Chapitre 5 :
Reposer en paix
Un cri raisonna dans l'Arbre Maison, réveillant en sursaut les Omaticaya. Tous comprirent néanmoins bien vite ce qu'il se passait, la chose malheureusement devenue trop courante ces derniers temps. Cela ne les empêcha pas de bouger, certains se précipitant vers la couche d'Eywani qui faisait un énième cauchemar violent, se débattant dans son sommeil. Il en faisait de plus en plus, dormant de moins en moins, fatiguant alors que son moral ne cessait de décliner sans que personne ne puisse l'expliquer. Plusieurs mois avaient passé depuis qu'il avait récupéré ses ailes et depuis sont état ne cessait d'empirer. S'il continuait à travailler et à contribuer à la vie de la tribu, c'était bien là tout ce qu'il faisait. Il avait maintenant cessé d'aller se promener en forêt, cessé de faire quoi que ce soit pour se divertir. Il ne parlait plus que très peu, mangeait peu, dormait peu, s'isolait beaucoup, ne voulait plus être touché. Il faisait de moins en moins de magie mais surtout, il n'allait presque plus voler et cela avait terminé d'alerter tout le monde. Cependant, Eywani n'acceptait de se confier à personne et personne n'arrivait à comprendre ce qui lui arrivait.
Ce fut Sylwanin qui le réveilla cette fois-ci et Eywani ouvrit les yeux dans un sursaut brusque. Il se redressa violemment pour se retrouver à genoux, Aethei, qui ne le quittait pas debout derrière lui. On vit l'Aïais regarder frénétiquement autour de lui, déboussolé, apeuré, agité et même paniqué. Il avait les yeux écarquillés et rapidement, son regard s'emplit de larmes qui coulèrent sur ses joues alors qu'il s'enfermait dans ses bras, la respiration erratique. Il se mit à se balancer, tremblant alors qu'il éclatait en sanglots silencieux, se repliant sur lui même, ses ailes s'affaissant autour de lui.
- Eywani ? appela doucement Sylwanin en avançant une main vers lui. Eywani, calme toi tu es en sécurité, assura-t-elle.
Aussitôt qu'elle effleura l'Aïais, celui-ci sursauta et recula précipitamment. Elle suspendit alors son geste, aussi inquiète que tout ceux qui l'entouraient, personne ne sachant quoi faire pour l'aider. Ces dernières nuits avaient été particulièrement agitées et seul l'épuisement était parvenu à calmer l'être ailé.
- Je suis désolé, je suis désolé, je suis désolé, répéta inlassablement Eywani.
Cela faisait aussi un moment qu'il s'excusait à la chaîne en se réveillant ainsi et une fois encore, personne ne comprenait pourquoi. Cette nuit là, il continua à s'excuser et à pleurer jusqu'à ne plus en pouvoir sans qu'aucune de leur parole ne puisse l'atteindre. Il se fit finalement apathique, roulé en boule sur sa couche, caché dans ses ailes, totalement silencieux et tous retournèrent se coucher, inquiet pour leur frère.
Quelques jours encore et Eywani ne dormait plus ou presque. Il ne rejoignait plus sa couche le soir, préférant aller s'isoler loin dans l'Arbre Maison, là où il se cachait lorsque les Marcheurs venaient, Aethei ne le quittant jamais. L'Aïais avait maigri, s'était fait très pâle, ses cristaux et sa bioluminescence s'affaiblissant de jour en jour. On ne le quittait pas mais plus personne ne parvenait à le faire réagir.
Ce soir là, Tsu'tey était très inquiet. Avec les chasseurs, il avait passé l'après-midi auprès d'Eywani dans sa cachette. Les Marcheurs de Rêves étaient venus et il était immédiatement allé se cacher, s'enfermant dans ses ailes en tremblant compulsivement et rien n'avait pu le rassurer. Maintenant, les Gens du Ciel était repartis mais il avait fallu un long moment pour que l'Aïais s'apaise. Lorsque ses ailes avaient reculé, ils l'avaient trouvé le regard trouble et plein de larmes, pâle, apathique, affaibli, les marques de fatigues bien visibles sur lui. Il n'avait même pas réagi quand Tsu'tey était venu le prendre dans ses bras, Aethei le laissant faire. Il l'avait tiré de sa cachette, décidé à le ramener au milieu du clan pour qu'il ne reste pas seul. Les autres chasseurs l'avaient suivis et ils étaient descendus vers le pied de l'Arbre Maison pour rejoindre tout le monde au repas. On avait accueilli Eywani avec inquiétude et on l'avait installé près de Tsahik. Il n'avait rien dit, impassible, se contentant de ramener ses genoux contre sa poitrine, d'y poser son menton et de les enserrer de ses bras. Il n'avait pas voulu manger et tous n'en n'avaient été que plus inquiets, ne sachant plus quoi faire. Mo'at se tourna finalement vers lui, s'abstenant de le toucher alors qu'il ne supportait plus que le contact de son palulukan :
- Eywani ? appela-t-elle avec douceur. J'aimerais que tu nous parles, dit-elle. Qu'est-ce qu'il te fait tant souffrir ? Que t'arrive-t-il ? Dis nous quoi faire pour toi. Comment peut-on t'aider ?
Il y eut un moment de silence avant que la voix faible et rauque de l'Aïais ne s'élève :
- Je suis désolé, murmura-t-il.
- Pourquoi ? demanda-t-elle. Tu n'as rien fait de mal.
- Si, j'ai fait quelque chose d'atroce, dit-il alors que ses larmes revenaient. Je... j'ai..., bégaya-t-il en les interpellant.
- Calme toi et explique nous tranquillement, demanda Tsahik n'y comprenant rien.
- J'ai... j'ai trahis les miens, dit-il en les choquant. J'ai trahis ma famille, pleura-t-il en les perdant.
- Comment ça ? demanda Mo'at.
- Je suis désolé, sanglota-t-il. Je suis désolé. Je ne voulais pas... je... Je ne mérite pas d'être un Aïais, d'être ici, dit-il avec une douleur sans nom. Je suis tellement désolé.
Il céda à ses larmes alors qu'un silence lourd était tombé autour d'eux, personne ne comprenant vraiment ce qu'il se passait pour qu'il se soit mis dans un tel état, personne ne comprenant de quoi il parlait. Eywani n'avait rien fait de mal au contraire. Ce qu'ils saisissaient tous en revanche était l'extrême douleur qui l'étreignait en ce moment et qui était assurément en train de le tuer.
- Tu n'as rien fait de mal Eywani, tenta Mo'at. Et tu as parfaitement ta place ici.
- C'est faux, pleura-t-il. Les autres le méritaient bien plus que moi. Je n'ai su que leur faire honte et les trahir, sanglota-t-il. Ils ont donné leurs vies pour moi et moi... et moi... je suis pitoyable.
- C'est faux, fit soudain une voix raisonnant partout.
Si tous sursautèrent, ce fut Eywani qui fit le bond le plus mémorable, sautant sur ses pieds et cherchant frénétiquement autour de lui. Tous cherchèrent d'ailleurs d'où venait cette voix inconnue, ne trouvant guère jusqu'à ce que l'attention générale ne se porte sur un Atokirina qui venait lentement vers Eywani, plus brillant et lumineux qu'on ne l'avait jamais vu. Il s'arrêta à quelques pas de lui, s'illuminant plus fort encore alors que tous observaient cela, sentant la puissante énergie étrangement familière qui se répandait autour d'eux. Soudain, une silhouette prit forme dans la lumière, matérialisant rapidement quelqu'un. La luminosité diminua et ils purent voir, tous restant ahuris par ce qu'ils découvrirent. L'être qui était apparus n'était pas totalement tangible, un peu transparent avec l'Atokirina à la place du cœur. Il brillait doucement, d'une manière des plus réconfortante. Mais le plus incroyable était ce qu'il était. Un Aïais de toute évidence. Un Aïais magnifique. Il était plus grand qu'Eywani, entièrement vêtu de vêtements légers d'un blanc éclatant. Il avait la peau très pâle, des yeux d'un bleu saisissant et les cheveux de l'étonnante couleur du soleil. Il était beau pour son espèce, l'air fort, les épaules droites et dans son dos, trois paires d'ailes d'un blanc pur trônaient fièrement, splendides.
Son expression était d'une douceur sans pareille, son sourire et son regard tendre entièrement dédié à Eywani qu'il regardait avec chaleur et amour. Celui-ci hoqueta d'ailleurs, l'air choqué, pleurant. Il fit deux ou trois pas tremblant vers lui, le fixant sans trop y croire mais aussi avec un espoir débordant. Il stoppa à la moitié du chemin, visiblement pris d'une émotion sans mesure, tremblant.
- Aïaikamara, bredouilla-t-il alors que sa voix se brisait.
- Bonsoir mon ange, répondit celui-ci avec une immense affection.
- C'est... c'est impossible, pleura Eywani dont les jambes flanchèrent.
Il tomba sur ses genoux, tous sursautant à cela, son vis à vis le premier. Il se précipita d'ailleurs vers lui, s'agenouillant avec élégance devant lui alors qu'il s'enfermait dans ses bras, pleurant de plus bel.
- C'est impossible, paniqua Eywani. Je t'ai vu mourir... je t'ai vu... tu es mort dans mes bras, dit-il la voix brisée.
- Oui, confirma son vis à vis. Je suis désolé que tu aies eu à vivre une telle chose en plus de tout le reste mon cœur. Mais une chance m'ait donné aujourd'hui de venir te voir. Regarde moi mon ange, demanda-t-il délicatement.
Tremblant, Eywani releva lentement le regard vers lui, l'observant comme ne croyant que peu à ce qu'il voyait, la douleur se lisant aisément en lui. L'autre lui sourit avec réconfort, venant placer ses mains à la verticale devant lui, lui présentant ses paumes. Eywani sursauta à ce geste, l'air encore plus chamboulé et il regarda son aîné avec incertitude. Celui-ci l'encouragea d'un regard chaleureux et il leva lentement ses propres mains pour venir les plaquer contre les siennes, respirant à toute vitesse. Leurs doigts s'entremêlèrent et Eywani sourit un peu au contact. Aïaikamara, totalement calme et doux pencha un peu la tête vers lui et ce fut comme une chose trop longtemps attendue pour Eywani. Il s'avança à son tour, fébrile et bientôt, les deux Aïais accolèrent leurs fronts, fermant les yeux. Le plus petit eut un sanglot plus fort et il se rapprocha de son aîné, se détendant un peu. Une légère lueur mêlant doré et émeraude irradia le leur contact et Eywani se mit à pleurer sans contrôle. Quelques secondes et il se jetait littéralement dans les bras de son vis à vis, se tassant complètement contre lui, repliant ses ailes au maximum dans son dos. Instantanément, son aîné avait refermé ses bras autour de lui, ses grandes ailes blanches venant se refermer sur eux pour les cacher dans un cocon de plumes lumineuses et légèrement transparentes.
Suivant cette scène incroyable en silence, les Na'vi virent le plus grand étreindre et cajoler Eywani qui pleurait à s'en déchirer l'âme. Il le garda étroitement serré contre lui, caressant ses cheveux, ses ailes, son dos, déposant de nombreux baisers sur sa tête, frottant son nez sur la pointe de son oreille. Et tout cela sembla apaiser profondément Eywani qui se calma dans ses bras. Lorsqu'il le fut totalement, le plus grand écarta ses ailes, le gardant pourtant contre lui sans cesser ses cajoleries.
- Je suis tellement désolé, bredouilla le plus jeune. Je n'aurais pas dû... je...
- Calme toi mon ange, tempéra son aîné. Calme toi. Tu n'as strictement rien, rien à te faire pardonner tu m'entends. Rien du tout.
- Je vous ai trahis, murmura-t-il avec culpabilité.
- C'est faux mon petit griffon. C'est totalement faux. Tu es et tu resteras la splendeur des Aïais. Tu n'as rien fait de mal, rien si ce n'est toute la souffrance que tu t'infliges de la sorte. Tu n'as rien fait de mal tu m'entends. Ni moi, ni notre peuple, ni notre Mère ne l'avons jamais pensé une seule seconde.
- Qu'est-ce que tu veux dire ? Vous êtes... vous êtes tous..., pleura-t-il.
- Morts, termina-t-il calmement. Oui. Si tu savais à quel point nous nous en voulons de t'avoir laissé seul dans cet enfer, dit-il avec douleur. Mais tout ira bien maintenant mon ange. Tout ira bien.
- Comment... comment... ?
- Comment puis-je être là ? termina-t-il alors qu'il approuvait. Je n'ai jamais cessé d'être à tes côtés mon ange, jamais comme tout notre peuple, comme notre Mère, sourit-il. On dit que la mémoire des vivants est le tombeau des morts, c'est un peu ce qu'il s'est passé pour nous, commença-t-il. Avant de disparaître, notre Mère t'a offert son dernier présent, dit-il en caressant le cristal vert sur son front. En théorie, il n'y a pas de lieu de repos pour les entités comme notre Mère. Seulement, lorsque Gaïa s'est éteinte, tu as, sans le savoir, accueilli les restes de son âme en toi, tu es devenu son lieu de repos éternel. C'est normalement une chose impossible mais tu l'aimais tellement, tu étais tellement anéanti par sa perte que ta magie alliée à son cadeau ont crée un refuge pour elle en toi. Elle ne t'a jamais quitté Eywani, jamais, dit-il en le bouleversant. Cela nous a permis à nous aussi de rester au près de toi. Lorsqu'un Aïais meurt, il retourne auprès de Gaïa comme les Na'vi retournent auprès d'Eywa ici. Sans notre Mère, nos âmes étaient destinés à partir à la dérive. Pourtant, elles sont revenues vers ce qu'il restait de notre Mère en toi et toi, dans ton immense générosité, dans ta force et l'amour que tu avais pour nous, tu nous a accueillis les bras ouvert sans la moindre hésitation bien que tu ne pouvais le savoir.
Il garda le silence un moment, le laissant avaler ce qu'il disait et autour d'eux, les Na'vi écoutaient avec avidité, stupéfiés au moins autant qu'Eywani qui semblait choqué :
- Nous ne t'avons jamais quitté, reprit-il. Jamais mais il nous était impossible de te le faire savoir, de te le faire sentir. Tu nous as tous porté sur tes épaules mon ange et nous n'avons rien pu faire pour t'aider, dit-il avec douleur. Nous avons vu tout ce que tu as subi depuis la mort du dernier d'entre nous, depuis ma mort. Si tu savais à quel point nous aurions voulu prendre ta souffrance sur nous, venir t'aider. Mais c'était impossible. Nous n'avons pu que regarder, dit-il les larmes aux yeux en le serrant plus fort. Nous savons ce par quoi tu es passé. Tu t'es admirablement battu, comme toujours mon petit guerrier de paix. Puis ils t'ont amené ici et nous avons découvert ce monde avec toi, les Na'vi, Eywa. Eywa, la sœur de notre Mère. Elle t'a accueilli et adopté comme son enfant. Nous étions si heureux pour toi. Tu avais enfin de nouveau une Mère et une famille. Ce que tu ne sais pas, c'est que Eywa a fait encore plus pour nous. Elle a pleuré sa sœur, elle nous a pleuré. Et alors que ton lien avec elle grandissait par tes efforts, une possibilité s'est présentée. Eywa a pu accueillir nos âmes auprès d'elle, dit-il avec douceur, accueillir ce qu'il restait de l'âme de notre Mère et elle nous a offert le repos à tous. Nous lui avons montré tout ce que nous savons et tout dis sur toi. C'était inutile parce qu'elle comptait déjà le faire mais nous lui avons demandé de prendre soin de toi.
Il s'arrêta de nouveau, câlinant Eywani désormais totalement calme contre lui, attentif.
- Grâce à toi mon ange, nos âmes ont trouvé le repos ici, dans ce monde merveilleux, parce que tu nous as porté, protégé et que tu t'es battu pour vivre, pour nous. Nous ne sommes plus en vie mais nous sommes toujours là, avec Eywa désormais et elle prend soin de nous. Sache que jamais nous ne cesserons de veiller sur toi. Jamais. Nous t'aimons tous tellement. Nous voulions te parler depuis longtemps mais nos âmes étaient trop faibles et il a fallu du temps à Eywa pour nous soigner un peu. Nous avons réuni toute la magie que nous pouvions au plus vite et dés que cela a été assez, je suis venu pour te voir. Je suis navré que cela ait pris tant de temps. Nous voulons que tu saches que nous t'aimons. Nous t'aimons tellement petit ange. Tout ira bien pour nous maintenant et lorsque nos âmes seront remises, tu pourras nous parler à travers Eywa. Tu n'es pas seul mon cœur. Tu n'es pas seul. Tu n'as plus besoin de t'inquiéter pour nous, de nous pleurer, de rester enfermé dans le passé. Tu dois avancer maintenant, tu dois vivre, tu dois être heureux et penser à toi. Toute ta vie tu n'as connu que la souffrance et nous avons à peine eu le temps d'apaiser un peu ton cœur sur Terre que cette nouvelle tragédie a remis ton âme en miette. Mais tu peux avoir une vie ici. Tu n'as plus à te battre, plus à t'inquiéter. Tu peux vivre enfin, tu peux être heureux, te reposer, recevoir de l'amour, de l'affection, laisser d'autres prendre soin de toi.
- Je ne veux pas vous trahir, dit-il douloureusement.
- Eywani, accepter une nouvelle famille, un nouveau monde, un nouveau peuple, une nouvelle Mère ne fait pas de toi un traître, dit-il en choquant les Na'vi commençant à saisir ce qui pouvait tant le miner. Nous ne sommes plus là et si nous veillerons toujours sur toi, nous ne reviendrons pas. Les Aïais n'existent plus, la Terre meurt, notre Mère n'est plus. Tu n'as pas à vivre seul simplement pour prouver que nous avons existé. Tu es Aïais dans l'âme à jamais quoi qu'il se passe et tu le resteras toujours. Tu es le plus beau d'entre nous et la relation si naturelle que tu as établi avec Eywa et avec ce monde le prouve. Gaïa voulait faire de nous des êtres de paix, de bienveillance capables d'aider et de comprendre tout ce qui vit. Pourtant, aucun d'entre nous n'aurait réussi à faire ce que tu as fais ici, à comprendre ce monde et ceux qui le peuplent, à être aussi bienveillant, à les aimer avec tant de pureté, à les aider comme tu le fais. Mais toi, tu as l'âme si grande et pure, si gentille et forte. Tu es ce que notre peuple a fait de mieux et tu le seras à jamais. Tu as le droit au bonheur, tu as le droit de vivre et tu as le droit d'avoir une famille. Tu ne nous trahiras pas en acceptant de devenir Na'vi. Eywa veut déjà faire te toi un véritable membre du peuple, dit-il en surprenant les Omaticaya. Pourquoi refuser alors que c'est là tout ce que ton cœur et ton âme réclament ?
- Je ne veux pas vous abandonner ou détruire votre héritage, bredouilla-t-il.
- Mon cœur, tu ne nous as jamais abandonné et c'est toi, ton âme, ton esprit, ton cœur qui êtes notre héritage. Le corps dans lequel tu vis n'a pas la moindre importance. Tu ne peux plus être Aïais ici. Dans le meilleur des cas tu vivras privé de bien trop de choses et dans le pire ça te tueras parce que tes besoins d'Aïais ne pourront être vraiment satisfais. Tu as le droit de vivre, de devenir Na'vi et d'être heureux. Tu ne nous trahiras pas en le faisant, tu ne détruiras pas notre héritage. Au contraire, tu le feras perdurer. Tu as été et est toujours tant de choses. Tu es un héros, un sauveur, un professeur, un guérisseur, un guerrier, un sage, un voyageur, un enfant curieux... tu es un Aïais et avec tout cela, tu peux aussi être Na'vi. Nous voulons tous que tu acceptes la proposition d'Eywa, que tu deviennes Na'vi et que tu sois heureux. C'est ce que nous voulons tous pour toi. Alors cesse de te torturer de la sorte mon ange. Tu as bien assez souffert comme ça. Construit toi une nouvelle vie et vit là a fond. Ce sera pour nous le plus beau des cadeaux. Nous nous sommes sacrifiés pour toi parce que nous t'aimons tellement. Pas pour que tu deviennes la relique solitaire d'un peuple et d'un monde disparus mais pour que tu puisses vivre. J'ai vécu des milliers et des milliers d'années mon cœur. Ce fut bien assez. J'ai été très heureux et tu as été mon ultime bonheur mon enfant. Le plus jeune d'entre nous avait déjà eu une très longue vie heureuse et paisible mais toi, toi tu n'as eu qu'une courte vie pleine de malheurs et de souffrances. Nous voulons que tu sois heureux, que tu puisses sourire vraiment. Alors cesse de lutter. Repose toi et laisse les autres te soigner et prendre soin de toi.
Il se tut ensuite, continuant à câliner Eywani qui se blottit contre lui autant qu'il pouvait.
- Tu restes un peu avec moi ? demanda-t-il timidement.
- J'ai plusieurs heures devant moi, sourit-il. Alors dort, je garderais tes rêves.
Il n'en fallut pas plus pour que le plus jeune ne se cale un peu plus dans ses bras, se laissant câliner, se détendant pour se laisser gagner par l'épuisement et la tendresse de son aîné, s'endormant lourdement, fermement accroché à lui. Il y eut un long moment de silence avant que Aïaikamara ne relève le regard vers les Na'vi pour enfin les regarder. Il les balaya du regard, leur souriant avec une chaleur merveilleuse.
- Merci. Merci au nom de Gaïa, au nom des Aïais pour avoir pris soin de lui jusqu'ici, dit-il en regardant le couple dirigeant. Eywani est notre trésor, tellement précieux pour nous. Nous l'avons vu souffrir mille morts et nous étions tellement désespérés de le voir endurer tout ça. C'était atroce. Nous avons tellement prié pour que quelqu'un vienne à son aide. Et puis il a été amené ici, Eywa l'a conduit vers vous et vous l'avez sauvé, protégé, soigné.
- Il fait parti du clan maintenant, répondit Mo'at. Nous prendrons soin de lui.
- Je vous en prie, supplia-t-il. Eywani... Eywani a connu une vie de souffrance terrible. Il a enduré des tortures que votre peuple ne peut certainement même pas concevoir. Il s'est montré d'un grand courage. Il a subi le pire de ce que notre monde avait a offrir mais toujours, il en a incarné le meilleurs sans faillir une seconde. Il a été un modèle même pour moi qui ait vécu une vie interminable. Il est exceptionnel mais il n'a jamais eu de véritable bonheur. Lorsqu'il ait devenu Aïais, qu'il est venu vivre avec nous, il avait l'âme et le cœur en miette. Il n'avait jamais connu l'amour, l'affection, la chaleur d'un foyer, la paix... Il avait toujours été désespérément seul sans personne pour veiller sur lui, prendre soin de lui. Nous avons eu beaucoup de mal à percer sa carapace, à atteindre son cœur. Aujourd'hui encore, il a bien du mal à accepter l'aide et l'amour des autres simplement parce qu'il ne sait pas le faire. Il ne pense pas en être digne, il ne pense pas que qui que ce soit pourrait l'aimer. Il pense qu'il est une gêne, qu'il doit absolument tout donner et tout sacrifier juste pour avoir le droit de vivre. Nous avions à peine réussi à l'apaiser un peu lorsque notre Mère est partie et que notre peuple s'est éteint de la pire des manières. Tout cela l'a détruit une fois encore mais je sais qu'ici, il pourra être heureux avec vous.
- Nous prendrons soin de lui, assura Eytukan.
- Vous avez dit que Eywa pouvait le faire Na'vi ? demanda Mo'at.
- Oui, acquiesça-t-il. Grâce à ce qu'il reste de la Magie de Gaïa à présent avec elle, grâce à la Magie d'Eywani et grâce à son propre pouvoir, elle peut faire de lui un véritable Na'vi mais Eywani s'y opposait jusqu'ici et elle ne voulait pas le forcer. Il a peur de nous trahir et de nous tourner le dos en acceptant la transformation. Pour guérir ses ailes, Eywa a dû le transformer un peu sans quoi elle ne pouvait l'aider. C'est pour ça qu'il a pris certains de vos traits. Eywani a vu cette transformation comme une trahison envers nous et notre sacrifice pour lui. Il s'est mis en tête que nous lui en voudrions, qu'il aurait plutôt dû endurer la douleur toute sa vie plutôt que d'accepter ça, dit-il en les choquant. C'est pour ça qu'il s'est laissé dépérir, qu'il s'est puni lui même. Il s'en voulait. Il est comme ça parce que très jeune, les Morokar l'ont forcé à se sacrifier pour eux, à endurer les pires horreurs, les pires châtiments pour leur propre intérêt et en faisant de sa vie un bien sans valeur. On lui a mis sur le dos des choses que personne ne devrait jamais avoir à porter et on a bien trop souvent rejeté la faute sur lui pour n'importe quoi même lorsqu'il n'y pouvait rien. On lui a interdit le bonheur. Alors il croit toujours que tout est de sa faute, qu'il n'a pas le droit d'être heureux et qu'il doit porter toutes les souffrances des autres sur lui. Il vous a déjà démontré son esprit de sacrifice.
Il marqua une pause pour caresser les ailes noires, tirant un léger sourire à leur propriétaire se blottissant davantage contre lui.
- Il aimerait être Na'vi, faire vraiment parti des vôtres parce qu'il vous aime déjà tellement, dit-il en les touchant. Parce qu'il aime ce monde et Eywa, parce qu'il cherche désespérément une famille. Mais il se refusait cela parce qu'il croyait devoir nous porter encore. Il avait besoin que nous venions lui dire qu'il avait le droit de continuer à vivre avec vous sans quoi il se serait laissé mourir. Nous avons fait au plus vite pour venir le voir.
- Reviendrez vous ? demanda quelqu'un.
- Non. Nous sommes morts. Cette occasion m'est donnée par la volonté de notre peuple tout entier dont c'est le dernier vœux, pour le remercier d'avoir porté nos âmes et Eywa l'a accordé par amour pour sa sœur et son plus jeune fils. Le dernier. Aucun de nous ne reviendra après ceci. Pas ainsi. Ce ne serait pas sain pour lui. Mais comme vous pouvez ressentir vos ancêtres à travers l'Arbre des Voix, il pourra nous y trouver aussi parce que nous demeurerons auprès d'Eywa désormais. Il ne doit pas se concentrer sur les morts mais sur les vivants et l'avenir. C'est pourquoi je vous supplie de prendre soin de lui.
- Nous le ferons, assura Tsahik.
- Merci. Merci mille fois, dit-il en inclinant la tête vers eux.
Le silence retomba ensuite et on finit par voir Aethei rejoindre son partenaire endormis, Aïaikamara le caressant délicatement et le remerciant d'avoir sauvé Eywani à plusieurs reprises. Il resta là un moment avant de prendre délicatement l'endormis dans ses bras, expliquant qu'il allait l'installer sur sa couche. Cette nuit là, il n'y eut pas de cris de douleur et de terreur dans l'Arbre Maison. Lorsque l'on regardait vers le lieu de repos de l'Aïais, on le voyait enfermé dans les bras et les ailes lumineuses de son aîné qui ne cessait de le cajoler. Ce fut au petit matin, bien plus calme qu'Eywani se réveilla tranquillement, regardant le blond en souriant. Il resta ainsi longtemps à l'observer, ses yeux se teintant à la fois de bonheur et de tristesse :
- Tu vas devoir t'en aller n'est-ce pas ? remarqua-t-il doucement.
- Oui mon ange, approuva-t-il. Ma place n'est plus ici. Mais tu as une famille et un peuple ici. Laisse les prendre soin de toi. Accepte leur amour et celui d'Eywa. Tu le peux. C'est tout ce que nous voulons pour toi. Tu n'as pas à hésiter. Tu deviendras Na'vi mais ne t'en fait pas, tu resteras aussi un peu Aïais. Ton âme ne peut pas exister sans magie alors tu garderas tes pouvoirs. Tout ira bien. Le plus grand cadeau que tu puisses nous faire et d'être heureux pleinement. Peu importe le corps que tu auras, seul ton cœur compte et ton cœur peut-être à la fois Aïais et Na'vi. Nos deux peuples sont loin d'être incompatibles, s'amusa-t-il. Cesse de te torturer et vis, nous veillerons toujours sur toi. Nous t'aimons.
- Je vous aime aussi tellement, vous me manquez, pleura-t-il.
- Je sais. Il n'y a pas d'amour plus grand que celui que tu nous as offert. Tu pourras nous retrouver auprès d'Eywa, nous serons là. N'oublie pas que tu n'es pas seul.
- D'accord.
- Je t'aime mon enfant, à jamais, murmura-t-il en l'embrassant sur le front.
Il commença ensuite à disparaître, Eywani se mettant à pleurer bien qu'il ne bougea pas. Son aîné ne fut bientôt plus là, ne laissant que l'Atokirina qui l'avait amené à lui et il accepta volontiers la présence Aethei venant s'enrouler autour de lui, le consolant comme il pouvait. Ce jour là, les Omaticaya retrouvèrent un Eywani plus calme, plus détendu et plus ouvert. Il accepta de nouveau de manger, de parler un peu et de les laisser s'occuper un peu de lui pour l'aider à nettoyer ses ailes ou tresser ses cheveux. Tsahik vint le prendre à part un long moment pour lui parler, lui parler de son droit de vivre et d'être heureux, pour l'apaiser et pour lui dire au combien leur clan serait heureux qu'il devienne Na'vi véritablement. Cela, beaucoup lui firent d'ailleurs savoir dans les jours qui suivirent. On n'insista tout de même pas trop, le laissant faire le tri dans ses pensées. On veilla sur lui, tentant de le détendre de nouveau et de l'aider à passer cette période de douleur qu'il s'était infligé. Tous avaient finalement compris son dilemme et compris aussi sa manière de penser. Il était vrai qu'à sa place, bien du monde aurait pu se voir comme un traître à son peuple même si ce n'était pas vraiment le cas. C'était une affaire de point de vue mais il semblait que les Aïais, leur mémoire, ne voyait pas du tout cela comme une trahison très loin de là. Ils ne voulaient que le bonheur de leur petit frère et il avait été important que celui-ci le sache pour pouvoir avancer.
On le laissa réfléchir et se calmer quelques jours en veillant sur lui, l'entourant et on l'avait vu se plonger longuement dans ses pensées. Eywani n'avait cessé de réfléchir à tout ce qu'il s'était passé, à tout ce que Aïaikamara lui avait dis. Apprendre que les âmes des siens, de sa Mère, reposaient maintenant en paix auprès d'Eywa, là avec lui en ce monde, avait été un soulagement sans nom pour lui. Il y avait pensé longuement, réalisant doucement, remerciant Eywa de prendre soin d'eux. Eywa qui insistait toujours plus depuis pour qu'il la laisse le transformer. Et maintenant, l'idée faisait vraiment son chemin dans sa tête. Avoir entendu son père d'adoption, son gardien, son modèle lui dire qu'il pouvait le faire, que les siens voulaient qu'il le fasse avait assurément changé les choses. Il devait avouer qu'il le voulait lui aussi, qu'il voulait être Na'vi et faire de ce monde sa nouvelle maison, de ce peuple sa nouvelle famille. Il ne voulait pas rester seul et il voulait tellement cette affection, cette paix et ce bonheur que les Omaticaya lui donnaient sans condition. Il ne se l'était pas permis jusque là mais dorénavant, la porte était ouverte.
Il lui fallait juste se faire à l'idée. Il savait qu'il garderait sa magie mais il devrait abandonner ses ailes. Cela était probablement le plus difficile pour lui. Seulement, il savait aussi que si un Ikran le choisissait et grâce à Tsaheylu, il pourrait encore avoir des ailes et voler. En devenant Na'vi, il serait à l'abri des yeux des Morokar bien qu'il n'ait guère l'intention de s'en approcher. Il pourrait avoir le lien, Tsaheylu avec Aethei, il pourrait mieux communiquer avec Eywa, évoluer dans cet environnement et il serait vraiment Omaticaya. Il y pensa plusieurs jours durant, assimilant la chose avec bien plus de facilité maintenant qu'il savait avoir la bénédiction des siens. Aïaikamara avait raison. Il était temps de vivre et d'avancer. Les siens reposaient en paix maintenant et ils pourraient les revoir auprès d'Eywa, cela l'apaisant plus que tout. Aussi, il finit par prendre sa décision et il sentit nettement la joie d'Eywa à cela. Ce matin là, après avoir prit le petit déjeuner, il alla donc voir Mo'at et Eytukan qui l'accueillirent avec douceur comme toujours, attentifs.
- Tu as pris ta décision n'est-ce pas ? sourit Tsahik en posant une mains sur sa tête.
- Oui. Je... si vous le voulez bien je... j'aimerais... j'aimerais devenir Na'vi, dit-il avec anxiété.
- Tu l'es déjà, répondit Eytukan en posant une main sur son épaule. Tu es Na'vi et tu es Omaticaya. Il ne te manque plus que le corps et nous serions ravi si tu acceptais la proposition d'Eywa de t'en offrir un. Inutile de nous demander la permission, dit-il en le faisant sourire.
- Merci, dit-il les larmes aux yeux.
- Sais-tu ce qu'il faut faire ? demanda Mo'at.
- Je dois aller à Vitraya Ramunong, répondit-il.
- Dans ce cas nous t'accompagnerons, sourit-elle.
- Merci.
Ce fut sans attendre que Olo'eyktan annonça la chose et nombreux furent les Omaticaya qui voulurent accompagner Eywani dans cet événement. Tous se montrèrent très heureux qu'il ait pris cette décision et ce fut presque la fête pour eux. Eytukan n'autorisa pourtant qu'un petit groupe à venir avec eux, voulant que le reste du clan reste au village alors que les Marcheurs devaient venir, ne voulant pas les alerter sur un déplacement massif de la tribu qui aurait été suspect. Ce fut donc le couple dirigeant, leurs filles, quelques chasseurs parmi lesquels Tsu'tey, Peyral et Oslin proches d'Eywani, Galraede et Ara'at qui l'accompagnèrent, Aethei insistant pour qu'il grimpe sur son dos, amusant tout le monde. Ce fut dans une ambiance légère qu'ils firent leur chemin jusqu'à Vitraya Ramunong, descendant tranquillement dans la petite vallée pleine d'Atokirina ce jour là, les faisant sourire. Eywa savaient qu'ils venaient. Ils rejoignirent l'Arbre des Âmes, s'arrêtant près de lui.
- Que faut-il faire maintenant ? demanda Ara'at.
- Eywa se charge de tout, répondit l'Aïais en descendant de son partenaire.
Il avait l'air un peu anxieux, tous comprenant et il s'avança vers Eytukan, hésitant :
- Vous êtes sûr que vous êtes d'accord avec ça ? lui demanda-t-il.
- Bien sûr, sourit le chef. N'aies pas peur. Tu vas renaître en Na'vi et tu vas commencer une toute nouvelle vie, avec nous, dans ta nouvelle famille et ta nouvelle maison.
- Merci. Tellement. Pour tout, dit-il les larmes aux yeux.
Olo'eyktan lui sourit avec douceur avant de le laisser aller vers l'arbre, tous le suivant.
- Nous resterons auprès de toi jusqu'au bout puis nous rentrerons ensemble, assura Mo'at.
Il approuva avant d'aller s'asseoir contre le tronc. Les atokirina affluèrent vers lui et il se mit à somnoler. Ce fut naturellement qu'il s'enferma dans ses ailes, vite recouvert de graines lumineuses. De fines racines se mirent à grimper sur lui lentement jusqu'à le recouvrir totalement, irradiant d'une légère lumière. Puis une longue attente commença, le petit groupe patientant tranquillement, chantant de temps à autres alors qu'une puissante énergie pure baignait les lieux, les Atokirina planant partout. Il fallut de nombreuses heures, la nuit tombant, avant que quelque chose ne bouge. Le cocon de racines avait grossis progressivement, désormais bien assez grand pour un Na'vi et ce fut ce qu'il révéla lorsqu'il s'ouvrit finalement. La transformation était spectaculaire. Eywani était là, dormant contre le tronc, détendu et paisible, dans le corps d'un Na'vi. Un Na'vi très particulier. Il semblait avoir aux environs de l'âge de Tsu'tey, un jeune adulte. Il avait l'air cependant un peu plus petit et plus fin, gracile et félin, cela lui allant parfaitement. Il avait gardé des cheveux aussi longs que dans sa forme d'Aïais, lui tombant jusqu'aux genoux, libres. Sa bioluminescence était un peu plus fournie que la normale. Il était très beau. Il avait perdu tout ses traits Aïais, son cristal frontal et ses ailes disparus alors qu'il était entouré de plumes noires tombées au sol. Il y avait cependant une différence majeure avec un Na'vi ordinaire. Il n'était pas bleu, il était vert, des mêmes nuances vertes émeraudes plus ou moins foncées qui avaient animé ses yeux autrefois. Mais cela ne le rendait que plus beau pour eux, comme s'il faisait parti de la forêt comme aucun autre.
Après quelques instants, il commença à remuer et à se réveiller, l'air de peiner un peu et on lui laissa le temps, Ara'at se mettant à ramasser soigneusement les plumes vestiges de ce qu'il avait été. Eywani ouvrit finalement les yeux, pas très alerte, révélant deux grandes iris dorées comme eux, les faisant sourire. Il leur rendit l'expression, Galraede se penchant sur lui :
- Comment te sens-tu ? demanda-t-il.
- Bizarre, répondit-il en les amusant. Mais bien aussi, ajouta-t-il.
- Tu peux bouger ? demanda le guérisseur.
- Je crois. Je suis tout engourdi.
- Alors vas-y doucement, dit-il.
Eywani se redressa lourdement, tous restant autour de lui, attentifs. Il ne sembla pas y avoir de problème ou de douleur. Il semblait juste avoir besoin de se réveiller tranquillement. Cela fut d'ailleurs l'occasion pour lui de s'observer, surpris par sa couleur mais y souriant tout de même l'air touché.
- Tu as la couleur de tes anciens yeux, remarqua Peyral.
- Oui, la couleur des yeux de ma mère aussi, dit-il avec attendrissement.
- Cela te va très bien, assura Mo'at. Cela mis à part, tu es désormais comme nous.
Il sourit à cela, tentant de se lever. On l'aida sur le champs et il rit un peu une fois sur ses pieds, tanguant dangereusement.
- Je vais avoir besoin d'un peu de temps pour apprivoiser mon nouveau corps, dit-il en les amusant. Ça fait bizarre d'être aussi grand que vous et c'est bien aussi.
On l'aida à faire quelques pas, Eywani se faisant lentement à sa nouvelle morphologie. Il fit rire toute le monde lorsqu'il se laissa surprendre par sa propre queue, sursautant. Mais à la manière de ses ailes, il trouva vite le moyen de s'en servir pour assurer son équilibre.
- Dans quelques jours, tu devrais pouvoir te déplacer normalement, remarqua Galraede.
Ils se mirent ensuite en route pour rentrer et ce fut royalement qu'ils furent accueillis au village, tous fêtant leur retour et la transformation de leur frère. Tous vinrent l'effleurer du bout des doigts, lui sourire, le regarder et ils furent bientôt entouré de tout le clan joyeux. La nuit fut courte pour eux mais agréable. Au matin, on vit un Eywani souriant mais encore mal assuré venir manger, maladroit et l'air gêné par ses cheveux libres. Cela amusa bien du monde comprenant facilement et Ara'at prit les choses en mains lorsqu'il eut terminé son repas, l'attirant un peu à l'écart, l'asseyant et venant se poster derrière lui.
- Il faut tresser ton tswin, expliqua-t-elle. Normalement, c'est la tâche des mères, des compagnons ou des proches mais si tu permets, je peux le faire pour toi.
- Oui, merci, approuva-t-il. J'ignore comment faire.
- Tu apprendras, sourit-elle en commençant à passer ses doigts dans ses cheveux soyeux. C'est dangereux de laisser les cheveux libres parce que cela rend tes vrilles neurales vulnérables. Nous les tressons pour les protéger. C'est un peu difficile de le faire seul alors souvent, comme tu le sais, nous le faisons à plusieurs. Tu as beaucoup de cheveux, remarqua-t-elle. Je vais utiliser ce qu'il faut pour le tswin et nous pourrons tresser le reste de manière plus décorative. Tu es très beau, complimenta-t-elle avec tendresse, il faut le montrer.
Il sourit puis elle entama sa tâche dans un silence léger, prenant son temps. Eywani nota le soin qu'elle mettait à ne pas toucher ses vrilles neurales, sachant qu'à son âge, il n'y avait que son compagnon ou sa compagne qui pourrait les toucher, la chose intime. Il avait cependant remarqué que les Na'vi étaient très habiles pour parvenir à tresser le tswin des autres sans toucher aux vrilles. Il profita d'ailleurs du traitement doux et agréable, se laissant totalement faire par cette femme se comportant comme une grand-mère tendre avec lui. Lorsqu'elle eut terminé et qu'il se releva, il se trouva bien plus à l'aise avec ses vrilles ainsi protégées et maintenues, la remerciant. Ce jour là, il appréhenda un peu plus son nouveau corps, beaucoup venant gambader avec lui pour l'aider à trouver ses équilibres, découvrir ce qu'il pouvait faire ou non.
Dans les jours qui suivirent, ce fut un peu l'effervescence au village fêtant cette nouvelle et on avait insisté pour préparer les cérémonies de passage et d'entrée dans le clan pour Eywani qui en avait été très touché. On avait décidé de se passer d'Uniltaron, sachant qu'il avait déjà fait ce chemin vers son animal intérieur avec son propre peuple. En revanche, on lui proposa de passer Iknimaya et d'aller se présenter aux Ikran pour se trouver un partenaire de vol, la chose très tentante pour lui. Mais avant, on voulait lui faire découvrir Tsaheylu et il avait pour cela un partenaire tout désigné. Aussi ce matin là, entouré des chasseurs, Eywani s'était installé sur le dos d'Aethei qui semblait tout excité. Tsu'tey vint lui expliquer une dernière fois comme s'y prendre et ce fut avec une certaine excitation que Eywani attrapa son tswin et l'antenne neurale de son palulukan dévoilant leurs vrilles ondulant doucement. Il prit une inspiration et les lia doucement. Immédiatement, ce fut comme si lui et Aethei ne faisait plus qu'un. Une joie brute et profonde se répandit en lui, mêlé d'affection, de protection, de force et d'envie de jouer. Il comprit rapidement que cela venait de son partenaire. Il sentait sa puissance, chacun de ses muscles, sa respiration... C'était incroyable. Ça ressemblait un peu à ce qu'il avait connu avec des montures magiques sauf que là, il ressentait aussi le corps de l'animal comme si c'était le sien, le lien plus profond encore. C'était phénoménal à ses yeux et il sourit, respirant fort sous la monté d'émotion alors que les chasseurs le regardaient avec compréhension, le laissant savourer. Aethei se mit bientôt à sautiller avec excitation, comme attendant un top départ et Eywani sourit davantage, son enthousiasme se communiquant à lui.
- Allons jouer un peu, s'amusa-t-il.
Le palulukan rugit de joie avant de s'élancer vers la forêt, emmenant son cavalier dans une balade mémorable en forêt, amusant les Omaticaya ayant parfaitement saisi. Ce fut sans mal que Eywani comprit comment gérer et utiliser ce lien, la chose naturelle pour lui et il eut l'impression de revivre et de redécouvrir le monde avec Aethei, sa puissance, sa vitesse, son agilité, ses sens lui permettant de faire ce que lui même ne pourrait jamais exécuter. C'était vraiment fantastique et il rit de bonheur alors qu'ils courraient comme le vent en forêt, sautant de petits ravins, bondissant dans les arbres. C'était la liberté et ça faisait du bien. Il avait vraiment hâte de découvrir cela avec un Ikran. Lorsqu'il rentra au village, il rayonnait de bonheur, tous souriant de le voir ainsi.
Ainsi, le lendemain, c'était avec joie que les chasseurs l'emmenèrent vers les montagnes flottantes et le territoire des Ikran où on passait Iknimaya traditionnellement. Ils arrivèrent finalement à destination et si les chasseurs avaient crus que cela serait simple pour Eywani avec son lien exceptionnel avec la nature, ce fut avec surprise qu'ils virent tout les Ikran détaler à son approche, pas un ne restant dans le périmètre pour lui laisser une chance. Ils en furent troublés, ne comprenant pas. Quand on avait vu les Ikran sauvages venir voler et jouer avec lui, on ne se doutait pas qu'ils le fuient de la sorte. Ce fut avec une certaine tension que Tsu'tey, Peyral et Oslin qui l'accompagnaient regardèrent leur frère, craignant qu'il ne soit blessé par cela. Seulement, ce n'était pas du tout le cas. Eywani souriait doucement en regardant loin dans les montagnes.
- Il est là, remarqua-t-il doucement.
- Qui ? demanda Tsu'tey. Ton partenaire ?
- Oui, approuva-t-il. Il m'attend. Ils savent tous qui je suis, ce que j'étais avant, expliqua-t-il sans les surprendre. Ils savent que je savais voler et ils savent pourquoi je suis là. Mon partenaire sera mes nouvelles ailes mais avant de le devenir, il veut que je lui prouve quelque chose.
- Quoi ? demanda Oslin curieux.
- Que je lui fais confiance, dit-il mystérieusement.
Il leur sourit avant de se mettre à courir et de bondir dans le vide les paniquant.
- Eywani ! hurla Tsu'tey.
Un cri assourdissant les surpris alors qu'ils se penchaient tout trois au bord de la falaise pour trouver leur frère déjà bien plus bas. Ils relevèrent le regard pour voir un Toruk qui arrivait à toute vitesse, le même qui venait toujours jouer avec l'ancien Aïais. Il s'approcha avant de plonger en piquet vers Eywani sous leurs regards ahuris. Il descendit, les affolant un peu lorsqu'il frôla leur frère qui ne bougeait pas, le regardant faire. L'immense prédateur le dépassa, ouvrit les ailes pour freiner et ce fut presque doucement que Eywani se retrouva allongé sur son dos. Toruk redressa pour remonter doucement, planant en jetant des regard au Na'vi sur son dos. Celui-ci bougea alors pour aller s'installer correctement, attrapant la grosse antenne neurale de l'animal, puis son tswin pour ensuite faire Tsaheylu. Ce fut la chose la plus incroyable que Eywani ait jamais vécu. S'il avait cru ses ailes puissantes, celle de son ami étaient prodigieuses, d'une force sans égal. Le ressentir était extraordinaire. Comme avec Aethei, une joie immense se propagea en lui mêlé d'excitation et il ne lui en fallut pas plus. Il sourit, s'installant correctement et une seconde plus tard, ils étaient partis voler ensemble, enchaînant figures sur figures, acrobaties sur acrobaties, les cris de joies d'Eywani se mêlant aux rugissement de bonheur de sa monture.
Les chasseurs regardèrent un moment, stupéfaits d'avoir vu cela avant de sourire devant l'euphorie du nouveau duo, de leur fusion parfaite, de leur vol incroyable. Ils appelèrent finalement leurs Ikran et allèrent voler avec eux, admirant ce duo légendaire pour leur peuple. Eywani était le sixième Toruk Makto de leur histoire. Autant dire que leur retour au village avec Toruk nouvellement nommé Casye par Eywani avait fait grand impression. On avait vu Aethei venir à leur rencontre, les deux prédateurs se sentant mutuellement avec délicatesse, émettant de petits bruits doux avant de se séparer tranquillement. Après cela, on avait donné lieu à la cérémonie de seconde naissance d'Eywani qui avait été bouleversé positivement. On lui avait offert des ornements à mettre dans ses cheveux ou sur lui, fait avec les plumes qu'on avait récupéré à sa transformation et il avait été là aussi très touché. Puis on avait fait la fête toute la soirée et toute la nuit.
Les jours qui avaient suivis avaient été des plus paisibles pour Eywani. Il s'était totalement apaisé et il souriait de nouveau. On lui avait donné un hamac comme à tous maintenant qu'il pouvait s'y loger mais il n'était pas rare qu'il soit entraîné avec Ara'at et Galraede pour dormir avec eux comme les parents dormaient avec leurs enfants pas encore accouplé. Cela semblait d'ailleurs faire beaucoup de bien au jeune Na'vi. C'était joyeusement que Eywani avait repris toutes ses activités d'avant au sein de la tribu, ses apprentissages, ses analyses magiques, ses tâches chez les guérisseurs qu'il assistait de plus en plus. Il passait beaucoup de temps avec les animaux sauvages, à tout tester de sa magie. Il retournait prendre des moments de repos au soleil près de la rivière, allait se promener en forêt seul ou avec d'autres, allait jouer avec Aethei et tout les jours, il allait voler avec Casye. Le seul moment où on le voyait tendu étaient lorsqu'il y avait des Gens du Ciel non loin. Dans ces cas là, soit il allait se cacher haut dans l'Arbre Maison, Aethei et Casye allant avec lui, protecteurs et rassurant, soit il s'en allait voler avec son partenaire ailé, partant loin un moment. Une chose était certaine et compréhensible, Eywani était terrorisé par les Gens du Ciel.
Désormais, Eywani avait totalement sa place dans la tribu. S'il l'avait toujours eu pour les Omaticaya, ce n'était que depuis l'apparition Aïaikamara et sa transformation que Eywani se l'autorisait vraiment. Le temps se remit à passer paisiblement pour lui, l'ancien Aïais se remettant de plus en plus de son passé, s'apaisant. Un an après son arrivée chez les Omaticaya, Eywani avait bien évolué. Il avait trouvé son domaine de prédilection dans les soins à la nature et aux animaux bien qu'il étudie toujours l'art de guérir les Na'vi aussi. Mais il préférait visiblement s'occuper des animaux et des plantes, de la terre. Il avait d'ailleurs usé de sa magie pour guérir l'arbre déchiqueté par Aethei lorsqu'il avait failli se noyer. Il aimait étudier les plantes et les animaux, passer des heures à les observer sans s'en lasser. Il suivait aussi toujours les enseignement de Tsahik et il n'hésitait pas à transmettre son propre savoir, à faciliter le contact des Omaticaya avec Eywa.
Ce jour là, comme régulièrement, Eywani était allé en forêt pour explorer et chercher des plantes, Aethei avec lui. Il aimait se promener seul de temps à autre bien qu'il ne le soit jamais totalement, Aethei ou Casye avec lui. Les Omaticaya n'étaient pas inquiets pour lui. Entre sa magie et ses partenaires au sommet de la chaîne alimentaire, il ne risquait pas grand chose. Il était en train d'observer et d'analyser de ses pouvoirs une immense fleur, la rose de guérison, dotée de propriétés de soins étonnantes. Une plante fascinante pour lui et sa magie était d'accord. Elle servait déjà dans bien des remèdes Na'vi mais il était certain de pouvoir faire plus encore avec. Il était là depuis un moment quand un groupe mené par Tsu'tey à dos de Pa'li passa par là, revenant d'une patrouille. Ils s'arrêtèrent et se saluèrent, Tsu'tey ordonnant aux autres de rentrer alors qu'il descendait de sa monture pour venir le voir, avisant Aethei allongé un peu plus loin qui l'observait.
- Cette fleur est incroyable, remarqua Eywani alors que Tsu'tey s'accroupissait près de lui.
- Elle l'est. Est-ce l'on t'a raconté comment on a découvert ses dons de soins ?
- Non.
- C'est le clan Tawkami qui en a découvert les propriétés et ce sont eux qui fabriquent les remèdes que l'on fait avec. Leur savoir sur les substances est très grand. On dit qu'un jour, une paire de Tawkami a été pris en chasse par une meute de Nantang affamée. Ils ont fuis et sont tombés sur un champs de rose de guérison. Toute la plante est toxique à l'exception de son nectar mais on ne le savait pas à ce moment là. En désespoir de cause, la paire s'est réfugiée à l'intérieur de l'une de ces fleur. Les prédateurs les ont perdu et sont partis. Lorsqu'ils sont ressortis de là, leurs blessures étaient guéris et c'est comme ça que l'on a découvert les propriétés du nectar.
- Le destin fait souvent bien les choses, sourit Eywani en se tournant vers lui.
- Je suis d'accord, rendit-il.
Il y eut un moment de silence entre eux, Eywani reportant finalement son attention sur son ami, s'agenouillant face à lui.
- Je suis heureux d'être ici avec vous, confia-t-il avec une expression apaisée.
- Et nous sommes heureux que tu sois là. J'aimerais te demander quelque chose.
- Quoi ? demanda-t-il en penchant adorablement sa tête sur le côté.
- Tu as fait d'énormes efforts pour apprendre très vite notre culture et nos mœurs mais je réalise que nous n'avons pas vraiment fait de même pour toi.
- C'est faux, sourit-il. Vous avez appris aussi de ma culture et vous l'acceptez.
- Oui mais je parle de choses plus communes. Comme... des gestes ou des habitudes de ton peuple. J'y ai pensé en te voyant accoler ton front à celui de l'autre Aïais qui est apparu.
- Aïaikamara, renseigna-t-il avec douceur.
- Oui, son nom est compliqué, dit-il en le faisant rire.
- C'est vrai.
- On aurait dit un geste... d'affection peut-être ? hésita-t-il.
- C'est plus que ça en faîte. Pour les Aïais, accoler et étreindre les mains ainsi est un geste symbole d'unité, de cohésion, un geste qui nous assure que nous ne sommes pas seul et que quelqu'un est là pour nous soutenir, nous tenir s'il le faut. En gros ça veut dire « je suis là, avec toi et je ne te lâcherais pas ». On peut le faire juste à deux ou alors en ronde à plusieurs, dit-il le regard un peu triste.
Il fut donc touché lorsque Tsu'tey lui présenta sa main comme son mentor l'avait fait. Il sourit, ému et il vint lentement accoler sa paume à la sienne, leurs huit doigts s'entrelaçant.
- Merci, dit-il la voix tremblante.
- Si cela peut te réconforter, répondit-il. Nous pouvons aussi utiliser tes habitudes, il n'y a pas de raison. Et qu'est-ce les fronts accolés veulent dire ?
- Les Aïais ont un lien télépathique invisible entre eux mais il est plus fort encore lorsque nous mettons nos fronts l'un contre l'autre ainsi. C'est une sorte de communion spirituelle pour nous mais on ne fait cela qu'avec ceux qui nous sont très proches. C'est rassurant, ça fait du bien. C'est un geste d'affection.
- Je vois. J'imagine que ça ne serait pas pareil avec nous ?
- Non il faudrait un lien magique mais... mais..., hésita-t-il.
Comprenant, Tsu'tey se pencha vers lui, lui présentant son front et Eywani en eu les larmes aux yeux lorsqu'il saisit ce qu'il faisait. Serrant un peu plus la main qu'il tenait toujours, il vint accoler son front à celui du chasseur, fermant les yeux pour savourer ce contact. Ce n'était pas comme avec son ancien peuple. Il n'y avait pas de lien mental mais le geste à lui seul était réconfortant. Ils restèrent ainsi en silence un long moment, Eywani se détendant totalement avant de reculer un peu.
- Merci Tsu'tey, bredouilla-t-il.
- Ce n'est rien, répondit le chasseur. J'aimerais aussi en apprendre plus sur la vie simple des Aïais.
- Je te montrerais si tu veux, assura-t-il heureux qu'il s'y intéresse.
- J'en serais ravi. Nous devrions rentrer maintenant. C'est bientôt l'heure de manger.
Eywani approuva et ils prirent leurs montures respectives pour se mettre en route. Ils se mirent bientôt à se chamailler gentiment, la chose se terminant en course vers le village. Course qui fut évidemment largement gagnée par Aethei qui débarqua en trombe dans le village, sautillant d'amusement avec son cavalier riant à sa victoire, Tsu'tey encore loin derrière. Il se figea pourtant net, se tétanisant alors que ses yeux tombaient sur une chose qu'il ne voulait pas voir. Là, un peu plus loin, plusieurs Marcheurs de Rêves étaient là avec des enfants, Neytiri et Sylwanin. Ils le fixaient d'ailleurs avec ahurissement, l'observant avidement. Il se tendit un peu plus, une terreur terrible coulant en lui alors qu'il sentait la panique l'envahir. Il n'entendit même pas sa monture rugir avec menace vers eux avant de bondir pour l'emmener loin de là. Tsu'tey eu à peine le temps de le voir disparaître dans l'Arbre Maison alors qu'il arrivait enfin. Il comprit immédiatement en voyant les démons, se fermant totalement. Il sauta immédiatement au sol, partant vers la cachette d'Eywani au sommet de l'arbre, sachant qu'il irait probablement par là.
Lorsqu'il y arriva, ce fut pour trouver son ami tremblant compulsivement, roulé en boule entre les pattes d'Aethei gémissant d'inquiétude. Il s'approcha doucement, calme :
- Eywani ? Eywani, tout vas bien. Il ne t'arrivera rien.
- Tsu'tey, gémit-il pitoyablement en relevant la tête vers lui.
- Viens par là, dit-il en lui ouvrant les bras.
Il n'en fallut pas plus pour que Eywani se jette contre lui, tremblant de peur. Il l'étreignit avec chaleur, protecteur et tranquille pour l'apaiser.
- Ne t'en fais pas, jamais on ne les laissera t'approcher ou te faire quoi que ce soit c'est promis. Tu n'as rien à craindre.
- Ils m'ont vu, gémit-il.
- On a déjà inventé une excuse tu le sais. Ça ira ne t'en fais pas. On ne les laissera pas te faire le moindre mal c'est juré. Alors calme toi. Je te protégerais
- J'ai peur, murmura-t-il. Je n'arrive pas à m'en empêcher.
- Je sais. Ce n'est rien. Tu as le droit d'avoir peur. C'est normal. Mais tu n'es pas tout seul et nous sommes là avec toi. Je suis là et je ne te laisserais pas. Alors calme toi.
Il sentit Eywani se terrer un peu plus contre lui et il resserra son étreinte, se promettant de protéger celui qui prenait de plus en plus de place dans sa vie et pour qui il avait déjà tant d'affection.
À suivre...
Audragon
