Green Eyed Monster
Marlène jeta un regard noir en direction du commissaire et se resservit au buffet.
Comment pouvait-il fricoter avec cette gamine alors qu'elle était dans la même pièce ? Bien sûr, elle savait que c'était 'pour le travail'... Il voulait confondre la fille d'un ministre, ou quelque sombre histoire similaire, et pour se faire, il devait obtenir des informations.
Et quel meilleur informateur que la meilleure amie de la suspecte ? Alors, bien sûr, Marlène avait approuvé. Enfin, avant de réaliser que la meilleure amie en question, semblait un peu trop apprécier les attentions du commissaire. De son commissaire... Et à en juger par le manque d'espace entre eux deux, Laurence ne semblait pas insensible au charme de la jeune demoiselle...
Elle soupira et se détourna de la scène, blessée malgré elle par l'attitude tellement prévisible de son supérieur.
La soirée avait pourtant bien commencée. Elle avait sélectionné sa robe avec beaucoup de soin, passant un temps considérable dans la salle de bain. Swan était entré, impatient, mais la lueur d'agacement dans son regard avait vite cédé la place au désir et c'était lui qui au final avait failli les mettre en retard...
« Ben, t'en tire une tête ! Ça va pas ? »
La voix de son amie la sortie de ses sombres pensées. Habillée en serveuse, Alice semblait avoir encore trouvé la faille pour s'approcher au plus près d'une source d'information potentielle.
« Oh, non, Alice, tout va bien, je t'assure. »
Elle essaya de sourire mais ne réussit qu'à esquisser une grimace.
« Oh, allez, je vois bien qu'il y a un truc pas net. Vas-y, raconte.
-Je ne sais pas, Alice... C'est sûrement de ma faute, de toute façon. Je ne suis qu'une pauvre cruche naïve ! Je n'apprend jamais de mes erreurs...
-Euh, tu m'as paumé, là, de quoi tu parles ?
-Mais du commissaire, Alice ! J'avais cru que... » Elle haussa les épaules, soudain plus lasse que fâchée. « Je suis une idiote... »
Perdue, Alice chercha des yeux l'intéressé afin de comprendre la situation. Lorsqu'elle le vit, un verre de champagne à la main et une belle blonde élancée au bras, visiblement très à l'aise, elle resta bouche bée une seconde.
« Ben il s'emmerde pas, dis donc ! Pas étonnant que... » Elle se mordit la lèvre à temps. « Oh, Marlène, je suis désolée...
-Pourquoi ? Tu m'avais prévenu, non ?
-Oui, mais...
-Je vais prendre l'air. » L'interrompit la secrétaire.
Elle sirotait son champagne en grelottant sur le balcon quand elle sentit qu'on lui posait une veste sur les épaules. Délicate attention, mais mauvais parfum, lui souffla son cerveau. Un coup d'œil lui confirma que ce n'était pas Laurence, mais un des serveurs de la soirée. Habillé d'un costume beige, il avait des yeux rieurs et lui offrit un sourire avenant.
« Vous aviez l'air gelé. » Lui dit-il en guise d'explication.
« Oh, oui... Il ne fait pas chaud. » Bredouilla-t-elle, distraite.
A dire vrai, elle n'avait pas tellement envie de parler... Elle voyait bien que ce bel inconnu était intrigué, mais même si elle était flattée, il aurait était malvenu de sa part de le faire espérer. Elle ne savait pas jouer sur plusieurs tableaux, elle, songea-t-elle avec amertume.
Mal à l'aise, elle rendit la veste au jeune homme et s'excusa avant de rentrer dans le salon.
A peine entrée, la secrétaire se retrouva nez à nez avec le regard noir du commissaire. Surprise, elle recula d'un pas.
« Swan ?
-Alors, on passe une bonne soirée ? »
Son ton était mordant, froid et déclencha automatiquement une alarme dans l'esprit de la jeune femme. Quelque chose clochait.
Elle entendit la baie vitrée derrière elle et compris ce que le commissaire avait vu et ce qu'il en avait déduit.
« Ce n'est pas...
-Oh, mais je me fiche pas mal de ce que tu fais et avec qui, Marlène. J'en déduis que tu n'as plus besoin de moi. Mais je m'attendais à mieux. A toujours pérorer sur de grands médecins séduisants aux belles mains, te voilà entiché d'un vulgaire serveur... Je suis déçu. »
Et il la planta là.
Un instant, juste un instant, Marlène resta interdite. Puis, une vague de colère s'empara d'elle, comme elle n'en avait que peu ressenti.
De quel droit se permettait-il de la rabaisser ainsi ? Devant tous ces gens...
Il avait fait deux mètres quand elle lança l'offensive.
« Venant de quelqu'un dont la liste de conquêtes est plus longue que le bottin téléphonique, c'est gonflé ! J'ai toujours été honnête et... »
Elle s'interrompit quand elle compris enfin ce qui se tramait. Swan la fusilla du regard. Mâchoire contractée, muscles tendus, tout son être lui envoyait un message clair. Se taire.
Eh bien, elle s'était suffisamment tut pour une vie.
« Tu es jaloux !
-Marlène...
-Si ! Tu es jaloux ! Tu agis avec moi comme si j'étais ta propriété, tu me fais à peine confiance, alors que c'est toi qui as un problème ! Pas moi ! Je refuse d'être utilisée plus longtemps ! »
Dans le silence qui suivit, seule Alice remarqua le bref éclair d'incertitude qui apparut dans les yeux du commissaire.
Furieuse, Marlène sortit sur le perron puis dans l'allée, oubliant de récupérer sac et manteau. Le bruit de ses talons dans les cailloux fut bientôt rejoint par un second, plus précipité. Sachant pertinemment de qui il s'agissait, elle accéléra le pas, peu encline à reprendre leur dispute.
Elle se retrouva devant la Facel Vega avant de réaliser l'ironie de la situation, mais n'eut pas le temps de changer de direction. Les doigts du commissaire se refermèrent sur son poignet et elle pivota pour l'affronter.
Leurs regards s'accrochèrent, électriques, chargés de non-dits. Elle ouvrit la bouche pour l'envoyer paître, mais il ne lui en laissa pas l'occasion. La seconde d'après, la seule chose chose qu'elle pouvait affirmer, c'était qu'il l'embrassait comme si leur temps était compté. Elle capitula presque instantanément et lui répondit avec la même ardeur.
Son dos heurta un métal froid. Elle mit quelques instants à comprendre que c'était la portière de la voiture. Une poussée d'adrénaline déferla dans ses entrailles quand elle réalisa qu'ils étaient dehors, et que n'importe qui pouvait sortir et les voir.
Peut-être même que l'autre bécasse allait les surprendre... Soudain téméraire, elle mordit la lèvre supérieure de Swan et fut récompensée par un grognement accompagnée de la caresse d'une langue chaude sur la sienne. Elle crispa ses doigts sur ses épaules pour contenir le soupir qui voulu lui échapper, savourant les attaques de sa bouche brûlante contre la sienne.
Les mains de Swan glissèrent dans son dos, les rapprochant encore d'avantage et la décharge de plaisir qui la traversa lui arracha un gémissement.
Lorsqu'il s'écarta, le souffle court, il était visiblement aussi affecté qu'elle. Les jambes en coton, Marlène dut s'appuyer sur la voiture de peur que ses genoux cèdent sous la pression des émotions.
Il avait reculé de plusieurs pas quand elle retrouva l'usage de la parole.
« Swan, je...
-Tu mérites mieux. »
Il avait prononcé ces mots d'une voix rauque, chargée de désir, mais elle entendit comme une finalité tragique. Elle eut soudain très froid.
Il allait la quitter.
Pour elle.
Pour la préserver.
La jeune femme sentit quelque chose se briser en elle. Douloureusement. Comme si quelqu'un avait gelé son cœur et avait ensuite cogné dessus. Elle ressentait chaque fissure et ça faisait mal...
Son cerveau enregistra vaguement le fait que Swan s'approchait de nouveau, mais elle ne leva les yeux que lorsqu'il lui prit doucement une main.
« Tu vas me quitter... Demain, je vais recevoir un joli bouquet, un petit mot impersonnel et ce sera fini. N'est-ce pas ?
-Marlène...
-Ne me ment pas ! » Cria-t-elle brusquement, luttant de toutes ses forces pour contenir ses larmes encore un peu. « Ne me ment pas... »
Il demeura silencieux. Elle retira sa main, se redressa, chercha en elle les derniers éclats de dignité qui lui restait.
« Il se fait tard, Commissaire. Je vais rentrer. »
Avant qu'il ne puisse songer à la suivre, Marlène s'était éclipsée. Il la revit en compagnie de la reporter et resta longtemps à observer le chemin par lequel elles étaient reparties.
À suivre...
Note de l'auteur : Je voulais essayé quelque chose de plus noir, plus anxiogène... Eh puis, soyons honnête, la question de la fidélité du commissaire devait bien apparaître à un moment ou à un autre. La suite est en cours et devrait être posté sous peu, tout comme la suite de mon autre Fic. Je suis désolée de ne pas poster souvent, mais le travail est un peu stressant en ce moment et j'ai manqué de temps et d'occasions de me détendre devant mon clavier... Comme toujours, n'hésitez pas à me donner votre avis, c'est comme ça qu'on évolue ! A bientôt !
