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BIENSEANCE


Edward aimait regarder Bella danser.

Il y avait quelque chose de charmant dans la façon dont elle devait être tirée de sa coquille à chaque fois. Elle s'asseyait à la périphérie, regardant et applaudissant avec gaieté. Certains autres essayaient de la faire danser mais elle refusait.

Presque toujours c'était Alice qui réussissait à la faire lever. Les couples mariés dansaient ensemble mais comme Jasper était toujours à sa guitare, cela laissait Alice danser avec les jeunes. Elle faisait quelques tours avec les autres avant de passer son bras sous celui de la Bella et de la faire lever. Comme toujours Bella se battit mais Alice était persévérante.

Edward pouvait toujours dire quand Bella oubliait sa fatigue et ses inhibitions. La fatigue quittait ses traits. Son sourire s'élargissait. Ses mouvements devenaient plus fluides alors que ses hanches bougeaient en rythme avec la musique. Elle passait son bras sous celui d'Alice et d'une autre des filles et Edward pouvait entendre le bruit de son rire comme elles dansaient en cercle. Il sourit.

Quand le morceau s'arrêta, Jasper posa sa guitare. Il se dirigea rapidement vers sa femme et la souleva loin de Bella. Il la fit virevolter. Quand les autres musiciens entamèrent le morceau suivant il la reposa et ensuite ils se mirent à danser.

Bella retourna à sa place. Elle applaudit en traversant la petite foule. Quand ses yeux tombèrent sur Edward, elle sourit et se dirigea vers lui. "Hé," dit-elle en se laissant tomber près de lui. Elle était essoufflée d'avoir dansé, ses joues étaient rouges et ravissantes à la lumière du feu.

Edward offrit sa gourde d'eau fraîche. Elle le remercia, pencha la tête en arrière et but goulûment. Il rit. "Moins d'eau pour moi ce soir, je suppose."

Elle baissa la tête et essuya sa bouche avec sa manche. "Désolée. J'avais soif."

"Je vois ça."

Ils restèrent assis pendant quelques minutes dans un silence agréable. Edward regardait les différents couples. Alice et Jasper dansant autour du feu, se souriant comme s'ils étaient des adolescents au visage frais et amoureux pour la première fois.

Emmett et Rosalie se balançaient ensemble. Elle s'appuyait lourdement sur lui l'air fatigué comme d'habitude mais très heureuse d'être dans les bras de son amour.

Alistair et Vera, Carlisle et Esmée étaient assis avec les personnes âgées sur le côté. Ils se balançaient en musique et les regardaient avec un sourire fier, heureux que leurs enfants le soient aussi, sans aucun doute.

Edward était très conscient de Bella à côté de lui, combien elle était proche de lui. Ils ne se touchaient jamais mais il avait plus chaud qu'avant. Le froid de la nuit avait presque disparu en effet. Il tourna suffisamment la tête pour la voir en entier. Il la regarda avec une fascination peut-être plus enthousiaste qu'il ne l'aurait dû, quand elle enleva son bonnet.

Elle commença à défaire la longue tresse qui était enroulée autour de sa tête. Les doigts d'Edward lui démangeaient. Il avait ce sentiment d'urgence inexplicable de l'aider à défaire les inévitables nœuds. Mais malgré tout ses cheveux étaient doux.

"Qu'est-ce qui ne va pas ? " lui demanda -t-il, quand elle gémit et siffla.

Elle le regarda avec un sourire triste. "Le soleil a tapé sur la peau très sensible de mon cou. "Elle souleva ses cheveux et se détourna de lui. "Tu peux le voir ?"

Il ne répondit pas tout de suite, choqué car il devait faire face à la pente de son cou et de ses bras alors qu'elle soulevait ses cheveux. Une image mentale non sollicitée le frappa. Il s'imagina debout derrière elle, un bras autour de sa taille la tenant près de lui, l'autre levé pour repousser ses cheveux d'une épaule. Cette vision lui sembla presque réelle. Il pouvait goûter sa peau, probablement salée par la longue journée de marche sur ses lèvres.

Edward secoua sa tête pour chasser cette vision. Ça faisait trop longtemps qu'il n'avait pas été avec une femme, c'est tout. Bella était vive et belle. Il était toujours un homme.

Il se racla la gorge et pencha la tête pour examiner son cou. "Je ne vois rien à la lumière du feu de bois mais je te crois. Peut-être que tu pourrais laisser tes cheveux détachés pour marcher."

"Et attraper encore plus de poussière ?" Elle se retourna vers lui.

"Oh chérie." Edward rigola en farfouillant dans son sac. "Avant que nous n'arrivions à la fin de ce voyage nous serons tous un gâchis débraillé. Ça sera un sacré spectacle hein ? J'ai remarqué que ton ami, le Dr Cullen prend soin de se raser encore un matin sur deux. Retiens bien mes mots... quand nous arriverons il aura une barbe aussi hirsute que nous tous." Il trouva ce qu'il cherchait. "Tourne-toi. J'ai quelque chose qui pourrait calmer la brûlure."

Elle eut l'air surprise puis timide en le regardant. Edward était sur le point de s'excuser, il avait dépassé les limites mais elle se tourna comme il le lui avait demandé.

Il réalisa trop tard que c'était sa vision qui prenait vie. Sa bouche devint sèche alors qu'il brossait ses cheveux épais sur une épaule. Ils étaient doux comme il s'y attendait et il prit soin de lisser les mèches qui s'enroulaient dans son cou. La peau était rouge comme ses joues quand elle était venue près de lui après avoir dansé. Quand il passa le bout de ses doigts dessus, sa peau était chaude malgré l'air frais du soir.

"Cela peut sembler un peu gluant et froid." Il cassa une feuille de la plante et décolla la peau d'un côté. Bella haleta quand il mit la feuille sur son cou mais elle ne se plaignit pas. Il frotta la plante sur son cou, prenant soin de garder les bords rugueux loin de sa peau abîmée.

"Ça va déjà mieux″ dit-elle, "Qu'est-ce que c'est ? Et pourquoi en gardes-tu un peu dans ton sac ?"

"Ça s'appelle de l'aloe et c'est exactement à quoi ça sert. Est-ce que tu sais combien de coups de soleil j'ai eu ?" Il rigola. "Cette plante a beaucoup d'utilisations mais c'est la meilleure. Voilà c'est fait !"

Bella se redressa et se tourna vers lui. "Tu t'y connais en plantes."

"C'est très utile d'avoir ce talent. Connaître les plantes peut te garder en vie comme tu le sais."

Elle fronça les sourcils et baissa les yeux sur ses bottes. "Ces baies étaient exactement les mêmes que celles que tu m'as données."

"Pas exactement."

Elle se redressa et plissa les yeux vers lui. "Je t'ai demandé de m'apprendre la différence. Je veux savoir. Je ne veux pas être un fardeau. Je veux aider et j'apprends vite."

Les lèvres d'Edward frémirent et il tourna la tête juste assez pour la regarder. "Je travaille tu sais."

"Oui. Et ça ne serait pas mieux si tu n'avais pas besoin de me surveiller tout le temps, comme tu le dis."

"Je n'aurais pas dû dire ça."

"Cela ne rend pas les choses moins vraies. Je n'essaie pas d'être un parasite. Je ne vais pas te déranger quand tu as d'autres choses à faire. Laisse-moi seulement t'accompagner quand tu patrouilles à l'heure du déjeuner ou quand on s'arrête. Je ne serai pas un fardeau, c'est juré."

"Bella ma chère !"

Ils levèrent les yeux pour trouver Esmée qui était devant eux. Ses yeux étaient toujours aimables mais Edward fut soudainement conscient de sa proximité avec Bella. Ils étaient vraiment assis très près l'un de l'autre et il était penché vers elle. Les yeux d'Esmée allèrent vers les siens et Edward y remarqua un éclat d'avertissement.

"Coucou Esmée," dit Bella. Edward pensa qu'elle était un peu haletante.

"Il se fait tard. Tu ne veux pas venir te coucher ?" Et elle lui tendit sa main.

Edward et Bella se levèrent. Edward mit ses mains derrière son dos et il fit un signe de tête à Bella. "Dors bien mademoiselle." Il souleva son chapeau pour Esmée. "Madame."

Edward ne put pas dire qu'il fut surpris en voyant apparaître Carlisle quand Esmée et Bella furent parties. "Ça te dérange un peu de compagnie ?" demanda Carlisle.

Il savait raisonnablement ce qui allait arriver, Edward désigna la place à côté de lui.

Ils s'assirent en silence pendant qu'Edward attendait. D'après ce qu'il avait observé Carlisle était un bon père. Bella n'était peut-être pas un de ses enfants mais il l'aimait.

"J'ai remarqué que vous parliez souvent avec Bella," commença Carlisle. Son ton était sans prétention, ce qu'appréciait Edward. Il connaissait assez les pères et savait qu'ils pouvaient être trop zélés quand il s'agissait de leurs trop jolies jeunes filles.

"Elle est curieuse concernant la suite du voyage et elle voudrait que je lui apprenne ce que je sais sur les plantes."

"C'est tout ?"

"Vous voulez savoir précisément quelque chose ?" Edward garda un ton neutre. Il n'allait pas mettre les pieds dans le plat.

"Je vais être direct alors. Bella est une fille très intelligente. Elle est vieille pour son âge mais elle est pour l'instant jeune et naïve. Son père n'est pas là mais ça ne signifie pas que personne ne fait attention à elle. On dirait que tu es un homme honorable."

"Il ne se passe rien de déshonorant entre nous. Je la respecte trop pour ça."

"Je t'ai vu la toucher ce soir."

"Elle a un coup de soleil au cou. Je lui ai passé de l'aloe."

A sa grande surprise Carlisle rit. "Peut-être que c'est toi le plus naïf des deux."

Edward pencha la tête pour le regarder. "Quoi ?"

"Bella sait que j'ai un baume avec moi qui fonctionne très bien."

Alors que le choc traversait Edward, la chaleur s'emparait de son corps. Il fit disparaître son sourire avant que Carlisle puisse le percevoir. Ça ne devrait pas lui plaire que Bella la joue timide avec lui.

"Ici dans la nature il est facile d'oublier que notre société n'est pas sans règle," déclara Carlisle. "Si nous étions à la maison je ne t'aurais pas laissé seul avec elle, du tout."

"Nous parlions et nous n'étions pas seuls." Edward fit un geste vers tous les autres autour d'eux.

"Je pense que nous nous comprenons."

"Bien sûr, monsieur. Comme je l'ai dit. J'ai beaucoup de respect pour Bella." Il prit une grande gorgée de sa gourde. "Je ne ferai rien qui pourrait la blesser."

"Je te fais confiance, Edward. Tu sembles être un homme très bon. Mais tu es un homme et tu sembles avoir une vie solitaire. Ce n′est pas quelque chose que je veux pour elle."

Edward se tourna vers l'homme et sourit. "Non et je ne peux pas vous en blâmer."

Oo FH oO

Bella avait la nette impression qu'il essayait de l'éviter.

Depuis la conversation concernant les plantes, Edward s'était fait rare à l'heure du déjeuner et autour du feu le soir. C'était sa journée pour marcher avec les Cullen et les Hale. Chaque fois que Bella essayait de l'approcher, il accélérait son rythme pour aller près de quelqu'un d'autre.

"Oh. Bonjour Edward," dit Esmée quand Edward s'approcha d'elle. Bella fit un pas derrière eux. Elle n'avait pas l'intention d'interrompre – elle savait quand elle n'était pas la bienvenue – mais cela ne faisait rien pour assouvir sa curiosité.

"Bonjour Esmée," dit Edward.

"Je suis heureuse de vous voir. Je voulais vous remercier pour cette ingénieuse plate-forme que vous avez mise en place pour nous ? De la crème dans une seau attaché sous le chariot. Qui aurait pensé que ces chariots pourraient transformer notre crème en beurre pendant que nous marchions ?"

"Ah, j'ai bien peur de ne pas pouvoir prétendre être le génie derrière ça. C'est un truc que j'ai appris lors de ma première traversée."

"Je ne peux pas imaginer faire ça encore et encore." Esmée frissonna à cette pensée.

"C'est un métier qui vaut plus que certains. Il y a beaucoup d'erreurs que vous pouvez faire ici et chaque erreur peut faire la différence entre la vie et la mort. Plus je parcours cette piste, plus d'erreurs je peux éviter à chaque passage."

"C'est très noble."

"Non. Tout le monde doit faire quelque chose. Je suis mieux ici, je pense. Ça vaut quelque chose pour... quelqu'un."

" Ça vaut beaucoup pour nous." Esmée lui tapota le bras.

Bella ralentit son rythme jusqu'à ce que le chariot soit passé. De l'autre côté, elle trouva Alice marchant avec Rosalie.

"Chérie, tu n'as vraiment pas l'air bien," disait Alice à Rosalie. Elle avait son bras autour de l'autre femme.

C'était vrai. Le visage de Rosalie était d'une teinte étrange. Ses joues étaient rouges mais d'une certaine façon encore pâles, comme si toutes les autres couleurs s'étaient écoulées de son visage.

"Je vais bien, Alice. On va s'arrêter pour manger d'un moment à l'autre. J′irais bien si je peux me reposer une heure."

"Je vais te dire ce qui ne va pas. Pourquoi portes-tu encore ton manteau d'hiver ? Chérie, il fait plus chaud que chez Hadès ici. Pas étonnant que tu sois si mal en point. Tu es folle ?" Alice essaya d'enlever le manteau de Rosalie mais l'autre femme fit un bond en avant.

"Laisse-moi tranquille. Je vais bien." Mais Bella pouvait voir que ses mains tremblaient quand elle essayait de tirer son manteau plus serré sur les épaules.

Ce n'est que cinq secondes plus tard que ses yeux se révulsèrent. Alice l'attrapa et toutes les deux… s'effondrèrent. Bella cria et courut à leur côté. "Carlisle !" appelèrent-elles en même temps.

"Oh mon Dieu !" dit Alice en soufflant.

Bella suivit son regard le long du torse de Rosalie jusqu'à son ventre.

Son ventre très gonflé.

Rosalie était enceinte. De nombreux mois s'étaient déjà écoulés.

"Carlisle !" appela encore Bella.

Ça attira une foule. Non seulement Carlisle et Esmée mais aussi James et Edward.

"Ah, l'enfer !" Bella entendit James dire tout bas.

Rosalie était déjà réveillée et clignait des yeux. "Alice ? Carlisle ?"

Bella était soulagée.

"Garçons ?" Carlisle appela Henry et Peter. "Allez dire à Emmett et Jasper d'arrêter les chariots. Nous allons nous arrêter un peu plus tôt pour le déjeuner. Dites à Emmett qu'on a besoin de lui ici… tout de suite. Et soyez prudents. Restez loin de ces roues. Vous entendez ?"

"Oui." Ils acquiescèrent tous les deux avant de s'enfuir vers les chariots.

"Oh, ma chérie..." dit Esmée en serrant la main de Rosalie. "A quoi pensais-tu ?"

Rosalie ne fit que gémir et secouer la tête.

Alistair et Vera les rattrapèrent ensuite et Bella partit, laissant de l'espace à chacun. Elle leva les yeux et fut surprise de voir Edward s'éloigner d'un pas. Ses sourcils étaient froncés, ses lèvres serrées en une fine ligne. Bella ressentit une vague d'indignation. Elle n'avait pas la moindre idée de la raison pour laquelle Emmett et Rosalie avaient caché cela à la famille mais elle ne pensait pas que c'était à lui de juger.

Et il jugeait. Beaucoup.

Ses narines étaient dilatées. Il tourna sur ses talons et partit d'un pas décidé dans la forêt. Bella le suivit

sans réfléchir. Il marchait si vite qu'il courait pratiquement. Bella souleva ses jupes et courut.

Lorsqu'ils furent suffisamment loin des autres, elle l'appela. Il s'arrêta et se retourna juste au moment où Bella trébuchait. Elle tomba en avant, les bras ballants mais il la rattrapa. Bella le regarda, hébétée, stupéfaite de se retrouver contre sa poitrine.

"Est-ce que ça va ?" Il avait l'air irrité mais il ne la relâcha pas.

"Je... oui."

Edward la saisit fermement par les épaules et guida son corps à une longueur de bras du sien. "Est-ce que...

tu essaies de me faire tuer ?"

"Qu'est-ce que tu racontes ?"

"Carlisle m'a déjà dit de rester loin de toi et te voilà en train de me suivre dans les bois... seule à nouveau. Tu vas me faire tirer dessus."

"Carlisle ne te tirerait jamais dessus."

"Peut-être pas mais s'il nous surprend ici tous seuls, il pourrait dire à James que je lui cause des problèmes. James me laissera, Bella, me débrouiller tout seul, sans même un cheval à mon nom pour m'amener vers

la sécurité avant les mois d'hiver. C'est ce que tu veux ?"

Les yeux de Bella s'écarquillèrent de peur à cette idée mais tout aussi rapidement, elle le fixa du regard. "Tu es bouleversé au sujet de Rosalie et tu t'en prends à moi..."

"Je..." commença Edward mais Bella croisa ses bras sur sa poitrine et lui lança un regard furieux. Ses épaules s'affaissèrent et il souffla longuement. "Tu as raison. Comme d'habitude, tu as raison. Très irritant. Mais juste."

"Rosalie a caché sa grossesse mais je ne comprends pas pourquoi ça te dérange."

"Peu importe. Ce n'est pas grave. Il n'y a rien à faire maintenant."

"Dis-moi…"

"Je pense que tes amis sont stupides."

"Ce n'est pas anormal pour un couple marié d'avoir un bébé."

"Bien sûr que ce n'est pas anormal. J'ai dit que c'est stupide et ils le savent tous les deux. Ils ne l'auraient pas caché s'ils ne le savaient pas."

"Rosalie a été très bien jusqu'à présent. Il n'y a aucune raison de penser qu'elle ne peut pas suivre."

Il la prit par les épaules et la secoua. " Comprends-tu le risque qu'elle court ? C'est la raison pour laquelle elle est si fatiguée, n'est-ce pas ? Et cela ne fera qu'empirer. Elle va accoucher sur la piste. Même si elle ne nous ralentit pas, ça la rend vulnérable, plus fragile."

Bella regarda fixement. Il y avait quelque chose de lointain dans ses yeux, une douleur qui n'était pas du tout professionnelle.

"Pourquoi en fais-tu une affaire si personnelle ?" demanda-t-elle.

"Parce que je suis passé par là. J'ai été un jeune mari idiot, tout comme Emmett... et j'ai fait toutes les erreurs possibles." Ses yeux se concentrèrent à nouveau et il la libéra. Il recula de quelques pas.

Bella resta haletante alors que des pièces se mettaient mises en place. "Maggie est morte parce qu'elle allait avoir un bébé ?"

Edward soupira et tomba assis. Il se posa lourdement sur son derrière mais il tira ses jambes jusqu'à sa poitrine et posa sa tête sur ses genoux. "Oui," dit-il après un certain temps.

Bella n'hésita qu'un instant avant de s'asseoir à côté de lui, en repliant également les jambes. Elle mit sa main sur son dos. "Je suis désolée, Edward. Quelle chose horrible, de perdre non seulement ta femme mais ton enfant."

"Ne sois pas désolée pour moi. C'était ma faute."

"Tu as déjà dit ça avant mais je ne pense pas que ce soit vrai."

"Je le savais." Edward déglutit fortement. Il regarda droit devant lui, les poings serrés. "Quand elle me l'a dit, elle m'a supplié de ne pas la faire partir. Je pensais qu'elle irait bien. Elle n'aurait même pas à donner naissance sur la piste."

"Mais j'étais un idiot. Nous n'étions pas sur la piste depuis plus d'un mois avant qu'elle ne tombe malade. Les dames de notre convoi ont dit que cela arrive parfois. Certaines personnes sont plus malades que d'autres. C'était le cas pour Maggie. C'était horrible pour elle. Il n'y avait pas de place dans le chariot pour qu'elle puisse s'allonger et je devais le conduire. Nous n'avons pas eu d'aide."

Il inspirait et expirait. Bella était stupéfaite et silencieuse. Elle ne savait pas quoi dire ou faire à part frotter

son dos. Il pencha la tête et quand il reprit voix était très calme. "C'était lors de la traversée d'une rivière. Le courant nous a frappés plus fort que nous le pensions. Elle était trop affaiblie pour garder la tête hors de l'eau longtemps. Le temps que j'arrive à elle, il était trop tard…"

Bella se sentait très jeune et idiote. Que pouvait-elle dire à une telle chose ? Quelle perte immense.

"Edward... Des bébés naissent sur la piste tous les jours. J'ai entendu les histoires aussi bien que toi. Je sais que… nous pensons tous trop aux morts mais j'ai entendu dire que la plupart des convois se terminent avec plus de personnes qu'au départ. Certains meurent. Un voyage comme celui-ci... Je pense que c'est inévitable mais beaucoup d'autres vivent. C'est en grande partie une question de chance."

"De chance... et de connaissances. J'étais ignorant. J'ai tout fait de travers. Je n'avais pas à emmener une femme enceinte sur la piste alors que j'avais d'autres possibilités. Et tu n'as aucune idée des erreurs que j'ai commises. J'ai surchargé le chariot. J'ai gardé tant de choses dont nous n'avions pas vraiment besoin… pendant si longtemps. Si je les avais jetées ou pas prises du tout, elle aurait pu se reposer dans le chariot à la fin de la journée au moins."

"Avec le recul, nous savons toujours quels sont les bons choix à faire. Je suis désolée, Edward. Je suis vraiment désolée."

Il releva la tête et cligna des yeux sporadiquement. Elle pensait qu'il se battait peut-être contre des larmes mais ensuite il rit.

"Quoi ?" demanda-t-elle en se levant.

Il ne dit rien au début mais il tendit la main et tira une branche chargée de baies familières.. "Eh bien. Tu es déjà seule ici avec moi. Je pourrais aussi bien t'apprendre une chose ou deux."

Il lui fit signe de se rapprocher. "C'est surtout les feuilles. Tu vois la pointe ici ? Celles que je t'ai données ont une… feuille arrondie."

Il fallut quelques secondes à Bella pour se rattraper sur ce changement de sujet. Elle lui jeta un regard et il secoua la tête. "Je suis désolé. Je n'aurais pas dû te dire tout ça," dit-il.

"Je suis contente que tu l'aies fait. Je pense que ça aide de parler parfois." Elle mit brièvement mis sa main sur son bras. "Je pense toujours que ce n'est pas de ta faute."

Son mince sourire lui fit penser qu'il ne la croyait pas mais il n'insista pas. " Fais attention," dit-il. "Bien que dans ce cas, je ne sois pas sûr du bien que cela fera. A partir de maintenant, les baies qui ressemblent à cela sont toxiques, point final. Nous sommes à peu près hors de portée de celles qui sont comestibles. Mais nous allons bientôt en trouver beaucoup d'autres."

Bella laissa ses interrogations aller du passé d'Edward à sa leçon improvisée. Ils passèrent l'heure du déjeuner ensemble et Bella considérait que c'était un coup du sort utile que tout le monde s'agite encore au sujet de Rosalie quand ils revinrent. On dirait que personne ne savait qu'ils étaient partis.