Draco Malfoy avait été forcé d'accompagner son père à Grignotts. Son père lui avait demandé, non plutôt ordonné, de l'attendre assit sur ce siège et de ne pas y bouger. Le petit blond âgé de huit ans depuis avant-hier l'attendait depuis bien trop longtemps à son goût. Il s'ennuyait fermement, balançant légèrement ses pieds dans le vide. Mais il ne devait montrer son ennui sous aucun prétexte sinon son père serait capable de brûler tout les cadeaux qu'il avait reçu d'un simple mouvement de baguette.

Un Malfoy ne laisse jamais paraître ses émotions.

Alors qu'il se demandait quel cadeau il ouvrirait en premier lorsqu'il rentrerait, quelque chose, ou plutôt quelqu'un, le coupa dans ses réflexions. Il vit un garçon de son âge, d'un roux flamboyant, assit à plusieurs sièges de lui. Ce fut la première fois qu'il voyait quelqu'un avec une couleur de cheveux aussi vive et cela avait attiré son attention, c'était presque comme voir une créature rare. Il observait le garçon qui jouait avec sa petite balle en mousse, la lançant dans les airs et la rattrapant. Il n'était pas très bien habillé, ses vêtements étaient usés et semblaient même trop grands pour lui. Le garçon a dû sentir un regard pesant sur sa personne car il tourna aussitôt la tête vers Draco. Il avait été gêné d'être prit sur le fait, mais il ne détourna pas le regard.

Un Malfoy n'a pas de faiblesse. Un Malfoy ne détourne jamais le regard.

Oui il fut gêné d'être attrapé sur le fait, mais il le masqua parfaitement. Le garçon face à lui ne détournait pas non plus le regard, bien au contraire il le scrutait d'une intensité qui le mit mal à l'aise. Puis le garçon roux lui adressa un sourire franc. Draco rougit, ne s'attendant pas à cela. Ce fut la première fois depuis très longtemps que l'on ne lui avait pas sourit de la sorte. Les adultes autour de lui ne souriaient jamais, et les enfants imitaient leurs parents. Un homme d'une grande carrure ayant la même chevelure rousse du garçon vint à sa rencontre, sortant de l'un des bureaux des goblelins.

« Allez Ron, allons manger une glace avant de rentrer à la maison, mais n'en parle surtout pas à ta mère ! » Dit l'homme qui devait sans doute être son père.

Le garçon prénommé Ron s'exclama d'un oui en hochant vivement la tête. Jamais son père ne lui proposerait d'aller manger une glace. Jamais son père ne l'autoriserait à s'exclamer de la sorte, ce n'était pas digne de son rang. Jamais son père ne le tiendrait par la main en public, ou même dans n'importe quelle circonstance. À ce moment là il ressentit un sentiment que jamais il n'avait ressentit auparavant : De la jalousie. Le garçon le salua de sa main libre en lui souriant toujours, Draco hésita à y répondre mais ne fit rien, lui adressant uniquement un petit sourire timide.

« Draco, que fais-tu ? » Demanda une voix grave derrière son dos. Il sursauta légèrement et tourna la tête face à son père.

« Rien père.

- J'espère que tu n'as pas parlé à cet enfant.

- Non père, c'est lui qui m'a salué. Je n'ai pas répondu car je ne le connaissais pas et que je savais que ce n'était pas quelqu'un de notre rang.

- Très bien Draco. Je t'ai déjà parlé de ces traîtres à leur sang, ils valent encore moins que les sangs-de-bourbes... Ne leur adresse jamais la parole sauf pour les remettre à leurs places de misérables. »

Draco hocha la tête puis se leva. Il suivit sagement son père jusqu'à la sortie de la banque.

Ce fut la première rencontre entre Draco Malfoy et Ron Weasley.


Ce souvenir remontait à loin, il l'avait même oublié. S'il en parlait à Ron, est-ce-qu'il s'en souviendrait ? Probablement pas. Draco ouvrit péniblement les yeux, sentant une main caresser ses cheveux. Il grimaça face à la lumière trop forte, cela lui brûlait littéralement la rétine. Une horrible douleur comprima sa poitrine. Il se demanda si un ogre ne lui avait pas écrasé sa poitrine dans un accès de rage, vu sa malchance en ce moment il n'en serait même pas étonné. Il cligna plusieurs fois des yeux, s'adaptant à la lumière, puis repensa au dernier souvenir qu'il avait : Sectumsempra. La première chose qu'il vit fut Ron Weasley, penché au dessus de sa tête.

« Hey.. Comment te sens-tu ?

- Mal. » Répondit en grognant Draco. Est-ce-qu'il avait d'autres questions stupides comme celle-ci ?

« Harry se sent coupable..

- Qu'il aille se faire foutre.

- Il se sent vraiment responsable, il ne connaissait pas l'étendu des effets de ce sort.

- Tu lui diras que je ne suis pas un putain de cobaye et qu'il peut toujours aller se faire foutre. »

C'était lui qui avait failli mourir, qui avait perdu des litres de sang, en plus de cela il aurait sans doute une énorme cicatrice sur le torse pour lui faire rappeler tous les jours jusqu'à la fin de sa misérable vie cette journée merdique, et il devait se sentir désolé parce que l'orphelin balafré se sentait coupable ? Qu'il aille sincèrement se faire foutre, et Ron aussi d'ailleurs. Draco tenta de se redresser mais il n'avait vraiment aucune force. Il abandonna et refusa l'aide de Ron.

« Si tu es là pour défendre la cause Potter tu connais la sortie.

- Je me suis inquiété pour toi voilà pourquoi je suis là, mais ma présence n'a pas l'air de te ravir donc je vais te laisser et je reviendrai lorsque tu seras moins grincheux et peut-être de meilleure humeur, même si là j'en demande sûrement trop.. »

Ron se releva puis s'éloigna de lui. Draco pesa le pour et le contre rapidement : s'il s'en allait il s'ennuierait et souffrirait seul. Il ne trouva rien de positif faut fait que Ron parte de l'infirmerie. Il soupira avant de s'écrier :

« Reviens.

- Tiens.. Je crois avoir entendu quelque chose.

- S'il te plaît,reviens. » Dit en grimaçant le blond, de mauvaise grâce.

Ron obéit et revint vers lui, affichant un sourire satisfait au visage. Son sourire se fana, il fronça légèrement les sourcils. Draco soupira intérieurement. Il sait, ne put-il pu penser.

« Harry m'a dit qu'il t'avait surprit en train de pleurer dans les toilettes.. Est-ce-que tu veux en parler ?

- Je ne pleurais pas, je rinçais mon visage à l'eau lorsque ton cher ami m'a jeté ce sort. » Mentit Draco en détournant son regard.

Il était déjà dans une position inconfortable et de faiblesse, il n'allait pas en ajouter plus pour le faire encore plus pitié. Et puis il ne voulait pas se justifier sur le pourquoi il chialait comme un gosse de sept ans dans ces toilettes crades, il lui restait un minimum de fierté. Cela ne regardait pas Ron de toute façon.

« D'accord, je vais faire semblant de croire à ce mensonge. »

Puis il n'insista plus, mais il pouvait voir qu'il était agacé. Ron faisait toujours preuve de beaucoup de patience envers lui, lui qui ne l'était pas tant que ça d'habitude. Plus le temps passait plus il rencontrait certaines difficultés à lui mentir ouvertement, et droit dans les yeux. Draco tendit la main vers lui, l'incitant à se rapprocher de lui.

« Embrasse-moi. »

Weasley lui fit un sourire affectueux avant de se pencher et de l'embrasser tendrement sur les lèvres. Il lui embrassa ensuite la tempe et le front. Il s'allongea à côté de lui, le berçant un peu dans ses bras.

« Rendors-toi. »

Il lui embrassa de nouveau le front puis lui caressa les cheveux. Sa présence le rassurait tellement, il le remerciait intérieurement d'être là. Il se sentait tellement bien qu'il ne s'en rendit pas compte qu'il s'était endormi.

Mais ce qu'il ne remarqua pas fut que quelqu'un avait été témoin de la scène attendrissante, scène que le voyeur observait d'un œil malveillant. Ayant assez vu, il s'en alla d'un mouvement de cape.


Draco se réveilla de nouveau, il se sentit encore plus fatigué et nauséeux. Sa poitrine lui faisait toujours mal. Il haïssait encore plus Harry Potter et ce monde de merde. Potter était un connard : parce qu'il avait essayé de le tuer mais aussi parce qu'il avait manqué son coup, résultat il souffrait et aurait sans doute une énorme cicatrice sur la poitrine. Bref, c'était un connard, un connard qui ne serait même pas sanctionné pour l'avoir gravement blessé.

Lorsqu'il ouvrit les yeux il fit face à madame Pomfresh et à la quatrième personne qu'il ne voulait absolument pas voir : Snape. Parce que oui il avait fait un classement des personnes qu'il ne voulait absolument pas voir et le Seigneur des Ténèbres était en première position depuis plusieurs mois, personne n'arrivait à détrôner sa place de premier. Il regrettait la présence et les baisers de Ron là tout de suite. L'infirmière l'aida à se redresser.

« Comment vous sentez-vous monsieur Malfoy ? » Demanda l'infirmière, inquiète. Elle l'aida à se redresser.

« Comme quelqu'un qui a failli mourir, j'ai connu des jours meilleurs.. »

L'infirmière soupira face à sa réponse. Mais à quoi s'attendait-elle ? Qu'il lui sourit et lui réponde qu'il allait bien ? Qu'il respirait la santé ? Il avait failli mourir par les glandes de Merlin !

« Poppy pourriez-vous me laisser seul avec lui ? Je dois parler à monsieur Malfoy en privé.

- Mais je dois l'examiner. »

Le regard que lui lança Snape ne lui laissait le droit à aucun refus. Elle capitula, sortant de l'infirmerie en grommelant. Snape lui lança un regard noir que Draco rendit en lui lançant un regard rempli de défi. Ce n'était pas lui qu'il fallait regarder comme ça, mais Potter qui devait sans doute se pavaner dans les couloirs en gloussant avec Weasley fille. De plus, il n'avait pas peur de Snape.

« La relation que vous entretenez avec monsieur Weasley.. Cessez cela immédiatement.

- Comment-

-Vous n'êtes pas vraiment discrets, vous avez eu de la chance que ce soit moi qui vous ai surprit.

- Et vous allez le répéter au Seigneur des Ténèbres ? Il vous en serait tellement reconnaissant si vous lui disiez que Draco Malfoy est en couple avec Ron Weasley, le meilleur ami de son pire ennemi Harry Potter. » Cracha-t-il. Cela ne servait à rien de nier ou même de lui mentir, Snape savait et il n'était pas idiot. Et Severus Snape avait horreur qu'on le prenne pour un idiot.

« Non je ne dirais rien, car il n'y aura rien à dire puisque vous arrêterez cette relation. Vous le ferez car vous ne souhaitez pas le voir mourir. »

Draco garda le silence, serrant les draps du poing, rendant ses phalanges blanches. Snape surenchérit :

« Est-ce-que vous souhaitez avoir la mort de monsieur Weasley sur votre conscience ? Souhaitez-vous le voir torturer et mourir sous vos yeux ? Parce que si vous ne cessez pas cette relation c'est ce qui arrivera.

- Je- » Il se coupa, tiquant.

Il ne savait pas quoi dire, que pouvait-il ajouter pour le contredire ? Il avait raison. Il s'était éloigné de la réalité, Ron l'éloignait de la réalité. Il était un mangemort. Ils étaient censés être ennemis, pas être ensemble. Mais étrangement il ne regrettait en rien son histoire. Il se calma, si Severus voulait réellement lui causer du tort il ne serait pas devant lui à le convaincre de rompre avec Ron. Il ne put que dire :

« Vous en parlez comme si vous l'avez déjà vécu. »

Un silence plana durant lequel il sut que son professeur réfléchissait à la réponse qu'il lui fournirait, se demandant s'il devait lui révéler son histoire ou non.

« Cela fera seize ans qu'elle est morte. Pleurer sur le corps sans vie de la personne que l'on aime le plus au monde.. Détruit même le plus impassible des hommes.

- Alors pourquoi.. ? » Ne put dire Draco, puis posa la question plus franchement.

« Pourquoi le servez-vous encore ? Même après sa mort ?

- Une fois que l'on porte la marque, il est impossible de s'en échapper.. »

Le blond baissa la tête, défaitiste. Il n'y avait donc aucune possibilité pour lui d'échapper à cette vie. Qu'importe ce qu'il ferait cela serait impossible de s'en sortir. Il était condamné.

« Je vais vous laisser vous reposer, je pense que vous êtes assez raisonnable pour savoir ce qu'il vous reste à faire. Et pour votre mission, je ne vous laisse pas d'autres choix que d'accepter mon aide. »

Draco hocha uniquement la tête, le message était bien passé. Il ne fit même pas attention à la sortie de Severus de l'infirmerie, et se laissa complètement faire lorsque Pomfresh le força à boire une potion au goût ignoble.


Demain Draco aura dix-sept ans. Il sera légalement majeur, et c'était une occasion à fêter. Draco adorait fêter son anniversaire, c'était le jour où on lui donnait le plus d'attention. Il avait toujours aimé être le centre d'attention et recevoir des cadeaux qui coutaient une fortune.

Dès son plus jeune âge il accompagnait son père dans des soirées mondaines. Les adultes l'avaient toujours adulé à cause de son sang-pur, et Draco brillait non seulement par sa politesse mais aussi par sa beauté. On l'avait toujours traité différemment des autres, comme un prince. Dû à son rang il se savait très observé et jalousé, mais il aimait lorsqu'on jasait derrière son dos que ça soit en bien ou en mal tant qu'il ne laissait pas indifférent. En apparence sa vie était merveilleuse : matériellement il avait toujours obtenu ce qu'il voulait. On l'avait toujours traité différemment, il était privilégié partout où il allait. On le traitait comme un prince peu importe ce qu'il faisait, ce qu'il disait..

Mais derrière cette apparence, la réalité était tout autre. Draco avait eu une éducation stricte, sa famille exigeait toujours l'excellence, il n'avait jamais eu le droit à l'erreur. On lui avait donné des punitions sévères pour lui inculquer ces règles mais il ne s'en était jamais plaint. Pour lui c'était normal, ces punitions étaient les conséquences de ses erreurs. Et même si par certains moments il avait haï sa famille, il comprit qu'ils faisaient cela pour lui inculquer les bonnes manières. Il les avait assimilé sans se poser de question et sans les remettre en question car les règles qu'on lui avait inculqué étaient les mêmes règles qu'avaient apprit tous les Malfoy depuis des générations, les plus importantes étaient :

Un Malfoy est le premier dans tout les domaines.

Un Malfoy obtient toujours ce qu'il veut, peu importe les moyens employés.

Un Malfoy ne demande jamais de l'aide.

Un Malfoy ne laisse jamais paraître ses émotions.

Un Malfoy n'a aucune de faiblesse.

Un Malfoy n'échoue jamais.

Un Malfoy doit toujours être élégant et apprêté.

Un Malfoy ne s'excuse jamais.

Un Malfoy doit avoir le sang le plus pur.

Draco n'était qu'un pantin, une poupée de porcelaine façonnée depuis son plus jeune âge. Il n'avait jamais été maître de sa propre vie. Toute sa vie il avait cherché l'approbation de son père, il voulait que ce dernier soit fier de lui. Alors lorsque son père lui avait annoncé que le Lord Noir l'avait choisi lui,pour une mission mystérieuse, il en avait été honoré. C'était ce qu'il avait souhaité toute sa vie : être la fierté de son père et il l'avait obtenu, son père comptait sur lui. Avec le temps il prit conscience de ce qu'on lui demandait de faire et quel était son véritable rôle dans cette sombre histoire. Le seigneur des Ténèbres le voulait comme nouveau jouet. Mais lui il ne voulait pas. Ce fut la première fois de sa vie qu'il ne voulait pas faire quelque chose que son père lui ordonnait de faire, qu'il ne comprenait pas ce dernier. Plus le temps passait plus il se sentait piégé dans ses propres pensées, ses gestes et ses convictions. Toute son éducation était remise en question, tout ce qu'on lui avait inculqué dès le plus jeune âge s'effondrait comme un château de cartes et il n'arrivait pas à empêcher cela. En dehors de son éducation, il n'avait aucun autre repère sur lequel se reposait. Il n'avait plus rien sur quoi se reposer ou même se baser, il perdait ses repères et le combat intérieur qu'il menait l'épuisait de plus en plus chaque jour. Il ne voulait pas devenir un meurtrier, mais il n'avait pas le choix.

Oui demain Draco aura dix-sept ans, et il méditait sur sa vie au sommet de la tour d'astronomie. La nuit était tombée depuis bien longtemps déjà, à vrai dire il ignorait depuis combien de temps il était là, les coudes reposant sur la rambarde. Il profita du calme de la nuit pour réfléchir. Il n'y avait rien à célébrer, il n'avait rien accompli d'exceptionnel dans sa vie, et cela lui fit mal de l'admettre. Toute l'attention qu'on lui donnait depuis tout petit.. Il l'avait longtemps confondu avec de l'amour. Maintenant il n'était plus cet enfant gâté protégé à l'abri de tout dans sa cage dorée.

Deux bras s'enroulèrent autour de sa taille, il se retourna vivement et s'éloigna des bras protecteurs de Ron. Ce dernier prit une mine boudeuse.

« Pas à l'extérieur.

- Je n'ai pas pu m'en empêcher. Même de dos tu es attirant, tes fesses me font de l'oeil.

- Ce que tu peux être agaçant. »

Ron sourit face à sa phrase. Ses petites phrases cassantes avaient l'air d'être de plus en plus apprécié par le roux, parfois cela le faisait même rire. Il s'appuya sur la rambarde, se mettant à côté de lui.

« Comment m'as-tu trouvé ?

- J'ai toujours eu le don pour trouver les gens que je recherche. » lui répondit-il en faisant un clin d'oeil charmeur.

« Demain c'est ton anniversaire, est-ce-que tu comptes le fêter ?

- L'heure n'est pas vraiment aux festivités.

- Il faut toujours prendre le temps de célébrer les choses importantes et positives. Tu devrais le fêter avec une immense pièce montée à, je ne sais pas moi, dix-sept étages ! Vous les riches vous aimez les choses exorbitantes ! »

Draco pouffa, amusé. C'était vraiment un glouton sur patte.

« Et puis.. Ton anniversaire est une date importante pour moi. » Lui avoua Ron, un peu gêné, avant de le dévisager longuement. Cette déclaration le fit rougir de gêne, heureusement qu'il faisait nuit.

Il tourna la tête vers Ron, posant sa tête contre ses bras croisés sur la rambarde. Il se souvint en première année de l'image qu'il s'était fait de lui : Peureux, pauvre, valet de Potter, et d'autres adjectifs pas vraiment flatteur. Mais maintenant il le voyait différemment. Il était devenu un homme courageux, charmant, drôle et sarcastique à certain moment, loyal, il était toujours resté bon et fidèle à lui-même. Lui n'était qu'un lâche et qu'un égoïste. Il devait se détacher de lui mais il n'y arrivait pas. Ron ignorait qu'il était un mangemort, il avait l'air d'avoir confiance en lui et il ne voulait pas qu'il l'apprenne. Pas maintenant, jamais à vrai dire. S'il lui expliquait il comprendrait sans doute.. Non il serait déçu car Ron était un optimiste, dans sa philosophie de vie on avait toujours le choix. Il voulut lui dire la vérité mais le sourire que lui adressa actuellement le roux le découragea. Ce même sourire qu'il lui adressait à chaque fois qu'il le voyait lui, et uniquement lui. Ron se baissa à sa hauteur puis lui embrassa la tempe et le front.

« Et c'est en quel honneur ?

- Comme ça. Tout les deux nous allons fêter ton anniversaire.

- Mais-

- Je ne te laisse pas le choix. Je t'enverrai un hibou dans la journée mais en attendant.. »

Il se pencha de nouveau puis l'embrassa tendrement sur les lèvres avant de lui sourire.

« Il est déjà minuit passé, joyeux anniversaire Draco. »


La première chose qu'il vit lorsqu'il s'était réveillé ce matin fut une petite montagne de cadeau au pied de son lit baldaquin. Il avait reçu beaucoup moins de cadeaux que les années précédentes, après tout les Malfoy étaient détestés par la communauté magique maintenant. De toute façon il s'en fichait. C'était son anniversaire et il n'était pas si heureux que ça. Il s'assit face à la pile de cadeaux puis les tria, n'ouvrant que les cadeaux signés de ses proches. Il brûlerait le reste des cadeaux plus tard. Comme chaque année il eut des cadeaux coûteux, rien d'original ou de transcendant. Mais un cadeau se démarqua des autres. Ce cadeau était de la part de Severus. Il lut le mot :

« Se souvenir des jours heureux dans le malheur est une faiblesse, servez-vous en à bon escient. »

Il secoua la tête, ne voulant pas y penser davantage, puis se releva pour s'enfermer dans la salle de bain.

[…]

Draco aimerait éviter tout le monde aujourd'hui. Pour une fois dans sa vie il ne voulait pas attirer l'attention sur sa personne. Il avait juste hâte d'être à ce soir pour voir Ron. Malheureusement c'était mal connaître Pansy qui lui sauta dessus dès qu'il entra dans la Grande Salle. Aujourd'hui on ne comptait pas le laisser tranquille.

« Joyeux anniversaire Drakounet ! » Hurla-t-elle.

Il voulut se dégager de sa prise mais s'accrocha davantage à son bras en criant gaiement, attirant le regard de tout le monde. Tout les Serpentards, ou presque, présents et attablés se levèrent pour lui souhaiter un joyeux anniversaire. Et Pansy était toujours accrochée à son bras comme une naufragée à sa bouée. Lui qui ne voulait pas de toute cette attention lorsqu'il s'était levé ce matin.. Son narcissisme repointait doucement le bout de son nez. Il avait toujours aimé la foule, les acclamations, être le centre de l'attention. Il avait l'impression d'être un roi face à ses sujets qui seraient prêts à sacrifier leurs vies pour lui, et ce sentiment de puissance lui avait manqué. Draco était un leader né : il était beau, charismatique, rusé, riche et intelligent. Peut-être était-ce pour cela que le simple fait de servir le Lord Noir le rebutait.

Oui, pendant un cours instant, que c'était bon d'être le Prince de Serpentard. Il pouvait jouer ce rôle pendant cette journée avant de revenir à la cruelle réalité.

[…]

Draco avait survécu à cette journée, il voulut même s'applaudir pour ça. Les Serpentards lui avaient organisé une fête en son honneur : une énorme fête clandestine comme il les aimait car c'était plus drôle de faire des choses interdites sans se faire attraper que de suivre les règles. Même s'il aimait ce genre de fêtes, surtout lorsque la fête était en son honneur, il s'était éclipsé. Il avait rendez-vous avec Ron dans la Salle sur Demande, et ça serait lui offrirait le plus beau cadeau : son corps. Parce qu'il ne résistait jamais à l'appel de sa chair.

Il entra discrètement dans la Salle sur Demande. À peine eut-il le temps d'entrer qu'il se sentit tirer par le bras.

« Désolé je ne voulais pas te surprendre, suis-moi. »

Draco ne se posa pas de question et le suivit à travers l'énorme salle sans lui lâcher à main. Ron entrelaça ses doigts avec les siens. Il fallait vraiment qu'il arrête de rougir pour tout et n'importe quoi, ce n'était pas digne de la personne qu'il était. Ils firent face à un énorme lit, on pouvait littéralement y dormir à six dessus. C'était illuminé par des petites bougies. Draco n'était pas quelqu'un de romantique, mais il appréciait cette attention.

« Joyeux anniversaire Draco.

- Merci. » Il l'embrassa chastement sur la bouche.

« Attends j'ai un cadeau pour toi ! »

Cela l'étonna. Ron n'avait pas besoin de lui offrir de cadeau, sa simple présence lui suffisait. Il voulut lui dire ça mais il en fut incapable. Il sortit une petite boîte noir en écrin dessous l'un des oreillers puis le tendit. Draco l'ouvrit, curieux. Il ouvrit la boîte et vit une bague en argent. Il scruta longuement la bague, ne sachant pas quoi en penser, puis regarda Weasley. Ce dernier baissa légèrement la tête, grattant l'arrière de celle-ci, gêné.

« Je sais que tu as l'habitude de recevoir des cadeaux très couteux et que- »

Draco l'interrompit en l'embrassant. Il ne voulait pas l'entendre se rabaisser sur sa pauvreté, ni rien entendre d'autre venant de sa bouche. Il voulait juste goûter à ses lèvres.

« J'aime beaucoup cette bague.. Mais je ne la mérite pas, je ne peux pas accepter. »

Lui il ne méritait pas un tel cadeau. Ron se trompait sur son compte. Il eut un énorme rappel de conscience, cette dernière lui hurlait qu'il n'était qu'un sale imposteur. Tout cela lui donna la nausée. Il se recula de lui, fermant la boîte et la posant sur son lit.

« Tu avais raison sur mon compte, je suis comme mon père.

- Draco je ne le pensais pas lorsque je-

- Je suis un mangemort. » Le coupa le blond qui avait enfin trouvé le courage nécessaire pour lui dire la vérité à voix haute.

Draco releva sa manche, dévoilant sa marque maudite, cette marque qui prouvait que sa vie ne lui appartenait plus. Weasley se recula de plusieurs pas d'effroi, ne quittant pas la marque des yeux. L'horreur. Voilà l'expression qu'affichait Weasley sur son visage si expressif. Draco abaissa sa manche, honteux. Il voulait le dégoûter pour qu'il s'éloigne de lui car, oui il l'admettait, lui n'arrivait pas à s'éloigner de Ron et il sut qu'il avait réussi. Il n'avait pensé qu'à lui dans cette histoire, qu'à sa petite personne. Cette histoire devait prendre fin un jour ou l'autre, et ce jour était aujourd'hui. Mais il n'en fut pas soulagé bien au contraire.

« Depuis combien de temps ?

- Après l'incarcération de mon père.

- C'était donc ça que tu me cachais depuis le début.. Tu m'as menti droit dans les yeux et cela pendant des mois ! »

Draco n'avait rien à répondre à cela. Il avait tout les droits d'être en colère après tout il venait d'apprendre que son petit-ami était un mangemort, un ennemi, faisant parti du camp ennemi qui voulait tuer son meilleur ami et détruire tout ceux en quoi il croyait et faisait de lui ce qu'il était. Il lui avait menti durant des mois, il devait sans doute le haïr. Il n'avait jamais mérité la confiance de Ron, il n'avait jamais mérité d'avoir été heureux avec lui.

« Toi tu es du côté du grand survivant Harry Potter, du côté de la lumière.. Moi je suis qu'un mangemort. La relation qu'on a depuis des mois n'a aucun sens. Tu dois sans doute me détester et tant mieux car il ne peut en être autrement. »

Draco voulut partir mais il voulut savoir la réaction du roux face à cette révélation, il devait savoir pour passer définitivement à autre chose.

Weasley bougea au bout d'une dizaine de minutes et se rapprocha de lui, abordant un air grave. C'était la première fois qu'il le voyait prendre une expression aussi sérieuse, il en était même menaçant. Il allait sans doute le frapper. Et il ne rendrait même pas le coup car il le méritait. Il ferma les yeux, attendant le coup qu'il ne vint jamais. Il sentit des lèvres se presser contre les siennes, une main passa dans ses cheveux qui lui maintint sa nuque, voulant approfondir le baiser. Il répondit instinctivement au baiser, car lorsqu'il l'embrassait ainsi il lui faisait perdre le sens de la réalité. Ron se recula légèrement puis posa un léger baiser sur son cou avant de susurrer :

« Je ne peux plus te détester, c'est trop tard pour ça.. »

Il l'embrassa de nouveau puis l'allongea doucement sur le lit. Draco passa ses bras autour de son cou, l'attirant davantage contre lui. Leurs langues se mouvèrent sensuellement ensemble. Sa main caressa les cheveux roux, ces cheveux qu'il aimait tant caresser. La langue de Ron semblait lui faire l'amour à elle seule. Le baiser s'interrompit lorsque Draco jeta sa tête à l'arrière, gémissant. La jambe de son amant pressa son érection. Ron se mit à califourchon sur lui. Il lui déboutonna sa chemise puis la jeta au sol. Le blond ne s'était pas rendu compte qu'il avait fermé les yeux. En les rouvrant il tomba sur le regard peiné de Ron, qui scrutait la marque des ténèbres sur son avant-bras.

« Elle me fait rappeler à chaque fois que je n'ai jamais eu le choix sur rien et que ma vie ne m'appartient plus..

- Tu peux en parler à Dumbledore et il te protégera. Onte protègera.

- Ce n'est pas aussi simple que ça..

- On a toujours le choix Draco.

- Même si j'avais eu le choix je ne rejoindrai pas non plus ton camp. Je ne suis pas fait pour être un combattant de guerre.. »

Ron sembla méditer sur ses paroles. Il lui prit la main, la couvrant de baiser. Il sortit la bague et l'enfila à son annuaire droit. Après cela il lui embrassa le front. Il commença à tracer du bout des doigts son torse. Il ressentit une incroyable chaleur à chacun de ses touchers. Cela le fit légèrement haleter, faisant sourire Ron. Son regard incendiaire se promenait sur sa personne. Ron lui caressa la joue, ne le quittant pas des yeux.

« Malgré ça tu restes magnifique.. »

Draco ne put empêcher ses joues de prendre une teinte rosé. Il le voyait dans son regard bleuté qu'il le désirait, et même plus encore. Son cœur battait anormalement vite et il était même étonné que Ron ne l'entende pas. Sa langue remplaça ses doigts. Il lui mordilla le lobe, puis le cou. Il déposa de légers baisers sur la peau. Sa bouche descendit jusqu'à son téton qu'il lécha doucement, puis le mordilla. Sa main joua avec l'autre téton. Il gémissait, sa main glissa de nouveau dans la chevelure rousse, la tirant légèrement. Sa langue délaissa son téton pour y jouer avec l'autre, car oui c'était un jeu pour Ron de découvrir toutes les zones de son corps qui pouvait le faire trembler et gémir de plaisir. Il descendit encore plus bas, puis il s'arqua lorsqu'il sentit la main de Ron passer sous son pantalon. Ron l'embrassa de nouveau pendant que sa main s'empara de son érection, entamant un lent mouvement de va-et-vient. Son érection pétrissait contre ses tissus qui le gênait. Il se tortillait de plaisir, et cela l'excita encore plus de sentir le regard de Ron sur lui. Il enleva sa main, provoquant un gémissement de frustration, puis lui enleva son pantalon et son boxer dans la foulée. De ses mains fermes il plaqua ses mains contre ses hanches, le retenant contre le matelas. Un gémissement sortit de sa bouche lorsqu'il sentit cette langue chaude s'enrouler autour de son sexe. Sans qu'il ne s'y attende il le prit en bouche, le suçotant. Il ne pouvait même pas bouger ses hanches au rythme des va-et-vient de la bouche de Ron, il n'avait aucun contrôle et étrangement il aimait ça, c'était relaxant et imprévisible. Il le torturait de la plus merveilleuse des façons. Il était tellement perdu dans les limbes du désir qu'il ne remarqua même pas l'effet du sort informulé du roux. Le doigt caressa son entrée de manière taquine, puis entra en lui. Un deuxième doigt le rejoignit rapidement. Il gémit encore plus fort lorsqu'ils s'enfoncèrent en lui. Ses doigts qui bougeaient au même rythme que la bouche de Ron sur sa virilité... Cela le rendit fou ! Un dernier va le fit venir, criant le prénom de Ron durant la jouissance. Lorsqu'il revint à lui Ron l'observa, un demi-sourire accroché aux lèvres. Draco lui adressa un sourire tendre, lui caressant la joue. Le sourire de Ron s'agrandit, et il lui embrassa la tempe.

« Je te trouve trop habillé..

- Qu'attends-tu pour régler ce problème ? »

Draco inversa leurs positions. Tel un assoiffé il lui enleva sa chemise et la jeta au sol. Il embrassa chaque parcelle de sa peau. Ses mains voyagèrent sur son torse. Le sentir haleter et gémir à chacune de ses caresses le fit bander de nouveau. Juste le fait de voir le torse de Ron pouvait le faire bander. Sérieusement parfois il se demandait s'il n'avait pas reçu un sort. Il ne laissait jamais ses instincts primaires prendre le dessus sur sa raison, et ce qu'il ressentait était irrationnelle et incompréhensible. Il déboutonna sa braguette d'une lenteur diabolique, puis lui enleva son pantalon et son boxer qui rejoignirent immédiatement ses propres vêtements au sol. La virilité de Ron était dressé et déjà humide. Ron se redressa pour le regarder faire. Il entama un va-et-vient avec ses deux mains, le masturbant à un rythme soutenu, puis donna des coups de langue sur son gland. Il n'était pas d'humeur à le taquiner, alors il le prit rapidement en bouche. Draco avait prit goût à lui donner des fellations. Il aimait cette grosseur qui palpait dans sa bouche. Il aimait entendre Ron gémir et le sentir trembler à cause de ses caresses, il aimait lorsque Ron lui tirait les cheveux, lui montrant qu'il s'y prenait très bien. Lorsqu'il sentit Ron sur le point de jouir, il s'arrêta et se redressa. Le roux lui lança un regard interrogateur, Draco se contenta de sourire de manière espiègle. Il se mit au dessus de lui, prit sa virilité en main et s'empala d'une traite en hurlant, jetant sa tête en arrière. Ron lui cria sous le coup du plaisir et de la surprise. Il enroula ses bras autour de ses épaules tandis que Ron lui caressa les flancs, le faisant frémir. Ils restèrent un long moment ainsi, s'admirant l'un et l'autre. Ron lui caressa la joue, lui souriant affectueusement. Une autre main était posée sur son dos, le maintenant debout.

« Tu es vraiment magnifique.. » Le complimenta Ron.

Draco lui sourit tendrement. Il fut incapable de détacher son regard du sien, et ça semblait pareil pour Ron. Son cœur battait la chamade et il se sentait prit de vertiges. Il était tout bêtement heureux. Et Draco dit une phrase, composé de trois mots, qu'il n'avait jamais prononcé pour personne et qu'il pensait qu'il ne dirait jamais à personne :

« Je t'aime. »

Il sentit l'érection de Ron grossir encore plus à l'intérieur de lui à l'entende de cette phrase. Il gémit légèrement à cette constatation. Un nouveau sourire éclaira le visage du roux. Et il était vraiment beau. Ron rompit leur contact visuel en l'embrassant doucement sur les lèvres. Et il le regarda de nouveau droit dans les yeux lorsqu'il lui dit :

« Je t'aime Draco. »

Il fut ému que ces mots soient dites à voix haute. Il lui caressa les joues, l'embrassant sur le front. Draco ondula ses hanches, l'incitant à bouger avec lui, ce qu'il fit. Leurs corps se mouvaient à la perfection ensemble, ils étaient en total symbiose. Jamais Draco n'avait ressenti autant de plaisir, à ce moment-là il se sentait tellement proche de Ron. Cette nuit tout lui prouvait que Ron l'aimait réellement, tout était parfait. Ils ne faisaient plus qu'un. Il faisait tout simplement l'amour avec la personne qu'il aimait.

Plusieurs heures plus tard il cria de nouveau de jouissance. Ron tint ses mains sur ses hanches, et dans une dernière poussée, jouit à l'intérieur de lui. Ron se retira puis s'effondra sur lui. Ils étaient tout suant, mais cela ne le dérangea pas tant que ça. Quelques minutes plus tard Ron informula un sort de nettoyage, et repositionna sa tête sur son torse. Silencieux, ils se remettaient tout les deux de leurs orgasmes. Draco fut incapable de dire combien de fois il avait joui, mais il n'avait plus d'énergie.

« Ton cœur bat drôlement vite.. » Constata Ron.

« La faute à qui idiot. »

Ledit idiot lui embrassa le torse avant de reposer de nouveau sa tête dessus. Draco le serra davantage dans ses bras, lui caressant les cheveux. Il pourrait faire ça pendant des heures il ne s'en lasserait jamais. À ce moment là il s'imagina une vie où le Seigneur des Ténèbres n'existerait pas. Ron et lui n'auraient jamais eu à se cacher. Ils auraient été le genre de couple à s'embrasser n'importe quand et n'importe où, pourtant il exécrait les couples qui agissaient de manière frivole. Il l'aurait présenté à ses parents en leur affirmant avec fermeté qu'il ferait passer son amour pour Ron avant l'honneur familiale. Ils auraient eu à traverser ensemble la déception de leurs proches, mais aussi les moments de joies et de consolation ensemble. Tant qu'ils étaient ensemble ils pourraient tout traverser car Ron ne l'aurait jamais abandonné et que lui aurait été trop égoïste pour le laisser partir.

Mais ce n'était pas avec des « Et si » qu'on refaisait le monde, et la réalité était trop cruelle pour se permettre de faire ce genre de chose.

Draco informula un sort de sommeil, l'endormant profondément. Il se détacha de son corps puis se leva doucement du lit. Il attrapa sa baguette, s'habilla à l'aide d'un sort et l'habilla également. Il était incapable de détourner son regard du visage endormi de la personne qu'il l'aimait. Oui, il l'aimait, et c'était parce qu'il l'aimait qu'il prit l'une des décisions les plus difficiles de sa vie. Il lui embrassa le front et pointa sa baguette sur sa tempe. Au dernier moment il se ravisa, il ne pouvait pas effacer leur histoire d'un simple sort d'oubliette. C'était égoïste, mais il ne pouvait pas se résoudre à le faire. Il ne pouvait pas supprimer cela à jamais. Il fit apparaître à la main l'une des fioles offertes par Severus.

« Légilimens. »

Lorsqu'il copia les souvenirs, il revit en quelques instants tout les moments que Ron et lui avaient vécu ensemble à travers ses yeux. Sa manière de le regarder en début d'année ce n'était pas de l'inquiétude mais un amour naissant.. Il était inquiet et amoureux de lui depuis tout ce temps. Draco n'avait rien fait pour attirer son attention, il n'avait rien fait pour mériter d'être aimé de la sorte, surtout après toutes les insultes qui lui avait dit dans le passé. Il ferma la fiole, scellant leur histoire à jamais. Il garderait cette fiole comme son bien le plus précieux. Il lui embrassa la tempe pour la dernière fois avant de pointer sa baguette sur celle-ci.

« Merci pour tout. Obliviate. »

Il n'y aurait plus aucune chance pour qu'il ne se souvienne. Lorsqu'il se réveillera il ne se rappellera uniquement qu'ils se détestaient. Il oublierait leurs moments de caresses, les conversations bêtes qu'ils avaient à chaque fois après avoir fait l'amour, les rires, les confidences qu'ils s'étaient partagés, ces mots qu'il avait prononcé qui lui témoignaient son amour pour lui. Si Ron n'avait pas été là il n'aurait été que l'ombre que lui-même. Malgré sa mission, la pression, la guerre qui approchait.. Grâce à Ron il lui était même arrivé de penser que sa situation s'arrangerait pour quelque chose de meilleure. Mais il ne pouvait plus vivre dans cette illusion, et cette illusion il la briserait ce soir.

Draco prit une grande inspiration, légèrement tremblant, puis quitta la Salle sur Demande. Lorsqu'il fit le chemin jusqu'à sa chambre, il se répéta sans cesse que c'était la seule et la meilleure solution. Même en se répétant en boucle cette information, il n'arrivait pas à aller mieux.

Il entra dans sa chambre et enleva négligemment ses chaussures. Tel un automate, il enleva sa chemise, son pantalon et mit rapidement son pyjama. Draco devait oublier, ou du moins prétendre le faire. Il ouvrit de nouveau la fiole dont il s'était servi un peu plus tôt. Il vida son esprit à son tour pour enfouir les plus beaux souvenirs de sa vie. Il se contenta de les copier, il se refusait d'oublier, puis scella cette fiole. Cette fiole était le plus beau cadeau d'anniversaire qu'il ait eu de sa vie, mais aussi le plus amer. Il la posa sur la table de nuit puis se glissa sous ses couvertures. Il scruta longuement la fiole, au bout d'un moment il se sentit trembler de tout ses membres.

« Je t'aime Draco.»

Il plongea sa tête dans son oreiller, et s'effondra en larmes en hurlant.


Le lendemain, Draco se dirigea vers la salle de cours de Slughorn, tête et épaules relevés, se tenant droit et fier tel un Malfoy, comme il l'avait toujours fait et comme on le lui avait toujours apprit. Tout était dans le laisser paraître, c'était sa philosophie de vie. La vérité était qu'il s'était réveillé difficilement, il avait l'impression qu'on lui avait arraché quelque chose d'important à l'intérieur de lui, quelque chose de vital. Cette douleur lui donnait envie de pleurer. Il s'était jeté un sort afin de masquer ses yeux gonflés à cause des larmes. Draco avait tout perdu, il ne lui restait que son apparence. Cette sensation de fatigue et d'étouffement ne le quittait pas depuis le réveil. Il n'avait pas eu faim et n'avait pas eu la force de se rendre dans la Grande Salle. Il n'avait pas le courage de confronter pour l'instant les Gryffondors, et encore moins le voir lui.

Lorsqu'il entra dans les cachots pour son cours de potion, il ignora les questions insistantes de Pansy qui lui demandait où est-ce qu'il était-il passé après sa fête d'anniversaire, il ignora les regards interrogatifs de Blaise, et tout le reste.

Un Malfoy ne laisse jamais paraître ses émotions.

Mais il ne put s'empêcher de le chercher du regard. Ron était là, à côté de Potter et de Granger qui discutaient. Lui ne participait pas à la conversation, il avait l'air préoccupé. Il ne s'attarda pas dessus et s'assit à côté de Blaise.

« J'aurais besoin de te parler seul à seul tout à l'heure. » Ne put dire Draco avant que leur professeur ne rentre en classe.

[…]

Draco et Blaise s'étaient insolés dans la salle d'étude des préfets, la sachant vide à cette heure-ci. Le blond se décida à aller droit au but, il n'aimait pas tourner autour du pot. Il sortit la fiole de son sac, il ressentit un pincement au cœur en pensant au fait qu'il allait s'en séparer, mais c'était la meilleure chose à faire. Si elle tombait entre de mauvaises mains cette fiole le mettrait encore plus en danger, et Ron également. Qu'importe pour lui, la sécurité de Ron passait en premier lieu.

« J'aurais besoin que tu gardes ça pour moi pendant un certain temps. » Lui avoua-t-il en donnant la fiole.

Un Malfoy ne demande jamais de l'aide.

Draco se retint de tiquer de dégoût. Il détestait vraiment demander de l'aide, ou demander quoi que ce soit qui se rapprochait d'un service. Surtout s'il devait être redevable, c'était une position de faiblesse. Blaise fronça les sourcils et prit la fiole.

« Ne me dis pas que-

- C'est une fiole où sont renfermés les souvenirs oubliés de Ron et certains de mes souvenirs. Je ne peux pas la garder avec moi pour le moment. » Le coupa Draco.

Il fallait qu'il se débarrasse de cette preuve rapidement. Il ne pouvait pas se résoudre à la briser. Il fallait qu'elle soit cachée en lieu sûr loin du Seigneur des Ténèbres, loin de Snape, loin de son père, loin de tous et surtout loin de lui. Il la récupérerait sans doute après la guerre s'il survivait pour regarder ces souvenirs en boucle jusqu'à en perdre la raison. Il n'avait aucun endroit où il pouvait la cacher : à Poudlard n'importe qui pourrait tomber dessus et dans le Manoir Malfoy.. Il ne s'y sentait plus chez lui depuis bien longtemps. Il ne se sentait chez lui nul part, il n'y avait aucun endroit dans ce monde où il se sentait suffisamment en confiance et en sécurité pour y cacher la fiole. Donc il n'avait pas d'autres choix que de la confier à une autre personne. Blaise était la personne la plus fiable qu'il connaissait. De toute façon il avait jeté un sort sur la fiole afin que seuls les détenteurs des souvenirs enfermés puisse l'ouvrir, en l'occurence Ron et lui. Mais un sorcier assez puissant pouvait briser ce sort, comme le Seigneur des Ténèbres. Ron ne tomberait jamais dessus, il ne s'inquiétait pas pour ça. Il devait reprendre l'habitude de l'appeler Weasley, il avait perdu le privilège de l'appeler Ron désormais.

Blaise soupira puis rangea la fiole dans son sac.

« Je te promets de la garder et de la ranger en lieu sûr. Mais Draco.. Est-ce tout ira bien pour toi ?

- Tant qu'il est en vie oui. Je dois y aller. »

Il ne laissa pas le temps à son ami de lui répondre qu'il s'en alla de la pièce. C'était l'heure du déjeuner, tout le monde était dans la Grande Salle ou était en chemin pour y aller. Lui n'avait pas faim, il évitait tout le monde. Cela lui faisait trop mal à la tête, il supportait encore moins ces gens que d'habitude. Maintenant qu'il s'était débarrassé de cette fiole, tout ce qu'il lui restait à faire c'était de réparer l'armoire, il ne se concentrerait uniquement sur ça dorénavant. Il n'avait plus aucune excuse pour retarder l'échéance. Il monta les escaliers, les mains dans les poches, se rendant dans la Salle sur Demande.

C'était la seule solution. C'était ce qu'il se répétait sans cesse. Oui, c'était la seule solution. Il préférait souffrir que de voir Weasley mourir. Pour la première fois de sa vie il faisait passer le bien-être de quelqu'un d'autre avant le sien, et il comprit qu'il l'aimait réellement.

Il tourna et marcha vite, très vite, jusqu'au septième. Il tourna le dos à la tapisserie représentant Barnabas-le-Follet et ses Trolls et passa trois fois devant le mur vierge. Il entra dans la Salle-sur-Demande et fit rapidement face à l'armoire à disparaître.

C'était la seule solution. Se répéta-t-il encore.

Un Malfoy n'a aucune faiblesse.

Draco sentit un sanglot lui serrer la gorge. Il ferma les yeux, prit une grande inspiration puis fit rouler ses épaules. Il rouvrit les yeux, déterminé. Il attrapa sa baguette d'une main ferme. Ce n'était pas le moment de pleurer, il était l'heure de se remettre au travail.