Salut tout le monde !

Ça fait un bail ! (oui, c'est la même rengaine à chaque début de pré-chapitre)

Sacrée année hein. Malgré la situation, j'espère sincèrement qu'elle s'est passée le mieux possible pour vous.

Pour ma part, je m'estime chanceuse. Je n'ai jamais arrêté de bosser. Le travail a même été plus dense et prenant qu'avant. Je n'ai donc pas, mais alors pas du tout, touché à "Ma Terre de l'année". Dommage pour vous... Cette fiction serait certainement déjà fini si c'était le cas ;)

Je vous laisse donc découvrir ce nouveau chapitre. Il est plus court que les précédents, mais ne vous inquiétez pas. Le prochain sera plus costaud.

Bonne lecture à vous :)


" Pourquoi des jumeaux ? "

Le Docteur Gero lève la tête en direction de Gladys Constantine. Il est rare qu'elle lui adresse la parole sans une pointe d'agressivité dans la voix. Sa curiosité est rafraîchissante et bienvenue. Même si sa question est idiote.

" Aucune explication. Ce sont les corps que l'on m'a apporté. Il se trouve juste qu'ils ont été les premiers à demeurer viables une fois arrivés à ce niveau d'expérimentation. "

Glady triture ses cheveux frisés, définitivement trop longs, en fixant les deux cadavres devant elle. Une femme et un homme. Une blonde et un brun. Quatre paires d'yeux bleus délavés qui ont, auparavant, dû être magnifiques. Deux faux-jumeaux sur leur fin de vingtaine. Ils avaient sûrement encore beaucoup à apporter à ce monde. Et maintenant, ils sont entre les mains d'un fou qui les triture et les disloque.

Au nom de la science, de la Terre et de la lutte contre les saiyans. Mais, dans un monde idéal, ces beaux yeux bleus n'auraient jamais dû perdre leur éclat.

Quel gâchis.

" Vous savez qui ils sont ? "

" Et vous ? " lui rétorque Gero, peu enclin à prononcer les mots "je ne sais pas".

" En fait, oui ", répond du tac au tac Gladys avec une voix assez forte pour complètement couvrir le bruit de la climatisation. " Contrairement à vous, je m'intéresse au vécu des personnes que l'on vous apporte. Et je ne vois pas en eux qu'un sac de viande. Je vous fait un topo pendant que vous continuez à triturer le colonne vertébrale de ce pauvre homme ?

Gero ne décroche pas de sa plongé dans le corps du brun éclairé par une forte lumière blanche et grogne pour signifier à Constantine son accord. Il ne s'intéresse pas au passé des expériences entre ses mains. Mais s'il dit non, Constantine va l'emmerder avec ça pendant des semaines. Autant la laisser parler dans le vide.

" Celui que vous êtes en train de malmener s'appelle Lapis. Sa soeur s'appelle Lazuli. "

" "S'appelait". Ils sont morts ", souligne Gero, en se flagellant immédiatement après. Fou qu'il est de répondre à Constantine. Ça va l'encourager à poursuivre.

" Vous tentez de les ramener à la vie sous la forme de cyborg, non ? "

Pablo Czisco, un autre scientifique venu en renfort sur le projet, pousse un profond soupir en remontant ses lunettes sur son nez. Et c'est reparti entre ces deux-là. Vivement qu'il foute le camp du labo pour se réfugier dans le palais souterrain dont Peterson lui a parlé. Il n'est plus essentiel au projet de Gero et goûterait bien à un repli lâche.

" Vous avez dit qu'ils seront doués de pensées ", continue Gladys, peu encline à laisser le Docteur Gero s'en tirer à bon compte.

" J'ai aussi dit que j'utiliserai une télécommande pour les contrôler. "

" On reparlera plus tard de ça, parce que moi et le Conseil avons quelques… réserves sur la question. Et vous voulez les appeler comment sinon ? "Cadavre un" et "cadavre deux" ? " demande Gladys d'un ton venimeux.

" Je penche plus pour "17" et "18". Il y a eu seize cadavres avant eux ", répond Gero, mi-sérieux mi-provocateur.

" Vous êtes répugnant ", crache son interlocutrice. " C'étaient des résistants. Des agents actifs sur le terrain, morts en mission en combattant les saiyans. Ils sont morts pour vous acheter du temps. "

" Et aujourd'hui, ils ont de grandes chances de devenir des êtres supérieurs, qui ne vieilliront jamais et dotés d'une puissance inimaginable. Tout ça, grâce à moi. Je les appellerai donc comme je veux. "

Gero plonge un peu plus sa tête ridée dans le corps de Lapis, signifiant ainsi à Gladys que son temps d'attention est écoulé. Quoi qu'elle dise à partir de maintenant, il n'écoutera pas.

Frustrée, la femme au pull vert et limé se tourne vers les autres scientifiques de la salle pour leur faire le topo sur les vies des deux cadavres sur lesquels ils expérimentent depuis plusieurs jours. Ils sont plus réceptifs que Gero, mais pas forcément à l'aise. C'est quand même plus facile pour eux de travailler si les corps dans leurs mains n'ont aucun passé.

Mais Gladys Constantine n'en a rien à faire. Elle a but et le réalisera.

Bornée. Têtue. Pugnace.

Elle ressemble bien plus à Gero qu'elle ne voudrait bien l'admettre. Et cela amuse le fameux docteur.

Elle est une incroyable épine dans son pied, à farfouiller partout et l'emmerder avec sa morale idiote et utopiste… Si elle n'avait pas eu cette pugnacité rare et divertissante, le Docteur Gero aurait fait en sorte qu'elle disparaisse du paysage. Vivre à l'intérieur d'une base militaire ultra-surveillée et protégée ne signifie pas que l'on est parfaitement en sécurité…

Seulement, pas de volonté de meurtre en Gero pour l'instant. L'attitude de Constantine lui apporte un challenge supplémentaire bienvenu. Un but annexe. Il veut lui donner tord. Lui montrer qu'il est bien le génie qu'il s'affirme être.

Constantine, il veut la voir survivre jusqu'au jour béni où les cyborgs seront enfin activés. Le temps venu, il la mettra devant le fait accompli et lui imposera sa parfaite réussite.

Et là, il lui soutirera des félicitations et des excuses sincères pour avoir été une telle chieuse.


Gohan boude. Videl n'en croit pas ses yeux. Le défenseur de la Terre, le guerrier au courage inébranlable… boude.

Assis à quelques mètres d'elle, l'enfant à la coupe au bol tient fermement ses cuisses contre son torse et fixe obstinément un point fixe à l'intérieur de la grotte.

Il n'a pas dit un mot depuis des heures. La dernière fois, c'était pour remercier la personne lui ayant amené de l'eau. Sinon, rien. Juste un silence malaisant, auquel se rajoute une ambiance glaciale.

Videl regrette ce temps, pas si ancien, où elle riait avec Gohan et le pauvre petit Lillian dans la tente. Avant que Gohan ne se révèle être un guerrier surpuissant, un ennemi des saiyans. Avant, il était juste… un autre enfant. Un enfant bizarre. Mais au moins, elle se sentait à l'aise avec lui.

Aujourd'hui, la fille de Satan se dit qu'elle ne connaît pas du tout Gohan. Il leur a parlé pendant plusieurs heures de se vie durant leur fuite dans le ciel, avant de se faire assommer par Maitre Karin. Mais aux yeux de Videl, il est redevenu un parfait inconnu. Un inconnu qui s'est cloitré derrière un mur et ne laisse personne l'atteindre.

Elle a essayé de lui parler. De reprendre leur relation à zéro. De discuter, rire. Elle lui a demandé s'il a mal. Où se trouve son père, Son Goku. Si le saiyan Zukkini, qui les a tout de même aidé, est vivant. Et à quoi ressemble la Résistance dont elle a tant entendu parler.

Rien. Il s'est contenté d'éviter son regard ou s'est carrément levé pour changer de place dans la grotte. Le message a eu le mérite d'être clair : il ne veut parler à personne et surtout pas à elle.

Maitre Karin, l'étrange créature chat, n'aide en rien à détendre l'atmosphère. Celui qui a tout l'air d'être, lui aussi, un expert en arts martiaux, fixe sévèrement l'enfant guerrier depuis sa position dominante, à l'entrée de la grotte. Tout le temps. Qu'importe l'heure. A croire qu'il n'a pas besoin de faire pipi.

Le manège dure depuis cinq jours.

Courtes jambes écartées, bâton fièrement tendu sur le côté, babines légèrement retroussées. le message renvoyé par le terrien-chat est limpide. Si Gohan veut leur fausser compagnie, comme il a déjà essayé deux fois malgré ses blessures, il devra lui passer sur le corps. Et Maître Karin ne le laissera pas passer.

Tant qu'il aura un souffle de vie, le gamin ne sortira pas de cette grotte.

Après avoir fini d'écraser les châtaignes que lui a confié le grand homme appelé Upa, Videl se lève pour sortir de la grotte.

Maitre Karin lève un sourcil interrogateur.

" Je vais rejoindre mon père ", lui répond la fillette avec assurance.

Le terrien-chat n'aime manifestement pas la savoir toute seule dans la nature, même si c'est pour une courte distance. Mais sa priorité reste de surveiller Gohan. Et la petite Videl lui a tout l'air d'être débrouillarde…

Il ne détecte pas non plus l'aura d'un saiyan, ce qui fini de le convaincre. Il s'écarte donc de son chemin pour la laisser passer, notant au passage le coup d'oeil du petit Gohan en direction de l'humaine sur le départ.

Mignon.

Clairement pas à sa place au milieu de cette guerre. Mais mignon.

Videl chemine au milieu des fougères épaisses et humides. Tout est humide dans cette forêt. Surtout la grotte. Marcher à l'air libre n'est pas désagréable. Surtout, ne plus être happée par la puanteur du camp lui permet de découvrir des senteurs auxquelles elle n'a jamais été confrontée. Le sous-bois humide. Le houe. La boue propre. Les coins à champignons. La fiente d'oiseau. Les bouses de sanglier. L'odeur de l'eau sur la roche et les feuilles mortes.

Videl apprécie. Mais ressent tout de même, tout au fond d'elle, cette sensation de ne pas être… à sa place. Comme si « chez-soi » était toujours le camp dans son esprit. Le mal du pays en quelque sorte. L'idée fait grimacer l'enfant.

Toute sa vie, elle a voulu s'échapper du camp. Maintenant qu'elle l'a quitté, il est hors de question qu'elle ressente une quelconque nostalgie.

En moins de dix minutes, Videl rejoint son père. Il ramasse des branches avec trois autres membres du groupe, dont un ptérodactyle qui l'intimide fortement. En la voyant sortir de derrière les fougères, Satan lâche ce qu'il tient et court vers elle avec un air catastrophé.

" Ma douce ! Ma Videl ! Mais qu'est-ce que tu fais ici ?! C'est dangereux dehors ! Papa ne veut pas que tu quittes la grotte ! "

Derrière lui, le ptérodactyle hausse ce qui doit être un sourcil et un humain d'une trentaine d'année étouffe un rire. L'attitude de Satan envers sa fille a rapidement mis à mal, au sein du groupe, son aura d'ancien champion d'art martiaux. Un féroce guerrier peut évidemment aimer et prendre soin de son enfant. Voir en être gaga. C'est juste qu'il n'a pas fallu longtemps pour que tout le monde comprenne que Satan est dorénavant bien plus gaga que réellement féroce et utile.

" Répond à mes questions et j'arrêterai de sortir de la grotte pour te rejoindre. "

Le fait que l'enfant de moins de dix ans ait plus de mordant que son paternel ne fait que renforcer le comique de la situation. Loope, le ptérodactyle, pousse légèrement son compagnon humain pour l'éloigner du duo. Ils n'ont pas à écouter ce que se disent Satan et Videl.

" Mais voyons mon ange, tu n'as plus à te soucier de ça ! " répond Satan en affichant un sourire tout aussi exagéré que le frottement de ses mains, signe qu'il est nerveux. " Nous ne sommes plus dans cet horrible camp et les gens ici sont très gentils et serviables et solidaires et dignes de confiances et… "

Videl se fiche de tout ça. De ces discours bidons. Son père peut embobiner un temps les autres, mais pas elle. Elle a grandit en observant cette technique.

" Pourquoi as-tu gardé Gohan avec nous si tu savais ce qu'il était ? "

" Ma puce… "

" Papa, j'ai besoin de savoir. Pourquoi as-tu protégé Gohan ? "

" Mon ange, il est certaines interrogations incombant aux adultes et les enfants n'ont pas à s'en préoccu… "

" On m'a répété toute ma vie que mon père était un lâche ! Tu as tout fait pour que je te prenne pour un lâche ! Mais pour Gohan, tu ne l'as pas été ! Tu as défié les saiyans. Je veux savoir pourquoi ! Et je continuerai à sortir de cette grotte pour venir te poser jusqu'à ce que tu me répondes ! "

Elle ne lâchera pas le morceau. Par Kami, elle a grandit avec l'idée que, si son père a pleuré la mort de sa femme décédée durant la destruction de leur ville par les saiyans, il n'a jamais rien fait pour se venger. Ce même père n'a rien fait quand le chef de camp a, de façon totalement gratuite, blessé Videl en l'obligeant à trimballer des dizaines de seaux d'eau.

L'enfant a eu honte de son père durant si longtemps. Elle l'a méprisé même. Ce pleutre servile, toujours partant pour cirer les pompes des singes meurtriers de l'espace…

Comment un être comme lui peut, un jour, décider de défier les envahisseurs en leur cachant Son Gohan ?

" On est plus chez les saiyans papa ! Il n'y a plus rien à cacher ! On nous retrouve, on est morts ! C'est comme ça ! Alors s'il te plait, s'il te plait… Répond-moi ! Aide-moi à t'aimer. "

En entendant sa fille, les yeux de Satan s'agrandissent de stupeur. Et, quand il comprend enfin le fond de sa pensée, une grimace de douleur vient s'imprimer sur son visage.

Satan s'avance doucement vers cet enfant qu'il aime tellement, avant de s'agenouiller à sa hauteur.

" J'ai eu tellement honte de toi toutes ces années… Et là, tu as… tu as tout renversé. Tous les repères. Tu as été courageux quand personne ne l'aurait été. Pourquoi ? Comment… "

" Mon ange. "

Il n'y a aucun sourire ridicule. Aucune expression faciale exagérée. Aucune fausse note chantante dans la voix.

Satan est sérieux et grave comme très rarement Videl l'a vu.

" S'il te plait papa… s'il te plait… "

" Tellement brave et inflexible. Tellement honnête. Comme ta mère ", constate tristement Satan en lui embrassant le front.

Un sanglot échappe à Videl. Satan lui a dit plus d'une fois qu'elle ressemble à sa mère. Cette même mère dont elle ne parvient plus à se remémorer le visage.

" Mon ange… Je suis tellement, tellement désolé de ne pas être parvenu à te protéger. Tu le sais, hein ma puce ? Que tout ce que j'ai toujours voulu, c'est te protéger. "

Evidemment qu'elle le sait. Il passe son temps à lui répéter depuis qu'elle est en âge de comprendre une phrase.

Il lui embrasse, une nouvelle fois, le front avec amour. Sa nouvelle barbe pique légèrement la peau de sa fille.

" Videl, je sais que ce n'est pas facile à comprendre. Mais je vais essayer… Oui mon étoile, j'ai été lâche pendant tout ce temps. D'une lâcheté à faire vomir. "

Les yeux bleus de Satan fixent ceux, légèrement plus clairs, de son enfant. Elle remarque que les pupilles de son paternel se perdent dans le vide. Comme si des souvenirs, des scènes, lui revenaient à l'esprit et l'aidaient à trouver les bons mots.

" Et je parvenais à ne pas vomir en te regardant t'endormir le soir et te réveiller le matin. Vivante. En bonne santé si l'on compare aux autres. Et tout cela, c'est parce que j'étais au service des saiyans, à me comporter en couard. "

Videl grimace. Ça aussi, elle en a toujours eu conscience. Et ce fardeau n'a cessé, au fil des ans, d'alourdir sur ses frêles épaules.

" Je sais que tu n'as rien demandé. Que j'ai décidé pour toi ce que serait notre vie. Ta vie. Mais tu vois… Je te voyais grandir jour après jour. Prendre des forces, de l'assurance. Affirmer ton caractère. Faire des choix et modeler tes opinions. Et en voyant tout ça, en te voyant grandir… Mon choix de t'imposer cette vie s'est mué en conviction. La conviction que j'ai fais ce qu'il fallait. "

" Pourquoi ? Parce que tu m'aimes ? " demande Videl, les joues barbouillées de larmes, avec une grimace mi-moqueuse mi-touchée.

" Il y a ça ", admet Satan en reniflant. " Surtout ça. Et autre chose. En te permettant de prendre des forces et d'affirmer ton caractère, j'ai voulu te faire le plus merveilleux et rare des cadeaux. "

" Lequel ? "

" Avoir la possibilité de faire ton choix. "

Videl le regarde, perplexe.

" Combattre les saiyans auprès de la Résistance. Rester à leur service. La plupart des terriens se retrouvent automatiquement dans cette deuxième catégorie. Parce que ceux qui sont affamés, n'ont plus aucune force physique ou aucun mental, n'ont pas réellement le choix. S'échapper d'un camp sans aucun muscle ou graisse en réserve est suicidaire. Mais toi mon ange, j'ai décidé qu'un jour, quand tu seras suffisamment grande, tu auras la possibilité de faire ce choix. En ton âme et conscience. "

L'enfant le regarde, ébahie.

" Si tu avais fait le choix de rester au service des saiyans, j'aurai usé de toute mon influence pour que tu obtiennes, auprès d'eux, une position dans laquelle tu te sentirais à l'aise. Et si tu avais fait le choix de les combattre, ce qui à mon avis est le plus probable, je t'aurai assisté de mon mieux pour te permettre de fuir. Toute la nourriture que j'ai obtenu en flattant et en courbant l'échine t'aurai donné la force nécessaire pour survivre à ta fuite. "

Videl renifle bruyamment et va plonger sa tête ton contre la clavicule de son père.

" Tu n'avais pas à t'infliger tout ça ", sanglote-t-elle.

" Ton vieux père n'a jamais envisagé sa vie autrement, mon ange ", lui répond Satan en la décollant de lui, un grand sourire lumineux aux lèvres.

Il lui pince légèrement le nez avec amour, un geste qu'elle ne l'a pas laissé faire depuis de nombreuses années.

Il voit qu'une question lui brûle les lèvres. Mais elle n'ose pas la prononcer, de peur de ruiner ce moment intime.

" Tu veux savoir pourquoi j'ai pris tous les risques pour Gohan hein ? "

Videl acquiesce timidement. Cette attitude est mignonne. Mais Satan trouve que cela ne va pas à sa fille. Il la préfère sûre d'elle et bornée.

" Je l'ai fait parce que j'estime avoir une dette envers son père, que j'ai connu il y a très longtemps. Bien avant ta naissance, Son Goku a sauvé ma vie. Et sûrement la Terre entière. Il m'a permis de rencontrer ta mère et de t'avoir, toi. Alors je lui en suis infiniment reconnaissant. "

Il enlève distraitement la saleté sur les mains de son enfant, en bon père qu'il est.

" Il y a autre chose. Et cela concerne directement Gohan. J'ai voulu faire un geste pour lui. Parce qu'il m'a fait de la peine. D'une certaine manière, Gohan n'a, lui aussi, pas eu le choix. Sa voie, toute tracée, l'a amené à combattre les saiyans. S'entraîner, se battre, blesser et tuer. Ce sont les seules choses que ce monde lui a offert. J'ai vu à quel point il était heureux avec toi. Alors j'ai décidé de lui accorder une semaine en plus. Juste une semaine, loin des combats, de la guerre et du sang. J'ai été… faible. "

" Non… Non papa, tu n'as pas été faible. Au contraire ! Tu as bien agis et je suis fière de toi ! " proteste Videl en lui agrippant la main.

" Si ma puce, j'ai été faible. Et cette faiblesse passagère a tout ruiné. Tu n'as plus le choix désormais. La seule vie qui t'est offerte à présent, c'est de t'opposer aux saiyans. "


L'eau chaude coule à flot sur Bulma. Depuis longtemps. Tellement longtemps que la peau de ses doigts est toute fripée.

Elle n'y prête pas attention. Elle pleure.

Un choc dans son ventre l'a arraché à la lecture qui l'absorbait. Incrédule au début, la terrienne a rapidement compris ce qui lui arrivait. Surtout après le deuxième choc.

Elle a senti le métis en elle bouger.

Bulma ignore depuis combien de temps elle est enceinte. Elle sait en revanche que les premiers mouvements d'un bébé humain ne sont pas censés être ressentis par la mère avant le cinquième mois. Sa première fois avec Vegeta remonte à moins longtemps que cela.

Rien n'est normal dans cette grossesse.

Et cela terrifie Bulma.

Alors elle pleure, seule sous la douche. L'eau chaude est parfois parvenue à alléger son mal-être.

Pas cette fois.

Elle pleure énormément depuis plusieurs semaines. Encore et toujours pour les mêmes raisons. Parce que sa vie est merdique. Parce que les saiyans sont des monstres sanguinaires. Parce que sa planète est à feu et à sang. Parce que ce qui reste des terriens va mal et qu'elle ne peut rien y faire. Parce qu'elle a trahit ses propres convictions. Parce qu'elle a trahit tout le monde, même les morts.

Et parce qu'elle a peur. Peur de cette grossesse, peur de ce qu'elle a dans le ventre. Peur de mourir malgré les serments de Vegeta.

Elle se sent seule aussi. Malgré Miria. Malgré Vegeta.

Miria ne peut pas être tout le temps là. Bulma refuse de la monopoliser. L'humaine aux cheveux bleus se dit qu'elle a tellement trahit le genre humain qu'elle n'est plus en position de demander quoi que ce soit à ses compatriotes. Que Miria soit prête à la voir et l'écouter est suffisamment lui demander.

Quant à Vegeta… Oui, il fait de son mieux pour faire amende honorable. Et Bulma ne peut que constater, à sa grande honte, que plus les jours passent et moins la présence de Vegeta l'insupporte. Depuis qu'il lui a fait la fameuse promesse de la privilégier à la chose qu'elle a dans le ventre, Bulma ne peut que constater que la présence du roi des saiyans... l'aide.

Elle se sent un peu plus en sécurité dans ses bras. Son odeur l'apaise. Quand il lui parle de la vie de son peuple, sa voix parvient à lui faire oublier, même si ce n'est que quelques instants, les tourments qui la harcèlent.

Non mais sérieusement. Comment Bulma pourrait-elle décemment envisager de trouver du réconfort auprès de lui ?

Il est le roi des envahisseurs saiyans. Il a causé, même indirectement, la mort d'une infinité de personnes. Dont son père, Yamcha, Tenshinhan, Chaozu, Laurence, Fisher… C'est un monstre. Un meurtrier. Il est la raison de la mort de Chichi. La raison de la profanation du corps de Chichi. Il a blessé Gohan. A blessé et blesse toujours Goku et Krilin.

Elle n'a pas le droit de trouver du réconfort auprès de lui. Elle ne mérite pas de trouver du réconfort auprès de qui que ce soit.

Le flot de ses pensées négatives n'est pas rincé par l'eau. Pareil pour ses larmes, qui ne lui donnent pas la sensation d'évacuer quoi que ce soit. Mais elle continue tout de même. Parce qu'elle n'a pas de meilleure idée pour le moment.

La chose en elle continue de bouger. Elle a l'impression qu'il tape fort. On en est même pas au cinquième mois. Qu'est-ce que ce sera le mois prochain ? Ou au bout du sixième ? Du huitième ? Du neuvième ?!

Avec ses coups de poings et de pieds, il va lui détruire le ventre. Les os. Le dos. Il va tout détruire de l'intérieur et la tuer avant qu'e…

Deux mains chaudes et musclées viennent l'enserrer par derrière. Délicatement. L'une se pose sur son ventre, l'autre encadre son buste avant d'agripper son épaule gauche. Un menton effleure l'arrière de son crâne.

La terrienne sait qui vient de la rejoindre. Mais en cet instant, elle est trop en détresse pour le chasser comme il se doit.

Vegeta a senti l'aura de la terrienne se décomposer, une nouvelle fois, à cause de la douleur dans son coeur. Il a senti que cette fois était pire que bien d'autres. Alors il est venu.

" Il bouge… Vegeta, il bouge. C'est trop tôt… C'est juste… C'est beaucoup trop tôt. "

Et il a bien fait.

" Ce n'est pas normal. Il ne devrait pas encore bouger. Ça ne fait pas encore cinq mois. C'est trop tôt. "

" Je suis là. Tu ne risques rien ", lui murmure-t-il à l'oreille, sans pour autant laisser ses lèvres s'y poser.

" J'ai peur Vegeta. Tellement peur… Ce n'est pas normal qu'il bouge. Il ne devrait pas bouger. Je ne devrais pas être enceinte. Je devrais av… "

" Je t'ai fait le serment que je te choisirai toi plutôt que lui ", le coupe t-elle pour l'empêcher de formuler complètement cette idée qui, et cela l'angoisse, commence à faire du chemin dans son crâne de saiyan. " Et je vais tenir ce serment. Tu ne crains rien. "

Bulma, les yeux fermés avec force, remonte ses mains vers le bras qui lui entoure la poitrine et plonge ses doigts, ses ongles dedans. Comme si la terrienne était incapable de décider si elle cherche à le rejeter ou trouver du réconfort auprès de lui.

Vegeta inspire et expire profondément, prenant par lui-même l'initiative de davantage la serrer contre lui. Sa combinaison trempée se colle complètement au dos de l'humaine. Il sent, à travers le tissu, la fraicheur de sa peau humaine, malgré l'eau chaude. Il inspire et expire de nouveau, parce que l'odeur de Bulma Brief est envoutante et qu'il est faible face à elle.

Cette soudaine intimité la fait se raidir. L'enlacer légèrement est une chose. Se coller à elle en est une autre.

Elle n'a pas le droit de recevoir de la tendresse. De se faire réconforter. Surtout pas par lui. C'est mal. C'est trahir. C'est cracher au visage des mo…

" Accorde nous dix minutes. "

Interrompue dans ses pensées, Bulma relève légèrement la tête en rouvrant les pupilles. La main autour de son épaule remonte doucement le long de sa mâchoire pour se poser sur sa joue. Délicatement, gentiment, Vegeta lui fait tourner la tête pour que ses pupilles rencontrent les siennes. Elle déglutit, les yeux rouges d'avoir pleuré. Mais ne se dérobe pas.

" Juste dix minutes. Oublie que tu me détestes, que je suis ton ennemi. Oublie que tu t'en veux. Dix minutes. "

Elle se mordille les lèvres avec angoisse et embarras.

L'idée est tentante. Mais insoutenable pour sa conscience.

" Dix minutes. Après, tu pourras de nouveau me haïr, me rejeter, m'insulter. Oublie juste tout ça pendant dix minutes et laisse moi t'aider. "

A la fin de sa tirade, il n'y a aucun mépris, aucun rejet dans les orbes bleus de la terrienne.

Et Vegeta n'y peut rien, son coeur se réchauffe rien qu'en en prenant conscience.

" Dix minutes. Accorde nous ça. Accorde toi ça. "

Bulma Brief se tourne par elle-même vers lui et Vegeta sait qu'il a gagné cette bataille.

Le nez de la terrienne va s'enfouir tout contre sa clavicule. Elle éclate en sanglots. Une main perdue dans ses fins cheveux et une autre dans son dos, il la maintient contre lui avec force. Sa queue de Saiyan vient doucement l'enserrer pour la rapprocher encore de lui.

Il ne la lâchera pas. Ne l'abandonnera pas.

Et il veut que cette vérité, ce serment, entre bien dans son petit crâne d'oiseau.

Tout en lui murmurant des paroles réconfortantes, il se délecte de la présence de l'humaine dans ses bras. Il redécouvre avec nostalgie et extase, mais sans bouger ses mains, la délicatesse de son être et la douceur de ses formes qui, bien que changeantes, sont toujours parfaitement adaptées à son propre corps. Les lèvres collées aux cheveux bleutés de la terrienne, il inspire profondément son odeur unique.

Il se retient aussi. Tout son être l'enjoint à aller plus loin. A caresser la peau tendre sous ses doigts. A embrasser cette même peau et les lèvres de la terrienne pour en redécouvrir le goût et le toucher. A plier les genoux pour ramener sa tête plus bas et la déguster. Entièrement.

Il le ferait en étant à la fois tendre et vorace. Parce que c'est comme ça qu'il tient à elle. Parce que c'est à ce point là qu'elle lui manque.

Mais il ne le fait pas. Il se retient. Elle n'est pas prête.

Peut-être qu'elle ne le sera jamais.

Qu'importe. C'est suffisant pour aujourd'hui.

Il la maintient contre lui sans rien faire, si ce n'est la sentir et effleurer ses cheveux avec ses lèvres. Il se contente de miettes. Mais ces dix minutes de miettes vont, il n'en doute pas, lui faire tout aussi de bien qu'à la terrienne.

L'instant dure plus de dix minutes. Il en a conscience tout autant qu'elle.

A un moment, Bulma cesse de pleurer et se contente de rester silencieusement dans les bras de Vegeta. Elle a mal au crâne. Une note aiguë ininterrompue s'est logée dans son cerveau et refuse d'en sortir. Malgré tout, l'étreinte de Vegeta l'apaise.

Elle fini par se décoller de lui. Il la laisse faire.

L'humaine fixe le sol quelques instants et Vegeta sait d'instinct qu'elle réfléchit. Qu'elle cherche les mots pour lui demander quelque chose.

Parfois, il s'étonne de la connaître aussi bien sans même avoir besoin de lire son aura.

Quand elle relève enfin les yeux, Bulma Brief le regarde avec détermination.

" Laisse moi voir Goku et Krilin. S'il te plait. "

La formule de politesse à la fin de la demande, Bulma se force à la sortir, parce qu'elle sait que c'est énormément demander à Vegeta.

Comme souvent avec elle, il est surpris. Rien ne l'a préparé à cette doléance.

Et ce serait mentir que d'affirmer qu'elle lui fait plaisir.

Il n'a aucune envie de laisser la terrienne replonger dans les bras du traitre et de l'humain chauve.

Le roi des saiyans se demande, l'espace d'un instant, ce qu'aurait fait son père à sa place.

La réponse s'impose d'elle-même. Il aurait dit non Bulma Brief. Et il l'aurait fait comprendre par la violence.

Le roi Vegeta, avec sa barbe brune et sa cape rouge reconnaissable entre mille, était un homme fier. Comme le reste de leur lignée royale. Il n'aurait jamais accepté que sa compagne ne se satisfasse pas de son unique présence et de leurs échanges. Il n'aurait jamais laissé quelqu'un le traiter comme Bulma Brief traite actuellement Vegeta. Surtout avec un tel écart de puissance.

Mais voilà, Vegeta n'est pas son père. Ils n'ont pas eu la même vie, ni les mêmes expériences.

Briser la personne à laquelle on tient le plus, en le faisant exprès ou non… Vegeta se doute que son père, ou au moins l'un de ses ancêtres, s'est retrouvé dans cette situation.

En revanche, il est convaincu que jamais l'un d'eux n'a essayé de réparer les dégâts pour récupérer cette personne à laquelle il tient.

" Accordé ", souffle t-il avec une grimace impossible à retenir.

Vu son expression surprise, elle s'attendait sûrement à un refus. La surprise se mue rapidement en un sincère et éclatant sourire. Il est beau.

Vegeta avait oublié, depuis le temps, à quel point le sourire de Bulma Brief est beau.

Elle le regarde avec joie. Sans mépris, rejet, dégoût, colère ou peur. Juste du bonheur. Et il aime ça.

Même si la cause de ce bonheur est son pire ennemi.


Voilà voilà !

J'avoue, comparé aux chapitres précédents, celui-là manque de tension, de gore, etc.

Il faut bien reposer les nerfs de tout le monde de temps à autres. (Edit : Naisalavanille, Ange... désolée pour la faute de frappe T.T)

Bon après, j'avoue que ça manque de scènes comiques. Le chapitre suivant en aura plus.

Et écrire la scène entre Videl et Satan m'a sincèrement ému. Il y a eu beaucoup -vraiment beaucoup- de réécritures avant d'en arriver à cet équilibre. Il n'est pas parfait, tout le monde ne va pas forcément s'y retrouver... Mais c'est le meilleur que j'ai trouvé. Honnêtement, ce n'est pas toujours facile d'écrire des personnages d'enfants de 7-10 ans comme Videl, Gohan et Zukkini. Il faut trouver un équilibre entre " ils sont hyper matures à cause du monde dans lequel ils évoluent" et "eh oh ! C'est pas des adultes ". Donc voilà, tout ça pour vous dire qu'avec le recul, je me rend compte qu'écrire des personnages d'enfants prend du temps. Mais c'est stimulant parce qu'un challenge.

Allez, je vous laisse en paix et replonge dans mon Word.

Encore merci pour votre fidélité, prenez soin de vous et laissez des comms siou plait :)