The morning after
Les draps étaient doux, et agréables sur sa peau. Bien plus que ceux dans lesquels elle dormait habituellement. L'esprit encore embrumé de sommeil, Marlène ouvrit les yeux sur une chambre qu'elle ne connaissait pas. Tout d'abord déboussolée, des bribes de la soirée lui revinrent et elle sentit le feu lui monter aux joues.
Oh, mon Dieu ! Que dirait Tata Lucette si elle savait que... Non ! Tata Lucette n'avait pas sa place ici !
Elle se retourna le plus délicatement possible, à présent parfaitement consciente de sa nudité et de celle de l'homme assoupi à ses côtés. Il était là, ses traits familiers tellement plus sereins que lorsqu'il était éveillé. Qu'il était beau... Elle résista à l'envie de lui caresser la joue et se mordit la lèvre inférieure. Elle devait sortir du lit, et vite !
Elle chercha des yeux ses vêtements et réalisa avec effroi qu'elle n'avait rien pour se changer. Pas de tenue, pas de bigoudis... Oh, mon Dieu ! Une brosse !
A pas de loup, elle traversa la pièce et enfila la robe de chambre accrochée à la porte. Le parfum masculin de Laurence vint lui chatouiller les narines et les souvenirs de la nuit dernière la firent de nouveau rougir. La façon dont elle s'était enivrée de son odeur alors qu'il la guidait jusqu'à la chambre, ses lèvres ne délaissant les siennes que le temps de s'égarer un instant sur sa gorge, ses longs doigts perdus dans ses mèches blondes...
Son brushing ! Elle porta machinalement les mains à ses boucles. Mon Dieu, il n'en restait rien !
Elle récupéra son sac à main et entra dans la salle de bain afin de se rendre de nouveau présentable. Heureusement qu'elle gardait toujours un petit nécessaire de maquillage sur elle. Bien sûr, ça ne suffirait jamais, mais si elle avait sû quelle tournure prendrait la soirée... Avec un soupir rêveur, elle tenta de remettre un peu d'ordre à son apparence.
Elle venait de sortir son tube de rouge à lèvres quand le premier doute s'insinua dans son esprit. Comment réagirait le commissaire ? Sa main resta en suspens dans les airs. Qu'allait-elle lui dire en le voyant ? Et lui ? Voudrait-il seulement la revoir ? En passant la nuit avec Laurence, elle était allé à l'encontre de son éducation, de ses principes. Jamais elle n'aurait dû laisser les choses aller aussi loin, pourtant, jamais elle n'avait ressenti un tel sentiment de plénitude... Et puis, ils se connaissaient depuis plusieurs années maintenant, peut-être était-ce seulement la suite logique des évennements ?
Elle tenta de se raisonner, mais malgré elle, l'euphorie de la nuit laissa peu à peu place à un sentiment beaucoup plus lugubre. Une petite voix en elle _ celle de Marie-Chantal ? _ lui souffla que le commissaire se lasserait d'elle comme de toutes ses précédentes conquêtes et que ferait-elle alors ?…
Seigneur ! Et s'il la renvoyait ?
Elle ferma les yeux, horrifiée par cette dernière pensée. Une seconde ou deux passèrent, quand elle s'aperçue d'une présence dans la pièce. Il se tenait derrière elle, à quelques centimètres à peine. Elle sentit son souffle chaud sur sa nuque lorsqu'il réduisit la distance, puis se furent ses mains qui glissèrent sur ses hanches avant de se rejoindre sur son abdomen.
Elle ouvrit les yeux, le souffle court.
« Commissaire ! Je... » Comment pouvait-elle construire une phrase correcte lorsqu'il la regardait comme... Comme s'il ne regrettait rien, lui souffla la voix de Marie-Chantal « Je ne suis pas présentable ! »
Les lèvres du commissaire dans le creux de son cou coupèrent net tout autre protestation.
« Tu es parfaite, Marlène. » Il recula, croisa son regard dans le miroir. « Petit-déjeuner ? »
Elle acquiessa machinalement, le regarda sortir et enfin, enfin, se sentit libérée de l'angoisse qui l'habitait depuis son réveil. Il ne regrettait pas ! Elle jeta un dernier regard à son reflet. Elle n'était plus maquillée, pas coiffée, vêtue d'une simple robe de chambre... Mais il avait dit « parfaite » et ça lui suffisait amplement pour commencer cette merveilleuse journée.
Fin !
