Le Maître de la Mort et la Fille de l'Ombre
Chapitre 1 : Amour brisé
Rose se leva brusquement, ses yeux regardant l'homme qu'elle avait toujours aimé. Elle était blessée. Ses mots se jouaient, se répétaient sans cesse dans son esprit.
J'ai renoncé à toi. Les amours se fanent. C'est ce qui est arrivé au mien.
Cela lui faisait tellement mal, à l'intérieur. Quelque chose venait de se briser en elle. Après toutes les choses qui leur étaient arrivées, après toutes les choses qu'elle avait faites, elle n'avait jamais considéré qu'il puisse vraiment ne plus vouloir d'elle. Il disait qu'il l'aimait. Il l'avait toujours dit. Et maintenant ...
Elle fixait le visage de Dimitri et vit pendant quelques instants son visage dur se changer pour montrer de la culpabilité avant de devenir impassible. Il venait de mettre son masque de gardien. Mais il n'ajouta rien. Alors elle fit ce qu'il lui avait toujours enseigné : courir. Elle courut hors de l'église et traversa le terrain de la Cour Royale. Elle croisa soudain le gymnase et la piste d'athlétisme et, ne voulant pas s'arrêter de courir, elle fit donc des tours de piste. Elle pleurait autant qu'elle courait, le coeur blessé, détruit, tel un vase que l'on jette au sol. Elle n'était plus que morceaux.
Au bout d'un moment, ses larmes se tarirent mais elle ne s'arrêta pas de courir. Ni de ressentir. Elle ne pouvait juste plus pleurer. Elle ne devait plus le montrer. Elle n'était pas faible. Elle était une gardienne. Elle devait être forte pour pouvoir accomplir son devoir. Alors qu'elle courrait toujours, elle se mit à réfléchir.
Elle ne pourrait jamais être une bonne gardienne ici. Pas avec Dimitri dans les parages à toujours lui remémorer ce qu'elle avait perdu. Cela ne l'aiderait pas, bien au contraire. Et il avait besoin de Lissa. Bien plus que Lissa n'avait besoin de Rose. Et Dimitri était un très bon gardien, il pourrait la protéger. Et elle, elle continuerait à absorber ses ténèbres. Mais de loin... C'était le mieux qu'elle pourrait faire pour sa meilleure amie.
Forte de sa décision, elle s'arrêta de courir et sortit son téléphone portable. Il n'y avait qu'un homme qui pourrait l'aider à faire tout cela rapidement et ce, sans que cela s'ébruite. Elle ne voulait pas de Lissa sur les bras tant que tout ne serait pas arrangé. Et encore, même après ... Non, elle ne lui dirait pas. Pas de vive voix. Elle ne pourrait pas le supporter.
Elle attendit deux tonalités avant d'entendre la voix de Zmey à travers l'appareil.
« J'ai besoin de ton aide, Vieillard. »
Tout se passa très vite. Dans l'heure, elle s'arrangea pour avoir quelques jours à elle et prit l'avion pour rejoindre son père en Europe, en France plus précisément. Il l'accueillit bien gauchement dans sa chambre d'hôtel car la demande de sa fille était étrange. Il demanda bien vite ce qu'il se passait et il fut étonné de voir Rose si vite cracher le morceau. Il n'avait rien pu lui arracher la première fois qu'il l'avait rencontrée, elle avait gardé son objectif de sauver Dimitri pour elle. Et là, elle s'ouvrait totalement et lui faisait une demande des plus curieuses. S'arranger auprès de la reine Tatiana pour qu'elle ait un poste n'importe où mais loin des Etats-Unis. Et quand il avait demandé pourquoi, elle ne lui avait répondu que par un regard douloureux. Cela lui avait suffi. Quelqu'un lui avait fait du mal. Et pas beaucoup de gens pouvaient blesser si facilement sa fille. Pas de l'intérieur en tout cas. Et si elle demandait à être transférée, c'est que cela pourrait l'affecter encore plus à l'avenir, jusqu'à mettre en danger sa carrière.
Pourtant, Rose n'avait pas dit un seul mot pour s'expliquer. Mais cela n'était pas utile. Abe était son père et pouvait comprendre beaucoup de choses, tant en tant que père qu'en tant que Zmey. Et il allait accéder à la demande de sa fille. Il lui avait aussi demandé si elle avait une préférence de travail.
« Tant que c'est loin de la Cour Royale, cela m'est égal. Assignée à un Moroi, prof dans une école, paperasse dans un bureau, je m'en fiche. Mais je veux être loin des Etats-Unis. »
Voilà tout ce qu'elle avait répondu. Ainsi, Abe prit contact avec la reine et trouva bien vite un arrangement avec elle. Et, cerise sur le gâteau, Rose n'aurait pas à refaire la route jusqu'à la Cour pour récupérer ses affaires. Elles lui seraient envoyée à sa nouvelle assignation. Un Moroi vivant en Angleterre, de la famille Ivashkov. La reine lui faisait une fleur et Rose n'avait pas intérêt à la décevoir.
La Fille de l'Ombre avait accepté sans sourciller. Elle ferait son travail. Elle choisit alors de rédiger sa lettre d'adieu à Lissa qu'elle enverrait depuis l'hôtel. Elle l'envoya et prit de nouveau l'avion mais pour l'Angleterre cette fois. Abe lui avait fourni un peu d'argent pour lui acheter quelques vêtements en attendant que toutes ses affaires arrivent.
xXxXxXx
Dimitri vint rendre visite à Vasilissa Dragomir. Trouvant la porte de son appartement entre-ouverte, il se mit en mode gardien, même s'il n'en avait plus le titre et entra rapidement dans l'intérieur pour venir en aide à sa bienfaitrice si cela était nécessaire. Il la retrouva assise dans son fauteuil, en état de choc, une lettre à la main.
« Princesse Vasilissa, tout va bien ? »
La Moroi ne répondit pas. Dimitri s'empara alors de la lettre pour savoir ce qui pourrait ainsi perturber la jeune femme. C'était une lettre de Rose. Il la parcourut rapidement des yeux mais à la vue de certains mots, il dut reprendre sa lecture depuis le début afin de bien comprendre.
Lissa,
Pardonne-moi mais je n'ai pas le choix. Avec tout ce que j'ai fait pour vous deux, je ne pourrais probablement jamais devenir ta gardienne. Et je sais qu'il a encore besoin de toi. Je ne peux pas lui demander de partir par égoïsme. Et lui auprès de toi, je ne pourrais jamais faire mon travail correctement. Il y aura toujours ces sentiments, cette douleur, qui m'empêchera d'accomplir mon devoir. Je préfère partir loin afin de faire ce pour quoi je me suis entraînée. Certes, ce ne sera pas toi que je protégerai mais je serais plus utile qu'auprès de toi où je serais une bombe émotionnelle prête à exploser.
Je suis désolée de te l'annoncer comme cela. Je sais que si je te l'avais dit en face, de vive voix, tu aurais tout fait pour m'empêcher de partir. Tu aurais trouvé une solution. Mais voilà, ce n'est pas à toi de me protéger mais bien le contraire. Si jamais tu es en véritable danger, je pourrais toujours intervenir en conséquence comme je l'ai déjà fait avec le lien. Mais pour le reste ... Il est meilleur gardien que moi. Il m'a tout appris. Il pourra te protéger. Mieux que personne. Mieux que moi...
Ne me recherche pas, au besoin, c'est moi qui te trouverais. Je préfère être seule pour le moment à faire mon travail avec ma nouvelle charge le temps que mon coeur se répare. J'ai besoin de temps pour me remettre de tout cela. J'ai tout donné. Et voilà ... Je ne regrette rien si ce n'est de ne pas m'être sacrifiée à sa place le jour de l'attaque. Si je pouvais retourner dans le passé, je le ferais sans hésiter. Pour lui.
Maintenant, tu sais. Je t'aime, Lissa. On restera amies. Mais pour le moment, j'ai vraiment besoin de me centrer sur moi-même.
A un de ces jours,
Rose.
Dimitri ferma les yeux. C'était de sa faute. Rose était partie et s'était de sa faute. Elle avait fui pour faire le point sur ses sentiments. Il aurait dû la retenir à l'église. Il n'aurait pas dû la laisser s'enfuir ainsi alors qu'elle était ainsi bouleversée. Il aurait dû la retenir et la confier à la princesse pour qu'elle l'aide et lui fasse comprendre les choses. Maintenant, il était trop tard. Au moins, elle ferait son devoir de gardienne. Mais pas celle de Vasilissa comme elle aurait dû le devenir. Ce lien qui les unissait devait lui garantir sa place. Mais avec toutes ses erreurs, tous ses choix, elle avait été punie et sa demande était restée en suspens. Et maintenant, elle avait demandé une autre assignation. A cause de lui.
« Je suis désolée, Princesse, » dit-il à Vasilissa. « Tout ceci est ma faute. »
« Non, Dimitri, » répondit-elle faiblement. « C'est la mienne. J'aurais dû être plus attentive à elle. Maintenant, elle est partie et elle restera sourde à mes appels. Comme la première fois. »
« La première fois ? »
« Avec toi. Quand elle est partie en Russie pour te sauver. Je l'ai appelée un nombre incalculable de fois. Mais jamais elle ne m'a répondu. Et seul Adrian peut communiquer à travers les rêves. Je n'y arrive pas encore. »
« Jamais je n'aurais dû laisser notre relation se faire. J'aurais du la repousser. »
« Elle ne t'aurais aimé qu'encore plus, je suppose. » La Moroi soupira. « Il ne nous reste plus qu'à attendre maintenant. Mais quand elle revient, je lui donne une bonne claque au visage ! »
Dimitri eut un faible sourire alors que la culpabilité d'avoir chassé Rose le tenait encore. Il se releva et alla préparer du thé pour la princesse. Elle avait raison. Il attendrait en la protégeant. Et quand Rose reviendrait, ce serait lui qui partirait. Un tel lien ne devait pas être gaspillé. Il prendrait ses distances quand Rose reviendrait. Il s'en fit la promesse. Peut-être que d'ici là, il n'aurait plus autant besoin de parler à sa bienfaitrice et qu'il aurait appris à vivre avec ses cauchemars et son passé de Strigoi ... Il l'espérait du moins.
