CHAPITRE REVISE LE 06/02/2021.
Chapitre 11 – Errance
« Tu dois tuer mon double... »
Ces paroles résonnaient encore dans l'esprit de Kagura, même si elles semblaient de plus en plus n'avoir été qu'un rêve étrange fait en pleine journée.
Elle se souvenait avoir été sur ce pont, avoir projeté son rival dans les airs, puis une silhouette était apparue. Comme une sorte de brouillard, le visage de l'inconnu s'était dissipé le lendemain comme s'il n'avait jamais existé, rendant le tout encore plus irréel. Seuls ces mots restaient encore, retenant un certain sentiment de familiarité.
Pourtant, quand elle y repensait... Qu'avait-elle fait juste après ça?
Qu'avait-elle fait jusqu'au moment de s'endormir et de se réveiller le lendemain ?
Elle avait beau se creuser la tête, elle ne s'en rappelait pas. Elle voulut regarder l'heure sur le réveil justaway du boss des Yorozuya, qu'elle n'avait d'ailleurs pas vu ce matin. Ni Shinpachi d'ailleurs...
Le réveil était posé au sol, à sa place habituelle contre le mur, lorsque personne ne dormait dans la pièce, et étrangement, les aiguilles étaient resté figées sur 5h05. Elles avaient dû s'arrêter en pleine nuit quand tout le monde dormait, mais dans ce cas, comment le permanenté avait-il pu se lever plus tôt qu'elle ?
Puis, finalement, avait-il vraiment dormi ici ? Maintenant qu'elle y pensait, elle ne se souvenait de rien hier soir, et donc ne savait pas si le boss avait vraiment été là.
Elle regarda à nouveau le réveil, et d'un seul coup, il affichait à présent 11h15, et les aiguilles tournaient à nouveau. Pourtant, elle se souvenait parfaitement de ce qu'elle y avait lu quelques minutes plus tôt. 5H05. 5:05.
L'étrange heure était gravée dans son esprit, et à mesure, un autre message prenait forme.
SOS.
Elle n'avait pas pour habitude d'être extrêmement maline et fine quand il s'agissait de résoudre des énigmes, mais l'heure était tellement particulière, que son cerveau encore endormi avait eu la capacité d'y voir des lettre, à la place des chiffres.
Et Kagura se mit enfin à douter.
Pourquoi voyait-elle ou ressentait-elle des choses inexplicables ?
Pourquoi se sentait-elle épiée ?
Pourquoi tout semblait-il si superficiel ?
Pourquoi…
Ces présences qu'elle ressentait, ces contacts qui l'effrayait, ces rues qui semblaient ne s'animer que lorsqu'elle y passait.
Elle courut jusqu'à la porte d'entrée et poussa la porte coulissante tellement violemment qu'elle faillit la fracasser.
La rue habituellement si animée en face de l'agence était vide, déserte. Il n'y avait pas un bruit, même pas celui des moineaux sur les toits, ou de la circulation des voitures au loin.
Le quartier était semblable à une ville fantôme, et quand elle regardait le ciel, aussi loin que ses yeux le permettaient, il n'y avait pas un seul vaisseau en train de voler.
Plus personne.
Était-elle seule ? N'y avait-il vraiment plus rien de vivant dans les environs ?
Elle s'était figée sur place sans même s'en rendre compte, là, sur le balcon de l'agence des Yorozuya.
La jeune Yato n'en avait jamais parlé à personne, mais elle détestait être seule. Elle ne voulait plus vivre ça.
Il fallait qu'elle trouve quelqu'un. Alors Kagura se mit à courir. D'abord dans le quartier de Kabuki, puis dans d'autres endroits de la ville. Puis, voyant qu'elle ne trouvait absolument personne, elle finit par se diriger vers l'autre endroit familier qu'elle connaissait. Un endroit qu'elle avait rechigné à aller voir jusqu'à présent, l'évitant avec précaution.
Le quartier général du Shinsengumi.
Il n'y avait pas une âme. Pas de Gorille exhibitionniste, pas d'accroc aux Anpans, pas de Mayo-lover. Pas un bruit. Le bâtiment principal était comme inoccupé depuis des lustres.
Un sifflement dans l'air, venant de derrière elle.
Son instinct de survie sur-développé lui permit de s'écarter à la dernière minute. Une balle de pistolet lui avait frôlé la joue, laissant une estafilade rouge sur la peau habituellement immaculée.
Elle se retourna, et vit à nouveau son rival, apparu comme par magie, sans un bruit.
Il était en tenue complète du Shinsengumi, avec son uniforme noir et or, l'arme encore fumante dans sa main. Son sabre encore rangé dans son fourreau.
Elle l'observa avec attention, aux abois. Sa main droite crispée sur l'arme, le vent soulevant ses mèches de cheveux. Son fameux sourire inversé, qui du coup n'en était pas un. Plutôt une fine ligne s'approchant de la grimace. Ses sourcils froncés de manière indéfectible. Et son regard. Vide.
Non, ce n'était pas son rival. Son rival aurait eu une quelconque émotion dans les yeux, soit-elle négative ou neutre, avec un certain éclat de malice, de rage ou de haine. Des yeux qui auraient été l'incarnation de flammes mordantes et affamées, montrant que leur propriétaire était prêt à se battre comme un acharné en enfer.
Mais il n'y avait rien de cela. Tout le reste prouvait qu'il aurait pu s'agir de son ennemi de toujours ; mais par ce simple regard, elle sut. Ce n'était pas lui.
«Tue mon double ».
Comme quelqu'un d'autrefois revenu après des années pour frapper à votre porte, ces paroles lui étaient revenues encore une fois en pleine figure. Et à présent elle s'en souvenait. La personne encapuchonnée, elle avait ce fameux regard, même si elle ne pouvait pas voir tout son visage. Ce regard affamé et ce sourire inversé.
La personne qui se tenait en face d'elle n'était pas Okita Sougo, le prince des sadiques et capitaine de la première division du Shinsengumi. C'était un inconnu qui avait revêtu son apparence. Et elle n'aimait pas du tout ça.
Elle chercha son ombrelle de la main, mais ne la trouva pas. Elle ne l'avait pas eu avec elle depuis hier soir, ou plutôt hier après midi, la dernière fois qu'elle se souvenait de quelque chose.
Ce serait un combat à mains nues de son côté. Mais ce ne serait pas tant handicapant que ça pour frapper. Ce qui en pâtirai serait éventuellement la défense. Sans ombrelle par balles, il allait falloir aller vite à couvert, surtout si l'inconnu continuait d'utiliser son arme à feu au lieu de dégainer son katana.
Les projectiles commencèrent à fuser autour d'elle. Vite, esquiver. Ou se prendre le moins d'impacts que possible. Saut à droite, décalage à gauche.
Les balles semblaient la suivre à la trace, dès qu'elle posait les pieds quelque part. Et toujours aucune émotion de la part de l'inconnu qui avait revêtu la peau d'Okita Sougo. Inconnu qui semblait également avoir une réserve infinie de balles.
Il fallait tenter une percée. Kagura décida que c'était la seule solution possible, si cet individu avait en effet un nombre quasi infini de projectiles. Elle se rua alors en direction de son assaillant. Prenant en sa faveur les obstacles présents dans la cour, buissons, rochers, tas de terre, elle fonça en se mettant à couvert autant que possible. Trois balles manquèrent de l'atteindre avant qu'elle ne se plante derrière son dernier point de secours, le tronc du seul arbre assez près de sa cible.
Les coups de feu s'arrêtèrent alors. Plus un bruit, si ce n'est sa propre respiration saccadée. L'individu regardait toujours dans sa direction. Pas le choix. Elle voulait en savoir plus sur ce qui se passait, sur où elle était vraiment.
À mesure que le temps semblait s'écouler au ralenti pendant ce combat, plus rien ne lui semblait réel. Et si tout ce qui s'était passé ces derniers jours n'était pas vrai ? On avait voulu lui faire croire des choses ? Mais dans quel but ? Papi était-il aussi dans le coup, ou s'agissait-il d'un imposteur ? Et Gintoki, Shinpachi ? Elle n'était plus du tout sûre de rien. Et le temps lui même ralentissait encore plus. Était-ce son vrai monde, ou un faux ? Depuis quand tout cela se produisait-il ? Elle ne pouvait plus faire confiance à sa propre mémoire. Tout s'entremêlait dans une affreuse soupe, plus rien n'ayant de sens.
Mais... Au contraire, l'individu capuchonné du pont lui, seul élément qui lui avait paru louche, semblait le seul point de vérité auquel elle pouvait se raccrocher.
Et SOS. Qui avait écrit ça ? Qui avait laissé cet indice dans sa mémoire ? C'était un appel au secours de quelqu'un ? Ou... Était-ce son inconscient qui criait à l'aide ? Elle n'en savait rien. Toutefois, si elle avait une certitude, et une seule, c'est qu'elle avait besoin de réponses ; et la seule personne capable de les lui fournir avait soumis une condition.
Elle devait battre ce type. Potentiellement le tuer. Mais elle n'avait jamais tué personne. Cela la paniqua un moment, mais il lui revient à l'esprit que peut-être que tout ceci n'était qu'une illusion.
Elle s'élança en avant. La fusillade reprit de plus belle. Se déplaçant avec célérité en zig-zag, elle prit une balle dans le côté, mais cela ne la stoppa pas. Puis ce fut le point de contact.
Elle était d'un coup à moins de trois mètres de lui, lorsque son ennemi balança le pistolet qu'il avait tenu jusque là dans sa main vers elle. Kagura fit l'erreur d'avoir son regard focalisé sur l'arme, potentiel projectile, et au dernier moment, se figea. Elle bloqua de toutes ses forces une lame meurtrière prête à s'abattre à la verticale sur son cou. La main droite en partie lacérée par la lame qui exerçait toujours une pression phénoménale, elle grimaça.
Cet enfoiré l'avait distraite un cours moment en jetant l'arme vers elle, et si elle n'avait pas agi sans réfléchir, elle n'aurait certainement pas pu éviter ce coup direct. Mais à présent elle avait une chance. Son ennemi utilisait ses deux mains sur son sabre, tentant toujours de faire descendre la lame vers elle, et n'avait plus de moyen de parer tant qu'elle tiendrait bon avec ses mains.
Ses mains la brûlaient, et elle sentait qu'elle devait certainement perdre du sang, mais ce n'était pas le moment de se soucier de ça. Ses jambes, jusqu'à présent arquées pour maintenir une position apte à repousser la lame pivotèrent. Et dans un formidable coup, elle rappa de toute sa jambe le côté de son adversaire. Un coup qui aurait certainement brisé plusieurs côtes à un être humain, ou à tout autre Amanto n'étant pas un ressortissant Yato. Mais elle en eut la certitude. Ce qu'elle combattait n'était pas humain.
Le corps se tordit sous la pression, comme une sorte d'éponge ou de pâte à modeler, et resta un moment dans cette position incongrue. La chose s'était figée, et la pression sur les mains de la jeune Yato avait presque disparue, bien qu'elle puisse sentir que la lame était toujours dans ses mains. Elle leva les yeux, et ce qu'elle vit la révulsa. Comme un emballage aurait glissé sur un fruit lisse comme une pomme, la « peau » d'Okita Sougo avait glissé légèrement de son porteur, révélant une chose noire et vaporeuse mais pourtant bien tangible.
Elle entendit alors une voix rauque et déformée, comme celle de son rival, mais tellement inhumaine qu'aucune méprise n'était possible à ce point.
« Tu ne t'échapperas pas... »
La « peau » se mit à fondre avant de révéler un être noir comme la nuit qui possédait à la place des mains de longues griffes, et à la place du visage deux yeux ardents d'un rouge profond ; ainsi qu'un sourire formé de dents pointues dont s'échappait une brume infecte, aussi noire que le corps de la créature.
Elle n'avait rien vu d'aussi horrible de toute sa vie, malgré le fait d'avoir grandi sur une planète Amanto. Mais son corps lui disait déjà de réagir, de ne pas rester là. Pas question de rester là. Pas question.
Elle ramena ses mains abîmées près de son corps, l'épée ayant complètement disparu, et malgré ce que lui criait son corps, elle voulut tenter quelque chose. Elle n'avait pas l'habitude d'avoir peur, mais elle voulait tout de même savoir si cette créature était également invincible ou simplement effrayante.
Elle donna un coup de poing franc dans le visage de la créature. Sa tête se fendit en deux, mais la créature ne sembla pas s'en soucier, et commença à se rapprocher dangereusement de Kagura, qui elle-même commençait à reculer. Cette chose ne pouvait pas être vaincue par la force physique. Pas si ladite créature se fichait complètement de ce qui lui arrivait et ne semblait même pas prendre de dommage.
La tête de la créature fusionna à nouveau pour se reconstituer, et Kagura prit enfin une décision.
Elle se souvint d'une des rares leçons que son père lui avait donné. Il y avait parfois des ennemis qu'on ne pouvait pas battre. Des ennemis qui seraient plus forts, même si on pensait pouvoir tout vaincre en étant né Yato.
Elle se mit à courir vers la sortie que la créature obstruait, et réussit à passer de justesse. Elle ne savait pas trop où elle allait, et ne sachant pas si elle était dans son monde ou un autre, préférait ne pas revenir vers l'agence.
Et tandis qu'elle s'éloignait en courant, la créature, au lieu de courir après, commença à s'enfoncer dans le sol.
Et bientôt, une ombre se mit à se mouvoir sur le sable et la terre, à la poursuite de la jeune Yato.
A Suivre…
Note d'auteur : Regardez Classicaloid. C'est drôle, et Beethoven qui a les cheveux blancs est doublé par Tomokazu Sugita !
