SOUS LES CENDRES

- Merci à Zergath pour sa review ! Je suis vraiment contente si ça t'a plu ! J'espère que la suite sera à la hauteur de tes attentes ^^' !

On se retrouve donc plus tôt que prévu mais, on en est tous là, un peu face à l'ennui alors autant s'amuser ! Voici donc un petit chapitre de la suite des aventures de Luna au monastère. Une fois encore, l'un des personnages évoqué dans ce chapitre appartient à Little D. Tartine pour sa fic du FE "Je voudrais que tu saches", si vous voulez voir la scène où elle apparait avec Luna, de l'autre point de vu, je vous invite à aller y faire un tour!

Sur ce, très bonne lecture et, on se retrouvera peut-être dans pas trop longtemps !

* coucou de Luna *

PS: désolée si la police est petite, la conversion n'est pas toujours optimale, je vais faire de mon mieux pour améliorer cela !


Chapitre 2 :

Lune découverte

La lumière perce à travers les volets de ma chambre. Une fois encore je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit. Ce manuel de décoctions était si prenant ! J'aurai tant voulu étudier à l'institut de magie du Royaume au lieu de venir dans ce monastère y apprendre l'art de la guerre. Moi ? Sur un champs de bataille … quelle sombre plaisanterie. Je concentre en moi-même plus de mal chance qu'une armée entière. Mais puisque Edelgard étudie en ces murs je me dois de suivre la même route.

Dehors, le soleil est encore frais, ce n'est pas encore aujourd'hui que je pourrai dormir. Je soupire mollement et commence à remballer ces affaires qui jonchent le sol de ma chambre. Il est tôt alors j'enfile ma cape de velours vert, la noue au-dessus de la lavallière et attrape mon ombrelle.

Les couloirs du monastère son déserts. Il n'y a que la caresse du velours sur les dalles qui me suit tandis que je dévale les marches.

En bas, les chevaliers s'agitent pour effectuer leurs rondes et tours de garde. Leurs armures cassent le silence religieux par leurs sonorités métalliques. Je commence à sentir les fourneaux du réfectoire que s'éveillent eux-aussi pour nourrir tous les pensionnaires. Là où j'ai grandis, c'étaient les aînés qui s'en chargeaient. Oserai-je contrevenir aux ordres du Duc et envoyer une lettre à mon ancien pensionnat ? De ce que m'a dit Lady Rhéa, le monastère existe toujours, j'ai dû cacher ma joie à cette nouvelle. J'ai toujours peur que le Duc décide à la moindre déconvenue de le réduire en cendres.

Mes pas m'ont guidé aux abords de l'étang.

Le soleil frais des premiers instants du jour fait briller l'eau poissonneuse et je distingue de l'agitation en contrebas, vers le marché. Depuis la visite guidée offerte par Hubert *Brrr*, l'envie m'est restée de passer un peu de temps dans la serre. D'ailleurs la lecture du manuel de décoctions a éveillé encore plus cet attrait. Je décide donc d'emprunter le petit chemin entre les plans de buis pour pousser les portes de la serre.

A l'intérieur, je suis surprise par la hauteur des plafonds ! Je me sens si petite que j'en ai envie de rire. L'odeur des végétaux donne des couleurs à mes joues et je dois avouer que cette atmosphère moite ne me dérange pas. Dans les différents arrangements floraux, je repère les cartouches d'ardoise qui indiquent l'identité des végétaux plantés. Frappée par ma méconnaissance, je regrette de n'avoir pas pris sur moi fusain et parchemin pour pouvoir noter tout cela et faire des recherches !

- Si vous avez des cultures à faire, demander de l'aide au responsable de la serre, ne vous salissez pas les mains.

Oh, cette voix.

Je me retourne et le géant duscurien me fait face. De la main il me désigne une jeune femme au tablier taché de terre. Poliment, je m'incline et les salue tous les deux.

- Planter de telles vies est bien au-dessus de mes compétences. Je m'interrogeais sur leurs potentiel en matière de préparations.

- Vous ne trouverez rien ici qui ne puisse être utilisé pour fabriquer poison ou magie.

- Je vois. Mais vous disposez de certaines fleurs n'est-ce pas?

Le duscurien hoche la tête et m'invite de l'autre côté de la serre. Mes yeux se perdent dans ces hauts palmiers et cactus, ces fleurs aux longs pétales colorés.

- J'ai lu quelque part que certains cultures avaient réussi à extraire des vertus de ces plantes grasses, et aussi que ces fleurs pouvaient penser les plaies.

- Vous êtes pourtant une mage, votre magie sera plus efficace que le recours aux plantes.

- Dedue ? C'est ainsi que vous vous nommez, cher duscurien ?

Il paru surpris et hocha la tête.

- Toutes les magies ne peuvent pas soigner, ou faire le bien.

Mes mains se crispent sur ma cape et pourtant je ne peux m'empêcher de sourire.

- Il me semblait que les méthodes dont je vous parlais venaient de votre pays, j'aurai voulu partager ces apprentissages avec vous.

- Mon pays n'existe plus.

Les bijoux glissés dans mes cheveux tintent et j'offre à ce géant aux yeux tendres, le meilleur sourire que je connaisse.

- Vous êtes pourtant là, cher duscurien. Alors si un jour l'envie vous en prends, j'aimerai que vous partagiez avec moi ces savoirs.

Quelque peu décontenancé, il fronça les sourcils, se demandant sans doute si je suis réellement sincère. Et je le suis. Mais il n'est pas nécessaire pour l'instant de lui indiquer que j'ai déjà eu la chance de côtoyer un autre duscurien dans mon monastère. Je ne veux pas l'effrayer.

Je m'apprête à quitter les lieux quand je croise un autre jeune garçon qui porte le blason des lions de saphir sur son uniforme. Cela me fait penser que je n'ai pas le mien.

- Oh ! Bonjour, tu dois être Luna Von Arundel ! Je suis Ashe…

Il hésite un instant et s'incline précipitamment. Ses yeux verts s'embrument dans la confusion. Je ne saurais donc pas son nom de famille. Peut-être qu'il n'en a pas. La main tout contre ma poitrine ne m'incline à mon tour et le salue avec respect.

- Vous pouvez me nommer simplement « Luna » en ces murs saints, nous ne sommes pas en territoire impérial.

Comme j'aimerai que cela soit strictement vrai. Sans doute l'ambiance feutrée de la serre me fait-elle oublier les réalités de ce monde. Comme j'aimerai n'être que « Luna ».

- Vous être venue planter des graines Luna ?

Ashe, pour appuyer ses dires, secoue la petite caget remplie de plants, de graines et de terre.

- Ashe voyons, elle ne va pas mettre ses mains dans la terre !

Dedue se rapproche subitement du jeune garçon et la situation m'arrache un sourire. Je commence donc à farfouiller dans la caget sous le rire cristallin de Ashe.

- Je vous en prie, Dame Arundel, son Altesse m'a strictement prié de veiller à ce que vous ne vous blessiez pas. Alors, s'il vous plait…

Le duscurien repousse doucement le petit carton de bois et me retire les outils des mains. Il a beau s'incliner sa remarque me blesse au plus haut point. Je réajuste ma cape et écrase mes mains sur le velours.

- Par quelle autorité l'hériter du Saint Royaume se permet-il de vous donner un tel ordre ?!

- Ma Dame…

- CELA SUFFIT !

Je ne me suis pas rendu compte que j'avais tant haussé la voix.

Les portes de la serre claquent derrière moi et je sens des torrents de larmes remonter dans mes yeux. Honteuse, je cours en direction des dortoirs à l'étage, le visage caché dans ma manche, je ne veux voir personne.

Arrivée dans le vestibule, je prends quelques secondes pour retrouver mon souffle. Je n'aurais simplement pas dû quitter ma chambre et rester en compagnie des livres de sortilèges. Peut-être dois-je écrire au Duc et lui dire que vivre ici, c'est trop pour moi. Mon coeur s'accélère et je … suis perdue. Par où son les dortoirs ? Cette porte ?

Ah ! Les grilles qui mènent au pont se referment derrière moi. Qu'est-ce que je viens de faire ?

Le soleil est maintenant assez haut pour blesser mes rétines grises. Il est à présent l'heure de sortir mon ombrelle …

« Mal chance » aurait pu être mon second prénom, s'il ne l'est pas déjà, évidemment. La main en visière il me faut avancer à tâtons sur le pont et tenter de retrouver le chemin des dortoirs. Plus question de quitter ma chambre à présent.

Mes boucles noires captent chaque rayon de lumière et je sens ma tête chauffer, vite vite je dois rentrer.

- Pardonnez moi, je dois passer …

Je distingue les silhouettes des moines s'écarter pour me laisser me frayer une chemin jusqu'aux grilles. Une fois de retour à l'intérieur j'emprunte un autre chemin.

- Oh ! Petit oiseau, ce sont de jolies perles que tu as dans les cheveux ! Pardon ?

Une jeune fille, j'ignore si je l'ai déjà rencontré ou pas. Tout ce que je distingue c'est la broche des aigles de jais. Elle sourit et me considère de ses yeux verts en réajustant sa casquette.

- Où les as-tu eu ? Mon oeil ne me trahit pas, ce sont des perles de première qualité ! Elles ne sont ni à vendre, ni à troquer.

Je la repousse et m'engouffre dans l'antre qui est juste devant moi. Les bruits de couverts me stoppent net et je me retrouve au milieu du réfectoire. Tous les résidents y sont déjà… Satanée malchance ! Mon plan était de fuir ! Pas de les rejoindre !

- Raaaah !

Je tombe à croupie et me frotte les cheveux pour essayer d'avoir les idées plus claires. Les contours du monastère se dessinent dans ma tête mais impossible de me repérer, l'orientation n'a jamais été mon fort. Je suis fichue.

- Le fantôme a des poux ? C'est possible ça ?

- Petit rossignol, bien le bonjour !

Des voix s'entre choquent dans ma tête et je fais ce que je peux pour les oublier. Je plaque mes mains sur mes oreilles et réfléchi à un sort de surdité. Leur brouhaha incessant me tape sur le système et c'est davantage un sort explosif qui me vient à l'esprit.

Soudain, je sens une légère pression sur le sommet de mon crâne. Plus que crispée, j'entrouvre un oeil et décèle les traits du professeur Byleth. Son expression me fend le coeur en deux.

- Professeur ? Pourquoi votre visage est-il si gluant ?

Il soupire et ses yeux tombent vers son tablier maculé de tâches et d'écailles en tous genres. Je remarque seulement l'odeur de brûlé qui vient du fond de la pièce.

- Par les couettes de la déesse ! Professeur !

Je me relève à la hâte et lui attrape la main pour l'entraîner vers ce massacre en devenir que sont les fourneaux. Je jette ma cape au-dessus de l'étagère et m'empresse d'enfiler l'autre tablier. Du peux je peux deviner au travers des restes disséminés sur le plan de travail, il a essayé de découper du poisson … avec son épée ?

Les mercenaires et leurs manières.

Je commence par diminuer le feux sous la marmite de fonte en soufflant un sort venteux très léger. Une fois l'ébullition maîtrisée, nous pouvons recommencer à cuisiner ce vaste chantier.

- Professeur ?! Pardonnez-moi mais, permettez que je fasse la cuisine avec vous.

AH NON !

Je balance le pauvre poisson qui se cogne contre le bois massif et plante la pointe du couteau juste à côté de sa nageoire.

- DIMITRI ALEXANDRE BLAIDDYD ! Veuillez vous préoccuper de votre propres attributs et nous laisser à nos besognes. Il suffit de vouloir distribuer ordres et recommandations. Regagner votre siège et ne vous intéressez pas à nous !

Ses yeux adorables me fixent et je sais qu'il prend sur lui ne pas répondre à l'affront que je viens de lui faire. Mais je m'en moque, qu'il n'imagine pas pouvoir réglementer mes actions. De la bienveillance ? Sûrement pas. Ce ne doivent être que des réminiscence de culpabilité. Il doit comprendre que nous n'avons, lui et moi, plus aucun lien.

- Luna … il ne s'agit pas là pour moi d'interférer, mais votre condition est si fragile, je ne…

Il se ravise et plaque ses mains contre ses cuisses.

- Pardonnez moi si je vous ai blessé d'une quelconque manière.

Je soupire en reprenant le manche de mon couteau, j'ai des carottes à éplucher.

- Ma condition ne vous concerne aucunement Dimitri, ni ici, ni ailleurs. Et je pourrais également vous faire la même remarque: la votre serait tout autant un danger en cuisine. Alors je vous prie de nous laisser préparer ce repas. Le délégué que vous êtes doit avoir d'importances à régler.

- Certainement.

Un soupire vient mourir entre mes lèvres tandis que Dimitri s'éloigne de nous. Du coin de l'oeil je vois Dedue le rejoindre. Le Duscurien tient mon ombrelle entre ses mains mais Dimitri l'empêche de venir à ma rencontre. Au moins ils auront compris tous les deux qu'il ne sert à rien de vouloir veiller sur moi.

- Voici un premier repas bien agité.

- ALLEZ DONC TRAUMATISER D'AUTRES ÂMES HUBERT !

Une main plaquée sur ma bouche m'empêche d'en dire plus. Derrière moi, le professeur Byleth me retient et abaisse mon bras armé d'un couteau puant. La joue d'Hubert est maculé de boyaux de poisson qui dégoulinent gravement sur sa peau livide. Je me demande lequel des deux est vraiment mort, entre le poisson et Hubert. Dans tous les cas (fantôme ou être vivant) il s'en va lui aussi, rejoindre l'une des tables du réfectoire. Je distingue les cheveux gris de ma « cousine » qui me salue en chuchotant à l'oreille d'un garçon aux cheveux roux.

Je reprends mon souffle toujours collée au professeur qui s'affaire à remuer le mélange.

Le manque de sommeil me pousse à bout parfois, il faudra que je dorme.

La préparation terminée, le chef cuisinier vient vérifier notre met et nous salue chaleureusement. Un léger sourire se dessine sur le visage du professeur. Je n'aurais pas tout perdu ce matin.

Epuisée je vais m'asseoir en face de notre salle de classe et mordille dans une carotte épargnée par la préparation. J'ai peut-être échoué ce matin mais je ne renonce pas pour autant à mes plans d'évasion. Et si je parvenais à créer un double ? Juste le temps pour que je fuis, loin…

- Raaaah !

Si une telle magie existait elle serait plus répandue, et la créer me prendrait une vie entière. Non, je dois trouver une meilleure idée. Peut-être un sort pour changer d'apparence ? Ou simplement voler l'équipement d'un garde ! Oui voilà ! Tout ce que j'ai à faire c'est subtiliser une armure … qui doit au mieux peser cinq fois mon poids et mesure deux fois ma taille.

Un morceau de carotte tombe de mes lèvres.

Suis-je donc vraiment condamnée ?

Je me laisse tomber en arrière et ma tête pend dans le vide de l'autre côté du banc en pierre.

- Luna !? Vous ne venez pas ?

- Quoi encore ?

Je me relève, la carotte fermement coincée dans les dents et plus aucune retenue dans le regard.

- Oh ! Je ne vous connaissais pas cette air renfrogné ! Ne froncez pas tant les sourcils vous aurez des rides avant l'heure.

- Votre courtoisie me laisse sans voix Sylvain…

Les autres étudiants mettent une distance de sécurité entre eux et moi. Et encore, ils ne m'ont pas vu faire usage de magie. Avec un peu de chance il m'isoleront dans un autre pensionnat. Chance?… laissez moi rire.

Toute la classe des lions de saphir se retrouve donc au terrain d'entrainement. Des cibles en pailles sont réparties un peu partout. Du coin de l'oeil je vois la silhouette d'un autre professeur, masqué, il fuit notre présence et rase les murs en s'en allant. On dirait que je ne suis pas la seule à planifier une évasion.

Ainsi réunis, Dimitri rejoint le professeur et commence son explication.

- Le professeur a souhaité en apprendre davantage sur nos capacités combatives avant d'entreprendre le tutorat. Aussi, vous n'êtes pas sans savoir qu'une bataille interclasse se tiendra, en toute camaraderie, très prochainement. Il s'agit donc aujourd'hui de faire le tour des capacités de chacun pour pouvoir également constituer l'équipe qui représentera les lions de saphir.

Chacun s'en va chercher arc, lance, épée, ou hache, selon ses affections. Je reste là, à mâchouiller ma carotte comme un cheval rongerait son frein. Je fais un pas en arrière, je ne dois pas passer tout de suite ou il ne restera rien pour les autres.

Felix s'illustre à l'épée en sortant un enchainement pour lequel je me dois d'applaudir. En toute honnêteté c'est aussi pour moi l'occasion de jauger ceux qui pourraient éventuellement poser « problème » plus tard dans le déroulé du plan du Duc. Félix sera nécessairement l'un d'eux.

S'en suit Annette et sa hache. Elle est forte pour sa petite taille, je me sens encore plus … heureuse d'être douée en magie ? Par excès de zèle elle commence à s'en prendre aux autres cibles mais le professeur Byleth intervient rapidement.

Toujours aux dames, cette fois c'est Ingrid qui s'élance. Elle n'a pas entendu son nom appelé la première, elle discutait avec Dimitri. Finalement elle s'élance, armée d'une lance et sert une frappe pas mauvaise. Peu puissante mais rapide. Bon, elle ne sera pas une menace pour moi. Elle s'en va illico recueillir les encouragements de Dimitri. J'applaudi en faisant craquer ma carotte.

Le suivant est Sylvain. Il emprunte langoureusement la lance d'Ingrid et s'en va la planter, non sans style et puissance, en plein dans la cible. La classe applaudie et le professeur prend des notes soigneuses.

S'en suivent Dedue à la hache et Ashe à l'arc. Les deux sont du meilleur effet et je me rends compte qu'ils ont tous du potentiel finalement. Sauf Ingrid.

La discrète Mercedès s'avance et décoche une flèche convaincu dans la cible. Elle a épargné le milieu mais s'amuse de la situation. Une fois encore tous les élèves applaudissent.

Un certain silence règne et l'air se refroidit.

Signe que ce doit être mon tour.

Je fais tourner la carotte dans ma bouche. J'ai eu le temps de compter six cibles dans ce terrain d'entrainement. Pourquoi se cantonner à n'en viser qu'une ?

J'avance et me place au centre du terrain et glisse un regard pour être certaine de ne blesser personne dans mes tirs.

Enfin un peu de magie, même si ce ne sera que quelques secondes de plaisir, elles me feront du bien. Je retrousse la dentelle sur mes mains et fait danser mes poignets. Je récite le sort entre mes lèvres et mes paumes s'illuminent. Un courant d'air circulaire m'entoure et six piques noires jaillissent du sol. La puissance invoquée me grise.

Cette sensation m'avait tant manqué !

Je les fais danser juste assez pour effrayer les petits étudiants. Puis du bout des doigts j'ordonne à chaque pique nauséabonde d'aller empaler les cibles immobiles. Des éclats de pailles volent dans le silence qui succède aux impacts. Les immondices magiques disparaissent dans une fumée violette.

/ CRAC /

Je termine de croquer ma carotte et m'en vais rejoindre les portes, la démonstration est terminée. Juste avant de disparaitre j'adresse à Dimitri un regard, une mise en garde silencieuse. Je peux ne suis pas faire en suc…

/ POUF /

Il n'y a finalement que le haut de mon corps qui a réussit à passer les portes, le reste s'est mollement écrasé sur le sol. Les fesses en l'air et les genoux à terre, mes soupirs sont étouffés par les rires de autres pensionnaires.

Pas un applaudissement.

Plus une carotte.

De retour dans la salle de classe, le professeur Byleth annonce donc qui seront les cinq représentant des lions de saphir.

Le professeur, Dimitri, Dedue, Sylvain, Félix… et moi. Je suis tombée de mon siège en entendant mon nom à l'appel. J'allais protester mais il s'avère qu'il m'est impossible de refuser quelque chose au professeur, j'ai donc niaisement accepté alors que c'est une idée absurde !

De retour (enfin) dans ma chambre, je m'empresse de rédiger une missive à l'intention du Régent pour l'informer de la situation. Il n'était pas prévu que je me retrouve si tôt sur le même champ de bataille d'Edelgard !

Une fois sur le pont du monastère, je retrouve le faucon que j'ai fait appeler par le maître fauconnier. Seuls certains oiseaux sont dressés pour atteindre les demeures des dirigeants de l'Empire, celui-ci connait le chemin jusqu'à la demeure du Duc. Je t'en prie noble oiseau, accomplie a besogne !

Il déploie ses ailes et s'en va librement, guidés par les lois de la nature. Je prends quelques minutes pour l'observer disparaitre. Comme j'aimerai en faire de même.

Le Duc… Mon coeur se serre. Dira-t-il que je n'ai pas été à la hauteur de la tâche ? Serai-je punie ?

Je déambule comme l'âme en peine que je suis, à travers les jardins du monastère. Quand soudain j'entends rire, cette Ingrid, je reconnais maintenant sa voix. Je lève un oeil et (j'aurai pu le parier) elle est avec Dimitri. Par réflexe je me glisse dans un buisson et ouvre mon ombrelle pour ne pas être éblouie par le soleil.

Elle est grande, ses cheveux blond sont lisses et elle a de grands yeux clairs. Tout nous différencie, pas étonnant qu'elle lui semble agréable. Même si elle a l'air un peu gauche et peu soucieuse des impératifs de « féminité », cette Ingrid parvient à échanger convenablement avec Dimitri quand lui et moi ne faisons qu'engager des querelles.

Je soupire et m'en vais de mon buisson.

Ce premier mois au monastère s'est finalement achevé. Et j'ai pu survire aux torrents de hontes et malchances qui m'ont assaillit. Me voici donc, les pieds dans mes deux bottes et avec la permission du Duc, embarquée dans cette bataille interclasse.

Durant les séances de tutorat, le professeur Byleth s'est consacré davantage aux autres élèves. Nous avons pu échanger en-dehors des leçons classiques, et des heures de fréquentation, lui et moi, dans le terrain d'entrainement. Parfois, le professeur Jeritza (finalement l'homme masqué avait une identité) se joignait silencieusement à nous. Il attendit patiemment la fin de mes leçons pour pouvoir observer le professeur s'entraîner seul. Je les quitte à cette heure tardive où la lune est seule régente du ciel et réussis parfois, à bout de forces, à trouver le sommeil.

Les leçons du professeur ne visent pas à renforcer ma magie mais davantage à apprendre les rudiments des combats armés. Il a très vite compris ma vulnérabilité en combat rapproché. C'est pourquoi il a tenu à me positionner en arrière et sous la couverture des lances de Sylvain ou Dimitri. La distance de leurs armes pourra me protéger des attaques au corps à corps que je suis certaine de perdre.

Malgré toute l'affection et la confiance que j'éprouve pour le professeur, le Duc m'a strictement interdit d'aborder le « détail » qui me caractérise. Alors, conformément à ses intentions je me suis abstenue.

Et nous voilà donc, tous réunis dans la plaine. J'arbore le blason des Lions de Saphir sur ma poitrine et Felix est à ma droite, le professeur à ma gauche. En cas de besoin les lanciers couvrent mes arrières et je pourrai me replier.

Pour être honnête, j'oscille entre l'excitation et la peur. C'est la première fois que je me retrouve sur un champ de bataille. Les consignes du Régent sont claire: peu lui importe l'issu, je ne dois pas m'en prendre à l'héritière impériale. Son sort passe avant le mien ou celui des autres étudiants.

Le gong sonne.

Les aigles avancent en premier et son vite contrés par les cerfs. Cet affrontement nous laisse une ouverture pour nous occuper de ceux qui sont détachés. Le professeur monte pour aller prendre pour cible l'autre professeur à lunettes qui pourrait soigner les élèves. Les lanciers quant à eux vont se répartir les épéistes. D'ailleurs, j'observe que dans les rangs des aigles, une épéiste manque de concentration. Vu sa silhouette, elle doit être agile est rapide. Elle a Félix dans le viseur mais celui-ci est concentré sur la jeune Cerf aux cheveux roses. Je suppose même qu'il ne l'a pas vue. Cette birigilienne sans doute, vu le tatouage qu'elle arbore sur son visage. Je ne suis pas à mon avantage face à une épéiste alors je garde mes distances. Mais je peux l'avoir, juste avant qu'elle ne charge sur Félix.

La paume tendue, j'invoque un sort de miasmes. D'ordinaire je déteste utiliser cette magie dans la nature car elle souille tout ce qu'il y a autour, mais c'est ce qui sera le plus efficace et le moins destructeur à cette distance.

Le tire fait mouche et la brigilienne s'effondre dans les broussailles en gémissant. Elle ne m'avait sans doute pas vue, il me semble qu'elle était occupée à surveiller l'une de ses coéquipière. Une autre brigilienne… Je plisse les yeux. J'étais pourtant persuadée qu'elles étaient deux.

Un craquement de branche à ma droite et j'ai tout juste le temps d'esquiver l'ombre qui fonce droit sur moi ! Je savais bien qu'elle étaient deux ! Ses yeux expulsent de la rage et de la colère mais je reste concentrée, je ne dois pas craquer. Mes souliers soulèvent de la poussière quand ils effleurent le sol poussiéreux de la plaine. Je m'efforce de réfléchir vite au sort à lancer, à cette distance, nous ne termineront pas la bataille à deux. L'une d'entre nous va y passer c'est certain. J'ai une mission qui dépasse ce petit jeu alors pardonne moi brigilienne, mais je vais te mettre hors course. La formule du sors de miasme se transmets sur mes lèvres et je charge les paumes de mes mains en magie.

En face, elle ne semble pas réaliser ce qui va lui tomber dessus, ses yeux brulent d'une telle intensité.

Je savais que le combat rapproché n'était pas mon fort.

La furie brigilienne ne respecte pas les codes du combat. Elle s'est saisi de mon poignet tendu et me l'a brisé comme elle briserait ses chaînes d'esclave.

Je n'ai pas le temps de réagir que je me retrouve par terre, sans espoir de salut. La douleur vient rapidement, elle ne m'épargnera pas. Vite il faut que je me défasse de cette harpie assoiffée de …

La panique me gagne.

Non, non non NOOOON ! Il faut … il ne faut pas …

Les os de ma mâchoire craquent sous ses coups. Mon coeur fait des bonds et je suis tétanisée. Non pas par la douleur mais par la peur. Peur de ce qu'elle va réveiller. Il faut que je ferme les yeux, que je serre les poings.

La bête ne doit pas sortir.

Mais j'ai mal…. Si mal ! Elle ne s'arrête pas de faire pleuvoir des coups partout sur mon visage. Bientôt le liquide rouge vient noyer ma gorge et je tousse pour qu'il s'écoule de ma bouche. Je respire mal, tout est douloureux.

J'ai si peur.

Mes oreilles bourdonnent et c'est à peine si je crois entendre des hurlements. Je tremble. Il me semble qu'on la dégage de moi. Je tremble encore.

Malgré l'arrêt des coups, j'ai peur… encore et encore je n'en fini pas de pleurer.

J'entends des voix, plus proches. On me secoue.

Ecrasée, meurtrie, j'ai toujours ma conscience signe que la bête ne s'est pas réveillé. J'ouvre donc les yeux et tend la main vers une éventuelle assistance. Je dégage mes cheveux pour voir autour de moi.

Mais tout ce que je vois c'est… du …

Sang.

Un frisson parcours alors tout mon corps.

Je me suis trompée.

Elle est bel et bien réveillée.

La bête.

Après les convulsions, la chaleur.

Mes larmes n'en finissent plus de couler et je perds le rythme de mes respirations. Concentrée à ne pas avaler ma langue je laisse la magie épouvantable déferler dans mes mains. Elles se réchauffent et bientôt je ne pourrai plus rien faire.

En dernier recours je murmure un ultime appel à l'aide. Une mise en garde. La Bête va tous vous tuer. Je ne peux rien lorsque mon emblème se déclenche à cause de ma phobie du s…

La main tendue dans l'invisible, je tente de capter un visage mais les traits s'effacent petit à petit. Bientôt je ne reconnaitrais personne, plus aucun visage, et ne serais qu'un monstre dévoué à la destruction.

Pitié.

Que quelqu'un m'arrête.

A l'aide.

Les décharges impitoyables sont presque prêtes. Écartez-vous, la Bête est là…

J'abandonne tout espoir d'aide, une fois encore je me réveillerai seule, dévastée. Même la mort ne voudra pas de moi, elle me laisse toujours debout, assez vivante pour survivre mais bien trop morte pour m'en réjouir.

La main tendue, je n'implorerai pas votre pardon car je sais déjà que vous reviendrez me hanter, vous, parmi tant d'autres. L'incantation de la Bête déferle sur mes lèvres et mes doigts commencent à bouger pour guider la foudre de la destruction.

Mais, elles s'arrêtent.

Est-ce possible ?

La rage me pousse à lutter contre la poigne qui me retient de terminer mon geste. Je force encore et encore. Le visage de mon opposant a déjà disparu, je ne distingue qu'un masse de chaire mouvante et silencieuse dans le chaos ambiant. Je sens sa main cramponnée à la mienne. Dans un hoquet de larme et de s…., je l'implore de mettre fin à cette vie de souffrance. Qu'il mette à terre l'animal et me libère du poids de la Bête.

Puis il me prend dans ses bras. Ma joue trempée trouve la chaleur de son étreinte, du tissu de son veston. Enfermée dans ses bras et sous les caresses rassurantes qu'il m'offre je pourrai peut-être…

NON !

Un dernier spasme me parcours et me force a finir mon geste destructeur.

Il glisse ses doigts dans les miens et ramène ma main contre sa poitrine. Puis il … il dépose une autre main sur mes pauvres yeux fous.

Je ne vois plus rien, je n'entends plus rien.

Rien d'autre que la chaleur rassurante de cette étreinte et le sécurité de sa présence. Mon bras s'effondre avant d'avoir accomplis son geste destructeur.

La Bête peu regagner les profondeurs de mon coeur.

Et moi je peux enfin dormir.