CHAPITRE REVISE LE: 30/03/2021
Chapitre 13 - Ombres
Noir. Du noir partout. On n'y voyait rien, absolument rien, mais n'y avait-il vraiment rien à voir ?
Le jeune homme plissa les yeux.
Il avait les yeux fermés ? Ou il faisait vraiment noir ?
Il plissa encore les yeux, et put enfin commencer à discerner des formes au loin.
Sougo se trouvait dans l'hôpital. Toujours dans le même hôpital. Sauf que la pièce était entièrement vide. Non seulement désertée du personnel médical, mais également de tout matériel précédemment présent. Des murs nus. Et lui-même était à présent assis à même le sol.
Il se releva non sans mal, puis entrepris d'explorer les environs. Sortant de la chambre, il vit que le couloir était également vide, et qu'il n'y avait absolument aucun bruit.
Plus aucun être vivant. Le bâtiment n'était plus qu'une coquille vide. Il se demanda un moment s'il était vraiment seul, et si on ne lui avait pas fait une farce très élaborée. Mais rapidement, il se rendit bien compte qu'il ne pouvait se trouver que dans un rêve, ou du moins, ce qui s'en approchait le plus.
Se dirigeant vers les escaliers, il avait eu la surprise de tomber sur la chose la plus troublante qu'il ait jamais vue. Le couloir qui était censé se prolonger pendant encore une dizaine de mètres avait été remplacé par un mur avec le couloir dessiné sommairement dessus, de façon brouillonne.
Mais ce n'était pas la dernière des étrangetés qu'il allait croiser.
En sortant de l'hôpital, il tenta « d'emprunter » et de faire démarrer une voiture, mais après plusieurs tentatives ratées, souleva le capot et se rendit compte qu'il n'y avait pas de moteur.
« Très dysfonctionnel comme monde... Comme une certaine abrutie... » Dit-il pensivement.
Il se résolut finalement à marcher, et commença à déambuler dans les rues, observant avec attention tout ce qui se trouvait aux alentours. Et rapidement, ses sens aiguisés l'avertirent. Il n'était pas seul. Clairement pas.
Il sentait que quelqu'un l'observait, et ça ne devait pas être une personne avec les meilleures intentions. Sougo sentait littéralement des regards lui brûler le dos. Mais il ne fit rien pour débusquer les quelconques observateurs. Ils se montreraient bien assez tôt, et s'en prendre à un adversaire inconnu sans même savoir s'il y avait plusieurs personnes était insensé.
Contrairement à ce qu'on pouvait penser, Sougo pouvait faire preuve de patience. De beaucoup de patience.
S'il arrivait toujours à faire des sales coups aux meilleurs moments, c'était bien grâce à cela. Tout prévoir dans les moindres détails, les moindres possibilités, mais surtout, observer. Et ce qu'il voyait ne lui plaisait guère pour le moment. Il aimait tout contrôler, et les situations échappant à ce-dit contrôle l'agaçaient à l'extrême.
Il se dit alors qu'avoir une voiture en état de marche aurait pu être bien pratique en cet instant. Quelle ne fut sa surprise lorsqu'une voiture apparut au coin d'un bâtiment, là où précédemment il n'y avait absolument rien.
Il s'en approcha, et reconnut une voiture bien réelle et fonctionnelle, avec les clés encore sur le contact.
« Pratique… Si tout ce à quoi on pense apparaît… Même si ce n'est qu'un « rêve »…. » Pensa-t-il à voix haute.
Il monta dans la voiture, et comme il s'en doutait, parvint à la démarrer sans aucun problème.
Roulant dans la ville, il chercha les endroits où il pensait pouvoir y trouver la jeune Amanto, mais sans succès.
Sougo pensa alors à aller chercher près du quartier Kabuki et de ses environs. Néanmoins, durant toutes ses recherches, il avait dû se rendre à l'évidence. La ville était déserte. Il n'y avait plus un seul être vivant, autant humain, Amanto qu'animal. Il aurait même douté de l'existence de sa propre présence, si ça n'avait pas été pour le bruit de la voiture et sa propre respiration. Et cette quasi-absence de bruit le mettait très mal à l'aise. Depuis tout à l'heure, l'individu mystère qui l'avait observé à la sortie de l'hôpital était toujours à ses trousses, l'observant de loin.
Comme un sixième sens, si on peut dire, le jeune homme pouvait sentir ce genre de choses. Il avait peut être hérité de la même étrange intuition que sa sœur, sans que ce soit pour autant appelé de l'intuition féminine…
Il parcourut ainsi tous les endroits de la ville qui lui venaient à l'esprit, se remémorant toutes les fois où il avait croisé la jeune fille, et toutes les fois où il avait entendu dire que cette dernière avait encore semé la panique. Mais plus il parcourait la ville, plus ce qui l'entourait semblait s'estomper.
Jusqu'à ce qu'il arrive aux limites de la ville, et que tout ne soit que roche grise et sombre à perte de vue. Une totale invention, étant donné que la ville était entourée de champs, et non de… ça…
Et ce n'était clairement pas son invention à lui. Il semblait que le monde de la jeune fille s'était totalement séparé de la réalité à cet endroit là, comme si elle ne savait pas ce qui se trouvait au-delà d'Edo.
Et maintenant qu'il y pensait, il n'avait pas vraiment vu la jeune fille sortir énormément de la capitale.
Une vision étrange du monde, qui avait aussi été démontrée régulièrement dans la ville elle-même. Des flaques d'eau reflétant des vaisseaux de guerre, mais un ciel vide à l'opposé ; des cerisiers remplacés par des pruniers rouges comme le sang ; de petites ruelles bien étroites et sinistres étant apparues là où il n' y en avait pas et même une partie de la ville complètement sous une pluie torrentielle, alors que le soleil brillait partout ailleurs. Un ciel dégagé qui semblait si intensément bleu, mais pourtant si triste. Et à l'inverse, des nuages aux teintes grises éparses et complexes, tentant de déroger à cette monotonie aquatique.
Il se demanda si c'était réellement de cette façon que la jeune Amanto voyait les choses, ou s'il ne s'agissait que de son ressenti. A moins qu'il ne s'agisse d'un mélange subtil des deux. Sougo ne s'était jamais vraiment posé la question de savoir comment les autres voyaient les choses, et encore moins pour la chinoise. Aurait-il dû ? S'intéresser aux autres et s'ouvrir aux autres. Était-ce si compliqué ? La réponse devrait très certainement être « oui ».
Depuis son plus jeune âge, il avait dû faire face aux épreuves et aux défis imposés par les autres, ainsi que par le destin. Avec le comportement très protecteur de sa grande sœur, il avait dû contraster par une capacité à tout gérer et à être responsable. Sa responsabilité l'avait amené à devenir Capitaine de la première division du Shinsengumi, et il avait continué à s'enfoncer dans le sérieux de son rôle ; un rôle défini par ce que les autres voulaient bien voir en lui. Et après tout, pourquoi changer quand le regard des gens ne changeait pas et restait aussi sévère malgré la volonté de changer ? Ce que les autres voyaient de lui représentait tout ce qu'ils pensaient de lui et de son caractère.
Alors pourquoi se fatiguer à changer de comportement quand les gens ne font pas l'effort de réviser leur jugement ?
Pourquoi se fatiguer en effet, alors que tout effort était vain ? De cette pensée défaitiste, il en avait oublié sa véritable personnalité. Et la seule personne qui avait su lui faire réaliser qu'il se mentait à lui-même était la personne qu'il était venu chercher. Kagura.
Il préférerait mourir plutôt que de l'admettre, mais la jeune fille était la seule à qui revenait tout le mérite.
Totalement ignorante et irrévérencieuse, elle avait su le sortir de sa torpeur, et dévoiler peut à peu les véritables facettes de sa personnalité. Le fait même d'avoir rencontré les Yorozuya avait été le déclencheur pour enfin être plus honnête avec lui-même.
Et pour rembourser cette dette, il retrouverait la jeune fille, même si cela impliquait de devoir à nouveau supporter son atroce voix.
Abandonnant sa voiture face à un environnement impraticable, il entreprit d'explorer la zone qui lui était inconnue.
Un endroit inconnu froid, sinistre, et pratiquement désert. Des blocs de roche sombre créant du relief, avec quelques amas de bois mort, et des ruines d'anciennes constructions ça et là. Il se surprit à vouloir avoir son katana avec lui, à cause de l'endroit peu hospitalier qui l'entourait, et soudainement, vit que l'objet était apparu à sa taille, comme par magie.
C'était un rêve, ou un monde plus ou moins imaginaire, après tout, alors ce genre de choses était possible. Juste que ça mettait mal à l'aise de souhaiter voir Hijikata noyé par de la mayonnaise, et de voir l'objet de ses rêves soudainement apparaître devant soi. Et une idée vint alors à Sougo. Si tout ce qu'il souhaitait se réalisait, il pouvait très bien souhaiter voir Kagura apparaître devant lui !
Il y pensa très fort, mais rien ne se produisit.
Évidemment, si ça avait été aussi simple, ça aurait été décevant... Il espérait au moins être près de là où elle était supposée se trouver. Car le subconscient de la jeune fille était assez plein, contrairement à ce qu'aurait pu penser le jeune homme. Enfin, du moins pour cette zone précise. La ville semblait déjà loin, si vide et estompée soit-elle.
Il se mit donc à marcher un petit moment, ne sachant pas trop où aller, mais décidant toutefois d'avancer en ligne droite, en se disant qu'aller tout le temps dans la même direction pouvait le mener à quelque endroit. Sauf si bien sûr, cette abrutie de chinoise avait imaginé l'endroit comme une réplique terrestre de Calm Belt dans One Piece (1). Mais vu que la jeune Yato était assez bête aux yeux de Sougo, c'était peu probable. Et de plus, marcher sans arrêt sans ressentir la moindre fatigue était très ennuyant. Mais au moment où il pensait qu'il allait finir par changer de direction, quelque chose attira son regard.
Au loin, plusieurs personnes courraient entre les diverses formations rocheuses. Et la personne qui visiblement menait la course avait des cheveux roux. Bingo. Il avait touché le gros lot.
Le petit groupe de personnes se dissipa soudainement, ne laissant que la jeune fille courir seule, visiblement désorientée. Et elle était passée à plusieurs mètres de là sans s'arrêter, et sans même remarquer Sougo. Agacé, le sadique se mit alors à courir vers la direction qu'avait prise Kagura.
Il voyait la jeune fille courir, et contrairement à lui, qui depuis tout à l'heure ne ressentait aucune fatigue, elle semblait exténuée et au bord de l'évanouissement. Une prouesse en soi, pour une personne censée faire partie du clan le plus fort et le plus redouté de l'univers.
Sougo accéléra la cadence, et bientôt, se retrouva à une dizaine de mètre derrière la coureuse, qui ne semblait pas prête de s'arrêter. Et il remarqua quelque chose. Sur les parois rocheuses bordant le sentier où il courait, des ombres glissaient sur la pierre.
Il avait d'abord pensé que c'était son ombre, et que ses yeux lui jouaient des tours, mais quand il vit une paire d'yeux soudainement émerger et le fixer avec ardeur, son sang se glaça. Il ne savait pas ce que c'était, mais ce n'était pas amical. Loin de là. Et Kagura ne faisait pas que courir depuis tout à l'heure, elle fuyait.
Il voulait exploser la créature, et comme par magie, un lourd bazooka lui tomba sur les bras. Il fit feu, soulevant un nuage de poussière et provoquant une pluie de débris rocheux. L'ombre semblait avoir disparu. Et visiblement, il avait attiré l'attention de Kagura, qui s'était retournée, mais continuait tout de même de courir. Enfin, pendant quelques secondes. Quand elle vit qui avait provoqué la perturbation, elle se figea, et s'arrêta de courir, pétrifiée. Haletante, elle fixait Sougo. Elle fixait même plus loin.
Elle fixait derrière Sougo.
Le jeune homme sentit un frisson lui parcourir le dos, et se rendit compte que plusieurs individus se trouvaient derrière lui. Il se retourna, et vit que plusieurs ombres avaient émergé des roches, et se tenaient là, prêtes à fondre sur lui.
Une question lui vint à l'esprit, ou plutôt deux. Mourir ici faisait-il mal ? Et surtout, pouvait-il mourir dans la réalité s'il venait à mourir ici ? Il sentit une pointe de douleur fulgurante lui déchirer l'estomac.
Une main pâle comme la mort venait de le transpercer par derrière. Ses yeux glissèrent sur le côté, déplaçant son champ de vision vers l'arrière, et tout ce qu'il vit fut une mèche de cheveux roux.
À suivre…
Note de compréhension:
(1): Calm Belt est un continent faisant le tour de la planète dans One Piece. On tourne en ronds si on marche tout droit.
