16h01, 12 avril 2028 – San Ignacio de Velasco, Département de Santa Cruz, Bolivie
Scorpius se sentit aspiré par la terre et fléchit aussitôt les genoux, ses pieds touchant le sol avec souplesse.
Sans grande surprise, Rose ne fit pas preuve de la même agilité ou de la même grâce que le jeune homme et trébucha misérablement lorsque le bout de ses chaussures entra en contact avec le sol rocailleux, et ce malgré le soutien de Scorpius, qui n'avait pas lâché son bras.
Rose sentit sa cheville gauche se tordre et un léger craquement se fit entendre, lui arrachant aussitôt un cri de douleur.
Scorpius resserra machinalement son emprise sur le bras de la jeune femme, sans pour autant exercer la moindre pression douloureuse.
- Je crois que je me suis tordu la cheville…
Scorpius se redressa. Sans jamais lâcher Rose, il étudia rapidement l'environnement autour de lui. Comme prévu, ils avaient atterri dans une zone inhabitée, en périphérie de la ville de San Ignacio, pour ne pas risquer de tomber sur des Moldus. Scorpius repéra un arbre couché, à une distance de moins de dix mètres de là où ils se trouvaient, à l'orée de ce qui semblait être un bosquet.
- Viens, dit-il à Rose, il faut que tu t'asseyes pour que je puisse regarder ce que tu as. Ça ne devrait pas être trop grave. Appuie-toi sur moi.
Rose hocha la tête et Scorpius lâcha momentanément son bras pour le passer au-dessus de son épaule et lui servir de béquille. La différence de taille rendait très certainement la scène un peu comique, mais à ce moment précis, Rose s'en souciait peu, la douleur courant dans sa cheville étant omniprésente.
Tant bien que mal, Rose parvint jusqu'à l'arbre en boitant pitoyablement. Scorpius l'aida à s'asseoir avant de s'accroupir devant elle. Il leva sa cheville pour la poser sur ses genoux. Sans perdre une seconde, il défit les lacets de sa chaussure, la lui retira, enleva sa chaussette, et remonta légèrement son pantalon en toile le haut de son mollet pour examiner sa cheville.
Malgré la douleur, Rose ne put s'empêcher de rougir avec embarras. Elle se rappela cependant que c'était son métier et qu'il avait sûrement l'habitude de ce genre de situation. Même s'il devait bien sûr ausculter davantage de chevilles poilues ou recouvertes de plumes, d'écailles ou d'épines de toutes sortes que de chevilles humaines.
Celle de Rose avait doublé de volume et commençait déjà à changer de couleur. Rose se sentit tourner de l'œil et détourna aussitôt le regard. Elle laissa sa tête retomber en arrière et ferma les yeux en inspirant profondément.
- C'est une fracture, prononça Scorpius. L'os s'est cassé net, ça devrait se remettre très rapidement. En revanche, je n'ai rien pour la douleur.
Il sortit sa baguette de la manche de sa chemise et la pointa vers la cheville enflée de Rose. Sans prévenir, il fit tourner sa baguette entre ses doigts sans prononcer le moindre mot et un craquement sonore se fit entendre, arrachant à Rose un cri de douleur plus perçant que le premier.
- Désolé, fit simplement Scorpius en rangeant sa baguette.
Une larme perlait au coin de l'œil droit de Rose et menaçait dangereusement de tomber et rouler le long de sa joue.
- Ce n'est rien, répondit-elle, des trémolos dans la voix.
- Ta cheville devrait te lancer encore quelques minutes. On va attendre un petit peu avant de repartir. De toute façon, on ne devrait pas être très loin du point de rencontre avec les Aurors que nous a donné Charlie.
Scorpius reposa doucement la cheville de Rose par terre avant de se relever et de retirer son sac-à-dos de ses épaules. Il l'ouvrit et sortit la carte avec les instructions que leur avait laissées Charlie. Selon ses estimations, ils auraient dû se trouver à moins de deux kilomètres de l'auberge où ils devaient retrouver les Aurors de Harry.
Scorpius rangea la carte dans son sac-à-dos, referma celui-ci et le remit sur ses épaules avant de reporter son attention vers Rose, qui avait entrepris de remettre sa chaussette et sa chaussure, sans parvenir à le faire sans grimacer. La douleur s'estompait petit à petit, mais Rose avait toujours été particulièrement sensible à celle-ci. Hugo, son ogre de petit frère, avait l'habitude de dire (avec toute l'affection dont était capable un ours bourru tel que lui) que Rose était une petite chose fragile.
Du haut de son mètre soixante-douze, Rose n'était pas petite. Pas plus qu'elle ne semblait fragile au premier regard. En revanche, elle était légèrement… douillette. Elle avait une sainte horreur des aiguilles et redoutait les piqûres, elle manquait de pleurer chaque fois qu'elle se coupait avec un morceau de parchemin ou se cognait le genoux dans la table basse de son salon, et hurlait à la mort lorsqu'elle se brûlait avec son thé, ce qui arrivait quotidiennement.
En cet instant, seule la présence intimidante de Scorpius, qui ne laissait jamais transparaître ses émotions et aurait très certainement pensé qu'une simple petite fracture comme celle-ci était insignifiante, lui faisait retenir son souffle et minimiser sa douleur. Après tout, quoi qu'il lui soit arrivé pour obtenir la cicatrice qui fendait son visage, c'était très certainement mille fois pire que la petite fracture de Rose.
Intérieurement cependant, Rose avait envie de pleurer tant la douleur l'avait saisie. Elle n'en était pas fière, mais c'était comme ça.
- Il faut que nous traversions ce bosquet. Si je ne me trompe pas, il s'étend sur moins d'un kilomètre. Ensuite, nous n'aurons qu'à traverser la plaine jusqu'à l'auberge. Ce n'est vraiment pas très loin.
Rose hocha la tête et se leva. Elle inspira profondément et tenta de s'appuyer sur sa cheville gauche. Fort heureusement, la douleur se dissipait rapidement et elle se sentait capable de marcher.
- Nous ne sommes pas obligés de repartir tout de suite. Rien ne presse, on peut attendre encore quelques minutes, le temps que ta cheville se repose, dit Scorpius en fronçant les sourcils lorsqu'il vit Rose se lever.
Rose se força à adresser un sourire plein d'assurance à Scorpius, mais la pâleur de son visage et ses yeux humides devaient très certainement la trahir :
- Non, c'est bon, je ne sens déjà plus rien !
Sans surprise, Scorpius ne sembla pas convaincu. Il étudia Rose un instant, avant de hausser les épaules.
- Très bien, allons-y.
Scorpius ouvrit le chemin, et Rose le suivit sans un mot. Elle s'aperçut très vite que Scorpius avait adopté un rythme de marche délibérément adapté à celui de Rose, lui laissant le temps de récupérer l'usage complet de sa cheville, sans la brusquer.
- Au fait, qu'est-ce que tu voulais dire à Charlie de si important ? demanda Scorpius.
- Pardon ?
- Avant de partir, tu as dit à Charlie que tu avais découvert quelque chose d'important, non ? C'était en lien avec notre affaire ?
- Oh, oui, pardon, j'étais ailleurs. En rentrant chez moi, j'ai repris mes recherches et j'ai fait le lien avec quelque chose que mon oncle Harry a dit il y a quelques mois, concernant une autre affaire sur laquelle il travaillait. Il y a quelques mois, les Aurors ont découvert plusieurs sorciers, âgés de dix-sept à vingt-huit ans, décédés à leur domicile. Selon Harry, ils sont vraisemblablement décédés après avoir consommé un poison. Ils n'ont jamais résolu l'affaire, car après huit décès en deux mois, plus rien. Ils n'ont plus retrouvé un seul sorcier décédé, fort heureusement, et n'ont jamais retrouvé la trace du poison. Pas plus qu'ils n'ont réussi à découvrir sa composition.
- Et tu penses que ce poison contenait de la poussière dorée ?
- J'en suis quasiment certaine. Les propriétés de la poussière dorée résident dans le dosage. C'est pour cette raison que je pense que la mort de ces jeunes était accidentelle. La personne à l'origine de ce poison ne cherchait pas à les tuer. Je pense que si les Aurors n'ont pas retrouvé d'autres cadavres, c'est parce que le sorcier ou la sorcière qui a créé cette… chose, a réussi à trouver le bon dosage et obtenir exactement ce qu'il ou elle voulait. Ça reste une supposition, bien sûr, mais…
- Mais ça tient la route… Et ça expliquerait pourquoi personne n'a pu déterminer la composition du poison qui les a tués.
Oui, c'est ce que je pense aussi…
Rose entendit Scorpius pousser un long soupir devant elle.
- Très sincèrement, je n'aurais jamais imaginé me retrouver là un jour en devenant Soigneur… Cette histoire me dépasse, je ne sais vraiment pas ce que je fais là.
Dans le dos du jeune sorcier, Rose esquissa une moue tordue. Elle ne pouvait qu'être d'accord avec lui. Elle avait l'habitude de travailler dans son canapé, dans une bibliothèque, ou encore dans son atelier lorsqu'elle travaillait sur une potion ou un sortilège. Mais jamais elle n'avait été envoyée sur le terrain. Rose était un rat de bibliothèque. Pas une Auror.
Les deux jeunes sorciers continuèrent de se frayer un chemin à travers le bois en silence, tous deux plongés dans leurs pensées, se demandant ce qu'il faisait là et ce qui pouvait bien les attendre lorsqu'ils seraient arrivés.
Après un long moment, Rose rompit à nouveau la sérénité des lieux :
- Scorpius ?
Le jeune homme tourna légèrement la tête pour signifier à Rose qu'il l'écoutait, sans pour autant s'arrêter.
- Tu penses que je peux la laisser sortir maintenant ? Personne ne risque de la voir, si ? Je n'ai pas l'impression qu'il y ait des Moldus par ici.
Autour d'eux, le bois était calme. Ils pouvaient entendre le bourdonnement des abeilles, le vent dans les feuilles des arbres au-dessus de leur tête et les joyeux sifflements des oiseaux qui discutaient entre eux.
- Non, il vaut mieux attendre que nous soyons arrivés à l'auberge. Nous ne pouvons pas prendre le risque de l'exposer aux Moldus. Crois-en mon expérience, il vaut mieux éviter de tomber sur un Moldu le jour où tu te décides à sortir ton Croup. S'ensuivent de longues démarches administratives auprès du Ministère pour expliquer pour quelles raisons tu as décidé d'utiliser un sortilège d'amnésie à l'encontre d'un Moldu…
- Tu as un Croup ? S'émerveilla Rose en écarquillant les yeux. Mais attends, pourquoi as-tu dû utiliser un sort d'amnésie ? Je croyais que pour en adopter un tu devais passer un examen prouvant que tu es capable de le contrôler dans une zone habitée par les Moldus ?
- Ça risque de t'étonner, mais figure-toi que je ne suis pas habitué à croiser des Moldus aux alentours du Manoir…
Rose nota la pointe de sarcasme dans le ton du jeune homme, mais s'abstint de répondre.
- Du coup, je reconnais que j'ai un peu baissé ma garde. Enfin bref, tout ça pour dire qu'il serait préférable d'attendre que nous soyons certains de ne croiser aucun Moldu avant de la laisser sortir.
- D'accord, je comprends.
Rose s'inquiétait de laisser la pauvre fée enfermée dans sa cage, entre deux ouvrages dans son sac-à-dos, mais devait admettre que Scorpius avait raison. Il n'était pas prudent de prendre le risque de l'exposer aux Moldus.
- Au fait, comment il s'appelle ?
- Pardon ?
- Ton Croup, comment tu l'as appelé ? demanda Rose.
Scorpius tourna légèrement la tête vers la droite pour jeter coup d'œil vers Rose qui continuait d'avancer dans son dos, un sourire étirant imperceptiblement ses lèvres vers le haut.
- Granger.
La jeune femme s'arrêta net et cligna des yeux.
Puis, elle éclata de rire, rompant la sérénité de la faune et de la flore autour d'eux.
- Attends un peu que je dise ça à mon père…
- Attends un peu de savoir ce que mon père à moi en à penser…
16h46, 12 avril 2028 – Auberge Cabra Negra San Ignacio de Velasco, Département de Santa Cruz, Bolivie
Moins d'une heure après que le Portoloin les ait transportés sur le sol bolivien, Scorpius et Rose aperçurent enfin l'auberge de la Cabra Negra où ils devaient retrouver les Aurors qui avaient été choisis par Harry pour cette expédition.
Même de loin, Rose pouvait reconnaître la silhouette typique de l'auberge, qui tenait debout grâce à un subtil mélange de plantes et de boue, et son toit en feuilles de palmiers.
Scorpius et Rose réduisirent la distance qui les séparait encore de leur point de rencontre et arrivèrent enfin devant l'Auberge, dont la porte grande ouverte les invitait à rentrer.
Alors que Rose s'apprêtait à rentrer, Scorpius la retint discrètement en la tirant par la manche de sa chemise. Avec plus de prudence que Rose n'en aurait démontré, Scorpius se tint prêt à dégainer sa baguette avant de franchir le seuil d'entrée.
Avant même que l'un d'eux ne prononce le moindre mot, un vieux monsieur à la peau mate et aux rides creusées dans la peau par le soleil bondit sur eux avec un sourire chaleureux et un fort accent aux couleurs de son pays :
- Buenos Días ! Vous êtes Señor Malefoy et Señorita Weasley ?
Rose sourit aussitôt et s'approcha du vieil homme pour serrer la main qu'il lui tendait.
- Oui, c'est bien ça. Vous avez déjà été prévenu de notre arrivée ?
À côté d'elle, Scorpius n'avait pas bougé. Il parcourut la pièce des yeux comme pour s'assurer que les lieux étaient sûrs et que personne ne s'apprêtait à surgir de derrière le comptoir pour les attaquer.
- Sí Señorita, votre Ministère nous a prévenus de votre arrivée ! Pardonnez-moi, je suis Guillermo, je travaille pour le Haut Conseil de la Magie Bolivien, el Ministerio. Je vous servirai de guide si vous vous rendez dans la jungle.
- Merci, répondit simplement Scorpius en serrant enfin la main du dénommé Guillermo. Nous devions retrouvez deux Aurors. Savez-vous s'ils sont déjà arrivés ?
- Si Señor, ils sont dans le bureau, derrière le comptoir. Nous vous attendions. Síganme, por favor.
Le sorcier bolivien leur fit signe de les suivre et tourna aussitôt les talons. Scorpius et Rose lui emboîtèrent aussitôt le pas et le suivirent derrière le comptoir.
- Si je comprends bien, ce n'est pas une vraie auberge ? demanda Rose.
- No, Señorita. C'est une ancienne auberge, annexée par el Ministerio.
Guillermo poussa la porte qui se trouvait derrière le comptoir et fit signe aux deux jeunes sorciers d'entrer.
Assis autour du bureau qui trônait dans la pièce, les deux Aurors britanniques en plein débat s'interrompirent en voyant arriver Scorpius et Rose. Ils se levèrent aussitôt pour les saluer.
- Vous êtes arrivés il y a longtemps ?
- Non, une petite heure. Nous sommes partis un peu avant vous de Londres. Je suis Samuel Lemonpie et voici Peter Dirt.
Le premier était jeune, blond, taillé comme une asperge et souriant, tandis que le second était plus trapu, plus âgé et moins enthousiaste que son équipier.
- Je suis Scorpius, et voici Rose, se contenta de répondre Scorpius, sans émotion.
Scorpius, Rose et Guillermo rejoignirent les deux Aurors autour de la table.
L'Auror Lemonpie reprit aussitôt la parole :
- Monsieur Potter nous a informés que vous nous épaulerez dans cette affaire pour retrouver la trace des fées Aurum. Je dois vous avouer que nous ne savons pas vraiment par où commencer…
- Le plus logique serait de partir de l'endroit où a été retrouvé le sorcier qui avait déclaré avoir vu les fées, non ?
À côté de lui, Rose dissimula une grimace. Elle savait que Scorpius ne cherchait pas à être désagréable, mais la sécheresse de son ton pouvait sembler légèrement condescendant à quiconque ne l'avait jamais côtoyé auparavant. Ce qui, visiblement, était le cas de l'Auror Dirt, qui serra aussitôt la mâchoire :
- Monsieur, Malefoy, que ce soit bien clair, vous êtes là pour nous aider à retrouver ces fées, mais cette affaire est du ressort du Bureau des Aurors. Contrairement à ce que semble penser Charlie Weasley, nous n'avons pas besoin de babysitteur.
Scorpius arqua un sourcil perplexe :
- Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire. Votre coéquipier nous a posé une question, j'y ai répondu.
Voyant que la situation était sur le point de prendre un mauvais tournant, Rose s'empressa d'apaiser les tensions :
- Nous ne sommes là que pour vous apporter notre aide, bien évidemment. Nous rentrerons à Londres dès que vous estimerez que nous ne vous sommes plus utiles.
L'Auror Lemonpie adressa un clin d'œil discret à la jeune femme :
- Et nous serons ravis de travailler avec vous ! Si cela vous convient, nous partirons dès demain matin. Avec l'aide de notre ami Guillermo, nous devrions retrouver sans difficulté l'endroit où a été retrouvé Monsieur Woodlost lorsqu'il a affirmé avoir retrouvé la trace des fées Aurum.
- Parfait, répondit Rose en souriant avec reconnaissance au jeune Auror.
Pendant les deux heures qui suivirent, les cinq sorciers mirent en place un plan et partagèrent toutes les informations dont ils avaient connaissance sur cette affaire. L'expérience des Aurors n'était pas négligeable et apportait une lumière intéressante sur les évènements.
Si Scorpius connaissait les créatures magiques et leurs habitudes, les Aurors, eux, savaient comment traquer quelqu'un ou quelque chose. Couplées aux connaissances de Rose, celles de Scorpius et des Aurors étaient complémentaires.
À eux quatre, ils composaient, bien malgré eux, une équipe insolite mais idéale.
18h53, 12 avril 2028 – Auberge Cabra Negra San Ignacio de Velasco, Département de Santa Cruz, Bolivie
Quelques heures plus tard, Guillermo avait conduit Scorpius et Rose à leur chambre.
Épuisée, Rose se laissa tomber sur le lit près de la fenêtre, laissant celui près de la porte à Scorpius, avant de poser son sac-à-dos sur ses genoux et de l'ouvrir. Sans perdre une seconde, elle en extirpa la cage de verre dans laquelle dormait la petite fée et la posa sur la table de chevet entre leurs lits.
- Tu penses que tu peux faire quelque chose pour elle ? demanda Rose en levant les yeux vers Scorpius.
Le jeune homme poussa un long soupir et s'accroupit devant la fée en soulevant le couvercle, qu'il posa délicatement sur son lit pour plonger sa main dans la cage et récupérer la fée avec une infinie douceur.
- Je crains qu'ils soient allés trop loin. Je pense pouvoir la soigner, mais je ne sais pas si elle pourra voler à nouveau, admit-il d'une voix basse.
Scorpius posa la fée sur son oreiller et se pencha au-dessus d'elle lentement, pour ne pas l'effrayer. Rose se rapprocha avec la même douceur pour l'observer, mais resta suffisamment en retrait pour ne pas gêner le jeune homme.
Scorpius sortit sa baguette et la pointa sur le minuscule corps de la fée, qui émit aussitôt un bourdonnement effrayé.
- N'aie pas peur, tenta de la rassurer le jeune homme. Je vais seulement t'ausculter d'accord ? Et ensuite, j'essayerai de réparer tes ailes, si tu veux bien ? Rose, tu veux bien regarder dans mon sac ? lui demanda-t-il en se tournant vers la jeune femme. Je devrais avoir des bandages en crin de licorne et un flacon sur lequel il est écrit « #465 » dans une poche.
Rose sauta sur ses jambes et s'exécuta immédiatement. Elle fouilla dans le sac-à-dos du jeune homme jusqu'à trouver ce qu'il lui demandait et lui tendit aussitôt ses trouvailles, que Scorpius posa près de la fée.
- Elle est fiévreuse, mais ça n'a rien d'étonnant, vu ce qui lui est arrivé.
Il pointa à nouveau sa baguette vers la minuscule créature et la fit tourner entre ses doigts. Un jet de lumière mauve percuta doucement la fée, l'enveloppant dans une bulle de lumière avant de s'éteindre. Scorpius posa ensuite sa baguette sur le lit pour récupérer le bandage.
Il s'empara du flacon étiqueté « #465 » et l'ouvrit, puis plongea un doigt dans le flacon pour récupérer une minuscule noisette de la pâte translucide qu'il contenait et entreprit de l'appliquer sur les ailes de la fée avec douceur.
- Qu'est-ce que c'est ? s'enquit Rose avec curiosité.
- C'est une simple pommade à base de plantes et de venin de Billywig. Combinée au bandage en crin de licorne, cette pommade devrait l'aider à cicatriser plus rapidement. Lorsqu'elle aura correctement cicatrisé, je pourrais ausculter ses ailes plus attentivement…
Rose hocha la tête, mais ne prononça pas le moindre mot.
Scorpius s'appliqua ensuite à bander les ailes de la fée le plus délicatement possible.
Sous leurs yeux, la fée continuait d'émettre un bourdonnement plaintif déchirant, face auquel les deux jeunes sorciers demeuraient impuissants.
Scorpius reboucha le flacon et se redressa. Il reprit sa baguette et arracha un fil qui dépassait de sa chemise, avant de pointer sa baguette sur ce fil. Celui-ci se transforma aussitôt en un coussin moelleux (de la même couleur que la chemise de Scorpius), qu'il posa sur la table de chevet entre son lit et celui de Rose. Il prit ensuite la fée dans ses mains et la posa sur le coussin.
- Maintenant, il n'y a plus qu'à attendre, fit Scorpius à l'attention de Rose. Elle a besoin de repos. De toute façon, il n'y a pas grand-chose à faire. Tu lui avais déjà apporté des premiers soins, non ?
- Oui. Ce que j'ai pu, mais je ne suis pas soigneuse.
- C'est déjà très bien. Pour l'instant, il n'y a rien à faire de plus.
Rose hocha la tête et se laissa tomber sur son lit, s'asseyant en tailleur.
- Tu as besoin de la salle de bain ? lui demanda Scorpius.
- Non, pas pour le moment. Je voudrais étudier la carte que nous a donnée Guillermo…
- Ce n'est pas une mauvaise idée. Je vais prendre une douche rapidement et je reviens.
Rose hocha la tête et se plongea aussitôt dans la carte du parc national Noel Kempff Mercado, qu'elle venait de déplier sur ses genoux.
Scorpius attrapa ses affaires et se dirigea vers la salle de bain, refermant la porte derrière lui.
.
Le nez plongé dans la carte, Rose n'entendit pas Scorpius revenir, quelques minutes plus tard, visiblement douché et changé.
- Tu as trouvé quelque chose d'intéressant ?
Rose sursauta en entendant la voix de Scorpius.
- Pardon, j'étais plongée dans mes pensées. Tu disais ?
- Je te demandais si tu avais vu quelque chose d'intéressant ? Sur la carte ? ajouta-t-il en désignant le rouleau de parchemin que scrutait Rose avec attention.
- Je ne sais pas. Je suis un peu perplexe, à vrai dire. Tiens, regarde. C'est à cet endroit qu'a été retrouvé le sorcier, dit Rose en pointant un point entouré à l'encre rouge sur la carte devant elle. Il a affirmé avoir aperçu les fées à quelques kilomètres de là, dans ce secteur-là, poursuivit-elle en désignant un second point sur la carte. Mais ça n'a pas de sens, si ?
Scorpius s'approcha de la jeune fille, s'assit sur le lit à côté de Rose, et étudia les deux points qu'elle lui indiquait sur la carte.
Le premier point était boisé et se situait au cœur de la jungle. Le second point en revanche, était anormalement découvert, presque entièrement déboisé.
- Les fées n'auraient pas choisi un habitat aussi exposé. Elles vivent généralement en sous-bois, près d'un point d'eau. Une rivière, un lac, peu importe tant que la zone soit humide.
- C'est ce que je me suis dit aussi…
- Peut-être qu'il s'est embrouillé. Après tout, il a passé beaucoup de temps seul dans cette jungle. Il n'avait plus toute sa tête…
- Je ne sais pas. C'est possible, bien sûr, mais je me demande s'il n'y a pas quelque chose qui nous échappe dans cette histoire.
Scorpius hocha la tête en soupirant.
- Sûrement plus d'une chose, dit-ilen se levant.
Le jeune homme tendit la carte à Rose et alla s'asseoir sur son propre lit, laissant Rose songeuse. Les sourcils froncés, elle se replongea dans la carte, un creux se formant entre ses deux yeux, comme chaque fois qu'elle se concentrait sur quelque chose.
- J'ai un mauvais pressentiment, dit-elle finalement après un long moment, en se décidant enfin à replier la carte.
Elle ôta ses lunettes pour se frotter les yeux, épuisée par les brusques évènements de la journée.
- Toute cette histoire est alarmante, répondit Scorpius. Quoi que nous découvrions, j'ai bien peur que la situation soit plus sinistre que nous ne pouvons l'imaginer.
- J'aimerais que tu aies tort.
- Mais tu sais que j'ai raison. Et c'est pour ça que l'on a été envoyés ici par Charlie…
Note : Bonjour à tous ! Je dois le reconnaître, ce chapitre part un peu dans tous les sens, mais promis, dès la semaine prochaine, on entre un peu plus dans le vif du sujet en pénétrant dans la forêt amazonienne sur la trace des fées. Et des grands méchants.
J'espère que ce chapitre vous aura plu quand même !
Encore un grand merci à DelfineNotPadfoot pour la relecture et la correction de ce chapitre, qui comme toujours m'apporte une aide précieuse !
Bon dimanche à tous, et à la semaine prochaine !
LittlePlume
