And so, the story begins

La Facel Fega se gara devant le commissariat comme un matin ordinaire. Seulement, ce n'était pas un matin ordinaire. Marlène prit une profonde inspiration. Ce matin, elle arrivait avec le commissaire. Après avoir passé la nuit avec lui. Et une partie de la matinée. Elle pouvait encore sentir son cœur battre la chamade et elle se sentait rougir à chaque fois que leurs regards se croisaient. Il fallait qu'elle se reprenne ou la journée risquait d'être longue...

Ils sortirent de la voiture et Laurence lui tint la porte du bâtiment. Il posa une seconde une main au creux de son coude pour attirer son attention.

« Je te rejoins, je dois vérifier quelque chose avec Glissant. »

Ils avaient convenu de garder leur relation naissante discrète au moins le temps de comprendre eux-même où ils allaient, mais Swan lui avait dit qu'il ne voulait pas de secret. Il ne fallait simplement pas hurler son bonheur sur les toits. Et rester professionnel, bien sûr.

Elle ne savait pas si elle pouvait se permettre de le tutoyer au travail. Ca ne ferait pas très professionnel... Lui avait l'air parfaitement à l'aise avec la situation. Elle soupira. Il avait toujours l'air parfaitement à l'aise.

Elle préparait le café en rêvassant quand la porte s'ouvrit.

« Salut, Marlène ! Il est pas là, l'autre affreux ?

-Alice ! » S'exclama la secrétaire, ravie. « Qu'est-ce que tu fais ici ?

-Ben, c'est plutôt calme, à la Voix du Nord... On se fait carrément chier, en fait. Du coup, je me disais que, peut-être, t'aurai un truc à partager ?

-Oh... Non, je ne crois pas. »

A dire vrai, elle avait bien un scoop, mais pas de ceux que recherchait habituellement la jeune reporter. Elle sentit ses joues chauffer et se retourna brusquement vers l'aquarium de Bubulle pour cacher son trouble.

« Je le savais ! Tu me caches un truc ! »

Zut...

« Pas du tout.

-Oh, arrête, Marlène, t'es incapable de mentir ! Allez, pas à moi, qu'est-ce que c'est ?

-Rien, je te dis ! » Elle déboucha le petit pot de granulés pour nourrir le poisson et se perdit dans ses pensées.

Il faudrait qu'elle raconte sa fabuleuse soirée à Bubulle ! Un sourire rêveur accroché aux lèvres, elle remarqua à peine Alice qui agitait une main devant ses yeux.

« Arrête avec ta bouffe, là ! Tu vas le tuer, ton poisson !

-Oh, mon Dieu ! Excuse-moi, Bubulle ! J'étais... » Elle se mordit la lèvre juste à temps. « J'étais distraite. »

Elle referma le petit pot et se retrouva face à Alice qui la regardait, bras croisés, sa curiosité piquée à vif.

« Distraite ? T'es carrément à côté de la plaque, ouais ! » Elle ouvrit grand les yeux. « Non... T'es amoureuse ?! »

Et voilà... Décidément, secret ou pas, elle n'aurait pas tenu bien longtemps... Elle haussa les épaules sans regarder son amie. Mais Alice n'en avait pas besoin.

« C'est qui ? »

Il y eu un long moment de silence. Elle voulait partager son bonheur avec son amie, mais c'était tellement neuf, tellement fragile... Elle sourit et secoua la tête. Elle ne dirait rien. Pas tout de suite.

« Oh, allez, on est amies, quoi !

-Dites plutôt que vous profitez de sa gentillesse pour lui soustraire des informations, Avril. » Les interrompit Laurence en entrant dans le bureau.

« Comment vous pourriez le savoir, vous savez même pas ce que c'est, la gentillesse. » Rétorqua la reporter.

Laurence lui jeta un regard noir auquel elle répondit par un sourire mielleux. Il allait poursuivre mais Marlène s'interposa.

« Oh, vous n'allez pas vous disputer, tous les deux ! Par une si belle journée, ce serait dommage ! »

La jeune femme rousse jeta un œil au temps maussade avant de se tourner vers son amie.

« Ah, ouais, t'es vraiment amoureuse, quoi...

-Je ne vois pas du tout le rapport !

-Un petit café, Marlène ?

-Volontiers, Commissaire !... Oh ! Tout de suite, Commissaire ! »

Alice remit son sac en bandoulière, ferma son blouson et pointa un doigt en direction du commissaire.

« Vous savez, Laurence, si Marlène se trouve un Jules, elle va finir par se rendre compte que vous êtes un goujat et elle vous laissera tomber. Fini, les petits cafés du matin, va falloir apprendre à vous débrouiller ! »

Swan Laurence s'installa derrière son bureau pendant que Marlène s'affairait, soudain excessivement intéressée par les arabesques de la tasse en porceleine.

« Autre chose, Avril ? Non ? Alors laissez les honnêtes gens travailler et retournez harceler votre rédacteur en chef.

-On en reparlera, Laurence, vous verrez !

-Oui, alors... Je ne suis pas inquiet. » Il prit la tasse que Marlène venait de lui amener et la porta à ses lèvres. « Fermez la porte en sortant. »

Marlène la salua d'un signe de la main et en refermant derrière elle, la reporter se fit la réflexion que non, effectivement, le commissaire n'avait pas l'air inquiet. Pas du tout...

Fin !