Chapitre 03 :

Voler

Après la première démonstration de magie d'Eywani, il devint courant pour les enfants de lui demander de montrer d'autres choses. Il faisait cela au repas du soir et doucement, il commençait à parler de son monde, illustrant d'images magiques planant au dessus des têtes. Tous s'étaient mis à attendre ses histoires avec impatience. Les adultes ne le pressaient pas et on tempérait les jeunes dans leurs questions pour ne pas le blesser en le poussant sur une chose dont-il ne voulait pas parler. Mais tous étaient avides de l'entendre. C'était tellement différent de ce que Grace et les Marcheurs de Rêves leur avait déjà appris sur leur monde. C'était presque à croire qu'il s'agissait de deux mondes différents si le rappel constant de sa destruction par les Gens du Ciel ne ramenait pas à la réalité. Le premier sujet, ouvert par les dragons, fut les animaux de son monde et l'Aïais leur en parla sans rechigner. Avec sa magie, il leur en montra des images mouvantes évoluant dans les airs, y ajoutant souvent un petit Na'vi pour donner une idée de taille. Il leur parla aussi bien des créatures magiques que des animaux ordinaires. Des créatures comme l'acromentule, l'hippogriffe ou le basilic firent sensation, le serpent géant capable de tuer d'un regard leur inspirant un grand respect.

Les histoires d'Eywani devinrent régulières le soir au repas, tous se rassemblant autour de lui pour écouter et voir ses images magiques. C'était merveilleux pour eux. Lorsqu'il parlait, il avait souvent le regard voilé et triste, un pâle sourire au visage mais il disait aussi que cela faisait du bien de se souvenir de ces belles choses. Les soins n'étant plus constamment nécessaires, on avait envisagé de lui donner un hamac au milieu de la tribu pour dormir. Mais avec ses ailes abîmés, il ne pouvait s'y installer. Aussi, on lui avait aménagé une plate-forme sur une large branche au milieu de leur lieu de repos avec eux. On l'avait couverte de mousse et de fleurs pour qu'il puisse s'y reposer. L'Aïais avait été très touché et il se lovait dans ce tapis naturel avec plaisir. Si on s'étaient inquiétés de le laisser dormir seul, il avait assuré qu'il pouvait l'être pour la nuit maintenant qu'il allait mieux.

La journée, Eywani voyageait dans l'Arbre Maison ou tout autour, découvrant encore avec eux. Au plus il reprenait des forces, au plus il était facile et agréable de marcher pour lui. Les Omaticaya qui l'accompagnaient s'étaient maintenant habitués à aller tranquillement à son rythme, Eywani ne pouvant les suivre s'ils avançaient normalement. On avait découvert quelque chose de plus à son propos. Comme eux, il savait marcher sans bruit, être discret et ne pas déranger la nature. Au delà de cela encore, il n'écrasait jamais de fleurs, faisant attention à chaque endroit où il posait le pied. Il avait cependant besoin de pauses régulières pour poser ses ailes et reposer son dos, tous tristes de le voir peiner ainsi. Mo'at et les guérisseurs tentaient de le soulager de leur mieux mais ils ne pouvaient réparer les lourds dégâts qu'il avait subi. À cause de cela, on ne l'emmenait pas en forêt. Cela n'était pas prudent et l'Aïais était d'accord, s'y pliant même s'il avait visiblement envie d'y aller. Mais il était le premier à dire que cela serait dangereux alors qu'il ne pouvait se déplacer que lentement et prudemment.

Chaque jour, l'enfant de Gaïa s'améliorait. Il pleurait toujours la nuit en silence, beaucoup l'avaient constaté. Toutefois, son corps allait mieux. Ses blessures étaient guéries, sa peau n'avait plus le teint maladif et ses petits cristaux avaient retrouvé leur lumière délicate. Eywani les accompagnait désormais lorsqu'ils se lavaient ensembles comme il était de coutume, s'occupant les uns des autres. Il avait raconté que son peuple en faisait de même presque de la même façon. Eux faisaient leur toilette corporelle seul mais il leur arrivait souvent de s'offrir des massages, soignant les ailes, les cheveux et les ongles des autres. Il se mit donc à les accompagner pour ce moment de cohésion resserrant les liens. Cela se passait normalement en famille ou amis proches. Lui n'en n'avait pas mais il était joyeusement accueillis et tiré avec les autres. Souvent, il était avec Mo'at, Eytukan et leurs filles. Il allait aussi avec Ateyo, Tsu'tey et Arvok, d'autres groupes familiaux ou d'amis. Mo'at en profitait souvent pour masser son dos et ses ailes. On lui lavait les cheveux et on lui tressait parfois. Il était difficile pour les Na'vi et leurs grandes mains de tresser sa petite tête mais avec de la dextérité, certains y arrivaient très bien. Il n'était donc pas rare de le voir la chevelure tressée, les nattes tombant jusqu'à ses genoux.

Lorsqu'on l'avait vu tenter de nettoyer ses ailes lui même, grimaçant de douleur alors qu'il n'arrivait pas à les atteindre correctement, on s'était empressé de venir l'aider. Ils n'avaient jamais eu à s'occuper de cela mais ils s'étaient appliqués à apprendre à le faire pour lui. Eywani avait été très touché mais il avait fallu insister pour qu'il les laisse s'occuper de lui. Et lorsqu'on s'occupait de ses ailes avec attention, il se détendait toujours complètement, ce traitement semblant lui faire un bien fou et tous le comprirent lorsque Tsahik expliqua que ses ailes étaient réceptives aux émotions de ceux qui les touchaient, jouant sur lui. Toute l'attention et la douceur que l'on mettait en s'occupant de ses ailes se communiquait à lui, lui faisant du bien et on s'appliquait donc à lui prodiguer cela. L'Aïais apprenait très vite leur culture, très impliqué. Tous étaient touchés de voir comment il veillait à ne pas les gêner, à respecter toutes leurs manières et façons avec soin.

Un matin, Tsahik annonça qu'il était assez en forme pour aller voler s'il le voulait. On l'avait déjà emmené se promener à dos de pa'li mais depuis qu'il avait vu l'Ikran, tous savaient qu'il attendait cela avec impatience bien qu'il n'ait rien dit à ce sujet. Pourtant, on avait vu Eywani hésiter à la proposition de Tsu'tey et des chasseurs de l'emmener. Il avait jeté un coup d'œil à ses ailes derrière lui et il avait fallu insister un peu pour qu'il explique son problème. Il ne pouvait tenir ses ailes correctement, encore moins dans les vents forts d'un vol et il craignait de causer un accident ou de gêner le vol. Tous s'étaient alors mis à chercher une solution qu'il avait déjà en réalité. Il fallait attacher ses ailes dans la bonne position. Il n'avait simplement pas osé demander leur aide, comme toujours depuis qu'il était là. Il avait été ému lorsque tous s'étaient pliés en quatre pour mettre cela en œuvre. On lui avait confectionné un harnais pour ses ailes. La partie pénible avait été de l'aider à replier ses ailes dans la bonne position dans son dos. Eywani ne s'était pas plaint, serrant les dents mais il était évident que l'opération était très douloureuse pour lui et ils avaient enragé contre les Gens du Ciel pour avoir fait ça. Finalement, l'Aïais avait été prêt, ses ailes bien placées et attachées pour ne pas avoir de prise au vent et pour ne pas qu'elles volent n'importe comment derrière lui. On l'avait laissé respirer un moment pour que la douleur de ses ailes s'estompe et pendant ce temps, les chasseurs avaient appelé leurs Ikrans.

Puis Tsu'tey était monté sur Keari, son Ikran, lui demandant de se baisser pour laisser l'Aïais monter avec lui. Si les Ikrans rechignaient d'ordinaire à laisser un autre que leur cavalier monter sur leur dos, ce ne fut pas le cas cette fois. Un sourire immense mangea le visage d'Eywani lorsqu'il fut installé et par sécurité, on le relia à Tsu'tey avec une ceinture pour être sûr qu'il ne tombe pas. Lorsque tous avaient été prêt, ils s'étaient envolés doucement, les chasseurs attendant de voir comment leur ami réagissait. Ils avaient gagné les cieux et le regard d'Eywani à cet instant valait tout les trésors du monde tellement il semblait heureux et euphorique. Il se tenait à peine à Tsu'tey et avait naturellement trouvé une bonne position et un équilibre parfait derrière lui. La hauteur ne l'effrayait absolument pas et il avait l'air... à sa place. Ils regardèrent ses ailes, se rappelant soudain ce qu'elles signifiaient. Il était une créature des cieux. Une créature des cieux condamnée au sol. Il n'était donc pas surprenant qu'il ait l'air si comblé d'être dans le ciel.

On fit d'abord un vol tranquille en formation, le laissant tout regarder autour de lui, admirer le paysage et les nuages, sentir le vent sur lui. Puis Tsu'tey lui avait proposé de s'amuser un peu plus et il avait vigoureusement accepté. Ils s'étaient alors mis à faire quelques manœuvres et figures dans le ciel, les nuages, près ou dans les arbres. Et Eywani riait tellement, irradiant le bonheur et l'euphorie. Tsu'tey avait été surpris de constater que pour lui, suivre les mouvements de l'Ikran, déplacer son poids de la bonne manière, accompagner les gestes de la monture... était complètement naturel. Il n'avait pas eu besoin de lui dire quoi que ce soit. Il savait et il fut d'autant évident que pour lui, voler ne datait pas d'hier. Ils avaient poussé la promenade un bon moment avant de rentrer à l'Arbre Maison.

Lorsqu'on avait descendu l'Aïais de la monture, tous s'étaient inquiétés de le voir trembler, ses ailes ayant des soubresauts. On l'avait vu chercher à détacher le harnais sur elles avec empressement, tendu et on était immédiatement venu l'aider, Tsu'tey et son père prenant chacun une aile. Eywani avait gémis de douleur lorsqu'elles avaient été libres et davantage lorsqu'on les avait doucement déplié pour les détendre. Bien sûr, malgré leurs précautions, les vents et les mouvements d'airs avaient assurément malmené les ailes abîmées. Tsu'tey et les chasseurs vinrent se baisser devant lui une fois ses ailes dépliées. Il était assis au sol, un peu pâle et tremblant, la respiration désordonnée.

- Nous aurions peut-être dû rentrer plus vite, remarqua Tsu'tey inquiet.

- Non, répondit-il sur le champs, non. Ce n'est rien. Merci Tsu'tey, dit-il en relevant un regard brillant sur lui. Merci, sourit-il largement. Tu viens littéralement de me redonner un souffle de vie, dit-il en les touchant. Cela faisait si longtemps... tellement, tellement longtemps, soupira-t-il en fermant les yeux. Je ne savais même plus si les sensations de mes souvenirs avaient été un rêve ou la réalité, confia-t-il. Et... Merci, merci, merci, dit-il des larmes de joie sur le visage.

Il se mit à pleurer, soulagé comme si on venait de lui retirer une montagne des épaules.

- Nous t'emmènerons voler aussi souvent que tu le voudras Eywani, assura Ateyo en posant une main délicate sur sa tête.

- Merci, tellement, pour tout, dit-il entre deux sanglots. Merci.

Ils comprirent aisément qu'il ne remerciait pas que pour ce vol, souriant doucement. Ils le laissèrent se calmer un moment puis Tsu'tey entreprit de le soulever dans ses bras. Les ailes de l'Aïais tremblaient tellement qu'il était certain qu'il ne pourrait marcher. Il le souleva donc délicatement, veillant à ne pas blesser la fragile petite créature et son père prit ses ailes avec soin pour qu'elles ne traînent pas par terre. On descendit dans l'Arbre Maison au sommet duquel ils avaient atterris et tous furent inquiets de voir L'Aïais dans les bras de Tsu'tey, tremblant. Son sourire rassurait pourtant bien vite. Ce soir là, il fut entouré des chasseurs au repas, tous acceptant de lui parler de leurs expériences de vol.

- Mais c'est naturel pour toi, remarqua Tsu'tey. J'imagine que voler l'est automatiquement pour ton peuple mais voler sur une monture ça s'apprend et tu maîtrises cela peut-être encore mieux que nous, remarqua-t-il en surprenant ceux qui écoutaient. Je l'ai senti quand tu bougeais avec mon Ikran derrière moi.

- Voler, je fais cela depuis que je suis jeune, sourit-il. Je volais bien avant d'avoir mes ailes, dit-il en les laissant confus.

- N'avais tu pas tes ailes depuis toujours ? demanda Eytukan.

- Non, Gaïa me les a offerte lorsqu'elle m'a accepté dans sa famille en tant qu'Aïais, dit-il en les laissant perdus. On ne naît pas Aïais, on le devient, commença-t-il alors. Sur Terre, il existe une très grande variété de peuples différents. Certains ont reçu le don de magie de Gaïa d'autres non. Il y avait de cela très longtemps, tous vivaient en harmonie avec Gaïa comme les Na'vi avec Eywa. Mais Gaïa voulait récompenser ceux qui plus que les autres, l'avaient comprise, l'entendaient, l'écoutaient, la respectaient, l'aimaient comme une mère et vivaient selon ses préceptes. Ceux qui ne faisaient qu'un avec elle, dévoués. Alors elle a créé les Aïais. À l'époque, c'était la plus grande des bénédiction que l'on pouvait recevoir mais les Aïais ne formaient pas un peuple, ils vivaient parmi les autres comme des voix incarnées de Gaïa, très respectés. Puis ces autres se sont mis à dériver du chemin de Gaïa. Au fil du temps, ils l'ont oublié, bafoué, trahis, détruite, renié, torturé, dit-il douloureusement. Finalement, seuls les Aïais n'oublièrent pas, ne dérivèrent pas et Gaïa les protégea, leur offrant une cité où vivre en paix et en sécurité sous sa bienveillance, loin des chasses dont ils faisaient l'objet par les autres. Gaïa et les Aïais sont finalement devenus conte inventé et oublié pour les autres, les traîtres que mon peuple appelle Morokan sans distinction de tribu entre eux.

Il marqua une pause, plongé dans ses pensées, rassemblant ses idées avant de reprendre :

- Du temps de ma naissance, cet oubli était total. Je ne connaissais pas le nom de Gaïa, je ne savais même pas qu'elle existait. Mais j'avais ce si précieux don de magie et j'étais très puissant. Plus tard, Gaïa m'a dis qu'elle m'avait offert une magie plus forte parce que j'avais une belle âme à ses yeux, s'attendrit-il. Je... n'avais pas grand chose. Je n'avais que ma magie qui jamais ne m'avais quitté, trahis ou déçu. Alors je prenais grand soin d'elle, j'y étais très attentif et je travaillais toujours pour apprendre à mieux la comprendre. J'ai grandi, vieilli, appris et consacré une grande partie de mon temps à elle puis à la magie que je sentais autour de moi. J'ai finalement trouvé Gaïa seul, j'ai trouvé le chemin jusqu'à elle. Elle m'a conduis aux Aïais, ses enfants, sa famille et elle en a fait ma famille. Elle m'a donné mes ailes, transformé et je suis devenu un membre du peuple. Après avoir erré si longtemps, j'avais... enfin trouvé ma place. Des frères, des sœurs, des aînés, des amis... Ils étaient si heureux quand je suis arrivé, j'étais le premier depuis une éternité à avoir retrouvé Gaïa et ils étaient tellement fiers de moi, se souvint-il avec tendresse. Pendant des mois, ils n'ont fait que prendre soin de moi, me cajoler et tout m'apprendre sur Gaïa. Avant eux, je n'avais jamais eu de famille ou de vrai amis et c'est avec eux que j'ai vraiment commencé à vivre, ça a été si court, dit-il en fermant les yeux avec souffrance.

Comme souvent lorsqu'il était triste, il ramena ses jambes contre lui, son corps formant une petite boule serrée.

- Tu n'avais pas de famille avant ? osa une Na'vi non loin.

- Non je... Je suis resté seul longtemps. Je... Mes parents, ceux qui m'ont donné la vie, sont morts pendant une guerre. Il y en a beaucoup sur Terre, des guerres. Les Morokan ne savent faire que ça : tuer et détruire, renifla-t-il. Il y en a tout le temps pour n'importe quoi. Mes parents ont voulu me protéger et ils ont donné leurs vies pour moi, raconta-t-il le regard vague. J'étais trop jeune pour seulement me souvenir de leurs visages, je ne tenais même pas encore seul sur mes jambes. Après, ceux qui ce sont occupés de moi n'avaient rien d'une famille, expliqua-t-il en tressaillant violemment. Je ne savais pas ce que c'était d'avoir l'étreinte d'une mère ou d'un père, d'avoir des frères ou des sœurs. J'ai cru avoir des amis à un moment mais j'ai compris bien plus tard que ce n'était pas ça avoir des amis. Tout au mieux, ils étaient de vagues connaissances qui à un moment donné avait eu un intérêt à être dans mon entourage. J'étais seul jusqu'à devenir Aïais. Ce sont eux qui m'ont fait découvrir l'amour, la chaleur, l'affection, la confiance. J'ai tout découvert avec eux. Avant eux, je ne vivais pas et je n'avais jamais connu les bonheurs les plus simples : un câlin, une étreinte, un sourire sincère, dormir avec quelqu'un qui veille sur moi, énuméra-t-il en fermant les yeux comme pour se remémorer une chose précieuse. J'étais redevenu un petit enfant avec eux et ils me choyaient comme tel. Mais après tout, j'étais de loin le plus jeune, un bébé pour eux. Ils ne me lâchaient jamais, sourit-il avec tendresse. Aïaikamara, notre aîné, il dormait toujours avec moi et il était presque toujours quelque part près de moi. Il était plus grand que moi et bien plus fort. Il me prenait dans ses bras et il m'enfermait dans ses si belles ailes blanches pour dormir. Elles étaient tellement douces et chaudes. Jamais je ne m'étais senti plus en paix et en sécurité. Il disait que mon cœur et mon âme n'avaient que trop pleuré, que j'étais resté trop longtemps dans le froid, la douleur et la solitude. Il disait que je ne serais plus jamais seul.

On vit ses larmes déborder et il cacha son visage dans ses genoux, tous sentant son émotion et sa souffrance, se demandant ce qu'il avait pu vivre exactement. Mo'at vint le rejoindre, s'asseyant près de lui, l'entourant délicatement d'un bras et le ramenant contre elle, se mettant à le câliner :

- Tu ne seras plus seul, tu n'es pas seul Eywani, assura-t-elle avec tendresse. Tu es Na'vi maintenant, tu es Omaticaya et tu as une très grande famille.

L'enfant de Gaïa eut un soupir soulagé à ces paroles, se blottissant contre elle. Respectueusement, on lui laissa le temps de se reprendre à son rythme, comprenant que parler de tout cela devait être très douloureux pour lui. Mais ils étaient heureux qu'il le fasse. Cela les aidait à mieux le connaître et cela lui permettait de laisser couler sa peine plutôt que de s'empoisonner avec. Tsu'tey installé près de lui avait posé une main sur sa cheville, les chasseurs assis tout près le touchant d'une manière ou d'une autre pour qu'il sache qu'il n'était pas seul. Il se redressa finalement, restant pourtant contre Mo'at qui ne bougea pas, une main jouant avec les cheveux de l'Aïais.

- Eywani. Quel âge as-tu ? demanda-t-elle.

Cela faisait un moment qu'elle était curieuse à ce sujet comme beaucoup. Il parlait souvent de longues périodes lorsqu'il racontait un peu sa vie et on se demandait s'il était vraiment aussi jeune qu'il le paraissait.

- Je ne sais pas si vous donner mon âge avec les années terriennes vous aidera beaucoup et je ne connais pas la différence temporelle avec ce monde, répondit-il.

- Nous savons combien de temps dure une de vos années, assura-t-elle. Avec elles, Neytiri aurait quatorze ans, Tsu'tey vingt ans, Arvok, onze ans et les Na'vi vivent entre quatre-vingt dix et cent vingt de vos années environ.

- Je vois. Je risque de vous surprendre, sourit-il alors en attisant leur curiosité. J'ai cent soixante dix an, dit-il en les stupéfiant. Plus de huit fois la vie de Tsu'tey, dit-il pour ceux qui n'avaient pas appris.

Ils restèrent choqués un moment et il rit un peu.

- Sur Terre, ceux qui ont le don de magie de Gaïa vivent plus longtemps que les autres, expliqua-t-il. Certains beaucoup plus. Et les Aïais peuvent vivre des éternités. Seul Gaïa décide lorsqu'il est l'heure pour nous de partir. L'aîné Aïaikamara avait des milliers d'années. Il avait plus du double de la vie qu'aurait eu le premier Toruk Makto s'il était encore en vie aujourd'hui, dit-il en les ahurissant totalement. Pour les Aïais, j'étais un enfant. Le second plus jeune avait déjà plus de mille ans. Mais aux yeux des Na'vi, j'ai déjà vécu plus d'une vie.

Il fallut un moment avant que les autres n'assimilent cette information et puissent imaginer un peu.

- J'ai déjà vécu longtemps. J'ai passé vingt années libres avec les Aïais puis nous avons été enfermé plus de dix années jusqu'à ce que je sois le dernier et que l'on m'envoie vers Pandora. Ma vie d'Aïais a été courte vis à vis de la première, d'avant. J'ai passé cent vingt sept années seul, sourit-il tristement.

- Sais-tu si tu vivras encore aussi longtemps ? questionna Tsu'tey.

- Je n'en sais rien. Gaïa décidait du moment où notre vie devait s'achever mais elle n'est plus alors je ne sais pas combien de temps je vais vivre. Je peux mourir de blessure ou de maladie mais je ne sais pas si le temps peut me tuer. J'aimais cette idée lorsque j'avais les miens mais maintenant... Vivre si longtemps est un fardeau parce qu'alors, on demeure lorsque tout ceux que l'on aime autour de nous disparaissent. Avec les Aïais qui avaient ce même don de vie, ce n'est pas un problème mais avec d'autres... J'aimerais ne pas avoir à vivre plus d'une vie de Na'vi normale ici, soupira-t-il.

Tous comprirent ce qu'il voulait dire. Survivre aux siens pouvait être très difficile et Eywani ne l'avait déjà que trop fait. Il aurait dû mal à le faire encore et la peine qu'il avait avec la perte des siens ne faisait que confirmer cela.

- Avec une vie déjà si longue, as-tu eu un rôle parmi les tiens ? demanda Eytukan.

Sachant qu'il parlait de métier, il acquiesça.

- Après avoir fini d'apprendre enfant, j'ai été guerrier un moment, dit-il en les surprenant. Dans la langue des Aïais mon nom signifie « guerrier de paix ». Il y avait beaucoup de guerres et je me battais pour la paix, pour que tous soient heureux, pour protéger. Puis j'ai arrêté lorsque j'ai compris que les gens de la Terre ne voulaient pas la paix. On luttait pour mettre fin à une guerre et eux, ils en provoquaient une autre et une autre, cruel et brutaux, répétant inlassablement les mêmes erreurs, avides et stupides. Alors je n'ai plus voulu me battre pour eux. J'ai été professeur ensuite avant de diriger une école. J'ai essayé longtemps d'enseigner aux jeunes l'esprit de Gaïa mais j'étais une sorte de fou pour eux dans un monde où tous avaient oublié et se moquaient de notre mère. Je ne sais pas si je m'y suis mal pris ou que je n'ai pas essayé assez fort mais j'ai échoué. Et puis ils ont détruit mon école à coup de bombe parce que je refusais de renoncer à Mère. J'ai juste pu sauver mes élèves. Ensuite j'ai voyagé pour apprendre et pour aider ceux que je pouvais. J'ai été guérisseur et bien d'autres choses. Quand il a été évident qu'il n'y avait plus de place pour quelqu'un comme moi dans ce monde, Mère m'a mené aux Aïais et j'ai trouvé ma famille. Avec eux, j'étais un enfant à qui on enseignait et qui était libre de faire ce dont il avait vraiment envie pour la première fois de sa vie. Jusqu'à la mort de Mère. Lorsqu'elle est parti, notre sanctuaire est tombé avec elle. Ils nous ont trouvé, chassé et enfermé. J'ai fait beaucoup de choses dans ma vie, conclut-il simplement.

- Tu as joué de nobles rôles, remarqua Olo'eyktan.

- Tu volais depuis quel âge ? demanda un chasseur.

- Onze ans, répondit-il avec un sourire. Avec la magie, nous avons pu créer des objets pour voler ou nous avions des montures. La première fois que je suis allé dans les airs, j'ai su que c'était là qu'était ma place, se souvint-il. C'était naturel pour moi. Je n'avais jamais volé pourtant, je m'en sortais déjà presque aussi bien qu'un oiseau. Voler c'était... la liberté totale, le bien-être, le bonheur, dit-il doucement. Je ne pouvais pas passer plus de quelques jours sans aller voler et je pouvais y passer des journées entières. Avant les Aïais, il n'y avait que dans les airs que j'étais bien et tranquille. Cela n'a plus de secret pour moi. Cela faisait vingt deux années que je n'avais pas volé. C'était génial, sourit-il en regardant Tsu'tey. J'ai l'impression d'avoir réappris à respirer et à vivre, dit-il en les touchant.

Après ce premier vol, il devint régulier de voir Eywani partir dans les airs avec les chasseurs, avec Tsu'tey la plus part du temps et il pouvait passer des heures à parler vol avec eux, se rapprochant énormément des Ikran Makto. Se sentant désormais en forme après plus de deux mois chez les Omaticaya, Eywani avait commencé à travailler sa magie depuis si longtemps engourdie par les drogues. Il s'installait alors sur l'une des grosses racines de l'arbre maison, s'asseyant en tailleur un peu à l'écart de l'agitation. Il se tenait droit, les mains sur les genoux, ses ailes posées derrière lui. Il fermait les yeux et plongeait dans un état de profonde méditation pour aller à la rencontre de sa magie, la cajoler, la réveiller, la stimuler comme il avait appris à le faire avec son peuple.

Pour son plus grand émerveillement, il put rencontrer Eywa dés sa première méditation. Si cela lui permettait de travailler sa magie, cela l'aidait aussi à se connecter à la nature, à toute énergie naturelle et vivante l'entourant et donc à Eywa en ce monde. Il était d'ailleurs émerveillé. Les énergies ici étaient si vives et puissantes, pétillantes, sauvages et douces, présentes partout et en tout, plus vivantes qu'il n'avait jamais pu les sentir sur Terre. Et tout lui était ouvert, l'accueillant avec une excitation et une joie qui égayait son cœur. Il parvenait sans mal à entrer dans le réseau d'énergie ouvert à sa présence et il pouvait ainsi parcourir la forêt de son esprit, adorant cela. Il sentit Eywa dés la première fois, la conscience titanesque, puissante et ancienne venant à la rencontre de son esprit. Elle avait été caressante, consolatrice et douce, protectrice, comme Gaïa et cela lui avait tiré les larmes. Eywa l'accueillait comme l'un des siens et cela l'aida à faire reculer le sentiment d'extrême solitude qu'il ressentait depuis la perte de sa mère et des siens. Il s'appliqua à lui transmettre tout ses remerciements et toute sa gratitude pour ce qu'elle avait fait pour lui, lui promettant de répondre présent si elle avait besoin de lui pour quoi que ce soit.

Chaque jour, il méditait et cela attirait toujours un petit public Omaticaya autour de lui. Lorsqu'il le faisait, les atokirina affluaient vers lui, venant le recouvrir et l'entourer, les émerveillant. Ses cristaux incrustés dans sa peau brillaient davantage. Une légère pulsation blanche, lumineuse et vaporeuse émanait de lui, tombant comme la brume sur le sol à quelques mètres autour de lui. Un grand calme et une grande sérénité irradiait de lui, une énergie forte. Autour de lui, la végétation s'animait doucement, la mousse s'épaississant, les fleurs s'épanouissant, brillante d'une lumière qu'elles n'avaient pas normalement. Les Omaticaya venaient voir ça avec fascination, s'asseyant en silence autour de lui pour observer, ne pouvant voir l'ampleur de ce qu'il faisait. Avec Mo'at, il apprenait le savoir des Tsahik et cela ne l'aidait que mieux à comprendre et à se connecter à ce monde.

- Olo'eyktan ? appela-t-il doucement en rejoignant le chef une après-midi.

Celui-ci se tourna vers lui, l'accueillant d'un petit sourire, le saluant de leur manière qu'il rendait avec naturel aujourd'hui.

- J'aimerais vous demander quelque chose, dit-il avec hésitation.

Le chef l'invita à s'asseoir, sachant que tenir ses ailes debout lui faisait mal. Eywani le fit, regardant Eytukan s'accroupir près de lui pour être à sa hauteur.

- Que puis-je faire pour la tribu ? demanda-t-il.

- Que veux-tu dire ? répondit-il avec confusion.

- Cela fait déjà de très nombreux jours que je suis là, remarqua-t-il en pensant aux deux mois et demi écoulés. Vous m'avez accueilli comme l'un des vôtres avec tellement de bienveillance et de gentillesse, d'attention quand je ne pensais plus jamais pouvoir vivre encore, dit-il avec émotion. Mais avec vous, je peux, sourit-il doucement. Je ne veux pas être un fardeau pour vous et je suis de nouveau en forme. Alors j'aimerais savoir à quelles tâches je pourrais aider. En quoi puis-je être utile ?

Eytukan lui sourit, venant poser une main sur son épaule.

- Ton corps est guéris mais ton âme ne l'est pas, remarqua-t-il doucement. Tu n'es pas un fardeau, tu es un cadeau d'Eywa. Je comprend ton envie mais il n'est pas encore temps pour toi d'avoir des devoirs à remplir au sein de la tribu. Ce n'est pas que je ne t'en juge pas capable ou que je n'ai pas confiance, assura-t-il en venant poser une main sur ses ailes pour lui transmettre son sentiment. Mais il est encore temps d'apprendre et de guérir pour toi. Découvre encore ta nouvelle maison, ton nouveau monde, profite de lui et de ta liberté, de ta nouvelle famille. Tu apprends déjà les voies de Tsahik. Tu peux aussi en apprendre d'autres et lorsque tu auras trouvé quelle place tu souhaites prendre au sein du peuple, quel rôle tu souhaites jouer, alors tu pourras le faire. Rien ne presse pour le moment.

Eywani lui sourit, touché, sentant sa sincérité et sa bienveillance par sa main dans ses plumes. Il acquiesça alors, le remerciant. Il suivit le conseil d'Olo'eyktan dans les jours qui suivirent, demandant à la tribu si elle voulait bien lui montrer leurs différents métiers. Il connaissait déjà les chasseurs, les guérisseurs. Il savait qu'il y avait des cueilleurs, des conteurs, toute sorte d'artisans... On lui montra avec joie. Il y avait aussi ceux qui récoltaient les plantes médicinales, ceux qui recherchaient des matériaux pour leurs fabrications, ceux qui se chargeaient de veiller à la bonne organisation de la vie quotidienne de la tribu, ceux qui soignaient les animaux, ceux qui travaillaient sur les métiers à tisser fierté de leur clan... Il alla passer du temps avec tous pour voir ce qu'ils faisaient et comment. On l'acceptait toujours joyeusement et il ne put que constater un peu plus à quel point les Omaticaya aimaient transmettre leur savoir. Il s'intéressa à tout, curieux et investi à la joie de ceux qui lui montraient.

Les jours défilèrent, doux pour l'Aïais apaisant doucement son cœur. Il s'était parfaitement intégré à la tribu et il racontait toujours ses histoires le soir, montrant un peu de magie à l'émerveillement de tous. Il s'était beaucoup rapproché des chasseurs, volant très souvent avec Tsu'tey bien que cela soit douloureux pour ses ailes. Mais il s'en fichait pas mal. Pour son plus grand bonheur, Tsu'tey avait accepté de l'emmener chasser avec eux. Le Na'vi prenait toujours soin de l'attacher à lui au cas où mais Eywani était tellement à l'aise sur les Ikran qu'il ne gênait jamais, au contraire. Il s'était mis à passer du temps avec les guérisseurs pour apprendre leur art, pour apprendre à se servir des plantes de la forêt et il aimait aussi s'occuper des animaux ne rechignant jamais à venir à lui.

- Puis-je te rejoindre ? demanda Tsu'tey.

Il sursauta un peu alors qu'il était plongé dans ses pensées. Eywani était installé seul sur une branche de l'arbre maison. Il était rare qu'il s'isole ainsi et lorsqu'il le faisait, souvent, c'était parce qu'il était sombre et déprimé. On le laissait un moment mais on finissait toujours par le rejoindre s'il le voulait bien. Aujourd'hui comme souvent, c'était Tsu'tey qui venait le tirer de ses sombres pensées. Cela faisait déjà un moment qu'il veillait de loin en ayant vu l'Aïais s'en aller seul vers un coin tranquille et après plus d'une heure, il avait décidé de le rejoindre. Il vit Eywani se tourner vers lui et lui sourire, approuvant et il vint s'asseoir près de lui.

- La forêt est si belle, sourit l'être ailé en la regardant. C'est magnifique. Je ne me lasse pas de la regarder.

- Est-ce qu'il y en a sur Terre ? demanda le chasseur.

- Il y en avait, soupira-t-il. Il y a longtemps, très longtemps. Mais les Morokan les ont toutes détruites. Les forêts, les glaciers, les montagnes, les lacs, les rivières, les océans... il n'y a rien qu'ils n'aient pas détruit. Je n'avais jamais vu une telle forêt, si grande, si pleine de vie et d'énergie. Je ne me lasse pas de la regarder. J'aimerais tellement m'y promener avec vous, dit-il tout bas.

- Nous pourrions peut-être trouver un moyen, proposa Tsu'tey.

- Merci mais non, dit-il doucement. Avec mes ailes, je ne peux pas me déplacer aussi bien que je le faisait avant. Je suis lent et mal habille dans un environnement comme la forêt. Je vous mettrais en danger et je vous ralentirais en cas de problème. Ce serait bien trop imprudent et irresponsable. Ce n'est pas si grave, soupira-t-il. C'est déjà une très grande chance d'être là et je peux la voir un peu plus quand nous allons voler ou nous promener avec les pa'li autour de l'arbre maison, c'est suffisant. Pourrons nous retourner voler dans les ayram alusing ? C'est montagnes volantes sont incroyables.

- Bien sûr, acquiesça le chasseur.

- Merci, sourit-il avec gratitude.

Un silence s'installa entre eux alors qu'ils regardaient la forêt sereinement. Eywani tourna finalement le regard vers son ami. Il appréciait beaucoup Tsu'tey. Il avait beaucoup de fougue et de cœur. Il était entier, généreux et protecteur même s'il pouvait avoir une allure assez fermée la plus part du temps. Il était très courageux et dévoué à son peuple, à Eywa et à son monde. Son regard tomba sur sa tresse. On lui avait déjà beaucoup parlé du tswin et de tsaheylu mais il y avait encore beaucoup à apprendre.

- Est-ce que je peux...regarder ? demanda-t-il avec hésitation en désignant sa tresse.

Il ne savait pas s'il pouvait demander cela, le tswin étant une chose importante mais il était tellement curieux de voir ça de prêt. Il n'y avait qu'à Tsu'tey qu'il oserait demander alors qu'ils passaient beaucoup de temps ensemble et s'entendaient à merveille. Le Na'vi approuva, attrapant sa tresse neurale pour lui tendre. Eywani se rapprocha pour s'installer près de lui, prenant délicatement ses cheveux dans ses mains. La tresse était épaisse dans ses petits doigts, les cheveux doux contrairement à ce qu'on pouvait croire. Doucement, faisant bien attention, il en releva le bout pour faire tomber les cheveux sur le côté et dévoiler ces toutes petites tentacules rosés à l'air si fragile. Ils ondulaient lentement et il observa cela un moment.

- C'est vraiment incroyable, remarqua-t-il. Eywa est une mère attentionnée pour vous avoir offert cela. Gaïa nous avait donné le don de forger des liens grâce à la magie mais très peu en étaient vraiment capables. C'est très difficile à apprendre et délicat. Le tswin est un cadeau si précieux. Pouvoir établir des liens avec les créatures, la nature et ceux qu'on aime ainsi, sourit-il avec tendresse.

- Comment étaient tes liens magiques ? demanda Tsu'tey.

- C'était chaud. C'était comme avoir quelqu'un d'autre avec moi dans mon esprit. Je pouvais sentir ses émotions, entendre ses pensées. Contrairement à tsaheylu, je ne pouvais pas ressentir le corps physique de l'autre partie mais mes liens pouvaient exister sur de très grandes distance. Ils me manquent, soupira-t-il. J'ai l'impression qu'il y a un immense vide en moi sans eux.

- Tu en avais beaucoup ?

- Oui mais tous très différents. Certains liens étaient légers, juste une présence à la lisière de mon esprit, d'autres plus profonds comme celui que j'ai eu avec Aquilon ou d'autres créatures comme lui. Mon lien avec mon peuple était très large. Je pouvais ressentir leur présence, leur magie et leurs vie à tous en moi, leur état d'esprit général. Ce lien là était limité par Gaïa parce que cela représente trop de monde, cela aurait été trop envahissant si nous pouvions entendre les pensées et les sentiments de tous tout le temps. Mais si on le voulait, on pouvait se parler à travers lui et si l'un de nous était en détresse, les autres le savaient tout de suite. On ne se sentait jamais seul. Et puis j'avais des liens plus profonds encore avec certains aînés, des liens de parents. Aïaikamara était comme un père, un mentor, un protecteur. Mon lien le plus puissant était avec lui. Il était capable de sentir tout mes états d'âme, la moindre petite douleur physique ou mentale, le moindre petit malaise. Il connaissait mon cœur, mon âme, mon esprit et ma magie par cœur. Il était toujours là.

- Avais-tu une compagne ?

- Non. Je n'ai jamais eu cette chance. Les Aïais n'aiment qu'une seule personne dans toute leur vie. Une personne choisie par leur cœur. Je n'ai jamais éprouvé ce genre d'amour pour personne encore. Gaïa disait que chaque âme pouvait trouver son autre moitié et que si cela n'était pas encore arrivé, c'était que je n'avais pas encore rencontré l'âme qui m'était destinée. Peut-être que cela n'arrivera plus jamais maintenant, dit-il tristement. Est-ce douloureux ou désagréable si quelqu'un touche ? demanda-t-il en désignant les petits tentacules pour changer de sujet.

- Si on ne fait pas attention oui, ça peut faire très mal. C'est sensible, expliqua-t-il, et fragile.

- Et si on touche doucement ?

- Cela peut-être très agréable mais ce genre de geste est plutôt intime, dit-il. Les mères le font à leurs enfants pour les calmer ou alors entre compagnons.

- Oh, je suis désolé, s'excusa-t-il en posant doucement sa tresse. On ne m'avait pas encore dit que c'était déplacé de faire ça.

- Tu n'as pas touché et je te l'ai permis, ça ne m'a pas dérangé, assura-t-il. Le tswin est une chose délicate et assez intime pour nous par ce qu'elle symbolise et permet. Seul les parents ou les compagnons peuvent y toucher ou s'occuper de la tresser pour un autre.

- Je m'en souviendrais, merci de m'avoir permis de regarder un instant.

- Peux-tu établir un lien avec nous avec ta magie ?

- Non. Pour qu'un lien fonctionne, il doit être construit à deux et il faudrait que vous ayez de la magie pour ça. Sans cela, ce ne serait rien de plus qu'une intrusion dans vos esprits à laquelle vous pourriez rien. Ce serait barbare et très désagréable pour vous.

Il se redressa soudain brusquement, surprenant le chasseur qui vit ses oreilles frémir et bouger un peu alors qu'il scrutait les branches au dessus d'eux. Il avait assurément entendu quelque chose pourtant, Tsu'tey n'entendait rien et il savait que leurs ouïes étaient équivalentes en finesse. L'Aïais eut rapidement l'air inquiet, l'alertant.

- Qui a-t-il ? demanda-t-il en cherchant lui aussi.

- Il y a eu un accident, dit-il en le laissant confus. C'est Eolak et Ave, continua-t-il en se levant lentement et en écoutant toujours. Ils sont gravement blessés, s'alarma-t-il. S'il te plaît, va chercher Tsahik et des guérisseurs et rejoint moi là haut, dit-il en partant avec panique.

Décontenancé alors qu'il n'entendait toujours rien, Tsu'tey le regarda courir comme il ne l'avait vu faire qu'en s'enfuyant du camp des Gens du Ciel, bondissant de branche en branche et montant très vite. Il se reprit. Il ne comprenait pas comment Eywani pouvait savoir mais il le croyait sur parole. Il partit donc faire ce qu'il avait demandé, inquiet malgré lui pour le chasseur et l'ikran en question.

Ce fut transit de peur que Eywani gravit l'arbre maison plus vite qu'il ne l'avait jamais fait, se forçant à tenir ses ailes. Il effraya bon nombre de Na'vi qu'il croisa, tous se demandant ce qu'il lui prenait. Il arriva bientôt en haut, là où les chasseurs avaient l'habitude d'atterrir sur une très large branche. Il regarda le ciel, trouvant sur le champs le petit groupe de chasseurs arrivant. Au centre, un ikran peinait visiblement à voler, son cavalier affalé sur lui. Blessé gravement, tout les deux, il le savait. Il envoya immédiatement sa magie à l'encontre du duo mal en point, les attirant à lui. Il manipula l'air et le vent pour aider l'animal. Celui-ci s'en rendit compte puisqu'il cessa de voler pour se poser dans sa magie, surprenant les autres chasseurs le voyant léviter dans l'air. Entièrement concentré sur les blessés, Eywani les amena à lui, les posant délicatement mais rapidement près de lui dans l'arbre maison, bien à l'abri. Ignorant le reste, concentré, il fit descendre le cavalier pour l'allonger près de sa monture, usant de sa magie pour le faire. Tout deux étaient lourdement marqués, de profonds coups de griffes et de dents les déchirant. Ils saignaient beaucoup et il ne fallait pas être devint pour comprendre que le fait qu'ils soient encore en vie était un miracle et qu'ils ne tiendraient pas longtemps. Les dommages étaient importants, probablement trop pour la médecine traditionnelle.

Il ne réfléchit pas, posant une main sur le Na'vi plus vraiment conscient et l'autre sur l'ikran. Il commença alors à user de sa magie, ses cristaux et ses yeux brillants puissamment. Une douce auréole lumineuse entoura les deux blessés et il se concentra pour les soigner. Il ne connaissait encore rien à la physiologie Na'vi ou à celle des ikran. Il ne savait pas comment les soigner mais sa magie pouvait palier à ce problème s'il lui donnait assez de force. Il se focalisa donc sur sa tâche, transmettant sa magie aux blessés, ne pensant qu'à les sauver, les guérir. Autour de lui, les chasseurs avaient atterris et s'étaient regroupés autour d'eux, un étant parti chercher des guérisseurs. Ils voyaient bien que les blessures de leur frère et de sa monture étaient trop graves pourtant, Eywani faisait quelque chose une énergie puissante émanant de lui. Ils restèrent silencieux, observant, ne pouvant faire davantage. Quelques minutes passèrent dans un silence lourd, Eywani complètement concentré sur les blessés.

Tsahik arriva finalement en courant, Tsu'tey la précédant, plusieurs Na'vi les suivant. Ils se figèrent un instant devant la scène, devant Eolak et son Ikran couverts de sang et auréolés de lumière, Eywani irradiant d'un pouvoir perceptible pour tous. Mais ils accoururent finalement, Mo'at et les guérisseurs observant les dommages, ne pouvant que constater qu'ils n'y pouvaient rien. Ils tentèrent d'interroger l'Aïais sur ce qu'il faisait mais celui-ci ne répondit pas, comme ne les entendant pas. Ils se contentèrent donc d'observer, beaucoup arrivant, regardant silencieusement dans un silence lourd, tristes devant l'état de leur frère gémissant de douleur comme son ikran. Et puis soudain, Mo'at le vit, un véritable miracle.

- Ils guérissent, dit-elle en surprenant tout le monde. Ils guérissent, affirma-t-elle plus fort.

Et en effet, en regardant de près, on pouvait voir le sang qui s'arrêtait de couler et les blessures qui se refermaient lentement.

- Il les soigne, ajouta Tsu'tey qui s'était baissé près de son frère et de l'Aïais.

Tous restèrent stupéfaits, se mettant à espérer un miracle. Longtemps, Eywani poursuivit sans jamais se détourner de sa tâche. Eolak et Ave n'émirent finalement plus de plaintes de douleur, immobiles et respirant faiblement. Le duo avait le regard voilé mais tout deux regardaient l'Aïais. On put voir les plaies s'améliorer doucement, tous s'émerveillant devant cela. Mais après un bon moment de ce traitement, l'être ailé devint aussi un sujet d'inquiétude. Il pâlissait de plus en plus, sa peau ruisselante de sueur, sa respiration de plus en plus désordonnée, son corps se mettant à trembler. Au plus l'état des deux autres s'améliorait, au plus celui d'Eywani déclinait. Mais ils eurent beau lui parler, il ne répondait pas. Après presque une heure, les blessures, bien qu'encore impressionnantes, n'étaient plus qu'éraflures superficielles. L'Aïais s'arrêta alors, sa lumière s'éteignant, son aura s'évaporant. Il se redressa un peu, respirant très mal, tremblant sans contrôle et terriblement pâle alors que ses cristaux perdaient toute lumière.

- Ils iront bien, bredouilla-t-il. Tout les deux. Ils ont juste besoin de se reposer et de manger, soupira-t-il. Il faut s'occuper d'eux et...

Il ne put en dire plus, s'écroulant soudain, perdant conscience.

- Eywani ! s'exclama Tsu'tey en le rattrapant délicatement.

Tous eurent des exclamations paniquées en voyant ça, Mo'at accourant pour venir voir leur protéger. Tsu'tey le déplaça doucement pour l'asseoir correctement contre lui, laissant Mo'at venir le voir.

- Il est à bout de force, déclara-t-elle finalement. Tsu'tey, porte le à sa couche et veille sur lui. Un guérisseur va t'accompagner, dit-elle en faisant signe à l'un d'eux alors que le chasseur acquiesçait. Nous nous occupons d'Eolak et Ave.

Tous se mirent alors à bouger, Arvok venant aider son grand frère qui soulevait précautionneusement l'Aïais. Il prit les ailes de la fragile créature, le guérisseur aidant. Ils s'en allèrent, quelques uns les accompagnant quand les autres allaient aider à s'occuper des blessés dont-on défaisait juste le lien neural. Lentement, ils emmenèrent Eywani vers sa couche de mousse où Tsu'tey le déposa avec une grande délicatesse, l'allongeant sur son côté pour qu'on puisse poser ses ailes derrière lui. La petite créature faisait peine à voir, tremblant et terriblement pâle. On l'installa le mieux possible et les atokirina ne tardèrent pas à affluer vers lui comme pour venir le veiller. Ils s'agglutinèrent sur lui et sur ses ailes, caressant. Tous s'installèrent autour de lui Tsu'tey prenant l'une des petites mains dans la sienne. L'Aïais respirait mal les inquiétant. Après un moment, on vit Tsahik et Olo'eyktan arriver vers eux avec quelques autres, Mo'at venant voir Eywani quasiment recouvert d'atokirina.

- Il a besoin de repos, dit-elle, il a utilisé toute son énergie pour les sauver.

- Comment vont-ils ? demanda Arvok.

- Ils sont hors de danger, assura-t-elle. Ils sont affaiblis par la perte de sang mais le sommeil, la nourriture et l'eau feront leur œuvre. Ils se réveilleront rapidement.

- Que s'est-il passé ?

- Ils ont croisé la route de toruk, répondit Eytukan alors que tous comprenaient. Ils ont eu de la chance de s'échapper mais pas sans dommage. Sans Eywani, ils auraient tout deux rejoint Eywa à cette heure.

- Il ira bien n'est-ce pas ? demanda Sylwanin faisant parti des veilleurs de l'Aïais.

- Il est très affaibli, répondit sa mère. Espérons que le repos suffira. Nous allons le surveiller. Il aura besoin d'eau. S'il se réveille même un peu, il faut lui donner à boire et s'il ne se réveille pas assez vite, il faudra le sortir du sommeil ou trouver un autre moyen de le faire boire. S'il peut, nous lui donnerons à manger et nous le veillerons jusqu'à ce qu'il aille mieux.

Ils se mirent donc à veiller l'être ailé, amenant de l'eau et quelques fruits faciles à manger pour lui lorsqu'il se réveillerait. Seulement, il n'en donna pas le moindre signe. Lorsque l'on sentit sa peau perdre de la chaleur, Sylwanin s'allongea face à lui pour le prendre dans ses bras et le ramener contre elle. Cela fit rapidement son effet, la tribu connaissant désormais bien son besoin de contact vivant. Lorsqu'il fut évident qu'il ne se réveillerait pas de lui même assez vite pour boire et éviter la déshydratation, on tenta de le réveiller, sans vraiment y parvenir. Mais il reprit tout juste assez de conscience pour avoir le réflexe d'avaler l'eau qu'on faisait doucement couler dans sa bouche. On le fit boire régulièrement pour à chaque fois le réinstaller confortablement. Beaucoup s'étaient assemblés autour de lui, amenant de quoi rendre sa couche encore plus confortable, venant veiller, chantant doucement pour lui. Toute la journée puis toute la nuit, on resta à ses côtés.

Au matin, Eywani ne s'était pas encore réveillé. Il tremblait toujours bien qu'un peu moins fort, sa respiration lourde et sa peau toujours aussi pâle. En milieu de journée, on vit Eolak arriver, soutenu par un chasseur alors qu'il était encore visiblement affaibli. Ce qu'il restait de ses blessures était couvert de feuilles. Il avait l'air très inquiet, cherchant l'Aïais du regard et on s'écarta un peu pour le laisser avancer jusqu'à lui et s'asseoir.

- Comment va-t-il ? demanda-t-il en venant caresser doucement les plumes noires et tremblantes.

- Il a l'air de reprendre lentement des forces, répondit Neytiri.

- Il lui faut du temps et du repos, expliqua Sylwanin. Il a utilisé toute son énergie pour vous soigner.

- J'ai... senti sa puissance en moi et Ave, raconta Eolak. C'était incroyable. La chose la plus puissante que j'ai senti après Eywa. J'ai perçu sa volonté, tellement grande et brillante. Il ne pensait qu'à nous sauver sans égard pour lui même alors qu'il savait que c'était dangereux pour lui. Sa magie c'est... tellement beau et pure.

Il resta là à veiller sur son sauveur avec les autres, très inquiet pour lui. Il fallut presque quatre jours pour que Eywani se réveille vraiment et quatre autres pour qu'il reprenne des forces. Eolak l'avait énormément remercié et Eywani avait simplement dit que c'était normal. Toute la tribu fut très heureuse de le voir retrouver des forces, soulagée, louant le miracle qu'il avait fait. Il répondait juste que c'était normal et qu'il le referait sans hésiter pour n'importe lequel d'entre eux. Contrairement à ce qu'il avait pensé, cette déclaration avait angoissé toute la tribu s'inquiétant qu'il puisse de nouveau se retrouver dans un tel état de faiblesse. Il avait été une énième fois très touché par leur réaction. Il leur avait alors expliqué que si soigner des blessures aussi graves serait toujours fatiguant, il pouvait réduire cela en apprenant plus de choses sur la constitution des Na'vi et la manière de les guérir. Au plus son savoir serait vaste, au moins sa magie devraient prendre le relais pour comprendre ce qui n'allait pas et comment le réparer. Comprenant, les guérisseurs lui offrirent d'autant plus leur savoir si cela l'intéressait et il accepta avec joie. Il leur demanda également si certains accepteraient de le laisser scanner leur corps avec sa magie, promettant que cela ne serait ni douloureux, ni dérangeant, ni compliqué, juste un peu long. Ainsi, sa magie et lui pourraient en apprendre plus sur le fonctionnement de leur corps et se faciliter d'éventuels autres soins. Nombreux furent les volontaires, ayant totalement confiance en lui. Eywani savait qu'il devrait faire ces scans magiques de nombreuses fois et sur beaucoup de monde pour pouvoir en tirer quelque chose mais cela en valait la peine s'il pouvait ensuite aider la tribu.

Tous eurent droit à un spectacle inédit lorsque Ave, l'ikran d'Eolak qui avait aussi eu la vie sauve grâce à lui, retrouva pour la première fois l'Aïais après l'accident. On avait jamais vu un ikran aussi surexcité, sautillant tel un oisillon heureux autour d'Eywani qui en avait ri de bon cœur. L'animal s'était ensuite calmé pour venir se coller délicatement contre lui, le câlinant en roucoulant, débordant de gratitude. C'était la première fois que l'on voyait un ikran aussi affectueux avec un autre que son cavalier mais étant donné les circonstances, cela était compréhensible. Cela avait été une scène très amusante pour tous, surtout quand Ave avait refusé de laisser Eywani partir trop vite, le gardant coincé sous son aile et venant roucouler près de lui.

Lorsqu'on avait demandé à l'Aïais comment il avait su ce qu'il se passait quand Tsu'tey avec lui n'avait rien entendu, il avait répondu que le vent lui avait dis, les laissant perplexes. Il avait alors expliqué qu'il pouvait entendre la nature lui parler lorsqu'elle voulait le faire. Le vent, la terre, l'eau, les arbres... Cela les avait fasciné et tous avaient demandé à Eywani de leur raconter ce que cela faisait. Ce fut un peu difficile à expliquer pour lui mais il fit au mieux, parlant des musiques naturelles qu'il pouvait percevoir, comment la nature faisait passer ses messages. Il avait redécouvert ce don de Gaïa depuis qu'il était avec eux, la nature de la Terre affaiblie depuis trop longtemps pour communiquer ainsi.

- Comment as-tu trouvé cela ? demanda Ateyo en regardant l'Aïais alors qu'ils venaient de s'installer avec les chasseurs et bien d'autres.

- C'était fascinant, répondit-il avec engouement. Je me demandais comment ça se passait depuis que l'on m'a parlé de ce rite. Donc uniltaron, la chasse au rêve, est une transe afin de rechercher son animal intérieur ? demanda-t-il alors qu'il venait de voir pour la première fois la cérémonie en question.

- C'est ça, approuva Tsu'tey. Cela doit aider les futurs chasseurs à mieux se connaître.

- Les chansons étaient magnifiques, sourit-il. Uniltaron me rappelle des souvenirs, dit-il en s'attirant leurs regards curieux. Gaïa avait créé un processus magique, la transformation animagus. Peu d'êtres magiques en étaient vraiment capables. Il fallait d'abord confectionner personnellement un breuvage très particulier. Ça pouvait prendre des mois voir des années. Puis lorsqu'il était prêt et que les conditions étaient réunies, on le buvait et on entrait en transe pour découvrir quel était notre nous animal. Ceux qui allaient au bout du processus et qui étaient assez habiles, pouvaient ensuite, avec beaucoup d'entraînement, se transformer en cet animal à volonté.

- Tu peux le faire ?! demanda un enfant tout excité.

- Oui, approuva-t-il avec un sourire. J'étais jeune quand j'ai accompli cette transformation. Mais ça fait très longtemps que je ne me suis pas transformé, dit-il une nuance de tristesse dans la voix.

- Tu veux bien nous montrer ? pressa un autre enfant.

- Si vous voulez, dit-il après un moment de réflexion.

Il se leva, s'écartant pour gagner un espace libre sous les regards excités et curieux de tous. Il prit une inspiration, jetant un coup d'œil à ses ailes. Il ne s'était pas transformé depuis l'emprisonnement de son peuple et donc depuis qu'il avait les ailes brisés. Il se détendit et se transforma aussi facilement qu'il l'avait toujours fait. Des exclamations de stupeurs et d'émerveillements s'élevèrent tout autour de lui. Les Na'vi étaient stupéfaits par ce qu'ils voyaient. Eywani s'était soudain métamorphosé pour devenir un griffon s'ils se souvenaient bien de sa présentation des animaux de la Terre. Son corps presque aussi grand qu'un palulukan était couvert d'un magnifique plumage ébène soyeux et luisant, animé de reflets d'émeraudes. Il avait de belles et dangereuses griffes aux pattes, un bec impressionnant, des yeux perçants. C'était une créature assurément puissante, dotée d'une grande force et elle aurait été l'une des plus belles choses qu'ils aient vu avec Eywani si seulement ses ailes n'étaient pas dans cet état. Elles étaient immenses et aussi abîmés que celles de sa forme Aïais. Mais c'était encore plus impressionnant avec cette taille. Visiblement déformées, brisées, des plumes manquantes alors qu'elles tombaient au sol.

Ils virent l'animal regarder des propres ailes avec une immense douleur et beaucoup de tristesse, tous faisant silence en percevant sa détresse. En voyant sa forme animale, on ne pouvait qu'affirmer encore plus que Eywani était un être des cieux. Son état devait être une épreuve terrible. Après un moment, l'Aïais reprit sa forme première, leur tournant un peu le dos. On le vit s'enfermer dans ses bras, prendre une profonde inspiration en levant la tête et en fermant les yeux. Il souffla lentement jetant un coup d'œil désespéré à ses ailes. Il se reprit pourtant et se tourna vers eux pour les rejoindre, arborant un petit sourire forcé. Il vint s'asseoir près de Tsu'tey, repliant ses jambes contre lui :

- Je n'avais pas essayé depuis..., dit-il alors que tous comprenaient de quoi il parlait. Cette transformation était ma plus grande fierté parce que les griffons sont des empereurs des cieux, des modèles de courage, de force, de noblesse... Ce n'est pas systématiquement le cas dans ce genre de transformation mais il y avait une chance pour que mes ailes ne soient pas brisées en tant que griffon. Je sais maintenant que ce n'est pas le cas. J'avais un peu peur de le découvrir. Enfin, soupira-t-il, c'était à prévoir. Tsu'tey ? Est-ce qu'on peut aller voler un peu ? demanda-t-il presque implorant.

- Bien sûr, acquiesça-t-il. Viens, dit-il en se levant et en l'invitant à le suivre.

Ils s'en allèrent, tous autour d'eux comprenant sa soudaine envie d'aller voler pour apaiser son chagrin. S'il ne dit rien, Tsu'tey s'efforça de soutenir son ami, posant une main sur ses ailes pour lui communiquer chaleur et force alors qu'ils rejoignaient un endroit où il pourrait appeler Keari. Lorsqu'il voyait Eywani dans cet état, il ne pouvait que ressentir plus de fureur envers les Gens du Ciel pour lui avoir fait ça. Tous dans la tribu étaient unanimes pour dire que l'Aïais était un modèle de gentillesse, de bienveillance, de douceur... Il avait avec la nature et Eywa, un lien exceptionnel au dessus de ce qu'ils connaissaient eux mêmes et il leur apprenait tellement de belles choses. Il était comme eux avec simplement une Mère et un monde d'origine différent. Il était déjà leur frère lointain et inconnu mais leur frère tout de même avant d'arriver chez eux. Il avait perdu sa Mère, sa maison et sa famille mais ils l'étaient pour lui maintenant, entièrement et ils pleuraient avec lui à chaque fois qu'ils le voyaient si anéanti.

Pour Tsu'tey, il était un trésor. Il comprenait désormais pleinement pourquoi Eywa l'avait sauvé. Il était merveilleux. Et contrairement aux étrangers, il était capable de leur apprendre de nouvelles choses, de leur enseigner, de les faire évoluer et grandir sans jamais changer leur nature et leur esprit profond. Il pouvait leur en faire découvrir encore plus sur Eywa, les aider à renforcer leur lien avec elle. Tous le savaient maintenant et tous chérissaient cette chance, davantage encore celui qui leur offrait. On se disait déjà que Eywani ferait un Tsahik absolument merveilleux. Les Tsahik mâles étaient très rares mais c'était presque évident avec lui. Et s'il ne désirait pas le devenir, il serait certainement un conseiller et un professeur ponctuel pour tous comme il l'était déjà. Tous l'aimaient et tous le protégeaient de leur mieux. Il l'emmena donc voler, sentant le petit être se blottir dans son dos, l'encerclant de ses bras comme ayant peur d'être séparé de lui. Et il le laissa faire, espérant pouvoir apaiser sa peine dans cette promenade.

À suivre...

Audragon