Chapitre 14 : Révélations

« Gardienne Hathaway, » fit respectueusement la reine Tatiana bien qu'avec un ton froid.

« Votre Majesté, » salua Rose bien que pas aussi bas qu'en voulait la coutume.

Beaucoup de gens s'indignèrent parmi l'assemblée.

« Suffit ! » claqua la monarque. « Nous ne pouvons pas exiger autant d'une femme enceinte que d'une gardienne ! »

Sa voix était sans appel. Des murmures étonnés se firent entendre et la Dhampir remercia la Moroi d'un demi-sourire ainsi qu'une d'une inclinaison de la tête. Rose observa l'assemblée et y repéra immédiatement Dragomir. Elle l'avait déjà sentie de par son lien. Elle vit à ses côtés Christian et Adrian et ils semblaient tous deux choqués par les nouvelles.

Elle serra les poings et fusilla la princesse du regard. Cette dernière arborait un visage neutre mais elle ne pouvait pas cacher ses sentiments à la Fille de l'Ombre. Elles étaient liées de telle sorte que Rose pouvait lire ses pensées. La Dhampir retint un sourire alors qu'elle sentait la colère de la Princesse. Face à la reine, elle ne pouvait pas faire grand-chose. C'était justement ça le plan.

« Pouvons-nous savoir pourquoi vous revenez que maintenant ? » demanda alors la reine, ramenant ainsi son attention. « Nous vous avons pensée morte durant tout ce temps. Ou pire… »

« Je sais, Votre Majesté, » répondit Rose d'une voix neutre. « Et j'en suis désolée. »

Elle inspira profondément avant de commencer à s'expliquer.

« Vous vous souvenez du motif de ma demande de mutation ? »

« En effet, vous vouliez pouvoir rester utile et en présence d'une tierce personne à la Cour Royale, vous ne pouviez plus. »

« Exact. La présence de cette tierce personne m'était insupportable pour des raisons personnelles. Une peine de cœur assez importante. Malgré l'année que j'ai passée auprès de Mr Ivashkov, cette peine ne s'était pas vraiment résorbée. Cela ne m'a pas empêchée de défendre sa vie ainsi que la mienne, jusqu'au bout de mes capacités. Hélas, elles étaient insuffisantes. Sans Harry, ici présent … » Elle désigna son compagnon d'un geste de la main. « … je n'aurais moi-même pas survécu. »

Tous les regards se portèrent sur l'homme de la situation. Harry s'avança et prit la main de sa campagne avec douceur. Son regard émeraude sur l'assemblée était dur toutefois. Et il devint assassin quand il se posa sur Vasilissa Dragomir. Il ne pouvait pas se tromper, elle était la seule jeune Moroi blonde avec des yeux verts si intenses. Des émeraudes encore plus pures que les siennes.

« Et comment un tel exploit a-t-il été possible ? » demanda alors le Gardien Hans, curieux mais aussi perplexe. « Selon les rapports et les vidéos, il devait bien y avoir une vingtaine de Strigoi. »

« Cela doit être cela, environ, » réfléchit le sorcier.

« Tu ne sais pas combien tu en as maté, Harry ? » s'étonna Drago.

« J'ai jamais été du genre à compter, pas même nos frasques à Poudlard, désolé. Pour moi, c'était soit je les tuais, soit ils me tuaient. Pour le coup, j'en ai tué quelques-uns et j'ai fui devant les autres en emportant Rose. Je n'ai malheureusement pas pu sauver l'autre Dhampir. »

« Cela ne nous dit toujours pas comment, » avança le Gardien Hans, légèrement impressionné, bien qu'il le cachait.

« En un mot, la magie, » répondit Harry.

Des murmures se firent entendre dans toute la salle.

« Impossible, » s'exclama un homme, un Moroi, d'une voix dure. « Ce sont des humains ! Ils ne peuvent pas faire de magie ! »

« Tiens, cela me rappelle quelque chose …, » remarqua le Sauveur en échangeant un regard avec son aimée.

Cette dernière leva les yeux au ciel.

« Mais il me semble, Chéri, que pour me répondre, tu n'avais fait qu'agiter la main et léviter quelques trucs, non ? »

« Non, tu descendais les escaliers et tu as fait connaissance avec cette vieille folle de Walburga qui n'arrêtait pas de hurler son baratin habituel et je t'ai lancé un expelliarmus pour te départir de ton tisonnier. Je n'avais pas envie de me ramasser un coup sur la tête. »

« Ah oui, j'avais oublié ce détail. »

« Tu étais trop choquée par le portrait de Walburga en même temps, » rit Harry en haussant des épaules. « La première fois que je l'ai vue, j'ai eu la même réaction que toi. »

Le sorcier avisa ensuite la position de sa compagne, une main posée sur sa hanche, un peu en arrière, vers un point de son dos. Il releva un sourcil avant de lui faire un tendre sourire.

Il se recula alors de quelques pas pour que tout le monde puisse le voir faire. Autant que son acte de magie soit visible et qu'il lie l'utile à l'agréable.

« Rien de trop rouge, » siffla directement Drago qui avait remarqué chacun de ses gestes ainsi que la position de Rose.

« Trop Gryffondor pour toi, » ricana le Sauveur en sortant sa baguette.

Harry l'agita et fit apparaître un fauteuil confortable au tissu de velours d'un vert sombre tirant vers le noir.

« Satisfait ? » demanda-t-il avec un sourire en coin.

« Oui. »

« Cela aurait pu être rose bonbon que je me serais quand même assise dessus, » soupira Rose en s'installant. « Et pourtant je déteste le rose ! »

Harry, un léger sourire sur les lèvres, mais toujours sur ses gardes, se tourna ensuite vers l'assemblée.

« Alors, je ne suis pas capable de magie ? » demanda-t-il ironiquement. « Continue ton récit, Chérie. »

« Donc …, » reprit Rose en remettant ses idées en place. « … Harry m'a sauvée et m'a soignée. J'avais été sérieusement touchée de ce que j'ai pu comprendre. » Le sorcier le lui confirma d'un hochement de tête. « Je suis restée auprès de lui quelques temps. Je ne pouvais pas sortir de chez lui sans risque à cause des lois de son monde. Tout être portant le gêne d'une créature dite sombre, même si en soi la créature n'est pas dangereuse, est exécutée. »

« Une créature … sombre …, » répéta lentement la Reine Tatiana, sans comprendre.

« Pour vous tous, cela ne concerne que votre patrimoine génétique vampire, » expliqua Harry. « Pour le gouvernement sorcier britannique, Moroi et Dhampir sont tous aussi dangereux que des Strigoi. Ils ne font absolument aucune différence depuis quelques années. Mais vous n'êtes pas les seules espèces touchées. Mais là n'est pas le sujet. J'ai demandé à Rose de rester en sécurité chez moi car je ne suis pas aussi paranoïaque que le Ministre de la magie anglais. Je compte parmi mes amis de nombreuses créatures magiques et je les aidais à fuir le pays pour qu'ils puissent vivre en paix. Je tue certes les Strigoi parce qu'ils sont dangereux, c'est un fait indéniable, mais pas les Moroi, ni les Dhampir, pas plus que d'autres hybrides. »

Il y eut des murmures et des cris d'indignation. Harry les fit taire d'un sortilège puissant.

« Pour nous vous êtes des hybrides, » continua-t-il d'une voix forte. « Mais il n'y a aucune honte à en être un ! Mon ami, ici présent, Drago Malfoy, est lui-même un hybride. Cela n'a rien de dévalorisant ! Au contraire, cela apporte un plus ! Si les sorciers anglais sont incapables de le voir, c'est leur problème. Mais là encore, ce n'est pas le sujet ! Rose était en danger dans les rues de Londres, en particulier dans mon quartier, parce qu'il était de notoriété publique que j'étais contre le gouvernement. On me faisait d'ailleurs passer pour fou. Je ne voulais pas qu'elle sorte pour se faire tuer. Elle a eu l'intelligence de suivre mes conseils et de rester le temps que je trouve un moyen pour elle de passer entre les mailles du filet. Mais quand l'occasion s'est présentée, elle n'est pas partie… »

« Pourquoi cela, Gardienne Hathaway ? » demanda alors la reine.

« Parce qu'à ce moment-là, vous m'aviez déjà présumée morte ou transformée en Strigoi, » répondit la jeune femme en haussant les épaules. « J'ai alors décidé de panser totalement mes plaies intérieures pour mieux revenir sur le terrain plus tard. Je suis consciente de mes compétences et du manque de gardiens mais je savais que si je revenais tout de suite, j'aurais été assignée à la Princesse Dragomir et je n'étais pas encore prête à faire face au Gardien Belikov. Cela aurait posé problème dans le cadre de mon travail et je mets un point d'honneur à mon travail. Si je me pense incompétente, pour une raison ou une autre, autant ne pas travailler. C'était le cas à l'époque. »

« Pourquoi revenir maintenant alors ? » demanda le Gardien Hans.