Coucou !
Voici le chapitre trois ^^ Comme vous pouvez le voir, j'ai changé le titre, parce que j'aimais pas trop le dernier...
Désolée pour le retard, à la base il devait être plus long, mais là encore j'ai coupé parce que... Bah parce que sinon je l'aurais pas posté aujourd'hui et qu'il aurait fait trois fois la taille de celui-ci x)Encore merci pour vos reviews, ça me fait vraiment chaud au coeur! Et comme je commence à en avoir pas mal, bah je vais faire le tour comme j'ai des questions ^^
Livai Ackerman: Possible, en effet... Peut-être, peut-être pas... Dans deux ou trois chapitres, ça devrait s'éclairer ^^Contente que ça te plaise en tout cas!
Tatakae: J'ai pas vraiment précisé où sont ses parents, on peut imaginer qu'ils sont en voyage, effectivement... Mais là aussi, leur absence récurrente devrait s'éclairer dans un ou deux chapitres...
Lucie: Heureuse que ça te plaise, et merci ! ^^ Bon par contre, je suis désolée, ce chapitre là est un peu plus court... Mais j'essaierai de rester régulière sur la longueur des chapitres!
Pendant que j'y penses, dans ce chapitre... Bah, il va y avoir de la musique! Je dis pas par qui, même si vous devez vous en douter x) Voici le morceau qui sera joué, vers la fin du chapitre (malheureusement, il ne sera pas joué en entier... vous verrez pourquoi ^^) watch?v=sSGqc28ROv4
Allez, Bonne lecture!
Chapitre 3: Les questions
Eren
Eren se sentait bien. Malgré le fait qu'il avait toujours mal de partout, que sa tête lui donnait l'impression d'imploser en continu, que son estomac avait l'air d'être déchiré et mit en pièces, que ses côtes semblaient brûler, broyées, et que ses membres lui donnaient l'impression qu'on l'écartelait constamment en lui écrasant chaque muscle avant de lui enfoncer un clou dans chaque parcelle de peau, malgré tout ça, Eren se sentait bien. Il était au chaud, agréablement blotti contre quelque chose de confortable et tout aussi chaud. Un oreiller ? Non, ça n'y ressemblait pas. C'était quelque chose de différent. Ça ressemblait plus à… Un corps. Etait-il en train de rêver ? Etait-ce la présence qu'il avait sentie plus tôt dans son rêve ? Cette présence qui l'avait prise dans ses bras, cette présence qui avait veillé sur lui, qui l'avait enseveli dans les sources chaudes avant de le serrer contre elle. Cette présence qui, aurait pu avoir l'apparence d'une mère… Et qui avait le visage – inquiet, qui plus est – de son prof. Euh, non. Il devait y avoir une erreur, Eren devait divaguer complètement : De un, il rêvait de son prof – ce qui était totalement chelou – et de deux, en plus de ça, il avait rêvé que son prof s'inquiétait pour lui. Levi, inquiet ? HAHA, non, c'était totalement impossible. Il avait dû être pris par une très forte fièvre dans la nuit, parce que ça virait carrément au délire impossible.
Eren, intrigué par tout ce qui lui arrivait – et par cette confortable sensation qui restait – papillonna des yeux, les ouvrants doucement, sortant à peine de son lourd sommeil. Face à lui, il y avait un visage. Ce n'était pas du tout normal qu'il se réveille face à un visage, mais il n'y fit pas attention. Non, ce qui le préoccupait c'était que le visage lui était plutôt familier, mais que son expression lui était totalement inconnue. C'était une expression calme et sereine, apaisée et reposée, une expression endormie, angélique. Eren mit donc quelques instants à réaliser que ce visage n'était qu'autre que celui de son professeur. Lorsque l'info arriva à son cerveau, il écarquilla les yeux. Mais bon sang, il s'était passé quoi ? La dernière chose dont il se souvenait, c'était de courir et…. Plus rien. Bah mince alors, il ne se souvenait plus du tout, c'était le noir complet… Mais attendez, si c'était bel et bien le visage de son professeur, alors ça voulait dire que… Que tout son rêve n'en avait pas été un ? Eren regarda rapidement aux alentours, et remarqua que ce n'était ni son lit, ni sa chambre, ni même sa propre maison. C'était plausible que son rêve soit réel…
Il regarda soudainement sous la couette, pris de panique en pensant à une possibilité. Bon, de un, il était habillé, ce qui était rassurant. Mais ce n'était pas son pyjama… Ce qui voulait dire que ce prof l'avait déshabillé – pour la seconde fois déjà – et lui avait sûrement fait prendre un bain, comme il l'avait senti… Donc il l'avait vu complètement nu… A cette pensée, le rouge monta aux joues d'Eren, alors qu'il réalisa autre chose. En fait, tout ceci était complètement plausible, car en aucun cas Eren aurait rêvé de son prof… Mais cela voulait donc dire que son professeur avait été inquiet pour lui ? Tout ceci était étrange… Ça commençait vraiment à perdre en crédibilité…
Eren essaya de se défaire de l'étreinte, malgré sa fatigue et sa souffrance. C'est pas tout, mais il devait rentrer chez lui… Et il avait ses petits boulots aussi ! Et merde, il allait devoir trouver une excuse pour ne pas se faire renvoyer… Et puis, minute, il était quelle heure ? Les cours avaient dû commencer, bon sang ! D'ailleurs, c'était étrange que son professeur soit toujours en train de dormir alors qu'il était sûrement temps pour lui d'aller bosser. Eren ne savait pas l'heure, mais il se doutait que la matinée était plutôt avancée, une lumière douce traversant les volets pour se propager dans la salle. Il continua donc d'essayer de se défaire de l'étreinte, s'agitant un peu. Puis soudain, la pression autour de lui se fit plus forte, et il se figea, pivotant lentement la tête pour être accueilli par deux glaçons qui le fixait.
« Enfin réveillé, la belle au bois dormant ? »
Eren déglutit et eut un mouvement de recul, mais Levi l'empêcha de bouger et le plaqua au lit, se plaçant au-dessus de lui.
« Hep, calmes-toi Princesse Aurore, t'as interdiction de bouger. »
Eren déglutit de nouveau, rougissant légèrement. Princesse Aurore ? C'était quoi ce surnom ? Non mais il se foutait de lui ou quoi ? Il regarda Levi dans les yeux, essayant de soutenir son regard, mais celui-ci était tellement… Sérieux, dur et froid. Ses sourcils en étaient même retournés à leur froncement habituel, ses yeux gris et sans lueur le fixant avec autorité. Il tenait Eren fermement par les bras, le plaquant bien contre le lit avec une force que le jeune garçon n'aurait pas imaginé. Il soutint donc le regard de son professeur encore quelques instants, puis ferma les yeux en acquiesçant, résigné. Levi relâcha donc légèrement son emprise, juste assez pour ne pas faire de mal à Eren, mais celui-ci était toujours assez retenu pour rester plaqué au lit.
« Bien. Tu dois te reposer et ne pas bouger. Pour ce qui est des cours, ne t'en fais pas, j'ai prévenu que tu les louperais quelques jours. Et si tu te poses des questions, t'es chez moi parce que tes parents sont absents et qu'il est impossible de les joindre. D'ailleurs, après que tu aies repris des forces, j'attendrais des explications de ta part… »
Eren déglutit, alors que ses yeux s'écarquillèrent. Mais qu'est-ce que lui racontait ce foutu prof ? Ses parents étaient toujours – ou presque toujours – présents ! D'accord, ils s'absentaient souvent, et c'est à cause de ça qu'Eren devait bosser et ramener l'argent lui-même… Mais il était sûr que ses parents étaient là. Il était pratiquement sûr de leur avoir parlé deux jours plus tôt…. Non, il s'en souvenait, même ! Il se souvenait des rires échangés avec eux, de sa mère qui jouait du piano dans le salon, puis du violon, puis de la harpe, de la flûte, et tout autre instrument, musicienne renommée qu'elle était ! Il se souvenait de sa voix, sa douce et mélodieuse voix qui lui chantait les plus belles chansons du monde. Il se souvenait de son père qui souriait, lisant son journal on son livre, buvant sa tasse de café ou son verre de vin selon l'heure. Il se souvenait de tout ça, alors ce prof lui racontait des bobards ! Enfin, il était possible que ses parents se soient absentés sans le lui dire. Ça arrivait souvent, sans qu'il ne s'en rende compte. Mais il était sûr que quand il rentrerait chez lui le soir même, ses parents l'attendraient patiemment… !
Après un moment de réflexion, et voyant qu'Eren ne bougerait plus, Levi se redressa subitement, lâchant sa prise tout en soufflant bruyamment.
« Bouges pas, gamin. Maintenant que t'es calmé je vais te chercher de quoi reprendre un peu de forces. »
Il se leva et sortit de la chambre. Eren, lui, se redressa en le regardant s'éloigner. Pas bouger ? Haha, il était comique ce prof, comme si Eren était en état de bouger. Il soupira et se laissa lourdement retomber sur le lit – non sans laisser échapper une grimace de douleur – et observa la salle dans laquelle il se trouvait. Elle était spacieuse, et plutôt sobre, mais extrêmement bien rangée et nettoyée. Pas un grain de poussière ne traînait sur le parquet clair et ciré, ou sur les meubles qui semblaient fait d'ébène, et les murs étaient d'un blanc immaculé, comme si l'ivoire même était contenu dans ces murs. Le lit dans lequel il se trouvait était placé dans un coin de la pièce, et face à lui, à l'autre bout de la pièce, se trouvait une grande bibliothèque qui remplissait tout le mur d'en face, les trois quarts semblant être des bouquins, le dernier étant de vieilles feuilles bien classées qui semblait rappeler quelque chose à Eren. Le mur apposé au lit, qui allait jusqu'à la bibliothèque, était composé d'une grande baie vitrée partant de la fin du lit jusqu'à l'antre des livres, dont les vitres n'avaient pas une seule tâche et laissaient entrevoir la lumière du soleil matinal. Le mur qui était face à celui de la baie vitrée était grand, composé de miroirs allant jusqu'au plafond, d'un placard qui semblait être le dressing de son professeur, d'un encadrement de porte qui semblait amener à une salle de bain personnelle, et enfin, face au lit, il y avait une porte d'ébène polie qui menait à la suite de la maison. Puis, au centre de la pièce, il y avait une table basse encadrée de deux fauteuils modernes, sous laquelle reposait une carpette blanche immaculée. Eren soupira. La chambre de ce prof était vachement classe – et encore il n'avait pas tout vu. Il commença donc à regarder le plafond, qui était aussi blanc que les murs et qui portait en son centre une lampe plutôt sobre, mais luxueuse. Eren soupira de nouveau. Ce Levi semblait avoir bien gagné sa vie…
En parlant du loup, voilà que le professeur passait le pas de la porte à nouveau, un plateau entre les mains sur lequel Eren pouvait apercevoir un bol, mais pas ce qu'il y avait à l'intérieur. Il commença à se redresser, tandis que Levi lui adressa un regard sévère qui lui annonça qu'il ferait bien de ne pas bouger plus que ça. Eren répondit au regard en déglutissant, s'adossant au mur du lit, tout en essayant de cacher ses grimaces de douleur à chaque mouvement. Levi, en arrivait face au lit, déposa le plateau sur les jambes d'Eren.
« Si tu me dégeulasse encore une fois les draps, j'te jure que je te fous dehors, rétabli ou non. »
Eren déglutit, puis se demanda ce que Levi pouvait bien entendre par « encore une fois », car c'était la première fois qu'il venait chez son professeur – qu'il ne connaissait que depuis la veille, en plus – mais il décida de ne pas poser de questions et porta son attention sur son le récipient contenant son petit-déjeuner. C'était un bol simple, dans lequel se trouvait une sorte de bouillie pas très appétissante – voir pas appétissante du tout. On aurait dit un mélange d'eau, de sable, de boue et de morceaux de bois. Eren fit une moue de dégoût en imaginant ce que son professeur avait bien pu préparer, et se souvînt qu'ils n'étaient pas en très bon accords tous les deux. Suspicieux, il leva la tête vers lui, fronçant les sourcils, les yeux lui lançant un regard interrogateur.
« Vous voulez m'empoisonner, c'est ça ? » Déclara le jeune garçon.
Levi se retînt d'éclater de rire, à la place il soupira légèrement. Il était légèrement dérangé par le vouvoiement, mais il préféra mettre ce détail de côté, et répondit sournoisement.
« Tch, quel gamin débile tu fais. Apprends un peu à te servir de ta tête, c'est simplement du porridge. Ça redonne des forces. Si je voulais ta mort, tu aurais déjà quitté ce monde, morveux. »
Eren déglutit de nouveau, puis reporta son attention sur la bouillie qui lui servirait de petit-déjeuner, dont l'allure promettait toujours d'être immangeable. Bah, de toutes façons, il ne s'attendait pas à du luxe non plus venant du professeur. Ça l'étonnait déjà bien assez d'être dans la maison de celui-ci sans s'être fait viré au bout de deux minutes. Il soupira, puis attrapa la cuillère sur le côté et commença à la plonger dans le bol, quand Levi l'arrêta, assis près du lit tout en l'observant :
« Rapelles toi, le môme : pas de tâches ou de miettes, sinon tu en subiras les conséquences. »
Le ton, les vibrations de sa voix, son regard, son expression, tout était subitement devenu sérieux chez lui. Apparemment, il ne fallait pas plaisanter avec le ménage et la propreté, par ici… Eren acquiesça, cachant son intimidation, et continua son mouvement de cuillère, pour finalement la porter à sa bouche, tout en faisant attention à ne pas laisser tomber une seule goutte. Lorsque la mixture atteignit sa langue, il retînt une grimace, et avala après quelques tentatives pour faire disparaître l'horrible goût qui trônait dans son palais.
« Ugh, c'est quoi cette mixture ? » Demanda-t-il après avoir enfin réussi à faire passer la mixture dans son estomac.
« Un mélange de flocons d'avoine et de lait. Y'a aussi du sucre, et dans celui-ci j'ai rajouté des bananes. C'est très nourrissant, et tu iras mieux plus rapidement avec ça. Alors bouffe avant que je te le fasse bouffer moi-même ».
Eren pensait que c'était plutôt quelque chose qui lui donnerait des indigestions, mais imaginant les pires scénarios que son professeur pourrait utiliser pour lui faire manger la mixture, il décida de continuer à manger lui-même, tout en évitant de grimacer à chaque bouchée. C'est donc comme ça qu'il prit son petit déjeuner – horriblement immangeable – sous le regard observateur de Levi, en continuant toujours à faire attention de ne rien salir. Quand il eut finit, Levi lui prit le bol des mains et le posa sur la table de chevet, puis regarda Eren avec sérieux, avant de déclarer :
« Bien. Maintenant, passons aux questions. Sais-tu pourquoi tes parents ne sont pas présents chez toi ? »
Eren réagit au quart de tour, comme pour se défendre.
« Qu'est-ce que vous racontez ? Mes parents sont là, je les ai vus il y a deux jours ! Je les aurais vus hier si vous ne m'aviez pas kidnappé ! Ils doivent être morts d'inquiétude à l'heure qu'il est, je dois les retrou-… »
« Holà, calme-toi l'morveux », le coupa Levi. « Eren, j'suis passé chez toi hier pour te ramener, mais la maison était vide. C'est pour ça que je t'ai amené chez moi. De plus, tes parents sont injoignables. Tu peux expliquer ça ? »
« Je euh… Ça leur arrive assez souvent d'être absents et, euh…. On a… On a récemment déménagé, j'imagine que… le changement d'adresse n'a pas encore été fait… »
Eren semblait hésiter, comme s'il ne savait pas quelle phrase choisir, comme s'il cherchait une excuse et qu'il était gêné de mentir. Levi soupira, ne croyant pas un traître mot de ce que lui racontait le gamin.
« Oï, Eren, arrête tes conneries et dis-moi la vérité, tes excuses bidon marchent pas sur moi. Dis-moi, t'as un problème avec tes parents ? »
« Mais je ne mens pas ! » S'exclama-t-il, sur la défensive.
« Alors pourquoi tu manges rien, bordel ? Pourquoi ton corps est si faible qu'il te lâche ? Tes parents te battent ? Te font bosser ? Pour l'amour de dieu, réponds ! »
Il avait haussé le ton, presque hurlé, sa voix étant subitement devenue agressive. Eren, lui, s'était figé sous la violence des mots. Ne bougeant plus d'un poil, il fixait Levi avec surprise et choc, les yeux écarquillés et le visage en décomposition. Ses lèvres inférieures tremblaient légèrement, et Levi, l'espace d'un instant, eut peur de s'être emporté et d'être allé trop loin. En regardant le gosse, il crut qu'il allait se mettre à pleurer, ou qu'il allait refaire une crise comme la nuit dernière. Mais Eren déglutit lentement, toujours sous le choc, tentant de ne pas laisser paraître la moindre émotion, puis il souffla lentement avant de reprendre d'une voix légèrement tremblante, qu'il tentait de cacher :
« Je… C'est… C'est pas de leur faute… Ils peuvent pas bosser, alors…. Alors c'est moi qui fait plusieurs petits boulots pour rapporte de l'argent… Mais ils ne me font pas de mal, c'est juste que-… »
Il s'arrêta soudainement, un souvenir lui frappant la mémoire de plein fouet. Il porta sa main à son front comme si sa tête le tiraillait, et l'autre à sa bouche, pris d'une soudaine nausée. Il semblait tenter de se contrôler, les yeux exorbités sous la violence de la scène qui lui traversait la tête. Levi, lui, s'était instantanément redressé, et était face au jeune garçon, ses mains sur les épaules de celui-ci, cachant son inquiétude soudaine sous un visage neutre :
« Hey, Eren, ça va ? »
Eren resta les yeux exorbités quelques instants de plus, puis il inspira et expira profondément, secouant la tête pour se défaire de ce qui lui avait soudainement sauté à la tête, et laissa tomber ses mains, feignant un sourire.
« Donc je… Je fais attention à ne pas trop dépenser c'est… pour ça que je suis souvent fatigué… Mais je mange tout de même, hein ! »
Levi était choqué. Il ne le montrait pas, affichant un regard toujours aussi neutre, mais était choqué. Comment quelqu'un d'aussi jeune pouvait bosser et ramener de quoi subvenir aux besoins de trois personnes ? Non, c'était impossible. Il devait y avoir une merde quelque part, le gamin devait cacher quelque chose au sujet de ses parents… Sa réaction avait d'ailleurs confirmé à Levi qu'il se tramait quelque chose d'anormal chez ce gamin. Il pensait que ses parents devaient travailler – car lui tout seul ne pouvait pas subvenir aux besoins d'une famille – mais qu'il devait sûrement se passer quelque chose pour qu'il évite d'en parler… Par contre, le fait que le gamin bosse expliquerait pourquoi il se lèverait en retard… Mais ça n'expliquait en rien qu'il néglige sa santé et se prive de nourriture….
Le professeur poussa un long soupir. Toute cette histoire était bien compliquée. Il se demanda encore une fois dans qu'elle genre de merdier il avait pu s'engager en voulant aider ce garçon. Toutefois, il se promit de découvrir son problème, et ce qui n'allait pas avec ses parents et sa famille. Oui, il se l'était promis, depuis ce jour… Il s'était promis de ne plus jamais laisser ce genre de choses arriver…
Levi sortit de ses pensées pour reposer son attention sur le gamin, avant de reprendre la parole :
« Non, gamin, tu ne manges pas assez. De ce que j'en déduis, tu n'as rien mangé hier, et cette bigleuse d'infirmière pense que c'est pareil pour la veille aussi. Tu n'peux pas vivre comme ça, en mangeant un repas par semaine. Comment tes foutus parents peuvent accepter ça ?! »
« Mais… Mais j'ai mangé ! » Répliqua-t-il en tressaillant à la mention de ses parents.
« Pas assez, j't'ai dit…. » Il soupira, passant une main dans ses cheveux, avant de reprendre : « Va falloir que j'en parle à Erwin pour savoir ce qu'il faut faire et s'il faut en parler aux services soc-… »
Eren s'était soudainement redressé – ce qui avait causé une vive douleur dans tout son corps, mais il l'avait ignorée – et s'était subitement agrippé à ses bras, affolé, le regardant droit dans les yeux.
« Non, n'en parle pas ! »
Il baissa la tête, serrant le tissu du pyjama de Levi entre ses mains, ignorant de s'excuser pour la familiarité et l'impolitesse dont il faisait preuve envers son professeur.
« S'il te plaît, n'en parle pas… »
Il semblait sur le point d'éclater en sanglots, d'arrêter de respirer, ou de fuir par la première fenêtre du coin tellement il était tendu. Levi pouvait entendre sa respiration saccadée qui trahissait son affolement. Il haletait, comme si son souffle attendait la réaction de Levi pour le quitter. Levi, lui, soupira longuement, puis se défit de l'emprise du gamin, se levant sans un mot tandis que la panique gagnait Eren de nouveau, alors qu'il avait la tête toujours baissée et semblait se recroqueviller encore plus sur lui-même.
« Calmes-toi, gamin. Je verrais moi-même si j'en parle ou non. Si ça te fait autant flipper, je n'en parlerais peut-être pas, mais c'est tout de même un problème à régler… »
Bien sûr, Levi avait véritablement l'intention d'en parler à Erwin et Hanji, ses deux amis, pour décider de ce qu'il était préférable de faire. Mais pour l'instant, il fallait rassurer le gamin. Celui-ci, d'ailleurs, releva la tête vers Levi, le visage neutre, quoique une once de supplication dans le regard. Levi souffla, l'ignorant, et regarde Eren à nouveau.
« Bien. Aller, lèves-toi. T'as réussi à redevenir sale même après le bain que je t'ai donné, donc on va te laver de nouveau. Et puis, comme t'a dégueulassé les draps, faut que je les mette dans la machine à laver. »
Eren détourna les yeux et rougit à la mention du bain de la veille. Alors il ne s'était pas trompé, il l'avait bien déshabillé et laver… Pfff, d'abord en pleine rue, ensuite chez lui, mais ce prof était vraiment un pervers ! C'était flippant, de savoir que son professeur l'avait vu nu – et pire encore, que c'était lui qui l'avait déshabillé. Néanmoins, Eren se leva – difficilement, certes, mais il se leva quand même – et osa poser la question qui lui trottait dans l'esprit depuis un moment déjà.
« Dites, qu'est-ce que vous entendez par salir ? C'est la première fois que je viens ici, je ne vois pas comment j'aurais pu rendre vos draps sales… »
Levi regarda Eren, étonné.
« Alors tu ne te souviens de rien ? »
Eren secoua la tête, ce qui fit soupirer Levi.
« Eh bah, tu vois, t'as dû faire un cauchemar, parce que tu criais, tu te débattais, et tu transpirais comme un porc…. T'as rien vécu de traumatisant, par hasard ? Parce que ça avait l'air plus sérieux qu'un cauchemar… »
« Vraiment ? » Répondit Eren, étonné.
Levi acquiesça, et le jeune garçon soupira. Il ne se souvenait vraiment de rien. Mais il se souvenait d'avoir assez souvent des nuits agitées. Et son cauchemar expliquerait le visage inquiet de Levi qu'il avait vu… Même s'il avait dû divaguer un peu et confondre inquiétude avec colère.
« Et euh… Non, je n'ai rien vécu de spécial…. Ça arrive à tout le monde, les cauchemars, vous savez.»
Malgré l'affirmation, Levi pouvait déceler une pointe d'hésitation dans la voix d'Eren, et ses doutes ne cessaient de croître. Le garçon, lui, était appuyé contre le mur à cause de ses membres qui le tiraillaient. Il regarda son professeur, puis déclara d'un ton naturel :
« Dites, vous allez me séquestrer encore longtemps ? »
Encore une fois, Levi se retint de rire. Il se contenta cette fois-ci d'un faible sourire presque invisible, avant de répondre au gamin :
« Tu resteras ici jusqu'à ce que tu sois de nouveau sur pieds, et- »
« Mais et mes parents ?! Je dois retourner chez-moi ! Ils doivent être inqu-»
« Laisse-moi finir, morveux ! J'ai laissé un message chez toi avec mon numéro et mon adresse, et le répondeur est bourré de messages. »
Eren fut déconcerté par son professeur. Il semblait dire vrai. Mais c'était impossible, ses parents ne pouvaient pas être absents… Il était perdu, totalement déboussolé.
« Je… Je vous l'ai déjà dit, on a… récemment déménagés… »
Levi doutait encore plus, le gamin semblait hésiter encore plus sur ses propres paroles.
« Passes-moi donc le numéro de tes parents et ton adresse. Comme ça, je m'en assurerai. »
Le gamin parût paniquer quelques secondes, mais lui passa à contrecœur un numéro de portable. Il rechigna néanmoins à lui passer sa nouvelle adresse, ce que Levi trouvait louche. A son avis, il n'avait pas déménagé, et quelque chose se passait chez lui. Mais le professeur préféra laisser ça de côté et faire lui-même ses recherches, vu que le gamin ne semblait lui-même pas certain de ce qu'il se passait chez lui.
« Aller, viens, j'ai pas que ça à faire. »
Il traina le plus jeune jusqu'à la salle de bain de sa chambre – celle-ci étant la plus proche – et l'entraîna à l'intérieur. La salle était assez originale, elle n'était pas faite de carrelage mais de bois clair, avec quelques tapis de bain blancs pour éviter d'abîmer le parquet. Cette salle de bain, contrairement à l'autre, ne comportait qu'une douche, et un lavabo. Mais la douche était immense, elle aurait pu contenir quatre personne. Levi se tourna ensuite vers Eren.
« Tu peux te laver tout seul où il te faut encore de l'aide ? »
Eren rougit de nouveau, embarrassé, et baissa les yeux.
« Non, c'est bon, j'peux le faire tout seul. »
Levi hocha la tête, et lui passa une serviette, avant de commencer à sortir.
« Monsieur Ackerman, attendez… »
Le professeur s'arrêta, et se tourna vers le plus jeune avec un regard interrogateur.
« Hm, dans mon, sac, j'ai des habits de rechange. Je pourrais les avoir ? »
Levi haussa un sourcil, ne cherchant pas à savoir pourquoi le gamin se baladait avec des habits de rechange, puis acquiesça tout en repartant.
« Je t'apporte ça tout à l'heure. »
Et il sortit de la salle de bain et de la chambre, attrapant au passage le bol et le plateau pour les mettre dans le lave-vaisselle. Il alla ensuite chercher les affaires du gamin qu'il déposa à l'entrée de la salle de bain, puis il alla se préparer un petit déjeuner simple : thé, café, et toast de confiture. Pendant que l'eau pour son thé et pour son café chauffait, il appela le numéro qu'Eren lui avait donné. Quelle fut sa surprise lorsqu'on lui indiqua que le numéro n'était pas attribué. Intrigué, il réessaya, mais le résultat fut le même. Cela était décidément bien étrange…
Il changea les draps du lit dans sa chambre, prit son petit déjeuner dans le calme, puis réessaya encore une fois d'appeler les parents d'Eren sur leur portable, mais rien. Il soupira donc, légèrement agacé, alors qu'Eren sortait de la chambre, vêtu d'un tee-shirt simple, d'un gilet sobre, et d'un jean.
« Eh bah, on dirait que tu peux te débrouiller seul, finalement », lança le professeur.
Eren ne releva pas la remarque, et d'un visage neutre, s'adossa au mur.
« Qu'est-ce que je vais faire, moi, ici ? J'ai cours, vous savez. »
« Je sais très bien, et je t'ai déjà dit que j'ai prévenu le lycée que tu serais absent aujourd'hui, tout comme moi. Tu vas te reposer, et c'est tout ce que tu feras. »
Eren pesta, tout en se redressant et en commençant à marcher vers Levi :
« Mais vous comprenez pas ! Je peux pas me reposer, et je vais très bien! Je dois aller bosser ! Et il y a aussi mes parents qui- »
Il trébucha soudainement, et manqua de tomber mais se rattrapa sur un meuble, ses jambes ayant du mal à le soutenir. Levi, lui, soupira et s'approcha du gamin.
« Si, tu vois, t'as besoin de te reposer. Maintenant tu retournes au lit, et sans discuter. »
Eren voulut contester, mais la douleur dans ses membres l'en empêcha. Il ressentait soudainement un violent coup de fatigue, et devait s'appuyer sur le meuble pour ne pas tomber.
« Tch… Pitoyable… »
Levi soupira de nouveau et aida Eren à marcher jusqu'au lit. Il l'y déposa, puis le recouvra avec les draps.
« Tu vois, ton corps endure ce que tu lui a infligé. Allez, maintenant repose-toi. »
Il se redressa, et alla baisser les volets pour laisser plus d'obscurité au gamin, puis il quitta la salle lentement, allant lui-même prendre une douche et s'habiller. Quant à Eren, il était déjà partit dans un sommeil sans rêves…
Plusieurs heures plus tard, il se réveillait. La chambre était vide, et plongée dans la pénombre. Il se redressa, grimaçant de douleur, et regarda autour de lui avant de se souvenir où il était. Doucement, il posa un pied à terre, puis l'autre, et se releva. Il savait que Levi lui avait ordonné de ne pas trop bouger, mais il devait absolument aller aux toilettes. Discrètement donc, il sortit de la chambre à la recherche de celles-ci. Mais il se rendit compte que la maison de son professeur était… immense. Il y avait trop de portes, trop de couloirs, trop de salles…
Et puis, soudainement, quelque chose attira son attention. Une faible mélodie. Légère, et ternie par l'isolation et l'éloignement, mais il entendant l'air vibrer au son de cette mélodie. Sans vraiment réfléchir, il la suivit et atterrit devant une porte entrouverte. Il reconnaissait maintenant le son : C'était du piano, pour sûr. Il le savait, sa mère en avait joué tellement de fois…
Il entrouvrit légèrement plus la porte, pour regarder à l'intérieur de la salle.
Là, il vit Levi qui faisait parcourir ses mains sur les touches d'un grand piano à queue. Non, en fait, ses mains ne parcouraient pas les touches, elles dansaient avec. Oui elles bougeaient ave tellement de rapidité et de grâce, c'était comme un ballet entre l'air, les mains, et les touches. C'était si gracieux, si harmonieux... La vibration des notes semblait atteindre chaque muscle chaque organe du corps d'Eren, elle semblait vibrer dans les cordes de son esprit, de son cœur.
Et la mélodie, la mélodie flottait comme dans un rêve, elle se gravait en Eren, comme si chaque note était une lettre qu'on apposait sur une feuille, elle se propageait dans la salle, éclatant de beauté comme un feu d'artifice. Le jeune garçon pensa à cet instant que Levi était un dieu, un dieu musical qui commandait les notes, qui commandait les mélodies, qui les dirigeaient à sa guise en se faisant toujours obéir, comme si c'était la mélodie qui écoutait le chant harmonieux des ordres de Levi, et pas l'inverse. Quand il le regardait jouer, comme ça, Eren avait l'impression que lui et le piano ne faisaient qu'un, qu'ils étaient unis depuis toujours, que l'un ne pouvait pas exister sans l'autre, comme si l'instrument même avait été créé pour le professeur. Ce dernier n'avait même pas à regarder les touches qu'il frappait délicatement, ses yeux étaient clos, concentrés et apaisés à la fois. On ne discernait même plus son froncement de sourcils habituel, son visage était juste apaisé, on pouvait juste déceler dans son langage mélodieux une once de nostalgie et de culpabilité. Mais tout était tellement harmonieux, cette façon qu'avait Levi de réussir à atteindre les touches du bout des doigts, avec cependant assez de force pour répandre la vibration dans toute la salle…
Eren s'était mis dos à la porte, les yeux clos. Il se surprit même à deviner sur quelles touches Levi allait poser ses mains. Il se rendit compte que c'est parce que l'air lui était familier… Oui, il connaissait cet air. Sa mère le jouait souvent. Mais Levi ne le jouait pas comme sa mère… Il y ajoutait sa touche personnelle, il y ajoutait cette chose qui faisait que c'était lui qui jouait… Mais ce n'était pas pour nuire. Au contraire, ça le rendait encore plus harmonieux et fantastique. Ça rajoutait une touche plus mélodieuse, plus spéciale, comme un rêve éveillé, un songe, une sonate, un…
« VLAM »
Levi s'était subitement arrêté sur les touches, avec une telle violence que cela avait faussé les notes. Eren, surpris, ouvrit subitement les yeux en sursautant, toujours caché derrière la porte, déboussolé. Pourquoi Levi avait-il arrêté subitement son morceau en plein milieu ? C'était tellement magique, Eren en voulait encore… Il voulait encore de ce chant, ce poème, cet art que jouait Levi…
Il regarda par l'entrouverture de la porte, observant son professeur, dont les mains étaient posées sur le piano, crispées sur ce dernier, l'agrippant presque. Il semblait frustré. Frustré pour quoi ? Il jouait à la perfection ! Eren ne comprenait rien…
Il continua à regarder Levi, qui poussa un long soupir d'exaspération. Il avait le visage neutre, mais Eren arrivait à déceler une pointe de souffrance dans son regard, mélangée à de la frustration et de la colère. Que pouvait-il bien se passer ? Pourquoi… Pourquoi Levi semblait-il comme ça ? Pourquoi semblait-il souffrir intérieurement ? Eren, continuant à l'observer discrètement, remarqua que la main de son professeur tremblait légèrement. Celui-ci se leva lentement, le visage sombre, puis resta immobile quelques instants avant de se tourner vers le mur et d'y donner un violent coup. Eren était surpris : Que se passait-il bon sang ? Il avait l'impression de voir son professeur craquer… Ça lui faisait mal de le voir comme ça, la tête posée contre le mur, près de son poing. Il frappa le mur plusieurs fois encore, semblant perdre tous ses moyens. Eren réussit à entendre sa respiration qui était plutôt saccadée, comme s'il perdait le contrôle de lui-même…
Puis, il s'arrêta, restant immobile contre le mur pendant plusieurs instants, avant de faire quelques pas en arrière, le regard baissé. Il se tourna lentement vers un coin de la salle, et y marcha sans empressement. Vu que ça partait dans un coin qu'Eren ne pouvait pas voir de là où il était, il poussa légèrement plus la porte pour observer le tout. Levi s'était dirigé vers un meuble de rangement, une commode en quelques sortes. Il posa sa main sur le deuxième tiroir, paraissant hésiter quelques instants. Puis, il l'ouvrit, et en sortit un objet qui brilla légèrement d'un reflet.
Les yeux d'Eren s'écarquillèrent lorsqu'il aperçut la lame dans la main crispée de son professeur. Qu… Qu'avait-il l'intention de faire ? Une lame pouvait-elle mettre fin à ce qu'il ressentait, quel que soit se sentiment ? Eren ne savait pas, mais…
Levi baissa doucement sa main, posant délicatement la lame brillante sur son bras.
