Le bruit sourd des talons d'Agathe résonnait dans la ruelle déserte. Elle serra son manteau contre elle, de la vapeur sortait de ses lèvres entrouvertes. Cela faisait à présent cinq jours qu'elle était arrivée à Berlin. Le jour de son arrivée, elle devait rencontrer un contact qui lui confierait le dossier de Percival, photos, lieu de vie, habitudes, le classique. Le problème étant que son contact ne s'était jamais présenté, et que le SDECE ne pouvait lui envoyer un nouveau contact avant plusieurs jours. Son contact s'était certainement fait intercepter et elle espérait que sa couverture n'était pas compromise.

Par moment elle regrettait de ne pas travailler pour la CIA ou le MI6. Ce genre de problèmes n'arrivait pas avec leur service de renseignement. Enfin, n'importe quel autre organisme aurait réalisé une réunion avant de la lâcher sur le terrain sans aucune information. Elle commençait à impatienter, elle n'était pas ici pour prendre du bon temps -précision qu'à Berlin Ouest cela était impossible- mais pour travailler. Et mener à bien sa mission semblait compliqué si elle ne savait pas à quoi sa cible ressemblait. Elle avait bien évidement essayer de trouver des contact sur Berlin, de fouiner, mais elle devait être discrète et ses recherches n'avaient rien donnés. Elle avait pour seul et unique information le fait que le quartier dans lequel elle logeait semblait être aussi celui de Percival. La jeune femme souffla lourdement.

Elle se demandait ce qu'elle allait bien pouvoir faire jusqu'au lendemain, quand elle passa dans la ruelle du bar d'il y a quelques soirs. Elle repensa à la soirée qu'elle avait passé en compagnie de l'homme au manteau de fourrure. Elle avait passé la soirée à lui poser des questions, faignant d'être journaliste. Elle n'avait pas posé de questions trop suspicieuse, ne voulant pas attirer son attention, il semblait plus intelligent qu'il n'y paraissait.

Cependant, elle pensait pouvoir en tirer quelque chose. Elle frémit au souvenir de l'homme s'asseyant à côté d'elle sur le canapé, s'approchant dangereusement de ses lèvres. Elle s'était enfuit. Habituellement, elle aurait sauté sur l'occasion, d'autant qu'elle trouvait l'homme plus qu'attirant. Seulement, son instinct lui avait hurlé de fuir, et elle savait d'expérience qu'il valait mieux qu'elle écoute son instinct, c'était d'ailleurs ce qui faisait d'elle une bonne espionne.

Et à présent, son instinct lui intimait d'entrer une nouvelle fois dans ce bar miteux. La nuit était tombée depuis peu, et dans la lumière des réverbères, elle poussa la porte grinçante du dis bar. La chaleur l'enveloppa et elle poussa un soupir d'aise, enlevant son long manteau. Elle posa ce dernier sur le porte manteau situé à l'entrée du bar, en prenant soin de prendre la boite en métal qui était glissé dans sa poche.

Elle s'avança, le bruit de ses talons faisant tourner le regard d'une bande de garçon assis à sa gauche. Elle apperçu son fameux homme au manteau de fourrure, toujours à la même place, une peinte de bière à la main. Elle afficha un sourire quand elle le regarda tout en s'asseyant au bar. Elle commanda un verre et se tourna vers lui, ses jambes croisés laissant apparaitre l'attache de son porte jarretelle. Elle planta son intense regard vert bordé de khôl noir dans les yeux bleu de l'homme, et posa le verre qu'elle venait de porter à ses lèvres, léchant de manière suggestive le liquide encore présent sur sa lèvre supérieur. Elle sourit quand elle vit la main de l'homme se crisper sur le bord de son verre.

L'homme la regarda avec un air de défit, s'enfonçant dans son siège, les deux coudes posés sur le rebord de la banquette. Il semblerait que ce serait à celui qui craquerait le premier. Et il était hors de question pour Agathe de perdre, il viendrait à elle. Après plusieurs minutes à le regarder, elle décida de passer à l'offensive. Elle fit pivoter son tabouret pour faire face à la porte d'entrée. Ainsi l'homme se trouvait sur sa gauche, elle pouvait toujours le voir dans son champs de vision.

La jeune femme posa ses coudes sur le comptoir après avoir mis ses longs cheveux roux sombre en arrière. Elle croisa une nouvelle fois les jambes, ce qui eu pour effet de remonter un peu plus sa robe au dessus de sa cuisse. La jeune femme sortie une cigarette de la boite métallique qu'elle avait posé à côtés d'elle, et elle fit mine de chercher sa boite d'allumette.

- Laissez moi faire.

Un homme du groupe assis à la gauche du bar était en train d'allumer sa cigarette. Il s'était approché en la voyant chercher ses allumettes, se disant certainement qu'il s'agissait d'une bonne occasion pour accoster la jeune femme. Agatha éloigna le filtre de ses lèvres rouge et afficha un large sourire.

- Merci infiniment... Comment dois je vous appeler ? Lui demanda Agathe en le toisant.

- Johan, lui répondit le garçon.

- Et bien, merci Johan! Répondit la jeune femme d'une voix suave, semblable à un ronronnement.

Le jeune homme rougit ce qui fit encore plus sourire Agathe, elle continuait de le toiser.

- Puis-je me joindre à vous ? Se hasarda le jeune homme.

Agathe allait lui répondre quand une voix se fit entendre de son côté gauche.

- Non. Cette demoiselle est prise. Tu peux repartir, Johan. Gronda la voix de l'homme au manteau de fourrure.

Le garçon se confondit en excuse avant de détaler, l'homme posa sa bière sur le comptoir et s'assied sur l'un des tabouret à gauche d'Agathe. Cette dernière fit pivoter le tabouret pour se retrouver en face de lui, et afficha un large sourire en posant sa cigarette sur ses lèvres.

- C'était déloyal. Marmonna l'homme avant de prendre une gorgée de bière.

- Il n'y a pas de règles à ce genre de jeu. Soufflât Agathe en même temps que la fumée de la cigarette.

- Un point pour vous. Admit l'homme à contrecœur. Dites moi, pour qu'elle raison êtes vous revenu ? Je ne pensais pas vous revoir après la dernière fois.

Agathe écrasa sa cigarette dans le cendrier, et s'approcha de l'homme.

- Je ne suis pas revenu pour vous. Il s'est trouvé que vous étiez là.

- A d'autre. Lança l'homme en secouant la tête

Agathe se mit à rire doucement, puis alluma une autre cigarette, trouvant facilement son paquet d'allumette cette fois-ci. Elle détailla l'homme. Il portait un marcel de résille. Elle n'avait jamais vu quelque chose de semblable, la mode à Berlin, songeât elle. Elle laissa glisser son regard sur le torse de l'homme, puis plus bas, la résille laissant apparaître les muscles abdominaux de l'homme, un frisson lui parcouru le ventre. Elle fut sorti de sa contemplation quand l'homme toussa pour attirer son attention. Elle leva les yeux pour rencontrer les yeux bleus de l'homme teinté d'amusement.

- Hé bien, je commence à comprendre ce que ressentent les femmes quand je lorgne leur décolleté. Se moquât l'homme. Tu apprécie la vue ? Ajouta-t-il en croisant les bras sur son torse.

- En fait...

La jeune femme fit une pause dans sa phrase et s'approcha encore un peu plus de l'homme, posant une main sur sa cuisse, le faisant légèrement tressaillir.

- J'avoue que ça me donne quelques idées.

Sur ses mots, elle continua de s'approcher et posa ses lèvres dans le creux du cou de l'homme, léchant sa peau jusqu'à la limite de sa mâchoire, lui arrachant un grognement. Elle s'approcha de son oreille et murmura:

- Mais malheureusement je ne peux pas faire cela ici.

L'homme sourit devant la proposition d'Agathe, il se dégagea et lança:

- Ne crois pas m'échapper cette fois ci.