Friendly talk

Les deux amies s'étaient donné rendez-vous dans une petite brasserie du centre-ville. Cela faisait longtemps qu'elles n'avaient pas discuter en dehors des enquêtes et Marlène s'en voulait de ne pas lui avoir parlé avant. Elle craignait un peu que la jeune reporter lui reproche d'avoir été laissé volontairement dans le noir. Elle lui en voulait touujours un peu pour l'histoire de Brigitte... Bien sûr, cette fois il n'était pas question de secret d'État, mais d'affaire de cœur. Même si on pouvait considérer que les affaires de cœur du commissaire tenaient parfois du secret d'État... Voilà qu'elle s'égarait encore. Elle avait même faillit manquer la brasserie !

Marlène entra et s'installa dans un box avec vue sur la rue, ignorant comme toujours les nombreux regards qui se posaient sur elle à son passage.

Alice était son amie, elle avait le droit de savoir ce qui se tramait dans sa vie. Et puis, avec qui d'autre pourrait-elle partager son bonheur ?

Avec un grand sourire, elle fit un geste de la main quand elle aperçut la jeune fille rousse. Cette dernière poussa la porte d'entrée, entra sans regarder devant elle et bouscula un homme assis au bar. Elle s'excusa avant de rejoindre la secrétaire.

« Salut, Marlène ! » Elle jeta son sac sur la banquette à côté d'elle et ouvrit la carte posée sur la table. « T'as commandé un truc ? » Elle laissa son doigt parcourir la carte. « Rah, c'est pas donné, quand même...

-Fais-toi plaisir, Alice, je t'invite.

-C'est vrai ? T'es vraiment chouette ! Alors... »

Tout en dévorant son assiette, Alice lui parla de son roman qui avançait à grands pas, mais elle remarqua vite que Marlène l'écoutait d'une oreille distraite, perdue dans ses pensées.

« C'est formidable, Alice, je suis contente pour toi.

-C'est gentil, Marlène, mais t'as pratiquement rien écouté. T'es vraiment dans ta bulle, en ce moment ! C'est ton Jules qui te mets dans cet état ? »

Et voilà. Le cœur du sujet. Marlène acquiesça, le sourire aux lèvres.

« Waouh, t'es à fond dedans ! Tu m'as même pas dis qui c'était, je le connais ?

-Eh bien... Oui... »

Alice reposa sa cuisse de poulet, intriguée.

« Ah. Donc, c'est quelqu'un du taff. »

La secrétaire ouvrit la bouche pour répondre, mais Alice l'interrompit en levant une main.

« Non, laisse-moi faire ! Je vais trouver ! Bon, alors... Pas un suspect, c'est pas trop ton genre. On peut oublier Tricard, trop vieux, trop ringard, trop... Ouais, pas Tricard. Tim, peut-être ? Il est un peu lourd, mais super sympa ! Et il te fait du gringue depuis le début. Il y a Martin, aussi. Discret, mais gentil... Non, trop timide pour toi. Et pas assez grand non plus. Et puis, il oserait pas tenir tête à l'autre andouille, mauvais comme il est ! » Elle interrompit elle-même le flot de sa réflexion. « Mais attends, il est pas jaloux, Laurence ? Ou alors, il a rien compris. C'est possible, il a jamais rien compris aux histoires d'amour...

-Oh ! Non, Alice ! Je ne peux pas te laisser dire ça ! Le commissaire peut être un homme très délicat !

-Oui, quand il choisit un parfum ou une cravate. Arrête ton char, il s'est toujours moqué de tes aventures. Il te croit à sa botte, toujours prête à lui faire son petit café et à le brosser dans le sens du poil ! »

Marlène haussa les épaules et détourna le regard.

« Il est gentil avec moi.

-Tant qu'il y trouve son intérêt. Attend un peu que ça devienne vraiment sérieux avec ton bonhomme, là.

-Eh bien, justement !

-Justement, quoi ?

-Justement, c'est très sérieux ! » Elle sentit le feu lui monter aux joues et plia sa serviette pour se donner une contenance. « Enfin, je crois. »

Il y eut un moment de silence pendant que la reporter réfléchissait à l'attitude de son amie.

« Attend une seconde, Marlène ! Vous en êtes à vous promener dans un parc en roucoulant ou t'as déjà fait frotti-frotta ?

-Alice ! On ne parle pas de ces choses là en public, voyons ! »

Mais le rouge qui avait envahit ses pommettes la trahit.

« J'y crois pas ! Tu me l'as même pas dis ! Je croyais que j'étais ton amie !

-Mais tu es mon amie ! Seulement...

-Quoi ? T'as cru que j'allais te balancer ? » Son ton se fit plus mordant, blessée malgré elle par le fait que Marlène ne lui ait pas accordé cette confiance.

Elle récupéra son sac et se leva, prête à partir.

« Non, attend, Alice ! C'est juste...

-Gâche pas ta salive, va, j'ai compris.

-Tu n'as rien compris du tout ! »

La secrétaire avait crié, debout à son tour. Quelques clients se tournèrent vers eux, intrigués par ces deux jeunes femmes qui se disputaient. Alice observa un instant son amie avant de se tourner vers les curieux, l'œil mauvais.

« Z'avez rien d'autre à faire ? » Encore chiffonnée, elle se ré-installa à sa place et croisa les bras, le visage fermé.

Marlène soupira.

« Ça ne devait pas se passer comme ça... Mais je suis tellement heureuse, Alice !

-Ben je suis ravie pour toi. » Maugréa-t-elle sans la regarder.

Marlène lui prit la main. La reporter la laissa faire sans bouger.

« Je n'ai jamais eu de chance en amour... C'est vrai, tu dois bien l'admettre ! » Alice haussa une épaule. « Alors, oui, j'ai eu peur de t'en parler. D'en parler tout court, à vrai dire... C'est tellement beau, tellement merveilleux !

-Ouais, ben ça va...

-Ce que je veux dire, c'est que je voulais être certaine que cette fois, c'était le bon, avant d'en parler à ma meilleure amie... »

Alice glissa un regard vers la secrétaire qui la regardait, pleine d'espoir. Elle sentit la rancune se dissiper. Elle pouvait comprendre le besoin de protéger ces instants précieux. Mais elle devait savoir.

« Tu en as parlé à quelqu'un d'autre ?

-Non, voyons ! A qui d'autre est-ce que je pourrai en parler ? Tu es ma seule véritable amie !

-OK... OK. » Elle serra la main que Marlène tenait toujours. « Et t'es sûre que c'est pas un tueur, ou un psychopathe ?

-Sûre !

-Un fêlé du bocal, un dérangé du carafon ?

-Certaine !

-Pas de famille de dingues ou d'ex-compagne en attente de vengeance ?

-Alice !

-Quoi ? Vu tes antécédents, vaut mieux être prudente.

-Non, rien de tout ça. Il est... Il est parfait. » Murmura-t-elle en baissant les yeux.

A présent que la tension était retombée, Alice avait retrouvé son appétit et commanda une glace.

« Eh ben... Il va faire une de ces tronches, Laurence ! Je veux être là le jour où tu lui annonceras ! »

Elle piocha dans la boule vanillée et faillit s'étouffer avec la seconde d'après.

Non.

Marlène la fixait étrangement, un sourire rêveur accroché aux lèvres.

Elle déglutit, posa la cuillère.

Non.

Marlène en couple avec... Elle secoua la tête pour se remettre les idée en place. Elle avait l'impression que l'ordre normal des choses venait d'être bouleversé.

Marlène ? Avec Laurence ? Marlène et Laurence, amoureux ?... OK, ça se tenait.

Marlène et Laurence, heureux ?... Au regard du sourire radieux qui illuminait le visage de la secrétaire ces derniers temps, ça devait être possible.

« Laurence ? » Articula-t-elle, ahurie. « Mais... Genre, toi et Laurence ? Mais, euh... Vous êtes sûrs ? 'Fin, je veux dire, ça se passe bien ?

-Oh, oui ! Merveilleusement bien ! »

Devant la joie qu'irradiait son amie, la reporter dû se rendre à l'évidence. Elle récupéra sa cuillère et replongea le nez dans son dessert.

« Allez, accouche !

-Pardon ? »

Alice leva les yeux au ciel, le monde retrouvait son axe.

« Raconte, Marlène. Je veux tout savoir ! » Marlène ouvrit la bouche. « Non ! Pas tout ! Juste le comment. Enfin, tu vois, quoi, je veux pas les détails. Surtout pas de détails. Déjà que j'ai l'impression d'espionner mon père... »

Fin !