16h05, 12 avril 2028 – Département de contrôle et de régulation des créatures magiques, Ministère de la Magie, Londres, Angleterre
L'expression sur le visage de Scorpius se figea. Son corps entier s'immobilisa sur la chaise dans laquelle il était assis, comme s'il avait subitement été frappé par un maléfice.
Rose, quant à elle, fixait la minuscule créature enfermée dans la cage avec une infinie tristesse. Recroquevillée sur elle-même la pauvre créature semblait terrorisée, et elle avait de quoi l'être.
- Je suis désolée, lui souffla la jeune sorcière du bout des lèvres. Je te promets qu'on va te ramener chez toi très vite. N'est-ce pas ? ajouta-t-elle, à l'attention de son oncle cette fois.
Charlie arracha son regard de la petite créature qui venait de pousser un bourdonnement plaintif et leva les yeux vers sa nièce, une expression sévère peinte sur le visage.
- Bien sûr, nous ferons tout ce que nous pourrons pour la ramener chez elle.
Enfin, Scorpius sembla s'extirper de son immobilisme, sans pour autant quitter des yeux la cage de verre posée sur le bureau de Charlie et sa minuscule occupante.
- C'est une fée Aurum, souffla-t-il. Comment est-ce possible ? Je croyais qu'elles avaient été décimées il y a plusieurs siècles ?
Charlie poussa un long soupir, lourd de sens.
- Oui, commença-t-il d'une voix basse, c'est ce que nous pensions tous. C'est ce qu'elles sont parvenues à nous faire croire pendant des centaines d'années. Et à juste titre, d'ailleurs. Nulle autre créature magique n'a été autant persécutée et exploitée de toute l'histoire de la magie…
- Je ne comprends pas, fit Scorpius en secouant la tête avant de se tourner vers Rose. Comment l'as-tu trouvée ?
Le regard de Rose s'assombrit davantage et elle noua ses mains sur ses genoux avec anxiété.
- Il y a environ un mois, Charlie m'a demandé de faire des recherches sur l'extinction des fées Aurum et les propriétés magiques particulières de leurs attributs. Le Bureau des Aurors enquêtait sur un trafic de créatures magiques et a demandé l'aide du département de contrôle et de régulation des créatures magiques pour les aider à identifier les espèces recelées, jusqu'à ce que Harry et Charlie tombent sur des ailes de fées dans l'une des planques du réseau de trafiquants qu'ils suivaient. Mais pas n'importe quelles ailes, des ailes de fées Régina, facilement reconnaissables grâce…
- À leur reflet doré et leur forme légèrement bombée, termina Scorpius en relevant les yeux vers la jeune femme assise à côté de lui.
Rose hocha la tête et laissa échapper un nouveau soupir.
- C'est à ce moment-là que Charlie m'a demandé de faire des recherches sur leur extinction, reprit-elle en posant un premier rouleau de parchemin sur le bureau de son oncle, qu'elle déroula sous leurs yeux. En 1776, les sorciers ont perdu la trace des fées Aurum et les ont officiellement classées comme « espèce disparue », à la suite de l'exploitation intensive dont elles avaient fait l'objet, à la suite de leurs puissantes propriétés magiques. Pendant près d'un siècle après ça, de nombreux sorciers et sorcières ont continué de les traquer, persuadés que le Ministère leur mentait pour faire cesser leur exploitation. Mais au fil du temps, faute de preuve de leur survie, ils ont fini par abandonner et les recherches sur les propriétés magiques des fées Aurum se sont arrêtées. Après cela, personne n'a plus jamais entendu parler d'elles, jusqu'à il y a quelques années, lorsqu'un sorcier qui s'était perdu dans la forêt amazonienne, dans le parc national Noel Kempff Mercado, a déclaré en avoir vu. Mais personne n'y a vraiment fait attention : lorsqu'il a été retrouvé, il avait passé près d'un an dans la jungle, seul, et était devenu à moitié fou. Il a été hospitalisé presque deux mois à Ste Mangouste, et lorsqu'il est sorti, il n'avait aucun souvenir des fées Aurum. On pense que cela a suffi à certains sorciers mal intentionnés pour reprendre la traque des fées là où elle s'était arrêtée il y a plusieurs siècles.
- Je vois, dit Scorpius en fronçant les sourcils, mais comment es-tu parvenue à mettre la main sur celle-ci ?
Rose se tourna vers son oncle, qui tritura nerveusement le crochet qui pendait sur son oreille gauche.
- Les Aurors sont parvenus à démanteler une très grosse partie du réseau qu'ils traquaient depuis des mois en tombant sur l'une de leurs planques les plus importantes, mais certains sorciers et sorcières sont parvenus à prendre la fuite avant l'arrivée des Aurors et se sont évaporés dans la nature. Harry et ses équipes soupçonnaient les derniers membres du réseau de chercher un moyen d'écouler leurs stocks illégalement, et le plus rapidement possible. Impossible pour eux de recourir à leurs méthodes habituelles puisqu'ils se savaient surveillés par le Bureau des Aurors. Harry a envoyé deux de ses meilleurs Aurors sous couverture retrouver la trace des sorciers qu'ils surveillaient et qui s'étaient évaporés à travers tout le pays. Ils sont parvenus à en retrouver et en arrêter plus d'un avant de tomber sur un sorcier, dans un pub en Irlande du sud, qui avait en sa possession cette fée-là, finit-il en désignant la créature d'un geste délicat qui lui ressemblait peu, comme s'il faisait son possible pour ne pas l'effrayer. Nous avons aussitôt décidé de la confier à Rose afin qu'elle l'examine et poursuive ses recherches. Nous voulions comprendre ce qui lui était arrivé pour comprendre quelles étaient les intentions du sorcier ou de la sorcière qui l'avait capturée.
Les derniers mots de Charlie furent suivis d'un long silence. Rose contemplait le bout de ses chaussures avec une moue désabusée, tandis que Scorpius, incrédule, avait reporté son attention sur la créature enfermée dans la cage de verre.
Tremblante, la pauvre fée n'avait pas bougé une aile depuis que Rose avait soulevé le voile en velours.
- D'accord, fit simplement Scorpius après un long moment. Mais qu'est-ce que je fais ici ? Pourquoi m'avoir fait venir ?
- Nous sommes en train de monter une équipe, en lien avec le Bureau des Aurors, pour mener une expédition en Bolivie, dans le parc national Noel Kempff Mercado.
- Vous voulez retrouver les fées Aurum, comprit Scorpius. Est-ce qu'il ne serait pas préférable qu'elles restent… disparues ? Demanda-t-il en fronçant les sourcils. Si elles ont simulé leur extinction, ce n'est pas pour rien. Et cette affaire le prouve, non ?
Rose hocha la tête avec approbation, en relevant les yeux vers le jeune homme :
- Si, tu as entièrement raison. Mais le but de cette expédition n'est pas de retrouver la trace des dernières fées Aurum. Ou plutôt, si, mais seulement parce que le Bureau des Aurors, ainsi que Charlie, pensent que trouver l'endroit où se cachent les dernières fées Aurum leur permettra de mettre la main sur le sorcier ou la sorcière qui est derrière tout ça. Ils pensent qu'il ou elle gère le trafic depuis la forêt Amazonienne…
- C'est un miracle que Rose ait pu mettre la main sur cette fée, reprit Charlie. A priori, elle n'était pas destinée à être vendue. Elle s'est retrouvée dans les mains du sorcier capturé par les Aurors uniquement parce qu'elle était devenue inutile pour la personne qui l'avait capturée. Nous pensons qu'elle était exploitée pour ses attributs magiques, comme par le passé. Cette fée, précisa Charlie en désignant la créature recroquevillée dans sa cage, s'est retrouvée là après avoir été exploitée pour ses propriétés. Nous ne savons pas encore dans quel but exactement, et ce que nous cherchons à savoir, avec l'aide de Rose. Après tout, les attributs des fées Aurum ont toujours été exploités par les sorciers dans la confection de potions et autres concoctions. Rose est là pour découvrir laquelle.
Rose approcha lentement sa main de la cage devant elle et souleva plus lentement encore le couvercle qui retenait la petite fée prisonnière. Elle glissa sa main à l'intérieur de la cage et, avec la plus grande précaution possible, extirpa la minuscule créature de sa geôle.
Tremblante, la petite fée se recroquevilla davantage encore sur elle-même dans la paume de Rose.
- Tu vois ses ailes ? Demanda-t-elle à Scorpius en s'approchant avec une infinie douceur vers le jeune homme pour éviter d'apeurer plus encore la petite fée.
Scorpius se pencha pour inspecter la créature : lorsque ses yeux se posèrent sur les cicatrices qui recouvraient la majorité de la surface de ses ailes, son cœur se serra et il crispa les poings, envahit par un sentiment de dégoût et de colère.
- Elle a été torturée ? S'indigna-t-il, d'une voix basse et terrifiante.
Rose hocha tristement la tête.
- Oui. Jusqu'à ce qu'elle ait rendu ses dernières poussières. Quelqu'un lui a gratté les ailes, encore et encore, et encore, jusqu'à ce qu'il ne puisse plus rien en tirer.
À nouveau, un lourd silence s'installa dans le bureau de Charlie, jusqu'à ce que dernier le rompe en s'adressant à Scorpius :
- C'est pour ça que nous avons besoin de toi aujourd'hui. Tu es l'un des meilleurs soigneurs de créatures magiques que je connaisse. Rose a déjà accepté de rejoindre l'équipe d'Aurors qui sera envoyée par Harry en Bolivie, mais il a aussi besoin de toi. Je pense que tu es l'un des seuls, avec l'aide de Rose, à pouvoir retrouver la trace des fées. Et lorsque l'on aura trouvé les fées…
- On trouvera la personne qui est derrière tout ça, conclut Scorpius, la mine sombre.
Rose étudia le profil du jeune homme avec curiosité. Elle connaissait très peu Scorpius. Ils avaient été ensemble à Poudlard, mais elle avait été envoyée à Poufsouffle et lui à Serdaigle, si bien que leur chemin s'étaient peu croisés en dehors des cours qu'ils avaient eus en communs.
Pendant leur scolarité, Scorpius avait souvent été le centre de l'attention, bien malgré lui.
D'abord parce qu'il était le fils de Drago Malefoy, l'un des rares Mangemorts reconnus et acquittés lors des Grands Procès qui s'étaient tenus à la suite de la disparition de Voldemort, ensuite parce qu'il avait, à la surprise générale, été envoyé à Serdaigle, rompant ainsi une vieille tradition familiale, puis parce qu'il avait vite prouvé être un élève remarquablement intelligent et doué, et enfin, parce qu'en grandissant, il était devenu… beau. Très beau.
Rose, comme la moitié des filles de Poudlard, ne pouvait prétendre avoir été complètement insensible à son charme, mais Scorpius avait toujours sembleéignorer l'attention qu'il attirait. Il avait toujours été très solitaire. À l'époque, il parlait peu, sauf quand une question lui était posée directement et son ton était toujours sec. Sec, mais dénué de méchanceté. C'était simplement sa façon d'être : il allait droit au but et ne s'embarrassait d'aucune frivolité. Si Rose devait choisir un seul adjectif pour décrire Scorpius, ce serait « efficace ». Scorpius était efficace, et par conséquent, il concentrait ses efforts sur ce qui était important : le fond plutôt que la forme, le contenu plutôt que l'emballage, le propos plutôt que la manière de le délivrer.
Et en cela, Rose l'avait toujours trouvé intimidant. Indéchiffrable.
Depuis qu'ils avaient quitté Poudlard, Rose n'avait croisé Scorpius qu'à de rares occasions. Deux fois en présence de Charlie, qui avait travaillé avec lui et été son mentor lorsque Scorpius était devenu soigneur de créatures magiques et avait rejoint Charlie en Roumanie, puis au mariage d'un camarade de Poudlard, un an plutôt.
À chaque fois, son expression avait été la même : impassible.
Cette fois, en revanche, les émotions se lisaient sur le visage de Scorpius comme dans un livre ouvert : le dégoût, la colère et la tristesse tiraient ses traits fins et pâles. Ses yeux gris s'étaient assombris, voilés.
- C'est d'accord, souffla Scorpius, la mâchoire crispée. J'accepte de participer à l'expédition, mais à l'unique condition que tu me promettes que si nous trouvons ces fées, aucune ne sera capturée.
Charlie hocha la tête avec gravité :
- Tu as ma parole et celle de Harry. De toute façon, la mère de Rose le tuerait si l'un de ses Aurors touchait à l'une de ces fées, ajouta-t-il en faisant un clin d'œil à sa nièce, qui esquissa un sourire fragile.
À la surprise de Rose, Scorpius laissa échapper un rire fébrile.
- Ça, je veux bien te croire, fit-il en secouant la tête. Quoi ? ajouta-t-il à l'attention de Rose, en la voyant écarquiller les yeux avec étonnement. Chacun ses héros. Moi, j'ai grandi admiratif du travail et de l'acharnement de ta mère.
Cette fois, le visage de Rose se fendit en deux et elle laissa échapper un rire plus léger, arrachant à Scorpius un rare sourire, aussi fugace que sincère.
- Est-ce que cela signifie que tu acceptes ? Demanda Charlie en se tournant vers Scorpius.
Toute trace de légèreté avait quitté le visage du jeune homme, qui s'était rembruni :
- Oui, dit-il. Quand est prévu le départ ?
18h22, 12 avril 2028 – Appartement 302, 2 Rue de la Vieille Chouette, Aberdeen, Écosse
Rose s'épousseta d'un coup de baguette en sortant de sa cheminée et laissa échapper un long soupir, lasse.
Elle fit un pas en avant et posa la cage en verre sur la table basse recouverte de livres et de rouleaux de parchemin qui encombrait son salon et occupait le peu d'espace qu'il lui restait après avoir installé un canapé, une horloge (qu'elle ne regardait jamais) et une bibliothèque dont les étagères craquaient régulièrement sous le poids des livres.
À l'instar de ce qu'elle avait fait dans le bureau de Charlie, Rose se pencha vers la cage en verre et souleva le voile en velours qui la recouvrait, avant de soulever le couvercle pour laisser sortir la fée.
- N'aie pas peur, lui dit Rose, tu peux sortir. Tu sais que tu es en sécurité ici.
Pour simple réponse, la fée se recroquevilla davantage encore sur elle-même et émit un bourdonnement effrayé, à peine audible.
- Ce serait tellement plus simple, si tu pouvais me parler. Si tu pouvais me dire d'où tu viens et ce qu'il t'est arrivé, se désola la jeune femme en adressant un sourire triste à la créature sous ses yeux.
Les fées étaient d'ordinaire de joyeuses créatures, quoi que légèrement vaniteuses, et acceptaient souvent d'être utilisées par les sorciers à des fins d'ornement. Mais les fées Aurum, contrairement à leurs consœurs, avaient été persécutées et exploitées pour leurs attributs particuliers et s'étaient toujours méfiés des sorciers, jusqu'à simuler leur propre disparition pendant plusieurs siècles.
Et à en juger par ce qu'avait subi la pauvre créature sous ses yeux pendant des semaines, voire des mois de captivité entre les mains de sorciers mal intentionnés, Rose ne pouvait pas blâmer la petite fée de ne pas lui faire confiance.
- Je vais te ramener chez toi, lui promit à nouveau Rose. Scorpius trouvera le moyen de soigner tes ailes et tu pourras t'envoler à nouveau, ajouta-t-elle à voix haute, plus pour elle-même que pour la fée.
Rose se frotta les yeux et s'assit dans son canapé. Il lui restait quelques heures pour faire son sac et elle comptait bien les utiliser efficacement. Tout en gardant un œil attentif sur la petite fée dont elle avait la garde jusqu'à ce qu'ils puissent la ramener chez elle, Rose reprit ses recherches là où elle s'était arrêtée avant de quitter précipitamment son appartement pour retrouver Charlie et Scorpius au Ministère.
Si les fées Aurum avaient autant été persécutées par les sorciers pendant des siècles, c'était principalement en raison des multiples propriétés magiques qui se trouvaient dans la poussière dorée dégagée par leurs ailes lorsqu'elles s'envolaient.
Au XIIème siècle, Basil Greenfoot avait consacré sa vie aux fées Aurum et publié un ouvrage en deux volumes sur les mille et une propriétés magiques de la poussière dorée qu'elles généraient en volant, avant de conclure que celles-ci étaient infinies et ne pourraient jamais faire l'objet d'une liste exhaustive par quelque sorcier ou sorcière que ce soit, ce qui en faisant la ressource la plus précieuse connue à ce jour.
Et cela était toujours vrai en 2028.
L'ouvrage de Basil Greenfoot posé sur les genoux, Rose entama le chapitre consacré aux poisons, un frisson lui parcourant l'échine.
« De toutes les propriétés listées dans cet ouvrage ou qu'il reste encore à découvrir, celles qui suivent sont très certainement les plus effroyables.
Si la poussière dorée produite par les Fées Aurum possède de nombreuses propriétés magiques qui ont de tout temps été utilisées par les Médicomages dans de nombreux soins et potions aux vertus soignantes ou régénératrices et se sont avérées utiles dans la préparation de potions cosmétiques ou autres onguents, elles ont également été exploitées à des fins plus sombres par des sorciers ou sorcières mal intentionnés.
Comme nous l'avons déjà rappelé à de nombreuses reprises dans cet ouvrage, c'est le dosage qui donne à la poussière dorée ses propriétés. À chaque dosage correspond une propriété nouvelle.
Ainsi, si un dosage équilibré permet de soigner ou guérir un, un dosage plus lourd pourra causer à celui qui en consomme à son insu, quel que soit le mode d'administration, une mort certaine. »
Rose referma l'ouvrage qu'elle tenait sur ses genoux d'un coup sec. Charlie et Harry lui avaient confié les mêmes craintes : le sorcier ou la sorcière qui avait débusqué les fées Aurum de l'endroit où elles se cachaient depuis des siècles, n'était pas un simple trafiquant de créatures magiques. Il était même probable qu'il n'en soit pas un du tout.
Rose était certaine que quelles que soient les intentions du sorcier ou de la sorcière derrière tout cela, elles étaient plus terribles encore que le simple commerce illégal de créatures magiques sous le manteau. Les cicatrices qui recouvraient les minuscules ailes de la fée dont elle avait la garde en étaient la preuve. Quelqu'un l'avait torturée volontairement pour recueillir de la poussière dorée, jusqu'à ce que la pauvre créature ne puisse plus voler.
Rose s'arma d'une plume et d'un rouleau de parchemin et commença à griffonner des calculs en reprenant soigneusement les mesures listées par Basil Greenfoot.
18h22, 12 avril 2028 – Manoir Malefoy, Wiltshire, Angleterre
Lorsque Scorpius franchit le seuil de la cheminée du bureau de son père, la seule du Manoir à être reliée au réseau de cheminée mis en place par le Ministère de la Magie, il ne fut pas surpris de trouver Drago Malefoy, assis dans l'immense fauteuil en cuir de dragon derrière son bureau, le nez plongé dans un document qui devait certainement être un rapport hautement barbant.
Lorsque les flammes crépitèrent dans l'âtre devant lui et qu'il vit Scorpius, son père se leva en souriant et s'approcha de lui, posant une main sur son épaule.
- Scorpius.
- Père, répondit le jeune homme.
- Ta mère semblait penser que tu serais là plus tôt.
- C'est ce que je lui avais dit, mais finalement, cela a été plus long que prévu avec Charlie.
- Je comprends, fit Drago en hochant la tête. J'ai appris que l'équipe de Harry Potter avait démantelé un réseau de trafiquants de créatures magiques il y a peu. J'imagine que c'est pour cette raison que Charlie Weasley t'a fait venir ?
- Je ne peux pas vraiment vous en parler pour le moment, répondit simplement Scorpius.
- Oui, bien sûr, bien sûr.
Drago recula d'un pas pour observer son fils. Il secoua la tête en esquissant un bref sourire et lui dit :
- Tu ferais mieux de te changer avant le dîner. Tu sais ce que ta mère va penser de tes choix vestimentaires…
- Malheureusement, je ne resterai pas dîner. Je suis passé vous dire bonjour et récupérer quelques affaires, mais je dois repartir. Charlie a demandé à ce qu'un Portoloin soit prêt dans quelques heures pour que Rose et moi partions le plus vite possible.
- Rose Weasley ?
Scorpius hocha la tête.
- Elle a souvent apporté son aide au Magenmagot, dit Drago, principalement lorsque nous avons cherché à légiférer en matière de potions et de sortilèges.
- Ça ne m'étonne pas. Elle historienne, avec une spécialisation dans l'étude des potions et sortilèges. Elle sait à peu près tout sur tout, ajouta-t-il en secouant la tête.
Drago esquissa un sourire triste, presque invisible :
- Sa mère était comme ça aussi lorsque nous étions à Poudlard. À vrai dire, elle l'est toujours…
Scorpius ne répondit pas. Bien malgré lui, c'est son père qui avait développé chez son jeune fils une admiration pour Hermione Granger.
Lorsqu'il était plus jeune, son père s'était opposé à de nombreuses reprises aux projets de lois formés par Hermione Granger en matière de protection des créatures magiques, en commençant par les Elfes de maisons, pour qui l'éminente sorcière avait obtenu une modification du statut et des conditions de travail, impliquant notamment le versement d'un salaire et de jours de congés.
Le petit Scorpius, passionné dès son plus jeune âge par les créatures magiques, n'avait pu qu'admirer le travail et la détermination farouche de la mère de Rose, qui lui auraient été totalement inconnus si son père n'avait pas passé le plus clair de son temps à parler de son travail au Magenmagot et des bâtons qu'Hermione Granger ne cessait de lui mettre dans les roues.
- Est-ce que mère est là ? Demanda finalement le jeune homme, changeant de sujet.
- Elle est dans son petit salon. Je crois qu'elle recevait Eleanor Zabini et les membres de leur club de lecture cet après-midi.
- J'ai croisé sa fille au Ministère tout à l'heure, grimaça Scorpius.
Un éclair amusé traversa le regard métallique de son père.
- Je crois comprendre que la jeune Solange t'apprécie beaucoup, en effet…
- Je n'ai jamais compris pourquoi, grommela le jeune homme en secouant la tête avec incompréhension.
Le sourire de Drago Malefoy s'étira davantage, mais il ne pipa mot.
- Enfin bref, reprit Scorpius, plus pour lui-même que pour son père, je devrais me dépêcher. Je vais dire bonjour à mère et faire un sac. Je voulais récupérer quelques ouvrages et outils que je pense avoir laissés ici la dernière fois. Je passerai vous saluer avant de repartir.
- Bien, fit simplement Drago Malefoy, en laissant son fils quitter la pièce et en retournant s'asseoir derrière son bureau. À plus tard.
Sans ajouter un mot de plus, Scorpius quitta la pièce et laissa la porte se refermer derrière lui sans un bruit.
19h55, 12 avril 2028 – Département des transports magiques, Office des Portoloins, Ministère de la Magie, Londres, Angleterre
Charlie regarda sa montre avant d'adresser un clin d'œil rassurant à Scorpius.
- Rose a la fâcheuse tendance à être en retard, mais ne t'en fais pas, elle va arriver. Le Portoloin ne part que dans cinq minutes, ajouta-t-il en désignant le presse-papier posé sur le bureau immaculé. Elle a encore quatre minutes…
Scorpius arqua un sourcil avec circonspection.
- Tu la connais mieux que moi, répondit-il sur un ton monotone en se contentant de hausser les épaules.
- C'est vrai, admit Charlie. Ça m'a toujours étonné, à vrai dire.
- Vraiment ? demanda Scorpius, visiblement perplexe.
Charlie éclata de rire :
- Ne sois pas si étonné. Tu serais surpris de voir tout ce que vous avez en commun. C'est étonnant que vous ne vous soyez pas côtoyés à Poudlard.
Scorpius s'abstint de répondre. Il avait toujours respecté Charlie. Après tout, il avait été son mentor à la sortie de Poudlard : Charlie l'avait pris sous son aile dès son arrivée en Roumanie, où Scorpius avait passé sa formation de soigneur de créatures magiques, avant d'être recruté par l'une des plus grandes réserves de créatures magiques, en Alaska.
Mais si Scorpius respectait Charlie, il ne pouvait s'empêcher de se demander si ce dernier n'avait pas abusé de Bièraubeurre pendant ses heures de bureau.
Il savait très peu de choses sur Rose Weasley, si ce n'est qu'elle venait d'une grande famille que lui avait souvent enviée Scorpius, qui, contrairement à elle, avait grandi sans frère ni sœur, qu'elle était la première Weasley à être envoyée à Poufsouffle plutôt que Gryffondor, qu'elle était brillante, mais d'une maladresse maladive, et surtout, qu'elle était généreuse et joviale. Et en cela, Charlie ne pouvait décemment penser qu'il avait la moindre chose en commun.
- Je suis là ! S'exclama tout à coup une voix féminine dans leur dos, arrachant Scorpius au fils de ses pensées.
Les deux hommes se retournèrent et virent arriver Rose en courant, un sac à dos visiblement plein à craquer sur les épaules, des boucles rousses volant autour de son visage dans un capharnaüm pour le moins amusant.
Elle n'aurait pu être plus différente de Scorpius, qui préférait de loin l'ordre au chaos qui semblait régner autour de Rose.
- Qu'est-ce que je t'avais dit, fit Charlie, qui tapotait sa montre en souriant à Scorpius. 19h59. Tout pile.
- Je suis désolée, s'excusa Rose en arrivant devant yeux, légèrement essoufflée, en pressant un point de côté, j'ai oublié l'heure. Charlie, il faut que je te dise, j'ai trouvé…
- Pas le temps, l'interrompit Charlie, tu m'enverras un message en arrivant, vous devez y aller. Maintenant !
Rose ouvrit la bouche pour répliquer, mais Scorpius l'attrapa par le bras et posa un doigt sur le presse-papier.
Aussitôt, ils furent arrachés au sol et transporté loin, très loin de Londres et du Ministère de la Magie.
Note : Bonjours à tous les courageux qui seront restés (ou revenus) après avoir lu le prologue. J'espère que ce début d'histoire vous plaira et que vous reviendrez dimanche prochain pour la suite ! Dans cette attente, n'hésitez pas si vous avez la moindre remarque/critique !
J'en profite également pour remercier DelfineNotPadfoot pour avoir pris le temps de lire et corriger ce chapitre avant publication ! Ses remarques sont toujours pertinentes et me sont très utiles :)
Bon dimanche à tous,
LittlePlume
