Chapitre 4 : Faire Connaissance
Harry monta les escaliers et entra dans son laboratoire à potions pour continuer celle qu'il avait laissée en suspens. Du polynectar. Pas bon goût. Difficile à préparer. Mais tellement utile dans certaines situations. Il resta seul quelques heures à s'occuper de sa potion. Au final, il avait compris pourquoi son détesté professeur aimait cela. Malgré l'extrême rigueur que cela demandait, c'était calme et relaxant. Il avait fini par aimer cette matière et la redécouvrir. En partie pour faire hommage à l'homme qui s'était toujours sacrifié et battu dans l'ombre pour lui. Il ne l'avait su que trop tard et ne l'avait jamais remercié. Maintenant, il faisait des potions. Parfois, il en revendait mais pas souvent. Il les donnait le plus souvent à ceux qui en avait besoin. La potion Tue-loup était la plus demandé à certains moments. Il la préparait volontiers. Elle était même sa priorité à certaines périodes du mois.
On vint frapper à la porte, le tirant de ses pensées.
« Entrez, Rose, » dit-il simplement alors qu'il comptait mentalement les tours qu'il faisait dans son chaudron.
« Pardon de vous déranger, Harry. Mais ... »
« Qu'y a-t-il ? »
« Est-ce que par hasard vous savez où est mon pieu ? Un pieu en argent. »
« Oui. Attendez. » Il lança un accio informulé et l'arme arriva dans sa main trente secondes plus tard. « Le voici. »
« Ca, c'est trop cool ! » fit la jeune femme en le récupérant. « Cela pourrait être très pratique dans certaines circonstances ! »
« N'est-ce pas ? » sourit le sorcier avant de rajouter le dernier ingrédient à sa potion.
« Qu'est-ce que vous faites ? »
« Polynectar. Une potion qui permet à celui qui la boit de prendre l'apparence d'une personne de son choix. Avec mes aptitudes, elle dure trois ou quatre heures. Je rêve de pouvoir en faire d'aussi parfaites qu'un Maître mais je n'ai vraisemblablement pas le don. »
« Elle durerait combien de temps, celle d'un Maître en Potions ? »
« Douze ou treize heures, environ. »
Il baissa le feu sous le chaudron et surveilla le liquide qui devait réduire avant de tout arrêter. Il devait faire attention à la dernière étape.
« Pourquoi en préparez-vous ? » fit la Dhampir, curieuse en posant ses mains sur un coin inoccupé de la paillasse.
« Je suis quelqu'un de très connu, malheureusement, » soupira-t-il.
« Comment cela ? Loin de vouloir me moquer mais je n'ai jamais entendu parler d'Harry Potter. »
« C'est une longue histoire. »
« Je pense que l'histoire de chaque personne peut être désignée ainsi. »
« Vous êtes bien sage pour votre âge. »
« Quand on grandit trop vite, quand on voit trop, c'est qui arrive, je suppose. »
« Je ne suis pas habitué à raconter mon histoire, » dit le sorcier. « Tout le monde l'a toujours su, parfois même avant moi. »
Rose l'écouta attentivement alors qu'il racontait l'histoire de sa vie. Il passa sous silence sa vie chez les Dursley, cela ne regardait que lui. Mais il parla de Voldemort, du sacrifice de ses parents, de sa célébrité pour avoir survécu à l'impardonnable, de ses épreuves à Poudlard toujours plus dangereuses, ses victoires, ses échecs, ses pertes aussi. Il lui relata les événements qui avaient mené à la dernière bataille et le prix qu'il avait payé pour la victoire. Il avait tout donné ou presque. Il n'avait plus personne et la seule personne qui lui restait, elle était persécutée par ce pays qu'il avait sauvé. Alors il se battait par ce en quoi il croyait, pour les créatures qui n'avaient pas demandé à vivre cette injustice.
Du moins, c'était sa raison de vivre. Pour le moment. C'est ce qui l'empêchait d'abandonner...
« Abandonner ? » demanda Rose bien qu'elle pensait avoir compris.
Le regard émeraude empli de douleur confirma ses doutes. L'homme avait trop vu, trop subi, trop souffert pour avoir encore envie de vivre pour lui-même. Sa vie, il ne l'avait consacrée qu'aux autres et encore aujourd'hui, il le faisait pour rester en vie. Il se donnait un objectif pour ne pas flancher. Comme elle-même elle l'avait fait avec Dimitri ... deux fois.
« Et toi, c'est quoi ton histoire ? » demanda le sorcier.
Au fil de son histoire, Harry avait terminé sa potion et l'avait transvasé dans un certain nombre de flacons. Ils étaient descendus jusqu'au salon et il avait fait venir à lui le service à thé. Il avait parlé pendant des heures, racontant son histoire, sa véritable histoire, pour la première fois. Il n'avait encore jamais eu à le faire. C'était étrange. Et la Dhampir l'écoutait, curieuse et attentive, posant parfois des questions pour quelques éclaircissements, en particulier quand la magie rentrait en ligne de compte.
Il ne savait pas quand ils étaient passés au tutoiement, mais cela s'était fait tout seul. Ils étaient encore jeunes. Et Harry sentait que la jeune fille le comprenait un peu. Il voulait savoir pourquoi. D'où sa question. Et Rose y répondit.
« Attends ! Tu veux dire que tu aurais dû mourir mais que ton amie t'a ramenée d'entre les morts ?! »
« Pas les vrais morts ! Plutôt ceux qui sont entre la vie et la mort ! Depuis je suis ce qu'on appelle la Fille de l'Ombre. Parce que j'ai reçu le Baiser de l'Ombre. J'ai entre aperçu la mort et je suis toujours là. »
« Bienvenue au club, alors, » fit Harry en tendant la main, un sourire en coin, légèrement amusé sur les lèvres. « J'ai résisté deux fois au sortilège de la mort et je suis toujours là ! »
Rose sourit à son tour en serrant volontiers la main offerte. Elle continua son récit, parlant de ses devoirs de gardien, de son amour pour Dimitri, l'attaque de l'Académie, son voyage en Russie, son retour et toutes les épreuves qu'elle avait traversées pour sauver Dimitri. Et au final, ce qui en avait résulté.
« Rude, » commenta Harry qui compatissait à sa douleur. « Je ne sais pas ce qui est le pire. Vivre en aimant les disparus ? Ou vivre en aimant ceux qui sont devenus inaccessibles ? »
« Dans les deux cas, c'est douloureux, » maugréa Rose qui avait subi les deux. « On ne s'en remet pas facilement. »
« Qui as-tu perdu ? »
« Un ami, Mason, » répondit-elle. « Nous étions encore que des ados. Il était amoureux de moi mais je ne voyais déjà plus que Dimitri. Il s'est fait tuer par un Strigoi en essayant de me sauver. »
« En tout cas, il a réussi son objectif. Tu es toujours en vie. »
« Non, je me suis sauvée toute seule, ou presque. J'ai tué les deux Strigoi. J'ai été aidée par une Moroi pour l'un des d'eux. Elle l'avait enfermé dans une bulle d'eau ! On aurait dit qu'il étouffait ! » termina-t-elle dans un petit rire amer en se remémorant la tête du vampire. « Puis, je me suis effondrée sur Mason en pleurant. »
« Malgré nos mondes différents, on a subi le même genre d'épreuves, » fit doucement Harry alors qu'il se remémorait lui-même pleurant sur le corps de Cédric Diggory, puis sur ceux de ses amis.
Il avait tellement pleuré à l'époque que maintenant, il ne pouvait plus verser la moindre larme. Ses yeux s'étaient asséchés mais son coeur en était toujours profondément blessé, brisé, au-delà du réparable. Mais au moins, maintenant, il savait qu'il n'était pas le seul à souffrir autant. Il y avait d'autres personnes qui portaient un fardeau aussi lourd et pénible que le sien, des gens qui pouvaient le comprendre. Cela était rassurant en fin de compte. Il n'était pas toujours le seul à faire tout et n'importe quoi justement pas comme les autres. Pour une fois, il n'était pas seul dans quelque chose.
Rose connaissait la guerre, elle connaissait la mort et elle savait ce que c'était que de perdre des proches. Il aimerait bien garder au minimum une correspondance avec elle quand elle partirait loin de l'Angleterre. Discuter avec elle lui avait fait tellement de bien ... Il n'avait pas ressenti cela depuis longtemps. Cela faisait du bien. Peut-être deviendraient-ils amis ? Harry apprécierait beaucoup. Avoir quelqu'un à qui parler était quelque chose qui lui manquait énormément.
