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Chapitre 02

Étrange créature

Comme souvent depuis l'arrivée de Ceux qui Viennent du Ciel, ce matin là, Ateyo, son fils Tsu'tey, et quelques autres chasseurs, scrutaient le camps de fer et de pierres puantes des envahisseurs, surveillant, analysant. Leurs usines crachaient d'épaisses fumées noires empoisonnées piquant leurs nez sensibles, le bruit assourdissant des leurs engins de métal brisant la nature. C'était infernal. Cela faisait maintenant bien des années qu'ils étaient là, une petite trentaine d'après les calendriers du docteur Augustine. Et cela faisait aussi un moment qu'ils avaient vu arriver ces Marcheurs de Rêves, ces démons aux faux corps. Il y avait une école où plusieurs Omaticaya apprenaient les façons des Gens du Ciel. Mais la situation était loin d'être satisfaisante pour eux. Les Gens du Ciel avaient fait de nombreux morts en arrivant avant de chercher une solution plus pacifique, détruisant leur nature sans rien comprendre, s'imposant sans respect. Alors ils venaient surveiller comme régulièrement. La veille un autre monstre de fer venu d'au delà des nuages étaient arrivés avec d'autres envahisseurs et ils venaient voir ça, soigneusement cachés parmi les plantes, invisibles.

Tout avait été comme à l'habitude ici lorsque soudain, des coups de feux avaient retenti, les cris suivant. Ils avaient sursauté, craignant d'avoir été repéré pourtant, ils réalisèrent que cela ne leur était pas destiné. Intrigués, ils concentrèrent leurs regards dans la direction d'où venaient les bruits. Ce fut avec surprise qu'ils virent bientôt une silhouette courir à tout allure vers la forêt. L'être avançait vite, bien plus vite que n'importe quel autre Gens du Ciel. Pourtant, de loin, il leur ressemblait. Il y avait cependant deux étranges grandes choses noires dans son dos. Il fut rapidement à mi-chemin de la très haute clôture et ce fut alors que l'on vit nombre de guerriers émerger des bâtiments à sa poursuite, ces machines à forme humaine se mettant à lui courir après. Ils tirèrent dans sa direction, le groupe de chasseurs surpris de voir cette scène inédite. Le fuyard slaloma avec habilité pour les embrouiller, accélérant encore. Il venait dans leur direction, leur permettant de voir de mieux en mieux et ils réalisèrent bientôt qu'il avait les mains attachées dans le dos. Un prisonnier visiblement. Il était habile et léger comme aucun des envahisseurs, vif et précis.

Il arriva bientôt à la clôture sans pour autant ralentir et à leur stupeur totale, il se ramassa soudain sur lui même, comme un Ikran prêt à décoller, avant de faire un prodigieux saut de nombreux mètres de haut, passant l'obstacle facilement. Ils restèrent stupéfiés lorsqu'il se réceptionna, titubant un peu et manquant de tomber ainsi entravé. Il poussa pourtant sur ses petites jambes pour filer vers la forêt. Il arriva à leur hauteur, lui au sol et eux dans les arbres. Ils réalisèrent alors qu'il ne portait pas de masque pour respirer comme les autres, un bâillon de fer couvrant sa bouche. Et malgré lui, ils entendirent parfaitement le hurlement de douleur qu'il poussa lorsqu'un tir toucha ces grandes choses noires plus hautes que lui dans son dos. Elles formaient deux grands ovales luisant de reflets verts derrière lui, accrochées à son corps visiblement. Il tituba et tomba à genoux, gémissant. Ils purent alors le regarder, surpris par ce qu'ils virent. Cette créature n'était pas comme les Gens du Ciel même si la forme de son corps leur ressemblait. Il y avait ces choses dans son dos mais aussi d'autres. Ses cheveux étaient incroyablement longs, aussi noirs que ceux des Na'vi. Sa peau délicate était parsemée de petites cristaux blancs reluisant et lumineux, son corps brillant un peu dans le soleil. Un cristal du même vert que la forêt trônait sur son front. Il avait des oreilles longues et pointues décorées de petits ornement brillants. Il dégageait quelque chose de profondément différent des autres.

Il se releva rapidement, les jambes tremblantes, poussant sur ses pieds nus. Il retomba pourtant presque immédiatement lorsque d'autres tirs le touchèrent, le faisant hurler dans son bâillon. Il respira fortement et força encore pour se remettre debout et échapper à ses poursuivants bloqués par la clôture. Il courut comme il put, zigzagant, mal assuré mais il fut bientôt derrière les arbres, hors de portée des tirs. Silencieusement, Ateyo fit signe aux siens pour leur montrer qu'ils suivaient cet être étrange et ils le firent. Derrière, les Gens du Ciel hurlaient et il ne ferait aucun doute qu'ils seraient bientôt là. La créature blessée n'irait probablement pas très loin.

Et ce fut le cas alors qu'elle s'arrêtait un peu plus loin, ne tenant plus sur ses pieds, s'écroulant, tremblant, respirant avec mal. Entravée comme elle l'était, blessée, elle n'avait aucune chance d'échapper à ses poursuivants et de leur poste, ils se préparèrent à la voir être reprise très vite, confus devant ce spectacle perturbant. Jamais on avait vu ça. Jamais on avait vu de Gens du Ciel si différent, prisonnier ainsi et chassé par les siens. C'était aberrant. Ils regardèrent la créature observer autour d'elle l'air désespérée, cherchant une issue, une cachette que son sang coulant rendrait inutile. Ce fut de nouveau le choc pour eux lorsqu'une petite nuée de sept atokirina, des graines de l'arbre sacré, émergea des plantes pour venir doucement vers lui. Il les vit tout de suite, regardant, se détendant un peu l'air émerveillé. Les esprits purs vinrent se poser sur sa tête, ses épaules, ses choses dans son dos, les stupéfiant.

Il y eut comme un petit moment de paix, la créature fermant les yeux mais elle sursauta brusquement lorsque le bruit de ses poursuivants revint au loin, se rapprochant vite. Elle regarda autour d'elle, tentant de se relever sans succès, s'effondrant. Elle s'immobilisa, ses oreilles frémissant à l'image de celles des Na'vi lorsqu'un craquement retenti devant elle. Les chasseurs portèrent leurs regards vers les fourrés en même temps qu'elle, leurs sens alertés et ils se figèrent, la respiration bloquée lorsqu'un énorme palulukan émergea doucement, lentement. Le prédateur le plus dangereux de leur forêt faisait vraiment énorme devant la fragile petite chose tremblante. Il s'approcha tranquillement, la créature l'observant avec respect mais sans peur et elle fit une chose à laquelle ils ne s'attendaient pas. Respectueusement, elle s'abaissa vers le sol, s'inclinant jusqu'à poser le front parterre, humble comme aucun Gens du Ciel n'avait jamais su l'être. Elle s'immobilisa et le palulukan s'avança jusqu'à elle, paisible. Il se baissa près de le l'être frêle et faible, venant frotter sa tête contre lui avec une immense délicatesse lorsqu'il aurait pu le gober d'une bouchée presque entier. Il le câlina comme un de ses petits, les laissant sans voix avant de faire encore plus surprenant. La créature se redressa avec mal, à bout de force et le prédateur vint s'allonger près d'elle, lui offrant son dos. L'étranger entreprit alors d'y grimper, peinant entre les entraves et les blessures. Les atokirina ne le quittèrent pas, planant sur lui comme un encouragement. Il fut finalement assis, l'air à peine conscient, s'affalant sur sa surprenante monture. Le palulukan se redressa précautionneusement avant de tourner la tête vers sa petite charge, émettant un petit son inquiet. La créature releva péniblement la tête pour poser son front contre lui, le petit cristal s'y trouvant s'illuminant une seconde. Le prédateur se mit alors en route, partant alors que les poursuivants n'étaient plus loin.

Stupéfaits par ce qu'ils venaient de voir, ce fut sans même se poser la question que les chasseurs les suivirent, voulant comprendre ce qui était évidemment un signe d'Eywa plus que flagrant. Le palulukan avança aisément dans la forêt, distançant bien vite les Gens du Ciel qui ne le retrouveraient jamais lui et sa charge. Il avança d'abord assez rapidement bien qu'avec soin comme pour ne pas bousculer la créature sur son dos. Il s'arrêtait régulièrement pour tourner la tête vers elle. L'être étrange était de toute évidence très faible et épuisé, respirant mal, son sang coulant encore. Une fois hors de danger, le prédateur ralentit, marchant plus doucement et confortablement pour ce qu'il portait. Les graines étaient toujours là et la créature observait la forêt de ses yeux embrumés à peine ouvert. Elle semblait en confiance, seule la douleur la tendant. Ils suivirent cet étrange duo longtemps et ce fut avec consternation qu'ils comprirent que le palulukan allait vers l'arbre des âmes, vitraya ramunong. Aucun étranger n'avait le droit d'y poser un pied mais ce cas était particulier, très particulier alors que l'animal lui même le portait là bas sans contrainte.

Ils suivirent et la destination se vérifia à leur grande confusion. Plus d'atokirina étaient arrivés en chemin, se posant sur la créature tremblante. Le palulukan descendit auprès de l'arbre sacré, les chasseurs observant attentivement, confus, perdus. Pourquoi leur Mère voudrait-elle aider cet être bizarre après tout ce qu'il s'était passé ? Le prédateur gagna le pied du tronc avant de se coucher là avec sa charge, se mettant à veiller avec attention sur les alentours. Ateyo n'attendit pas davantage pour envoyer un chasseur au village prévenir Olo'eyktan et Tsahik de ce qu'il se passait, le conseil de la chaman indispensable devant cet événement.

Le messager partis, ils continuèrent à observer de loin, n'osant pas approcher avec le prédateur toujours là. Après un long moment d'immobilité, on vit les branches de l'arbre sacré s'animer un peu, venant effleurer et caresser délicatement la créature, l'incitant à se réveiller alors qu'elle semblait au bord de l'inconscience. Elle finit par bouger, se laissant conduire par les branches pour descendre du dos de sa monture. Elle tomba lourdement sur le côté, son cri de douleur leur parvenant malgré ce qui couvrait sa bouche. Le palulukan se releva en faisant attention à elle, venant frotter son nez contre elle comme pour l'encourager. Il se servit d'ailleurs de son museau pour l'aider à se redresser et à s'asseoir alors que ses mains étaient toujours attachées dans son dos. La créature fut bientôt assise de côté contre le tronc, le prédateur s'allongeant près d'elle comme un garde vigilant. Elle ferma les yeux, sa peau pâle et presque translucide, maladive alors que la belle lumière de ses pierres s'était affaiblie. Elle n'était de toute évidence pas en bon état. Les branches de l'arbre revinrent la cajoler, redonnant de la lumière à ses bijoux naturels lorsqu'elles les effleurèrent. Et à leur plus grande consternation, la créature étrangère semblait avoir une interaction avec Eywa par ces manifestations.

Ils regardèrent ce spectacle longtemps, la créature se reposant visiblement, entourée de graines et veillée par le prédateur. Ce fut sur cette vision que de nombreux autres membres du clan arrivèrent, conduis par le chasseur messager. Mo'at et Eytukan étaient en tête, surpris de constater eux mêmes ce spectacle au pied de l'arbre que tous observèrent en silence un moment. Ateyo leur expliqua ce qu'il s'était passé après le départ du messager, tous pensifs devant cela.

- Eywa l'a amené à nous, conclut Mo'at. Elle l'a amené auprès d'elle et la protège. Elle a envoyé le meilleur gardien que la forêt avait à lui offrir pour être en sécurité. Cette créature ne peut être ignorée, dit-elle. Quoi qu'elle soit, elle a la faveur d'Eywa, affirma-t-elle solennellement.

Tous autour d'eux acquiescèrent bien que confus et un peu perdus, ne comprenant pas. Il était cependant impossible d'ignorer ce qu'il se passait sous leurs yeux. Tsahik leur fit signe de rester là alors qu'elle descendait dans le cratère de l'arbre, aussitôt repérée par le palulukan qui se tourna vers elle. Il ne fit pourtant pas mine d'attaquer ni d'être agressif étrangement. Elle resta à distance, lui offrant leur signe de salut avec respect. Le prédateur s'inclina avant de s'éloigner gentiment dans l'autre direction, disparaissant dans la forêt. Elle avança alors vers l'arbre et la créature, faisant signe aux autres qu'ils pouvaient venir et personne ne se fit prier, analysant l'étrange petite chose avec curiosité, cherchant à comprendre. Elle ne bougeait plus, respirant mal, les yeux à peine ouverts, tremblant de tout son corps. Elle ne semblait pas vraiment consciente, des soubresauts douloureux la parcourant.

Tsahik s'arrêta à quelques pas d'elle, l'analysant, faisant signe aux autres de rester un peu à l'écart. Elle regarda ses entraves, ses blessures à travers ses vêtements déchirés. Elle vit avec stupéfaction que son sang au sol s'était cristallisé en petite perles rouges brillantes, les montrant aux siens qui regardèrent avec surprise. Assurément, la créature n'était pas comme les Gens du Ciel. Elle était déjà bien plus belle à leurs yeux, plus fine et élancée bien que de taille semblable. D'aussi près, ils constatèrent d'autres particularités : ses yeux couleur de forêt avaient des pupilles fendues et les ongles de ses pieds étaient d'un blanc opaque et nacré. Tsahik s'approcha doucement, se plaçant dans son champs de vision et s'il fallut un moment, elle la vit finalement, réalisant. Ses yeux s'écarquillèrent de peur et elle s'agita, poussant sur ses jambes pour reculer en oubliant qu'elle était déjà contre l'arbre. Elle gémit d'ailleurs de douleur en gesticulant ainsi, se figeant sous la souffrance.

- Nous ne te voulons aucun mal, tenta Tsahik dans la langue des Gens du Ciel.

Cela sembla pourtant la paniquer un peu plus alors qu'elle les repérait tous, sa poitrine se soulevant à un rythme effréné, ses yeux voyageant frénétiquement alors qu'elle se tassait contre l'arbre quitte à se faire mal. Elle regarda d'ailleurs les branches comme une demande d'aide et à leur étonnement totale, cette aide vint. Les branches s'animèrent de nouveau pour le caresser, les graines planant sur lui avec calme. Elles vinrent ensuite sur Mo'at comme pour montrer à la créature qu'elle était amie. Le petit être se détendit alors un peu, comprenant vraisemblablement sous leurs regards émerveillés.

- Nous ne te voulons aucun mal, répéta Tsahik dans leur langue cette fois.

Et étrangement, la créature parût comprendre, cessant de s'agiter. Il était pourtant évident qu'elle luttait contre l'inconscience, ses yeux se fermant un peu tout seuls, brouillés. Mo'at montra sa bouche puis la sienne, désignant le bâillon pour lui faire comprendre qu'elle voulait lui enlever ça. Elle s'approcha et bien que visiblement inquiète, la créature la laissa faire. Mo'at s'agenouilla près d'elle, bougeant lentement, calmement. Elle glissa ses grandes mains sur le lien l'empêchant de parler, cherchant une ouverture. Elle la trouva derrière sa tête, lui enlevant bien vite cette chose. La créature prit alors une bouffée d'air, respirant un peu mieux, toussant douloureusement et découvrant les petites canines qu'elle avait dans la bouche. Mo'at la contourna ensuite pour aller dans son dos, la créature la suivant attentivement du regard.

- Je vais t'ôter ces liens, expliqua-t-elle.

Elle se laissa faire, Tsahik examinant ces grandes choses noires dans son dos. Elles semblaient entravées elles aussi, d'épais liens de cuir les traversant, les serrant. Elle y fit bien attention, ne sachant pas ce que cela était et elle détacha ses mains. La créature eut à peine la force de les ramener devant elle, gémissant de souffrance alors que les larmes roulaient sur ses joues. Elle semblait si fragile, si petite, si meurtrie que beaucoup en furent touchés.

- Je vais détacher ça, annonça ensuite Tsahik en désignant ce qu'il avait dans le dos.

La créature acquiesça faiblement, le regard presque implorant devant cette proposition qu'elle avait assurément comprise. Mo'at se mit alors à chercher l'ouverture des sangles, constatant que ces appendices étaient couverts de plumes. Elle la trouva et le petit être eu un cri de douleur perçant lorsqu'elle fut forcée d'effleurer une blessure dans les plumes, les faisant tressaillir. Ce fut d'ailleurs la chose de trop pour la créature dont les yeux roulèrent soudain. Elle perdit conscience, terrassée par la douleur et l'épuisement. Tsahik vint aussitôt s'assurer qu'elle respirait et vivait toujours, avant de définitivement retirer les dernières entraves. Les choses noires tombèrent, se dépliant largement en les surprenant.

- Ce sont des ailes, constata Eytukan se tenant non loin.

Et ce fut ce qu'ils constatèrent tous à la vue des grandes ailes s'étendant désormais autour de la créature. Elles tremblaient pourtant, plusieurs blessures les marquant, de nombreuses plumes manquantes. Elles semblaient aussi déformées par endroit. Cet être était au delà de tout ce qu'ils avaient jamais vu. Mo'at demanda l'aide de plusieurs pour venir allonger la petite créature sans abîmer ses attributs incroyables. Elle la scruta ensuite, repérant de nombreuses blessures.

- Elle a besoin de soins et de repos, dit-elle finalement. Ramenons là au village.

Elle vint poser une main sur front, le regardant profondément.

- Protégé de Eywa, murmura-t-elle. Tout ira bien.

Et ce fut ce qu'ils firent, confectionnant un brancard avant d'y installer doucement la petite créature fragile, prenant garde à ses ailes. On la ramena au village en silence, tous pensifs, inquiets pour l'être que leur Mère venait de leur confier. L'histoire fit bien vite le tour de tout le clan, beaucoup les regardant passer avec l'être unique en son genre. Mo'at la fit conduire haut dans l'arbre maison, l'installant dans le tronc même, dans une chambre consacrée aux soins où l'on fit venir les meilleurs guérisseurs pour l'aider. La créature fut allongée à même le sol sur un épais tapis de mousse, là où on pourrait étendre les ailes blessées sans mal. L'endroit était lumineux, l'air agréable, de grandes ouvertures laissant voir l'extérieur à travers quelques lianes. On la débarrassa de ses vêtements, trouvant multitudes de petits cristaux précieux partout sur elle. Mais elle était surtout couverte de blessures. Elle avait beaucoup de plaies en tout genre, de gros hématomes un peu partout en plus des tirs qu'elle avait reçu en s'échappant. Précautionneux, attentif à cette physiologie inconnue, on la soigna avec délicatesse, faisant au mieux. On retira les balles et même dans son inconscience, la créature hurla de douleur à cette opération, tous l'entendant. Heureusement, ce fut vite fini et ils appliquèrent leurs meilleurs onguents et remèdes pour l'aider à guérir. Son corps fut lavé et le trouvant étrangement froid et tremblant, on le couvrit d'étoffes soyeuses. L'opération fut longue mais Mo'at sortit finalement, un guérisseur restant auprès de la créature inconsciente. Elle retrouva son compagnon, ses filles et le groupe de chasseurs ayant découvert l'événement à l'extérieur avec d'autres, attendant des nouvelles.

- Je crois qu'il ira bien avec du temps, du repos et des soins, commença-t-elle en les soulageant. Son corps est différent du nôtre et il a perdu beaucoup de sang mais je ne crois pas que sa vie soit en danger imminent.

- Il ? releva Neytiri.

- Son corps ressemble un peu aux Gens du Ciel tout de même, expliqua-t-elle. C'est un homme de toute évidence. Il est faible et beaucoup de mal lui a été fait, déplora-t-elle. Mais il survivra. J'ai regardé ses ailes, elles sont comme aucune ici mais j'ai l'impression qu'elles sont abîmés. Leur forme me paraît incorrecte et les deux ne sont pas identiques. Je ne sais pas s'il peut encore voler. Elles semblent en tout cas extrêmement sensibles. Pour le moment, il a besoin de repos. Il devrait se réveiller bientôt et peut-être pourra-t-il alors nous parler. Son énergie est étrange et bizarrement familière quelque part, dit-elle l'air confuse. Mais une chose est certaine : il est très loin des Gens du Ciel.

On se décida alors à patienter en veillant sur lui du mieux possible. Mo'at resta auprès de lui autant qu'elle le put, s'attristant de voir la créature trembler atrocement. Elle n'avait pas de fièvre mais elle avait vraisemblablement froid et rien ne semblait la réchauffer. Son visage était aussi souvent crispé de douleur, de petits gémissement lui échappant. Elle était installée sur son côté, ses ailes étendue derrière elle sur le sol. Elle dormit tout le reste de la journée et toute la nuit. Au matin, alors que Mo'at revenait à son chevet avec ses filles, Tsu-tey et son petit frère, Arvok, elle trouva le guérisseur un peu désemparé. La créature tremblait plus fort encore, claquant des dents. Elle s'était un peu roulée en boule, gémissant de détresse même inconsciente. Personne ne fut capable de comprendre ce qu'il lui arrivait.

Ce fut Eywa qui apporta la réponse au travers des animaux de la forêt. En milieu de matinée, on vit des atokirina apparaître et venir se poser sur la créature. Derrière eux, quelques syaksyuk, ces singes bleus, firent éruptions, regardant les Na'vi puis la créature. Ils approchèrent et si on voulut les chasser pour ne pas qu'ils viennent embêter le blessé, Mo'at les arrêta en voyant l'une des graines se poser sur un animal. Les trois syaksyuk rejoignirent alors doucement l'être ailé, s'installant autour de lui en les surveillant et temps en temps. Ils se mirent à le cajoler, caressant ses cheveux, ses épaules, son visage, ses ailes, ses mains, ses bras, l'un d'entre eux venant se blottir contre lui avec délicatesse. Après un moment de ce traitement, les tremblements faiblirent, les surprenant. Ils finirent par stopper totalement, la peau de la créature retrouvant plus de chaleur alors qu'elle se détendait. Leur démonstration faîte, les animaux s'en allèrent, les atokirina restant flotter dans la salle.

- Il a besoin de contact vivant, comprit Tsahik en venant prendre le relais pour caresser la petite tête. Ce doit être une créature vivant en clan comme nous. Elle ne doit pas supporter la solitude si cela lui fait cet effet.

Cette spécificité découverte, Mo'at ne cessa plus de toucher la créature et à leur grand soulagement, elle resta confortable et agréablement chaude, les assurant d'avoir bien compris. Ce fut dans l'après-midi, alors que Tsahik était seule avec elle que la créature commença à s'éveiller. Elle le vit sur le champs, retirant sa main de ses cheveux soyeux de peur de l'effrayer. La créature papillonna des yeux, serrant un peu les dents. Elle regarda autour d'elle l'air vague, ne bougeant pas. Elle sursauta pourtant lorsqu'elle la vit et elle lui fit signe d'apaisement d'une main, lui souriant :

- Tu es en sécurité, dit-elle en Na'vi en s'attirant son regard attentif et craintif.

Un atokirina vint se poser devant son visage et elle l'observa, se calmant visiblement, l'ébauche d'un sourire éclairant son visage. Mo'at reprit alors, la voix douce :

- Nous t'avons soigné mais il faut te reposer. Comprend tu ce que je dis ?

- Oui, répondit-il la voix rauque.

Elle fut surprise par le mot Na'vi parfait qui sortit de sa bouche sans aucun accent.

- Je m'appelle Mo'at, se présenta-t-elle alors. Je suis Tsahik, celle qui entend et transmet la parole de Eywa, dit-elle alors qu'elle écoutait. Quel est ton nom ?

- Eywani, dit-il en la stupéfiant.

Dans leur langue, cela signifiait « protégé de Eywa ». Mais si la créature parlait Na'vi, c'était peut-être un faux pour les tromper même si cette idée lui semblait profondément stupide.

- Est-ce ton véritable nom ? demanda-t-elle incrédule.

- Le nom que ma Mère m'a donné, répondit-il faiblement.

- Comment sais-tu parler Na'vi si bien ?

- Na'vi ? Votre langue ? demanda-t-il l'air confus.

- Oui, acquiesça-t-elle aussi perdue que lui.

- Tout les Aïais comprennent et parlent les langues originelles, expliqua-t-il. C'est un don de notre Mère.

- Aïais ? Ton peuple ? demanda-t-elle.

- Oui, souffla-t-il l'air sombre.

Voyant qu'il semblait avoir soif, ne cessant de tenter d'humidifier sa bouche, elle attrapa un gobelet d'eau, lui proposant. Il accepta avec joie et se laissa faire, faible, lorsqu'elle redressa sa tête pour qu'il puisse boire. Elle le réinstalla ensuite soigneusement, le laissant respirer un peu.

- Merci, bredouilla-t-il.

- Ce n'est rien, sourit-elle.

- Eywa, dit-il alors. Vous avez dit transmettre sa parole. Est-ce le nom de votre Mère ?

- Oui. Eywa est notre Mère en ce monde, notre déesse régentant toute vie, expliqua-t-elle. Elle nous donne sa force et nous protège. Elle t'a mené vers nous.

- Elle m'a sauvé, soupira-t-il avec soulagement. Elle m'a aidé à me mettre en sécurité. Je l'ai entendu me guider.

Il avait l'air infiniment touché et Tsahik très surprise qu'il dise l'avoir entendu.

- Ma Mère s'appelait Gaïa, confia-t-il les larmes aux yeux. Elles se ressemblent un peu.

Mo'at resta de nouveau stupéfiée, commençant un peu à comprendre que Eywani avait été en contact étroit avec sa propre Mère là d'où il venait.

- D'où viens tu ?

- De la Terre, répondit-il.

- Du monde des Gens du Ciel ? Ceux que tu as fuis ?

- Mon peuple les appelle Morokar, dit-il. Mais nous venons du même monde.

- Pourquoi t'avoir traité de la sorte ?

- Les Morokar sont les ennemis de mon peuple, dit-il avec une pointe de fureur. Pour eux, je ne suis qu'un animal et un outil. Ils voulaient se servir des dons que ma Mère m'a donné pour leur profit, dit-il en l'horrifiant. Ce ne sont pas des enfants de ma Mère, ce sont des traîtres.

- Ton peuple est toujours sur Terre ? Y-as-tu été arraché ? demanda-t-elle avec tristesse.

- Mon peuple est mort, dit-il alors que les larmes se mettaient à couler de ses yeux. Mon peuple est mort. Ils sont tous partis. Les Morokar les ont tous tué, ils ont tué Mère, dit-il en la figeant d'horreur. Je suis le dernier. Je suis tout seul, dit-il en éclatant en sanglot.

La gorge serrée et les larmes aux yeux, Mo'at vint prendre sa petite main, se mettant à caresser ses cheveux. Les grandes lignes de ce qui arrivait à la créature étaient là, terrifiantes à envisager pour elle. Elle la cajola un moment, n'osant imaginer ce qu'elle ressentait. Elle la poussa vers le sommeil de nouveau et l'épuisement eu raison d'Eywani qui s'endormit, les joues pleines de larmes. Son compagnon arriva à peine quelques instants plus tard, Tsu'tey et son père avec lui, venant aux nouvelles et ils furent choqués de la trouver au bord des larmes. Elle leur expliqua alors ce qu'elle venait d'apprendre, tous ébranlés par l'histoire. Les Gens du Ciel étaient-ils à ce point destructeurs qu'ils avaient tué leur Mère et n'avait laissé qu'un seul de ses enfants en vie ?

- Eywa l'a pris sous sa protection parce qu'elle sait ce qu'il a enduré, dit-elle. Les Gens du Ciel l'ont amené ici en espérant l'exploiter. Il s'est enfuis guidé par Eywa. Il l'entend, assura-t-elle en les surprenant, et elle l'a accueilli auprès d'elle. Nous nous devons de le protéger et de le soigner. Il est des nôtres aux yeux d'Eywa, dit-elle en caressant la créature.

- Alors il le sera, promit solennellement Eytukan.

Ce soir là au repas du clan, Eytukan parla à tous de la créature, la présentant. Ils furent surpris par son nom, horrifiés parce qu'elle avait vécu, par la perte des siens. Lorsque Mo'at déclara qu'aux yeux d'Eywa, il était désormais Na'vi, tous l'acceptèrent sans broncher. Le lendemain, Mo'at était de nouveau au chevet Eywani, ses filles, Tsu'tey, Arvok et quelques jeunes venus rendre visite dans le calme à ce nouveau frère. C'était avec joie qu'ils l'avaient vu se réveiller doucement, Tsahik faisant signe de reculer un peu pour ne pas l'effrayer. Il sursauta d'ailleurs à tout ce monde autour de lui, le mouvement le faisant tressaillir de douleur. Mo'at lui sourit et il se focalisa sur elle, se calmant. Elle le salua et fit les présentations, l'Aïais les observant un à un.

- Comment te sens tu ? demanda l'aînée inquiète.

- Fatigué et endoloris, répondit-il encore groggy.

- Nous avons des plantes contre la douleur, dit-elle en faisant signe à son aînée qui avança un breuvage. Je ne sais pas si cela fonctionnera sur toi mais nous pouvons essayer.

Il approuva et tenta de se redresser. Elle l'aida sur le champs à s'asseoir et il gémit de douleur en regardant ses ailes qui pendaient mollement derrière lui. On lui donna le remède, ses mains tremblantes prenant le bol grand pour lui alors qu'il faisait à peine la moitié de leur taille adulte. Il avait celle d'un enfant et encore, les enfants étaient plus solides que lui. Il but sans rechigner malgré le goût assurément très amer, les remerciant ensuite avec une gratitude palpable, inclinant la tête. Mo'at lui proposa alors un peu d'eau qu'il accepta et elle lui tendit ensuite un bol de fruit. Pendant tout ce temps, elle avait gardé une main solide contre son épaule, le sentant mal assuré même juste assis ainsi. Il mangea un peu avant de laisser la nourriture, remerciant une fois encore. Il semblait plus réveillé que la veille et il ne semblait pas gêné de n'avoir que le bas du corps couvert d'une fine étoffe. Son torse mince était encore couvert de cataplasmes et de feuilles pour guérir ses blessures. Voyant qu'il ne tiendrait pas assis seul et ne voulant pas le mettre mal à l'aise par un nouveau contact trop tôt, elle le poussa ensuite à se rallonger, accompagnant sa petite tête de sa main. Il se laissa faire, les regardant pensivement.

- Puis-je vous demander quel est votre peuple ? demanda-t-il finalement.

Les plus jeunes voulurent répondre l'air enthousiastes à l'idée de le renseigner mais Mo'at leur fit signe de silence, prenant les choses en mains :

- Que sais-tu de ce monde ? demanda-t-elle doucement.

- Rien, avoua-t-il en les choquant. Les Morokar m'ont juste dit qu'ils m'envoyaient loin par delà le ciel dans un monde appelé Pandora. Je ne sais rien de plus.

- Je croyais pourtant que l'on parlait de nous chez vous ? remarqua Neytiri qui avait entendu Grace le dire à l'école.

- Ils m'ont gardé enfermé longtemps, bredouilla-t-il en les faisant grimacer. Et quand ils m'ont sorti, ils m'ont juste dit ça. Je ne savais même pas qu'un peuple vivait ici.

Tsahik entreprit alors de lui expliquer où il était exactement, les autres s'ajoutant rapidement à la discussion pour lui parler de leur monde et de leur peuple. Il écouta avec grande attention, concentré, l'air très intéressé. On lui parla aussi d'Eywa, de leur mode de pensée avant de lui parler de leur histoire avec Ceux qui viennent du ciel. Eywani n'eut pas l'air surpris par ce qu'il se passait ici mais incroyablement triste et sombre. Mo'at chercha à lui remonter le moral en lui expliquant que Eywa l'avait conduis vers eux, qu'elle le protégeait et que par conséquent, il avait dors et déjà sa place parmi eux s'il l'acceptait. Cette annonce le stupéfia visiblement, le toucha profondément et lui tira des larmes. Il ne dit pourtant rien, gardant ses pensées pour lui et on ne le questionna pas. À la place, on lui proposa de répondre à ses interrogations et ce fut d'Eywa qu'il souhaita parler, Tsahik le renseignant avec joie.

- Je la sens tout autour de nous, confia-t-il finalement en les surprenant. Elle ressemble tellement à ma Mère, s'attendrit-il tristement. On dirait sa sœur. C'est étonnant qu'elle m'ait nommé ainsi et que je sois là aujourd'hui, dit-il l'air fatigué.

- Peut-être étaient-elles vraiment sœurs et peut-être que votre Mère savait que vous auriez besoin de la protection d'Eywa, sourit Tsahik.

- Peut-être, Gaïa voyait l'avenir, dit-il en les étonnant de nouveau. Elle devait savoir ce qui arriverait. N'aurez vous pas d'ennuis avec les Gens du Ciel en me gardant ici ? demanda-t-il l'air très inquiet. Ils seront furieux s'ils apprennent que vous me cachez.

- Ils ne le sauront pas, assura Mo'at. Le clan ne leur dira rien à ton sujet et tant que tu es caché ici, ils ne peuvent te voir. Ensuite, nous leur interdirons l'arbre maison pour que tu puisses te promener à ta guise chez toi. Pour le moment, il faut rester ici et te reposer. Nous prenons soin de toi.

Il fut ému à ces mots, l'air soulagé mais il se remit aussi à trembler un peu et Mo'at vint poser une main sur ses cheveux, les caressant tendrement. Il se détendit alors, la remerciant.

- Nous avons cru comprendre que tu avais besoin de contact vivant, dit-elle, avons nous tord ?

- Non, répondit-il. Les Aïais sont très proches de Gaïa et de toute vie qu'elle a donné. Nous avons un très grand sens de la famille, de la tribu. Nous... ne supportons pas la solitude, dit-il plus bas. Nous avons besoin des nôtres pour nous sentir bien et ça fait longtemps que je n'ai plus personne, dit-il en grimaçant. Mais d'autres êtres ou des animaux aident beaucoup à combler cela.

- Que s'est-il passé chez vous ? demanda Neytiri très curieuse.

Mo'at lui lança un regard sévère pour la faire taire et tous furent tristes de voir Eywani en larme après cette question. Il avait l'air dévasté, brisé, anéanti et il se roula un peu en boule d'instinct, comme pour se protéger. Tsahik vint le cajoler et Sylwanin, son aînée, la rejoignit pour consoler le petit être.

- Tu n'as pas à répondre, rassura Mo'at. Laisse tes larmes couler si cela peu aider ta peine, nous veillons sur toi.

L'Aïais éclata alors en sanglot, Neytiri coupable sous les regards des autres jeunes à ce spectacle. Eywani finit par s'endormir et Tsahik sécha ses larmes, leur intimant ensuite de ne pas le presser à parler de son monde et de sa Mère disparue, de son peuple. Dans les jours qui suivirent, jamais il ne fut laissé seul. Toujours, il y avait un guérisseur auprès de lui pour veiller et l'aider au besoin. Lorsqu'il dormait, on le cajolait pour aider à son bien-être, comprenant à quel point il devait souffrir de la perte des siens. Chaque Omaticaya avait tenté d'imaginer ce que cela serait d'être à sa place, d'être le dernier Na'vi et cela semblait atroce rien qu'à supposer. Quand il se réveillait, on arrêtait pour ne pas le mettre mal à l'aise, revenant pourtant s'il montrait un quelconque signe de détresse, ce qui arrivait souvent. L'Aïais était plongé dans un monde de tristesse qu'ils comprenaient aisément, lui laissant le temps, le laissant pleurer et tentant de l'aider à soigner un peu son cœur comme ils pouvaient. Grace et les autres Marcheurs de Rêves étaient venus leur demander s'ils n'avaient pas croisé une étrange créature dans la forêt. Ils avaient fait mine de ne pas comprendre, demandant ce qu'elle cherchait exactement. Elle n'avait pas dit grand chose d'autre si ce n'était que la créature leur ressemblait avec des ailes dans le dos et qu'elle était immensément dangereuse et sauvage. Ils avaient répondus qu'ils y feraient attention mais que pour le moment, ils n'avaient rien vu. Pour eux, difficile de croire que l'être brisé, blessé, tremblant, épuisé, consumé de tristesse et qui pleurait chaque jour chez eux pouvait être d'un quelconque danger. Si Eywa l'avait conduis à eux, il ne l'était pas pour eux, cela était certain.

Eywani passa beaucoup de temps à dormir et à se laisser soigner sans bouger. Lorsqu'il était conscient, on lui parlait d'Eywa, des Na'vi et de ce monde, le sujet semblant l'enchanter et le faire rêver. Avec Mo'at, il avait passé en revu ses blessures. Elle l'avait questionné pour s'assurer que leurs soins étaient corrects pour lui et ce fut le cas à leur grand soulagement, même leurs médicaments marchaient sur lui et il avait dis avec le sourire que c'était grâce à Eywa qui l'avait accueilli chez elle. Tsahik avait acquiescé, parfaitement d'accord. Après quelques jours, l'Aïais tomba soudainement malade à leur grande inquiétude. Il put cependant l'expliquer. Les Gens du Ciel l'avaient empoisonné longtemps pour qu'il ne puisse se servir des dons offerts par sa Mère et le poison était enfin entrain de cesser son action et de s'évacuer pour de bon, le rendant malade. Cela dura trois pénibles jours d'une forte fièvre et de confusion pour leur protégé mais il s'en sortit sans problème, dormant ensuite longtemps. Puis il avait pu commencer à vraiment reprendre des forces doucement.

Chaque jour, la tribu demandait de ses nouvelles et Mo'at parlait souvent au repas du soir pour les rassurer. On avait autorisé plus de Na'vi à aller se présenter par petits groupes s'ils le voulaient et Eywani ne s'en était pas montré gêné, l'air au contraire heureux d'être entouré chaleureusement. On ressentait là sans mal la longue solitude et la perte des siens qu'il avait enduré, cherchant réconfort. Bien qu'il n'avait rien su des Na'vi avant de les rencontrer, il n'avait pas du tout semblé perturbé une fois qu'ils s'étaient présentés à lui. Il n'était pas effrayé par leur taille au moins double à la sienne ni par leur apparence, réagissant bien différemment des autres Gens du Ciel. Il était très poli, plein de gratitude, respectueux et humble. Il se blottissait dans la mousse pour dormir comme si c'était là la meilleure des choses et si cela ne leur paraissait pas du tout étrange alors qu'ils agissaient de même, jamais un étranger n'avait naturellement agis comme eux ainsi, prouvant encore sa différence. Il était fasciné par les atokirina qui venaient à lui dés qu'il tendait la main vers l'un d'entre eux et il pouvait passer la journée entière à les regarder. Parfois, ses yeux laissaient penser qu'il conversait sans parole avec eux. C'était tout du moins l'impression que Tsahik avait, admirant un peu plus chaque jour cet être d'une immense sensibilité. On lui avait confectionné un pagne pour lui permettre de protéger son intimité et jamais il ne réclama quoi que ce soit de plus, se satisfaisant avec une reconnaissance immense de ce qu'on lui offrait. Il était gentil, calme, attentif... une vrai petite merveille pour eux. Une petite merveille fragile qui pleurait pourtant tout les jours.

Il fallut un moment mais l'Aïais put finalement tenir assis seul et rester éveillé une bonne partie de la journée. Beaucoup de membres du clan s'étaient alors succédé autour de lui pour lui montrer ce qu'ils pouvaient faire, les objets qu'ils fabriquaient, lui parler de leur peuple, lui compter leurs histoires. Les enfants et les adolescents adoraient particulièrement leur nouveau frère, passant énormément de temps à ses côtés, fascinés par lui. Il leur souriait, calme et chaleureux avec eux. Il semblait toujours aussi touché que l'on vienne passer du temps avec lui. Il remerciait systématiquement pour cela et très vite, il avait gagné l'affection de tous. Ce jour là, presque trente jours après son arrivée, Mo'at et un autre guérisseur étaient en train d'inspecter ses blessures en toute intimité, seuls avec lui. L'Aïais s'était assis, désormais pleinement détendu avec eux, se laissant faire. Ils avaient souris en retirant les feuilles et les cataplasmes pour découvrir des blessures presque guéries qui ne nécessitaient plus de soins. Ils prirent leur temps pour faire le tour de son état. Ses hématomes avaient presque entièrement disparus comme les plaies mineures, seul celles plus importantes infligées par les tirs persistant encore un peu. Ils terminèrent par ses ailes qui restaient dans un piteux état. Les plumes ne repoussaient pas et elles tremblaient souvent.

- Elles me semblent déformées, remarqua Mo'at qui les tâtait délicatement pour les examiner.

- Je sais, bredouilla-t-il sombrement.

- Tu ne peux pas les bouger ?

Cela faisait un moment que comme les autres, elle se posait la question. On n'avait pas vu l'Aïais les bouger une seule fois. Il les laissait traîner derrière lui simplement comme un oiseau aux ailes brisées.

- C'est difficile, avoua-t-il en déglutissant douloureusement. Ils... ils avaient emprisonné toute ma tribu, dit-il le regard vague et douloureux. On a essayé de s'échapper une fois, raconta-t-il bas. Nous avons échoué. Plusieurs sont morts ce jour là, dit-il alors que les larmes coulaient sur ses joues. Ils ont voulu faire un exemple pour nous dissuader de recommencer. Ma tribu me protégeait toujours de son mieux parce que j'étais le plus jeune membre du clan et... pour l'exemple, ils m'ont pris parce qu'ils savaient ce que cela ferait aux miens. Ils m'ont... traîné devant eux et ils ont... brisé mes ailes, raconta-t-il en les horrifiant. Mes frères ont essayé de les soigner mais on les en a empêché. Ils les ont forcé à me regarder comme ça des jours durant sans pouvoir m'approcher, dit-il la voix étranglée. Je ne les avais jamais vu aussi dévastés qu'à ce moment. Elles ont mal guéri et maintenant, elles sont comme ça et c'est trop ancien pour pouvoir faire quoi que ce soit, dit-il en repliant ses jambes contre sa poitrine.

Un silence lourd tomba, les deux Na'vi furieux contre ce qui lui avait été infligé, tristes pour lui.

- Je ne peux plus voler depuis longtemps, reprit-il finalement, et les bouger fait mal. Quand je suis debout, les tenir dans mon dos est compliqué. Normalement, je devrais les tenir repliée contre moi mais je n'y arrive plus et ça fait mal. Il faut forcer pour les mettre dans la bonne position. Alors autant que possible, j'essaye de garder les muscles détendus et au repos. Je ne les bouge pas s'il ne faut pas.

Mo'at revint devant lui, s'agenouillant à ses côtés pour venir caresser la frêle silhouette, tentant de le consoler. Les oiseaux qui ne pouvaient plus voler mourraient vite que ce soit par la loi de la vie ou en se laissant totalement dépérir. Elle se demandait quelle souffrance cela pouvait être pour lui, comme si on empêchait un Na'vi de parcourir la forêt, impensable. Lorsque ses larmes se tarirent et qu'il lui donna un petit sourire reconnaissant, elle retourna dans son dos, écartant délicatement ses très longs cheveux soyeux pour le regarder.

- Tes ailes semblent sensibles, remarqua-t-elle. Qu'un autre les touche t'incommode-t-il ?

- Cela dépend, répondit-il le menton sur ses genoux. Les ailes des Aïais sont très réceptives aux émotions, expliqua-t-il. Si celui qui les touche a de mauvaises intentions à mon égard, c'est douloureux, parfois même très douloureux et c'est pour ça que les blessures sur elles sont si... difficiles. Mais au plus le sentiment est positif, au plus c'est agréable, sourit-il. Pour mon peuple, caresser les ailes des autres renforcent les liens en transmettant ainsi nos sentiments les uns aux autres. On peut se rassurer et se donner du bien être avec ça. On avait l'habitude en se lavant d'aider les autres à lisser leurs plumes, dit-il avec un léger sourire nostalgique. J'adorais ça, murmura-t-il. Donc tant que celui qui touche ne me veut pas de mal, ce n'est pas dérangeant pour moi.

Elle acquiesça et s'autorisa alors à aller ausculter l'implantation des ailes noires de ses grands doigts. Les muscles d'Eywani à cet endroit, comme sur une partie des ailes, dans la majorité de son dos et sa nuque, étaient comme tétanisés, durs et elle ne doutait pas que c'était douloureux. Elle demanda un remède pour la douleur au guérisseur qui comprit son idée et qui vint le proposer à leur protégé perplexe :

- Tu as besoin que l'on s'occupe de ça, expliqua Mo'at, je peux essayer mais avec tes muscles ainsi, ça pourrait être douloureux.

Il approuva, prenant le breuvage avec confiance et ils attendirent que cela fasse effet. Lorsque l'Aïais se mit à tanguer un peu, le guérisseur s'agenouilla en face de lui, le tenant doucement de ses grandes mains chaudes pour veiller à ce qu'il ne tombe pas. Mo'at se mit alors à l'œuvre, commençant un massage précautionneux. Elle veilla à ne pas exercer trop de force de peur de blesser la fragile créature. Elle trouva vite l'intensité de pression adéquate et elle s'appliqua à masser le dos et les ailes de ses grands doigts avec précaution. Si Eywani fut tendu au début, il se relaxa pour même s'endormir, le guérisseur le tenant avec attention en caressant ses cheveux. Mo'at prit son temps pour terminer, le résultat peu probant.

- Cela prendra du temps, dit-elle doucement alors qu'ils rallongeaient l'être ailé pour le laisser dormir.

Ce soir là au repas, elle expliqua que Eywani avait eu les ailes brisées par les Gens du Ciel, horrifiant tout le clan. Elle leur dit qu'il ne pouvait plus voler, que le sujet était douloureux et qu'il valait mieux ne pas lui demander d'en parler en allant le voir ou lorsqu'il se joindrait à eux. Quelques jours encore et l'Aïais parvenait à faire quelques pas, bien debout sur ses jambes mais avec un peu de soutient. Le plus difficile pour lui était visiblement, outre sa faiblesse, de mettre ses ailes dans une bonne position pour ne pas qu'elles traînent complètement au sol, la chose visiblement douloureuse pour lui. Cette évolution lui fit pourtant plaisir et ce fut d'autant plus le cas lorsqu'il put se mettre à sortir un peu. L'Arbre Maison l'émerveilla totalement tel un petit enfant découvrant le monde. Cette étape passée, il s'améliora vite, son corps profitant de cette remise en mouvement et bientôt, il put partir pour de plus longues promenades. Jamais il ne demanda ces choses que les Gens du Ciel appelaient chaussures, allant pieds nus comme eux. Et tout, absolument tout semblait l'émerveiller au plus haut point. Tous furent ravis de le voir aller mieux et de le voir voyager dans l'Arbre Maison. Il n'était jamais seul, tous ayant noté que l'Aïais n'aimait pas l'être et ne voulant pas qu'il se perde ou tombe s'il se sentait mal. Eytukan avait banni tout étranger et Marcheurs de Rêves du village pour qu'il soit certain d'être en sécurité et Eywani l'avait remercié avec gratitude pour sa bienveillance.

On veillait toujours sur lui, lui faisant découvrir leur clan, leur monde et il était toujours avide de questions, s'ouvrant de plus en plus à eux, se relaxant progressivement. Il commença bientôt à venir prendre ses repas avec eux et si on ne l'entendait pas, on le voyait toujours observer avec attention, souriant un peu. Mais souvent, il se faisait aussi très sombre et on se doutait que cela devait lui rappeler son clan perdu. On se mit à lui apprendre leurs mœurs, leurs façons et il se fit extrêmement intéressé, appliqué, curieux, les ravissant. Et contrairement à tout les étrangers, il comprenait parfaitement leur mode de vie, leur pensée. Il avait expliqué que c'était aussi à peu près de cette manière que son peuple voyait la vie et la relation avec leur Mère et que donc, tout cela était normal pour lui. Chaque jour, la protection d'Eywa sur lui s'expliquait un peu plus. Il n'était pas un de Ceux qui viennent du Ciel. Il était un Aïais et il leur ressemblait énormément dans l'âme et le cœur. Tout ce qu'ils avaient tenté d'expliquer en vain aux Gens du Ciel coulait de source pour lui et il semblait même parfois encore plus profond dans ce raisonnement.

L'Aïais avait été complètement bouleversé le jour où Tsu'tey lui avait amené son Ikran pour qu'il puisse le voir. Eywani était de toute évidence très proche de la nature et des animaux qu'il adorait de toute évidence. Les créatures de leur monde ne l'effrayaient pas du tout, très loin de là et bien qu'elles soient beaucoup plus grandes et puissantes que lui, il ne les redoutait pas. Il faisait preuve de beaucoup de douceur et de respect envers elle, semblant même parfois les estimer au dessus de lui même. C'était très touchant à voir. Mais l'Ikran eut sur lui un effet très fort. L'animal très gros et l'air dangereux par rapport à lui amena les larmes dans ses yeux et une immense nostalgie sur ses traits. Il s'était laissé tomber à genoux, surprenant tout ceux qui l'avaient accompagné dans cette découverte, Tsu'tey craignant que sa monture l'ait effrayé alors que beaucoup venaient voir ce qu'il se passait en ayant entendu l'agitation autour de leur protégé.

- Non, il ne m'effraie pas, assura-t-il en admirant l'Ikran. Il est splendide, magnifique, dit-il en les faisant sourire. C'est..., une vague de larme le submergea de nouveau et il s'enferma dans ses bras. Sur Terre, dit-il en prenant une inspiration, il fut une époque où nous avions des créatures puissantes nommées dragons. Elles étaient splendides, imposantes, fortes, maîtresses absolues du ciel. Elles ressemblaient aux Ikran, expliqua-t-il. Les dragons étaient l'incarnation même de Gaïa et... ils ont été les premiers à disparaître lorsque les Morokar ont tout détruis. J'ai l'impression de revoir un trésor du passé, dit-il en admirant la créature.

Un silence respectueux tomba autour de lui, deux Na'vi venant s'accroupir près de lui pour poser des mains réconfortantes sur ses épaules. On le laissa admirer l'Ikran autant qu'il le voulait, l'animal se laissant faire, se faisant même exceptionnellement calme devant lui jusqu'à se nicher au sol non loin pour le regarder avec curiosité. Eywani sembla se calmer progressivement, un sourire sincère fleurissant finalement sur son visage plus paisible. Ce soir là au repas, Tsu'tey vint s'asseoir près de lui comme il le faisait quelques fois, l'Aïais toujours entouré.

- Puis-je te demander une chose ? questionna-t-il.

- Bien sûr, répondit la petite créature.

- Peux tu me parler un peu plus de ces dragons ?

Bien des paires d'oreilles se firent attentives, curieuses elles aussi. Eywani eut un petit sourire doux et triste mais il acquiesça, tournant le regard vers le Na'vi.

- Qu'aimerais-tu savoir ?

- Comment étaient-ils ? Comme les Ikrans ?

- Pas tout à fait, sourit-il.

Il leva une main, beaucoup d'attention se tournant vers lui. Ils furent subjugués lorsqu'elle se nimba d'une magnifique lumière douce et chaude. Une forme apparut au dessus de sa paume jusqu'à matérialiser un étrange petit animal ailé. Plusieurs le suivirent, semblant bien réels, un peu différents les uns des autres en tailles et en couleur, certains ayant plus de pattes que d'autres, des épines ou des cornes différentes. Les petites créatures légèrement lumineuses volèrent au dessus des têtes, un silence émerveillé s'installant à ce spectacle. Ce qui avait tout d'un Ikran apparut en dernier, en tout petit.

- Je les ai rétréci bien sûr, s'amusa Eywani. Mais c'est à l'échelle de l'Ikran pour pour vous donner une idée de taille réelle.

Ces dragons n'avaient de toute évidence rien à envier à leurs Ikrans en taille et en dangerosité, l'un d'entre eux probablement aussi grand que toruk. L'Aïais observa les créatures voler aux dessus de tous quelques secondes avant de prendre la parole, tous écoutant en regardant :

- Les dragons étaient incontestablement les créatures les plus puissantes de la Terre. Il en existait plusieurs sortes suivant les zones où ils vivaient. C'était des êtres formidables et très rares sont ceux qui peuvent se vanter d'en avoir monté un. Les dragons n'acceptaient sur leur dos volontairement que ceux qui suivaient la voie de Gaïa et ils étaient devenus très rares sur Terre. C'était des animaux très intelligents, au moins autant que l'Ikran, qui pouvaient vivre des centaines de nos années. Gaïa les avait doté d'un pouvoir étonnant, celui de cracher le feu.

Alors qu'il disait cela, ses petites matérialisations illustrèrent, crachant de petites flammes en s'ébrouant, tirant des exclamations appréciatrices au public.

- Ils étaient de féroces protecteurs pour ceux qu'ils considéraient des leurs, forts, dit-il. Des amis chers, ajouta-t-il plus bas. Mais les Morokan les ont chassé en masse et quand Mère s'est mise à sérieusement décliner, ils ont disparu rapidement, dit-il sombrement.

- As-tu monté un dragon Eywani ? demanda curieusement une petite fille.

- Oui, sourit-il. L'un d'entre eux est devenu mon ami le plus cher pendant bien des années. J'avais l'impression de pouvoir voler jusqu'aux étoiles sur son dos. Il était un seigneur des airs. Il s'appelait Aquilon du nom d'un vent puissant de la Terre, annonciateur de tempête. Il était formidable. Il m'a été fidèle jusqu'au bout. Il m'a protégé tout au long de notre amitié et il a donné sa vie pour moi, termina-t-il douloureusement. Je n'ai plus jamais eu l'occasion de voler avec une autre créature depuis.

- Y-a-t-il un lien comme Tsaheylu ? demanda quelqu'un d'autre.

- Oui, approuva-t-il, mais ce n'est pas un lien physique que l'on peut voir. Pour mon peuple, c'est un lien d'énergie qui uni les âmes qui se chérissent. On peut unir nos esprits ainsi, partager sentiments et pensées.

Malgré l'explication vague, tous semblèrent comprendre, souriant doucement.

- Les Gens du Ciel disent que ça n'existe pas sur Terre, remarqua confusément un enfant.

- Parce que les Morokan, les Gens du Ciel, ont oublié depuis longtemps, dit-il sombrement.

On s'entendit tacitement pour ne pas pousser le sujet plus loin devant son air meurtri alors qu'il ramenait ses jambes contre lui.

- Eywani, interpella alors Tsu'tey. Aimerais-tu que je t'emmène voler avec mon Ikran lorsque tu seras assez fort ?

La proposition éclaira immédiatement le visage le l'Aïais et la réponse fut évidente.

- Tu ferais cela ? se réjouit-il.

- Bien sûr si tu le veux, acquiesça-t-il l'air touché que cela l'emballe autant.

- Oui, oui, j'aimerais tellement, répondit-il.

- Alors nous le ferons lorsque tu auras assez de force, promit-il.

- Merci Tsu'tey, répondit-il. Merci beaucoup.

Le Na'vi lui sourit, beaucoup en faisant de même autour de lui. Les petits dragons finirent par s'évanouir, les enfants boudant un peu cela.

- Comment fais-tu ça ? demanda Mo'at. Les petites créatures ? D'où viennent-elles ?

- Elles étaient fausses, expliqua-t-il. Sur Terre Gaïa a fait don depuis longtemps à une partie des êtres, d'un pouvoir extraordinaire. La Magie. C'est une force qui n'a que peu de limite, un cadeau qui nous permet de faire beaucoup. Avec on peut soigner, maîtriser les éléments, changer l'apparence des choses, faire pousser des plantes plus vite, se déplacer sur de grande distance rapidement...

Alors qu'il parlait, il tendit une main devant lui et de petits jets de lumière en jaillirent, explosant d'étincelles colorées aux dessus d'eux.

- On peut presque tout faire avec elle tant que l'on a la connaissance, le savoir-faire et l'entraînement nécessaire. Les seules choses que l'on ne peut pas faire c'est défier la mort, le temps, ou créer la vie. Ce sont les privilèges de Gaïa. La magie donne vie à tout, c'est une force puissante de Gaïa dont nous avons eu le privilège. On peut tisser des liens avec elle, construire, aider, protéger... Elle permet tout ou presque. Mais elle tire sa force de celui qui l'utilise donc cela dépend de la puissance, de la maîtrise et de l'imagination de chacun. Mon peuple était dévoué à Gaïa et à la Magie. Les Morokan ont perdu ce privilège progressivement en se détournant de Gaïa et en utilisant son cadeau pour faire le mal, pour la détruire. Mon clan était le dernier à avoir la vrai Magie pure de Gaïa et lorsque Mère s'est éteinte, la Magie s'est éteinte avec elle, dit-il tristement. Avant de mourir, elle a voulu faire un dernier cadeau à notre tribu. Les miens lui ont demandé de me l'offrir, dit-il en montrant la pierre sur son front. Parce que j'étais le plus jeune, que je n'avais pas eu la chance de passer autant de temps qu'eux avec elle. Alors ils ont voulu que j'ai ce cadeau, pour avoir la dernière part d'elle avec moi et c'est probablement cela qui m'a permis de survivre et de garder ma Magie.

Terminant, il avait maintenant l'air perdu dans ses souvenirs, sombre et torturé. Les lumières avaient disparus, il s'était roulé en boule et tous partageaient sa tristesse et sa douleur. Assis près de lui, Tsu'tey l'enveloppa d'un bras, le ramenant doucement contre son flanc. L'Aïais s'y blottit volontiers, commençant à se détendre doucement. Les chasseurs ramenèrent la discussion sur les Ikrans, lui promettant que lorsqu'il serait assez fort, il n'aurait qu'à leur demander pour aller voler. Eywani en fut visiblement ravi et très touché, les remerciant pour cela.

À suivre...

Audragon