Time and feelings

S'il y avait une chose que Marlène avait appris tout au long de ses années avec le commissaire, c'était qu'il avait horreur de dévoiler ses sentiments. Il aimait garder ses secrets près de lui et il était très rare qu'il parle de ses émotions. Pourtant, au fil du temps, elle avait gagné le droit d'entrer dans son monde et il l'avait laissé entrevoir quelques bribes de l'homme qu'il était au-delà des apparences.

Les changements les plus importants avaient eu lieu ces dernières semaines, au fur et à mesure que leur relation évoluait. Ils s'étaient découverts, apprivoisés, avaient appris le corps de l'autre dans une valse aussi vieille que le monde où chacun menait la danse à tour de rôle... Elle avait ri avec lui des bêtises du petit garçon qu'il avait été, il s'était moqué de ses rêves naïfs et trop roses de jeune fille. Elle s'était mordu la lèvre pour ne pas l'interrompre le soir où il avait mentionné la solitude de la vie en pension, il avait compris sa douleur le jour où elle avait réalisé que jamais plus elle ne pourrait serrer ses parents dans ses bras.

Elle n'avait pas hésité à lui parler d'elle, de sa famille, de ses joies comme de ses peines. Lui était plus réservé. Il parlait toujours de son passé sur un ton détaché, au détour d'une soirée tranquille. Comme si ce qu'il lui confiait n'avait que peu d'importance. Elle n'était pas duppe. Swan Laurence n'accordait pas facilement sa confiance et chaque révélation n'en était que plus précieuse à ses yeux.

De même, s'il lui faisait facilement des compliments sur son apparence, il restait curieusement pudique lorsqu'il s'agissait de parler de leur relation. Cela l'inquiétait parfois, mais elle se réveillait presque tous les matins à ses côtés et ça devait bien compter pour quelque chose.

Ce soir là, elle somnolait sur le canapé. Elle essayait de lutter en feuilletant une revue, mais la musique douce qui emplissait l'appartement et l'heure tardive eurent raison de sa volonté. A côté d'elle, Swan étudiait un dossier depuis une bonne heure et elle savait qu'il n'irait pas se coucher avant longtemps. Elle tenta de repousser l'instant fatidique où elle s'allongerait dans le grand lit froid et bailla à s'en décrocher la mâchoire.

Surpris, le commissaire leva les yeux de ses papiers pour se tourner vers elle.

« Tu ne vas pas te coucher ? »

Le ton doux de sa voix lui réchauffa le cœur. Elle lui offrit un grand sourire et se redressa un peu.

« Non, je... Je vais rester encore un peu, je ne suis pas très fatiguée. »

A son regard, elle compris qu'il n'en croyait pas un mot.

« Tu n'es pas obligé de rester avec moi. »

Sa phrase eut un drôle d'écho et Marlène se demanda s'il parlait de la soirée, ou de quelque chose de bien plus profond.

« Je sais. Mais j'en ai envie. »

Elle vit un trouble passer dans ces yeux qu'elle aimait tant, mais n'osa pas dire un mot de plus. Ils n'étaient pas encore au stade des grandes déclarations, un mot de trop et il prendrait peur, elle en était certaine.

Swan la regarda longuement, leva une main et laissa un doigt effleurer doucement sa pommette. Quelques secondes passèrent, juste assez pour qu'elle rougisse, puis il tapota la place à côté de lui.

« Installe-toi, j'ai presque fini. »

La tête posée sur les genoux de son commissaire, elle ferma les yeux et s'abandonna à la caresse d'un pouce sur sa tempe.

Lorsqu'elle ouvrit de nouveau les yeux, l'appartement était plongé dans la pénombre. Elle était recouverte d'un plaid et les battements de cœur de Swan raisonnaient dans un rythme régulier et rassurant contre sa joue. Elle se redressa pour l'observer un instant. Il avait abandonné le dossier sur la table-basse, desserré sa cravate et enlevé ses chaussures avant de s'allonger aussi confortablement que possible tout en la gardant serré contre lui. Comme souvent ces derniers jours, elle sentit ses émotions lui échapper et dû se mordre les lèvres pour ne pas déclarer ses sentiments. Elle s'était promis de ne pas le brusquer et d'attendre qu'il fasse le premier pas. Mais peut-être...

Il dormait profondément. Il ne se rendrait compte de rien. Et elle avait tellement besoin de le lui dire...

Le plus délicatement possible, de façon à ne pas le réveiller, elle déposa un baiser sur ses lèvres entrouvertes et se ré-installa contre lui. Elle ferma les yeux, murmura combien elle l'aimait dans un souffle et replongea dans un monde de rêves.

Sous elle, parfaitement éveillé, Swan se demanda s'il aurait lui aussi un jour le courage de lui avouer ses sentiments.

Fin.