Bonjour à toutes et à tous !

Je vous laisse avec ce nouveau chapitre.

J'espère qu'il vous plaira ! ;)

Bonne lecture !

**V2**


La porte fait du bruit. Bien qu'absorbée par ses dossiers, Bulma s'en rend immédiatement compte.

Un réflexe qu'elle a développé au cours des dernières semaines à cause de la manie de Vegeta à lui rendre visite sans prévenir.

Au bout de quelques secondes, elle prend conscience que la personne de l'autre côté de la porte essaye de crocheter la serrure.

Finalement, elle se lève de sa chaise et quitte la salle de bain. Ce qui se passe est étrange.

Qui que ce soit, ce n'est pas Vegeta ou l'un des saiyan qui lui amène habituellement à manger.

La personne qui essaye de crocheter la serrure ne doit pas rencontrer le succès escompté, car les cliquetis font rapidement place place à des bruits de coups. Quelqu'un essaye de défoncer la porte. Et ce quelqu'un n'y va pas de main morte.

Le verrou saute et la porte en bois pivote, laissant apparaître une silhouette féminine.

"- Y faut décarrer meuf !

- Lunch ?!"

C'est Lunch. Lunch et son éternel ruban rouge dans les cheveux. Lunch en short jaune et débardeur vert.

Elle est dans son mode blonde. La crosse du fusil d'assaut qu'elle tient vient de servir à défoncer le verrou de la porte de Bulma.

"- Notre fenêtre est de deux minutes, il n'y a pas de temps à perdre ! Viens !"

Elle attrape Bulma par le bras et la tire sans douceur vers la sortie.

Cela ressemble à un rêve. On vient la délivrer.

Après quasiment deux mois passés aux mains des saiyans, dont presque trois semaines à se faire torturer, on réalise son rêve et on vient enfin la délivrer.

"- Non non ! Attend Lunch ! Attend !"

Sauf qu'il est impossible que le rêve se concrétise. Bulma résiste à l'élan de sa sauveuse.

"- On n'a pas le temps de papoter ! Moi et l'équipe de Peterson avons mis plus de deux semaines à planifier ton évasion ! Notre fenêtre de tir est maintenant ! Il faut qu'on dégage !

- Je ne peux pas partir Lunch ! Attend !"

Bulma se dégage de la poigne de son amie. Cette dernière la regarde sans comprendre, ses yeux verts écarquillés.

"- Lunch… Ils peuvent maintenant repérer le ki des gens, comme Goku. Vegeta connaît le mien. Il détectera immédiatement ma fuite. On n'arrivera même pas à sortir du château."

A vrai dire, il n'y a pas que Vegeta qui risque de repérer sa fuite à présent.

Le roi des saiyans l'utilise pour que ses sujets apprennent à repérer une aura humaine.

Bulma s'en est rendue compte lorsque le jeune Kiui est venu lui donner à manger quelques jours plus tôt. Au lieu de immédiatement partir comme d'habitude, il est resté immobile à la regarder, la fixant tellement intensément qu'il s'est mis à loucher.

Lorsqu'elle lui a demandé à quoi cela rimait, il lui a répondu fièrement qu'il était l'un des meilleurs élèves de son roi et que par conséquent, il s'entraînait à présent à détecter l'aura des faibles humains à travers elle.

Il était resté une demi-heure à l'observer sans faire de bruit pendant qu'elle mangeait et travaillait.

La concentration qui l'habitait avait quelque chose de mignon, mais elle était également de mauvaise augure pour Bulma.

Les saiyans progressent.

Deux nouveaux guerriers sont venus imiter l'adolescent dans les jours suivants.

Aujourd'hui, ils l'identifient.

Demain, ils débusqueront les camps de réfugiés à travers le globe.

"- Tu te fous de ma gueule ?!

- Vegeta a eu une espèce de révélation il y a un mois. Et depuis, il forme ses troupes pour que tous les saiyans apprennent à détecter et évaluer les auras. Rassure-moi, aucune base n'a été attaquée ?

- Pas que je sache. Merde !"

La blonde donne un coup de pied dans le mur avec humeur. L'esprit de Bulma n'est pas en reste. Sa liberté est là, à portée de main, et elle ne peut pas la saisir.

"- Une minute trente. On tente quand même si tu le veux", lui dit Lunch en la regardant dans les yeux.

"- Tu ne repartiras pas les mains vides."

Bulma se précipite dans la salle de bain et fouille fébrilement dans le dossier qui occupait ses journées.

"- Préviens tout le monde. Dis leurs de quoi les saiyans sont maintenant capables. Oblige les à trouver une solution. Je ne sais pas combien de temps va passer avant que Vegeta ne se décide à vous attaquer, mais ça va finir par arriver."

Elle sélectionne rapidement plusieurs pages et écrit à toute allure sur leurs marges.

"- Où sont Goku, Gohan et Krilin ?", demande-t-elle en décrivant par écrit les caissons de régénération de l'infirmerie du vaisseau.

"- Dans la salle d'entraînement. Peterson leur a demandé en personne de s'entraîner pendant qu'il s'occupe du reste."

Tant mieux. Vegeta ne pourra pas les détecter s'ils restent enfermés dans la salle d'entraînement.

Si les saiyans venaient à détecter leurs énergies grandissantes, ils pourraient décider d'attaquer plus rapidement la Résistance.

"- C'est bien. Dis leurs… dis leurs que je vais bien. Dis leurs que je ne crains rien", déglutit Bulma en lui tendant plusieurs feuilles pliées.

"- Ah oui ? Et ta nouvelle cicatrice au cou, je leur en parle comment ?

- Ça ? C'est rien. Ils n'ont rien obtenus de moi. Qu'ils ne sortent pas de la salle. Vegeta les repéreraient. Dis leurs que je ne leurs aient rien dit. Je ne nous ai pas trahis."

Les yeux de Lunch s'attardent sur le titre du dossier sur lequel travaille sa cadette aux cheveux bleus, qu'elle distingue sur le bureau.

Elle déplie les feuilles que cette dernière vient de lui donner et les parcours.

La respiration de Bulma s'accélère en voyant les yeux de son amie se durcir et la honte l'envahit. Quelle image elle doit donner d'elle-même...

"- Pardonne-moi. Je… j'essaye d'arranger les choses ici", se justifie Bulma en sentant ses larmes monter. "Tu as le condensé de ce qui se passe dans ces documents. Je ne voulais pas… Je peux sauver des vies d'ici. Je peux sauver ces femmes."

La Lunch blonde ne regarde jamais personne gentiment, pas même les gens qu'elle aime.

En cet instant, elle toise Bulma avec sévérité alors qu'elle replie les documents dans sa main avant de les fourrer dans une poche de son short.

Ce regard rappelle à Bulma le temps ancien passé avec Lunch et à quel point cette période lui manque. L'ancienne criminelle demeure l'une des rares personnes à avoir connu Bulma avant qu'elle ne devienne adulte.

Avant ses prises de fonction au sein de l'entreprise de son père. Avant l'arrivée des saiyans.

C'est dur de refuser son aide.

C'est dur de subir son regard plein de jugements.

L'instant aurait sans doute été plus facile pour Bulma Brief si quelqu'un d'autre que Lunch était venu à son secours. Elle n'aurait pas eu l'impression de décevoir une amie, pour en plus la mettre en danger pour rien.

"- Lunch, promets-moi de ne pas te faire capturer. Promets-moi que tu ne seras pas l'un de ces numéros dans le dossier. Promets-moi que Goku, Gohan et Krilin ne sortiront pas avant d'être prêts."

Des sanglots refoulés dans la voix.

Ca y est, elle craque. Parce que cela fait trop longtemps qu'elle retient ses larmes. Parce que cela fait près de deux mois que Bulma est prisonnière en milieu hostile et qu'elle n'a encore eu personne auprès de qui craquer. Parce ce que aussi forte et déterminée soit elle, il y a des limites.

Alors Bulma se laisse aller et enlace Lunch. Cette dernière, peu amatrice de l'exercice, a un mouvement de recul mais elle se laisse finalement faire. Sa pote en a besoin.

Elle a vécu l'enfer, alors Lunch peut bien lui accorder ce moment avant de disparaître.

Bulma accueille cette reddition avec reconnaissance, mais elle aurait voulu que, l'espace d'un instant, la Lunch aux cheveux bleus apparaisse pour lui retourner son étreinte. Un voeu à double tranchant.

Seule la Lunch blonde est à même de sortir d'ici et de retourner auprès de la Résistance.

"- Je leurs transmettrait le message. Crois-moi, si les saiyans me repèrent, ils ne m'auront pas vivante. Réponds juste à cette question. Est-ce qu'ils t'ont torturé ?

- Oui."

Lunch lui adresse un sourire guerrier et lui tourne le dos pour sortir. Bulma reste immobile devant la porte pour regarder son amie partir. La blonde se retourne une ultime fois.

"- Tiens bon Bulma. Qu'importe le temps que ça prendra, on butera les salopards qui ont tué mon homme et t'ont traité ainsi. On viendra te chercher."

Et elle disparaît en tournant à droite.

Bulma reste plusieurs minutes à sangloter, debout au milieu de cette pièce sans fenêtre et à la porte grande ouverte. Seule. Encore maintenant, elle se retient de courir derrière la blonde pour partir avec elle.

Les souvenirs se succèdent dans l'esprit de la scientifique. Qu'elle est ancienne l'époque où elle avait seize ans et que tout n'était qu'aventures, éclats de rires et camaraderie. Par Kami… même ses anciens coups de gueules et terreurs semblent doux maintenant.

Mais elle doit se ressaisir, sécher ses larmes et résoudre un sacré problème : comment diable réparer la porte que Lunch vient de casser ?

Si Vegeta ou n'importe qui arrive, il ne lui faudra pas une seconde pour déduire que quelqu'un est venu la voir.

Et ça ne peut que mal finir.


Elle n'a pas réussie.

Bulma n'a pas pu réparer le verrou de la porte. Impossible de le faire avec le matériel dont elle dispose, à savoir des fournitures de bureau.

Elle n'a pas non plus osé sortir de sa cellule pour se mettre en quête d'objets utiles. En plus de redouter de croiser quelqu'un, une petite voix dans sa tête lui souffle que Vegeta le saura si elle franchit le pas de la porte de sa cellule.

Cette pensée est illogique bien sûr.

Le roi des saiyans a certes montré qu'il était doué pour repérer son aura en lui sauvant la vie sur le vaisseau, mais il ne faut pas exagérer. Il ne peut pas être si doué que ça.

Pourtant, le verrou psychologique est là et Bulma ne peut pas se résoudre à mettre le pied dehors.

Tout va ce savoir. La serrure est fichue, sans compter les marques de coups sur le bois de la porte. Lunch y a été franchement. Seul un remplacement intégral de la porte aurait pu masquer la chose.

Bulma passe donc des minutes qui lui paraissent des heures en bouffant littéralement ses doigts, harassée par des possibilités terrifiantes.

Elle a refermé la porte pour maintenir un semblant d'illusion, mais cela ne fera pas long feu.

Et si quelqu'un paye de sa vie pour ce sauvetage manqué ?

Et si Lunch est capturée et utilisée de la même façon qu'Indra et Laëti ?

Et si Vegeta décide de se venger en attaquant finalement les bases de la Résistance ?

La personne qui découvre tout est finalement un humain. Un adolescent de passage repère les marques sur la porte de la prisonnière Bulma Brief et, mû par la curiosité, la pousse.

Bulma voit ses yeux s'agrandir de terreur alors que la porte coulisse devant lui. Son expression se calme en voyant la prisonnière assise contre le mur, mais il part tout de même en courant sans lui adresser un mot.

Elle n'essaye pas de l'arrêter. Lunch est partie depuis plus de vingt minutes.

Largement assez pour s'exfiltrer du palais et se mette à l'abri des saiyans.

Bulma attend donc la suite, ses baskets battant la mesure sur le sol.

La tornade ne saurait tarder.

Vegeta débarque en arrachant le cadavre de la porte de ses gongs et la jette dans le couloir, manquant d'écraser l'un des humains derrière lui.

"- Qui était-ce ?!"

Les orbites noir du saiyan sont animées d'un feu ardent au potentiel dévastateur.

Ses dents serrées sifflent sous la pression du souffle rauque qui transite par sa gorge. Il a les épaules basses mais volontaires, comme une bête aux aguets. Les veines de son front sont plus gonflées que d'habitude.

Pas de doute, Vegeta est furieux.

Bulma déglutie, mais elle est prête à accueillir cette colère.

Elle se redresse et lève les bras en signe de paix.

"- Je suis là", lui dit-elle d'une voix douce teintée par l'appréhension.

Il s'avance vers elle sans un mot, nullement impacté par ses paroles et ses gestes.

Le roulement de ses muscles, qu'elle entraperçoit sous sa tenue de spandex bleu, à quelque chose d'hypnotisant.

"- Je ne suis pas partie", continue-t-elle d'une voix qui monte dans les aigües à mesure qu'il approche. Je suis là.

Sans marquer de temps d'arrêt, Vegeta place un bras dans son dos et la plaque contre lui en plongeant son visage contre sa gorge.

Elle couine de surprise et essaye de se débarrasser de lui, sans succès.

Tout contre sa peau, il inspire profondément, sans faire attention à ses cheveux bleus qui lui chatouillent le nez. L'odeur entêtante de l'humaine est là, suintant de tous les pores de sa peau laiteuse.

Mais il y a autre chose. Une autre odeur corporelle est jumelée à la sienne, preuve d'un contact physique passé entre deux êtres.

"- Qui est cette femme ?", demande-t-il en lui attrapant la gorge pour l'obliger à le regarder et sentir le rythme de son pouls, prêt à détecter si elle lui ment.

Aucune réponse.

Juste les mains de la terrienne qui se posent sur sa poigne par pur réflexe. La chaleur corporelle du saiyan est bien plus élevée que la sienne, même à travers ses gants.

C'est déstabilisant pour Bulma, qui ressent cette chaleur comme un étau oppressant supplémentaire à la poigne.

Les yeux noirs et colériques de Vegeta fusillent ses orbes bleus, l'incitant à lui donner une réponse.

Mais vu son regard, elle n'est pas prête à parler. Le roi des saiyans va devoir faire mieux.

"- Tu vas me dire qui est cette femme."

Il tend un bras derrière lui et créé une boule d'énergie prête à être envoyé vers le couloir. En direction des humains.

Ces derniers n'osent pas bouger, conscients que tenter une échappée provoquerait à coup sûr leur mort.

Bulma panique en le voyant faire. Lui dire la vérité ne changera pas fondamentalement les choses. Lunch est loin.

Bulma n'en peut plus de voir mourir des gens innocents à cause d'elle.

Elle revoit Anya plonger dans la folie à cause de la perte de son mari. Les nuques brisées de Fisher et Laurence. Les vidéos d'exécutions d'otages diffusées les saiyans après que la Résistance ait refusé de la livrer.

Son amie est loin. Elle doit être loin.

"- Lunch ! Elle s'appelle Lunch ! Elle fait partie de la Résistance et est venu me délivrer !"

La boule d'énergie vrombisse toujours. Elle est prête à partir.

Une humaine enserre dans ses bras un adolescent tout aussi livide qu'elle.

"- Je savais que tu sentirais ma fuite ! Que tu nous retrouverait ! Je suis restée ici, je ne l'ai pas suivi ! Elle est loin maintenant !

- Qu'est-ce que tu lui as dit ?", demande-t-il en contractant légèrement les doigts sur sa gorge pour continuer à l'intimider.

"- Tout ! Absolument tout ce que je sais ! Le métissage, votre lecture du ki, votre infirmerie ! Tout !"

Elle pleure. Elle a peur.

Pas pour elle, mais pour les autres dans le couloir. Le saiyan ne fait toujours pas disparaître sa boule d'énergie.

Bulma sait qu'il a toutes les raisons valables d'être en colère.

Vegeta a beaucoup à perdre si Lunch parvient à rejoindre Peterson et la Résistance.

Déjà, son effet de surprise. Savoir que les saiyans peuvent maintenant repérer les auras va forcément pousser la Résistance à réfléchir à des solutions qui pourraient prolonger le conflit.

De plus, la propagation de la nouvelle de l'existence de la Chambre de Reproduction pourrait choquer les humains asservis des camps et ranimer des velléités de combat.

Lunch et Bulma ont définitivement contrarié les plans de Vegeta.

Il veut se défouler.

Il songe réellement à pulvériser le mur derrière lui et les humains avec. Il ne lui fera pas de mal à elle, mais il la fera souffrir en s'en prenant aux autres.

Bulma le voit dans son regard. Elle doit l'en empêcher. Elle ne peut pas le laisser tuer les personnes derrière le mur à cause de son évasion ratée.

Elle doit l'arrêter.

"- Je t'en prie, ne fais pas ça. Je t'en supplie", gémit-elle en le regardant dans les yeux, à travers ses larmes. "Ce n'est pas leur faute. Je suis toujours là. Je ne me suis pas enfuie. S'il te plait."

L'expression du monstre change. La férocité dans son regard s'évanouit. L'aura meurtrière qui l'entoure perd en intensité. Elle a capté son attention et touché une corde sensible. Vegeta penche légèrement la tête sur le côté tandis qu'un sourire effleure ses lèvres.

"- Je sais que rien ne t'en empêche, mais je t'en prie. Ne leur fait pas de mal. Tu me possède toujours. Je suis là."

Le regard de Vegeta s'illumine, tandis que son sourire s'agrandit.

Après tout ce temps… elle le supplie.

Enfin.

Cette victoire est jouissive.

"- Je suis là."

Bulma Brief courbe l'échine face à lui, quémande et elle semble enfin avoir compris quelle est sa place dans le monde dirigé par le Roi Vegeta.

"- Tes suppliques sont douces à mes oreilles terrienne", dit-il en faisant disparaître sa boule d'énergie.

Se penchant un peu, il lèche l'une de ses joues pour goûter ses larmes.

Elle lui griffe le bras sans parvenir à le blesser, très peu friande de ce contact.

"- Tout comme le sont tes pleurs. M'en offriras-tu d'autres à l'avenir ? Ou devrais-je à chaque fois menacer des humains pour les obtenir ?

- Arrête", gémit-elle en essayant de décaler son visage.

"- Joli petit oiseau bleu qui a appris comment chanter convenablement", continue-t-il tout contre elle. "Maligne humaine qui sait quoi dire pour atteindre son but."

Il l'étouffe. Vegeta l'étouffe non pas avec sa main sur sa gorge, mais par sa présence, sa proximité. Ses paroles.

Ce qui irradie de lui oppresse Bulma, qui a cessé de respirer depuis trop longtemps.

Il quitte finalement sa joue pour lui mordiller le bout du nez.

Elle ignore la signification de ce geste déstabilisant, mais il semble plus affectueux qu'autre chose.

"- Tu sais, je récompense la fidélité", lui dit-il en jouant avec ses cheveux bleutés, les faisant courir le long de ses doigts gantés. "Alors je vais t'offrir un véritable repas pendant que l'on remplace la porte de ta cage."

Il lâche enfin sa gorge et s'éloigne, laissant une Bulma tremblante respirer autre chose que son odeur animale.

Elle aspire une grande goulée avant de passer une main rafraîchissante sur cette gorge qu'il vient de quitter et dont la terrienne a l'impression qu'elle est devenue brûlante. Elle sait qu'il est toujours face à elle mais ne peut se résoudre à soutenir son regard, trop choquée par la scène précédente.

"- Mais avant, débarbouille-toi la face. Tu es vraiment laide quand tu pleures."

Elle obtempère et se dirige vers la salle de bain, la tête basse et les mains instables.

Une fois arrivé au lavabo, Bulma enclenche l'eau et s'asperge le visage en frottant particulièrement sa joue droite et son nez. Son haut à rayures blanches et vertes absorbe les quelques gouttes qui cheminent le long de son menton et de sa gorge.

L'eau est glacée, mais Bulma tremble encore et a toujours anormalement chaud. Alors, elle se passe encore et encore de l'eau sur le visage, mouillant plusieurs mèches de ses cheveux au passage. Qu'importe. Elle n'arrêtera pas avant d'avoir regagné un minimum de contenance.

Un fois cela fait, elle ferme l'eau et reste quelques secondes appuyée sur le lavabo.

Lentement, Bulma Brief redresse la tête et affronte son reflet dans le miroir. Elle est rouge à cause du frottement à répétition, le bout de ses cheveux trempés collent sa peau à la base du cou et plusieurs mèches anarchiques sont comme scotchées à son visage.

Elle les chasse un peu rageusement et se fixe dans le blanc des yeux pour s'encourager elle-même. Puis elle s'éloigne pour constater à travers le reflet que derrière elle, Vegeta est adossé à l'entrée de la salle de bain et la regarde avec une expression moqueuse.

Qu'il continu à lui servir des surnoms emplumés.

Qu'il exige qu'elle l'abreuve de ses suppliques et de ses larmes. Elle continuera de l'en seriner autant qu'il le souhaitera si cela permet de sauver des vies.

Bulma lui concède aujourd'hui cette victoire.

Mais elle ne perdra pas la guerre. Jamais, au grand jamais, elle n'oubliera qui elle est.

Qu'importe les circonstances et rebondissements, qu'importe les menaces et concessions qu'elle lui fait, elle demeurera toujours Bulma Brief, leader de la Résistance et humaine, fière de l'être.

Elle ne le laissera jamais lui faire penser qu'elle n'est qu'une chose, un objet à sa merci dont il peut disposer comme il lui semble.

"- Dépêche-toi. J'ai faim."

Elle quitte le reflet et suit Vegeta.

Quand Bulma passe devant les quatre serviteurs auxquels elle vient de sauver la vie, ils lèvent la tête vers elle et osent la regarder dans les yeux pour la première fois depuis son arrivée au palais. Ce qu'elle lit dans leurs yeux, c'est de la gratitude.

Elle leur renvoie un faible sourire et suit docilement Vegeta, qui ordonne que les cuisine s'activent pour préparer "un festin".

L'une des humaines part en courant pour transmettre le message.

Les trois autres passent devant Vegeta et Bulma pour prendre un peu d'avance. La terrienne aux cheveux bleus suit docilement le saiyan à travers le couloir.

Après avoir monté un escalier en marbre semblable à celui que Bulma a monté en compagnie de Nappa le premier jour, ils débouchent sur la séparation officielle entre les trois tours, qui font la renommée du château.

Elle distingue nettement une cage d'ascenseur en bois précieux et dorures, mais les serviteurs et Vegeta s'engagent eux à travers l'escalier en colimaçon aux parois de pierre et de verre qui le contourne et offrent une vue fluctuante du paysage. Evidemment. Les saiyans n'utilisent pas les ascenseurs. Ce serait débile.

La distance à monter n'est pas bien haute. Trois étages au plus.

Mais Bulma sent à travers ses jambes et ses poumons qu'elle n'a pratiqué aucune activité physique ces deux derniers mois. Sa respiration de plus en plus profonde trouble le silence de la montée.

Vegeta se retourne vers elle pour la gratifier d'un haussement de sourcil moqueur. Il a du mal à croire qu'une chose aussi simple que monter des escaliers puisse fatiguer la terrienne. Bulma tourne sa tête sur le côté et pousse un grognement fier avec toute la dignité qui lui reste. Plusieurs mois sans activités physiques, cela se paye.

Il est temps qu'elle se remette au sport. Quelques abdominaux et pompes dans sa salle de bain devraient être à sa portée. Elle pourrait même négocier une corde à sauter.

La troupe s'extirpe finalement des escaliers et débouche sur un couloir moyen aux murs nus et sans fenêtre, uniquement éclairé par des lampes douces au plafond. Vu les traces sur les murs, il devait y avoir des tableaux ici, sans doute à la gloire de l'ancien propriétaire du palais.

Le groupe arrive finalement sur une grande porte à double battant que deux humains ouvrent.

La lumière de l'extérieur frappe le visage de Bulma, ainsi qu'un courant d'air. Toutes les fenêtres sont ouvertes et laissent un vent sec d'été s'engouffrer dans la pièce. Les murs, savant mélange entre du bois de cerisier et du granit noir, auraient pu donner un aspect bien sombre et lugubre au lieu s'ils n'étaient pas savamment éclairés par une infinitée de petites lampes incrustées dans l'angle reliant le plafond et les murs.

Le sol, un parquet de bois de cerisier lui aussi, mais d'une teinte plus claire que celui composant les murs, ajoute de la chaleur de la pièce, tout en mettant en avant les meubles à dominantes sombre qui l'occupe.

En avisant une immense table rectangulaire en bois précieux avec une bonne vingtaine de chaises, Bulma comprend qu'elle se trouve dans une salle à manger. Mais c'est en constatant la présence anarchique de bibelots luxueux et de trophées qu'elle assimile qu'ils se trouvent bien dans les appartements de Vegeta.

Il y a tout et n'importe quoi ici.

La fourrure d'un ours brun immense. Une statue en or massif représentant une biche. Un coffre rempli de pierres précieuses. Le cuir tendu de la peau d'une personne inconnu arborant un complexe tatouage magenta. Un objet pointu d'origine extraterrestre qui tourbillonne sur lui-même. Une lance de deux mètres de long richement décorée. La corne blanc cassé d'un animal qu'elle ne connaît pas. Une coiffe d'écailles et de plumes d'origine inconnue. Le plus gros diamant de la Terre, caillou d'un délicat rosé dont la valeur est désormais nulle aux yeux des terriens asservis.

Un vrai bordel, une véritable décadence de richesses pour quiconque assimile encore tous ces bibelots à de la richesse.

Aujourd'hui, la vraie richesse, c'est l'eau potable, la nourriture, les médicaments et de quoi se tenir chaud.

Ces "trésors" n'intéressent pas Bulma.

Ce qui l'attire particulièrement, c'est l'extérieur qui lui tend les bras à travers la fenêtre grande ouverte. La lucarne opaque de sa salle de bain ne suffira jamais à satisfaire les besoins de Bulma.

Plus d'un mois sans sentir le soleil sur son visage ou respirer de l'air frais, c'est long. En plus, il a l'air de faire beau dehors. Le soleil de la fin août est toujours agréable.

Bulma l'a toujours adoré, surtout pour bronzer devant sa piscine. Elle commence à s'avancer vers le balcon, mais la voix de Vegeta la rappelle à l'ordre.

"- Où est ce que tu crois aller comme ça ?"

Bulma soupire et fait marche arrière. Qu'est-ce qu'il peut bien comprendre à la souffrance que ressent une personne enfermée et privée de ses mouvements de toute façon ?

Elle se place sur la chaise en bois que Vegeta lui indique tandis qu'il s'installe à quelques mètres d'elle sur un fauteuil à l'allure de trône.

Le roi sort un communicateur de son armure et appelle celui de Nappa.

"- Dis aux hommes d'arrêter l'entraînement et de venir dans mes appartements. C'est moi qui régale."

Bulma lui jette un regard suspicieux. Il lui renvoie un sourire supérieur.

Il semble que le roi des singes a envie de s'amuser à ses dépens. Soit. Elle préfère ça au meurtre d'innocents humains.

La scientifique pose un coude sur la table et soutient son menton pendant qu'elle regarde le paysage par la fenêtre.

Vegeta l'étudie sans rien dire, balançant sous lourd fauteuil d'avant en arrière grâce à ses pieds.

Sept saiyans en tenue de combat débarquent quelques minutes plus tard par le balcon, sommairement rincés afin de ne pas heurter l'odorat de leur roi.

"- Alors, elle ne s'était pas enfuie finalement ?", demande Nappa en désignant Bulma.

"- Non, elle m'a même chanté un jolie couplet, alors je la récompense."

Des rires gras. Des chaises qui raclent le sol.

Des positions assises avec coudes sur la table et des jambes écartées.

"- J'en connais plus d'une qui sait chanter convenablement si on y met du sien !", rajoute un autre saiyan à l'aspect lourd en roulant du plexus sur sa chaise dans un grincement sonore.

Nouveaux rires gras. Il est triste de constater que peu importe la race d'origine, les porcs phallocrates… restent des porcs phallocrates.

Et beauf par dessus le marché.

C'est donc ça l'objectif de Vegeta ?

La récompenser en lui faisant découvrir toute la finesse d'esprit dont sont capables les saiyans ?

Bulma soupire et reporte son attention sur le paysage extérieur, occultant de son esprit tout ce que les saiyans sont en train de dire sur elle et les terriennes en général. Pas qu'elle soit particulièrement à l'aise avec la situation présent, mais Vegeta ne gagnerait rien à laisser les siens lui faire du mal. Il serait plutôt du genre à la faire souffrir lui même.

Fort heureusement, les premiers plats arrivent rapidement et les paroles des singes de l'espace se tarissent quelque peu, occupés qu'ils sont à engloutir leur nourriture.

Bulma a maintes fois vu Goku manger. Il est répugnant.

Voir à l'œuvre huit saiyans constitue un nouveau cap dans l'histoire de la Répugnance.

Écoeurée, elle chasse un bout de viande qui a atterri sur l'une de ses manches. Et les bruits de mastication… les bruits de mastication… L'horreur.

Les plats n'en restent pas moins délicieux.

Vegeta s'est vraiment réservé les meilleurs. Cela manque de légumes et de fruits frais, mais Bulma ne se sent pas de faire la fine bouche. Autant manger et se faire oublier le plus possible par l'assemblée de crados qui l'entoure.

Ses choix se portent en priorité sur les plats végétariens ou à base de poisson.

Ces monstres de saiyans ne font aucune différence entre les "terriens-animaux" et les animaux tout court. La terrienne n'a aucune envie de manger par inadvertance un cousin d'Oolong ou de Plume.

Autrement dit, un compatriote.

Elle mange en se faisant discrète, ce qui ne l'empêche pas de demeurer impressionnée par la montagne d'assiettes qui se forme à côté de chaque saiyan.

Malheureusement, Vegeta ne semble pas décidé à l'oublier dans son coin.

Il claque des doigts pour qu'on serve de l'alcool à ses convives.

Une chope de bière remplie de whisky à ras-bord apparaît sous le nez de Bulma. Plusieurs saiyans claquent leurs langues avec impatience, manifestement ravis par le geste. Et ils le boivent. Comme ça, one-shot.

Bulma grimace en voyant Kiui et un saiyan ayant sensiblement le même âge que Gohan avaler cul sec le liquide. Tous en en redemandent immédiatement un autre.

Elle trempe les lèvres dans le breuvage. Pas aussi fort que la gnole du labo, mais tout de même assez puissant pour la tuer si elle boit la chope d'une traite.

Ces saiyans sont des monstres.

"- Trop fort pour toi terrienne ?"

Vegeta la fixe tout en s'enfilant une nouvelle rasade, le regard sombre mais joueur. Tout le monde se tourne vers elle et Bulma grogne, mécontente.

Ca y est, elle est redevenue le centre de l'attention.

Radditz l'observe en tapant des doigts sur la table. Il sait que la terrienne est l'une des meilleures amies de son traître de frère, l'une de celles qui le connaît le mieux. C'est la première fois qu'il la voit en chair et en os. Pour le saiyan à la longue crinière, elle est plus belle en vrai que sur les vidéos de propagande. Son air fier la rend bien plus attractive à ses yeux que la femme de Kakarotto.

Son frère a vraiment perdu tout instinct saiyan pour avoir choisi la brune à la place de l'humaine aux cheveux bleus.

"- Peut-être que la petite souris est mal à l'aise de boire en présence de huit beaux gaillards comme nous", intervient Nappa en lui souriant à pleine dents.

Un pouffement moqueur échappe à Bulma, qui lève les yeux au ciel.

La fierté et l'égo maladif des saiyans les aveuglent tellement que c'en est ridicule.

"- La terrienne ne semble pas d'accord avec toi Nappa", réagit Vegeta en posant son menton sur le dos de ses mains. "Comme nous tous, elle doit avoir ses propres goûts.

- Je serais curieux de connaître les goûts en matière d'homme de la bonnasse de la Résistance", rit un saiyan dans la vingtaine à coupe au bol indisciplinée, Kyabetsu, tout en s'enfilant un troisième verre. "Si j'y corresponds, je me porterais volontaire pour lui apporter à manger.

- Rangez vos espérances, macaques grossiers, je suis lesbienne", rétorque Bulma pour couper court au sujet.

Avant l'invasion des saiyans, cette technique avait un pourcentage de réussite efficace face aux gros lourds.

Les saiyans présentant de nombreuses caractéristiques des gros lourds, l'argument a ses chances.

Il y a un silence. Vegeta hausse un sourcil et la fixe, perplexe.

Puis un rire tonitruant se fait entendre. Il vient d'un grand saiyan entre deux âges à la coupe de punk terminant en queue de cheval.

"- La terrienne nous ment ! Je connais très exactement ses goûts. Elle les aime bruns, les cheveux longs, les yeux niais et le visage plein de cicatrices."

Bulma sent son corps se tendre, son souffle bloqué dans ses poumons.

Comment ce monstre peut-il...

"- Tu ne te souviens pas de moi terrienne ?", continue le saiyan nommé Jinsokuna en grattant son oreille droite à moitié arrachée. "J'étais là le jour où nous avons attaqué votre petite réunion militaire dans la cité du Nord."

L'humaine déjà peu colorée pallie à vue d'œil. Des flashs de cette journée et des suivantes agressent sa mémoire.

"- Sa Majesté m'a envoyé te capturer, ainsi que tes parents, pour que vous nous fassiez profiter de vos connaissances scientifiques. Quatre autres guerriers étaient avec moi pour prendre en charge d'autres prises intéressantes. Vous trouver n'a pas été difficile, le monde entier savait ce que vous faisiez à cet instant. C'était vraiment débile de communiquer là-dessus. Évidemment que des terriens allaient vous trahir et nous le dire. Comme si un bunker allait nous arrêter..."

Vegeta s'enfile une nouvelle rasade.

On lui a fait un rapport sur cet épisode trois ans plus tôt, mais il n'a pas demandé les détails à l'époque. Sa curiosité est piquée.

Quant à la terrienne, elle ne va définitivement pas bien.

Elle fixe obstinément son verre sans respirer.

"- On a débarqué directement dans votre salle de réunion. Votre… comment vous appelez ça déjà ? Ah oui, « service de sécurité » a commencé à s'affoler, crier, enfin bref, c'était ridicule."

Cette réunion au bunker du Palais des Congrès avait pour but d'organiser la défense face aux envahisseurs. Elle a pris place le lendemain de l'attaque initiale des saiyans sur la capitale centrale. Après la mort du Roi du Monde et de son gouvernement, tout ce qu'il restait de grands esprits, stratèges et personnes d'influence s'est réuni dans la cité du Nord. Des messages ont été envoyés aux quatre coins du monde pour convier le maximum de personnes et s'organiser au mieux afin de répliquer ou, au moins, permettre que ce conflit ne s'achève pas deux jours.

Une fatale erreur.

Personne n'avait imaginé que les saiyans allaient avoir connaissance de leur plan et sauraient comment réagir.

Ils avaient débuté leur invasion la veille, impossible qu'ils puissent appréhender la culture terrienne et leurs protocoles d'urgence. Impossible aussi d'imaginer que les terriens seraient aussi rapidement trahi par plusieurs des leurs.

Bulma avait débarqué au dernier moment à ce sommet de la riposte. Après avoir retrouvé ses parents sain et sauf dans la ville, elle les avait quitté pour aller déposer Goku, Gohan et Krilin chez maître Karin afin qu'ils guérissent à l'aide des senzu.

A cause de la forte présence saiyan au centre du continent, elle avait dû opérer un immense détour par l'océan du Nord, à la fois à l'aller et au retour. D'où son retard à la réunion. Son arrivée théâtrale et tardive avait particulièrement énervé le Commandant Peterson, qui rencontrait ainsi pour la première fois Bulma Brief. Le début d'une bien longue rivalité.

Leur première dispute aurait pu avoir lieu ce jour là si les saiyans n'avaient pas rapidement attaqué.

"- Je t'avais sous la main, ainsi que tes parents. J'étais tellement excité que je n'ai pas fait attention à ce qui m'entourait. Trois trouble-fêtes sont arrivés. Un humain à trois yeux, un nain et ton compagnon."

Tenshinhan, Chaozu et Yamcha. Les trois seuls défenseurs de la Terre en état de se battre ce jour là.

Les senzu de Maître Karin n'étaient pas prêts lorsque Bulma avait déposé les garçons chez lui. Il fallait attendre plusieurs heures. Piccolo, lui, avait été mis à terre la veille, dès la première demi-journée de l'invasion.

Malgré sa fusion avec Kami, l'être le plus puissant du monde derrière Goku avait été balayé comme un vulgaire sous-fiffre. Et son coma avait entraîné l'impossibilité pour les terriens de repousser l'invasion des saiyans grâce aux Dragons Balls.

Les autres défenseurs de la Terre n'avaient dû leur salut lors de ces premières heures qu'à un réflexe salutaire : comprendre immédiatement qu'ils n'avaient aucune chance contre la forme Oozaru des saiyans, surtout s'ils sont plus d'une centaine. Alors ils s'étaient cachés en attendant leur heure.

Il s'étaient cachés et avaient laissé plus de treize millions d'innocents se faire massacrer en un quart d'heure. Piccolo n'avait pas eu cette possibilité, mais il aurait de toute façon été trop fier pour agir comme les guerriers humains. Certe, Tenshinhan, Chaozu et Yamcha n'avaient pas survécu bien plus longtemps que le démon vert, mais cette "lâcheté" passagère leur a donné l'occasion de réellement secourir des gens avant d'y passer. Dont Bulma.

L'aura de la terrienne s'emballe, les saiyans dans la pièce le sentent tous.

Nappa flaire sa colère comme il pourrait humer un gâteau au chocolat.

C'est exquis.

"- L'élément de surprise a joué en leur faveur. Ils ont foutu la merde. Ton joli cœur de copain m'a envoyé à l'autre bout de la pièce avec un coup bizarre, mais je me souviens bien de ce qui s'est passé après. Il t'a embrassé en te demandant de partir."

Plus aucun saiyan ne se goinfre ni ne boit.

Lier Bulma Brief à du romantisme ne leur avait jusqu'à présent jamais effleuré l'esprit.

Cette humaine est décidément pleine de surprises.

"- Te laisser te perdre dans la foule était une bonne idée. Il y avait tellement d'humains aux alentours qu'il était impossible de te repérer dans la cohue. Enfin bon, tu es partie avec les autres terriens et les trois trouble-fêtes nous ont combattus. Est-ce que tu savais que ton homme a été le premier à mourir ?"

Le regard de Bulma quitte son verre pour se porter sur Jinsokuna.

Le saiyan lui sourit méchamment et porte son verre rempli à la bouche pour boire son whisky d'une manière exagérément lente. Il sait que la terrienne est pendue à ses lèvre, comme le reste de l'assistance.

Ce n'est pas tous les jours qu'il a ainsi l'attention de son roi. Alors autant en profiter.

"- Ce n'est malheureusement pas moi qui l'ai tué. Les combats, c'est toujours un peu désordonné. Tu veux savoir de quelle manière il est mort ?"

Ca y est… elle pleure.

Jinsokuna ne trouve aucun charme à Bulma Brief quand elle pleure, mais la rage dans ses yeux est excitante au possible.

Si cela ne tenait qu'à lui, il renverserait l'humaine sur la table et boirait ses larmes comme si elles étaient une boisson raffiné.

"- Horenso m'a dit que la mignonne face de joli cœur l'a tellement énervé qu'il a décidé de la lui écrabouiller complètement, ainsi que son crâne. Comme ça, en une seule pression."

Et il imite le geste avec sa main.

Un rire cruel lui échappe de façon incontrôlée.

La rage et la souffrance dans les yeux de Bulma Brief titille quelque chose en lui, quelque chose de tellement saiyan. Cette sensation est bonne. Il ne la ressent pas assez depuis qu'ils ont débarqué sur Terre.

Elle lui a manqué durant leur vingt années d'errance dans l'espace.

Jinsokuna veut que cette sensation perdure. Encore et encore.

Bulma Brief se lève de sa chaise tellement brusquement que le meuble tombe en arrière dans un bruit sonore.

Pas de quoi arrêter le saiyan. Il continue son histoire.

"- Il a gueulé comme une fillette."

Bulma lui hurle de la fermer et lui jette son verre plein à la figure.

Elle vise correctement, mais le saiyan détourne le projectile et ce qu'il contient avec une vague d'énergie avant que cela ne l'atteigne.

Le verre va se briser sur un mur derrière Bulma et une traînée de whisky se répand sur le sol en bois.

De mieux en mieux.

Jinsokuna n'est pas prêt de s'arrêter.

"- J'ai vu le résultat à la fin…

- TA GUEULE !

- … il était vraiment méconn…

- Ca suffit Jinsokuna."

Vegeta n'a pas haussé la voix. Mais son ton était sans appel.

Jinsokuna s'exécute, soudainement aussi pétrifié qu'une statue.

La terrienne reste immobile quelques secondes en respirant bruyamment, tremblante.

Tout le monde a les yeux rivés sur elle.

Elle va réagir, ils le savent. Et ils espèrent qu'elle sera à la hauteur de sa réputation.

"- Ça vous fait rire. Ça vous fait marrer toute la souffrance que vous causez."

Ca y est, Bulma Brief riposte.

"- Ecraser des plus faibles que soi, c'est toujours facile. "Guerriers de l'espace"... Quelle connerie."

Pour un peu, elle cracherait au sol en prononçant ce titre.

"- Vous pensez vraiment être des guerriers ? Vous pensez que quiconque sur cette planète vous respecte et vous accorde ce statut ?

- Comme si on en avait quelque chose à foutre", marmonne le saiyan dans la vingtaine nommé Kyabetsu.

"- Evidemment que vous n'en avez rien à foutre. Vous n'êtes qu'une foutu erreur de la galaxie uniquement capable d'apporter de la souffrance à autrui."

La voix de la terrienne ne souffre aucun couinement ridicule.

Il y a en elle une colère et une souffrance enfouies depuis trop longtemps. Le tout est en train de ressurgir.

Et cela a la capacité de toucher autant que des coups de poings.

"- Tu te prends pour le centre de l'univers terrienne ? Ne prétend pas connaître la souffrance", réplique un saiyan vieillissant, Kon, en faisant signe à un serviteur terrifié par la scène de venir lui servir à boire.

"- Oh, tu parles sans doute de l'explosion de votre planète et du quasi anéantissement de votre race de monstres. C'était l'œuvre de qui déjà ?", continue Bulma en claquant des doigts pour se souvenir. "Ah oui. Freezer."

Il y a quelques frémissements de colère à l'entente du nom. Mais aucune interruption.

Tout le monde veut savoir jusqu'où Bulma Brief va se permettre d'aller.

"- Vous savez quoi gorilles stupides, je vais vous dire un petit secret. Quelque chose que vos serviteurs terrifiés n'auront sans doute jamais le courage de vous dire en face."

Les serviteurs terrifiés présents dans la salle sont à l'heure actuelle proches de se pisser dessus. Tout est parti en couille. Et ça va mal finir.

"- Freezer est notre plus grand héro."

Vegeta ne quitte pas l'humaine des yeux. Cela ne lui va pas d'être cruelle.

Mais elle n'en demeure pas moins foutrement hypnotisante.

Et il sait, il sent qu'il n'est pas le seul à le penser.

"- On peut vous abreuver de nos sourires, pleurs et phrases mielleuses. On peut vous susurrer à l'oreille ce que vous voulez entendre. On peut avoir l'air de tenir à vous dans le lit. On peut même simuler le fait qu'on vous respecte et qu'on vous admire. Mais intérieurement, personne, absolument personne, n'est sincère avec vous. Vous aurez beau nous terrifier et nous asservir, vous ne nous empêcherez jamais de penser que Freezer aurait au moins pu se donner la peine de finir le boulot."

Le verre de Radditz se brise dans son poing.

Il vient de décider qu'il déteste cette humaine et qu'il vaut mieux pour eux deux qu'ils ne se retrouvent plus jamais dans la même pièce.

"- Ça suffit", intervient Vegeta en sentant que la limite est atteinte pour tout le monde. "Kiui, Zukkini, ramenez là dans sa chambre."

L'adolescent et l'enfant saiyan se lèvent et se dirigent vers la terrienne au visage plein de larmes, mais au rictus meurtrier.

Elle renifle, s'essuie le nez avec sa manche et se dirige d'elle-même vers la sortie.

"- Ah, une dernière chose", dit-elle en se tournant vers la table et ses convives. "Un jour, quelqu'un viendra finir le job. Et ce jour-là, la Terre entière vous rendra la monnaie de votre pièce. Pas un seul humain ne vous viendra en aide. Et tout le monde priera pour que chacun d'entre vous crève de la façon la plus douloureuse possible."

Et Bulma Brief part, suivit par les deux jeunes.

Les saiyans laissés derrière l'observent jusqu'à ce qu'elle disparaisse dans les escaliers au bout du couloir.

Vegeta et ses guerriers restent silencieux un moment. La pièce embaume le whisky et la peur des humains présents.

Agréable combinaison, mais les guerriers de l'espace ont la tête ailleur.

C'est finalement Nappa qui brise le silence.

"- Cette petite souris l'ouvre trop.

- Vraiment Nappa ?", lui répond Radditz en secouant sa main pour en évacuer le whisky et les morceaux de verre. "Je pense plutôt que tu n'aimes pas ce qu'elle dit.

- Donc tu crois réellement que chaque humain de cette planète voue un culte secret à Freezer ?", ricane Nappa en s'enfilant une rasade. "Avec les bougies et tout le bordel ?

- Radditz parlait de la partie « chaque humain de cette planète souhaite voir les saiyans morts »", dit Vegeta en fixant l'humaine tremblante qui lui amène un nouveau plat.

"- Ca et le fait que les terriens soient de très bons acteurs", complète le frère de Kakarotto en prenant une chope de whisky des mains d'un autre humain.

"- Qu'est-ce qu'on en a à faire qu'ils ne soient pas sincères ?", rie à gorge déployée Jinsokuna. "Ce sont juste de pauvres esclaves sans intérêt."

Certains le rejoignent dans son hilarité.

Pas tous.


Bulma étouffe un maximum ses sanglots, mais cela n'empêche pas Kiui et Zukkini de les percevoir alors qu'ils descendent les escaliers en marchant juste derrière elle.

Il semble que Bulma Brief ai parfaitement mémorisé le chemin.

Mais comme elle, les deux jeunes saiyans digèrent mal les précédentes minutes.

Ils sont nés durant l'errance saiyan et n'ont pas connu le monde auquel leurs aînés se raccrochent. La gloire passée, les conquêtes, les planètes qui doivent être nettoyées et non colonisées… On leur a tout raconté certes, mais ils ne l'ont pas vécu.

De leur point de vue, les humains font partis du paysage et de leur vie. Ils ne sont pas une anomalie à leur tradition comme le pensent les générations précédentes.

Si Kiui a débarqué sur Terre à l'âge de douze ans et donc vécu la guerre-éclair avec les humains, Zukkini n'avait que quatre ans lors du débarquement. Les jeunes enfants saiyans étant rares et précieux à cette époque, il n'a donc pas participé à la guerre. Sa mère étant morte en couche, ce sont d'autres femelles saiyans qui se sont occupé de lui durant tout le temps sur le vaisseau et pendant le semi-génocide. Elles aussi ont été privé de guerre. Mais le roi Vegeta leur a fait le serment que ce serait la dernière fois qu'elles seraient ainsi laissé derrière.

Une fois la situation un minimum stabilisée et les premiers terriens asservis, son père, un soldat de Troisième Classe, s'est déchargé de lui en le confiant à des serviteurs humains.

L'une des premières choses qu'il a appris dans son existence, c'est qu'il ne faut pas tuer des humains gratuitement.

Les saiyans ont besoin d'eux.

Et ce mot « besoin » change tout. Surtout lorsqu'il est employé devant un jeune en formation.

Les humains demeurent, dans l'esprit de Zukkini, ceux qui l'ont nourri, lavé, divertis… Bref, ils se sont bien plus occupé de lui que ne l'ont fait les saiyans. Ces derniers, trop heureux de finalement pouvoir profiter de leur vie après vingt ans dans l'espace, n'ont eu aucune envie de consacrer leur temps à s'occuper de lui. En dehors des entraînements seyant à son jeune âge, Zukkini a grandit aux côtés des humains. Pas des saiyans. Trois ans plus tard, les conséquences de cette façon de procéder sont visibles.

Tout le monde sait que l'actuel benjamin des saiyans apprécie la compagnie des humains. Quand il n'est pas à l'entraînement ou en mission, Zukkini vit entouré de terriens humanoïdes dans le camp que gère son géniteur.

Là-bas, tout le monde le respecte.

Tout le monde le place sur un pied d'estale. Il y a des hommes qui s'inclinent devant lui, des femmes qui lui répètent qu'il est un beau et fort jeune guerrier, des enfants qui se bousculent pour lui demander à quoi il veut jouer. Il y a la tendre concubine préférée de son paternel qui lui assure qu'elle les aime, lui et son père.

Ce peut-il que derrière les caresses qu'elle lui prodigue sur les cheveux, elle rêve en secret qu'il meure ?

Que les humains craignent les saiyans et donc ne les adorent pas, Zukkini l'a bien compris et l'accepte.

Mais qu'ils mentent et souhaitent profondément leur mort, cela ne lui est jamais venu à l'esprit.

Particulièrement de la part de certains d'entre eux.

Malgré la tournure des évènement, les serviteurs humains ont eu le temps de remplacer la porte.

Kiui prend la clef qui pend à la serrure et ouvre l'accès à la pièce.

Bulma entre sans dire un mot et reste immobile au milieu de la pièce en attendant qu'ils partent. Mais ils ne le font pas. C'est bizarre.

"- Si tu as réagis comme ça, c'est parce que tu « aimais » cet homme et que la façon dont en a parlé Jinsokuna ne t'a pas plu ?", demande soudain Zukkini d'un ton qui se veut neutre, mais d'où transparaît la candeur seyant à sa jeunesse.

Bulma tourne la tête pour regarder l'enfant saiyan.

Sa voix est fluette, aiguë. La terrienne n'a jusqu'à présent entendu la voix que de saiyans adultes, à la limite adolescents en comptant Kiui. Ils ont tous des voix graves à la limite du caverneux, qu'importe leur physique.

La voix de l'enfant dénote.

Il essaye d'avoir l'air sévère, comme chaque représentant de son espèce, mais il y a une réelle interrogation sur son visage juvénil tanné par le soleil, particulièrement au niveau du nez. Les courbes de ses mèches improbables sont plus douces que celles de Kiui et Bulma remarque qu'il possède un front bien plus large que celui de Gohan.

Ses yeux en revanche ne ressemblent à rien à celui de l'enfant qu'elle chéri. Trop petits, trop durs.

"- Bien sûr que je l'aimais et que j'ai été blessée", souffle-t-elle, effarée qu'une conclusion aussi simple soit hors de porté de la mentalité saiyan.

Elle et Yamcha ont eu leurs hauts et leurs bas.

Trop volage de son côté à lui, trop égoïste de son côté à elle.

En fait, ils n'étaient même plus ensembles au moment de l'invasion saiyan. Mais cela n'enlève rien à leur affection commune ainsi qu'à leurs souvenirs. Elle aime toujours Yamcha. Comme elle aime Goku, Gohan, Krilin, Lunch, Gladys... Même la mort ne peut pas complètement enterrer un sentiment aussi profond. Bulma aime toujours Chichi.

Elle les aime tous, au-delà de l'amitié, au-delà de l'amour charnel et du désir.

"- Qu'est-ce que « l'amour » au sens terrien ?", demande à son tour Kiui avec, fait étonnant, une certaine avidité.

Bulma évalue à travers ses larmes l'adolescent aux cheveux en éclairs qui l'a torturé des heures durant.

Le saiyan ne lui a jamais fait mal sans qu'un ordre émane de Vegeta, mais elle sait qu'il en a tiré du plaisir. Jeune ou pas, Kiui est un monstre. Comme l'enfant à ses côtés.

Bulma n'est pas prête de l'oublier.

"- Quelque chose que vous et votre race de dégénérés ne pourrez jamais comprendre ou ressentir."

C'est faux, elle le sait.

Goku aime.

Certains saiyans présents sur Terre ressentent de l'amour entre eux.

L'affection dont certains font preuves à l'égard d'humains et d'humaines peut même représenter le premier pas vers ce sentiment.

Qui sait, certains parents saiyans peuvent -ou pourront- possiblement ressentir de l'amour envers leur progéniture métisse.

L'amour est un sentiment multiple qui peut s'exprimer à travers une multitude de relations.

Nul doute que les saiyans sont capables de l'éprouver.

Mais Bulma n'a en cet instant pas envie d'être gentille avec les macaques devant elle, qu'importe leurs âges.

"- Mais…"

Kiui interrompt Zukkini en l'attrapant par l'épaulette.

La terrienne a été trop éprouvée et il regrette d'avoir poussé la conversation plus loin. Bulma Brief doit être laissée en paix. Si jamais elle s'énerve et que son aura s'emballe, les deux garçons devront en répondre devant le roi Vegeta.

Son cadet ne proteste pas et se dirige vers la porte. Kiui lui emboîte le pas et referme la porte derrière lui.

Après cet épisode, il ne fait aucun doute que Sa Majesté va fortement limiter le nombre de saiyans ayant accès à l'humaine.

Quelque chose lui dit que lui et Zukkini constitueront ce groupe restreint, comme le laisse présager le fait que Vegeta leur ai demandé à eux de raccompagner l'humaine.

L'enfant de sept ans est sans doute trop jeune pour avoir correctement décrypté la précédente scène, mais Kiui, lui, a tout senti et compris.

Bulma Brief possède une force physique ridicule, mais ses paroles et sa colère ont exposé sa propre force à la vue de tous, qui transparaît à travers ses mots et son intelligence. Les saiyans aiment et respectent la force. C'est dans leur sang.

Bulma Brief a fait preuve de beaucoup de force il y a quelques minutes et cela ne peut qu'attirer l'attention, voir l'appétit des guerriers de l'espace. Comme un met appétissant sous cloche que l'on aurait soudainement révélé dans toute sa splendeur et son attraction.

Sans être dangereuse, la situation n'en est pas moins préoccupante.

Bulma Brief reste tout de même l'humaine détestée qui les a fait chier durant trois ans et a largement contribué à ralentir leur installation sur Terre.

Bien sûr, personne n'ira jamais à l'encontre des ordres du roi Vegeta.

S'il décide que personne ne touche à l'humaine, alors personne ne touchera à l'humaine.

Seulement, il est plus prudent de ne pas tenter le diable et de laisser les choses se tasser. Mieux vaut laisser Bulma Brief dans son coin et ne pas l'embêter.

Sauf s'il s'agit du Roi bien évidemment

Mais cela, personne ne peut l'empêcher.


Voilà voilà !

Un peu violent verbalement, mais bon.

Ce chapitre ouvre la porte à de nouveaux terrains de jeux au sein de cette fic et cela me plait.

J'espère qu'à vous aussi ;p