Chapitre 3 : Dans la gueule du dragon
Les dragons rouges ne se cachaient pas. Les dragons rouges étaient fiers de ce qu'ils étaient et ils ne craignaient personne. La Brigade Fantôme n'avait eu affaire à eux que quelques fois. Sur l'échelle des personnes à craindre, les dragons rouges étaient juste après eux. Ils étaient forts, oui. Pour Feitan, non. Toute personne en dehors de la Brigade était considérée comme faible à ses yeux. Il n'y avait jamais eu quelqu'un qu'il n'avait jamais réussi à battre (avec certes des blessures parfois importantes, mais là n'était pas la question).
Ils arrivèrent tous les trois devant l'entrée de ce qui se faisait appeler leur « repaire ». C'était un bâtiment anodin en apparence, mais il était beaucoup plus vaste que ce qu'il laissait voir. Il y avait de nombreuses galeries sous leurs pieds.
Phinks et Mei se tournèrent vers Feitan.
- Ça va aller, là-dedans, Fei ?
Il resta silencieux pendant quelques secondes et dit :
- C'est du passé, cette histoire. Ils n'ont plus d'emprise sur moi. Allons-y.
Il entra le premier dans le bâtiment. La porte n'était pas verrouillée, bien sûr. Il fallait que les potentielles recrues puissent venir faire connaissance.
La pièce devant eux était pleine de monde. Ils s'arrêtèrent de parler quand ils virent les nouveaux arrivants.
Avant de partir, ils s'étaient mis d'accord pour faire profil bas – ou plutôt, Mei les en avait convaincu. Ils ne seraient que trois devant plus d'une vingtaine d'hommes. Le plan était de négocier le relâche des jeunes. S'ils disaient non, ils reviendraient invisibles par le pouvoir de Mei.
Ils les laissèrent passer à mesure qu'ils avançaient. Ils arrivèrent devant le second des dragons rouges. Leur chef avait la réputation d'être souvent en déplacement. Même pendant le séjour qu'il y avait fait lorsqu'il était plus jeune, Feitan ne se souvenait pas l'avoir déjà rencontré.
- Oh, mais qui voilà donc ?
Le second – qui était en fait la seconde – les toisa avec mépris. Leur rivalité n'avait jamais failli. Les dragons rouges s'étaient toujours crus plus puissants à cause de leur nombre. Mais un homme bien entraîné vaut bien plus que dix amateurs.
- Nous venons rechercher trois de nos jeunes qui sont venus vous voir, déclara Mei d'une voix sûre.
Ils s'étaient mis d'accord pour que ce soit elle qui parle.
- Et pourquoi je vous les rendrais ?
- Parce qu'ils sont encore jeunes. Je pense que vous avez suffisamment de soldats comme ça.
- Elle pense ! Oh mais tu es loin d'avoir compris notre fonctionnement ma petite !
Les autres dragons présents éclatèrent d'un rire grave et un peu forcé.
- Ici, on prend qui on veut quand on veut. Donc non, vous ne récupérerez pas vos mignonnes petites têtes blondes. Et puis, je ne fais pas affaire avec la raclure de la Brigade Fantôme.
Phinks serra les poings.
- Répète ça, salope, grinça entre ses dents.
- Tu as dit quelque chose ?
- Il a dit que nous allions partir.
- Voilà, c'est la meilleure solution pour des lâches comme vous.
La seconde se tourna vers Feitan.
- Eh bien, tu es bien silencieux, mon petit Feitan. Tu étais beaucoup plus bruyant la dernière fois qu'on t'as vu, tu sais, la torture et tout ça.
Il lui lança le regard le plus meurtrier dont il était capable. Les dents serrées, il dit à Mei.
- Désolé pour le plan, mais je crois que c'est le moment où je me la fais, celle-là.
- Feitan, non !
- Ah ! Les festivités commencent ! Amenez-vous, bande de faibles ! Cria Phinks.
Ils se mirent dos à dos et Feitan chuchota à Mei : « On s'occupe d'eux. Profites-en pour aller chercher les jeunes. Si je ne me trompe pas, ils doivent être dans la deuxième pièce sur la gauche au sous-sol. La porte qui y descend est derrière la table, là-bas ». Mei soupira. « Vous n'êtes pas croyables… On se rejoint dehors dans trente minutes, ça devrait être suffisant ».
Ils se lancèrent tous les trois vers leurs adversaires. Feitan n'avait pas encore pu récupérer une nouvelle épée, il devait se contenter seulement de ses mains.
Il se jeta sur Zadi, la seconde. Il l'avait bien connu. C'était une des personnes qu'il ne portait pas dans son cœur. Il savait qu'elle était forte. Mais il avait bien changé depuis la dernière fois. Il n'était plus faible. Il n'était plus sans-défense. Il allait lui prouver maintenant.
Elle fut surprise par sa vitesse. Elle évita son coup au dernier moment. Il lui fit quand même une entaille au cou. Il ne lui donna pas le temps de se demander ce qu'il lui arrivait, il repartit vers elle à toute vitesse. Cette fois-ci, elle ne fut pas assez réactive. Il lui trancha le bras. Il tomba mollement par terre.
- Sale gamin !
- Tu es devenue faible avec les années.
- Je dois reconnaître que tu t'es beaucoup endurci. Mais ça ne sera pas suffisant.
Aussitôt, une main lui agrippa la cheville, le faisant tomber lourdement sur le sol. Il n'eut pas le temps de voir qui l'avait attrapé qu'on abattit un objet lourd sur sa tête.
Puis, ce fut le noir.
O_O
Il rouvrit les yeux. Une douleur terrible lui traversa la tête. Le monde tournait autour de lui, il n'arrivait pas à se repérer. Il referma les yeux et se concentra sur sa respiration. Quand il sentit que son environnement avait cessé de tanguer, il rouvrit les yeux pour de bons. Il ne reconnaissait pas l'endroit. Il essaya de bouger. Il était à terre, visiblement, allongé contre le béton. À part sa tête qui lui faisait mal, il ne semblait pas avoir d'autres blessures.
Il prêta plus d'attention au nouvel environnement. Une cellule. Était-il en prison ? Comment serait-il arrivé là ? Puis, une odeur lui donna la réponse. Ça sentait le vieux métal… et le sang. Il était dans les sous-sols des dragons rouges. Sans qu'il puisse y faire quoi que ce soit, son pouls s'accéléra. Non, il ne revivrait pas ce cauchemar. D'abord, pourquoi cela se produirait ? Maintenant, il était fort, il pourra aisément sortir de la cage. Ils étaient bien naïfs en pensant que de simples barreaux puissent le retenir.
Il se leva. Il vacilla et se retint de justesse au mur. Que lui arrivait-il ? Cela devait être dû au coup qu'il avait reçu. Il se sentait quand même bizarre. Il atteignit les barreaux. Il posa ses mains dessus et força pour les écarter.
Rien ne se produisit.
Il réessaya plus fort.
Toujours rien.
La panique le gagna, il la mit de côté. Il devait bien y avoir une autre issue. Et surtout, pourquoi ne pouvait-il pas utiliser ses pouvoirs ? Il avait de la force naturellement, mais celle-ci était bien augmentée avec le nen. Que se passait-il ? Il se concentra une nouvelle fois. Rien. Il ne sentit absolument rien.
Soudain, ses jambes se dérobèrent sous lui. Il atterrit à genoux sur le sol, ses mains glissant sur les barreaux. Il fixait le sol avec des yeux écarquillés. Ce n'était pas normal. Rien de tout ça n'était normal.
Il voulut appeler quelqu'un, voir s'il y avait de la vie près de lui mais s'y refusa finalement. Ce n'était pas le moment d'attirer l'attention sur lui alors qu'il essayait de s'enfuir.
Il regarda une nouvelle fois la pièce. Rien. Toujours rien. Aucune idée, aucune issue. Il y avait bien une toute petite fenêtre en haut du mur, mais même avec son petit corps, il ne pourrait pas passer au travers.
Des pas se dirigèrent vers lui. On s'arrêta. On ouvrit la porte. Il ne daigna même pas releva la tête vers le nouvel arrivant.
- Debout, ordonna froidement la voix.
Il ne bougea pas d'un pouce.
- Débout j'ai dit !
Il reçut un coup de pieds dans les côtes et tomba sur le sol. Deux bras puissants le soulevèrent et le mirent debout. Il n'avait plus vraiment le choix maintenant. Les yeux toujours tournés vers le sol, il vit que la porte de sa cellule était ouverte. C'était maintenant ou jamais.
Il fonça sur l'homme qui lui avait mis un coup de pieds. Il enfonça son coude dans son estomac, l'étourdit en claquant ses mains sur ses oreilles pour finalement prendre sa tête et l'abattre violemment contre son genou qu'il levait. Il n'avait peut-être pas toutes ses forces, mais il connaissait plus d'un tour très utile qui ne demandait pas trop d'énergie ni de puissance. Il le poussa sur le côté et sortit de la cellule.
À sa réaction, il ne devait pas s'attendre à ce qu'il réagisse aussi violemment. Qu'est-ce qu'il lui avait donné ? Une drogue ? L'homme avait l'air confiant en entrant dans la cellule. Pourtant, les autres avaient dû le prévenir qu'il fallait se méfier de lui. Tant pis, la prochaine fois, il écoutera leurs conseils. Sa confiance avait permis à Feitan de s'échapper.
Il prit aussitôt à gauche. Il y avait une porte à l'autre bout du couloir, c'était là qu'il devait aller.
Malheur ! Des personnes entrèrent par celle-ci. Vite, il fallait trouver un plan B ! À gauche encore, il y avait un autre renfoncement. C'était par-là ou il se faisait attraper et, sans pouvoirs, il ne pouvait pas jouer le fier.
Il avait à peine tourné qu'il se stoppa net. Devant lui était un grand et gros gaillard, presque trois fois plus haut que lui.
- Qu'est-ce que tu fais là, toi ?
Merde ! Il faut faire demi-tour, il faut-
Il se retourna une nouvelle fois et constata avec horreur qu'il était encerclé. Les personnes entrées par la porte étaient juste derrière lui.
Attaquer.
Doit attaquer.
Pour survivre.
Il préféra se jeter sur le petit groupe, il pourrait les éviter avec un peu de chance. Il cassa le bras de l'un, se fit se plier en deux un autre par un coup dans l'estomac et en bouscula un troisième. Mais, alors qu'il était prêt à repartir, deux étaux se refermèrent sur ses bras et le soulevèrent en l'air comme s'il n'était qu'une vulgaire poupée de chiffon.
Il essaya de se débattre mais l'homme lui déboita le bras gauche si facilement que Feitan se demandait s'il y avait vraiment mis de la force.
Ce n'est pas tant le fait qu'on déboite son bras qui l'ennuya, mais le léger craquement à peine perceptible qui sonna en même temps. Sa blessure contre la reine fourmi n'était pas totalement guérie et là, il venait sûrement de fissurer l'os.
Un des hommes du petit groupe parla.
- Essaye encore de nous fausser compagnie et on te tue.
- Je suis censé avoir peur ?
L'homme se rapprocha de lui, énervé et se frottant le coccyx (c'est lui qui était tombé).
- Tu penses être en position d'argumenter ?
Il lui envoya son pied dans la mâchoire. L'homme prit l'impact du coup. Feitan ricana.
- Tu crois vraiment qu'un bras en moins va m'arrêter ? On vous a mal renseigné ici.
- Sale nabot !
Il lui rendit son coup en lui collant son poing dans la figure. Feitan cracha du sang mais ne perdit pas son sourire.
- Il est totalement taré…, dit l'une des personnes du groupe.
- Amenez-le aux injections ! Il fera beaucoup moins le malin après ça.
L'armoire normande le tenait toujours par les bras, à un mètre du sol quand ils entrèrent dans la fameuse pièce. Son bras le gênait, mais il le ré-emboiterait plus tard. Il était à l'affût de la moindre chance de sortie. Plus le temps passait, mieux il se sentait. Il avait bien fait de gagner du temps. Ses forces étaient revenues. Cela confirmait l'hypothèse de la drogue.
Dès qu'il vit l'intérieur de la pièce, il sut qu'il devait partir le plus vite possible. Elle était petite, toute petite. En son centre était un siège de dentiste, mais plus du genre de ceux qu'on trouvait dans les hôpitaux psychiatriques. Il y avait des sangles dessus et des griffures rayaient le bout des accoudoirs. C'était mauvais, ça.
En l'espace d'une seconde, Feitan sentit un relâchement de la part de son tortionnaire. Il fit valser son corps en avant et banda les muscles de ses bras pour lui faire lâcher prise. Cela marcha. Il se déboita l'autre bras dans le processus, mais dès qu'il fit au sol, la première chose qu'il fit fut de se jeter contre un mur pour recaler son bras droit et il ré-emboita son bras gauche dans la foulée. Dieu que ça faisait mal ! Des chocs électriques lui avaient parcouru ses deux membres les paralysant un court instant. Il n'avait pas encore retrouvé ses pleines capacités mais c'était amplement suffisant pour s'enfuir d'ici.
Seulement, c'était sans compter sur les renforts qui arrivèrent. C'était presque comique le nombre de personnes présentes dans une si petite pièce. Mais Feitan n'avait pas envie de rire. Là, il était coincé. Ses ravisseurs le firent reculer jusqu'à l'autre bout de la pièce, celui opposé à l'entrée. Ils ne l'attaquèrent pas, mais Feitan sentit qu'ils déployaient leur nen. Il y en avait trop dans un endroit aussi confiné. Il n'avait aucun moyen de s'en protéger. Il se sentit écrasé par tout leur poids. Il avait beau se donner des claques mentales, il n'arrivait pas à surmonter cette pression. Ridicule. Il était ridicule. Il était pourtant un membre de la Brigade Fantôme ! Jamais en temps normal cela ne serait arrivé !
Il fut interrompu dans ses pensées par un homme en blouse blanche entrant dans la pièce. Les autres lui firent de la place quand il marcha vers l'asiatique. Feitan écarquilla les yeux. Il le reconnaissait.
- Oh Feitan. Que je suis heureux de te voir ! Tu as presque grandi, on dirait ! Tu es devenu un beau jeune homme ! Je savais que tu finirais par revenir.
Le brun ne dit rien. Il réfléchissait à toute vitesse. Il ne fallait pas que ce type lui mette la main dessus. Surtout pas ! Il était fou et il aimait faire des expériences sur les êtres humains en particulier.
Feitan était toujours plaqué contre le mur, écrasé par la pression de nen qu'il y avait autour de lui. Il sentit une perle de sueur couler le long de sa joue. L'homme en blouse blanche frappa une fois dans ses mains et fit un pas en avant.
- Allons, ne fais pas le timide. Tu nous connais bien !
Fuir. Il fallait fuir.
Un regain d'adrénaline parcourut son corps. À vitesse éclair, il perça à travers la foule, tout droit vers la porte. Il sentait qu'il avait presque retrouvé toutes ses capacités physiques. Il blessa toutes les personnes tentant de le retenir, et surtout, qui étaient sur son chemin.
Il était sorti ! Il avait réussi à sortir de cette maudite pièce ! Il y avait encore quelques personnes attroupées à l'entrée, il leur passa au travers. Ils ne pourraient plus le retenir. Il courut le plus vite possible vers la porte de sortie, celle qui menait au rez-de-chaussée.
Soudain, il eut l'impression que son corps était transpercé par des lances, mais de l'intérieur. De ses pieds, jusqu'à la tête. Il s'arrêta aussitôt et tomba au sol. Qu'est-ce que c'était ? QU'EST-CE C'ÉTAIT ?! Il se tordait de douleur et, contre sa volonté, gémissait tant cela était insupportable.
Il n'entendit pas les pas qui se rapprochaient doucement de lui, comme s'ils savaient tous qu'il ne pourrait pas s'échapper d'ici. C'était sa troisième tentative et elle venait une nouvelle fois d'être réduite à néant. Un nouveau sentiment désagréable grandit dans sa poitrine, rivalisant presque avec la douleur qu'il ressentait.
- Tu ne peux pas t'enfuir.
Le ton de l'homme était beaucoup plus froid.
- Lorsque tu étais inconscient, je t'ai injecté un nouveau produit de ma fabrication. Il contient un peu de mon pouvoir ce qui fait que je peux le contrôler à distance. Bien sûr, il n'est pas encore parfait et les effets sont de courte durée… Mais je suppose que cela suffira amplement. Le chef va être content de savoir qu'on a enfin mis la main sur une patte de l'Araignée.
- Les jeunes…, articula l'asiatique, c'était juste une raison...
- Bien deviné ! La Brigade Fantôme qui rentre au pays, ça ne passe pas inaperçu, il fallait qu'on profite de cette occasion.
Feitan ne répondit rien. Il était tombé dans leur piège le plus bêtement du monde. Il savait que c'était dangereux d'y retourner, mais il pensait qu'il était devenu suffisamment fort.
- Ah, je n'ai pas fini. Je suppose que tu dois encore avoir des questions sur ton état. Le produit que l'on t'injecte permet un relâchement musculaire. Fort ou pas, tout le monde devient aussi faible qu'un nourrisson. Et bien sûr, le dernier additif que j'y ai rajouté est un bloqueur de nen. Il t'oblige à rester en zetsu. D'après les traces de nen dans le château de la fourmi, c'est toi qui as provoqué cette immense explosion. Je suis impressionné, vraiment. Qui pourrait croire que quelqu'un comme toi soit doté d'un tel pouvoir ?
Feitan ne l'écoutait plus, malgré la douleur, il essayait de ramper jusqu'à la porte.
- Ahlala. Tu es décevant, mon petit. Tenez-le bien, on va faire ça ici.
Quatre individus lui sautèrent dessus et l'immobilisèrent. Il tenta de se débattre, en vain. L'un d'eux lui attrapa les cheveux et lui fit pencher la tête sur le côté. Du coin de l'œil, Feitan vit le scientifique sortir une seringue de la poche de sa blouse.
- Injection numéro deux.
Il sentit l'aiguille entrer dans son cou. Il serra les dents. Les aiguilles, il avait vraiment horreur de ça. Il sentit aussi le liquide parcourir ses veines et se répandre dans son corps. Aussitôt, tout son corps se détendit subitement. Ses forces le quittaient. La panique reprit le dessus.
On le lâcha. Il essaya de leur donner des coups, mais ses membres ne répondirent pas. Même en y mettant toute son énergie, il ne pouvait plus rien faire. L'homme vit bien les tentatives de l'asiatique. Cela le fit sourire.
- Aussi inoffensif qu'un agneau. Remmenez-le dans sa cellule.
On le prit comme s'il n'était qu'un vulgaire sac et il fut jeté sur le sol de sa cellule. Après tous ses efforts, il était revenu au point de départ. Il tentait désespéramment de bouger. Il fallait qu'il s'en aille de cet enfer.
Puis il réalisa.
Cette sale sensation qui grandissait en lui, c'était de la honte, de la frustration. Cela faisait longtemps qu'il en avait ressenti. Il détestait ça.
Il resta couché sur le sol froid.
Il ne sut pas combien de minutes s'écoulèrent. Quelqu'un entra dans la cellule. Ils n'avaient même pas verrouillé la porte. C'était dire à quel point ils le savaient faible. Feitan en prit encore un coup au moral.
Faible.
Il était devenu faible.
On lui parla, mais il ne répondit pas. On lui posa une question. Il s'agissait de se lever. Il ne pouvait pas de toute façon alors il ne répondit toujours pas.
On le rua de coups avant le prendre pour l'emmener dans une autre pièce. Il avait un goût de fer dans la bouche. Bah, peu importe. Il était faible de toute façon et les faibles étaient destinés à ce genre d'humiliation.
On l'assit sur une chaise. Il ne tenait pas vraiment bien. On l'y attacha.
- Tu apprécies notre accueil, Feitan ?
C'était la seconde. Zadi. Elle était aussi laide que mauvaise.
- Je ne vais pas y aller par quatre chemins. Je veux les noms et les capacités de tous les membres de la Brigade Fantôme.
- Pff, se moqua Feitan.
Elle lui asséna un poing dans la figure et un autre dans le ventre.
- Remoque-toi de moi et je te saigne.
- Vous êtes ridicules. Pourquoi tout le monde s'obstine à vouloir connaître nos pouvoirs ? En fait, vous avez trop peur de nous affronter directement pour le découvrir.
Nouveau coup de genoux dans les côtes. Un crac sonore retentit. Feitan serra les dents. Il allait falloir qu'il arrête de la provoquer s'il ne voulait pas finir en mille morceaux.
- C'est moi qui pose les questions ici.
Il resta silencieux. Il se contentait de la regarder, un air de défi dans les yeux.
- Alors ? Réponds !
Il la regardait.
- Très bien. On va faire comme avant, ça va te rappeler de doux souvenirs.
Elle lui prit la main et lui brisa un doigt. Il serra la mâchoire mais ne dit rien. Elle lui reposa la question. Toujours pas de réponse. Un autre doigt en moins. Elle recommença encore trois autres fois. Feitan ne fit pas un bruit.
- Tenace.
Elle finit par lui donner un violent coup dans ses doigts cassés. Un gémissement lui échappa et sa respiration se fit plus courte.
- Ah ? Tu as mal alors ?
Feitan ne souriait plus, c'était douloureux mais pas insupportable.
Quelques instants plus tard, il heurtait de nouveau le sol de la cellule. Il se recroquevilla sur lui-même. Sans protection, ses blessures étaient très douloureuses. Il avait oublié ce que c'était d'avoir vraiment mal. D'accord, plus d'une fois, il avait pris de sérieux coups et plus d'une fois, heureusement que Phinks ou quelqu'un d'autre était là pour le ramasser à la petite cuillère. Il y avait toujours eu quelqu'un pour le soigner rapidement dans son entourage.
Mais cette situation était pire. Là, il ne pouvait que subir, même pas se défendre. Il s'était fait bêtement avoir. Comment avait-il pu croire qu'ils ne l'attendaient pas préparés ? Il avait été naïf, il avait baissé sa garde. Comment avait-elle fait pour le capturer ? Qui lui avait attrapé la cheville à ce moment-là ? Et, chose étrange, son bras était déjà remis sans aucune cicatrice alors qu'il l'avait tranché.
Il pensa alors à Mei et Phinks. Comment avait-il pu les oublier ? Comment allaient-ils ? Se pourrait-il qu'ils aient aussi été attrapés ? Tout mais pas ça. Si eux ne pouvaient rien faire, personne ne viendrait les chercher. C'était trop dangereux pour Sharnalk, Shizuku et la nouvelle recrue. Il fallait absolument que Phinks et Mei soient sortis indemnes.
O_O
Cela faisait un jour qu'il était retenu ici. On lui avait donné un repas. Il n'y avait pas touché. Il était persuadé qu'il y aurait des drogues dedans. Au beau milieu de la nuit, trois personnes sont entrées dans sa cellule. Deux l'ont tenu pendant que la troisième lui faisait une nouvelle injection.
Ses pensées n'étaient plus claires. Il n'arrivait plus à penser correctement. Il se concentra sur ses compagnons, sur Mei et sur tous les enfants de l'orphelinat. Pensées positives. Aies des pensées positives.
C'est là que les cauchemars commencèrent.
Il était abandonné. Abandonné une nouvelle fois. Ses compagnons d'arme le reniaient, il n'était pas assez fort pour rester dans la Brigade. Il avait beau revenir vers eux, ils le rejetaient. Ils lui disaient qu'ils n'avaient plus besoin de lui.
C'était la même chose à l'orphelinat. Ses jours d'absence n'étaient plus tolérés, les enfants, blessés, ne voulaient plus le voir. Il leur avait fait trop de mal en restant à l'écart. Yunose ne le regardait même plus. Elle avait peur de lui.
Mei le frappait. Elle lui hurlait de s'en aller, qu'il était un déshonneur pour eux. Il ne méritait pas tout ce monde qui l'attendait alors qu'il n'était jamais là. « J'en ai marre de faire semblant, alors autant te l'avouer. Tu es trop collant. Je ne t'aime pas et je ne t'ai jamais aimé. Ma vie sera plus sereine sans toi » lui dit-elle. « Ah, et dernière chose. Je rejoins la Brigade, il y aurait une place de libre m'aurait-on dit. »
Il était seul.
Comme au début.
Il était revenu à son exact point de départ.
O_O
Coucou :) Je ne sais toujours pas si cette fiction plaît... S'il y a des visiteurs, je suppose que oui ?
N'hésitez pas à laisser un petit com, j'aimerai vraiment savoir :)
