitre 06 – Crescendo
Depuis que Kagura avait été amenée à l'hôpital, plusieurs jours avaient passé, et ce, sans qu'elle montre ne serait-ce qu'un signe de rémission. Les Yorozuyas avaient rendu le vieux Gengai maboule à force de venir le harceler, et le Shinsengumi avait terminé l'enquête préliminaire concernant les événements s'étant déroulés au parc. Pour une fois, un boulot rapidement et efficacement exécuté. Mais à présent que la thèse du Harusame venu régler des comptes avec la jeune Yato avait été vérifiée, les choses n'avançaient plus vraiment. A vrai dire, elles stagnaient...
Et l'état de la jeune fille était devenu semblable à celui d'une personne plongé dans un état végétatif.
Avançant furieusement dans la rue à l'extérieur de l'agence des Yorozuyas, une jeune Yato avait le cœur trop retourné et l'esprit trop dissipé pour faire quoi que ce soit d'autre que marcher tout droit en évitant un maximum de personnes sur sa trajectoire.
Il avait osé.
Il avait osé faire comme si il tenait à elle. Après tout ce temps.
On avait beau dire que Kagura était une fille à papa et extorquait tout ce qu'elle pouvait du vieux chauve, il y avait toujours eu, malgré tout, un certain attachement au vieil homme. Mais cet attachement, bon nombre de personnes en avaient mal saisi la nature.
Elle ne respectait pas le vieil homme. C'était son père, et cela rendait les choses encore plus douloureuses. Il était censé être un père. Il l'avait été une partie de son enfance ; en quelque sorte. Il avait rempli ce rôle de parent pendant un si bref moment qu'elle n'avait pas vraiment pu s'attacher à lui ; comme n'importe quel parent et son enfant.
Il était actuellement, entre le parfait inconnu et l'oncle au troisième degré qui vient à chaque noël pour embarrasser toute la famille. Elle le détestait. Mais elle l'aimait aussi. Elle avait envie de le frapper, mais aussi de le serrer dans ses bras. Elle avait envie qu'il disparaisse de sa vie, mais aussi qu'il reste à ses côtés comme il aurait dû l'être.
Mais il avait fait une chose si impardonnable qu'elle ne pourrait jamais se rapprocher autant de lui. Jamais.
Il les avait abandonnées. Elle n'aurait pas pu comprendre à l'époque, à cause de son jeune âge, les diverses raisons ayant poussé l'homme à partir de la planète, et à les laisser derrière, seules. Elle ne pouvait pas non plus pardonner à son frère. Mais pour son père, elle avait l'intime conviction que la trahison était venue de lui, en premier. Le chauve les avait trahis. C'est pour cette raison qu'elle ne lui pardonnerait jamais.
Le fait qu'il lui annonce de but en blanc qu'il voulait venir vivre sur Terre avec elle ressemblait plus à une grossière insulte, une vile plaisanterie, qu'à des sentiments sincères.
Elle s'était sentie soulagée dans un premier temps. Pensant qu'elle pourrait enfin rattraper son enfance gâchée. Mais la réalité était revenue subitement et lui avait asséné un violent coup de poing dans l'estomac, avant de lui faire un german suplex. C'était son père, et c'était Umibouzu.
Il avait préféré son job en tant que chasseur d'aliens à sa famille. Et dès lors, il avait perdu tout droit de se dire père. C'était peut-être pour cela qu'elle était plus humaine que Yato. Elle avait pensé qu'ils pourraient vivre comme une famille heureuse, malgré une mère malade et un frère turbulent. Mais c'était un sujet tabou. Il fallait être un Yato à part entière, même dans ses sentiments, même si…
Même si votre mère n'était pas aussi forte que vous, et ne le serait jamais.
Il fallait écraser et enterrer toute forme de faiblesse. L'étouffer jusqu'à ce qu'il ne reste plus que le fier et impitoyable Yato.
Elle se mit à courir avec hargne jusqu'au parc du quartier Kabuki, mais s'arrêta soudainement sur un pont. Mais qu'est-ce qu'elle était en train de faire là… Comme si aller voir son rival de toujours allait arranger les choses.
Quelle idiote elle faisait. Cet abruti ne comprendrait sûrement rien de toute façon, et préférerait encore la traiter de monstre plutôt que de jeune fille.
Elle s'accouda sur une des rambardes du pont en bois, et regarda le flot de l'eau caresser les pierres avec une lenteur surnaturelle.
Pourquoi ?
Sa tête se baissa un peu plus, et ses mèches de cheveux écarlates vinrent cacher ses yeux.
Pourquoi ?
Elle serra les dents et se mordit la lèvre inférieure.
Pourquoi ?
Ses poings se serrèrent jusqu'à devenir légèrement rouges.
Pourquoi… Pourquoi est-ce qu'elle avait pensé à cet abruti dans cette situation ? Pourquoi ?
Alors que ce qui était censé lui faire le plus mal - son sentiment de rancune envers son père - s'éclipsait au loin, elle avait encore plus mal. Elle le voyait, lui, avec son regard passif, lui annoncer de but en blanc qu'elle était un monstre. Un monstre. Le monstre que son père avait voulu qu'elle devienne.
Quelque chose de chaud tomba sur ses mains et sur la rambarde du pont.
Elle voulait se battre. Elle ne voulait pas renoncer. Elle ne voulait pas être un monstre. Elle voulait être humaine. Même si cela ne représentait qu'une infime partie d'elle, elle voulait mettre cette part humaine en avant. Elle voulait que cette part devienne tout son être, quitte à abandonner sa force surhumaine pour y parvenir. Elle voulait qu'on arrête de lui lancer des regards effrayés. Même si elle semblait s'en amuser et prendre cela pour quelque chose d'amusant, elle voulait, au plus profond d'elle, être comme ces jeunes filles délicates qui pouvaient vivre une vie normale. Qui pouvaient marcher au soleil sans difficulté, et marcher la nuit sans crainte de voir une unité Amanto débarquer pour tenter de vous exterminer.
Elle voulait juste… Elle voulait juste être plus humaine. Elle voulait juste être plus proche de sa nouvelle famille. Sa famille de la Terre. Pour une fois, elle voulait ressentir ce qu'on ressentait quand on faisait partie d'une vraie famille, si imparfaite soit-elle.
C'est alors… Qu'elle sentit une douce chaleur sur toute sa main. Encore avec le regard flou à cause des larmes qui tombaient depuis quelques minutes, elle fixa sa main. Il n'y avait personne avec elle en ces lieux, mais elle ressentait définitivement la chaleur d'une main sur la sienne. Une main réconfortante, bien qu'elle ne puisse pas la voir. Mais la sensation était là. Son cœur glacé par ses pensées noires se réchauffa un peu à cette présence inexpliquée, et elle renifla bruyamment.
En dessous, la rivière continua de couler, pas le moins du monde troublée par les larmes de la jeune fille.
Shinpachi poussa la porte de la chambre de Kagura. Il était allé chercher de quoi boire, vu l'heure avancée de la journée. Ils avaient rempli un travail assez pénible quelques heures plus tôt, et boire quelque chose de frais leur ferait sûrement du bien.
Le patron, lui, était resté avec la jeune fille, assis sur une chaise à côté du lit. Il avait un regard inquiet, et Shinpachi se dit que le Yorozuya n'avait jamais autant ressemblé à un père qu'en ce moment même. Mais ça, il n'oserait jamais le dire tout haut.
Le jeune homme tendit au plus vieux une canette de thé glacé, et le Yorozuya lui fit signe de la poser sur la table roulante juste à côté d'eux.
Shinpachi s'exécuta, et reporta son regard sur la jeune fille inconsciente.
« Comment va-t-elle ? » demanda-t-il.
« Toujours pareil », répondit Gintoki. « Pas de changement… »
Il avait un ton amère dans la voix, et ses yeux semblaient encore plus morts que d'habitude.
« Tu devrais boire un peu, Gin-san… »
Je sais, dit-il avec ses deux mains enserrant celle de Kagura. Mais j'ai peur que si je la lâche trop longtemps, elle ne sache plus comment revenir à la réalité…
A Suivre...
Note d'auteur: J'avais envie d'exprimer beaucoup de choses dans ce chapitre, que ce soit par rapport à mon propre vécu, ou au fait qu'une situation anodine puisse en réalité être plus complexe qu'il n'y paraît. Ce qui était notamment le cas avec les émotions contraires de Kagura. J'avais vraiment envie d'explorer un peu plus cet aspect de sa personnalité...
Puis, mon coeur parfum Okikagu a ensuite pris le relais, en essayant de rapporter un peu de réconfort. Bref, c'est vraiment un chapitre dans lequel je me retrouve... Et je dois dire que ça fait du bien! :)
