Chapitre 5 : Noël … ou Yule

Durant les semaines qui suivirent, la cohabitation fut calme entre Rose et Harry. Et la Dhampir aidait volontiers le sorcier quand ce dernier ramenait des personnes et parfois même des créatures magiques chez lui. Elle avait été une fois surprise de rencontrer un loup-garou. Surtout que la pleine lune approchait et que le Survivant lui avait dit de bouger vite parce qu'ils n'avaient pas beaucoup de temps.

Harry avait enfermé le pauvre homme dans une pièce qu'il avait scellé d'une quantité innombrable de sorts pour empêcher la porte de s'ouvrir et pour leur épargner les tympans avec les hurlements de la bête. Il s'était ensuite excusé auprès de son invitée pour sa brusquerie mais il prenait juste pas les transformations de loup-garou à la légère. Il avait vu cela une fois dans sa vie, il ne voulait pas en assister à d'autres.

Rose avait bien compris et n'avait pas cherché plus loin.

« Si c'était pour notre sécurité, okay, tu es pardonné, » avait-elle répondu en haussant des épaules.

Cela avait rassuré Harry. Il n'aurait pas aimé s'embrouiller avec la Dhampir juste pour ça. Il avait peu à peu eu l'impression ces dernières semaines de retrouver une certaine complicité qu'il avait eu avec Ron et Hermione, la magie en moins. Il ne voulait pas perdre cela. Il ne voulait plus rien perdre. Plus jamais ! Il lui restait si peu ...

D'autant plus que Rose avait décidé de rester avec lui. Quand il lui avait demandé pourquoi, elle lui avait expliqué son pouvoir en tant que Fille de l'Ombre et son lien avec la jeune Moroi, Vasilissa Dragomir. Lien qui était à sens unique. Et de l'autre coté, ils la pensaient tous morte. Et pour le moment, cela lui convenait. Elle pouvait avoir plus de temps pour elle, pour réfléchir à son avenir. Car dès l'instant où elle les recontacterait, elle aurait la Moroi sur le dos, elle en était certaine. Et elle ne le voulait pas. Pas tout de suite.

Harry respectait son choix. Lui mieux que quiconque pouvait la comprendre. Lui-même avait été persécuté à chacune de ses sorties et ce dès ses onze ans. Il aimait sa tranquillité pour réfléchir. C'était bien la seule chose positive dans sa vie ces trois dernières années, d'ailleurs.

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Harry reçut une lettre. C'était une invitation d'Andromeda pour passer les fêtes de fin d'année chez elle. Il soupira un instant. Cela faisait trois ans qu'il refusait. Et cette fois-ci, il hésitait encore. Mais d'un autre côté, ce serait une occasion pour s'aérer et quitter le pays. Il en avait un peu marre de l'Angleterre pour le coup.

« Dis, Rose. Cela te dirait de passer les fêtes chez des amis ? » demanda-t-il.

« Euh ... oui. Si je ne dérange pas. »

« Crois-moi, tu ne dérangeras pas, » sourit le Lord. « Et mon filleul serait certainement heureux de rencontrer son parrain. »

« Il ne te connait pas ? »

« Pas personnellement non. Il était trop jeune. »

Il se leva et prit une cape pour sortir.

« Je vais réserver des billets d'avion pour les Etats-Unis. »

« Les Etats-Unis ?! »

« Ne t'inquiète pas Rose, » soupira le sorcier. « On ne risque pas de te voir beaucoup dans les rues sauf si tu décides de sortir. Mais au moins, là-bas, tu ne risqueras pas ta tête sous prétexte que tu as du sang de vampire dans les veines ! Et je suis sûr que tu en as mare de mes quatre murs ! »

« Tu n'as pas tout à fait tort, » mâchouilla-t-elle après quelques instants. « Et puis, il faudrait bien qu'un jour j'y retourne... »

Harry sortit pour aller à l'aéroport.

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« Enfin arrivé, » soupira Harry en prenant son sac sur le tapis roulant.

« Ca va encore, » rit Rose en prenant son propre sac. « Il y a des vols qui sont plus longs ! »

« Mais rien n'est aussi rapide et plus sécuritaire que le portoloin. Mais je dois avouer que pour une célébrité comme moi, voyager dans le monde moldu a ses avantages. »

Ils se dirigèrent vers une ruelle où il n'y avait aucun moldu. Le sorcier prit le bras de la Dhampir et il transplana pour la propriété Black. Sans surprise, il fut accueilli chaleureusement par Andromeda. Ce dont il ne s'attendait pas par contre, c'était de voir Drago et Narcissa Malfoy.

« Eh ben, ça c'est une surprise, » dit-il simplement sans aucune animosité en s'approchant des serpentards. « Malfoy, » salua-t-il en lui tendant la main.

« Potter, » fit ce dernier en la serrant.

« Lady Malfoy, » fit ensuite Harry en lui faisant un baisemain.

« Harry, tu fais quoi là ? Tu te prends pour un gentleman ? » demanda Rose en le voyant faire.

Le jeune sorcier éclata de rire.

« Non, Rose. C'est juste ... comment expliquer ? » Il passait une main dans ses cheveux en bataille. « Alors ... Tu sais que je suis sorcier. »

« Oui. Et par leurs tenues, je suppose que, eux aussi, ils sont des sorciers. »

« Exact, » fit Harry en posant une main sur le bras de Malfoy qui allait répliquer. « Elle ne connait pas le monde sorcier, Malfoy. Elle a une culture purement moldue, et elle en a une autre que nous ne connaissons pas aussi. » Il se tourna à nouveau vers la Dhampir. « Eh bien, c'est un peu comme chez les Moroi. Nous n'avons pas de famille royale, mais nous avons des anciennes familles nobles. Et notre culture anglaise fait que nous sommes des Lords et des Ladies. Du moins, c'est le titre des régnants. »

« Oh, je vois, un peu comme les princes et les princesses des familles royales Moroi, » comprit Rose.

« Laisse-moi te présenter, Drago Malfoy, actuel Lord Malfoy, et sa mère, Narcissa Malfoy, l'actuelle Lady de la famille Malfoy. Du moins, tant que ce cher serpentard ne trouve pas chaussure à son pied. »

« Tu peux parler, Potter, » ricana le blond. « Que je sache, tu n'as pas trouvé la perle rare non plus. Moi j'ai perdu la mienne durant la guerre et personne ne veut se marier avec un fils de mangemort ! »

« Et si on faisait directement baisser la tension ? » demanda Rose en approchant. « Je n'aimerais pas donner des baffes à deux magnifiques garçons juste pour leur remettre les idées en place un soir de Noël. »

« Yule, » corrigea Malfoy.

« C'est la même chose avec les traditions sorcières en plus, Drago, » soupira Andromeda en arrivant. « Venez, ne restons pas dans le hall. »

« Sinon, tu as dit Lord et Lady Malfoy, Harry, » commença Rose en s'installant dans le salon. « Et tu t'es comporté avec cette dame un peu bizarrement comparé à tes invités habituels. Tu m'expliques. »

« Je suis moi-même un fils de Lord, Rose, » soupira le sorcier. « Je n'en ai jamais reçu l'éducation mais maintenant que je suis majeur, j'ai des responsabilités en tant que Lord Potter, et aussi Lord Black, puisque mon parrain m'a désigné comme son héritier, » ajouta-t-il dans un soupir. « Mais franchement pour le peu que je puisse faire avec ces titres en Angleterre pour le moment. Je suis totalement discrédité et tourné en bourrique par la presse à cause de ce ministre à la noix alors mes droits et ma voix de Lord passent un peu à la trappe. Mais cela n'empêche pas ce bon vieux taré de tenter de me marier pour que ma future épouse prenne le titre de Lady et prenne les décisions à ma place. »

« Et naturellement, ce serait une femme qui lui mangerait dans la main, » commenta Malfoy d'une voix amère. « Bon sang, je préférerais encore épouser une femme comme Granger plutôt que devoir subir ça ! »

« Je suis sûr qu'elle en rirait, » murmura Harry. « Mais au moins Hermione avait de l'esprit et elle aurait rejeté les idées de ce con ! »

« Oui, » soupira à son tour le blond. « Cela fait du bien de voir un visage familier, Potter. Et pas agressif. »

« Oui. C'est vrai. Mais nos petites querelles me manquent parfois, » sourit le gryffondor. « Mais je me voyais mal débarquer chez toi tout simplement parce que j'étais en mal du passé ... »

« Alors ? Comment se passe tes activités de passeur ? » Harry releva un sourcil. « Je t'en prie, Potter. Je ne suis pas idiot ! Et je dois dire que je suis d'accord avec ton idée. J'ai de la chance d'avoir du sang d'elfe sylvain et non d'elfe noir dans les veines, sinon, j'y serais passé aussi à cause de cette maudite loi ! »

« Eh bien, ça c'est étonnant aussi, » fit Harry sans préjugé. « Je te croyais Sang-Pur. »

« C'est un très vieil héritage. Il ne se déclare pas chez tous les membres de la lignée. Juste certains. C'est tombé sur moi, c'est tout. »

« Plus cela va, en Angleterre, plus nous songeons à quitter le pays pour nous installer ailleurs et recommencer, » continua Narcissa. « Peut-être ici, pour être proche d'Andromeda. C'est vous qui l'avez sauvée, Mr Potter, n'est-ce pas ? »

« Oui. Je ne pouvais pas faire autrement. Elle aurait survécu sans problème à la première grande purge. Mais Teddy ... Et je ne sais pas m'occuper d'un enfant alors ... J'ai fait ce que j'ai pu pour le protéger mais d'une autre manière. »

« On devrait dégager, » commenta Drago. « Toi, moi. Londubat aussi. J'ai eu une petite discussion avec lui sur le Chemin de Traverse, il y a trois semaines. Si toutes les vieilles familles, si toutes les richesses des Lords quittent le pays, l'Angleterre sorcière s'effondrera. »

« Mouais. Et les Gobelins ? »

« Je pense qu'ils fermeraient leur succursale, là-bas. De toute façon, il arrivera bien un jour où ils seront visés. Ils sont des créatures sombres aussi. Et après, je ne serai pas étonné que ce soit toutes les créatures... »

Un silence calme se fit entre les quatre personnes.

« Au fait, où est Teddy ? » demanda Harry.

« Il fait la sieste, » dit Andromeda en amenant le thé. « Lui et Drago n'ont pas arrêté de faire les fous ce matin. »

Le blond prit une légère teinte pivoine.

« Eh bien, j'en apprends de plus en plus aujourd'hui, » commenta Harry avec un sourire. « Un Malfoy qui sait ... s'amuser ! Où est passé la fouine ? »

« La Fouine ? » demanda Rose. « Pourquoi ce surnom ridicule ? »

« Parce qu'une fois, un enfoiré de professeur ex-auror complètement cinglé a eu la brillante idée de me métamorphoser en fouine pour me donner une leçon, » soupira Malfoy en attrapant sa tasse de thé et s'enfonçant dans le canapé.

« Et le fait que tu le dises ainsi, sans plus aucune honte, me laisse penser que tu n'en as plus rien à faire de ton image, Malfoy, » termina Harry en faisant de même.

« Qu'est-ce que tu veux ? Les gens changent... »

« Oui ... Je sais... »

Ils échangèrent un petit sourire, celui douloureux et compréhensif que pouvaient faire deux anciens ennemis qui avaient vu l'horreur et qui avaient grandi dedans et qui, dorénavant, étaient devenus des connaissances aux relations, si pas amicales, au moins cordiales.

« Et toi, c'était quoi ton petit nom ? » demanda Rose, friande comme à l'Académie de ce genre de ragots.

« Oh moi, j'en avais une panoplie, » soupira Harry. « Gryffondork, le balafré, le Survivant, Saint Potty, le Petit Potter Piqué, ... »

« Celui-là, c'est Peeves qui l'a trouvé, » commenta Drago, nostalgique. Il soupira. « Je sais qu'ils se retourneraient dans leurs tombes mais ... le castor et la belette me manquent. »

« Oui, moi aussi. Le Trio d'or contre le Quatuor d'Argent. Cela valait le détour à l'époque. Presque autant que les Maraudeurs ou les Jumeaux Weasley ! »

« Oui. J'aimais bien leur boutique. Ils avaient de bonnes idées avant de ... »

Ils soupirèrent. Harry avisa le balai accroché au mur. Il donna un coup dans le genou de son ancienne nemesis.

« Un dernier duel dans les airs, ça te dit ? »

« Cela fait longtemps que je n'ai pas joué, Potter. »

« Sûrement autant que moi, Malfoy, » sourit le gryffondor. « Allez, cela nous fera du bien. Un peu d'insouciance dans notre vie pourrie ne va pas nous tuer ! »

Et ils partirent s'affronter dehors au-dessus du grand jardin de la demeure Black à essayer d'attraper le Vif d'Or, comme autrefois à Poudlard. Et pour la première fois, ils le firent vraiment pour le sport et non pour une certaine fierté ou par soucis de domination et prouver qui était le meilleur. Ils avaient largement dépassé ce stade puéril depuis longtemps et prenaient juste du plaisir à jouer comme des enfants alors qu'ils avaient maintenant chacun vingt-et-un an.

Et ils firent cela sous les yeux de Narcissa qui faisait un petit sourire en voyant le visage bien trop sombre de son fils s'illuminer ainsi, et ceux de Rose qui découvrait une nouvelle facette de ce monde qu'elle ne connaissait que très peu.

Le petit groupe passa une heureuse soirée de Noël, ou Yule pour les Malfoy, et rirent tant bien que mal entre deux moments nostalgiques et tristes alors qu'ils se remémoraient le passé dont ils avaient chacun du mal à se départir. Mais heureusement, Rose avait souvent le mot pour rire. Et même si sa vie à l'Académie était différente de celles des deux sorciers dans leur école, les rumeurs de couloirs et les anecdotes entre élèves, qu'ils soient Moroi, Dhampirs, ou sorciers, cela restaient des commérages de gamins ou d'adolescents. Et cela était toujours aussi drôle comme anecdotes à raconter. Et Rose, avec sa réputation légendaire auprès des professeurs et des gardiens, elle en avait beaucoup à raconter. Et ils en rirent tous volontiers.