Alors, dans la catégorie du pas marrant, je voudrais ... Einsamkeits Blumen !

Mais disons que ça ne surprend personne ...


Chapitre 12


Allongée, seulement vêtue du drap léger de son lit, la jeune femme fixait le vide. Les bras croisés sur son buste, elle essayait de recomposer ses pensées. Dessler, à côté d'elle, s'était assis, adossé contre la tête de lit. Elle lui tourna le dos, se mettant de côté, pour ne pas avoir à affronter son regard.

Le silence était total : à part leurs souffles respectifs, on n'entendait rien, la pluie s'étant calmée à l'extérieur.

Elle n'avait plus peur, mais la militaire n'arrivait pas à comprendre ce qui était arrivé. L'angoisse s'insinuait progressivement dans sa poitrine, l'afflux de sang pulsant à ses tempes était en train de l'assourdir, d'autant plus que le tourbillon effréné dans ses pensées devenait une véritable tempête.

Qu'avait-elle fait …

Les mains crispées dans ses cheveux, elle essayait de comprendre ce qui s'était passé, ce qui l'avait poussé à agir de la sorte. Pourrait-elle lui faire face de nouveau ? Résister à ses attaques verbales ? Tout cela après lui avoir fait confiance, au point de céder si facilement après sept ans de résistance.

Ses lèvres tremblaient.

- Tu te caches ?

Il avait rompu le silence. L'orage dans sa tête s'évanouit aussi soudainement qu'il avait parlé. Son souffle s'arrêta. Il lui avait pour l'instant épargné ses réflexions désagréables.

Comme elle n'osa rien lui répondre, et qu'il n'aimait pas ça, il la força à lui faire face en dégageant les cheveux épars qui la dissimulaient, une fois de plus. Il ne s'était plus départi de son sourire assuré, et ça la mettait d'autant plus mal à l'aise.

- Qu'est-ce que tu fabriques ?

Avec douceur, il dégagea la frange qui cachait légèrement ses yeux, puis laissa glisser ses doigts sur l'os de sa mâchoire, son cou, sa clavicule pâle sur laquelle il restait quelques impressions rouges de ses baisers.

A la vue de ces empreintes, son sourire redoubla d'intensité. Il ne semblait pas malsain, mais l'imaginer sincère la rendait plus honteuse et perdue encore.

- Qu'est-ce qu'il y a ?

Ses joues virèrent à l'écarlate et un frisson abject fit trembler tout son corps. Dans un geste désespéré, Lorelei s'assit à son tour sur le bord du lit. Elle attrapa ses vêtements, et les défroissa brièvement.

- On ne vous attend pas ? demanda-t-elle.

- S'il faut qu'ils m'attendent, ils m'attendront, sourit-il.

Il détailla un instant les courbes de son dos, ses muscles plus ou moins saillants par endroits et selon ses mouvements. Il se redressa, et laissa glisser le bout de ses doigts le long de sa colonne vertébrale, où ses os ressortaient par intermittence. La jeune femme réprima un léger frisson.

L'homme, saisissant qu'elle voulait s'en aller, la prit à nouveau dans ses bras, ne laissant pas s'échapper.

- Je ne te laisserai pas partir, grinça-t-il.

Lorelei arrêta de bouger, essayant de reprendre son souffle. Elle songea à combien elle s'en voulait d'avoir couché avec lui, mais aussi combien elle risquait de le blesser sévèrement en se dégageant.

L'espace d'un instant, il profita de la douce odeur de ses cheveux. L'homme avait toujours tout dirigé, toujours tout eu sous son contrôle. Elle ne lui échapperait pas.

L'image de Starsha apparut une seconde dans son esprit, mais il la repoussa : ce n'était plus la peine de lutter, mais de l'autre côté, il ne laisserait pas Lorelei l'imiter, il en était hors de question.

- Qu'est-ce que vous comptez faire maintenant ? articula-t-elle difficilement.

- C'est-à-dire ?

- Dites-moi que ça n'a pas de sens pour vous non plus.

Il se figea. Que voulait-elle dire ?

Elle regarda par-dessus son épaule pour trouver ses yeux. Le tyran gamilien avait le visage fermé, mais il passa une main dans les cheveux de la militaire, et l'embrassa sur la joue. Les senteurs de son parfum n'avaient pas disparu, aussi légères qu'elles aient pu être.

Son sourire acide lui revint lorsqu'il croisa à nouveau son regard :

- Quelle question ... Que voudrais-tu que je fasse ?

C'était étrange combien maintenant, il avait besoin de s'assurer qu'elle était bien là, qu'elle ne s'en irait pas. Cela faisait plus de sept ans qu'elle était sur Gamilas, mais il ne se rendait compte que maintenant combien sa présence lui paraissait évidente, nécessaire pour qu'il n'y ait pas de manque dans sa vie. Ou moins de manques qu'il n'y en avait déjà.

Il avait besoin de l'avoir dans ses bras pour être sûr et certain qu'elle ne l'abandonnerait pas. Jamais.

Mais de son côté Lorelei avait l'impression que sa tête allait exploser. La jeune femme se demanda si elle n'avait pas développé une forme de syndrome de Stockholm, et cette pensée ne fit que redoubler ses inquiétudes. Elle aurait eu besoin de l'écarter d'elle, de s'en aller. L'idée de se suicider lui effleura même l'esprit, l'espace d'une seconde. Mais ce qui la retenait, c'était sa rage de vivre, et son empathie exacerbée. C'était presque un défaut chez elle, maintenant plus que jamais. La militaire avait toujours pensé qu'elle saurait faire la part des choses le moment venu, mais il fallait qu'elle se rende à l'évidence : elle ne pouvait pas ignorer le fait que si elle essayait de le renvoyer aussi brutalement, elle lui ferait du mal.

La jeune femme avait pu saisir les résultantes de probables traumatismes qu'il avait pu vivre, même s'il était loin de lui avoir tout dit. Il était mesquin car il était seul. Il était autoritaire car il aimait le contrôle. Il aimait le contrôle car il était perdu, que des choses avaient dû lui échapper, qu'on l'avait abandonné.

Sinon pourquoi aurait-il tant essayé de la garder pour lui et pour lui seul comme il le faisait ?

Il vérifia sa montre.

- J'ai un conseil dans une demi-heure. Je vais te laisser.

Il ébouriffa ses cheveux par pure provocation, se leva, et attrapa ses vêtements. Il repassa à la hâte son complet d'uniforme, puis recoiffant d'une main experte ses mèches blondes, il la fixa une seconde, avec une expression feutrée, avant de sourire et de tourner les talons.

Elle se retrouva seule, et plus démunie que jamais.


Restant un instant immobile, la jeune femme se sentit soudain mal, terriblement anxieuse. Sa poitrine la brûlait, et elle sentait une sorte de trou noir se former sur son thymus.

Se rhabillant soudain, elle courut jusqu'à la salle de bain attenante, et s'y enferma à double tour. La militaire avait continué à s'entraîner physiquement pour être en condition d'exécuter n'importe quelle opération si cela se présentait. Elle avait trop donné d'elle-même dans sa jeunesse pour se permettre de perdre son travail physique. Même si son entraînement était réduit et ne lui était que peu utile sur Gamilas, il faisait partie de sa routine, et était l'une des rares choses qui lui permettait de se raccrocher à la réalité.

Ça l'empêchait de penser.

Comme les robes gamiliennes qu'on lui avait remises n'étaient pas des plus pratiques pour faire pompes et gainage, elle avait l'habitude de s'enfermer dans la salle de bain pour le faire, s'y sentant plus à l'aise. Ce fut ce qu'elle fit, quand elle se trouva dans la petite pièce. La jeune femme enchaîna divers entraînements, autant qu'elle pût en faire. Elle n'aurait su dire combien elle ce qu'elle avait fait, ni combien de temps cela avait duré. Puis elle se laissa tomber sur le carrelage, le souffle court.

Des mèches folles collaient à son visage, qui était trempé de sueur. Exténuée aussi bien physiquement que mentalement, elle se releva, et après avoir retiré ses vêtements, entra dans la douche.

L'eau ruissela sur ses épaules, et termina d'humidifier ses cheveux. Absente à elle-même, projetée hors de son corps, tout lui semblait douloureux, de l'angoisse dans son buste au son de l'eau heurtant le carrelage. Appuyée contre le mur d'une main, elle passa l'autre sur son visage, pour essayer de se réveiller.

Ses poumons s'emplissaient et se vidaient, de plus en plus vite, de moins en moins réguliers. Son pouls battait à ses oreilles, si bien qu'elle eut l'impression qu'un orchestre symphonique s'était installé dans sa tête.

Mais le morceau qu'ils interprétaient était celui de la culpabilité et de la peur.

Terrifiée, elle se laissa tomber sur le sol de la douche, et dans un geste illusoire, attrapa ses épaules, s'enlaçant elle-même pour créer une barrière avec le monde extérieur.

Comment pourrait-elle se regarder en face à partir de maintenant ? La jeune femme avait l'impression que ses sept ans de résistance acharnée pour ne livrer aucune information avaient volé en éclats. Lorelei essaya de se calmer comme elle put, seule dans sa crainte et son angoisse.

L'eau glissait son visage, tout comme le faisaient les larmes qui dévalaient ses joues.

Elle n'avait pour seul compagnon que le silence rassurant des gouttes d'eau. Après un moment qu'elle n'aurait pu quantifier, tremblante, la militaire finit par se relever, et sécher ses cheveux détrempés.


Quand Dessler passa la voir un peu plus tard dans la journée, il ne savait pas trop non plus comment il la retrouverait. Il avait cru percevoir de l'inquiétude chez la jeune femme quand il l'avait laissée le matin-même, mais n'aurait su dire quelle attitude il devait adopter. Son otage avait tendance à le surprendre, mais il trouvait amusant de voir comment elle lui tiendrait tête.

Il avait pris un plateau de jeu, ayant un peu de temps devant lui. Le soldat mécanique gardant la pièce le laissa passer, après l'avoir salué formellement, avec le respect craintif qu'il lui devait. L'homme la trouva appuyée contre le cadre de la fenêtre, et la revit soudain sept ans en arrière. Les choses ne semblaient pas avoir changé, et ça lui allait parfaitement.

- Bonjour, la salua-t-il, voyant qu'elle ne se retournait pas.

- Bonjour … articula-t-elle en guise de réponse.

Dessler posa le plateau de jeu sur la table, et, tirant une chaise, lui proposa de faire une partie.

- Avec plaisir, murmura la militaire.

Elle fit un pas vers la table, mais soudainement, son corps entier lui fit défaut, et elle s'évanouit.

- Lorelei ! entendit-elle avant de perdre connaissance.