CHAPITRE REVISE LE 22/01/2021


Chapitre 07 – Regard


Cela faisait déjà plusieurs semaines. Ce qui semblait presque une éternité même, pour des gens inquiets attendant que l'être aimé ne s'éveille à nouveau. Pourtant, une de ces personnes s'inquiétant avait bien eu du mal à se présenter à l'hôpital. A vrai dire, cette personne, enfin, cet individu, avait fait tout son possible pour éviter de s'y rendre. Il n'était pas de ceux qui appréciaient les hôpitaux. Il en était même loin. C'était le lieu qu'il préférait éviter le plus possible. Trop de souvenirs douloureux y étaient rattachés.

Okita Sougo était ce genre de personne. Sous cette violence et cette façade inexpressive, se cachait bien un être doué de sentiments, comme chaque être doué de conscience. Et pour ce qui était des hôpitaux, le jeune homme ressentait bien des émotions intenses : haine, peur, tristesse. Il haïssait cet environnement qui empestait l'alcool médical et le désinfectant et qui n'avait rien pu faire pour sa sœur. Il avait peur de retrouver en ces lieux une des rares personnes auxquelles il tienne encore. Il avait peur de ressentir l'amertume et la tristesse qu'il avait ressenties ce jour-là, où sa sœur avait cessé de respirer. Des sentiments qui l'assaillaient de toutes parts, lui insufflant une inquiétude permanente.

Aussi, malgré le fait que sa rivale de toujours, et probablement la seule personne plus à même de deviner ce qu'il pensait, était enfermée dans une de ces salles aseptisées… Il avait tout fait pour ne pas avoir à s'y rendre. Mais… Au bout de quelques semaines à peine, il avait brisé sa résolution. Sur ses heures libres, il cherchait des infos sur le coupable, sans pour autant trouver quoi que ce soit d'utile. C'était rapidement devenu la seule chose dont il se souciait. Et enfin… Il était là.

Sans oser bouger, sur le seuil de la chambre trop blanche pour être honnête, ou agréable à regarder pour des yeux fatigués. Et qu'est-ce qu'il était fatigué. Il était soulagé de voir que personne ne serait là pour voir l'état dans lequel il se trouvait à cette heure avancée de la nuit, ni l'ombre de lui-même qu'il était devenu. Le jour, il se montrait impitoyable à son habitude. Le soir, il reprenait sa vulnérabilité. Et il détestait ça.

Ses yeux scrutèrent la pièce, comme si cette chose inanimée et les objets qu'elle contenait pourraient plus lui en apprendre et lui parler, contrairement à l'occupante actuelle de la chambre. Il n'y eut aucune réponse, mis à part les bruits répétitifs de l'équipement médical en fonction.

Après quelques secondes d'hésitation, il entra dans la pièce, et après avoir fait le tour du lit, s'assit sur la chaise la plus proche de la fenêtre donnant sur un ciel nocturne nuageux. On pouvait entrapercevoir les lumières dues à la circulation de quelques véhicules, et c'était tout. Le reste de la ville semblait plongé dans une pénombre oppressante et une brume étouffante, masquant les hauteurs des plus hauts immeubles.

Il poussa un soupir, et son regard s'attarda sur le visage de la jeune fille.

« Alors c'est comme ça ? Tu vas laisser tomber sans te battre ? Ça ressemble pas du tout à la China que je connais… »

Il n'y eut pas de réponse, seulement le silence.

« Vraiment… Tu inquiètes tout le monde… C'est pire que cette fois où tout le monde te croyait morte… A quoi tu joues ? »

Il écouta le rythme tranquille et régulier de sa respiration, et ce fut tout.

« La China que je connais aurait déjà pris le dessus sur ces saletés, et serait sortie d'ici en trombe pour aller bouffer ses algues dégueulasses qui ont le goût des aisselles d'un p'tit vieux… »

Ses yeux fixèrent la jeune fille, puis observèrent à nouveau la pièce. Sur la petite table, quelques fleurs en train de mourir, quelques cartes de prompt rétablissement, et deux paquets de Sukonbu. Ces deux derniers étant manifestement un cadeau des deux autres Yorozuyas.

« Il faut que tu te réveilles China… Sinon… Il ne me restera plus personne avec qui me battre tous les jours. Et Hijibaka est du genre à mourir d'un coup pour rien, alors je peux pas vraiment m'en prendre à lui aussi sérieusement qu'à toi… »

Inconsciemment, il serra de sa main le masque de sommeil rouge dans sa poche. Et si, comme les médecins l'avaient dit, elle ne se réveillait jamais ? Il n'y avait pas vraiment réfléchi, durant ces longues semaines, mais à présent qu'il prenait conscience de la gravité de la situation, les événements lui paraissaient irréels. Peut-être était-il celui qui rêvait, après tout. Et c'était plus un cauchemar qu'un rêve.

A présent, tout ce qu'il pouvait voir c'était sa sœur, Mitsuba, allongée dans un lit d'hôpital. Il savait que ce n'était pas vrai. Sa sœur était déjà morte depuis un moment. Mort… Un mot qui lui semblait si étranger, et pourtant si familier à la fois.

Mais les choses avaient pris une telle tournure, qu'il ne voyait plus que le visage endormi de sa sœur.

Et il prit sa main dans les siennes. Il n'y avait pas qu'une seule personne endormie dans la pièce, Sougo le savait très bien. Il s'était endormi depuis la mort de sa sœur, et lui aussi, devrait un jour finir par se réveiller, et faire face à la réalité. Pourtant, pour le moment, il se contentera de somnoler, et de repenser à sa sœur à chaque opportunité. Tout ce qu'il pouvait faire à présent, c'était de reporter son attention sur la deuxième femme la plus importante dans sa vie.

Il y eut des bruits de pas dans le couloir, et l'instant d'après, une infirmière passa la porte de la chambre, avant de revenir sur ses pas, et de rentrer dans la pièce.

« Ah, qui a encore laissé la fenêtre ouverte ? Ça fait la quatrième fois cette semaine ! » Se plaignit-elle à voix haute.

Elle ferma prestement la vitre coulissante, et reporta son attention sur la patiente. Tout semblait normal, et elle ressorti donc, reprenant sa ronde en tant qu'infirmière de garde pour la nuit.


A Suivre...


Note d'auteur : les humains sont tous mOches... Heureusement, je suis une magnifique guenon.