CHAPITRE REVISE LE 30/03/2021.
Chapitre 14 - Dualité
Des cheveux roux. Ce fut la dernière chose qu'il vit, avant de se retrouver quelques secondes plus tard dans sa chambre, au quartier général du Shinsengumi. Était-il toujours en train de rêver ? Ou était-ce la réalité ? À moins qu'il n'ait rêvé toute cette affaire depuis le début?
Il se redressa, et scanna la pièce plongée dans l'obscurité du regard, avant de voir que deux yeux bleus le fixaient. Un immense sourire fissura les ténèbres de la petite chambre.
Kamui se tenait là, et le regardait comme un prédateur observant la proie qu'il s'apprêtait à dévorer. Instantanément, Sougo se leva, et brandit son sabre, même s'il ne savait pas à quoi s'attendre, venant d'un ennemi représenté dans l'inconscient d'une imbécile comme Kagura.
« Tu ferais mieux de t'en aller, » dit Kamui, avec une voix qui semblait plus appartenir à une jeune femme.
Sougo resserra son étreinte sur le manche de son sabre.
« Tu n'es pas à ta place ici. » Dit la voix venant de Kamui.
« J'ai pas d'ordres à recevoir d'un enfoiré comme toi. » Dit Sougo. « Et c'est toi qui es pas à ta place ici. Ici, c'est la Terre, et c'est le Shinsengumi. »
« Tsst Tsst, » soupira la voix. « Tu crois vraiment que je vais avaler tes bobards, Okita Sougo ? »
Cette fois, il en était sûr. Même si la personne qui se tenait face à lui était le commandant des Harusame, c'était une femme qui parlait.
« Oh, tu m'as percée à jour ? » Dit la voix féminine, comme si elle venait de lire les pensées du jeune homme.
Kamui s'avança soudainement, et attrapa violemment le cou du jeune homme. Le Yato commença alors à étrangler Sougo d'une seule main, son visage souriant resté imperturbable. La poigne de Sougo sur son arme se desserra subitement, et le jeune homme chercha furieusement du regard où se trouvait son sabre… Nulle part. Le katana avait disparu.
« C'est malheureux, mais je ne contrôle pas les gestes de ce Kamui. » Dit la voix. « À vrai dire, je ne me contrôle pas du tout. Non pas que ça me change d'habitude, mais là, c'est différent. »
« Qu'est-ce que tu racontes, espèce de tarée travestie ? » Moqua Sougo en un souffle.
« Je vais te donner un indice, Okita Sougo. Prends garde aux ombres. C'est tout ce dont tu dois te soucier pour l'instant. Ça, et moi, bien entendu. »
Kamui disparut soudainement en un battement de cils, comme s'il n'avait jamais été là. Mais la respiration saccadée de Sougo et la douleur qu'il ressentait à la gorge disaient le contraire.
« Quel taré… Ou Tarée. Je sais plus vraiment à qui j'ai affaire… » se dit-il à lui-même.
Il avait eu envie de lui trancher le bras. Mais il n'avait pas pu. Son sabre n'apparaissait toujours pas, même en le souhaitant très fort. Et ça allait clairement poser problème s'il revoyait cette personne. Ou chose… Peu importe ce que c'était.
Il se releva et entreprit de sortir de sa chambre. S'il était revenu en ville, tout était à refaire. Il aurait de nouveau à partir en périphérie de la ville pour tenter de trouver la chinoise. Époussetant son uniforme du Shinsengumi, il fit coulisser les portes de sa chambre et sortit, pour se retrouver nez à nez avec le champ de roche sombre. Plus rien ne le surprenait, même pas le fait que la petite pièce avait complètement disparue quand il se retourna. Mais à présent quoi faire ? Il n'avait finalement pas bougé d'un pouce de sa position initiale, mais ce rêve étant « malléable », il avait peur que distance et temps ne soient plus les bonnes unités de mesure à appliquer à ce monde.
Il entendit un cri strident, et une sorte de grincement intermittent infernal. Comme du vieux métal rouillé qui se déplaçait et perdait des morceaux en route.
Sabre. Où était son sabre ? Il voulait le faire apparaître mais plus rien à faire, ça ne marchait plus. Il repéra alors la branche d'un arbre mort tombée au sol, d'à peu près cinquante centimètres de longueur. Il fallait faire avec ce qu'il trouvait. Il se saisit de la branche, et se plaça derrière un petit rocher.
Les ombres de tout à l'heure étaient de retour, plus menaçantes que jamais. Et en plus grand nombre. S'il était seul à leur faire face, il n'était pas très sûr d'avoir le dessus.
Le cortège sombre passa, et le silence revint, laissant à Sougo le temps de souffler un peu.
« J'espère vraiment que le patron et Hijibaka font ce qu'il faut… »
Il desserra un peu son col. La chaleur avait augmenté en peu de temps, et devenait insoutenable. La branche qu'il avait trouvée lui avait noirci la main, et il s'était rendu compte que l'arbre auquel avait appartenu le morceau de bois avait brûlé, et n'était pas seulement mort de sécheresse ou d'une autre raison naturelle.
Il se rendit enfin compte que tout ce qui se trouvait autour de lui était recouvert de cendres, expliquant la couleur grise unie et oppressante. Devait-il y voir la manifestation physique du mal qui rongeait la jeune fille ?
Si c'était le cas, son état était vraiment grave. Malgré sa force, elle cédait peu à peu du terrain à ces choses. Mais si ces choses la poursuivaient, il avait une grande chance de la retrouver en suivant ces ombres.
Il se redressa et décida que ce serait son nouveau plan, à défaut de mieux. Suivre la colonne obscure sans se faire repérer.
Mais il avait l'impression que plus il marchait, plus il s'éloignait de son but. Ou plutôt, plus il marchait, et plus son but devenait de moins en moins tangible. Il marchait, marchait, marchait….
Est-ce qu'il perdait la tête ? Est-ce que le mal qui rongeait Kagura commençait à l'affecter aussi ? Il n'aurait pas su le dire, tant la situation était confuse autour de lui.
Bientôt il n'y eut même plus d'arbres morts, juste de la roche, et une chaleur insoutenable. Le soleil, invisible mais pourtant agressif, brûlait la peau tant et si bien que Sougo pensa à un moment qu'il traversait en réalité un immense brasier. Des flammes commençaient même à danser devant lui. Non, des lames de lumière. Des… Lames.
Reflétant la lumière écrasante et omniprésente provenant du ciel, des lames rutilantes étaient apparus devant lui. Les créatures venaient dans sa direction pour l'attaquer, mais ça ne voulait pas dire qu'il n'y avait personne derrière lui.
Sa prédiction fut exacte. Il se baissa juste à temps pour éviter une lame agitée dans son dos. Il fit volte-face et donna un coup de pied dans le corps de son attaquant.
Crac.
Il venait de se casser les orteils, au vu du son, mais il ne ressentait rien. Pas encore. L'adrénaline faisait son effet, et il était entièrement focalisé sur la bataille qu'il allait mener.
Six ombres l'avaient encerclé, avec des lames qui étaient le prolongement naturel de leurs quatre bras. Et il fallait toutes les parer ou les éviter.
Si quelqu'un avait vu la scène de l'extérieur, il aurait pu dire que Sougo dansait. Une danse féroce où la moindre erreur amènerait la mort, ou quoi qu'il puisse arriver dans ce monde si on venait à être blessé.
Les créatures n'avaient pas d'oreilles ni de bouche, mais elles avaient des yeux aussi sévères que les divinités de la foudre, se surprit à penser le jeune homme. Et elles aussi, aux mouvements saccadés et imprécis, semblaient effectuer une danse irréelle, ponctuée de grincements et de courants d'air créés par leurs lames.
Les ombres lui avaient tendu une embuscade, apanage des lâches et des malhonnêtes, mais avaient cette façon de bouger qui n'était en rien comparable aux vulgaires brigands dont ils avaient emprunté la technique.
L'une des créatures, prenant avantage du mouvement créé par les autres et qui occupait toute l'attention de Sougo, en profita pour attaquer sur le flanc gauche. Sougo évita en faisant une roulade dans la cendre. Se redressant instantanément, il projeta sa branche vers l'attaquant, et l'expulsa à une dizaine de mètres de là, le buste en miettes. Une texture semblable à du vieux fer et à de la pierre se révéla à l'air libre, exposé par le torse fracturé. Cet ennemi ne se relevant pas, Sougo sut qu'il pourrait résister aux autres et les mettre hors d'état de nuire.
Son regard revint alors vers son bras tenant encore la branche. La cendre qu'il avait sur la paume de la main s'était répandue sur tout son avant bras, et il lui semblait qu'elle continuait de progresser alors même qu'il la regardait. Cette fois il pouvait vraiment juger de la situation. S'il ne se dépêchait pas, il allait rester coincé ici. Et par ici, il voulait dire dans le rêve.
Une lame siffla près de ses oreilles et l'incita à reprendre le combat là où il l'avait laissé. Deux ennemis se ruaient sur lui par devant, et probablement un par derrière, à en juger par les grincements qui se rapprochaient. Il para l'attaque de devant, puis se décala rapidement sur le côté pour éviter l'assaillant le prenant à revers, mais ne put réagir à temps pour échapper à la douleur fulgurante qui lui foudroya l'épaule. Une créature venait de le mordre profondément, malgré le fait de ne pas avoir de bouche quelques instants auparavant, et ses dents aiguisées et longues avaient presque déchiqueté les muscles. Sougo émit un râle sous le coup de la douleur, qui était encore plus violente à cause de la chaleur.
Serrant les dents, il tenta de se dégager, mais la douleur était trop forte, et la prise du monstre absolue. Les autres adversaires avaient senti que leur moment était venu, et ils se rapprochaient tous à la fois, sachant que leur proie ne pourrait leur échapper. Et Sougo pensait la même chose. La cendre noire s'échappait de la morsure et se propageait encore plus vite sur sa peau, et il sentait ses membres s'engourdir. Son bras le plus touché, que la créature mordait toujours, ne répondait déjà plus. Il ne voulait pas s'avouer vaincu, malgré la situation semblant désespérée.
« Bande… D'enfoirés… » Lâcha-t-il.
Les grincements, tout autour de lui l'empêchaient de garder son calme, Aussi ne comprit-il pas tout de suite ce qui se passait.
Une main pâle se posa alors sur la gueule de la créature qui continuait à le mordre, et une autre, qu'il ne pouvait voir, s'était glissée en dessous. L'ombre commença alors à hurler, mais cette fois bien plus fort, comme si elle avait mal. Les deux mains avaient agrippé le haut et le bas de sa mâchoire, et tiraient dans des sens opposés. Avec peine, la mâchoire lâcha enfin prise sur l'épaule de Sougo, et ce dernier tomba lourdement au sol, l'épaule en sang.
Mais les mains ne s'arrêtèrent pas là. Elles éloignèrent encore plus les deux mâchoires l'une de l'autre, jusqu'à ce qu'elles dépassent un angle normal d'ouverture, craquant sinistrement avant de se retrouver complètement arrachées. De là où se trouvait avant une gueule béante pleine de dents, demeurait à présent un trou béant d'où s'échappait un liquide noir et visqueux, probablement l'équivalent du sang pour ces créatures. Il leva le regard, et vit qui était venu à sa rescousse, malgré la lueur infernale du soleil l'éblouissant.
Kagura, celle-là même qu'il cherchait. Du sang noir avait giclé sur ses bras et son torse, et elle semblait aussi mal en point que lui.
« C'est… Vraiment toi sadique ? » Demanda-t-elle entre deux grosses respirations, sa poitrine s'élevant et s'abaissant brusquement.
Il la fixa un instant sans rien répondre, mais son regard insistant en disait autant qu'un millier de grossièretés.
Un coup de poing vint en sa direction, et il l'arrêta de justesse de sa main encore valide, devant son visage. Un poing autant noirci que son bras rendu inutilisable.
« Alors c'est vraiment toi… Je sais pas si je dois rire ou pleurer… » Continua Kagura.
« Tu devrais plutôt pleurer d'avoir retrouvé ton maître, la chinoise, » dit Sougo avec difficulté.
Entre la douleur de ses blessures et le poing de la jeune fille à maintenir éloigné de son visage, il avait déjà de quoi faire. Mais les autres ennemis étaient toujours là, au nombre de quatre, et ils se rapprochaient, se fichant complètement que l'un d'entre eux soit tombé aussi subitement au sol.
La Yato retira son poing de la main du jeune homme avec un peu de difficulté, comme si celui-ci tentait de la retenir, puis lui tourna le dos pour faire face à ses ennemis.
«Tu peux parler, sadique. Faut être un sacré tordu pour me suivre jusqu'ici. Un gros stalker, même !»
Elle s'élança en avant sans lui donner le temps de répliquer, et enfonça ce même poing noirci dans le torse d'une des ombres. Néanmoins, elle était dans un état si lamentable que ses mouvements n'étaient pas aussi rapides qu'à l'accoutumée. Elle était bien ralentie. Et ses coups semblaient porter avec difficulté.
Les grincements métalliques s'intensifiaient, et Sougo n'allait pas en rester là, malgré le fait de n'avoir qu'un seul bras de fonctionnel. Il se remit debout, et se rua vers un ennemi qui venait déjà à sa rencontre. Il n'avait plus sa branche, mais ce n'était pas grave. Il pouvait toujours utiliser ce qu'il avait appris sur le terrain, en lieu et place du maniement du sabre. Car se reposer uniquement sur son sabre était une grave erreur. Et Sougo le savait plus que quiconque.
Juste avant de heurter sa cible de plein fouet, il se baissa un peu plus et heurta le ventre de la créature au lieu de sa tête, esquivant au passage un coup de la bête. Dans le même mouvement, il continua d'avancer tout en entourant de son bras encore valide le torse de la créature, et alors qu'il se penchait en arrière, parvint à la soulever légèrement en l'air. C'est tout ce dont il avait besoin pour balancer derrière lui le monstre en le faisant rouler sur son dos. L'ombre fit un vol plané quelques mètres plus loin, et s'écrasa lourdement au sol.
Même si ça ne l'avait pas achevée, Sougo savait parfaitement quoi faire. Mais n'avoir qu'un seul bras compliquait vraiment les choses.
Il sauta sur la chose et commença à l'étrangler avec son bras en passant derrière elle. Elle se débâtit un instant, prise au piège dans l'étreinte des jambes de Sougo ; mais le jeune homme parvint à trouver le point de rupture, et dans un craquement, lui disloqua le cou.
Au même moment retentit un cri, cette fois d'origine humaine.
«China !»
À suivre…
