Note : Le morceau est évidemment "Lonely Lord", tiré de la BO de la série. J'adore ce morceau, au point que mes voisins doivent me haïr tant je le joue chez moi ... Et je tiens à noter qu'il y a un personnage que j'ai adoré écrire. C'est probablement un de mes c*nnards préférés ^^


Chapitre 6


Ils arrivèrent dans le couloir donnant à la salle de réception. Le majordome qui les accueillit se fendit d'une révérence devant l'Empereur, puis demanda :

- Qui dois-je annoncer ?

- Madame Wyndham, ambassadrice de la planète Terron, dans la Voie Lactée.

L'homme acquiesça, et les devança. Lorelei jeta un œil vers son cavalier : le tyran semblait parfaitement à l'aise, son mensonge absolument imperceptible.

Ils avancèrent ensemble dans le corridor, et juste avant de franchir l'encadrure donnant sur la salle, ils entendirent le majordome les annoncer.

- Son Altesse Royale, Empereur suprême du grand Empire de Gamilas, Abelt Dessler ! Madame Wyndham, ambassadrice de la planète Terron, dans la Voie Lactée.

Tous ses muscles se contractèrent, pris par une tension inextinguible. Ils passèrent le porche, et se trouvèrent en haut d'une volée de marches, qui offrait une vue sur toute la salle.

A l'annonce de l'arrivée du monarque, toutes les conversations s'étaient arrêtées, et les invités, voyant leur Empereur entrer et descendre les escaliers, s'exclamèrent tous d'une seule voix, le bras levé et la paume de face, à hauteur de leurs têtes :

- Gharle Gamilon ! Gharle Dessler !

Lorelei déglutit difficilement, terriblement gênée d'être observée par tout le monde, par la salle entière, là où l'homme qui se tenait à côté d'elle semblait parfaitement à l'aise. Des regards étonnés ou médisants se braquèrent sur elle. Mais elle prit une inspiration discrète, et suivit Dessler qui avait déjà été arrêté par l'un de ses ministres.

- Gharle Phezeron, le salua l'homme chauve aux yeux injectés de sang qui se tenait devant lui.

Le monarque soupira discrètement de lassitude, invitant son ministre à ne pas entamer cette ritournelle des politesses qui l'ennuyait tant. Celui-ci s'arrêta immédiatement, et l'entretint d'une affaire urgente qu'il n'avait vraisemblablement pas eu le temps de traiter auparavant.

- Pardonnez-moi, s'interrompit l'homme en remarquant la présence de Lorelei. Bonsoir, Madame.

- Hiss, voici Lorelei Wyndham, l'ambassadrice de la planète Terron.

- Enchanté Madame, dit-il en lui tendant une main qu'elle serra poliment. Je suis Redoff Hiss, Ministre des affaires domestiques et Premier Ministre du Noble Empire Gamilien.

La jeune femme échangea un regard avec le dictateur, et un sourire se dessina légèrement sur ses lèvres.

- C'est un honneur de faire votre connaissance, Monsieur le Ministre.

- Très chère, je souhaiterais m'entretenir quelques minutes avec le Ministre. Je ne serai pas long, allez profiter de la soirée, je vous rejoindrai plus tard.

- Très bien … votre Altesse.

Elle échangea un regard significatif avec le gamilien, qui la menaça en silence. Un pas de travers, et elle était bonne pour le peloton d'exécution. Ou pire.

Se trouvant au centre de la salle, la musique jouée par un petit orchestre lui faisant tourner la tête, Lorelei se sentit soudain très seule. Des regards arrivaient de toutes parts, parfois hautains, méprisants, empreints de jalousie, moqueurs. Elle avait cru comprendre que les races dont la peau n'était pas bleue étaient mal perçues par les gamiliens. Elle espérait seulement que c'était pour cette raison que tous ces regards pesaient sur elle.

- Bonsoir, l'arrêta-t-on soudain.

Un homme de haute stature malgré une frêle carrure l'avait salué. Ses joues creusées et ses cheveux blancs accentuaient l'aspect délavé de ses yeux, qui étaient d'autant plus effrayants qu'un sourire dérageant était incrusté sur ses lèvres.

- Bonsoir Monsieur.

- Je suis Hydom Gimley, directeur général de l'armée impériale, se présenta-t-il en lui tendant une main polie.

- Lorelei Wyndham, ambassadrice de la planète Terre.

Il posa un baiser sur sa main, aussi délicat qu'un serpent.

- Vous avez fait une entrée remarquée.

- J'ai cru comprendre.

- Méfiez-vous, sourit-il. Vous avez dû voir une certaine animosité dans la foule. C'est car beaucoup seront avides de prendre votre place. Soyez sur vos gardes.

Il lui donna un frisson. Etait-ce des menaces ?

- Merci de vos conseils, Monsieur. Néanmoins, il vaudrait mieux pour ces gens de ne pas réclamer ma place, elle est des plus inconfortables.

- Est-elle si déplaisante ?

Ils parlaient à mots couverts, dans des termes pleins de sous-sens, ce qui lui donna l'impression de marcher sur un fil.

- Je suppose que la gestion des affaires étrangères est une tâche certes enviable, mais qui est extrêmement délicate. Il faut parvenir à concéder les intérêts de deux gouvernements très différents, et je risque beaucoup en occupant ce poste, vous savez.

Elle lui adressa un sourire qu'elle voulait assuré.

- J'imagine, rit-il, son intérêt piqué. N'hésitez pas si vous avez besoin de quoi que ce soit.

- C'est très aimable.

- Ce n'est rien. En revanche, je me demande en quoi la transmission des directives impériales à votre … peuple est si risquée. Les Terrons ne sont pas prêts à accepter les accords proposés par Gamilas ?

La militaire se tendit. Le sujet difficile était abordé bien vite …

- Ces accords semblent désavantager mon peuple, je suppose qu'il est normal que trouver des compromis soit notre priorité.

Gimley retint un rire.

- Les compromis ne sont pas la spécialité de l'Empire, très chère … Et cela m'étonne même que l'Empereur négocie avec des espèces …

Un homme l'interrompit avant qu'il ne puisse finir sa phrase.

- Mon cher Gimley, n'effrayez pas cette pauvre créature. Elle est venue pour négocier, c'est bien la preuve que son peuple est plus évolué que ceux qui répondent par la guerre, n'est-ce pas ?

Lorelei se décomposa : Dessler lui avait dit et répété que c'était la Terre qui avait ouvert le feu. Elle ne le croyait pas, mais ne pouvait s'empêcher de remettre en question les annonces de l'UNCF.

- Bonsoir Monsieur, le salua-t-elle, néanmoins reconnaissante qu'il ait empêché Gimley d'avoir des propos xénophobes.

- Amiral Gul Dietz, Commandant Suprême de la Flotte Gamilienne. Je suis ravi de faire votre connaissance, Mademoiselle.

Ils échangèrent une poignée de main. L'homme avait un œil barré par une cicatrice, et imposait le respect. La discussion reprit, mais Lorelei ne se sentait toujours pas à son aise : le regard et les propos du général de la garde impériale avaient tendance à rester dérangeants, quand bien même Dietz était là pour l'empêcher de trop dépasser les limites de la politesse. Il devait être normal pour les haut-rangs gamiliens de tenir des propos aussi durs à l'égard des autres espèces, cependant, cela agaçait énormément la terrienne, qui prenait considérablement sur elle pour laisser passer.

- N'est-ce pas problématique de ne pas avoir un état centralisé sur votre planète ? De ce que j'ai compris, les Terrons ont plusieurs gouvernements qui coexistent, c'est bien cela ?

- C'est exact. Nous fonctionnons avec plusieurs états établis en parallèle, et ils se coordonnent en fonction de leurs accords respectifs.

- C'est fascinant … Mais comment faites-vous pour conserver l'ordre et l'obéissance du peuple ? demanda poliment Dietz.

- On ne le conserve pas … La quasi-totalité de nos états dépendent du peuple lui-même, en réalité.

- Comment cela ? s'étonna Gimley, n'y a-t-il pas des institutions militaires et gouvernementales pour faire régner l'ordre ?

- Si, il y a une organisation militaire à échelle planétaire, l'UNCF. Mais celle-ci se concentre davantage sur la défense du territoire terrien.

- J'ai cru comprendre que le peuple décidait de son souverain ? ajouta-t-il en plissant les paupières, légèrement moqueur. N'est-ce pas risquer de compromettre l'ordre ? D'un autre côté, ça parait assez élaboré comme système, pour une planète aussi reculée …

Ses propos étaient parfaitement calculés pour ne pas franchir les bornes de l'incident diplomatique. D'un côté, Lorelei savait bien qu'il ne risquait rien à l'attaquer verbalement, puisqu'elle n'était pas réellement ambassadrice. La jeune femme s'interrogea une seconde : peut-être était-il au courant de la supercherie, et tentait-il de la pousser à se trahir ? Mais cela n'aurait-il pas été trahir Dessler par la même occasion ? Elle planta alors son regard dans celui de Gimley, déterminée à ne pas se laisser faire.

- Au contraire, c'est en mettant en place des démocraties que les différents pays sont parvenus à une relative stabilité. En effet, c'est le peuple qui décide qui il met au pouvoir, et il n'est pas supposé choisir la richesse ou la lignée, mais la compétence.

Jouer sur le même tableau que le sien était la seule chose qu'elle puisse faire, sachant que bien qu'elle fût en train de remettre en question la légitimité de l'Empire Gamilien, rien dans son discours ne le visait directement. Elle lui en laissant la seule appréciation.

La militaire dégaina alors son plus beau sourire, et s'excusa auprès des deux hommes.

- Je vais vous laisser, Messieurs. Passez une excellente soirée.

Croisant une dernière fois le regard glacial du général, elle eut du mal à réprimer un sourire plus fanfaron, fière de lui avoir cloué le bec. Dietz la regarda s'éloigner, plutôt amusé par la repartie de la jeune femme. Lui non plus n'appréciait pas particulièrement son confrère, et voir que cette jeune ambassadrice s'était débrouillée seule, au point de laisser pantois Hydom Gimley en personne était assez agréable, il fallait l'admettre.

Lorelei s'éloigna d'un pas décidé, mais néanmoins discret, continuant de jouer la carte du paraître. Les sphères gouvernementales de la société gamilienne étaient aussi désagréables qu'elle ne s'imaginait leur pendant terrien. Les mots de Gimley lui revinrent en mémoire.

Les compromis ne sont pas la spécialité de l'Empire, très chère …

Devait-elle s'inquiéter du sort de la Terre ? Assurément, mais son propre sort l'occupait déjà énormément, et elle devait d'abord trouver le moyen de tirer son épingle du jeu, de s'extirper de sa position de pion d'un certain tyran à la peau bleue …

Ce fut avec ces pensées si noires et tourbillonnantes qu'elle s'assit, trouvant une chaise dans l'un des angles de la salle, près du buffet. Elle préférait ne toucher à rien : Dessler l'avait prévenue que les tentatives d'empoisonnement étaient très faciles à mettre en œuvre lors de ce genre de réceptions. Les petites astuces des dictateurs, n'est-ce pas …

Assise dans un coin, redoutant toujours la présence d'autrui après de si longs mois d'isolement, la jeune femme essaya de se reprendre, se trouvant stupide de se laisser impressionner par si peu. Le bruit des discussions et des danses l'étourdissait un peu, et elle préférait rester à l'écart, finalement, craignant tout de même de faire un faux pas, ayant déjà manqué de se trahir face à l'un des plus hauts dignitaires gamiliens.

- Madame ? Veuillez m'excuser, attendez-vous quelqu'un ?

Une voix la tira de sa rêverie noire. Elle leva le visage : un homme en costume militaire se tenait face à elle, et désignait d'un geste la chaise à côté de la sienne.

- Pardonnez-moi, non, je n'attends personne.

- Puis-je m'assoir ?

- Bien sûr.

Il s'assit. L'homme était impressionnant : son regard était couvert par de folles mèches brunes, et il dégageait une prestance étonnante, droit et rigide. Son air sérieux n'invitait pas à la plaisanterie. Mais il semblait être complètement décalé par rapport à la soirée, c'était étrange.

- Vous ne profitez pas de la fête ? demanda doucement Lorelei, amusée de le voir aussi mal à l'aise dans sa chaise.

- Je pourrais vous retourner la question, répondit-il en lui adressant un regard.

- Disons que je ne suis pas très familière avec les coutumes gamiliennes.

Il avait déjà pu remarquer son léger accent. Une lueur amusée transparaissait dans ses yeux.

- D'où venez-vous ?

- D'une planète lointaine, cela ne vous dira rien …

- Dites toujours, on ne sait jamais.

- La Terre.

- En effet, cela ne me dit rien. Pardonnez-moi, j'en oublie mes bonnes manières. Capitaine Wolf Flakken.

- Lorelei Wyndham.

Ils se serrèrent la main.

- Donc, pourquoi fuyez-vous les danses et les flatteries ? sourit Lorelei.

- Disons que je ne fréquente les fêtes que pour leurs buffets. Le beau monde ne m'enchante pas vraiment, et je suis incroyablement gauche dès que je quitte mon vaisseau.

- Je vous comprends, rit-elle. Ainsi, vous êtes militaire ?

- Lieutenant dans la marine impériale, sous les ordres de l'amiral Dietz. Mais je vais vous ennuyer …

- Bien sûr que non ! Je euh, j'étais moi-même militaire par le passé.

Elle s'était retenue de dire « je suis ».

- Ah bon ? Vous l'étiez ?

- J'ai servi quelques années sur un vaisseau pour ma planète. Rien de bien palpitant, mais une ou deux batailles tout de même …

- Vous officiez pour le mess ? demanda-t-il, taquin.

- Sergent, Monsieur, au sein de la division scientifique et tactique embarquée, répliqua-t-elle, entrant dans son jeu.

- Madame a brillé par ses exploits aussi, à ce que je vois … se moqua-t-il gentiment. Vous cachez bien votre jeu.

- Travailler à l'ambassade n'est pas si tranquille qu'on pourrait le penser … Mais assez parlé de moi, sur quel genre de vaisseau êtes-vous capitaine ?

- Vous avez peut-être entendu parler du UX-01 ? C'est l'un des sous-marins dimensionnels de la flotte impériale.

- Un sous-marin dimensionnel ? Comment cela fonctionne-t-il ?

Ils discutèrent un moment ainsi ; il lui expliqua le fonctionnement d'un sous-marin dimensionnel, et elle lui parla un peu de la Terre. Sous ses airs de loup de mer, Flakken se révéla avoir une conversation passionnante, doublé d'un grand respect et intérêt pour les cultures étrangères à Gamilas.

- Mais la culture d'un pays n'a rien parfois rien voir avec celle d'autres endroits.

- C'est fascinant … Dites m'en plus sur …

Il s'interrompit, croisant un regard dans la foule. C'était un homme de grande taille, brun, qui avait à son bras une superbe jeune femme blonde. Flakken leur fit un signe de la main.

- C'est le Commandant Domel, le fleuron de notre flotte, dit-il à la terrienne avant de se lever pour saluer son ami.

- Wolf ! Quelle surprise de te voir ici ! s'étonna Domel. Tu es sorti de ta grotte à ce que je vois …

- Elk, toujours aussi drôle. Madame, s'inclina-t-il poliment devant la femme au bras du militaire.

- Monsieur Flakken, c'est un plaisir de vous revoir.

- Mais tu es en charmante compagnie, fit remarquer l'homme. Madame, ravi de vous rencontrer, je suis le Commandant Elk Domel, et voici mon épouse, Elisa.

- C'est un honneur de vous rencontrer. Je suis Lorelei Wyndham, ambassadrice de la Terre.

- Vous accompagniez le Seigneur Dessler, n'est-ce pas ? demanda Elisa, souriant amicalement.

- En effet.

Les deux hommes s'étaient lancés dans une discussion sur leurs beaux jours dans l'armée, et Lorelei se trouva face à l'épouse de Domel.

- Vous avez une robe magnifique, la complimenta discrètement cette dernière.

- Oh, j-je vous remercie … bafouilla Lorelei. La vôtre vous va à la perfection …

- Merci beaucoup, rit Elisa, ses joues rosissant légèrement.

Elle portait une longue robe noire, qui couvrait son cou, mais laissait ses bras nus. Le tissu serré laissait transparaître un début de ventre rond.

- La naissance est pour quand ? les interrompit doucement Flakken.

- Encore quelques mois, sourit-elle.

La conversation reprit, et ils passèrent un excellent moment. Lorelei en apprit un peu plus sur le commandant et son épouse, et échangea une ou deux plaisanteries avec Flakken qui firent beaucoup rire Elisa quand celles-ci étaient à propos de son époux.

Si le début de soirée avait lui parut catastrophique, Lorelei s'amusa beaucoup en présence des trois gamiliens. Ils étaient de charmante compagnie, et la conversation ne lui imposait pas de se défendre sans cesse comme cela avait été le cas avec Dietz et Gimley.

On les interrompit soudain.

- Bonsoir, les salua Abelt Dessler, qui avait surgi de derrière Lorelei, passant par la même une main sur son épaule.

- Votre Altesse, se raidirent soudain les trois gamiliens.

- Je vois que vous avez rencontré notre charmante invitée, continua-t-il en échangeant un regard avec l'intéressée.

La militaire se tendit, gênée du contact qu'il lui imposait. Malgré le gant qui la coupait de sa peau, elle sentait tout de même une certaine pression qui l'inquiétait un peu.

Il échangea quelques mots avec les deux militaires de son armée, qu'il semblait connaître personnellement. Les deux femmes échangèrent un regard amusé quand elles constatèrent la tension soudaine qui avait repris Flakken et Domel. Puis une main gantée de blanc s'interposa devant Lorelei.

- Je vous prierai de m'excuser, sourit le monarque, je vous emprunte Madame l'ambassadrice. Je lui avais promis une danse, et il serait tout à fait incorrect de manquer à ses engagements auprès d'une créature aussi ravissante.

Un petit rire agita les quatre convives, qui n'avaient aucune raison de s'opposer à la volonté de leur Empereur. Celui-ci échangea un regard avec Lorelei, pour lui ordonner sans mot de prendre sa main, puis se tourna vers Elisa.

- J'allais oublier, Madame. Vous avez toutes mes félicitations pour votre grossesse. Vous êtes peut-être l'épouse d'un héros militaire, mais vous méritez tout autant de compliments.

- C'est un honneur, Votre Altesse.

Elle croisa les bras sur sa poitrine, et s'inclina légèrement.

- Passez une très bonne soirée. Madame ? rappela-t-il Lorelei.

La jeune femme les salua poliment, et leur adressa un sourire, puis suivit Dessler qui l'entrainait vers la piste de danse.

Face à elle, il posa une main sur sa hanche, prenant l'autre dans sa paume.

- Vous savez danser ?

- Il est un peu tard pour s'en préoccuper ! paniqua Lorelei dans un soupir.

La musique reprit, doucement, et l'homme l'attira contre lui, la forçant à suivre son pas. La mélodie était belle, un brin mélancolique peut-être, sortant d'instruments en métal comme elle n'en avait jamais vu, biscornus et luisants.

Il grimaça une ou deux fois quand elle lui écrasa les bottes par inadvertance. La jeune femme avait les yeux rivés sur ses pieds pour éviter de faire un énième faux pas.

- Regardez devant vous, la gronda doucement Dessler.

- Je voudrais bien vous y voir, répliqua-t-elle sur le même ton, tous bas.

- Essayez de me faire un peu confiance.

Les joues de plus en plus brûlantes, la jeune femme essayait d'éviter son regard. Elle sentait ceux du reste de la salle posés sur eux, observés. Ils devaient être le sujet de toutes les conversations.

Leurs cheveux virevoltaient au rythme de leurs pas sur le dallage. La musique n'était pas si rapide, et Lorelei se fustigeait intérieurement d'être empotée à ce point.

Soudain le tempo se fit plus rapide, et leurs pas accélérèrent. La jeune femme était à bout de souffle, retenant sa respiration sans vraiment le vouloir. De petites contre-mélodies s'élevèrent, et le rythme s'accentua. L'homme menait la danse d'une main de fer, parfaitement à l'aise là où elle aurait préféré mourir que de se ridiculiser de la sorte. La main sur sa taille se déplaça à la racine de son dos, et y avait trouvé un moyen plus discret et plus simple de la guider plutôt que de se contenter d'attendre qu'elle suive ses pas.

Il posa son regard sur elle, la voyant tétanisée. Un soupir amusé ne put lui échapper, avant qu'il ne se mette à balayer du regard le reste de l'assemblée. Son visage se fit instantanément plus froid, et il parcourut des yeux, le temps d'un pas, les gens autour d'eux.

Combien, parmi ces regards, lui étaient véritablement acquis ? Lesquels le trahiraient : combien tueraient autant que lui pour le voir disparaître ? Mais il avait une longueur d'avance sur eux tous … S'il n'avait que rarement remis en question la loyauté de son peuple, celle des hautes sphères politiques lui posaient plus de problèmes. Si peu d'entre eux savaient pour l'expansion impériale qu'il devait prendre garde à chacun de ses mouvements.

Cela faisait assez peu de temps que son oncle était mort, trois, quatre ans peut-être. Tout aussi peu de temps qu'il occupait ce rôle. On remettait encore en question sa politique impérialiste ; soit, mais que lui répondrait-on, quand tous verraient que cette conquête n'était pas seulement faite par la force ? Après tout, si les Terroniens s'opposaient à l'implantation gamilienne sur leur planète, l'ambassadrice de Terron accepterait-elle de partager une valse avec lui ?

On les fixait, certes, mais il était parvenu à avoir l'effet escompté.

- J'ai l'impression que tu as bien joué ton rôle …

- Ce n'est pas le moment, ou attendez-vous à ce que je vous écrase les pieds. Volontairement cette fois.

Se penchant à son oreille, il lui souffla quelques mots.

- Tu es très belle.

Il lâcha soudain sa main, et la prenant par les hanches, la fit virevolter dans les airs le temps d'une ronde particulièrement traînante, puis la reposa doucement au sol sur les accords suivants.

Elle avait dû se retenir de pousser une exclamation de surprise, et quand il reprit sa main, elle l'agrippa plus fermement, pour s'assurer qu'il ne recommence pas. Cela lui tira un sourire, et il resserra encore sa prise sur sa taille, rapprochant son corps du sien. A quelques centimètres d'elle, il lui parvint le parfum de ses cheveux.

La musique s'acheva au bout de plusieurs minutes qui lui parurent durer des heures.

S'écartant poliment d'elle, il s'inclina légèrement, et imitant les autres danseurs, Lorelei lui adressa une révérence fébrile.


La soirée se poursuivit jusque tard, et la jeune femme battit en retraite près des chaises. Les trois personnes qu'elle avait eu l'occasion de rencontrer auparavant n'y étaient plus, mais elle n'avait pas la tête à faire la conversation. Effrayée par les mots de Dessler, elle s'était à nouveau isolée dans un coin de la salle. Quelques personnes vinrent lui parler, et elle se plia au jeu docilement, mais la fatigue commença à la gagner. Un soldat de la garde impériale se présenta alors, et l'invita à le suivre.

Bénissant mentalement le soldat, elle le suivit, et il la reconduisit jusqu'à sa prison. En y entrant, seule, elle s'effondra sur son lit, les mains dans les cheveux, passant sur son visage pour effacer la tension, les mensonges, et tout le reste.

La militaire se défit de sa robe, la plia, et la posa sur la table. Elle dénoua ses cheveux, et déposa la pince fleurie sur la pile de tissu. Il faisait sombre, la seule lumière provenant d'Iscandar traversant les fenêtres.

Elle effleura du doigt les reflets insaisissables sur la pince dorée.

Puis se détourna, et tomba sur son lit. Un rire la saisit, froid et anxieux. Nerveusement, elle ne put s'empêcher de rire, laissant retomber la pression. Ce qu'elle avait eu peur, dans ses bras, face à l'homme qui se servait d'elle comme d'un jouet dans ses plans de conquêtes insensées !

Quand elle repensa à combien les films faisaient passer pour romantique une valse entre deux personnages, le rire s'accentua. C'était tellement loin de ce qu'elle avait vécu !

Le sommeil finit par la cueillir, quand le rire se fut tari. Il ne signifiait pas la tranquillité pour autant : elle dormait mal depuis presque un an maintenant, depuis qu'elle avait dormi plus de trois mois pour venir jusqu'à Gamilas comme otage, depuis qu'elle avait vu la mort, depuis qu'elle avait été menacée par le chef d'un Empire galactique sans précédent, et qu'il s'était mis en tête de faire d'elle son jouet.

A son réveil, la robe avait disparu. La pince était toujours sur la table.