Bonjour tout le monde !
Me voici de retour avec un nouveau chapitre, qui marque bien le début de l'ère "post réécriture". :)
Certaines questions vont y trouver leurs réponses et je m'excuse d'avance, mais vous n'allez pas beaucoup rigoler (si vous le faites, vous êtes officiellement zarb).
Sur ce, bonne lecture ! :)
Videl marche à travers le camp, un seau d'eau vide à la main. Une petite semaine s'est écoulée depuis le retour des saiyans et leur attaque sur ceux qui ont tenté de s'enfuir. Les blessés sont toujours nombreux et nécessitent des soins. Aller chercher de l'eau à la rivière comme elle le fait aide.
Satan est reparti travailler aux côtés du chef de camp. Le même saiyan qui a menacé leurs vies et s'est introduit dans leur tente pour brutalement assassiner Aurore, son ancienne concubine qui a tenté de s'enfuir. Pour rajouter à l'horreur, Endaibu a laissé sur le lieu même du crime le corps sanguignolant de la jeune femme, ainsi que son coeur arraché, histoire de bien donner une leçon à la famille qui a voulu l'aider.
Faire revenir Satan craignant pour sa vie à ses côtés afin de le servir, alors qu'il a manifestement été déçu par lui, n'est qu'une façon supplémentaire pour le saiyan de punir la petite famille.
Le petit Lilian n'arrive pas à se remettre de la scène d'horreur. Il éclate souvent en sanglot, de façon totalement aléatoire. Dans ces moments, Videl pleure régulièrement avec lui, car la peine de Lilian réactive avec facilité sa propre peine.
Et Satan n'est presque jamais là pour s'occuper d'eux, à cause de sa servitude envers le chef de camp.
Alors les deux enfants pleurent de concert, agrippés l'un à l'autre.
Mine de rien, le petit est une charge pour Videl. Habituée à se gérer seule durant ces dernières années à cause de l'engagement de son père auprès des saiyans, Videl en est venue à apprécier l'autonomie qu'elle a acquise, ainsi que la semi-solitude qui en a résulté.
Lilian pleure. Lilian demande de l'attention. Lilian exige du temps.
Lilian est un poid, une charge.
Lilian fait ressortir la faiblesse en Videl et cela ne lui plaît pas.
Mais Videl est aussi quelqu'un qui, malgré son jeune âge, a un sacré sens des responsabilités. Elle a trouvé Lilian dans le camps. Il est sa responsabilité. Alors elle colle le petit Lilian tout autant qu'il la colle elle.
Bien sûr, même s'il l'accompagne souvent dans ses activités à travers le camps, spectateur passif du quotidien de sa nouvelle soeur et protectrice, Videl se débarrasse parfois de lui afin de se préserver une solitude. Parfois en le confiant à un voisin ou une voisine du camps en qui elle et son père ont à peu près confiance. Parfois en le plaçant au coeur de l'infirmerie de fortune dans laquelle on soigne encore les blessés de la semaine précédente.
Là-bas, Lillian entretient les feux servant à faire bouillir l'eau qui va aller aider les blessés.
C'est le cas en ce moment.
Videl sait qu'il est en sécurité quand elle le laisse à l'infirmerie. En plus, elle passe régulièrement avec ses seaux d'eau, alors elle peut toujours jeter un coup d'oeil aux alentours pour avoir l'esprit tranquille.
Il reste toujours plusieurs centaines de blessés qui nécessitent une aide particulière.
A cause de la quasi absence de médicaments et de véritables docteurs formés, les méthodes de guérison sont plus que rudimentaires. Les blessures laisseront plus de trace aux survivants que cela aurait été le cas à une autre époque. Elles en tueront plus aussi.
Videl le sait, dans quelques jours, des corps commenceront à disparaître des lits de fortune de l'infirmerie.
Aucun mystère derrière ce phénomène.
Les saiyans vont tout simplement commencer à se débarrasser des humains encombrants dont ils estiment la guérison impossible ou bien trop lente. Les bouches à nourrir inutiles n'ont aucun droit d'existence aux yeux des envahisseurs.
Un humain incapable de servir les saiyans n'a rien à faire dans leur monde.
C'est comme ça. Et ce depuis plus de trois ans.
Soudain, des cris émanent de la berge. Videl accélère le pas avec son seau vide. Ces cris, elle les a régulièrement entendu au cours de la semaine passée.
Ils signifient qu'un corps a été repéré dans la rivière.
Heureusement que Lilian n'est pas avec elle aujourd'hui...
Plusieurs dizaines de personnes ont été ainsi repêchées aux abords du camp. Qu'ils viennent à l'origine de cet endroit ou d'un camp plus en amont de la rivière, le résultat a bien souvent été le même : c'est un cadavre qui a été repêché, pas un blessé.
Videl arrive sur les bords de la berge.
Il y a un attroupement d'une douzaine d'humains au bord de l'eau et elle peut distinguer deux formes qui nagent vers un tronc d'arbre à la dérive. Les encouragements fusent depuis la berge et l'enfant joint ses cris à ceux des autres. Agir ainsi pour un potentiel cadavre, c'est humain. Et l'humanité à tendance à se perdre ces dernières années à cause des saiyans.
La brune observe les nageurs en mouvement. Ils empoignent la tâche de couleur orange qu'elle a déjà repérée sur le tronc. Cette tâche est petite. Et Videl comprend immédiatement à quoi elle et les siens ont à faire. Ce corps est celui d'un enfant.
Cette information ne choque pas particulièrement la brune. Des cadavres d'enfants, elle en a vu d'autres au cours de ces trois dernières années. Que leur mort résulte des actions de saiyans ou de terriens, cela n'a pas grande importance.
Les enfants ne sont pas en sécurité dans ce nouveau monde, c'est tout ce qu'il faut savoir.
Le corps est rapatrié sur la berge. Pendant que certains sacrifient des vêtements afin de sécher l'homme et la femme qui se sont jetés à l'eau, d'autres se penchent sur le pauvre bonhomme qui est visiblement passé par l'enfer.
Il ne porte plus aucun haut, laissant son torse et ses bras particulièrement musclés à l'air libre. Des bleus, traces de coups et enfoncements sont présents en nombre sur son corps pâle. On distingue toujours le orange de son pantalon, mais la couleur n'a sûrement plus rien à voir avec celle d'origine.
La peau du pauvre petit brun est toute fripée, signe qu'il a passé un sacré moment dans l'eau. Il a les yeux clos et aucun respiration de fait frémir sa poitrine.
L'enfant est certainement mort.
Être habitué ne veut pas dire être incapable de compatir. Des voix pleine d'empathie se font entendre.
"- Le pauvre enfant… Il a été battu à mort. Quelle cruauté !
- Il est si jeune, merde !
- Qui peut bien avoir fait ça ?
- Les saiyans, c'est certain !
- Le petit a tellement de traces de coups… C'est plutôt des terriens qui ont fait ça. Les saiyans l'auraient tués en moins de coups que cela."
Videl est loin de ces débats.
Accroupie juste à côté du corps entre les jambes des adultes qui l'entourent, elle réfléchie.
Il y a un truc chez cet enfant qui lui est familier. Le orange de sa tenue, le bleu de sa ceinture… Elle se rappelle avoir déjà vu un truc semblable, mais elle n'arrive pas à remettre la main dessus. Ça la frustre.
Sans pudeur ni respect, elle empoigne le pantalon du garçon en le tordant dans tous les sens, à la recherche d'un indice qui pourrait lui dire d'où lui vient cette sensation de connaître ce garçon.
Il y a des cris de protestations, des incitations à respecter les morts, mais ils disparaissent bien rapidement.
Une main fuse et attrape le poignet de Videl avec force, mais sans lui faire mal.
Dans le même temps, celui que tous pensaient être un cadavre ouvre grand la bouche et aspire une immense goulée d'air avec un bruit guttural.
Il y a un bruit de claquement et un os au niveau de sa poitrine dénudée dont le déplacement est visible sous la peau de l'enfant. Ce dernier délaisse son inspiration pour pousser un gémissement de douleur ensanglanté. Sans jamais laisser aller le poignet de Videl ou lui faire du mal.
Elle pousse un cri avec lui, autant par surprise que par choc de voir tout ce sang émaner de sa bouche.
Les grand yeux noir du garçon accrochent son regard. Elle y discerne sa souffrance et sa détresse. Cela la heurte, mais Videl possède des automatismes.
Son père s'est déjà gravement blessé, et ce, à plusieurs reprises.
Avant comme après l'invasion des saiyans. Videl sait quoi faire.
Le garçon allongé se tord de douleur en sol, aggravant certainement son cas. Alors Videl, du haut de ses huit ans, appuie fortement de sa main libre sur l'une des épaules du garçon pour tenter de l'immobilier.
"- Appuyez avec moi ! Il ne doit pas bouger !"
Assez rapidement, plusieurs adultes répondent à son appel et l'imitent pour parvenir à immobiliser le garçon, dont les spasmes lui font plus de mal qu'autre chose. L'inconnu a de la force, mais il est manifestement passé par beaucoup d'épreuves et est bien trop faible pour réellement se dégager de leurs prises combinées.
Cela demande un peu de temps, mais l'enfant finit par se calmer et plonger dans ce qui ressemble à un coma.
Le tout sans jamais avoir lâché le poignet de Videl ou ses yeux bleutés plein d'assurance.
Kiui inspire profondément. L'une de ses côtes le martyrise, mais il n'y fait pas attention.
C'est bon de respirer de l'air frais.
Cela fait plus de dix heures d'affilé qu'il est enfermé dans la cellule de Kakarotto.
Dix heures à malmener sans relâche ce traître, cette raclure qui a fait tant de mal à son peuple.
Dix heures à frapper sans s'arrêter pour empêcher le salopard de guérir. Dix heures à meurtrir son propre corps pour malmener celui d'un autre.
Kiui vient de passer dix heures, en compagnie de Kabocha, à respirer la sueur, le sang, la bile et la crasse engendrés par un long passage à tabac dans les règles de l'art.
Alors oui, respirer de l'air frais lui fait un bien fou.
L'adolescent s'envole pour s'éloigner des ruines du vaisseau et retourner au palais.
La nuit est noire et le ciel nuageux. Sans la lune terrienne dans le ciel, le paysage paraît morne, sans existence concrète. Sans les bruits d'animaux que Kiui distingue sous lui, il pourrait penser qu'aucune vie ne hante cette planète.
Alors il accélère, jusqu'à distinguer les faibles lumières qui émanent du palais de sa Majesté et du camp humain tout autour.
C'est bon de revenir. Surtout lorsqu'il sait qu'il a une permission pour la journée, avant de repartir torturer Kakarotto.
Deux autres saiyans ont pris le relais. Ils vont à leur tour s'occuper du cas du traître. Frapper, encore et encore. Frapper pour empêcher de guérir, frapper pour s'occuper, frapper par pur plaisir.
Frapper pour se venger aussi.
Kakarotto a tué dix-sept des leurs. Depuis Freezer, jamais personne n'avait fait autant de mal, d'un seul coup, aux saiyans.
Dix-sept disparus, c'est énorme pour une espèce au bord de l'extinction.
Mais maintenant, il faut plutôt dire dix-huit. On a averti Kiui par communicateur trois heures plus tôt.
Asuparagasu est mort des suites de ses blessures.
Kiui a perdu son grand-frère.
C'est étrange. Depuis leur arrivée sur Terre, Asuparagasu et lui n'ont plus été proches.
De près de quinze ans son aîné, le saiyan à la cicatrice en biais sur le front a survécu durant leur errance à bord du vaisseau grâce à un unique objectif : maintenir Kiui en vie. Pas que cela résulte d'une promesse faite à leurs parents avant qu'ils ne soient tués par Freezer ou que Asuparagasu ressente un attachement particulier envers son cadet.
Non, c'est juste que Asuparagasu a toujours été assez malin et que même adolescent, il a rapidement compris qu'il devait se fixer un objectif, une raison de vivre malgré le calvaire de l'errance dans l'espace.
Kiui lui a servi à cela.
L'adolescent est persuadé que s'il n'avait pas eu de frère de sang, son aîné se serait dégoté quelqu'un d'autre à protéger et maintenir en vie.
Une réalité qui est loin de blesser Kiui. Asuparagasu a toujours été honnête, notamment concernant ses actions envers lui.
Sa logique n'a rien de choquante et plus d'un saiyan a agit de la même façon au cours de leur vingtaine d'années d'errance.
L'adolescent se pose en silence dans la cours du palais et se dirige d'une traite vers ses appartements.
En entrant, il a la sensation de se trouver chez quelqu'un d'autre. Il a passé tellement de temps sur le vaisseau ces derniers temps...
Il a l'impression de ne plus connaître ce lieu qu'il s'est évertué de faire aménager à son goût durant ces derniers mois. Le sol en bois miel, les murs repeints en vert, le matelas au sol plutôt que sur un sommier… Étant un saiyan de Deuxième Classe personnellement entraîné par le roi, Kiui jouit de nombreux avantages, comme cet appartement vaste avec vue sur le lac.
Asuragasu aurait adoré cette vue.
Leur arrivée sur Terre a causé ce à quoi il fallait s'attendre pour les deux frères : Asuragasu et Kiui se sont éloignés. L'aîné n'avait plus besoin de Kiui pour avoir une raison de vivre. La Terre et ses richesses ne demandaient qu'à être explorées et exploitées. Tant de choses à découvrir, tant d'expérience personnelles à vivre… Après avoir fait de Kiui le centre de son univers pendant une douzaine d'années, évidemment qu'Asuparagasu s'est précipité vers la nouveauté en redevenant individualiste.
Comme tout bon saiyan qui se respecte.
Kiui, de son côté, a aussi découvert la Terre de façon individuelle. Son grand-frère ne lui a pas manqué. Au contraire, il était heureux d'avoir la bride enfin lâchée et de ne plus sentir une présence protectrice derrière son épaule.
Présence d'autant plus inutile depuis pas mal de temps à cause d'une simple réalité : Kiui s'est rapidement révélé être largement plus puissant que Asuparagasu.
Cela n'a pas empêché le grand-frère de rester à ses côtés en continuant de lui inculquer l'art de vivre des saiyans, leurs codes, leurs traditions, ainsi que des clés de survie que seul un aîné peut offrir à un pupille.
Et Kiui, en saiyan intelligent, a accepté de bonne grâces ces conseils et faveurs. Ce n'est que bien après que le roi, qui l'avait déjà repéré, a décidé de prendre lui-même en main son éducation et son entraînement.
Asuparagasu n'a pas tenté de réellement reprendre contact ou de profiter des nouveaux statuts et privilèges de son frère. La proximité avec le pouvoir ne l'a jamais intéressé, il préférait vivre sa vie de son côté, avec ses libertés et les avantages que lui procure sa puissance capable d'asservir sans effort les humains.
La gloire de Kiui n'a jamais été la sienne. Il n'a jamais souhaité se l'approprier.
L'adolescent laisse choir son armure et sa combinaison au sol. Ce traitement de sa tenue de guerrier manque de dignité et mettrait en colère plusieurs de ses congénères. Mais qu'importe.
Il veut juste prendre une douche. Rien d'autre.
Alors qu'il enclenche l'eau chaude qu'il a tant désiré, certaines scènes de son enfance lui reviennent à l'esprit.
Asuparagasu, le visage couvert de marques de coups, qui lui tend avec un sourire victorieux un morceau de viande séché qu'il a obtenu pour eux deux après un difficile combat.
Asuparagasu qui lui apprend comment casser un poignet avec le moins d'effort possible, en sacrifiant au passage son propre poignet.
Asuparagasu qui frappe, encore et encore, un saiyan adulte qui a osé donner une coup de pied à Kiui et ce, sans raison valable.
Asuparagasu qui lui caresse minimalement le crâne après que l'enfant soit parvenu à former sa première boule d'énergie.
Asuparagasu qui lui chope l'arrière du crâne et colle son front violemment contre le sien, comme un coup de boule, mais qui en fait le félicite énergiquement d'être devenu le disciple du roi Vegeta. La dernière fois qu'ils ont eu une forme d'intimité. La dernière fois qu'ils se sont touchés. La dernière fois que Kiui a parlé à son frère.
Le roi Vegeta est son dieu. Il est celui grâce à qui Kiui a pu monter si haut malgré son jeune âge. Il est celui qui fera de lui une figure au sein de la nouvelle société saiyan.
Vegeta est son dieu. Mais Asuparagasu a été sa genèse.
L'adolescent se frotte vigoureusement les bras, le visage, les cheveux, le torse, la queue de singe…
Il frotte encore et encore sa peau pour en faire partir ces odeurs qui ne veulent pas le laisser en paix.
Il inspire et tout ce qui émane de lui, c'est l'odeur du sang de Kakarotto, sa sueur, sa douleur.
Kiui n'aime pas ce qu'il sent.
Alors il frotte encore et encore.
L'adolescent, en bon saiyan, est incapable de pleurer. Ce n'est pas dans sa nature, ce n'est pas dans son éducation.
Asuparagasu n'aurait de toute façon pas voulu qu'il le pleure. Mais cela n'empêche pas Kiui de sentir, telle une lente torture, une boule bloquée dans sa gorge et une douleur sourde lui enserrer le coeur.
Les heures passent.
Kiui ne quitte pas la douche. Il frotte, encore et encore.
Il rouvre les plaies qu'il a sur ses mains à force de frapper Kakarotto. Il le sent, mais n'y fait pas attention. Ces douleurs sur ses jointures sont devenues trop familières pour qu'il s'en émeuve.
Le soleil est haut dans le ciel lorsqu'il ferme finalement le robinet et sort de sa douche.
Après avoir enfilé une combinaison propre sans prendre la peine de remettre son armure, ce qui est contre le protocole, il quitte ces appartements qu'il ne reconnaît toujours pas. Il marche dans les couloirs du palais, sans répondre aux salutations de ses congénères ou à leurs remarques concernant sa tenue vestimentaire déshonorante.
Kiui a un nouveau but en tête. Il se laisse aller, guidé par ses sens.
Au bout de quelques minutes, Miria apparaît finalement devant lui. Belle, chétive, lumineuse. Solaire même. De loin, il peut renifler à quel point elle sent bon, contrairement à lui qui pue toujours autant la crasse, le sang, la souffrance et la mort, malgré sa douche de plusieurs heures.
Elle ne l'a pas vu et continue de discuter avec plusieurs de ses congénères humains.
Il remarque que contrairement à lui, aucune blessure n'est apparente sur sa peau. Tant mieux. Elle n'a pas dû être blessé pendant l'attaque sur le palais.
Kiui et elle ne se sont pas vus depuis.
L'adolescent ne voulait pas la voir jusqu'à présent. Ou plutôt, il ne voulait pas qu'elle le voit. Elle n'aurait, la connaissant, jamais pu accepter cette image de lui.
Lui, qui pue le sang et la violence.
Lui, qui a passé des jours et des jours avec le corps recouvert de bandage à cause de ses blessures et de la quasi disparition des caissons de régénérescence.
Lui, avec cette ombre dans les yeux qu'il perçoit lorsqu'il se regarde dans le miroir et qu'il se rend compte que tout ce qu'il demande pour le moment, c'est du sang, du sang et encore du sang. Celui de Kakarotto pour être précis.
Lui, les traits tendus et les nerfs à vif, qui se sent prêt à frapper la première personne croisée et à lui ôter la vie dans l'espoir de calmer, ne serait-ce qu'un instant, la tension qui a pris possession de lui.
Mais tout ça, c'était hier.
Kiui s'est longuement observé dans le miroir ce matin. L'odeur est toujours là, les reliquats de blessures aussi, mais la tension a disparue pour laisser place à l'épuisement.
L'ombre dans ses yeux ne traduit plus d'une avide soif de sang, mais d'une douleur sourde.
Sans un bruit, il approche de la position de Miria. Elle discute toujours avec d'autres humains. Ils sont de trop sur le tableau.
Alors Kiui accélère et en un éclair, il attrape Miria par derrière, calant bien son dos contre son torse dépourvu d'amure, nichant son nez en recherche d'agréables odeurs tout contre la jointure entre sa nuque et son épaule. Elle hurle de surprise et de peur.
Avant que son crie ne se soit éteint ou qu'elle ait eu le temps de réellement se débattre, il les a emmené au bord du lac, sur le même lopin de berge où ils ont l'habitude d'aller.
Kiui relâche sa prise et Miria s'échappe en dérapant sur le sol. Elle se retourne un instant pour savoir qui l'a kidnappé et stoppe sa fuite en reconnaissant le saiyan.
"- K... Kiui ? Mais qu'est-ce qui te prend ?!"
Il lui a fait peur. Vraiment peur. Elle est une humaine. Elle est vulnérable.
Comme ses pairs, elle ne peut rien faire lorsqu'un saiyan décide qu'il va faire du mal à un humain. Un enlèvement en plein milieu du palais est vite arrivé. Et Miria a plus d'une fois assisté au retour d'un corps meurtri ou tout simplement sans vie.
Miria est en colère contre Kiui. Mais, malgré le lien qui semble se tisser progressivement entre eux deux, son esprit a conscience qu'elle n'a pas le droit de montrer sa colère au saiyan qu'il reste toujours à ses yeux.
"- Kiui, répond-moi s'il te plaît ! Tu m'as fais peur !"
D'ailleurs, il lui fait toujours peur à rester immobile sans rien dire à quelques mètres d'elle, sans armure et les épaules voûtées. Ce n'est pas le Kiui qu'elle connaît et qu'elle a appris à moins craindre que le reste de son espèce.
Au bout de bien trop longues secondes, il s'ébranle finalement et avance vers sa position, toujours sans prononcer un seul mot.
Elle voit, finalement, l'ombre dans ses yeux épuisés qui traduit d'une grande douleur, ainsi que les multiples traces de blessures qu'il porte au visage, fantômes de la bataille titanesque de la semaine dernière et à laquelle personne n'a rien compris.
Il avance lentement, ce qui n'est pas son genre, et elle ne recule pas malgré la crainte que l'attitude étrange du saiyan provoque en elle.
Elle n'a nulle part où aller de toute façon.
Ils sont seuls, éloignés du palais. S'il décide de lui faire du mal, rien ne pourra l'en empêcher.
Il fait un dernier pas et s'arrête face à elle, ses orbes noir toujours noyées par la tristesse et la respiration sifflante à cause de sa côte meurtrie.
Il l'a regarde avec cette sorte de supplication dans le regard dont elle ne comprend pas la signification.
C'est un nouveau Kiui qui se trouve en face de Miria désormais. Un nouveau saiyan aussi.
Jamais, oh grand jamais, elle n'a vu un saiyan afficher une telle expression.
"- Kiui..."
Il cligne des yeux, grimace avec douleur, et lève lentement d'un de ses bras bien trop musclé vers le visage de Miria, ce visage si beau qui l'attire et détruit, une par une, les couches de l'armure qui enveloppent son coeur de fier et cruel saiyan.
Elle ne recule pas devant ce geste, qui pourrait signifier tant de souffrance s'il émanait d'un autre saiyan.
Les blessures sur les jointure de la main de Kiui l'hypnotisent. L'humaine devine à travers elle la violence et la douleur à travers lesquelles est passé le saiyan.
Et vu l'état actuel de Kiui, il ne s'y est pas retrouvé dans cette violence et cette douleur.
Alors elle ne recule pas et ne fuit pas.
Le bout des doigts de Kiui se posent finalement sur le visage de l'humaine, son pouce au niveau du nez légèrement en trompette et son petit doigt se perdant dans ses boucles rousses.
C'est doux.
Tout est doux chez elle. Son aura, son odeur, ses yeux, ses regards, sa peau pleine de taches de rousseurs, ses cheveux, sa voix.
Tout est doux alors que lui, il se sait rugueux, violent, fier et dur.
Comme l'aurait souhaité Asuparagasu.
Un flash de douleur lui transperce le coeur et Miria en discerne l'écho dans son regard.
Et là, sans prévenir, le saiyan tombe lentement vers l'avant pour finir à genoux. Comme si un poid invisible avait finalement eu raison de lui.
Sa tête à la lourde tignasse en formes d'éclairs va se poser tout contre le ventre de l'humaine qui lui fait face et il inspire profondément tout contre elle, comme si elle était l'oxygène, et le reste de l'air du poison.
"- K..."
Les bras du saiyan vont enserrer le bas de son dos pour la rapprocher de lui et lui permettre de plonger toujours plus sa tête contre son ventre plat et un peu osseux.
Miria peut sentir ses mains et ses doigts trembler. Tout ceci est vraiment bizarre.
"- Reste comme ça."
Une supplique. Une supplique de la part d'un saiyan.
Il ne pleure pas, elle le sait. Mais il a la même voix que quelqu'un qui pleure.
Kiui lui fait assez pitié, à se comporter ainsi.
Et mine de rien, l'empathie irrécupérable de Miria la fait se sentir concernée pour la souffrance que ressent manifestement le saiyan.
Une humaine qui compatit avec la souffrance d'un saiyan… Quel comble.
Elle se décide finalement à bouger et laisse ses mains se perdre dans la tignasse indomptable du saiyan à genoux et tremblant tout contre elle.
Elle caresse doucement son crâne et ses cheveux, comme une mère le ferait pour consoler son enfant, comme une amie le ferait pour un ami, comme une soeur le ferait pour consoler son frère.
Il voudrait que ce soit une amante le ferait pour consoler son amant.
Kiui ne cesse pas de trembler, mais raffermit encore plus sa prise autour de sa taille et ses poings se referment sur le tissu difforme des vêtements usés de la terrienne.
Il supplie et elle offre. Si elle savait à quel point son attitude lui fait du bien...
Tout ce qui est en train de se passer n'a rien à voir avec le plan qu'a Kiui de conquérir le coeur de Miria. Aucune démarche planificatrice ou machiavélique, aucun geste réfléchit.
Non, rien qu'un besoin vital de faire disparaître la douleur qui oppresse son coeur. Juste cet instinct qu'il a lui, fier, cruel et membre de l'élite saiyan, d'aller chercher du réconfort auprès d'une humaine.
Le soleil est haut dans le ciel. Au loin, Kiui discerne ses congénères en train de donner des ordres à des humains, de les maltraiter et de les gouverner.
Ils sont des saiyans. Ils font ce qu'ils ont à faire, ce pour quoi ils se nomment eux-même "les guerriers de l'espace". Cela a toujours été ainsi, et c'est très bien.
Pourtant, Kiui ne s'est jamais autant "chez lui" qu'en cet instant.
A genou tout contre une humaine, à se faire lentement caresser le crâne tout en inspirant profondément une douce odeur solaire.
Après un ultime soubresaut et un bruit peu reluisant, Bulma se redresse. Saloperie. Le goût dans sa bouche est immonde et sa trachée la martyrise.
Elle vomit beaucoup depuis une semaine. Depuis que Zukkini lui a appris la vérité sur sa grossesse.
Comme un ancien déni vengeur qui aurait décidé de rattrapper les semaines d'ignorance. Ou une réaction automatique de son corps cherchant le moindre prétexte pour expulser une entité non souhaitée hors de lui.
Bulma ouvre le robinet de sa baignoire et se lave la bouche. Ce n'est pas parce qu'elle retrouvera le chemin de la cuvette dans moins de deux heures qu'elle doit conserver ce goût désagréable.
Une fois cette routine effectuée, la trentenaire se recule sur les fesses et s'adosse au mur en marbre de la salle de bain.
Elle devrait retourner dans la partie chambre de son lieu de vie pour se mettre au chaud sous les couvertures. La chaleur l'aide avec les nausées. Mais pas encore.
Ce sol glacial lui convient. Il lui rappelle tout ce qui s'est passé ici. Ses premiers instants d'intimité avec Vegeta par exemple.
Mais surtout, son travail sur le projet de métissage entre les saiyans et les humains. L'image de Chichi endormie avec des tuyaux de partout tourne en boucle dans la tête de Bulma. Sa meilleure amie a été l'un des chiffres sur lesquels elle a travaillé durant plusieurs semaines.
Elle a, de par son travail, influé sur le cours de la vie déjà brisée de Chichi et l'a menée au trépas.
Bulma ne se fait guère d'illusion. Chichi est morte. Et c'est sa faute.
Il est impossible qu'elle ait pu survivre au combat titanesque qui s'est joué autour d'elle.
Lorsque les saiyans se sont jetés sur Goku, il était aux côtés de sa femme. Hurlant pour lui et elle. Peut-être même que les éclairs étranges émanant de son corps ont tués l'amour de sa vie avant que la bataille ne commence réellement…
Bulma secoue la tête et rejette cette pensée. Non, elle n'a pas à imaginer Goku en train de tuer sa femme.
Ce qui compte, c'est sa faute à elle. Son implication dans tout ça. Son histoire avec Vegeta et ses conséquences.
C'est sa faute.
À elle. Mais aussi à lui.
Lui, qui se tient justement contre le mur de la salle de bain dans son armure de singe de l'espace et la regarde avec toute sa supériorité. Ainsi donc, il a finalement décidé de faire le déplacement pour la voir.
Pas qu'elle en soit contente, elle n'a certainement pas envie de le voir après tout ce qu'il s'est passé. Mais il a toujours été évident que ce moment viendrait.
Bulma grimace et se relève pour se mettre à la même hauteur. Hors de question d'être une petite chose fragile face à lui.
Le roi des saiyans ne dit rien et fait deux pas en avant. Pas plus.
C'est à elle de combler le reste de la distance.
Elle le fait. L'attitude du saiyan, tout comme sa présence, l'irritent au plus haut point.
En plongeant son regard dans ses iris sombres si supérieures, une adrénaline colérique longtemps oubliée envahit l'échine de l'humaine.
Son corps s'élance en avant. Bulma comble la distance et lève son bras droit en l'air avec un cri rageur.
Vegeta voit le coup arriver. Il sait aussi qu'elle va se casser le poignet ou des doigts si elle le frappe ainsi, avec sa force minuscule.
Alors il bouge sa tête, qui accompagne le mouvement du poing de la terrienne. Juste assez rapide pour qu'elle ne rencontre pas un mur indestructible, juste assez lent pour qu'elle sente un début de résistance et qu'un léger bruit d'impact se fasse entendre. Pour la trace rouge sur la joue en revanche, on repassera.
Bulma se redresse.
Ce n'est pas assez. Sa colère est toujours là.
Avec un cri de rage, son poing droit retrouve de la hauteur et elle le relance sur le visage de l'homme dont elle a partagé la couche pendant quatre mois. Vegeta rejoue le jeu une nouvelle fois, sa tête accompagnant le mouvement.
Lorsque Bulma fait mine de réitérer le geste une troisième fois, il lui attrape le poignet au vol et le maintient à distance de sa joue.
"- N'abuse pas de ma patience."
Elle le regarde avec une profonde colère et tortille son poignet pour échapper à son emprise.
Il finit par la lâcher afin d'éviter qu'elle se fasse mal toute seule.
Une fois libérée, Bulma reste à une distance raisonnable de lui en marmonnant des insultes qu'il l'a déjà entendu proférer auparavant. C'était dans une salle close et elle était attachée à une chaise. Et lui, il passait des heures et des heures à la torturer pour lui arracher des informations.
Mais cette période est loin, si loin...
La terrienne continue son manège et fait des aller-retours dans la pièce en respirant profondément.
Vegeta la suit des yeux et analyse en même temps son aura.
Son petit oiseau bleu a retrouvé de la vigueur par rapport à ce qu'il détectait les précédents jours. Mais cette nouvelle énergie ne constitue pas forcément une évolution positive.
Leur enfant en elle n'apprécie pas la situation, à savoir l'état mental de sa mère.
Son énergie est un flux inconstant. Le plus souvent, son ki n'est détectable que par lui-même et Zukkini, les deux seuls saiyans au courant de cette grossesse. Mais parfois, l'énergie monte assez haut pour potentiellement attirer l'attention de celles et ceux qui ne sont pas encore au courant de la grossesse de la terrienne.
Il est trop tôt pour annoncer cette grossesse au peuple saiyan et, par la même occasion, aux humains.
A cause de Kakarotto, il y a trop à reconstruire et penser. Vegeta n'a ni le temps ni l'envie d'accueillir les inexorables jérémiades des saiyans qui vont rejeter l'idée d'avoir un prince métis au lieu d'un prince au sang-pur.
"- Où sont mes amis ?" finit-elle par lui demander.
Vegeta le sait, son sale état résulte en bonne partie de cette interrogation. Son inquiétude est réelle et complètement dédiée aux hommes qui ont tenté de le tuer. Et que lui voudrait par dessus tout exterminer.
"- Vivants."
Une réponse minimaliste, qu'il lâche de mauvaise grâce en croisant les bras.
Elle n'a pas besoin de savoir le reste. Elle n'a pas besoin de savoir qu'il compte torturer à mort ses amis afin de leur soutirer les informations dont il a besoin.
"- Où sont-ils Vegeta ?
- Vivants, c'est tout ce que tu as à savoir.
- Et Chichi, elle est vivante peut-être ?"
Elle s'est rendu compte récemment qu'il est très capable de lui mentir et de lui dissimuler des informations, le tout en la regardant dans les yeux.
Sa question n'est pas posée avec espoir. Mais avec sarcasme. Comme pour lui expliciter qu'elle n'est pas dupe, qu'elle sait très bien qu'il ne lui dit pas la vérité.
Qu'elle sait déjà, d'une certaine façon, que son amie est morte et qu'il y est pour quelque chose.
"- La femme du traître ? Tu sais très bien qu'elle a été perdue durant la bataille", annonce t-il d'une voix neutre.
Se douter de quelque chose est différent d'en avoir la confirmation.
La réponse heurte Bulma. Une larme échappe à son oeil, première traînée humide de l'échange en cours.
"- Où est son corps ?"
Vegeta demeure stoïque et ne répond pas. Elle n'aimera pas la réponse.
Pour Bulma, elle est criante.
Si Chichi avait été enterrée, même dans une fosse commune, Vegeta le lui aurait dit. Parce que cela ne lui coûterait rien.
S'il ne dit rien, c'est que sa réponse peut la heurter.
Bulma Brief a bonne mémoire. Elle se souvient parfaitement du contenu des dossiers sur lesquels elle a travaillé.
"- Monstre… monstre… Espèce de monstre !" blêmie Bulma en se recroquevillant sur elle-même. "La profaner ne te suffisait pas ! Il a fallu que tu utilises son corps jusqu'à la toute fin !"
Evidemment qu'il a fait utiliser son corps jusqu'à la toute fin.
En plus d'avoir pondu un enfant puissant avec Kakarotto, cette humaine a survécue à l'accouchement d'un métis mort-né et a tout de même réussit à engendrer un troisième enfant, viable cette fois. Son corps est une donnée précieuse pour la science et le programme.
Après la victoire face au traître, l'être sans vie et partiellement détruit à cause de la bataille a été retrouvé durant la fouille du vaisseau destinée à évacuer les saiyans blessés. Il fallait faire vite, chaque nouvelle minute passée éloignait la perspective de faire avancer un programme déjà bien handicapé par le déchaînement titanesque qui venait de se dérouler dans le vaisseau.
Les saiyans ont donc trouvé un scientifique humain rattaché au programme et en état de travailler, l'ont installé avec le corps dans un laboratoire secondaire à plusieurs centaines de kilomètres du vaisseau et l'ont laissé faire son travail.
A la fin, le corps de Chichi était tellement disséqué que le faire disparaître avec un rayon d'énergie demeurait la solution la plus rapide et efficace.
Mais ça, Bulma Brief n'a pas à le savoir.
"- C'était mon amie… Mon amie ! Pourquoi elle ?! Par Kami, j'ai… J'ai travaillé sur elle ! Tu m'as fait travailler sur elle ! Elle était l'un de ces putain de numéros !"
Vegeta comprend pourquoi la terrienne souffre en cet instant.
S'il l'a senti ronger douloureusement son frein durant toute la précédente semaine, il constate que cette conversation est loin de leur faire du bien, à elle et son enfant.
Mais tant pis. Cela ne fait pas plaisir à Vegeta de sentir Bulma Brief souffrir, mais elle doit évacuer ce qu'elle a accumulé sur le coeur pendant tout ce temps.
Pareil pour lui. Vegeta en au aussi gros sur le coeur.
"Goku et son fils l'ont vu ! Par Kami, Gohan l'a vue ! C'est cette image d'elle dont il se souviendra. C'est cette...
"- Tu es partie."
Bulma se tait, choquée au possible.
Vegeta est là, raide comme la justice, sans une once d'empathie dans le regard et le voix.
Elle lui parle de morts, de pertes, de tragédie, de souffrance, de traumatisme.
Et lui ne pense qu'à sa tentative d'évasion.
"- Je sais ce que tu as ressenti. Il est venu. Et toi, tu es partie avec joie, sans te retourner.
- Vegeta, à quoi tu t'attendais ?"
C'est vrai, à quoi cet ennemi de l'humanité s'attendait ? Bulma et lui ne se sont rien promis.
Ce qu'ils ont commencé allait forcément avoir une fin. Seul leur lâcheté commune les a empêché de réfléchir à quand et comment.
Ils se sont fait la guerre pendant si longtemps… Qu'a-t-il bien pu espérer ?
"- A ce que tu restes."
Il est fou. Ce saiyan est sincère et complètement fou.
"- Tu… tu es débile…
- Débile ?"
En un éclair, il est face à elle, tendu au possible et les dents serrées. Une veine pulse sur son front.
Effrayant.
Une peur instinctive la prend.
Bulma tente de reculer, mais le mur l'en empêche. Vegeta approche son visage d'elle et laisse l'une de ses mains se poser sans douceur au niveau de l'une de ses oreilles. Il sent une légère résistance à quelques millimètres de sa peau, mais il en vient à bout sans réelle difficulté.
Dominateur, il plonge son regard dans l'azur qu'il a un jour pensé avoir conquis.
"- Débile ? A ton avis, combien de terriennes ou de saiyans ont partagé ma couche comme tu l'as fais ? Combien sont donc restées en vie et à mes côtés pour porter mon enfant ?"
Vetega est en colère contre elle. Ses paroles relèvent d'une logique folle typiquement saiyan que Bulma comprend, mais honnie.
"- Combien d'entre elles peuvent se vanter de maltraiter mon héritier comme tu le fais sans en subir les conséquences ? Énerves toi, vides ton sac si tu le veux, mais cesses de faire du mal à mon fils !"
Il le sent. Le petit corps épuisé qui emmagasine son énergie, en réaction aux sentiments de Bulma Brief. Sa puissance pulse de manière irrégulière. Tant d'efforts lui fait mal.
Il a trop été sollicité par la terrienne ces derniers jours, sans qu'elle en ait conscience.
Sa mère souffre. Sa mère est en colère. Elle se sent menacée. Alors le prince pas encore né utilise son énergie pour l'envelopper d'un léger voile de protection et ainsi les protéger tous les deux. Mais surtout elle.
D'où la légère résistance que Vegeta sent tout contre sa main et qui tente, sans succès, de le repousser.
Pas de doute, l'héritier du roi des saiyans sera un fort et fier combattant à la puissance démesurée, malgré ses origines mélangées.
S'il survit jusqu'à sa naissance...
Vegeta sait que l'épisode du vaisseau aurait pu engendrer un drame dans le ventre de la terrienne. Il sait aussi que sa mère pourrait, même inconsciemment, le tuer en lui en demandant trop.
Son enfant est démesurément puissant en comparaison des autres foetus métis, mais il a tout de même des limites.
Malgré sa colère à l'encontre de cette humaine qui maltraite l'enfant dont l'unique instinct est de la protéger, l'attention de Vegeta est rapidement happée par autre chose.
Bulma Brief le regarde droit dans les yeux, blême et manifestement choquée. Elle tremble.
Son aura hurle qu'une horrible douleur vient de prendre possession de son coeur.
"- Tu..."
Quelque chose est en train de se briser en elle. Vegeta le sent. C'est soudain et il y a de fortes chances qu'elle en défaille.
C'est inattendue aussi. La terrienne Bulma Brief n'est pas du genre à défaillir.
"- Tu..."
Le roi des saiyan pensait bien qu'elle réagirait avec colère à ses paroles et sa vérité à lui. Mais il ne s'attendait certainement pas à ce qu'elle se brise.
Il ne pensait pas qu'elle puisse un jour se fendiller ainsi entre ses bras.
A une époque, il a tout fait pour la briser. Mais c'était loin, si loin…
Pourquoi cela arrive t-il maintenant, alors qu'il ne le veut plus ?
La main gantée de Vegeta se cale tout contre sa joue, tandis que son pouce essuie une larme coulant sur la peau laiteuse de la terrienne. Qu'a t-il dit qui puisse la mettre dans cet état ?
"- Tu es encore plus monstrueux et stupide que je le pensais.
- Qu'est-ce que tu racontes ?" demande t-il sans colère, trop absorbé qu'il est à surveiller son aura.
"- Je te l'ai dis une fois. Que je préférais mourir que de subir ça. Un matin, en buvant du lait de lune. Mais toi, tu n'as pas écouté. Ou tu as choisis d'oublier."
Elle se brise. Il ne comprend toujours pas pourquoi.
Et l'ignorance dans ses yeux noir contribue à la briser toujours plus.
"- Depuis combien de temps le sais-tu ? Depuis combien de temps me caches-tu la vérité ?"
Près de six semaines. Depuis qu'il a entendu un coeur supplémentaire battre en elle et qu'il a stupidement rêvé d'un bonheur futur.
Elle pleure tellement.
Et lui ne comprend toujours pas pourquoi.
"- Je n'ai rien su. Comment j'aurais pu savoir ? Combien de temps cela aurait-il duré si Zukkini ne me l'avait pas dit ?"
Très longtemps sûrement. Dès l'instant où il a senti le nouvel être en elle, il a fait remplacer le lait de lune par un banal thé noir aromatisé, à la texture et au goût identiques à la boisson contraceptive. Il la voyait le boire chaque jour, sans culpabiliser.
Le petit coeur battant dans son ventre éloignait tout sentiment de honte de l'esprit de Vegeta.
La nuit, il aimait écouter la musique apaisante de leurs deux coeurs synchronisés. La terrienne dormait innocemment dans ses bras et lui se droguait à sa présence. À leur présence.
Le temps passait et il aurait sûrement pu continuer ainsi plusieurs semaines.
Bulma Brief n'a pas été alerté par certains symptômes. Le lait de lune contraceptif utilisé par les humaines peut entraîner un nombre important d'effets secondaires proches de ceux engendrés par une grossesse : règles décalées ou interrompues, perte de pilosité et de cheveux, nausées régulières, morphologie fluctuante…
"- Vegeta, tu as pris seul une décision qui nous revenait, à nous deux. Tu as choisi à ma place. Tu as choisi d'avoir cet héritier et tu ne m'as pas laissé le choix."
Cette décision de ne rien lui dire est tout de même hurlante de vérité.
En agissant ainsi, le roi des saiyans lui a imposé le même statut qu'aux autres femmes : celui de ventre, d'objet, de chose.
Et en cet instant, Bulma se sent bel et bien comme une chose. Une chose, un ventre dont Vegeta a disposé à sa convenance, alors qu'elle s'était faite le serment, juste après la tentative avortée de Lunch pour la libérer, que cela n'arriverait jamais.
Bulma frissonne soudainement, foudroyée par une pensée.
"- J'allais finir comme comme Chichi."
Elle est sortie. La phrase, l'intuition qu'elle rumine depuis si longtemps.
Elle est là, l'essence profonde de ses cauchemars.
Bulma pleure et crie pour le sort de Chichi et des autres femmes réduites au statut de pondeuse.
Et silencieusement, elle se visualise à leurs côtés, un tuyau enfoncé dans la gorge et des intraveineuses sur tout le corps. Elle se voit, le ventre ouvert en deux, du sang partout, tandis que des mains gantées retirent un être à queue de singe de son corps. Et enfin, elle visionne ses membres en charpie, disséqués au nom de la science.
"- Chichi, c'est moi. Tu avais prévu de me faire la même chose.
- Non..."
Non, elle n'est pas comme la femelle de Kakarotto. Il se fiche de la femme du traître.
Non, il n'avait pas prévu de lui faire subir la même chose, il n'allait pas l'incorporer au programme. Parce qu'il ne pouvait pas, qu'il ne voulait pas. Parce qu'il est faible.
Parce qu'il ne parvient pas à s'imposer ce qu'il a imposé à son propre peuple.
"- J'allais mourir en donnant naissance à ton enfant.
- Non. Non, tu te trompes.
- C'est ça… C'est ce que tu voulais. Tu voulais me faire payer pour ces trois années de conflit..."
Vegeta ne sait pas quoi faire, quoi dire.
On lui a appris à combattre, tuer, exterminer, menacer, torturer. Régner aussi. Par la force et non avec de beaux discours.
On lui a appris à tout obtenir avec ses poings, pas avec sa bouche. Le tout sans jamais négocier ou se remettre en question.
On ne lui a pas appris à tenir à quelqu'un et à l'exprimer.
"- C'est ça ta vengeance.
- Non ! Rien de tout cela n'était prévu ! Tu te trompes !"
Qu'elle pense une telle chose de lui le répugne et porte atteinte à son honneur de saiyan. Il doit l'interrompre. Il doit lui faire comprendre qu'elle a tout faux.
Vegeta est perdu.
Il est un conquérant, une brute. Mais cette situation ne peut pas se résoudre avec des coups et des menaces.
La résistance tout contre les doigts gantés de Vegeta augmente.
La terrienne doit se calmer et ce n'est pas par la violence qu'il pourra y parvenir.
Alors le roi des saiyans essaye de la réconforter de la seule manière qu'un animal comme lui connaît.
Il la décolle du mur et l'enveloppe de ses bras puissants pour la serrer contre lui.
Il veut lui communiquer par cette étreinte l'instinct de protection qu'il ressent envers elle et l'être qu'elle porte. Il veut exprimer par le geste ce qu'il est incapable de dire à haute voix.
Malgré lui, Vegeta respire à plein poumon l'odeur de cette femme qui lui a tant manqué.
Possessif, affamé, passionné, dominateur. Cette étreinte représente tout ce que le roi des saiyans est.
Elle ne dure pas.
Jamais Bulma n'a ressenti un sentiment de rejet aussi puissant.
"- NON !"
Vegeta la lâche. Ses mains la laisse s'échapper et il fait un bond en arrière pour s'éloigner d'elle.
Ses yeux noirs concentrés ne quittent pas son ventre.
Bulma est un être observateur et intelligent. Elle comprend.
Vegeta est à cet instant précis inquiet pour son héritier.
Pas pour elle.
Bulma n'est pas sa priorité. Son peuple. Son héritier. Sa fierté de saiyan.
Elle arrive bien plus loin.
Jamais il ne la laissera partir. Jamais il ne la laissera interrompre sa grossesse.
Il veut avoir cet enfant, il l'aura. Qu'importe ce qu'elle veut elle.
Bulma avait, durant la précédente semaine, follement conservé l'espoir de pouvoir raisonner Vegeta et le convaincre de se débarrasser de ce qu'elle porte dans le ventre. Mais non. Elle se rend compte en cet instant que c'est inenvisageable.
Devant cette réalisation, l'humaine perd toute force dans ses jambes et se laisse glisser contre le mur de la salle de bain.
Vegeta n'est pas dans sa tête. Tout ce qu'il peut faire, c'est lire son aura et s'imprégner du dégoût qu'elle ressent en regardant son ventre.
Tel tableau le met en colère contre elle.
"- Si tu tentes quoi que ce soit sur lui, si tu essayes de lui faire du mal, je tuerais…
- Assez Vegeta. Nous avons déjà joué à ce jeu là. Tu connais ma réponse."
Jamais, au grand jamais, elle ne laissera quelqu'un mourir pour améliorer sa situation personnelle. Elle le sait, lui aussi.
Le débat est clos.
Il ne peut pas la toucher. Ne sait pas comment lui parler.
Vegeta n'a donc plus rien à faire ici.
Mais elle a un ultime coup d'estoc à lui porter avant qu'il parte.
"- Tu m'as détruite tu sais. Toi, bien plus que le reste de ton peuple."
Vegeta se retourne sans comprendre. Comment souvent.
Il est intelligent pour un saiyan. C'est même un brillant stratège. Mais il demeure un crétin lorsqu'on en vient aux sentiments.
"- J'étais fière de ce que j'étais. Même après que vous ayez détruit mon ancienne vie et ceux à qui je tenais. J'agissais pour mon peuple. Je faisais tout pour le sauver de vous. Je n'étais pas la nana à sauver du vilain. Je ne l'étais plus, depuis longtemps. Même quand tu m'as capturé, torturé et que tu as tué mes amis, je pouvais me permettre d'être fière de moi. Parce que je te tenais tête, pour le bien d'autrui. Parce que malgré mes doutes, j'étais forte. Les gens qui sont morts pour moi n'avaient pas à revenir me hanter, je ne trahissais pas leur mémoire. Je savais où j'allais, ce que je voulais et ce que je devais faire pour y arriver. Je n'avais pas honte de moi-même. Goku, Gohan, Yamcha, Krilin, mon père, ma mère… Je pouvais leur faire face sans difficulté."
Bulma Brief est à terre, recroquevillée sur elle-même, en pleurs.
Et pourtant, Vegeta l'a rarement trouvé plus puissante face à lui qu'en cet instant.
"- Tu es venu, avec ta cage dorée, ta tendresse, tes baisers, tes étreintes… Tu t'es adjugé chaque parcelle de tendresse et d'amour qu'il me restait à donner. Tu t'en es emparé et tu as tout détruit. Tout. Ma fierté, mon égo, mon indépendance, ma force, ce qui faisait de moi une personne. Tout."
Et c'est avec toute la conviction du monde qu'elle lui assène la dernière sentence.
"- Bulma Brief, la vraie, elle n'existe plus Vegeta. Tu l'as détruite."
Le suzerain lui tourne le dos et la laisse.
Sans un mot, il repasse devant le lit de la terrienne qui continue de pleurer seule dans la salle de bain et ouvre la porte. Une fois celle-ci fermée et verrouillée, le fier roi saiyan s'adosse contre elle et porte à son visage sa main gantée trempée par les larmes de la terrienne.
"- Toi aussi tu m'as détruit."
Un murmure. Il essuie, une peu rageusement, l'unique larme qui coule le long de sa joue.
Voilà voilà !
Je tiens à vous préciser que contrairement à ce que peut laisser entendre ce que j'écris (les pleurs, la torture, le sang, toussa toussa...), je suis plutôt quelqu'un d'enjoué dans le vie.
Une vrai déconneuse au boulot, avec option troll et un amour inconditionnel des memes.
J'espère que ce chapitre vous a plu ;)
Laissez des comm siou plait !
