Je ne savais pas que je posterai aujourd'hui, mais c'est absolument en accord avec mon humeur immédiate ... Allez, bientôt les vacances !


Chapitre 10


Plongée dans un livre, elle l'avait à peine entendu entrer. D'habitude, elle avait tendance à ne pas se déranger quand il arrivait, et il venait troubler sa lecture assez vite. Mais il ne vint pas. L'homme se contenta de s'approcher de la fenêtre, et de s'y accouder.

Le petit calendrier qu'elle s'était annoté sur du papier indiquait qu'ils étaient en 2199. Tant de mois étaient passés sans faire de vague … Tous les jours se ressemblaient.

Chaque jour, elle voyait ce même reflet creux sur la fenêtre, n'ayant pour seul miroir ces vitres entravées par des barreaux. Elle n'avait pas tant changé, mais voir de si nombreuses années filer entre ses doigts provoquait toujours en son esprit un trouble vertigineux.

Se rendant compte au bout de quelques minutes que Dessler ne lui avait pas même adressé une once d'attention, Lorelei releva les yeux de son livre, et se tourna pour voir où il était parti : dos à elle, le tyran fixait le paysage à travers la fenêtre.

La jeune femme se leva, s'approchant elle aussi de la fenêtre, et s'y accouda non loin du dictateur. Elle manqua de faire une plaisanterie acide comme elle en avait l'habitude, mais se ravisa en voyant l'air fermé qu'arborait l'Empereur.

- Quelque chose ne va pas ? demanda-t-elle doucement.

Il sembla revenir à lui assez soudainement, et lui jeta un regard étrange.

- Je n'aime pas la pluie.

L'homme répliqua cela avec détachement, sans adresser plus d'attention à la jeune femme. Il se détacha du bord de la fenêtre, et tourna les talons.

- Attendez … l'appela Lorelei.

Il lui refit face, interrogateur.

- Il y a un problème, je me trompe ?

Posant son regard mauve sur elle, il parut surpris, puis retrouva son sourire sardonique en une fraction de seconde.

- Tiens donc … Et tu voudrais faire quelque chose ? rit-il, railleur.

- Peut-être … que vous feriez mieux de vous asseoir sur cette chaise, et de m'expliquer. On verra bien ensuite si je vous trouve une solution.

Il la regarda un instant, hautain. Une seconde, la jeune femme pensa qu'il allait l'envoyer paître, tourner les talons et faire voltiger sa cape avec dédain, mais il n'en fit rien. L'homme tira la chaise, et s'assit à la table.

Etonnée, la captive fut néanmoins heureuse de le voir faire. Il était la seule personne à qui elle pouvait parler. Avoir droit à quelques minutes seulement de présence humaine dans sa journée lui aurait semblé trop peu. Alors amusée qu'il ait accepté, elle s'installa en face du dictateur, et lui jeta un petit sourire amicalement moqueur.

- Ce n'est pas tous les jours que le grand Abelt Dessler m'obéit, plaisanta-t-elle. Si ça continue, peut-être que demain je me baladerais dans Baleras, et qu'après-demain, je boirais un café dans un parc sur Terre, qui sait ?

Il appuya sa joue contre ses phalanges, et darda sur elle un regard glacial.

- Si c'était pour faire un commentaire aussi utile, tu aurais mieux fait de te taire.

Agacée, mais convoquant une patience qui commençait à être bien entraînée après presque sept ans passés sur Gamilas, Lorelei posa doucement ses mains sur le plateau de la table, et croisa son regard.

- Que se passe-t-il ? demanda-t-elle.

- Strictement rien.

- S'il ne se passait rien, sourit-elle, vous seriez en train de troubler ma lecture, et de me faire remarquer combien les terriens sont une espèce inférieure à la vôtre.

Le bruit des gouttes d'eau frappait contre la vitre de façon continue. Le ciel verdâtre et couvert par-dessus la première épaisseur de la planète ne laissait pas passer les rayons de Salezar. La lumière, de fait assez basse, donnait à la pièce une atmosphère confinée, que Lorelei ne trouvait pas si désagréable.

- Pourquoi n'aimez-vous pas la pluie ? le questionna-t-elle doucement. C'est ce qui semblait vous inquiéter tout à l'heure.

Il n'aurait pas dû lui dire. Il ferma les yeux une seconde, avant de laisser reparaître sur ses lèvres un sourire mauvais.

- Si tu cherches juste à repérer où sont mes faiblesses, c'est inutile, jeta Dessler en se levant soudain.

- A quoi ça me servirait ? lui répondit-elle.

L'homme se rapprocha de la table, et posant ses deux mains sur le plateau, se pencha légèrement vers elle pour planter son regard dans le sien.

- Tu n'as jamais parlé. De quoi que ce soit, n'est-ce pas ? Sache donc que moi non plus, je ne cède pas. N'attend pas de moi que je tombe dans ton piège aussi facilement.

Un sourire mangeait ses propres lèvres. Il avait pris son visage entre ses doigts, pour la forcer à le regarder. Il s'attendait à trouver de la colère, au moins de la peur. Ça le rassurait toujours, quelque part. Car il savait qu'il avait un contrôle sur ceux qui le craignaient.

Mais Lorelei tentait de ne pas laisser paraître l'inquiétude qu'elle pouvait avoir. S'il avait voulu la tuer, il l'aurait fait bien avant. Il avait bien vu qu'elle ne trahirait pas la Terre, et il ne lui servait à rien de la garder en vie si elle ne lui était pas utile.

- Je ne cherche pas à vous piéger, affirma-t-elle en haussant les épaules. Je suis coincée ici depuis une éternité, et honnêtement, j'ai peu d'espoir de m'en sortir.

Il ne répondit rien, mais elle lut très clairement dans ses yeux qu'il n'en pensait pas moins.

- Depuis que vous m'avez capturé, vous ne m'avez rien fait. Enfin, façon de parler, car vous avez pu être particulièrement odieux. Mais en définitive, je suis vivante : et ma prison pourrait être … pire. Au départ, je pensais que vous me voyiez comme un jouet, et que vous vous lasseriez de venir m'embêter chaque jour.

Elle lui sourit.

- Mais visiblement je me suis trompée, puisque vous êtes là.

L'homme faisait tous les efforts du monde pour ne pas sembler perdu par ses paroles.

- Donc asseyez-vous, et dites-moi ce qui ne va pas, d'accord ?

Il lâcha son visage, et recula d'un pas. La jeune femme ne l'avait jamais vu ainsi. Son visage complètement fermé ne reflétait aucune émotion. Non pas qu'il n'ait jamais été très expressif, mais dépourvu de son sarcasme habituel, il l'inquiétait.

Il s'assit.

- J'ai une bonne nouvelle, ricana-t-il. Le Yamato avance, alors que nous avions prévu de le couler aujourd'hui. C'est contrariant, tu ne trouves pas ?

- J'imagine.

- C'était amusant. Mais ils n'arriveront pas jusqu'à Iscandar, ça je peux te l'assurer.

Un silence s'installa quelques secondes.

Il ne lui avait parlé du Yamato qu'après plusieurs mois. Ni l'un ni l'autre n'avaient évoqué de sujets glissants ou source d'informations pendant leurs parties de cartes et d'échecs. Tous deux s'étaient aperçus que les sujets sensibles finissaient toujours par des problèmes.

Lorelei ne les évoquait pas pour éviter d'éveiller sa colère, qu'elle n'avait plus envie de supporter.

Dessler s'en voulait encore de l'avoir étranglé.

Pendant toutes ces années, ils s'étaient d'abord enfoncés dans des habitudes artificielles et anxiogènes : ils jouaient aux échecs, et Lorelei bataillait corps et âme pour ne pas se laisser submerger par ce qu'il voulait d'elle : aucune information utile ne lui avait échappé, et il n'aurait pu dire si ce qu'elle lui avait révélé pourrait servir un jour. Puis il y avait eu la soirée, et la bibliothèque. Son incident, aussi. Si la peur et la culpabilité s'étaient emparées de chacun différemment, le résultat était le même. Mais étrangement, quand Dessler était finalement revenu, il avait suffi d'une plaisanterie pour que rien ne soit comme avant.

Leurs discussions étaient devenues véritablement constructives, même si cela n'aurait pu servir les plans de l'un ou de l'autre.

Leurs paroles étaient toujours pleines de sarcasmes, bien sûr. Mais Lorelei nourrissait une certaine curiosité pour la culture gamilienne depuis qu'elle avait accès à la bibliothèque, et il était parfois arrivé au gamilien de lui demander des précisions quand elle comparait des concepts avec ce qu'elle avait connu sur Terre.

C'était très loin d'être de la confiance. Mais la haine des premiers jours, après ces six longues années, avait perdu sa saveur. Même tout finissait par s'user, même ça. Ils se toléraient.

Lorelei eut un sourire quand il mentionna le navire terrien. Même si elle ne l'avait su que quelques semaines auparavant, c'était une nouvelle porteuse d'un espoir rassurant pour elle. Lui, il le considérait comme une menace, mais ne semblait pas s'en soucier suffisamment pour que cela le pousse à venir se terrer près de sa fenêtre, mutique. Ça ne lui aurait pas ressemblé.

- Vous êtes sûr qu'il n'y a que ça ? demanda-t-elle posément.

- Qu'est-ce que ça peut t'apporter ? répliqua le tyran.

Baissant les yeux, elle y réfléchit un instant.

- Rien, je crois.

- Alors à quoi bon ? C'est quelque chose que font les terroniens ?

- Pas exactement. C'est juste … que vous n'avez pas l'air d'aller. Et comment dire … Je ne pense pas que ce soit votre but, vous qui me gardez ici, mais à force, je commence à vous connaître. Et quand vous n'allez pas, on le remarque.

L'homme fit une grimace presque imperceptible. Il recula dans sa chaise, et jaugea un instant la jeune femme du regard. Puis il se leva, et retourna à la fenêtre.

Lorelei eut peur un instant de l'avoir braqué. Il semblait ne pas tenir en place, il tournait en rond. Il y avait forcément autre chose.

- Tu sais, Baleras n'a pas toujours été aussi belle … commença-t-il.

Il lui tournait le dos.

- C'est-à-dire ?

- Notre planète est en danger, et la population l'ignore complètement. Je te défends d'en parler à quiconque, s'interrompit-il en lui jetant un regard noir.

Elle acquiesça.

Il ne savait pas exactement pourquoi il le lui disait. Peut-être car il était certain que la jeune femme ne quitterait jamais cette pièce, et que ses seuls interlocuteurs, excepté lui-même, étaient des robots. Il serra les dents un instant.

Et au vu de la façon dont elle s'était tue au sujet de Terron, peut-être avait-elle assez d'intégrité pour garder ce secret.

C'était sûrement une erreur de le lui confier. Mais il avait l'impression … que ça le soulagerait.

- Pour notre espèce, les Gamiliens au sang pur, ce sang qui fait notre fierté va probablement nous être fatal. Depuis des années, ma famille cherche une solution pour nous permettre de survivre. J'ai promis de suivre le même chemin.

Le silence tomba un instant : Lorelei hésitait à lui répondre, ne voulant pas lui forcer la main.

- Nous avons pu comparer notre génome avec celui de ton ami. Il semble que les terroniens aient une plus grande diversité dans leur ADN. Le nôtre ne se renouvelle pas, du moins pas aussi bien que le vôtre peut-être. Le seul endroit qui nous tient en vie, c'est Gamilas elle-même. Mais nous ne pourrons pas nous terrer sur cette planète indéfiniment.

- Et comment comptez-vous faire ?

- Poursuivre l'extension de l'Empire, pour trouver une planète qui puisse s'adapter à nos besoins.

Un doute traversa l'esprit de Lorelei. Ses lectures le lui avaient soufflé, mais cela la frappa tout à coup.

- L'Empire existe depuis longtemps ?

- Non, c'est moi qui aie fait commencer l'extension de la suprématie gamilienne. Tout l'Empire s'est constitué sous mon règne.

Et c'était ainsi qu'ils étaient arrivés sur Terre, comprit-elle.

Il n'avait pas quitté des yeux les nuages gris qui couvraient le ciel de Baleras.

- A qui avez-vous promis de poursuivre les recherches d'un moyen de survie pour les gamiliens ?

- A mon frère.

Son ton s'était fait plus grave. Lorelei se leva, et vint s'adosser au cadre de la fenêtre. Elle ne le regardait pas, ayant compris qu'il avait besoin d'une certaine distance.

- Vous vous entendez bien ?

- Il est décédé.

- Désolée.

- Ce n'est rien. Je l'appréciais beaucoup quand j'étais enfant. Il était plus âgé que moi, et aurait dû accéder au trône.

Elle sentit dans sa voix quelque chose se briser quand il évoqua l'affection qu'il portait à son frère.

- Si je peux me permettre, de quoi est-il mort ?

- C'est un héros de la guerre d'unification. Il a été tué dans le conflit. Matthius était très apprécié par le peuple et le pouvoir, et ça a été un véritable coup dur, à tous les niveaux. Ma mère a été bouleversée par son décès. Il était l'espoir de Gamilas, et beaucoup ont pris peur.

- Mais vous étiez là, pourtant, ce n'était pas comme s'il n'y avait pas d'héritier. De quoi ont-ils eu peur ?

Il lui jeta un regard glacial.

- Tu n'as pas à savoir ça.

Prenant patience pour l'amener à lui dire ce qui n'allait pas, Lorelei céda elle aussi. Mais cela ne fut pas aussi effrayant qu'elle ne l'avait imaginé.

- Vous avez dit plus tôt que je n'avais pas parlé, de quoi que ce soit. Vous voulez savoir ce qui me fait tenir, ce qui m'évite de devenir folle ou de me suicider ?

Il n'eut aucune réaction. Etonné de sa réponse, l'homme attendit seulement qu'elle parle, sans s'abaisser à lui en donner l'ordre.

- Je voulais devenir scientifique. Un jour, j'ai décidé de m'engager dans l'armée, pour aider ma planète à mon échelle. Grâce à un programme de l'UNCF, j'ai fait des études, et j'ai décroché mes diplômes tout en faisant mes classes. Je voulais juste aider le développement de notre civilisation. Je pouvais voyager, et mener des recherches directement sur le terrain. Notre base, que vous avez attaquée, était au départ à seul but scientifique, avant que de servir d'avant-poste pour la guerre.

La jeune femme marqua une pause.

- Mon père était contre. Il m'a élevé seul, et il était strict. Il voulait que je lui obéisse, et que je me conforme à un projet plus raisonnable. Au départ, il ne voulait pas que je devienne scientifique, mais il a fini par céder quand il a vu que c'était ce qui me plaisait. Mais pour l'armée, et pour aider mon prochain, il n'a jamais voulu m'écouter.

Elle baissa les yeux :

- Et il avait raison. En m'engageant dans l'armée, j'ai pris d'énormes risques. Il voulait sûrement éviter de souffrir en me voyant blessée, ou quelque chose comme ça. C'était un besoin égoïste, celui de me protéger quitte à devoir brider ce qui constitue, au fond, ma raison de vivre. On s'est disputés, et je ne lui avais pas reparlé depuis presque trois mois quand vous m'avez capturée. Ça fait sept ans qu'il a raison, que je risque ma vie, tout ça car j'ai voulu faire ce que je voulais, tout aussi égoïstement qu'il voulait m'empêcher de le faire.

- Et en quoi cela te permet de tenir ? demanda soudain Dessler.

- Parce que je garde l'espoir de le revoir, et de m'excuser. Parce qu'il avait raison, et que je lui ai fait du mal alors que je me fourvoyais.

Le silence fit écho aux mots de la militaire.

- C'est vraiment ta seule motivation ?

Surpris par son explication, le dictateur la dévisagea un instant, avant de se mettre à rire doucement.

- Eh ! rougit Lorelei. Ne riez pas !

Le sourire que l'homme lui adressa, s'il avait un côté mesquin, la rassura un peu. Mais un affreux frisson la traversa de part en part. Il se moquait d'elle.

- C'est la chose la plus drôle qu'on m'ait dite aujourd'hui … soupira-t-il. Ça fait sept ans que tu me supportes … pour ça ?

- Je vous saurais gré de ne pas remettre en cause ma culpabilité, répliqua-t-elle, agacée par son manque de compréhension.

- Je n'oserais pas … rit-il, moqueur.

Résistant à l'envie de le frapper, Lorelei serra les mâchoires, et retourna vers la table où elle avait laissé son livre. La jeune femme le rouvrit, et s'assit, reprenant sa lecture.

- Qu'est-ce que tu fais ? s'agaça l'homme.

Elle ne répondit pas, tentant de se concentrer sur les pages de son livre. Il était venu à bout de sa patience. La moquerie n'était pas si violente, comparée à celles qu'il faisait d'habitude. Mais il décrédibilisait ce en quoi elle croyait encore, le dernier bout d'espoir qui lui restait. Même si l'arrivée du Yamato la rassurait peu à peu, ce n'était qu'un moyen pour elle de revenir sur Terre. C'était ce qu'elle voulait plus que tout, revoir sa planète, revoir son père.

- Restez à broyer du noir si vous voulez. Sinon partez.

Résonnant tout à coup d'une rage sourde et soudaine, le monarque ne comprit pas ce revirement, et se dirigea vers elle à grands pas. Il ne saisissait ni à quel point il avait pu la blesser, ni pourquoi elle le rejetait aussi violemment, sans avertissement. L'homme avança une main vers elle, cherchant à l'attraper par les cheveux et la forcer à revenir vers lui. Surprenant son geste, Lorelei se protégea en écartant par réflexe sa main d'un coup de livre. L'Histoire de Gamilas, volume orgueilleux et épais, dévia le geste de Dessler.

Le livre vola, et s'échoua au sol avec un bruit mat.

Il attrapa son col, et la força à se lever.

- Regarde-moi … lui intima l'homme, ivre de rage, mais son intonation semblant étrangement calme.

Tête baissée, elle refusait de lui faire face. Son pouls s'était emballé, et elle était transie par la peur. Cependant, si sa respiration affolée la trahissait contre son gré, elle serrait les dents, et essayait de garder le contrôle sur son être et son esprit. Il ne fallait pas qu'elle cède. Ses lèvres tremblaient, et elle eut un instant la terrifiante impression d'être un cocher ayant perdu le contrôle de ses chevaux. Seule face à l'horrifiante cavale nerveuse dans ses propres pensées, la jeune femme se força à reprendre l'ascendant sur elle-même.

Tout finissait toujours par dégénérer.

Lui, sentait la peur couler dans le sang de sa captive. Mais il se moquait éperdument de ce qu'elle pouvait bien ressentir, tant qu'elle obéissait à son propre bon vouloir.

- Regarde-moi, répéta-t-il, toujours calme malgré sa colère.

Secouant la tête en signe de négation, la jeune femme trembla de plus belle.

- Je n'ai pas besoin de toi, gronda le tyran. Je peux te faire tuer, j'ai déjà fait cribler de balles mes opposants politiques, et ma propre belle-sœur. Ça ne me posera aucun problème.

Reprenant le dessus, et évitant toujours de croiser ses yeux, elle posa une main sur le gant qui la tenait.

- Dans ce cas, pourquoi me garder ici depuis tout ce temps ?

Dessler relâcha doucement le tissu qu'il avait agrippé dans ses gants, essayant de reprendre son calme. La militaire s'écarta d'un pas, et se tourna vers le livre qu'elle avait fait tomber. Il s'était étalé, à moitié ouvert, certaines pages ayant été cornées dans la chute. Elle prit le volume, qu'elle referma consciencieusement, et elle tenta de remettre en place l'un des coins de la couverture, qui s'était abîmé en touchant le sol. La jeune femme revint le poser sur la table.

- Qu'est-ce que ça peut bien vous faire, en fin de compte … soupira-t-elle, à bout de nerfs.

Dessler l'avait regardé ramasser et poser le livre. Mâchoires serrées, il réfléchissait à la question qu'elle lui avait posée. Il n'aurait su dire pourquoi il tenait tant à la garder captive, mais tout ce qu'il savait, c'était qu'il lui était hors de question qu'elle s'en aille, quelle qu'en soit la raison. Le tyran ne savait pas pourquoi il ne supportait pas qu'elle cesse de le regarder. La terrienne était l'une des rares personnes à le considérer sans mépris ou révérence. Elle le craignait, mais il lui semblait d'autre part qu'elle se moquait bien de lui tenir tête sur beaucoup de sujets.

Il ferma les yeux une brève seconde, cherchant à reprendre son calme.

Pourquoi respirer était si difficile ?