Chapitre 4 :

Chuter

Les jours avaient continué à défiler paisiblement pour Eywani. Il continuait à tout apprendre des traditions des Na'vi et des Omaticaya, de leurs savoir faire. Il passait beaucoup de temps avec les guérisseurs et régulièrement, il scannait les corps. Pour ça, il s'asseyait derrière un Na'vi, posait ses mains dans son dos et laissait sa magie aller parcourir leur corps. Ainsi, son pouvoir pouvait découvrir et apprendre comment fonctionnait la physiologie Na'vi et lui transmettre. C'était cependant un processus très lent et progressif. Il faudrait bien des séances et du temps pour qu'il commence à avoir une véritable expertise en la matière. Ceux qui s'étaient prêtés à la choses étaient ressortis de l'expérience émerveillés d'avoir pu sentir sa puissante magie de si prêt.

Il s'était aussi mis à participer plus activement à la vie quotidienne de la tribu, voulant se rendre utile. Il aidait donc à ce qu'il pouvait, à la préparation des repas, à la confections des remèdes, au tri des plantes récoltés pour toutes sortes d'usage. Il s'était aussi mis à soigner les animaux qui en avaient besoin. Il aimait passer du temps à la rivière à juste écouter l'eau et regarder autour de lui. Très vite d'ailleurs, tous remarquèrent qu'il commençait à se prendre de petits moments seuls, juste pour lui, au bord de l'eau. Mais contrairement aux instants où il s'isolait haut dans l'Arbre Maison, ce n'était pas parce qu'il était d'humeur sombre. Non, quand il était au bord de l'eau, généralement, il souriait doucement, détendu.

Une routine agréable et apaisante s'installa progressivement pour l'Aïais trouvant de plus en plus sa place dans la tribu. Il avait finalement décidé de se concentrer sur les plantes, leurs usages, l'art des soigneurs qu'il utilisait avec les animaux la plus part du temps. Il aimait s'occuper d'eux, s'apaisant à leur contact. S'il continuait à étudier la physiologie Na'vi de sa magie il s'était aussi mis à en faire de même avec les plantes et les animaux. Se faisant, il s'était énormément rapproché d'un Na'vi en particulier, Galraede. Il était l'un des anciens de la tribu et son mentor en matière de soin et de plante, guérisseur depuis déjà bien des décennies. Indubitablement, il était le plus versé de ce domaine du clan. Il était sage, doux, patient, pédagogue et attentif. Il avait pris l'Aïais sous son aile et ils passaient désormais énormément de temps ensemble. De ce fait Eywani s'était aussi rapproché de la compagne de Galraede, Ara'at. Le couple avait eu des enfants déjà adultes avec leurs propres familles et ils se faisaient bien souvent un plaisir de veiller sur l'Aïais, lui enseignant leur savoir vaste. Progressivement, on les voyait se comporter avec lui comme des grand-parents.

Eywani se plongeait dans la découverte de ce nouveau monde, de ce nouvel environnement, se passionnant pour Eywa et sa création. Il parvenait toujours plus à se rapprocher de la Mère des Na'vi et particulièrement dans ses méditations. Il était de mieux en mieux connecté à elle, le procédé presque identique à celui qu'il avait appris auprès de Gaïa. Il avait désormais la réelle impression que sa Mère et celle des Na'vi étaient comme des sœurs. Eywa le considérait comme l'un de ses enfants, le réchauffant de sa présence imposante, cette présence qu'il avait perdu depuis la disparition de Gaïa. Elle semblait d'ailleurs vouloir aller bien plus loin avec lui, lui offrir plus encore. Doucement, elle s'infiltrait en lui, son pouvoir se baladant dans son corps et s'il avait fallu un peu de temps à l'Aïais pour comprendre ce qu'elle voulait faire, il avait fini par saisir. Eywa tentait de le transformer, de transformer son corps ou plutôt de l'inciter à la laisser le faire. C'était comme une proposition qu'elle lui faisait, la proposition de véritablement devenir un Na'vi, d'avoir de nouveau un peuple, un foyer, un chez soi dont-il ferait vraiment partie. Seulement, il s'y refusait. Il ne pouvait pas faire ça, il n'en n'avait pas le droit. Il refusait donc encore et toujours. Eywa ne le forçait pas, douce et patiente, mais elle ne cessait de lui proposer, insistant délicatement sans jamais se décourager. Cependant, il ne pouvait s'y résoudre.

Après six mois de présence auprès des Na'vi, Eywani s'était parfaitement intégré à la tribu et il y avait trouvé sa place en tant que guérisseur. Il continuait à aller voler régulièrement avec les chasseurs, avec Tsu'tey, passant beaucoup de temps avec eux. Il poursuivait aussi l'enseignement des Tsahik avec Mo'at, particulièrement attentif et passionné par cela, par la relation des Na'vi avec leur monde et leur Mère qu'il comprenait un peu plus chaque jour. Avoir été amené ici était la meilleure chose qui lui était arrivée après avoir trouvé les Aïais et en être devenu un. S'il avait toujours le cœur en miette, l'âme en peine, les Omaticaya avaient adouci ses souffrances et avaient réussi à lui redonner l'envie de sourire et de découvrir, d'avancer.

On était en début d'après-midi et le temps était radieux ce jour là. Le déjeuner s'était terminé un moment avant et Eywani était allé s'installer au bord de la rivière, au calme pour profiter d'un peu de soleil et de solitude. Il avait pris place sur un gros rocher plus grand que lui où il avait désormais ses habitudes. Il aimait être là parce qu'il pouvait profiter du soleil, parce que la roche supportait merveilleusement ses ailes posées derrière lui. Le calme était absolu ici, le chant de l'eau magnifique comme celui du vent agitant délicatement les branches de l'arbre immense et majestueux dans son dos. Il adorait cet arbre irradiant d'une ancienne énergie réconfortante et pure dont-il aimait se gorger. D'après Galraede, c'était une plante très rare dans la région mais qui n'avait pas vraiment d'utilité pratique. Eywani lui avait trouvé cette utilité. Il répandait une énergie apaisante et protectrice partout loin autour de lui, agissant sur tout ce qui était ouvert à son influence et l'Aïais l'était particulièrement. Il aimait donc être près de lui et parfois il se plaisait à observer la vie qui pullulait entre les imposantes racines qui émergeaient du sol pour danser dans l'air avant de replonger dans le sol et l'eau où multitudes de petites créatures se réfugiaient pour grandir avant de retourner à la rivière. Mais ce jour là, il profitait simplement du soleil, les yeux fermés et le visage dirigé vers le ciel. Cette sensation lui avait tellement manqué pendant le long enfermement dont-il avait été victime. Le soleil. Celui-ci était bien différent de celui de la Terre mais tout aussi bienfaiteur. La lumière naturelle était vraiment comme un élixir bienfaiteur pour lui.

Il était installé là depuis un bon moment, ne tenant plus compte du temps passant depuis quelques semaines, lorsque brusquement les voix de la nature et d'Eywa hurlèrent avec urgence à ses oreilles frémissantes. Il sursauta brutalement, ses ailes se redressant d'elles même dans le mouvement alors qu'il se tendait d'un coup et ce fut par instinct pur qu'il se pencha sur le côté. Quelque chose siffla près de lui, son bras brûla soudain de douleur, puis son aile derrière lui et il hurla de souffrance. Il bascula sans contrôle et s'il chercha à se rattraper en se rendant compte qu'il tombait, il n'y parvint pas. Une fraction de seconde et de nouvelles douleurs explosaient dans son dos, ses ailes et sa tête, l'eau froide le submergeant. Prit de panique il s'agita pour remonter à la surface se rendant rapidement compte que ses ailes étaient coincées et le retenaient sous l'eau. Il se débattit furieusement, ses lèvres parvenant à percer un peu la surface pour lui permettre de reprendre un peu d'air, l'eau s'infiltrant pourtant aussi. Terrifié, il devina bien vite qu'il allait se noyer s'il ne sortait pas de là mais il eut beau se débattre et tenter de se tirer de là, il n'y parvint pas. Il désespérait, des points noirs dansant devant ses yeux, son esprit se brouillant, lorsqu'une tâche bleu surgit au dessus de lui, lui redonnant un peu d'espoir.

Il n'avait pas fallu une fraction de seconde aux jeunes apprentis chasseurs pour bondir à l'entente du cri de douleur de l'Aïais. Ils s'entraînaient au tir à l'arc un peu plus bas le long de la rivière et ils avaient accourus, paniqué d'avoir entendu cela. Tous chez les Omaticaya adoraient Eywani et veillaient sur lui. Il n'y avait aucun danger pour lui autour de l'Arbre Maison, ce hurlement n'avait donc rien de rassurant. Ne se posant pas la moindre question, ils avaient accourus d'un seul mouvement vers leur frère qui était encore à porté de leurs yeux de là où ils s'exerçaient. Aussi, ils avaient vu les éclaboussures d'eau marquant son point de chute entre les racines de l'arbre qu'il y avait derrière lui, puis celles produites alors qu'il semblait se débattre furieusement. Il ne remontait pourtant pas et ils accélérèrent un peu plus, comprenant qu'il devait être coincé. Et ils ne purent que constater cet état de fait en arrivant près de lui. Les ailes de l'Aïais étaient allées se loger entre les racines dans son affolement, le retenant juste sous la surface de l'eau. Saisissant l'urgence sur le champs, Ka'ani se jeta au dessus de lui, s'accroupissant au dessus de son corps en ignorant les coups de pieds que l'Aïais lui donnait sans le vouloir dans son désarroi. Il glissa une main dans sa nuque pour stabiliser sa tête et la remonter au plus près de la surface. De sa seconde main, il fit ensuite barrage au courant, la posant contre sa joue et à son grand soulagement, cela permis de dévier suffisamment l'eau pour qu'elle contourne son visage. L'être ailé toussa brusquement, peinant à respirer, le regard vague. Maru se précipita pour l'aider à dévier l'eau et permettre à leur frère d'avoir de l'air, tous analysant la scène du regard. Et ce fut avec horreur qu'ils repèrent de fines rivières carmines brillantes de paillettes rouges fuyant son corps dans le courant, une flèche Na'vi plantée dans son aile, son bras blessé.

- Qui a tiré ? gronda Atan en regardant partout autour d'eux pour trouver le fautif.

Ils le trouvèrent rapidement. Un groupe de Na'vi avançaient rapidement vers eux l'air en colère, leurs arcs à la main. Mais ce n'était pas des Omaticaya. Ils reconnurent des membres du clan Tipani. Aucune visite de leur part n'était prévue mais il n'était pas rare de recevoir des groupes d'autres clans arrivant à l'improviste. Ils ne connaissaient sûrement par l'Aïais et l'avaient peut-être pris pour un ennemi.

- Écartez vous de ce monstre les jeunes, ordonna l'un d'entre eux alors qu'ils arrivaient sur eux.

Ils sortaient déjà d'autres flèches dans le but affiché d'abattre Eywani mais ils n'en n'eurent guère l'occasion. Immédiatement, Takuk, Arvok, Atan et Saeyla firent barrage, grondant vers eux avec menace.

- Ne vous approchez par de lui ! ragea Saeyla.

- Ce démon n'a rien à faire là, les Gens du Ciel sont nos ennemis ! s'exclama l'un des adultes.

- C'est notre frère ! hurla Arvok hors de lui. Il est Omaticaya, claqua-t-il en laissant le groupe choqué.

L'attention des jeunes se focalisa de nouveau sur l'Aïais que Ka'ani tentait de rassurer mais l'être ailé n'allait visiblement pas bien, coincé, respirant mal, toussant brutalement, de plus en plus pâle et le regard flou.

- Il est complètement bloqué, constata Maru avec horreur. Vite ! Allez chercher de l'aide au village, il faut le sortir de là tout de suite ! Il est blessé. Appelez Tsahik, les guérisseurs et Olo'eyktan.

Il n'en fallut pas plus pour faire détaler Takuk et Saeyla, Atan et Arvok restant pour s'interposer férocement devant les Tipani encore consternés.

- Ça va aller, assura Ka'ani penché sur l'Aïais qui avait faiblement accroché ses mains à ses poignets. Ça va aller, répéta-t-il en se faisant aussi calme qu'il le pouvait. On va vite te sortir de là. Ne bouge plus, reste tranquille où tu te coinceras encore plus. On reste là ne t'en fais pas. Ça va aller.

Il continua à lui parler, à l'apaiser de son mieux et Eywani cessa de se débattre, semblant déjà s'épuiser. Atan, Arvok et Maru fusillaient les Tipani du regard, irradiant d'hostilité, les gardant à l'œil.

- Ka'ani, bredouilla soudain Eywani la voix rauque et basse.

- Je suis là, répondit-il. Ne t'inquiète pas, on va te dégager et te soigner. Respire doucement et reste tranquille, l'aide arrive.

- J'ai mal, murmura-t-il en serrant les dents.

Et les Omaticaya en firent autant avec lui en voyant les larmes emplir ses yeux et couler sur son visage tordu de souffrance.

- Ça va aller, répéta Ka'ani. On est avec toi. On va très vite arrêter ça c'est promis.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé ?! cria soudain quelqu'un.

Ils tournèrent le regard pour voir Tsu'tey qui courrait vers eux, entouré d'un groupe de chasseurs l'air affolés. Ils venaient de la rivière, peut-être attirés par le cri d'Eywani.

- Ils ont tiré sur Eywani, gronda Arvok en désignant les Tipani.

- Quoi ?! s'exclama Peyral.

- Comment va-t-il ? demanda Tsu'tey sautant près de l'Aïais.

- Pas bien, répondit Maru, il est blessé et il est coincé dans les racines. On est parti chercher de l'aide au village.

Les chasseurs avisèrent la flèche plantée dans son aile ainsi que les traînées de sang dans l'eau, dirigeant des regards furieux vers les Tipani n'y comprenant plus rien.

- Vous avez tiré sur l'un des nôtres ! ragea Oslin en venant pousser celui qui se tenait le plus proche de l'Aïais.

- C'est un envahisseur ! rétorqua celui-ci vexé.

- Êtes vous aveugles ! Il n'a rien à voir avec eux ! claqua Peyral. Il est Omaticaya !

- Silence ! coupa Tsu'tey penché sur Eywani dont-il analysait la position. Il faut le sortir de là, venez m'aider.

Les chasseurs de leur clan et les apprentis accoururent sur le champs et ils commencèrent à tenter de faire bouger la frêle silhouette pour dégager ses ailes. Seulement, à peine avaient-ils commencé à le déplacer que l'Aïais hurla de douleur, les figeant net. On le vit pleurer de plus belle, pâlissant davantage alors que la lumière de ses cristaux vacillait, tous sachant que c'était mauvais signe pour lui.

- Stop ! ordonna aussitôt Tsu'tey agité.

Le cri s'éteignit dans une quinte de toux brutale qui manqua d'étouffer l'Aïais. Il peina à reprendre son souffle et Tsu'tey vint prendre sa main. L'être ailé sembla se rendre compte de sa présence, bredouillant son nom et le chasseur s'empressa de tenter de le rassurer comme il pouvait. Il réfléchit rapidement, ordonnant aux deux jeunes de bouger, prenant la place de Ka'ani pour faire barrage à l'eau de sa grande main et maintenir sa tête à la surface. Il se plaça accroupi au dessus d'Eywani, faisant en sorte de se positionner correctement et on put ainsi y voir plus clair sur la manière dont-il était coincé. Ce fut là dessus qu'on vit bien du monde accourir du village, guidé par les deux jeunes. Mo'at et Galraede, ordonnèrent qu'on les laisse passer, venant immédiatement analyser l'état de leur protéger qui semblait dériver de plus en plus au fil des secondes, se mettant à trembler et à claquer des dents. Tsahik avisa la flèche, comme le guérisseur qui se tourna vers les Tipani.

- Est-elle empoisonnée ? demanda-t-il alors que tous se taisaient pour entendre la réponse.

- Oui, répondit l'un d'entre eux en agitant un peu plus les Omaticaya affolés.

- Il faut vite le sortir de là, ordonna Mo'at.

Ils tentèrent donc de nouveau, beaucoup venant aider alors que Eytukan avait fait reculer les Tipani, supervisant les opérations. Seulement une fois de plus, Eywani se mit à hurler de douleur au moindre mouvement, tendant et faisant frissonner tout le clan très inquiet. On le vit s'accrocher à Tsu'tey comme pour garder pied et trouver un soutien.

- Stop ! Il faut couper les racines ou il ne supportera pas, remarqua Galraede.

Cependant, cet arbre particulier était incroyablement dur et la chose promettait d'être très longue. Ils s'y mirent pourtant à plusieurs, personne ne parlant, tous sombres et très angoissés.

- Tsu'tey, souffla soudain l'Aïais désormais à peine conscient.

- Je suis là, assura de nouveau celui-ci.

- J'ai... froid, dit-il difficilement.

- On va te sortir de là, tiens bon, encouragea-t-il.

Eywani tremblait terriblement, tous comprenant que l'eau froide dans laquelle il était n'aidait certainement pas. Ses cristaux étaient maintenant presque éteint, son teint translucide, sa respiration faible et il ne fallut plus que quelques secondes pour qu'il perde connaissance, se faisant mou et inerte, affolant son ami. Tsu'tey allait se redresser pour enjoindre les autres à aller plus vite et appeler Tsahik lorsqu'une imposante masse surgit de la forêt, faisant sursauter tout le monde. C'était un imposant Palulukan mais ils eurent à peine le temps de le comprendre que l'animal bondissait vers l'Aïais. On se jeta précipitamment hors de sa route et dans un réflexe, Tsu'tey se pencha au dessus d'Eywani, faisant barrage de son corps, prêt à le protéger de sa vie. Seulement le prédateur ne les attaqua pas. Férocement, il se jeta sur les racines qui emprisonnaient l'être ailé, les déchiquetant de ses griffes et de sa puissante mâchoire. Tsu'tey ne bougea pas, surpris de ne sentir venir aucune douleur, entendant pourtant le bois être déchiré en tout sens autour de lui. Et ce fut avec surprise que tous autour regardèrent ce spectacle, les Tipani en particulier alors que les Omaticaya comprenaient vite et avec soulagement que leur Mère veillait toujours étroitement sur l'Aïais. Il ne fallut qu'un court moment au puissant animal pour dégager Eywani sans jamais le blesser. Cela fait, il se redressa, dirigeant un regard menaçant vers les Tipani, grondant sur eux. Tsu'tey se redressa à son tour, sortant rapidement de son choc.

- Venez m'aider ! s'exclama-t-il.

On accourut alors qu'il commençait à prendre l'Aïais dans ses bras. Tsahik prit les choses en mains, ordonnant que l'on prenne très délicatement les ailes noires. On sortit l'inconscient de l'eau puis Mo'at commanda de l'amener dans l'antre des guérisseurs sans le bousculer, les soigneurs et de nombreux inquiets suivant le mouvement pour rentrer à l'Arbre Maison. Le Palulukan grogna une fois encore vers les Tipani puis il fit demi tour, disparaissant dans la forêt. Eytukan se tourna vers le groupe de visiteurs, froid et furieux, leur ordonnant de le suivre. Ils s'exécutèrent sans protester bien que toujours perdus et ils durent subir la colère de l'Olo'eyktan avant de pouvoir obtenir des explications sur celui qu'ils avaient attaqué. Ils furent plus que surpris et choqués en apprenant qui était cet être étrange, reconnaissant leur erreur l'air piteux. Eytukan les laissa sous la surveillance de quelques guerriers avant de se diriger vers l'endroit où l'on soignait leur protéger. Il avait été installé dans le tronc comme lors de son arrivée et il y avait bien du monde autour de la pièce de soin, beaucoup chantant pour demander à Eywa de préserver l'Aïais. Il entra, trouvant Eywani entouré de Galraede, Mo'at, Tsu'tey, Ara'at, Neytiri, Sylwanin et plusieurs guérisseurs. Ara'at était allongée face à lui et le tenait dans ses bras contre elle, caressant ses cheveux encore humides. L'Aïais tremblait, sa peau couverte de sueur, ses ailes étalées derrière lui agitées de soubresauts.

- Comment va-t-il ? demanda-t-il gravement.

- Il nous inquiète, répondit Mo'at sombre. Il s'est blessé légèrement à la tête et au dos en tombant, son bras est entaillé à cause de la flèche mais ce sont ses ailes qui ont pris le plus de dommages. La flèche a traversé et il y a plusieurs autres entailles. Certainement quand il s'est encastré dans les racines.

- Survivra-t-il au poison ? questionna-t-il alors.

- Je l'espère. Les Gens du Ciel ou un Na'vi seraient déjà morts depuis le temps, remarqua-t-elle. Lui non alors peut-être qu'il peut s'en sortir mais il a beaucoup de fièvre et rien n'est sûr. Nous venons de terminer de le soigner et nous lui avons donné tout les remèdes qui pourraient l'aider. Il faut attendre maintenant.

Un silence lourd tomba, tous observant Eywani et le discret mouvement de sa respiration. Tsu'tey demanda finalement pourquoi les Tipani lui avaient tiré dessus et Eytukan expliqua qu'ils l'avaient pris pour l'un de ceux qui viennent du ciel. Tous s'en insurgèrent. Au delà du fait qu'ils ne pouvaient probablement pas voir ses ailes de là où ils avaient attaqué, ils auraient dû voir ses particularités physiques, noter qu'il respirait leur air, qu'il était habillé comme eux et aussi près de l'Arbre Maison, ils auraient dû comprendre qu'ils étaient là parce que le clan le voulait. Ils avaient vraisemblablement agi avec grande impulsivité à sa vue.

Une longue attente commença pour la tribu. On chantait presque constamment pour prier Eywa de sauver leur frère d'adoption. Il y avait toujours beaucoup de monde autour de la salle de soin pour veiller et soutenir Eywani. Une fois encore, de nombreux Atokirina s'étaient assemblés autour de l'Aïais, le couvrant et planant autour de lui. La journée se termina sans que rien n'évolue, Eywani entouré de soins restant désespérément inconscient, sa fièvre persistant. Ce soir là au repas, les Tipani ne furent clairement pas les bienvenus même si on les laissa manger et ils comprirent d'autant plus l'importance de la créature étrange en constatant l'amour que tous ici lui portaient. Ils étaient venus de la part de leur clan pour s'enquérir de la situation entre les envahisseurs et les Omaticaya et offrir leur aide si besoin. Mais ils risquaient de se retrouver avec un conflit entre tribu part leur bêtise, l'Olo'eyktan ayant été très clair là dessus si par malheur le protéger d'Eywa venait à mourir.

Le jour suivant ne vit pas plus de changement et on lutta pour faire boire un minimum Eywani n'ouvrant toujours pas les yeux. Lorsqu'ils tentaient de le réveiller un peu pour lui donner de l'eau, on voyait l'Aïais grimacer de douleur, gémissant, les larmes coulant de ses yeux leur brisant le cœur. Il en fut ainsi pendant quatre jours de tension infernale pour le clan qui voyait leur frère s'affaiblir de plus en plus. Aussi, ce fut avec joie que l'on constata que sa fièvre tombait finalement au cinquième jour. Il en fallut deux pour qu'elle parte totalement, laissant l'Aïais dans un état de faiblesse inquiétant. Mais il semblait néanmoins avoir survécu à la neurotoxine, écartant un problème. Ce fut le lendemain qu'on le vit donner des signes d'éveil dans la matinée. Tsahik était alors avec lui, comme Galraede, Ara'at, Tsu'tey, Neytiri et Sylwanin qui l'entourèrent sur le champs. Le guérisseur fut celui qu'on laissa être près de lui et il fallut un très long moment pour qu'il parvienne à s'éveiller et à ouvrir les yeux. Un gémissement de souffrance passa ses lèvres alors que son visage se tendait, ses yeux s'embrumant de larmes.

- Eywani ? appela le guérisseur en caressant sa tête avec douceur. Est-ce que tu m'entends ?

- Gal... raede, bredouilla-t-il.

- Je suis là, assura-t-il. Essaye de rester calme et de ne pas bouger. Cela fait plusieurs jours que tu es inconscient et tu es encore très faible.

- J'ai... mal, murmura-t-il en les tendant.

- Où ? demanda-t-il.

- Mes ailes.

- Tu as pris une flèche et plusieurs blessures en tombant. Nous t'avons soigné et tes blessures sont propres. Elles ne sont pas graves mais avec la sensibilité de tes ailes, ça va peut-être être encore douloureux un moment je suis désolé, dit-il en caressant ses cheveux. Est-ce que tu as mal autre part ?

- Non.

- Est-ce que tu te sens capable d'avaler une infusion médicinale ? On va essayer de soulager la douleur.

L'Aïais acquiesça faiblement et Ara'at alla préparer la boisson anti douleur, son compagnon continuant à cajoler Eywani qui semblait ne pas avoir l'énergie pour se concentrer sur autre chose que le guérisseur. Lorsque Mo'at vint passer une main légère sur ses ailes, il ne parût pas s'en apercevoir mais il se détendit un peu.

- Merci, souffla-t-il.

- Est-ce que ça te fait du bien que l'on touche tes ailes ? demanda Galraede.

- Hum, approuva-t-il. Merci, répéta-t-il l'air vaseux.

Aussitôt, les deux filles rejoignirent leur mère pour prodiguer d'autres caresses aux plumes noires et cela sembla aider un peu. L'infusion fut finalement prête, à bonne température et Galraede en prévint son protéger, lui expliquant qu'il allait le redresser un peu pour qu'il puisse boire. Il s'exécuta ensuite mais le mouvement tira un cri de douleur à l'Aïais, les faisant sursauter. Il se tendit et s'accrocha à son mentor dont les bras l'entouraient, celui-ci se figeant dans son mouvement. Ce n'était vraiment pas normal. Il connaissait désormais bien les spécificités de son protéger avec qui il en avait beaucoup discuté justement en vu de soins si cela était nécessaire. Le poison évacué, les blessures soignées, il n'aurait pas dû souffrir autant, d'autant plus que Eywani ne se laisserait pas aller à crier ainsi pour rien. Il était clairement résistant à la douleur, tous le savaient. La blessure de la flèche était propre et guérissait tranquillement, comme les autres, aucune n'étant grave. Il se souvenait que malgré ses blessures par balle qu'il avait eu à son arrivée, plus graves que celles-ci, il n'avait pas souffert ainsi. Il ne comprenait donc pas.

- J'ai mal, pleura l'Aïais contre lui.

- Je suis désolé Eywani, répondit-il en serrant les dents.

Il ne le redressa pas davantage, l'installant un peu mieux très lentement avec l'aide de Mo'at près de lui. L'être ailé gémit, serrant les dents, tous très inquiets et tristes pour lui. On le laissa respirer un peu avant de lui présenter l'infusion qu'il eut beaucoup de mal à boire. On reprit ensuite les caresses sur ses ailes, tentant de lui procurer autant d'apaisement et de réconfort que possible. Le remède n'eut pourtant pas l'air de l'aider à leur plus grande angoisse. Le cri de douleur avait alerté les autres et l'on vint aux nouvelles. Mo'at répondit et rapidement la nouvelle de son réveil parcourait le village comme celui de son état inquiétant. On réinstalla très lentement Eywani, l'allongeant sur son côté aussi confortablement que possible.

- Est-ce que ça va mieux ? demanda Mo'at après un moment.

- Non, soupira-t-il avec faiblesse. Mes ailes font mal, répéta-t-il. Je n'arrive pas à les bouger.

Tous échangèrent des regards graves, craignant qu'il y ait plus de dégâts que prévu. Les blessures n'en n'étaient probablement pas la cause mais la neurotoxine elle avait pu causer des dommages invisibles et imprévisibles étant donné qu'ils n'avaient aucun recul là dessus. Ils se concentrèrent sur Eywani, tentant de le soulager de leur mieux jusqu'à ce qu'il se rendorme. Ce fut avec angoisse que l'on ne put que constater que la douleur ne daignait pas s'en aller. Pendant trois jours, ils ne purent que regarder l'Aïais souffrir à cause de ses ailes qu'il n'arrivait toujours pas à bouger. La bonne nouvelle avait été de le voir boire et manger un peu mais il restait désespérément cloué sur sa couche, chaque mouvement terriblement douloureux pour lui. Beaucoup lui rendaient visite, tentant de l'aider de leur mieux et de le soutenir. Il n'était jamais seul. On avait vu toujours plus d'Atokirina affluer vers lui jusqu'à ce que l'espace autour de lui en soit totalement saturé, personne n'ayant jamais vu une telle chose. Et ce ne fut pas la seule qui se produisit.

Un matin, un énorme Palulukan entra calmement dans le village, le dos couvert de graines de l'arbre sacré. Il avança prudemment, sans menace aucune, se frayant pourtant fermement un chemin à travers le village, grondant sur ceux qui faisaient mine d'attraper leurs arcs. Si tous se tendirent devant cela, on s'écarta pour le laisser passer, certains croyant reconnaître l'animal venu libérer l'Aïais. Les Tipani furent ahuris d'assister à cela comme ils avaient assisté au reste autour de cette étrange créature. On laissa l'animal passer, le suivant à distance pour le voir monter directement vers Eywani. Il entra bientôt dans l'espace de soin, surprenant ceux qui veillaient l'Aïais éveillé. Tsu'tey qui était à son chevet se tendit, repérant les atokirina sur le prédateur et l'attitude calme de celui-ci.

- Écartez vous, commanda Mo'at calmement.

On s'exécuta même si Tsu'tey fut un peu réticent et le Palulukan s'avança près la petite et fragile créature. Il vint l'effleurer du bout du museau et l'on vit les cristaux de l'être ailé briller un peu à son contact. Le prédateur, s'allongea délicatement près d'Eywani qui leva une main faiblarde pour la poser sur lui. Malgré l'océan de douleur dans lequel il était plongé depuis plusieurs jours, l'Aïais sentit la présence d'Eywa s'infiltrer en lui via l'animal et sa concentration défaillante eu bien du mal à comprendre ce qu'elle voulait lui dire. Il ferma les yeux et se focalisa sur le palulukan qui se mettait à le câliner du bout du nez. Il mit un moment mais il saisit finalement. La puissance d'Eywa entourait ses ailes avec une attention de soin. Elle voulait le soigner et il savait bien que c'était là sa seule chance de faire partir la douleur, de pouvoir de nouveau bouger et de se remettre. On lui avait expliqué ce qu'il s'était passé et il était d'accord avec l'hypothèse disant que la neurotoxine avait endommagé les nerfs de ses ailes déjà abîmées. Rien ne pouvait soigner ça, même sa magie. Les ailes des Aïais étaient à la fois leur plus grande force et leur plus grande faiblesse. Il savait donc qu'il n'avait pas d'autre choix s'il voulait vivre, son état actuel ne pouvant que décliner et il le savait.

Seulement, Eywa lui disait aussi qu'il devrait accepter une légère transformation pour qu'elle puisse le sauver et cela lui posait un dilemme. Cela faisait un moment qu'elle lui proposait de faire de lui un Na'vi mais il s'y refusait, ne voulant pas renoncer aux Aïais, ne voulant pas les abandonner, les trahir. Il ne pouvait donc accepter. Cependant, il savait aussi que se laisser mourir blesserait encore plus la mémoire des siens. Ils avaient tout donné pour lui, jusqu'à leurs vies et il ne pouvait bafouer cela. Il sentit Eywa insister dans son esprit, douce mais ferme, rassurante aussi, murmurant qu'elle ne changerait pas sa nature profonde s'il ne le voulait pas, lui transmettant son désir de le soulager. Il finit donc par céder, acceptant d'une pensée. Autour de lui, tous virent alors le palulukan bouger précautionneusement pour se coucher entièrement sur son côté et coller le haut de son dos au corps de l'Aïais. Leur frère remua ensuite à son tour passant lourdement une jambe et un bras sur lui, s'accrochant de ses maigres forces. Le prédateur roula ensuite dans une vive impulsion, se redressant et Eywani se retrouva allongé sur son dos. Le mouvement lui tira un hurlement de douleur puissant, ses ailes agitées dans le processus. Tous voulurent se porter vers lui mais un grognement du prédateur les dissuada. L'être ailé ne semblait plus très conscient, tremblant et gémissant de douleur. Il s'accrochait pourtant de toutes ses forces à l'animal, ses ailes posées derrière lui couvrant le dos puissant. Après un moment, le palulukan se releva lentement et souplement, se mettant en route en écartant les Na'vi de son passage de petits grondements.

On le suivit pourtant, tous se demandant ce qu'il se passait et où le prédateur emmenait leur frère mal en point. Mo'at expliqua que Eywa était à l'œuvre, le duo vite entouré d'Atokirina et tous observèrent, espérant que leur Mère pourrait l'aider. Une bonne partie du village suivit l'animal qui s'engouffra dans la forêt, les Tipani venant aussi pour voir ce qui allait se passer. Rares étaient ceux pouvant se vanter de monter un palulukan mais cette situation là était encore plus incroyable. Très vite, on comprit ce qui allait se passer. Pour la deuxième fois, Eywa guidait l'Aïais vers Ramunong, l'Arbre des Âmes. On suivit le duo longtemps. Eywani était accroché fermement à sa monture, respirant mal et tremblant, certainement à cause de la douleur de ses ailes. Il était affalé sur le palulukan, à peine conscient et l'animal veillait de toute évidence à ne pas le secouer.

Il fallut bien du temps pour faire le chemin, les atokirina venant couvrir l'Aïais et l'entourer. Rien ne vint déranger leur marche qui se fit dans le calme absolu. Ils arrivèrent finalement et ce fut d'un peu plus loin qu'ils suivirent le prédateur descendant près de l'arbre sacré. Sur l'ordre de Mo'at, ils s'arrêtèrent un peu à l'écart. Le palulukan alla au pied du tronc, émettant une sorte de légère plainte en levant la tête vers les branches. Ce fut avec émerveillement que les Na'vi virent les branches s'animer pour venir se poser avec délicatesses sur la frêle silhouette de l'être ailé, s'illuminant doucement. Peu à peu, on vit les cristaux de l'Aïais briller en réponse, avec de plus en plus de force. La scène s'immobilisa quelques minutes au bout desquelles le palulukan se coucha lentement au sol, roulant une fois de plus avec précaution pour déposer sa charge contre le tronc de l'arbre sacré. Tous serrèrent les dents en entendant Eywani crier une fois de plus de douleur lorsque ses ailes bougèrent. Les branches semblèrent pourtant le rattraper et accompagner son mouvement pour l'installer doucement contre le tronc. Le prédateur recula ensuite respectueusement pour aller s'allonger un peu plus loin et veiller, toute son attention focalisée sur l'Aïais. Progressivement, on vit de très fines radicelles lumineuses venir le recouvrir jusqu'à l'enfermer dans un cocon, le cachant presque totalement. Puis tout se figea et l'attente commença.

- Mère ? Que se passe-t-il ? demanda Neytiri illustrant la pensée générale.

- Je ne saurais le dire précisément ma fille, répondit Mo'at, mais je crois que Eywa tente de l'aider.

- Pourquoi fait-elle cela pour cet étranger ? demanda l'un des Tipani confus.

- Beyda'amo, soupira-t-elle, nous te l'avons déjà expliqué. Il n'est pas un étranger pour Eywa. Il est le dernier fils de la défunte sœur de notre Mère, la Mère des Aïais, le peuple d'Eywani, Gaïa. Eywa l'a adopté comme son propre enfant désormais. Elle sait mieux que personne ce qu'il a vécu et elle sait ce que son peuple et leur Mère ont enduré comme supplice avant de mourir de la main de Ceux qui Viennent du Ciel. Eywani est né bien avant qu'ils ne viennent nous envahir, dit-elle en stupéfiant les Tipani, bien avant qu'ils ne découvrent notre monde. Sa sagesse est immense comme sa relation avec tout ce qui est. Que nous en soyons conscient ou non, il était notre cousin par delà le ciel et nous sommes désormais la seule famille qu'il a. Il a perdu sa Mère dans d'atroces conditions, Eywa s'est faîte Mère pour lui et elle tente de soigner son âme meurtrie. Eywani dit que Gaïa voyait l'avenir et qu'elle savait ce qui arriverait, qu'elle l'a nommé d'après Eywa afin qu'il sache qu'il trouverait la protection dont-il a besoin lorsqu'il serait ici.

- Eywa n'agit jamais pour un seul, répondit un autre Tipani nommé Naalot, elle ne veille qu'à l'équilibre naturel des choses.

- Les raisons d'Eywa lui appartiennent, répondit Tsahik. Mais elle veille sur Eywani avec la plus grande attention, lui parle, l'a conduit vers nous pour nous le confier et nous demander de veiller sur lui. Et en échange, sans même s'en apercevoir, Eywani nous offre une sagesse et des enseignements précieux. Il est assurément capable de nous apporter bien plus que nous ne pourrions jamais l'imaginer. Pourtant, cela n'est rien. Il n'a guère besoin de nous offrir quoi que ce soit pour que nous l'appelions frère et que nous prenions soin de lui. Il est un trésor. Un être doux, délicat et sage qui a grand besoin que l'on soigne son âme. Vous détestez les Gens du Ciel comme bien des Na'vi, dit-elle en se tournant vers eux, seulement, n'oubliez jamais que Eywani a plus de raisons que n'importe lequel d'entre nous de les haïr. Il est leur plus grande victime jusqu'ici, il est celui qui sait ce dont-ils sont capables, il est celui qui a tout perdu à cause d'eux. Sa Mère, son peuple, son monde, ses ailes, sa liberté... Alors n'oubliez pas. Il n'est pas l'un d'entre eux, il est l'un d'entre nous. Il n'est pas notre ennemi, il est notre frère. Un frère déjà terriblement torturé et mutilé par Ceux qui Viennent du Ciel.

Un silence lourd tomba après ce discours, les Tipani réfléchissant en regardant ce qu'il se déroulait sous leurs yeux. Il fallut attendre bien après la tombée de la nuit et l'éveil des lumières de la nature pour que les choses bougent. Le palulukan se releva, fixant toujours l'Aïais. Tous se concentrèrent d'ailleurs sur lui et l'on vit les fines racines s'écarter lentement, de manière presque imperceptible. Voyant cela, Mo'at s'avança, faisant signe aux autres de rester là. Le prédateur la regarda et elle le salua respectueusement, prudente. L'animal lui rendit d'une inclinaison de tête élégante avant se tourner le regard vers Eywani, l'ignorant. Elle continua donc jusqu'à rejoindre son protéger lentement libéré de l'étreinte d'Eywa. Il ne l'était pas encore totalement que déjà, le changement lui sautait aux yeux. Eywani semblait endormis, paisible comme il ne l'avait pas été depuis l'incident. Il avait l'air d'aller bien mieux, le teint plus sain, ses cristaux scintillant de mille feux. La première chose qu'elle nota fut les motifs de sa peau ne se révélant que dans les reflets de lumière. Ils étaient quasiment identiques à ceux des Na'vi, se teintant pourtant d'un vert forêt irisé magnifique. La deuxième était la présence d'une discrète bioluminescence semblable à leur propre lumière, la faisant sourire. C'était comme si Eywa avait voulu lui donner des traits Na'vi et cela lui faisait plaisir. Elle se demanda aussitôt si une transformation totale serait possible, si un jour, Eywani pourrait être totalement Na'vi. Cela lui permettrait de bien mieux évoluer dans leur monde, d'avoir la possibilité de fonder une famille, de faire tout ce qu'il voulait ici et d'être protégé des yeux des Gens du Ciel.

Elle pensait à cela lorsque les ailes de l'Aïais furent totalement découvertes, leur vue la laissant sans voix. Ses ailes étaient... sublimes, semblant totalement comme neuves, guéries entièrement. Même leur forme semblait être redevenue correcte. Les plumes noires aux reflets émeraudes brillaient, lustrées. Là où jadis il manquait des plumes arrachées par ses tortionnaires, de nouvelles avaient pris place, teintées des nuances de bleu des Na'vi. C'était splendide. Elle passa une main légère sur les appendices, sentant une énergie vive et chaude lui chatouiller les doigts avec joie, la faisant sourire largement alors qu'elle comprenait que les blessures d'Eywani n'étaient plus. Celle du présent mais aussi celle de son passé sur Terre. Il pourrait probablement voler de nouveau et cette réalisation emplis son cœur de bonheur pour lui alors qu'elle adressait toute sa reconnaissance à leur Mère pour ce miracle.

- Comment va-t-il ? demanda Eytukan.

- Il va bien, répondit-elle en les soulageant tous. Il dort paisiblement.

- Ses blessures ? demanda Tsu'tey inquiet.

- Guéries, annonça-t-elle en faisant jaillir quelques exclamations de joie. Elles sont totalement guéries, ajouta-t-elle en les laissant perplexe. Eywa les a complètement soigné, même ses blessures d'autrefois. Elles ne lui causeront plus de souffrance et je pense que bientôt, il volera de nouveau.

Il y eut un instant de silence le temps que tous comprennent puis les cris de joies fusèrent en tout sens. Souriante, Mo'at voulut prendre l'Aïas dans ses bras, celui-ci n'étant visiblement pas prêt de se réveiller, mais le palulukan gronda doucement, s'avançant. Elle comprit alors, acquiesçant d'un signe de tête. Le prédateur se coucha près d'elle et elle transporta l'Aïas paisible et détendu pour le déposer sur son dos. Pour la première fois, on vit les grandes ailes noires se replier d'elles même dans son dos au dessus de lui, se posant délicatement sur sa silhouette sans tomber. Leur position semblait alors bien plus naturelle et normale. Le palulukan se détourna ensuite, retournant vers les Omaticaya avec sa charge, la tribu venant l'entourer pour voir Eywani, effleurer ses ailes du bout des doigts pour lui transmettre leur affection et leur joie pour lui, constatant sa légère transformation avec émerveillement. Ce fut dans le bonheur et les chants de remerciement pour Eywa qu'ils rentrèrent à l'Arbre Maison, l'Aïais toujours endormi. Le palulukan gagna de lui même la couche de mousse où il dormait et ce fut avec habilité qu'il déposa son cavalier sans aide aucune. Cette fois pourtant, il ne fit pas mine de partir, s'allongeant près de lui, comme décidé à dormir là et tous eurent comme le pressentiment qu'il ne s'en irait pas de si tôt. Plusieurs restèrent non loin, restant veiller sur l'Aïais pour s'assurer que tout irait bien pour lui désormais.

Ce fut quelques heures plus tard, après le levé du soleil, alors que tout le village s'était déjà levé, que l'on vit Eywani s'éveiller. Dans son sommeil, il s'était blotti contre le palulukan et caché dans ses ailes, disparaissant presque totalement. On vit d'abord l'animal remuer, relevant la tête pour aller effleurer les plumes de son museau. Les ailes s'écartèrent alors doucement, révélant la forme ensommeillée d'Eywani qui baillait largement, bougeant pour se tourner sous les regards des chasseurs l'entourant à ce moment là. S'appuyant sur ses bras, il s'assit tranquillement, ses ailes suivant naturellement le mouvement et ce fut cela qui termina de réveiller l'Aïais dans un sursaut. Il ouvrit grand les yeux, tournant la tête frénétiquement pour regarder ses ailes l'une après l'autre, la stupeur s'imprimant sur son visage à leur vue. Personne n'intervint, tous souriant en observant sa découverte de cette extraordinaire guérison. L'Aïais étendit lentement ses ailes, les ouvrant dans toute leur envergure et les Na'vi s'en trouvèrent émerveillés. Eywani était vraiment un être magnifique et très impressionnant ainsi. On le vit d'ailleurs sourire comme jamais alors qu'il remuait ses ailes en tout sens, ses yeux s'emplissant de larmes de joie pour se mettre à couler sur ses joues, tous comprenant aisément son bonheur.

Il en fut ainsi plusieurs minutes avant que Eywani ne se tourne vers le palulukan qui venait sentir ses plumes. L'Aïais se tourna vers lui, ses ailes se repliant dans son dos. Le prédateur bougea pour lui faire face et il eut une étrange inclinaison de tête vers lui. Ce geste provoqua une émotion certaine chez l'Aïais sans que les Na'vi ne comprennent pourquoi ses larmes revenaient. Il sourit avec douceur et se pencha vers le palulukan pour poser son front contre le sien, l'une de ses mains venant caresser sa tête. Ils restèrent ainsi, Eywani fermant les yeux et se détendant totalement :

- Cela fait déjà trois fois que tu me sauves, remarqua l'Aïais. Tu m'as d'abord mené à Eywa et aux Omaticaya, puis tu es venu me sortir de l'eau et maintenant encore tu m'as sauvé, dit-il alors que tous comprenait qu'il s'agissait du même palulukan que les autres fois. Merci, merci mon ami.

L'animal lui répondit d'un petit grondement doux, bougeant pour se frotter un peu plus à lui. Eywani rit un peu, le cajolant bien volontiers. Il regarda finalement autour de lui, souriant aux Na'vi qui l'observaient patiemment, les saluant. Ils lui rendirent, s'autorisant à s'approcher davantage maintenant.

- Comment te sens tu ? demanda Tsu'tey.

- Très bien, répondit-il. Vraiment très bien. Eywa m'a soigné.

- Nous avons assisté à cela, remarqua Peyral. Tout le monde est très heureux pour toi.

- Veux-tu venir manger quelque chose ? demanda Oslin.

- Je meurt de faim, répondit-il en les amusant.

Il se leva alors, le palulukan le suivant de près et ce fut en compagnie des chasseurs qu'il descendit pour aller manger un peu. La différence était flagrante. Dans son dos, ses ailes étaient soigneusement repliée, ne touchant plus le sol. Son équilibre était bien meilleur, son pas encore plus léger et fluide alors qu'il avançait plus vite. Il était d'une élégance à couper le souffle, d'une grâce certaine. Ils croisèrent beaucoup de monde, tous venant voir Eywani avec joie, prenant de ses nouvelles, s'assurant qu'il allait bien. Il fallut donc un peu de temps pour atteindre la nourriture et alors qu'il mangeait, il était évident que l'Aïais était concentré sur autre chose, sur ses ailes qu'il remuait en tout sens, testant leurs mouvements. On le laissa faire sans l'importuner, tous comprenant ce que cela pouvait représenter pour lui. Il laissa d'ailleurs sa nourriture après un moment, se relevant souplement. Il partit en courant, les surprenant alors qu'ils bondissaient pour le suivre. Eywani grimpa très vite dans l'Arbre Maison, ne répondant à aucun de ceux qui l'interpellait comme s'il ne les entendait même pas. Cela poussa d'ailleurs bien du monde à le suivre, inquiets pour lui. Très vite, l'Aïais monta très haut, jusqu'aux branches où les Ikran venaient se poser ou prendre leur envol. Dés qu'il y eut une ouverture dans les branchages donnant vers le ciel, on le vit fuser vers elle, ouvrir ses ailes et ce fut juste avant qu'il ne saute dans le vide qu'ils comprirent.

Ils retinrent leur souffle alors que leur frère chutait. Puis ses ailes s'ouvrirent de toute leur envergure, l'air les prit et il se mit à planer habillement. Elles bâtirent puissamment et il s'éleva avec force. Eywani volait. Il volait de nouveau et tous sourirent à cette vision, les Ikran Makto appelant leurs montures avec enthousiasme pour aller avec lui alors qu'il s'éloignait très vite pour monter vers les nuages. Rapidement, une nuée quittait l'Arbre Maison, beaucoup d'Omaticaya venant voir ça. Un cri de joie pure se fit entendre alors qu'Eywani descendait en piquet et ils sourirent, sa joie se communiquant à eux. Il rouvrit ses ailes juste avant de toucher les arbres, freinant sec pour remonter en une vrille impressionnante. Ce fut un véritable spectacle de regarder l'Aïais voler. Il était prodigieux dans les airs, effectuant d'impressionnantes figures, extrêmement rapide et fort, précis et agile. Régulièrement, on entendait ses cris de joie et ses rires, son sourire éclatant lorsqu'il était assez près pour qu'ils puissent le voir. Rapidement, il s'était volontiers joint au Ikran Makto pour jouer dans les airs, euphorique. Le regarder voler ainsi, avec tant d'aisance et de plaisir ne leur démontrait qu'un peu plus à quel point il était fait pour ça, à quel point cela avait dû lui manquer. Jamais on ne l'avait vu si heureux et tous furent ravis et soulagés de le voir ainsi, admirant le spectacle.

L'Aïais vola des heures durant, jusqu'à ne plus en pouvoir et ce fut d'épuisement qu'il vint se poser dans l'Arbre Maison, tremblant de fatigue mais radieux, le souffle court, la peau couverte de sueur mais les yeux pétillants comme jamais. On l'avait accueilli avec joie, le félicitant pour ses prodiges dans les airs, partageant sa joie débordante. Ce soir là au repas, on ne parlait que du spectacle qu'il avait offert alors que l'Aïais mangeait installé contre le flanc de son palulukan allongé derrière lui et qui semblait prendre plaisir à balader son bout du nez dans les plumes noires, amusant Eywani. Ce fut aussi l'occasion pour les Tipani de venir s'excuser pour ce qu'il s'était passé, le silence se faisant dans l'attente de la réponse de l'être ailé. Et ses agresseurs avaient été les premiers surpris lorsqu'il leur avait souris avec douceur, acceptant leurs excuses, disant qu'il ne leur en voulait pas, qu'il comprenait leur réaction même s'il les pria d'être plus réfléchi à l'avenir. Les Omaticaya avaient souris, peu surpris par cette douceur et cette gentillesse de sa part. Les Tipani l'avaient remercié et l'incident avait été clos avec cela.

Dans les jours qui suivirent on vit le Palulukan nouvellement nommé Aethei par Eywani, le suivre partout, le fait qu'il l'ait choisi comme cavalier ne faisant de doute pour personne malgré la surprise de cette situation. Il n'eut pourtant pas l'occasion de passer beaucoup de temps avec son partenaire. L'Aïais passait tout son temps à voler, à enchaîner les acrobaties dans les airs, à aller jouer dans les nuages ou les branches et tous étaient ravis de le voir si heureux. Il ne rentrait qu'une fois à bout de force, comme s'il voulait rester vivre dans le ciel, comme s'il voulait rattraper des années cloué au sol. Et tous comprenaient qu'il en avait besoin. Lorsqu'ils le pouvaient, les Ikran Makto allaient avec lui et même les Tipani allaient voler avec lui et leurs montures. Eywani avait demandé à aller dans les Ayram Alusing, les montagnes volantes et on l'avait accompagné avec joie.

Là bas, Tsu'tey et les autres avaient assisté à un spectacle inédit. Eywani était d'abord allé s'amuser un peu partout puis on avait vu un Ikran venir à sa rencontre pour voler et jouer avec lui. De un, ils étaient passés à toute une nuée venant s'amuser avec l'Aïais, ne se montrant d'aucune menace bien au contraire. Mais le plus incroyable n'avait pas été là, non. Le plus incroyable avait été de voir un Toruk débarquer brusquement, effrayant les Ikran s'enfuyant. Tous avaient hurlé après Eywani pour qu'il s'enfuit, craignant pour lui seulement, leur frère était allé directement vers Toruk, radieux et il avait volé avec lui, stupéfiant ceux qui observaient. Le roi de leur ciel n'avait pas cherché à l'attaquer une seule fois, loin de là. Il avait volé avec l'être minuscule à ses côtés, il avait joué avec lui, enchaînant les figures, aussi enthousiaste qu'Eywani qui riait de sa voix cristalline. Les autres avaient observé ce spectacle ahurissant, totalement stupéfait alors qu'à la fin, Tokuk avait laissé Eywani se poser sur son dos, planant avec lui comme pour le laisser se reposer un peu.

Le récit de cette séance de vol dans les montagnes fit parler de lui des jours durant au village, tous y voyant là la bénédiction d'Eywa sur lui. Les Tipani qui y avaient assisté étaient désormais totalement convaincu. Et s'il n'y avait pas de lien entre lui et Toruk, cela n'avait empêché personne de l'appeler Toruk Makto, le respect des Na'vi pour lui montant un peu plus. Cela ne fit d'ailleurs que se vérifier lorsque l'on revit Toruk venir voler avec lui et l'accepter sur son dos. Il s'agissait visiblement à chaque fois du même animal. Il arborait les couleurs de son espèce dans des teintes sombres, ses abondantes rayures noires formant un motif caractéristique. Les Ikran et toutes les créatures du ciel venaient d'ailleurs s'amuser avec lui et cela ravissait l'être ailé.

Après quelques jours et sa frénésie de vol calmée, Eywani avait entrepris autre chose. Ses ailes guéries, il avait retrouvé toute son aisance de mouvement et il s'était avéré aussi agile qu'un Na'vi. Il avait donc fait une chose dont-il rêvait depuis longtemps : accompagner les autres en forêt. On l'emmena d'ailleurs avec joie, lui faisant découvrir ce qui lui avait été inaccessible jusque là. Il y allait avec les Na'vi ou sur le dos d'Aethei lorsqu'il voulait juste se promener pour le plaisir. Les jours se remirent à couler tranquillement, tous très heureux pour leur frère qui semblait aller beaucoup mieux.

Seulement, cela changea bien trop vite. Sans que personne ne put comprendre pourquoi, la joie d'Eywani chuta brusquement après quelques semaines et il se mit à déprimer sévèrement. Il ne se plaignait jamais à personne mais cela se voyait tellement dans son attitude, dans son comportement, dans ce qu'il dégageait. Il continuait à contribuer à la vie de la tribu, à apprendre mais pour le reste, il se mit à décliner. Ce fut d'abord sa bonne humeur qui s'envola, son air sombre revenant en force. Son sourire s'effaça, il s'isola de nouveau dans les recoins de l'Arbre Maison, ses paroles se faisant de plus en plus rares, son appétit diminuant. Il inquiéta tout le monde lorsqu'il sembla se retrouver dans un état moral pire qu'avant sa guérison. Il avait vite cessé de jouer dans les airs, partant voler seul pour simplement planer très haut dans les nuages, ses séances de vol se faisant de plus en plus espacées. Ses cauchemars s'accentuèrent et même son Palulukan semblait très angoissé pour lui, agité à ses côtés. Il le collait de près, le câlinant autant qu'il pouvait, le couvant littéralement mais cela ne semblait pas aider. Personne n'arrivait à comprendre ce qu'il lui arrivait et il refusait de se confier à qui que ce soit.

Un jour, on vit Grace Augustine demander à parler à Tsahik et Olo'eyktan. L'entrevue lui fut accorder et elle vint leur demander de la laisser revenir au village avec son équipe. Les arguments avaient été multiples mais le principal avait été de dire que leur refus de les laisser venir était un signe de leur mauvaise volonté dans le maintient de la paix. C'était en tout cas un prétexte pour ceux qui ne voulaient pas s'entendre avec eux. Elle les implorait donc de les laisser revenir pour ne pas envenimer les choses et pour qu'elle puisse continuer son travail. Si le couple avait décidé de ne rien dire à Eywani là dessus, celui-ci l'avait su on ne savait comment. Il était allé voir Eytukan pour lui dire qu'il ne devait pas prendre de risque pour son petit confort et laisser les Marcheurs de Rêves revenir si c'était nécessaire. Il expliqua que cela ne le dérangeait pas, qu'il pouvait sentir leur présence de loin et donc les éviter facilement. Après maintes discussions, décision avait finalement été prise de laisser Grace et les siens revenir au village comme avant, encouragé par Eywani. Pour justifier ce moment d'inaccessibilité, on avait inventé l'excuse de la visite d'autres clans chez les Omaticaya, des clans qui n'acceptaient pas vraiment leur peuple et donc, on avait voulu éviter les problème. La délégation Tipani encore présente aida volontiers à démontrer cela en faisant croire qu'ils étaient les derniers encore là suite à ces visites. L'excuse passa facilement et les choses reprirent comme avant l'arrivée de l'Aïais.

Le retour des Marcheurs de Rêves fut d'ailleurs l'occasion pour eux de demander aux Na'vi s'il n'avait toujours pas rencontré cette dangereuse créature ailée dont-ils leur avait déjà parlé. Ils répondirent que non, qu'ils n'avaient même pas entendu une rumeur. Eytukan avait avancé qu'elle était probablement morte dans leur forêt maintenant mais Grace n'avait parût qu'à moitié convaincu, leur demandant de lui faire savoir s'ils voyaient ce qu'elle appelait créature, animal ou monstre.

Malgré qu'il ait appuyé la chose, le retour des Terriens au village fut visiblement très rapidement une mauvaise chose pour Eywani. Lorsqu'ils étaient là, l'Aïais se faisait invisible et introuvable. On avait mis un bon moment à comprendre ce qu'il faisait dans ces cas là. On avait d'abord cru qu'il s'en allait en forêt avec son Palulukan mais il n'en n'était rien. C'était Sylwanin qui l'avait découvert, décidant de le suivre une fois pour s'assurer qu'il allait bien. À l'arrivée des Gens du Ciel près du village, elle avait vu Eywani s'enfuir à toute jambe l'air apeuré, Aethei sur ses talons. Il était monté très haut dans l'Arbre Maison, là où les Marcheurs de Rêves étaient incapables d'aller. Il était allé se cacher dans un creux du tronc entouré d'un cocon de branchages épais. Le prédateur était entré avec lui, s'allongeant autour de lui étroitement, protecteur et l'Aïais s'était roulé en boule contre lui, s'enfermant dans ses ailes, tremblant sans contrôle. Sylwanin en avait eu le cœur brisé. De toute évidence, les Gens du Ciel terrorisaient Eywani par leur simple présence dans la zone. Elle l'avait observé et il était resté là, prostré, silencieux, tremblant sursautant au moindre bruit, Aethei se faisant infiniment protecteur et doux avec lui. Il n'était ressorti que bien après le départ des Marcheurs de Rêves, pâle et l'air éprouvé. Il n'avait parlé de ça à personne et ne s'était pas plaint, faisant comme si de rien n'était.

Il avait pourtant été impossible pour Sylwanin de le laisser ainsi. Elle avait parlé de cela à ceux qui étaient les plus proches d'Eywani et ils s'étaient aussitôt organisés. Depuis, à chaque fois que les Gens du Ciel étaient là et que l'Aïais allait se cacher, il était rejoint par plusieurs Na'vi venant lui tenir compagnie et tenter de le rassurer, de le sécuriser. Et sans surprise, cela n'aida guère l'état de dépression de leur frère.

Ce jour là, Eywani s'était isolé une fois encore. Il était allé se réfugier un peu à l'écart de l'Arbre Maison, perché et caché dans un arbre en bordure d'une clairière traversée par la rivière. Là, un troupeau d'Angtsik était venu boire tranquillement mais il ne les voyait même pas. Depuis qu'il avait retrouvé ses ailes et réalisé ce que cela impliquait, il se sentait plus minable que jamais. Il tendit un bras devant lui, observant ces marques ressemblant à celles des Na'vi qu'il portait désormais sur lui. Comment avait-il pu autoriser cela simplement pour échapper à la douleur ? Il avait subi les pires tortures sans jamais céder alors pourquoi avait-il fallu qu'il cède cette fois ? Sa Mère et son peuple avaient tout donné pour lui, tout. Il était tout ce qu'il restait d'eux, la seule preuve qu'ils avaient existé. Il était leur héritage, la condensation de toute leur civilisation. Il était tout ce qu'il restait d'eux et il avait promis de vivre pour eux, en leur honneur, pour qu'ils ne soient pas mort pour rien. Il avait promis de sauvegarder leur mémoire, leur magie et leur esprit aussi longtemps qu'il le pourrait afin qu'ils puissent être fier de lui si par miracle, au jour de sa mort, il lui était donné de les revoir. Afin de les faire briller encore et d'apaiser leurs âmes. Alors pourquoi avait-il cédé pour si peu ?

Il n'était qu'un minable traître. Il avait accepté d'altérer ce qu'il était, cet héritage, pour juste un peu de souffrance. Il était abominable. Avec cette transformation partielle, il avait trahis les siens et leur sacrifice uniquement parce qu'il était faible et lâche. La douleur n'aurait pas dû être un prétexte valable pour permettre ça. Que penseraient les siens s'ils le voyaient maintenant ? Que penseraient-ils en voyant qu'il était prêt à faire disparaître ce qu'il restait d'eux si facilement ? Ils seraient certainement très en colère, ils auraient honte de sa faiblesse. Peut-être même que Gaïa regretterait de l'avoir admis parmi les siens. Avait-il seulement un jour été un véritable Aïais ? Il l'avait cru, il en doutait maintenant. Les véritables Aïais étaient prêt à tout pour leur Mère, pour leur peuple, pour leurs semblables. Les siens l'avaient prouvé plus d'une fois et de manière ultime et totale pour lui à leur fin. Sa Mère lui avait donné cette dernière part d'elle dans l'espoir qu'il la préserve et lui, qu'avait-il fait ? Il l'avait trahis par sa faiblesse et son égoïsme. Il croyait être devenu un Aïais parce qu'il le méritait, parce qu'il s'agissait de sa véritable nature, parce que cela lui correspondait, parce que c'était sa voie et qu'il chérissait Gaïa. Mais aujourd'hui, il se demandait s'il ne s'était pas lui même trompé. Peut-être ne l'avait-il fait que pour se sauver lui même ? Par égoïsme, peur et faiblesse pour avoir ce qu'il voulait : une famille, de l'amour, de l'affection, de la paix. Peut-être n'avait-il pensé qu'à lui en faisant cela ?

Et maintenant, sa nature véritable de profiteur revenait au galop. Il avait cédé pour un peu de douleur et il s'intégrait au Na'vi comme s'ils étaient son nouveau peuple. Il trahissait les siens et leur sacrifice, sa Mère. Il n'avait vraiment pas mérité d'être Aïais au final comme il ne méritait pas l'attention d'Eywa et des Na'vi. Vu comme s'était parti s'il continuait sa dégringolade, cédait honteusement et devenait Na'vi, il les trahirait sans doute à leur tour un jour. Parce qu'il était faible et pitoyable. Il s'en voulait tellement maintenant. Comment avait-il pu faire ça quand sa terre, son peuple et sa Mère étaient morts en lui laissant tout, avec l'espoir qu'il les ferait perdurer, qu'il leur ferait honneur et qu'il vivrait pour eux en portant leur couleur. Il n'osait même plus regarder ses ailes, honteux. Pourquoi aurait-il le droit de voler de nouveau quand les siens ne le pourraient plus jamais ? Il était répugnant. Comment pouvait-il faire cela ?! Tourner le dos à ceux qui lui avaient tout donné ? Que devait-il faire ? Il ne pouvait plus revenir en arrière, réparer son erreur et la douleur qu'il ressentait était pire encore que celle à laquelle il avait cédé un peu plus tôt. Perché dans son arbre, il se roula en boule, s'enferma dans ses ailes et se mit à pleurer comme souvent dernièrement. Il ne méritait pas de vivre, d'être un Aïais, il était pathétique et il ne savait plus quoi faire...

À suivre...

Audragon