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Pour information historique. Les fûts d'eau sont petits. Ils sont peut-être de la taille de grandes marmites (pas les marmites de type chaudron, les grandes marmites que vous mettez sur votre cuisinière).

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ECLOSION


Les nuits où Carlisle sortait, Bella avait du mal à dormir. Il fut un temps quand elle était une petite idiote écervelée et naïve où elle pensait qu'aucun mal ne pouvait leur arriver - à sa famille et sa famille étendue – parce que Carlisle était le meilleur docteur au monde. Mais ensuite il avait été incapable de sauver sa mère. Elle ne l'en blâma pas, bien sûr mais son innocence s'en était allée.

Deux mois sur la piste et Bella connaissait pleinement la fragilité de la vie humaine.

Le feu avait fini de brûler depuis longtemps dehors quand elle entendit le craquement de la terre sous des pieds bottés. Elle retint son souffle lorsque les pas se rapprochèrent et laissa échapper un soupir de soulagement lorsque le rabat de toile de leur tente s'ouvrit. Elle entendit un bruissement alors qu'Esmée se redressait et que Carlisle rampait.

"Enfin, je commençais à penser que tu ne reviendrais jamais," dit Esmée. "Oh mon amour, tu es épuisé."

"Ça a été une longue nuit."

"Tu n'as fait que vérifier le bébé que tu as accouché hier. Est-il arrivé quelque chose ?"

"Bébé Katie va bien."

Quand Carlisle n'ajouta rien, Esmée reprit la parole d'une voix sévère. "Carlisle. Je connais ce visage. Il y a quelque chose que tu ne veux pas me dire."

Il soupira. "Robert Banner est mort tout à l'heure."

Bella se mordit la lèvre pour ne pas haleter. Carlisle et Esmée chuchotaient pour ne pas la réveiller et elle n'avait aucune envie de leur laisser savoir qu'elle l'était. Parfois ses parents adoptifs avaient tendance à oublier qu'elle était une femme maintenant adulte et la traitaient toujours comme une enfant.

"C'est terrible," déclara Esmée. "Je suis sûre que tu as fait ce que tu as pu."

"Ici je ne peux pas faire grand-chose. C'est le choléra, Mae."

Heureusement pour Bella le halètement d'Esmée couvrit le sien. Bella se mordit la main essayant d'étouffer la peur innée que ce mot apportait. Le choléra était la maladie qui avait presque coûté la vie à son père. Après avoir lu ses lettres à ce sujet Bella avait parcouru les bibliothèques de Carlisle pour obtenir des informations sur la maladie. Il y avait des discussions sur le traitement mais d'une manière générale la maladie tuait rapidement.

"Il n'y a pas de doute à avoir, nous avons campé à côté de toutes les ordures de ceux qui sont passés avant nous. Je le dirai au Conseil pour qu'il fasse circuler l'information. L'eau propre aide aussi. Nous ne devons plus nous laver, cuisiner ou même boire de l'eau qui n'a pas été préalablement bouillie. Et mieux encore nous devons empêcher les enfants, les plus âgés et les femmes enceintes d'approcher ceux qui sont infectés."

"Et toi alors ?"

" Ça ira."

"Carlisle…"

"Tu sais que je dois faire ce que je peux."

"Je sais." Il y eut le doux bruit d'un tendre baiser partagé. "Promets-moi de faire attention à toi. Les journées sont épuisantes pour nous tous... mais toi, tu passes tes nuits à t'épuiser encore plus. Tu as besoin de repos pour récupérer des forces."

"Oui mon amour."

Oo FH oO

Bella eut très peur quand Edward brisa sa rêverie en s'asseyant à côté d'elle. Elle ne l'avait pas entendu tandis qu'il s'approchait et qu'elle fixait l'eau.

"Bonjour inconnue." Il avait un large sourire qui lui donnait envie de baisser la tête et de rougir.

"Inconnue ?" Elle se moqua et commença à travailler, puisant plus d'eau dans l'un des cinq barils qu'ils portaient. James avait conseillé d'acheter les fûts car ils pourraient traverser des zones sèches où l'eau est alcaline. L'eau propre pour les bœufs et eux-mêmes pourrait comme pour tout, faire la différence entre la vie et la mort.

Bien sûr depuis l'épidémie de choléra toute l'eau devait être bouillie et refroidie avant d'être remise dans les fûts. Carlisle avait lu une théorie dans ses revues médicales selon laquelle l'eau bouillie réduirait peut-être la propagation des maladies. Rien de tout cela n'avait de sens pour Bella mais elle le prenait toujours au mot. Cela ne faisait pas de mal, certes mais c'était un processus long car ils n'avaient que deux grands pots.

"Eh bien il semble que oui. Ça fait quatre jours maintenant que tu ne m'as pas posé une seule question. Tu ne m'as pas cherché à midi ni n'est venue m'apporter le dîner." Il la regarda à travers ses cils, ses mains occupées avec son sac et une canne à pêche. "Ce qui m'a fait me demander si je t'avais fâchée à nouveau."

Bella fronça les sourcils. Elle se rassit sur le rocher et commença à détacher ses bottines. "J'ai pensé que ça te soulagerait. Tu me dis toujours que je devrais rester loin de toi. Je l'ai fait et maintenant regarde-toi."

Il baissa les yeux et commença à dérouler sa ligne. "Je ne veux pas que tu restes loin de moi. J'apprécie ta compagnie Bella. Je te l'ai déjà dit. Juste…"

"Je sais. Tu te demandes ce que les gens vont penser."

"Je suis inquiet pour toi. Tu le sais, n'est-ce pas ?"

"Je comprends." Bella avait fini d'enlever ses bottines. Elle hésita un moment mais enleva aussi son jupon.

"Bella qu'est-ce que tu fais ?"

La note de panique dans sa voix donna envie de rire à Bella. Elle se mordit la lèvre pour s'empêcher de rire. "L'eau est boueuse ici près de la rive. Je vais essayer d'aller un peu plus loin pour remplir les fûts."

"Ah. C'est une bonne raison. Tu devrais me laisser faire, cependant. Tu seras mouillée pour le reste de la journée."

Bella rit. "Ce sera sans doute mieux ainsi. Les journées sont si chaudes ces derniers temps."

"Tes jupes seront lourdes."

"C'est dimanche. Nous ne marchons pas aujourd'hui." Fin mai ils avaient commencé à se reposer une journée entière chaque dimanche. Cela empêchait les animaux et les humains de s'épuiser. "D'ailleurs j'ai quatre autres fûts à remplir cet après-midi. Si tu le souhaites tu pourras m'aider avec les autres. Plus de mains rendent le travail plus facile."

"Si ça te fait plaisir."

Bella remonta sa jupe pour patauger dans l'eau. Son visage brûlait et elle se demandait si elle était effrontée. Elle se raisonna pensant qu'il y avait une différence entre un comportement inapproprié et une nécessité. Ce n'était pas de sa faute si Edward l'avait suivie ici. Ce n'était pas comme si elle essayait de montrer un peu de jambe.

Quand elle fut arrivée à l'endroit où l'eau était plus claire, Bella jeta un coup d'œil à Edward. Elle pensait l'avoir vu la regarder mais il baissa les yeux rapidement, reprenant sa tâche de dérouler la ligne dans sa main. Mais ses joues devinrent plus chaudes. Elle s'éclaircit la voix et trouva un sujet de discussion pour briser cette atmosphère lourde.

"De quelle rivière s'agit-il ?"

"Quoi ?"

"La rivière." Elle fit un geste autour d'elle. "Je jure que je ne savais pas qu'il y avait autant de rivières dans ce pays."

Il rit. "C'est la rivière North Platte. C'est un affluent de la rivière Platte mais elle fait plus de mille cent kilomètres alors que la rivière Platte n'en fait que cinq mille. Ne trouves-tu pas ça bizarre ? La petite rivière est la principale."

"Un affluent n'est pas défini parce qu'il est plus grand que le fleuve," dit Bella en commençant à patauger. Elle garda les yeux rivés sur l'eau faisant attention à l'endroit où elle avait marché.

"C'est une ramification qui se jette dans le fleuve, une rivière ou un lac. Le fleuve se jette dans un océan ou une mer. La rivière peut avoir quelques centaines de mètres de long mais tant qu'elle se jette dans la mer ce sera elle le fleuve."

Quand elle n'entendit que le silence Bella leva les yeux. Elle trouva Edward qui la fixait le visage vide. Elle se souvenait combien de fois Rosalie et Alice avaient essayé de lui apprendre l'art de prendre un mari. "Tu as l'esprit vif Bella mais un homme n'aimera pas penser que tu es plus intelligente que lui."

Pas qu'elle cherche à attraper un mari, encore moins Edward. "Je suis désolée, je sais que je parle à tort et à travers et je…"

"Bella." Son rire était doux comme son sourire. "Ce n'est pas parler à tort et à travers." Il se leva. "Tu m'as pris par surprise, c'est tout."

Il tendit le bras pour lui prendre le fût. Il était lourd mais il le fit passer dans un bras et tendit l'autre pour la stabiliser sur la rive. Elle se pencha vers lui peut-être un petit peu plus longtemps que nécessaire, attirée par ses yeux et la façon dans la lumière du soleil brillait sur le vert.

"Bien." Il posa le fût. "Es-tu pressée de retourner au camp ?"

"Non je ne pense pas. Je vais juste faire bouillir l'eau et puis revenir ici ensuite."

Il marmonna. La façon dont ses yeux dérivèrent sur son visage, s'attardèrent sur ses lèvres fit que Bella prit une respiration en prévision. Pourquoi ? Elle ne pouvait pas le dire mais le moment semblait propice à la chance.

Edward souffla et recula loin d'elle. Il se racla la gorge et regarda vers ses pieds. "Tu veux apprendre à pêcher ?"

Elle haussa les sourcils, débattant intérieurement. Elle supposait qu'elle pouvait feindre l'ignorance pour sa fierté. C'est ce que feraient Alice et Rosalie. Elle s'accroupit et prit la canne dans ses mains. Elle tendit la ligne démêlée le long de la tige et accrocha l'hameçon.

"Préfères-tu les vers ou existe-t-il une plante qui ferait un meilleur appât ?"

Edward la regarda et cligna des yeux puis se pencha en riant, ses mains sur ses genoux. Bella sourit, ravie de ce son. "Je suis le seul enfant de mon père. Il adore pêcher."

"Je m'en souviens." Il agita sa main. "Il semble que ce soit ta journée pour être celle qui enseigne. Bien sûr. Après tout c'est toi qui pourrais être celle qui est le plus expérimentée."

Il l'aida à trouver un ver et s'assit à côté d'elle après qu'elle eut lancé sa ligne. Ils s'assirent dans un silence agréable pendant un certain temps. C'était paisible. Elle regardait Edward en coin, voyant son profil. Toute sa barbe avait la même teinte bronze que ses cheveux.

Etait-ce étrange de vouloir passer ses doigts dans ces boucles grossières ?

Il tourna la tête, captant son regard mais plutôt que se détourner, elle resta figée. A nouveau ses yeux allèrent vers ses lèvres.

L'attention de Bella fut attirée par sa ligne qui tirait. Ils regardèrent tous les deux vers l'eau mais à peine les pensées lentes de Bella se remettaient en place que la ligne s'agitait à nouveau. Elle dut la tenir avec les deux mains pour l'empêcher de lâcher.

"Bonté divine," murmura-t-elle, en essayant en vain de remonter le poisson. Elle pouvait voir le tumulte qu'il y avait dans l'eau et elle recula, enfonçant les talons de ses pieds nus dans la terre.

Avant qu'elle ne sache ce qu'il se passait, Edward avait enroulé un bras autour d'elle, lui tenant la main stable sur la canne alors qu'il prenait la ligne dans son autre main. "Waouh. Doucement. Tu dois l'amener en douceur, pour ne pas qu'il rompe ta ligne. C'est facile."

Elle aurait pu lui rappeler qu'elle savait exactement quoi faire avec un poisson têtu mais le grondement de sa voix si proche de son oreille l'embrouillait. Quand elle recula, elle se retrouva nichée contre sa poitrine. Ensemble, ils remontèrent le poisson sur le rivage.

"Waouh, ma belle. Regarde ça." Quand il tourna la tête, sa barbe lui toucha la joue. Le frottement… de ses moustaches la fit frissonner. "C'est ce que nous appelons un monstre. On peut nourrir tout le convoi avec ce poisson."

Sans réfléchir, Bella tourna la tête pour le regarder, avec la ferme intention de lui dire qu'il exagérait un peu pour finalement trouver ses lèvres contre les siennes. Surprise, elle s'immobilisa, l'esprit vide. Ses yeux étaient grands ouverts, son souffle chaud contre sa peau. Pendant une, deux, trois secondes qui s'étirèrent en éons, aucun ne bougea.

Puis Edward grogna. Ses yeux se fermèrent et il amena une main à l'arrière de sa tête. Il l'embrassa, un vrai baiser et rien de ce que Bella avait lu, rien de ce qu'elle avait entendu de Rosalie et Alice, n'aurait pu la préparer à cela.

C'était bien plus que la douce façon dont ses lèvres se déplaçaient sur les siennes. C'était un frisson qui traversait son sang, en suivant à peine le rythme accéléré de son cœur. C'était comme une vague chaude qui se répandait de sa poitrine vers le sommet de sa tête et jusqu'à la plante des pieds.

Cela dura une poignée de secondes avant qu'Edward ne se recule. Ses yeux s'ouvrirent et se fermèrent, ses paupières lourdes comme si elle était en train de se réveiller. C'était en effet l'état d'esprit de la jeune femme : une brume onirique comme lorsqu'on se réveille avec le soleil du milieu de la matinée qui brille chaudement sur le lit. Les iris d'Edward étaient devenus noirs. Pas comme s'ils étaient menaçants mais plutôt quelque chose qui parlait de désir. Il avait l'air incertain, comme s'il allait s'excuser mais ensuite il inclina la tête et l'embrassa à nouveau.

Cette fois-ci, elle répondit. C'était plus naturel qu'elle ne l'aurait cru. C'était comme si ses lèvres étaient destinées à embrasser les siennes, à s'adapter aux siennes, à bouger avec elles. De nombreuses autres secondes s'écoulèrent avant qu'ils se séparèrent, tous deux à bout de souffle.

Cela aurait pu sembler ridicule. Elle pouvait à peine se rappeler comment elle s'était retrouvée dans ses bras sauf qu'elle tenait toujours la canne à deux mains. Le poisson gisait pathétiquement à leur pieds.

Il se lécha les lèvres et prit une profonde inspiration. "Bella, je…"

Tout ce qu'il aurait pu dire fut coupé par le son de petites voix qui criaient. Bella et Edward s'éloignèrent l'un de l'autre, chacun se reprenant en se tournant vers la forêt derrière eux. Pendant un moment, il était pratiquement impossible de savoir ce que signifiaient ces cris mais ensuite Bella comprit.

Son nom. Crié par deux petits garçons très effrayés. "Peter ? Henry ?" appela-t-elle.

Ils apparurent à peine quelques secondes plus tard. Quelque chose n'allait pas. Elle pouvait le lire sur leurs visages et l'entendre dans leurs voix. "Que s'est-il passé ?"

"Esmée a dit que tu dois apporter l'eau rapidement," dit Peter.

"C'est Carlisle," précisa Henry, son petit visage renvoyait l'image de l'inquiétude. "Il est terriblement malade."

L'estomac de Bella se tordit. "Oh non !" Elle attrapa le petit fût et se mit à courir aussi vite qu'elle put.

"Allez." Edward l'avait rattrapée assez facilement. Il tenait ses chaussures à la main. "Accroche-toi bien au fût", dit-il une seconde seulement avant de la prendre dans ses bras, avec le fût.

Dans des circonstances normales, Bella aurait protesté contre le fait d'être portée comme un bébé. Dans la mesure où elle n'avait pas le temps de remettre ses bottes, elle faisait confiance à Edward pour la ramener au camp aussi vite que possible. Elle s'accrocha au fût, heureuse que le camp ne soit pas très loin.

Edward la posa quand ils arrivèrent à la clairière herbeuse. Il lui prit le fût et courut avec elle vers leur chariot.

Bella haleta en voyant sa famille d'accueil et d'autres personnes rassemblés autour d'une forme recroquevillée. C'était Carlisle, bien sûr, et il était dans un état terrible. Bien qu'il soit un homme imposant il avait l'air petit, recroquevillé sur le côté comme s'il était au milieu de son lit.

Son visage était très pâle et ses bras enroulés autour de son estomac alors qu'il haletait de douleur. Bella imaginait que sa lèvre était fendue parce qu'il s'était mordu pour ne pas crier. C'était tout Carlisle.

Avant que Bella puisse se rapprocher de lui, Emmett la prit par la taille et la fit reculer alors qu'elle protestait.

"Allez, petite soeur." Bien qu'Emmett soit habituellement bruyant et joyeux, ses yeux étaient lourds d'inquiétude et sa voix douce. "Tu ne peux pas t'approcher."

Edward avait apporté l'eau. Esmée leva la tête et lui tendit une louche. "Pas le temps de la désinfecter et ça ne sert à rien," l'entendit dire Bella. "Il vomit l'eau plus vite que je peux la lui faire boire."

Emmett avait traîné Bella là où elle ne pouvait rien entendre, où Rosalie et Alice étaient séquestrées. Bella cessa de se débattre. "Est-ce le choléra ?" demanda-t-elle, bien qu'elle le sache déjà.

Il hocha la tête. "Ça l'a frappé comme ça, de nulle part. Une minute il était assis en train de parler, la suivante il était, eh bien..." Il fit un geste d'impuissance en direction de son père. "Jasper est parti chercher le Dr Snow."

Il secoua la tête. "Je dois aider maman. Reste ici, Bella. Moins il y a de gens pour l'attraper, mieux c'est."

Bella se laissa guider par Alice et Rosalie et ensemble, elles s'assirent par terre, les bras autour les unes des autres, se balançant tranquillement.

Pour une raison quelconque, bien qu'il n'ait pas plus de savoir-faire médical qu'elle, Bella eut l'impression qu'il valait mieux que ce soit Edward qui reste aux côtés de Carlisle.

Oo FH Oo

Il fallut attendre longtemps avant qu'Edward ne quitte le campement des Cullen. Il ne pouvait pas vraiment faire grand-chose mais il avait fait ce qu'il pouvait. Il était allé chercher de l'eau. Il avait fouillé dans les médicaments pour essayer de trouver le laudanum. Il avait réconforté Esmée du mieux qu'il avait pu quand elle lui avait dit que Carlisle avait utilisé le dernier flacon pour soulager la souffrance d'une femme mourante la veille.

Il ne s'était jamais senti aussi impuissant de toute sa vie.

"Edward ?"

La voix douce et tremblante de Bella lui brisa le coeur. Il se tourna pour la regarder et dans la lumière du feu il put voir l'inquiétude sur son visage. Elle avait l'air encore plus jeune quand elle avait cette expression.

Se pouvait-il que ce ne soit que ce matin-là qu'il se soit retrouvé à l'embrasser au bord de la rivière ?

Elle déglutit. "Est-ce qu'il... ?"

"Non," dit-il rapidement. "Je pense que le pire est passé."

"Tu crois qu'il va vivre ?"

"Emmett et Jasper ne t'ont pas parlé ?"

"Je sais ce qu'ils ont dit. Je veux te l'entendre dire."

Une fois de plus, Edward fut frappé par la confiance qu'elle lui accordait. Il tendit la main pour toucher son épaule - un geste innocent et réconfortant - et il souhaitait pouvoir la prendre dans ses bras. Il détestait voir son visage si tiré.

"Le choléra tue très rapidement. Il a réussi à passer la journée. Il passera la nuit et il s'en remettra." Il lui serra l'épaule. "C'est un homme fort qui a beaucoup de raisons de vivre, Bella. Il survivra. Tu verras. Dans quelques jours, ce sera comme s'il n'avait jamais été malade."

"Mon père était fort mais la maladie l'a rendu maladif. Faible."

Edward fit une grimace. Il laissa sa main glisser sur le dos. "Ton père a eu une série de malchance. Ce n'est pas le choléra qui l'a frappé en premier. Il avait déjà eu la diphtérie quand il a attrapé le choléra. C'était trop pour son système. Mais il était quand même assez fort pour survivre à cela et Carlisle va s'en tirer, également."

"C'est terrible ce que cette maladie lui a fait." Bella enroula ses bras autour de ses épaules.

"Je sais, ma petite chérie. Je suis désolé que tu aies dû le voir."

Elle le regarda. "Tu penses vraiment qu'il ira bien ?"

"Je ne le dirais pas si je n'y croyais pas." Comme il avait envie de poser ses mains sur ses joues. Il y avait une douleur en lui… qu'il ne pouvait pas se permettre de reconnaître. Il ne savait pas comment se sentir par rapport à leur baiser. Il ne savait pas ce qu'il était censé faire. Ici, sur la piste, ce n'était pas comme s'il pouvait s'éloigner d'elle.

Cela l'effrayait de voir à quel point il trouvait l'idée de s'éloigner d'elle, odieuse.

Edward soupira et lui frotta le dos une fois de plus avant de laisser sa main tomber sur le côté. "Dors, Bella. On ne sait pas ce que demain pourra apporter."

"Je ne peux pas dormir. Tu peux dormir ?"

En réfléchissant, Edward se rendit compte qu'il était perturbé jusqu'au plus profond de lui-même par l'inquiétude au sujet du patriarche Cullen. Il soupira et secoua la tête.

"Puis-je rester un peu avec toi ?" demanda Bella, en faisant un signe de tête vers le feu au centre du cercle.

Il savait qu'il devait dire non. Il le savait mais elle était effrayée. C'était le moins qu'il puisse faire. "Si c'est ce que tu souhaites. Oui."

Ils passèrent la nuit près du feu, à parler des herbes de la région, jusqu'à ce que Bella s'endorme avec sa tête sur son épaule.