.
- 3 -
MAGGIE
Bella resserra son manteau autour d'elle. Au début du printemps le temps était extrêmement froid presque toute la journée. Parfois l'après-midi, après des heures de marche, le soleil était suffisant pour que Bella puisse défaire les boutons de son pardessus.
Ce n'était que le cinquième jour d'un vrai voyage. Chaque journée commençait lorsque les cornes sonnaient vers quatre heures du matin. Le petit-déjeuner composé de bouillie d'avoine, de bacon et de café était servi à cinq heures trente. Tout le monde était nourri, la vaisselle lavée, le bétail rassemblé et la literie rangée à sept heures lorsque "Wagons ho" retentissait. Edward lui avait dit qu'ils parcouraient trente kilomètres par une bonne journée, ne s'arrêtant qu'à l'heure du midi pour manger.
Leurs guides permutaient. Il y en avait deux qui guidaient les bœufs, un autre qui chevauchait devant le convoi à la recherche de problèmes potentiels sur la piste et le dernier restait avec les familles. Bella s'égaya quand elle vit qu'Edward était avec eux ce jour-là. Les trois autres guides la mettaient mal à l'aise. Quand ils lui parlaient ce n'était que pour la rabaisser.
Edward avançait comme s'il était profondément perdu dans ses pensées. Il regardait le ciel ou les environs et la campagne. Tandis qu'elle regardait il enleva son chapeau et passa ses doigts sur son crâne. Le soleil joua dans ses cheveux et Bella vit les reflets rougeâtres dans ses cheveux couleur bronze. C'était un homme étourdissant. Bella rattrapa cette pensée avant d'aller trop loin et elle regarda vers ses bottes pour cacher un rougissement furieux. Ce n'était pas de sa faute si c'était vrai. Elle se demanda s'il était impoli de penser à une chose sans même l'avoir dite à voix haute.
Bella tira sa longue tresse devant et peigna les nœuds à son extrémité en attendant que la chaleur se retire de ses joues. Puis elle accéléra son rythme pour se retrouver à son niveau. "Finalement le temps devient plus clément."
Il prit une profonde inspiration comme si sa voix l'avait fait sursauter. Il cligna des yeux avant de répondre. "Je pense que oui. Pourtant nous pourrions encore avoir quelques jours de froid. Nous devrions atteindre la prochaine grande traversée de rivière dans quelques jours. Moins la neige aura fondu, plus la traversée sera facilitée."
"Pas de bac cette fois ?"
"Non pas sur celle-là." Il regarda sur le côté et lui fit un sourire, pas aussi beau que celui qu'il faisait quand il était vraiment amusé. "Ne t'inquiète pas. Il y a quelques endroits où la rivière n'est pas aussi large. On devrait pouvoir traverser directement, en se mouillant un peu." Il pinça les lèvres. "C'est ce que Maggie détestait le plus."
"Qui est Maggie ?"
Le visage d'Edward se décomposa. Sa posture changea en un instant. Ses épaules s'affaissèrent et il détourna son regard d'elle. "Peu importe. Tu es entre de bonnes mains."
Il accéléra son rythme et Bella fronça les sourcils quand elle se retrouva à regarder son dos. "M. Masen je ne voulais pas…"
"Je pense qu'Alice te cherchait tout à l'heure." Et il fit un signe de tête. Le chariot des Hale était devant eux. "Peut-être que tu devrais y aller."
"Ah. Alice fait toujours les yeux doux à son nouveau mari. Elle n'a pas besoin que je traîne avec elle. De plus elle n'a pas grand-chose à raconter. Tu as fait ce voyage tant de fois que tu peux deviner quand nous allons arriver à notre étape. A vrai dire je ne voulais pas faire ça du tout. Je ne peux m'imaginer ce que c'est de le faire encore et encore…"
"Je travaille Mlle Swan." Le ton froid d'Edward la choqua beaucoup, Bella recula plus loin. Il ne la regardait pas mais regardait droit devant. "Tu devrais aller trouver un de tes amis pour bavarder." Bella arrêta de marcher et regarda le dos d'Edward pendant qu'il s'éloignait. Ça lui prit quelques secondes mais elle releva la tête et passa devant lui pour rattraper le chariot des Hale.
"Hé. Tu es là." Alice passa son bras autour de la taille de Bella et la tira plus près d'elle.
"Tu m'as manqué au petit-déjeuner," dit Bella.
Alice gloussa. "Toujours jeune mariée, je suppose. Je suis surprise qu'on ait pu ranger notre literie à l'heure ce matin."
"Alice … !"
"Ah ma Bella. Aussi blanche que la neige. En parlant de ça. C'est idéal pour garder de la chaleur par ces matins glaciaux."
Bella mit ses mains sur son visage et grommela.
"Ce sera toi un jour, ma chère. Et alors tu comprendras."
Bella releva la tête pour s'assurer que personne n'allait l'entendre. Elle se pencha au plus près. "Je ne sais pas où tu trouves toute cette énergie. Je suis épuisée. Il m'a fallu trop de temps pour me lever ce matin. Ta mère avait déjà commencé le petit-déjeuner avant même que j'aie ouvert les yeux.″
"Tu t'inquiètes trop. Tu fais tellement de corvées le soir, ce n'est pas étonnant que tu t'épuises."
"Tu en fais autant que moi."
Alice sourit. "L'amour vous fait des choses étranges. Je ne suis pas fatiguée. Je suis trop amoureuse pour être fatiguée de tout ça."
"Quelle idée saugrenue. Je ne doute pas que Rosalie soit amoureuse d'Emmett mais elle se fatigue facilement ces derniers temps. Tu l'as remarqué ?"
"Emmett et elle sont mariés depuis longtemps !"
Bella rit. "Oh oui… trois ans. Ils sont très proches de leur lit de mort, j'en suis sûre." Elle pinça son amie. "Tu me manques Alice. Nous avons partagé une chambre pendant trois ans. Et c'est compliqué pour moi de dormir sans tes ronflements."
"Je ne ronfle pas."
"Oh si. Tu ronfles."
"Jasper me l'aurait dit si je ronflais."
"Comment pourrait-il le savoir ? Il faudrait que tu dormes pour qu'il le découvre."
Alice haleta et secoua Bella en riant. "Coquine Bella. Je ne savais pas que tu l'avais en toi. C'est dommage que tu n'aies pas pris de prétendant avant."
"Je savais que nous allions partir. A quoi bon ?"
"Eh bien, peut-être que tu devrais te socialiser plus le soir. Te joindre à la danse ?"
"Dans quel but ?"
Les yeux d'Alice brillaient de malice. "Pour te garder au chaud le matin."
Les joues de Bella s'enflammèrent. Elle fit un geste vers les chariots qui s'étendaient au loin devant et derrière elles. "Ces personnes ont toutes des projets pour commencer une nouvelle vie. Il ne sert à rien de chercher un compagnon ici. Il se pourrait qu'ils se dirigent vers un avenir bien loin de l'endroit où mon père s'est installé."
"Si sérieuse, Bella. Pratique, je suppose. Garde l'esprit ouvert, Bella. Je sais que tu es incertaine sur notre avenir dans ce nouveau monde mais j'ai un bon pressentiment à ce sujet. La vie est belle et tout est mieux quand tu as quelqu'un avec qui la partager".
"Je vais prendre cela en considération. Au cas où je trouverai un homme ici au milieu de nulle part, qui compte s'installer au même endroit, je promets de garder l'esprit ouvert."
Oo FH oO
Lorsqu'ils s'arrêtèrent vers midi, Edward fila dans les bois, loin des papotages des chariots. Officiellement, il était censé chasser le petit gibier. Un lapin rend le dîner plus savoureux que le bacon et le pain. Il fallait encore un mois ou plus, avant que le poisson ne soit assez grand pour nourrir une famille. Le mieux était de ne pas toucher aux petites prises et de les laisser pour moment.
En réalité, il avait besoin de quelques minutes seul pour réfléchir. Le nom de Maggie avait glissé de ses lèvres si naturellement que cela l'avait secoué. Cela avait déclenché une vague de souvenirs. Généralement, quand il était dehors sur la piste, il pouvait se perdre dans ses tâches. Il y avait toujours quelque chose à faire. Avant que Bella s'approche de lui, il avait observé un faucon faire des cercles, essayant de se rappeler quelle était la flore qui pourrait être récoltée aussi tôt au printemps.
Les jours passés à attendre le ferry, Edward avait découvert qu'il était facile de parler à la fille.
Quand ils parlaient, les heures semblaient passer comme des minutes. Elle posait beaucoup de questions et écoutait ses réponses. Il était arrivé plus d'une fois qu'une fille seule vienne à lui feignant l'intérêt pendant qu'elle battait des cils et affichait un sourire timide. Bella n'était pas si écervelée. Sa curiosité était sincère et ses réponses intelligentes.
Il lui avait fait du mal en la repoussant comme il l'avait fait. Il avait vu la douleur dans ses yeux et cela le dérangeait peut-être plus que cela ne devrait. Pourquoi devrait-il s'intéresser aux problèmes d'une jeune fille ? Mais il ne pouvait pas nier la douleur dans son cœur en se souvenant de l'expression de son visage. Il était arrivé à apprécier son amitié.
Quand il revint au camp, les chariots étaient prêts à partir. Il enroula sa main autour du trésor dans sa poche et accéléra pour l'attraper avant qu'elle n'aille marcher à côté des autres. Elle rangeait les derniers plats dans le chariot quand il s'approcha d'elle.
"Bella." Il toucha son coude pour attirer son attention.
Ses yeux s'écarquillèrent avant de se plisser. "Tu me parles de nouveau ?" Elle n'attendit pas qu'il réponde mais alla prendre sa place à une distance prudente des roues du chariot.
Edward fit une grimace et se précipita à ses trousses. "Je t'ai apporté quelque chose."
Ça attira son attention. Elle leva les yeux, surprise. "Quoi ?"
Il sourit et tendit la main pour tirer son tablier vers lui. Il transféra plusieurs poignées de baies de sa poche dans son tablier. Ses yeux s'écarquillèrent lorsqu'elle tint le tablier tendu pour empêcher les baies de tomber.
"Pour moi ?" demanda-t-elle .
"Je les mettrais dans tes poches si tu ne veux pas partager." Il fit un clin d'œil et récupéra quelques baies du tas.
Elle le regarda commencer à mettre les baies dans les poches de son manteau. "Je ne sais pas ce que j'ai dit avant qui t'ait mis en colère contre moi."
"Je le sais." Il passa sa main sous son chapeau, en se grattant la tête. "Je ne suis pas en colère contre toi. Je ne voulais pas te crier dessus." Il prit une profonde inspiration. "Maggie était ma femme."
"Oh, je..." Bella trébucha sur ses mots.
"Tu n'as pas à dire quoi que ce soit." Il était difficile de respirer autour du poids qui s'était installé sur sa poitrine. " Voulais-tu quitter ta maison ?"
"Je ne sais pas si je voulais rester où j'étais." Bella pencha la tête. "Je ne voulais pas venir sur la piste, si c'est ce que tu veux dire. C'est une pensée effrayante que de s'aventurer dans la nature. Les animaux, la maladie, les Indiens. J'ai entendu toutes les histoires."
"Beaucoup d'histoires sur les Indiens sont grandement exagérées. La plupart des tribus préféreraient commercer avec nous que de nous tuer. Si nous nous éloignons un peu plus, ils pourraient même nous aider à traverser la rivière."
"C'est bon à entendre. Mais le reste ?"
Edward regarda l'horizon. "Le reste est vrai. C'était plus vrai avant, en fait. Il y a de nombreuses années, la piste était entièrement sauvage. Pas de forts... et la piste n'était pas été aussi bien cartographiée qu'actuellement." Il prit le bord de sa veste entre le pouce et l'index.
"Maggie ne voulait pas y aller. Elle m'a supplié de ne pas l'emmener à l'autre bout du pays. Je n'ai pas compris à l′époque. Nous avions tous les deux perdu nos familles. Nous étions seuls au monde, juste nous deux. Il y avait des opportunités dans l'ouest que je voulais saisir. J'ai rejeté ce qu'elle voulait avec désinvolture."
"Tu étais son mari. C'était ton travail de subvenir à ses besoins."
"C'était aussi mon travail de la protéger." Edward serra le poing sur son flanc et avala avec force. "De toute façon. Ce n'était pas ta faute si j'ai pensé à elle. Ça m'a fait réagir, c'est tout. Je suis désolé pour ce que j'ai dit."
"Ce n'est pas grave." Elle hésita mais elle tendit la main et appuya sa paume sur son épaule. "Je suis désolée pour ta femme."
"Ouais." Il regarda ses bottes. "Moi aussi." Il tressaillit, comme s'il pouvait physiquement enlever le poids de ses épaules. Cela faisait des années et ce poids n'avait jamais diminué. "De toute façon. J'ai besoin faire ma tournée, voir les autres."
"Faire ton travail ? " Bella sourit pour montrer qu'elle était taquine.
"Je ne suis pas en promenade de plaisir ou du moins c'est ce que James me dirait." Il souleva son chapeau.
"Merci de m'avoir écouté."
"Hé, Edward ?"
Edward se retourna et haussa -un sourcil vers elle. Elle avait l'air incertaine mais son expression était sincère et compatissante. "Quoi qu'il soit arrivé à ta Maggie, je suis sûre que tu as fait de ton mieux."
Son cœur s'est tordu parce qu'elle ne savait pas, ne pouvait pas connaître la vérité. Mais elle était jeune et naïve. "Elle avait ton âge, tu sais. Maggie. Quand elle est morte."
Il ne lui laissa pas une chance à Bella de répondre. Il partit pour s'occuper de ses tâches et essaya de ne plus penser au doux visage de Maggie, si semblable à celui de Bella, alors qu'elle avait marché sur ce même sentier des années auparavant.
