CHAPITRE REVISE LE: 30/03/2021


Chapitre 15 – Étilaud


Le cri avait résonné en même temps que Sougo avait effectué son geste. A n'en pas douter un cri de douleur. Un cri poussé par la chinoise.

Il avait tourné la tête vers elle, et avait vu ce qui avait tout provoqué. La jeune femme venait d'avoir le bras arraché, de la plus horrible des façons qui soit. Son épaule n'était en partie plus là, et un flot de sang s'en déversait. Son corps, presque devenu entièrement couleur cendre, commençait à effectuer des mouvements de moins en moins précis.

Dans un dernier élan, elle asséna un violent coup à la dernière créature encore debout qui lui avait infligé cette blessure, l'autre étant déjà K.O. depuis un moment. L'ombre s'écrasa dans un bruit de tôle froissée contre un rocher, et dans les secondes suivantes, Kagura s'écroula en arrière sur le sol.

« China ! » Hurla Sougo.

Il se releva et se précipita vers elle. Mais une fois arrivé juste devant la jeune fille, il comprit que la blessure qu'elle avait reçue, même si tout ce la n'était qu'un rêve, était mortelle. Allongée au sol, elle ne pouvait déjà plus faire le moindre geste, la cendre ayant gagné tout son corps à l'exception de sa tête.

« Je… Peux… Plus bouger… » Dit-elle avec difficulté.

Sougo ne savait pas quoi faire. C'était l'influence de ces choses qui l'avait mise dans cet état, non ? Elle allait se réveiller, ou au contraire ne jamais le faire ? Si elle était autant paralysée que lui avec son bras, qu'allait-il se passer ?

Elle continuait de se vider de son sang, et son regard devenait de plus en plus livide.

« Qu'est-ce que je peux faire ? » Demanda-t-il à voix haute, la gorge enrouée.

Une pointe de panique, pourtant imperceptible au départ, l'envahit entièrement. Il était en train de revivre quelque chose de douloureux. Le même sentiment que lorsque Mitsuba allait au plus mal. Au moment… Où elle allait mourir.

Sougo ne voulait plus y penser, mais c'était pourtant ce qui se répétait sous ses yeux. Un rêve transformé en cauchemar. Il avait déjà pris la mouche le jour où la jeune Yato avait feint sa mort, mais uniquement parce qu'il savait que c'était faux. Et à présent, c'était vrai. Kagura avait été touchée au plus profond de son être par le poison qui lui avait été administré… Il ne voulait pas la voir mourir, que ce soit ici, ou dans la réalité. Il ne voulait pas que sa rivale de toujours meure. Il ne voulait pas que la fille goinfre et monstrueuse ne meure. Il ne voulait pas que la seule autre personne dont il se sentait proche, sa sœur mise à part, ne meure. Il ne voulait pas revivre quelque chose d'aussi triste que ça. Il ne voulait pas retrouver son cœur empalé cruellement à la vue de tous. Il ne voulait pas…

« Hé, la chinoise, tout ça n'est qu'un rêve, il faut que tu te réveilles. Hein ? Réveilles-toi… »

Une supplique qui ne servit à rien, bien qu'il la prit dans ses bras. Les mots tombèrent dans le vide, tout comme ceux qui suivirent.

« Je suppose que même dans un rêve... Non... Un cauchemar... Je ne suis pas assez forte... Pour protéger ce que je veux protéger... Je suis... Désolée... » dit-elle dans un dernier soupir, avant de s'arrêter de respirer.

La jeune fille avait à présent les yeux fermés. Et elle ne les rouvrirait pas.

Sougo la fixait sans savoir quoi faire.

Elle... Était morte ? Kagura était morte ?

Il eut envie de hurler, mais ne put pas. Il eut envie de pleurer, mais il ne put pas. Il ne voulait pas la lâcher, mais il sentait que lui aussi commençait à partir. Le patron allait faire une de ces crises, quand il verrait qu'aucun des deux n'était revenu de ce monde étrange...

Et pour faire écho à son sentiment si soudain et cruel de délaissement, il sentit que quelque chose avait touché son cœur. Il l'avait à peine réalisé, déjà sous le choc de ce qu'il venait de vivre. Et quand il revint un peu à lui, vit un trou béant dans sa poitrine. Il n'y avait plus rien à la place, juste du vide, et quand il releva les yeux, vit que Kamui était à nouveau là, en face de lui, avec vraisemblablement ce qui restait de son cœur entre les mains.

Ah… Après tout… Pourquoi pas… C'était pas si grave…

Un peu de repos après toute cette vie de chien, c'était pas si mal…

Et Kamui qui avait de nouveau disparu…

Les cheveux sur sa nuque se hérissèrent. Quelque chose se tenait derrière lui.

Il se retourna, et à la place de Kamui, une jeune femme aux cheveux roux et au regard vide le fixait, les mains ensanglantées.

« Qui t'es encore, toi ? » Demanda-t-il.

Aussitôt qu'il eut prononcé ces mots, la réalisation frappa Sougo. C'était la même personne qu'il avait rencontrée à son arrivée et qui avait tenté de l'étrangler. Kamui et elle ne faisaient qu'un.

La jeune femme le fixait toujours, et comme si elle se fichait éperdument de la situation, sourit.

« Qu'est-ce qui te fais rire, sale garce ? » Cracha Sougo, penchant encore plus vers le sol.

« Je suis venue voir sa conclusion. » Finit par dire la jeune femme.

Maintenant que Sougo y faisait attention, la personne en face de lui ressemblait beaucoup à une version plus vieille de Kagura, comme une adulte. Si ce n'est qu'elle portait un costume étrange composé d'une tunique chinoise entièrement blanche et maculée de sang, de ses longs cheveux lâchés en arrière, et de ce regard vide qu'elle affichait.

« Tu vas répondre ? T'es qui ? C'est toi qui es derrière tout ça ? » Menaça le jeune homme.

« Oui et non, Okita Sougo... Tu sais où nous sommes ? Nous sommes dans le subconscient de cette idiote... » Dit-elle en fixant la forme inanimée de Kagura au sol.

« Je savais où on était, ça réponds pas à ma question, » menaça à nouveau le jeune homme, fixant intensément la jeune femme du regard.

« Qui dit subconscient, dit véritable personnalité, non ? » Sourit d'un air macabre la jeune femme.

« Et tu prétends être… ? »

« Je suis la personnalité cachée de cette idiote. Je suis celle qu'elle a emprisonnée au fond d'elle, qu'elle a enchaînée, et qui est forcée de rester dans l'ombre... »

Aussitôt, il sentit une respiration dans son cou, et se retourna pour faire face à deux orbes bleues. Il cligna des yeux, et les deux yeux avaient disparus. Il se tourna pour observer les alentours, et vit que la jeune femme s'était rapprochée par un des côtés qu'il avait négligé. Il cligna de nouveau des yeux, et sentit une paire de mains froides parcourir sa gorge. Il souhaita avoir eu son son sabre pour pouvoir trancher ce qui se trouvait derrière lui et qui se permettait de le toucher ainsi. Mais sa main valide ne rencontra que le vide. Pas de sabre, c'est vrai.

« Tu penses vraiment pouvoir me toucher avec un niveau aussi lamentable ? » Dit-elle sans pour autant mettre de sentiments dans ses mots, tel un automate qui répéterait une phrase enregistrée au préalable. « Si je pouvais prendre le dessus sur cette idiote, je me ferai une joie de t'arracher les membres un à uns, dans la réalité... »

Sougo ne voulait pas la croire. Ça ne pouvait pas être possible.

« Oh, mais que vois-je, un regard sceptique ? » Sourit-elle. « C'est SI inhabituel chez toi, pauvre humain, » railla-t-elle avec mépris. « Tu étais le dernier que je m'attendais à voir ici, pourtant... Toi qui es si faible. »

« Tu peux parler, sale garce. C'est pas moi qui suis enfermée ici à longueur de temps ! »

« Moques-toi tant que tu peux... Je n'ai que faire des faibles de ton genre... Mais quelque chose m'intrigue. Pourquoi toi ? Cet imbécile de bon à rien qui prétend prendre soin de l'autre idiote n'aurait pas mieux fait l'affaire ? Ou ce gamin à lunettes ? »

« ça ne te regarde pas... » Répondit-il.

« Oh, allez, tu n'en a plus pour longtemps... Dis le moi... Ce sera notre petit secret... » Demanda-t-elle d'une voix dénuée d'émotions mais se voulant convaincante et tentatrice.

« Tu peux aller crever ! »

« Oh, tu m'en vois désolée, mais c'est un peu tard pour ça... Quand l'autre idiote mourra, pouf ! Je n'existerai plus... Quel dommage, j'avais tellement de têtes à arracher sur ma liste... » Dit-elle, faussement désolée. « A commencer par la tienne, et par celle de son meurtrier de grand frère. »

« Tu... Tu veux dire qu'elle n'est pas encore morte ?! » S'exclama Sougo.

Il sentit soudainement sa tête prise dans une poigne de fer, de fins doigts manquant de s'enfoncer et de passer à travers son crâne.

« Je ne le dirai qu'une fois, sale vermine. Si cette gamine meurt, je meurs avec elle, c'est bien clair ? Nous ne formons qu'une seule personne, alors rappelle-toi que si tu la sauves, j'attendrai le moment propice pour t'arracher la tête ! Et cette fois-ci, ce ne sera pas dans un misérable rêve ! » Dit-elle froidement, son regard empreint de folie fixant le jeune homme.

Et Sougo devait l'avouer. Il avait peur de cette personne. Même si elle n'existait pas vraiment... Enfin...

La pression sur son crâne se relâcha, et il s'écroula lourdement au sol, aux côtés de Kagura.

« Si j'ai bien compris, tu veux vivre, sale garce ? » Synthétisa Sougo.

La jeune femme ne répondit rien, et se contenta de le fixer, avant de continuer son « monologue » :

« Si tu veux la sauver, il n'y a qu'un seul moyen... »

Sur ces mots, elle se transperça elle même le corps avec sa main droite, un flot de sang commençant à s'écouler de sa poitrine, et à former une flaque obscure sur le sol.

« Si tu veux vraiment la sauver, tu vas devoir aller ici... » Dit-elle en désignant la flaque de sang au sol.

« Tu te fous de moi ? Je suis pas sataniste ou autre, je suis juste sadique. Compte pas sur moi pour me tremper dans ton sang ! » Répondit-il.

Deux yeux bleu intense le dévisagèrent à quelques centimètres de son visage, manquant de le faire basculer en arrière sous le coup de la surprise d'une telle apparition.

« Ce sera la seule chose que je dirai, alors écoute moi bien, faiblard : Sauve l'autre abrutie. Si tu arrives à la sortir de là, ce sera gagné... Mais si tu échoues, je me ferai un plaisir de mettre fin à ta misérable existence... Et surtout, ne touches à rien que tu trouveras à l'intérieur. »

Sur ces mots, la jeune femme disparut, laissant uniquement comme preuve de sa présence la grande flaque de sang presque noir recouvrant le sol. Sougo se retourna, et vit que le corps de Kagura avait également disparu. Il n'était plus du tout blessé non plus. Mais il remarqua que tout le paysage qui l'entourait avait à présent rétréci, pour finalement former une immense étendue noire où le seul endroit encore visible était l'endroit où il se trouvait. Il observa la flaque de sang un moment, puis se décida. Il n'avait que ça à faire après tout, non ? Passer à travers ce truc, et il pourrait la sauver ?

Prenant une grande inspiration, il s'avança et posa un pieds dans la flaque, pour finalement se rendre compte que cette dernière n'avait pas de fond, et qu'il venait de s'y enfoncer entièrement pendant une fraction de secondes, avant de ressortir à quelques centimètres au dessus d'un sol poussiéreux, tombant de tout son long sur la pierre dure. Il était arrivé autre part.

Il entendait de la pluie, de fortes averses et du vent, ainsi que des planches de bois heurter des murs sous la violence de la tempête. Il se releva, et commença à observer les alentours. Il se trouvait dans un vieil immeuble en partie en ruine, où aucun son humain ne semblait parcourir sa structure.

Ah non, il avait parlé trop vite. Il entendait une respiration saccadée.

«K... Kamui...» Dit une voix très faible.


À SUIVRE…