Avant toute chose ^^ :

- Merci à Clochetout pour son Follow ! j'espère que la suite des aventures de Luna te plaira !

- Merci à Zergath pour sa review ! Hrm ... oui oui le principe était effectivement la "camaraderie" mais y'a eu une grosse exception un peu énervée qui s'appelle Akkira Mc Nairy, donc la camaraderie s'est un peu fait la malle. Tu m'as bien fait rire avec ton "Ingrid et Dimitri, je vous vois..." ! héhé ! Bon, Luna aussi les voit, TOUT LE MONDE les voit, soyez un peu discrets zut !

ooooh ta remarque de fin est intéressante ! je pense que ça peut venir du fait qu'ils se connaissent à peu près tous depuis l'enfance et qu'ils la considèrent comme "la nouvelle", ils ne prennent pas encore la peine de l'appeler par son prénom ou de la considérer comme un compagnon à part entière. Edelgard est l'une des seules à l'appeler "Luna" et accepter le fait qu'elles se connaissent et sont "presque" de la même famille. El a ses raisons hein (* se frotte les mains *) mais en tout cas je te remercie pour cette remarque ! et pour ta review en général !

Les choses sérieuses :

Hello ! (je parle joyeusement alors qu'en fait ce n'est pas vraiment un chapitre joyeux... -.-') voici donc, sans réel rythme de publication au final, le chapitre 3 de SOUS LES CENDRES ^^ Je vous souhaite une bonne lecture et n'hésitez par à me faire part de vos remarques - questions - suggestions - cookies - funfacts !


SOUS LES CENDRES

Chapitre 3 :

Lune cicatrisée.

Il y a comme une odeur d'éthanol qui plane tout autour de moi … C'est désagréable.

J'hausse un sourcil et soulève bientôt une paupière. Sous mes longs cils ma vision est floue. Il me faut un effort pour me redresser et ouvrir mes deux yeux. Je ne reconnais pas la salle où je suis. Sous ma paume, les draps rêches râpent, en plus de l'odeur je dirais que tout est désagréable dans cet endroit. Dès que je suis redressée, un mal de crâne vient me percuter et je comprends pourquoi ma vision n'est toujours pas bonne. Je n'arrive pas bien à ouvrir les yeux, toujours tuméfiés. La douleur commence à se réveiller, dans mes yeux, dans ma mâchoire, dans mon nez, à chaque respiration, et se fait plus intense.

Foutue bataille … « En toute camaraderie »… Foutue brigilène.

Je sens des picotement là sur mes côtes, sans doute de jolies ecchymoses. La sauvage ne s'est pas faite prier pour me marteler. Résultat du désastre, en plus de mon visage, mon uniforme a subit l'assaut de cette furie. Je suis, à tous les niveaux, en piteux état.

Je quitte le lit avec une certaine lenteur et attrape mes bottes déposées un peu plus loin, à côté de mon ombrelle. Il n'est pas envisageable pour moi de les enfiler, me baisser serait une réelle torture tant je sens mon corps contusionné. Je vais donc devoir traverser ce monastère pieds nus.

C'est d'une indignité affligeante.

Mais lorsque l'on est née de malchance, plus rien ne m'étonne vraiment. J'espère cependant que cet épisode ne viendra pas aux oreilles du Régent. Même si Edelgard a dû se réjouir de la scène il n'est…

- Oh ! Vous êtes enfin debout ! C'est un long sommeil qui vous a gagné Luna !

Une femme, je crois me souvenir qu'elle est l'enseignante de la classe des Aigles, en revanche, je n'ai pas connaissance de son nom.

- Vous parvenez à marcher, fort bien. Oh, laissez-moi vous aider pour chausser ces adorables souliers !

Elle tend son bras vers le petit lit que je viens de quitter avec difficulté…

- Allez, allez. Cela fait plusieurs jours déjà que vous dormez ! Il vous faut rejoindre votre classe au plus vite et chaussée !

Puis elle se sent obligée d'ajouter.

- J'aimerai vous porter mais je ne saurai par où vous prendre, c'est comme si vous n'étiez qu'une seule et unique tuméfaction.

Charmant.

Je soupire et me hisse, les dents serrées sur ce lit inconfortable. En face de moi le professeur s'abaisse et me laisse une vue plongeante sur sa gorge… Charmant également.

- Oh le mécréant ! Il a laissé des parchemins ici et ne se fait que je plaindre de les avoir perdus ! Pouvez-vous me les donner Luna ?

Elle désigne des feuillets étalés sur un petit guéridon près de moi, je ne les avais pas remarquer avant. Je m'en saisi et malgré ma vision réduite, je remarque tout de suite un croquis.

- Qui a rédigé ces notes?

Le professeur termine de lacer mes bottes et lèves un oeil chantant vers moi.

- Le professeur Hanneman, il est venu vous examiner tandis que vous dormiez.

Elle tend sa main pour attraper les feuillets mais en vain. Je les ai déchiré avant qu'elle ne s'en saisisse.

- Comment osez-vous !?

Ses yeux me fusillent.

- Plait-il ? Vous me blâmez ? Moi !? Alors que c'est ce professeur qui a osé !? Faire des recherches sur moi alors que j'étais inconsciente !? Cet acte pourrait être considéré comme une insulte, une provocation contre la régence !

Je balance mes jambes pour l'éloigner de moi et me défait de ses mains du plus vigoureusement que je le peux.

- Jeune fille ! Il était nécessaire que le professeur Hanneman détermine votre emblème !

Puis elle m'attrape par le bras, sans aucune bienveillance quant à mon état.

- Vous vous êtes évanouie avant de prendre la mesure de ce que vous avez déclenché pendant cette bataille mais je l'ai vue. J'ai vue cette magie démoniaque qui vous habite et il est hors de question de laisser mes élèves en contact avec un …

- Un Monstre ? Avouez que c'est ce mot que je vous arrache des lèvres !?

Elle me relâche et soupire.

- « Un tel pouvoir non maîtrisé », c'est cela que je m'apprêtais à dire. N'exagérez pas mes pensée Luna Von Arundel ! La magie occulte n'a rien de monstrueux si on sait la contenir et l'utiliser. Et c'est cela qui vous fait cruellement défaut, à en juger par la démonstration que nous avons eu lors de cette bataille.

- Ce qui s'est passé sur le champ n'est pas du fait de la magie, je n'accepte aucune leçon de vous.

J'attrape mon ombrelle et me dirige vers la porte.

- Alors allez donc auprès de votre professeur, c'est le jeune Byleth qui vous a porté, avec Mercedes, jusqu'à mon infirmerie pour que je vous prodigue des soins.

Je m'arrête, renifle l'odeur de l'éthanol et celles de tous les autres alcools qu'elle masque.

- Vous appelez cela une infirmerie ? Je vous remercie pour m'avoir chaussée mais ne vous avisez pas d'essayer d'en savoir davantage.

Aucune porte à claquer et de toute manière je n'aurais pas la force de jouer la violente, descendre du lit m'a causé de vives douleurs.

Je traverse le couloir, les parchemins déchirés crissent dans ma poigne et je m'en vais rejoindre le bureau du professeur Hanneman. Il est sereinement en train de feuilleter un livre, je ne prend pas la peine de m'annoncer et ou de toquer et pénètre tout de go dans la pièce tamisée. J'aurai voulu soigner mon entrée mais mon ombrelle s'est cognée contre l'encadrement de la porte, le professeur lève donc les yeux de son ouvrage et m'accueille en riant.

- Vous voilà réveillée !

Il rit dans sa moustache et son monocle luis. Les titres que je distingue rapidement dans sa bibliothèque ont tous un lien avec l'emblémathie. Je dois être extrêmement prudente face à lui, il ne doit pas en apprendre plus que ce qu'il a pu m'extraire pendant mon sommeil.

- Ne bougez pas Luna ! Je m'en vais la faire chercher.

Il m'invite à m'asseoir et disparait dans le couloir avant que j'ai pu lui jeter les parchemins au visage.

- Raaaah !

S'il m'étais possible de me rouler en boule sur le parquet je l'aurai fait ! A la place je retiens ma respiration pour défaire le noeud de ma lavallière et récupérer le ruban de tissu. Je le passe sous mon coude et mets ainsi mon bras en écharpe, cela soulagera mon épaule le temps que les contusions disparaissent.

Dans le couloir, j'entends à nouveau la voix du professeur et avec, comme des supplications sourdes, des appels à la fuite.

Il pénètre dans le bureau et je découvre qu'il est accompagné d'une jeune fille aux cheveux bleus. Fait exceptionnel: son visage est plus cerné que le mien. Le professeur Hanneman danserait presque sous son long manteau tandis qu'il nous invite à prendre place en face de lui après avoir fermé la porte. Je tente de lui faire entendre que je ne suis pas là pour cela mais il me coupe, tranchant derrière son monocle.

- Sachez Luna que je fais toujours des doubles de mes notes. Détruire comme vous l'avez fait, celles qui étaient à l'infirmerie ne me privera pas de ce que j'ai découvert. Alors asseyez-vous donc que nous discutions.

Mes dents claquent dans ma mâchoire et je n'ai autre choix que t'obtempérer.

- Vous ne vous êtes sans doutes pas croisées l'une et l'autre au détour d'une balade dans le monastère alors permettez-moi de vous présenter.

Il me désigne d'une main.

- Voici Luna Von Arundel.

Puis l'autre jeune fille.

- Et voici Marianne Von Edmund.

Nous nous saluons elle et moi d'un léger hochement de tête, elle fuit mon regard.

- Je tiens à vous rassurer, ce dont nous allons discuter vous et moi restera entre ces murs et n'en sortira pas avant ma mort.

Sa mort ? Est-ce le rôle d'un professeur de faire ainsi du chantage à demi mot à des élèves ? La jeune Von Edmund ne semble pas réaliser qu'il vient de nous mettre en garde : si nous le faisons éliminer par nos familles, il révèlera ces découvertes ! Elle ne réagit pas et s'enfonce un peu plus dans le fauteuil.

- D'autant plus que le Seigneur Von Edmund a pris le parti de m'avertir de votre situation Marianne, avant même que vous ne rejoignez le monastère nous avions convenu d'une entente.

Puis il glisse son regard vers moi.

- Contrairement à vous, chère Luna. Votre auguste père n'a jamais fait mention de cela. Nous avons dû l'apprendre à nos dépends.

C'en est trop.

Je jette les parchemins déchirés sur son bureau. Ils viennent choir un peu partout sur le sol sous les complaintes de Marianne Von Edmund.

- Un seul mot de plus et j'informerai le Régent de ce que vous avez osé faire.

Il rassemble ses mains sous son menton et efface tout sourire de son visage.

- En définitive je n'ai pas été surpris que la progéniture d'Arundel soit frappée de l'Emblème de la Bête.

A côté de moi, la jeune fille qui grelottait s'est à présent figé. Elle me regarde, perdue et avec un brin de dégoût.

- Vous …

- Rappelez-vous que c'est vous qui avez décidé de révéler ce fait, Hanneman, songez y lorsque la lame du Régent vous tranchera la carotide.

Je me lève, furieuse et honteuse et me dirige vers la porte. Puis fait marche arrière.

- Non, laissez-moi corriger, ce ne sera pas la noble lame du Régent qui ôtera votre vie impie, mais celle d'un mercenaire rempli de poux et puant ! Vous ne méritez en aucun cas de recevoir le baiser mortel de la main de Volkhard Von Arundel !

C'est alors que Marianne me saisi le poignet. Ses doigts tremblent et des larmes coulent de ses joues. Sans doute doit-elle craindre pour sa vie. Son professeur l'a condamnée elle aussi en la rendant spectatrice de cette révélation.

Va-t-elle m'implorer ? Je ne saurais être miséricordieuse.

- Vous aussi ?

Elle marmonne ses mots entre ses lèvres et essuies ses joues d'un revers de la main. Cette fois c'est moi qui suis perdue.

Immobile et impassible, Hanneman laisse échapper un petit rire.

- Comprenez-la, elle qui se crois damnée de naissance, ce doit être une libération pour la jeune Marianne de croiser la route d'une autre, frappée du même fardeau qu'elle.

Von Edmund dépose son autre main sur mon poignet et m'implore silencieusement de rester, encore un peu. Elle me regarde et détaille mon visage. Forcée de croiser son regard, chacun de ses traits me sont inconnus.

- Une autre détentrice de l'Emblème de la Bête.

Les mots sont donc dit.

C'est impossible.

Incroyable.

- Vous mentez.

Je fusille ce prétendu scientifique du regard et mon attitude le pousse a rire davantage.

- C'est la stricte vérité ! Mais s'il fallait douter de l'une de vous, j'aurai misé sur Marianne. Car à bien vous regarder, c'est vous qui disposez des attributs de la Bête. A moins que ce ne soit ceux de votre lignée.

Il poursuit et je suis toujours figée.

- Marianne est née sans famille et loin du territoire de l'Empire, il n'est donc pas envisageable que vous ayez l'une et l'autre un lien de fratrie. Et c'est précisent ce qui rend votre identité d'emblème incroyable, fascinante. Voyez-vous, j'ai, il y a longtemps, émis l'hypothèse que les emblèmes ne soient pas uniquement liées à l'ascendance pure. Sinon tous les enfants de la même fratrie seraient dotés d'emblèmes et identiques. Ce qui fait que votre situation mesdemoiselles, est l'exemple parfait pour étayer mon hypothèse.

Théorie intéressante, bien qu'incomplète et dépassée. Hanneman a beau se cloitrer dans une tour de prétendus savoirs, il y a tant d'éléments qu'il ignore. Cela doit perdurer. Marianne termine d'essuyer ses larmes et se rassit dans le fauteuil. Toujours debout, je m'attends à déguerpir sitôt que j'aurais appris ce que je souhaite.

- Pourquoi n'avons-nous pas réussi à vous soigner ? Regardez donc votre état Luna, cela fait plusieurs jours déjà et pourtant aucune magie de soin n'a fonctionné sur vous.

Je baisse les yeux vers la jeune fille qui se recroqueville. Aucun type de magie blanche ne produit d'effet sur moi et je suis presqu'incapable d'en faire usage. Mon emblème fait barrage à toute mise en contact de cette magie religieuse.

- Vos mages sont incompétents, ou bien vos prêtres, pas assez dévots.

Marianne s'insurge de cette provocation et joint ses mains en prière. Derrière son monocle je sais que Hanneman ne m'a pas cru. Mais peu m'importe, cette conversation doit se terminer.

- N'imaginez pas un seul instant que je sois cobaye volontaire dans vos recherches miteuses. Tout ceci sera dit au Régent et lui seul prendra la décision de vous châtier.

Puis on toqua à la porte.

Sous l'invitation d'Hanneman, un garde monastique pénètre dans la pièce. Je reconnais instantanément le faucon qu'il porte sur son gant. C'est a lui que j'avais confié une missive à destination de la capitale impériale.

- Pardonnez mon intrusion mais ce faucon attend depuis plusieurs jours.

- Confiez-le moi.

Je me précipite vers le garde et tend à l'oiseau le manche de mon ombrelle. Parfaitement dressé, le volatile effectue le changement de piédestal et vient se poser, malgré son poids, sur le manche tendu. Nous quittons le bureau de l'enseignant lui et moi et je me dirige vers les dortoirs. Heureusement ils ne sont pas loin et même si l'altercation avec Hanneman m'a fait un peu oublier la douleur, comme il l'a si bien souligné, je ne suis pas remise, et l'oiseau pèse sa livre !

Du bout du pied je pousse la porte de ma chambre et m'en vais ouvrir (avec les coudes) la fenêtre pour déposer le faucon sur le rebord.

Comme prévu, toute cette agitation m'a épuisé. Je m'affale à l'air libre, les plumes du volatil frissonnent sous la brise. Il est serein, à contempler l'horizon, comme s'il était exempt de toute menace ou crainte. Il faut dire qu'à part l'homme ou la Déesse, je ne sais qui s'oserait à le combattre.

Des doigts de ma main non immobilisée, je défait le petit sac noué à sa patte. C'est un noeud particulier que le Régent m'a appris, ainsi il a la certitude que c'est bien moi qui lui répond. Le petit paquet tinte et je me presse à le déballer : il contient plus qu'une simple missive.

Des boucles d'oreilles, écarlates, exactement les mêmes que celles qu'il porte. Je déroule la missive avec ardeur.

« Ma chère enfant,

Un présent pour donner du baume à ton coeur et réduire ainsi la distance qui nous sépare.

Mes pensées t'accompagnent. »

Je me hâte de les saisir et à leur contact ma peau frissonne. Elles sont chargées de magie ! C'est donc avec une hardiesse exacerbée que je me pare des bijoux. A l'instant où j'ai fermé le dernier mécanisme, un sort occulte se déclenche et me transporte.

En un claquement de doigt le décor de ma chambre monastique disparait pour me faire apparaître dans … le jardin du palais impérial ! C'est donc ce qu'il entendait par « réduire ainsi la distance qui nous sépare », quel astucieux prodige ! Il me tarde d'en étudier le mécanisme et de pouvoir apprendre convenablement ce sort remarquable !

Le palais est en face de moi mais connaissant le Régent, à cette heure matinale il s'entretien dehors, près de la fontaine là où le clapotis de l'eau masque les conversations.

Je déambule donc à travers les massifs fleuris et le distingue. Des branchages dérobent à mes yeux la silhouette de son interlocuteur mais elle disparait totalement tandis que je me rapproche de lui.

A cette heure et dans le jardin, le Régent ne porte pas son armure, ou tout attribut guerrier. Un long manteau pourpre et or suffit à souligner son allure autoritaire.

- Seigneur !

Ses yeux lavande se lèvent et croisent les miens. Il n'émet aucun réaction et me signifie de la main de le rejoindre. Je lisse mon jupon maculé de terre et me dirige à sa rencontre. Le soleil frais ne l'éblouit pas lorsqu'il suit froidement mon cheminement jusqu'aux abords de la fontaine. Je m'incline et le salue du mieux que ma triste condition le permet. Il prend une seconde pour me détailler.

- Le voleur s'est-il fait prendre ?

- Vous limiterez les pertes.

Silencieux l'un et l'autre, je suis heureuse de le retrouver en ces lieux.

- Que dirais-tu de faire quelques pas en ma compagnie ?

- J'en serai ravie mon Seigneur.

Il se lève et s'en va. Me laissant derrière lui à une distance raisonnable pour que je puisse l'entendre me parler. Nous prenons la direction de la roseraie.

Plusieurs minutes s'égrainent avant qu'il me d'adresse la parole.

- Il te faudra surveiller les aptitudes physiques du jeune Dimitri, le jauger. Il dispose d'un emblème très puissant, mais qui ne garantie pas la survie. Qu'as-tu à me dire ?

-Dimitri est rarement seul, un duscurien l'accompagne et veille à sa sécurité en permanence.

- Maudite race … Quoi d'autre ?

- La classe des lions compte également le jeune Fraldarius, un bretteur de très grande qualité.

- Cette maison ne sera pas un obstacle. Quoi d'autre ?

Je passe ainsi en revue chacun des membres de ma classe, noble ou roturier. Puis des autres classes, de ce que j'ai pu observer. Puis encore de mon professeur Byleth. Mais à chaque fois, il me répond toujours la même chose.

- Quoi d'autre ?

Fatiguée par la marche, je fais un pas de plus, rompant avec la distance processionnaire et l'implore.

- Que voulez-vous apprendre Seigneur ?

Il s'arrête.

- Ne saurais-tu donc pas comment me satisfaire ? Un temps aussi restreint à séjourner à Garreg Mach t'aurait-il fait perdre de vue, cette impérieuse priorité ?

- Non !

Sans m'en rendre compte, j'ai fortement tonné cette exclamation et me suis encore plus rapprochée de lui. Il faut dire que la douleur tambourine sans répit dans ma pauvre tête et que les tuméfactions se font sentir. Mais face à lui je sais très bien que je ne devrais laisser transparaitre aucune faille, aucun sentiment.

A contre jour, il lève son bras et tend ses doigts dans le vide. Pourtant derrière lui, j'incline la tête respectueusement et m'en vais déposer ma main valide dans la sienne. Puisque c'est lui alors je n'ai pas peur, je me sens simplement honteuse et misérable de ne pas parvenir à le combler.

De son autre main et en prenant un ton grave, il effleure ma joue, appuie sur mon menton et constate l'étendue de mes blessures.

- Tu aurais pu commencer par me raconter ce qu'il est advenu de ton visage.

Par réflexe je ferme les yeux, prostrée par ma honte d'apparaitre ainsi laide sous ses yeux.

- Cherches-tu à te défaire de moi Luna ? Non Seigneur, je vous assure, au contraire.

Je tourne les yeux, impossible de croiser son regard si dur alors que je me sens si faible et indigne.

- Bien au contraire…

Il sert davantage sa poigne sur mon menton et mes mâchoires meurtries se crispent.

- Un autre que nous a levé la main sur toi et a laissé ses marques partout sur ton corps. Penses-tu que cela soit satisfaisant Luna !?

- Je vous demande pardon Seigneur. Je sais vous avoir déçu et je si honteuse de vous infliger cette vision désagréable. Je vous en prie, je ferai ce qu'il faudra. Confiez moi vos envies et je les accomplirai.

Ces mots s'échappèrent de mes lèvres avec un gout de bile, une profonde amertume noyée dans les torrents de mes larmes.

Le Régent défait sa poigne de mon visage et vient caresser la pointe de mes cheveux.

- Tu m'appartiens Luna, entièrement, totalement et sans retenue. Je t'ai donné mon nom et il te vêtira de prestige même lorsque tu seras couverte de boue. Il terrorisera tes ennemis alors même que tu serais désarmée.

Au-dessus de nous, des oiseaux sifflotent un air que je n'avais pas entendu au monastère. Le vent raisonne dans les feuillages et fait frissonner ma peau.

- Alors, es-tu certaine de n'avoir rien d'autre à me dire?

Je mords mes lèvres tuméfiées, tant pis pour la douleur et me jette contre le lui. J'agrippe le tissus de son manteau dans ma poigne, comme j'aurai voulu saisir les cheveux de cette furie.

- C'est une brigiliène ! Les Aigles en comptent deux, j'avais mis à terre l'une d'entre elle et l'autre, la rapide, s'est jeté sur moi. J'allais lui échapper mais elle m'a saisi le poignet, me l'a brisé et m'a mise à terre. Puis elle a cogné, sans retenue ni mesure, cogné comme si elle voulait réveiller ses ancêtre à travers moi !

Peu de larmes coulèrent, ce qui s'écoula, ce fut ma colère.

- Hé hé. Voilà qui est mieux. Si ce n'est qu'une simple brigilienne, tu n'auras qu'à l'éliminer à la prochaine occasion. Leur vie n'a aucune valeur.

Mon Seigneur a sourit, il a même rit. Puis j'ajoute.

- Cela me fait songer au professeur Hanneman.

- L'emblématien ?

- Précisément.

Je me recule.

- Il a profité de mon sommeil après la bataille pour faire des expérimentations et a découvert pour mon emblème.

Face à moi, le Régent se semble absolument pas perturbé, au contraire tout cela l'amuse.

- Et il m'a présenté une autre jeune fille qui porte le même emblème que moi ! C'est ce qu'il m'a dit en tout cas.

- Il n'est pas identique : celui qu'elle possède est issu de son ascendance directe. Il est mineur et altéré. Tout cela est sans comparaison avec le tient, le sceau de la lune qui amplifie ton emblème te procure bien plus de pouvoirs. La différence qui vous sépare est considérable.

Je prends une pause et dépose ma joue la moins douloureuse contre sa poitrine.

- En outre, elle ne dispose pas de cette phobie qui te permets de le déclencher à sa pleine puissance.

Le Régent caresse mes cheveux réchauffés par le soleil déjà bien haut.

- Ce n'est, tout au plus, qu'une simple prêtresse qui peut se réjouir d'avoir en elle un héritage atypique. Toi, tu es ce qu'il y a de plus démoniaque en ce triste monde. Un fantastique apocalypse en devenir.

En disant cela, ses doigts s'enfoncent dans mes boucles et viennent saisir les contours de ma nuque.

- Mais avant de te laisser déverser cet apocalypse sur Fodlán, j'ai une nouvelle mission à te confier.

Il fait glisser mon bras dans le sien et nous entraine tous les deux vers l'orée du bois.

- Très prochainement tu entendras le nom de « Lonato », les élèves du Monastère seront probablement sollicités pour une expédition à laquelle tu devras participer. Mais tu n'y participeras pas seule, je te ferai assigner une escouade de gens de confiance et dotés d'une certaine capacité. Tout ce que tu auras à faire c'est de prétendre les commander dans la bataille que vous livrerez contre Lonato. Fait en sorte de t'approcher de lui, ne lui porte pas le coup fatal mais approche toi de sa dépouille et surtout, surtout Luna, laisse la voie libre au chef d'escouade.

Je note scrupuleusement chacune de ses consignes dans ma mémoire et commence déjà à réfléchir à certaines alternatives. Il ne se répète pas, il sait que j'ai compris. Je ne pose aucune question et me contente de régler mes pas sur les siens.

Nous passons les premiers arbres hauts et l'air se rafraîchit, le soleil est occulté par les branchages.

- Il te faut retourner au Monastère à présent, et te soigner pour pouvoir participer à la bataille, ce sera une occasion unique alors ne faillis pas.

- Cela vous satisfera-t-il Seigneur ?

Il porte délicatement mes doigts à ses lèvres et m'honore d'un baiser.

- Cela ma siéra.

- Alors je vous prie de considérer cette besogne comme accomplie.

- Fort bien.

Le Régent se saisi alors d'un petit parchemin roulé et me l'offre. Je le déballe et commence à lire les écritures invocatrices, puis il m'arrête.

- Ce sont les mots emprunts de magies qui te permettent de rentrer au Monastère, si tu les termines, le sort s'accompliras. Il te reste un devoir à honorer ici.

- Quel est-il, Seigneur ?

Il dépose ma main sur sa poitrine et plonge ses yeux lumineux dans les miens, emprunts de nuit.

- Dire au-revoir à ton père.

La commissure de mes lèvres abîmées se fend pour dessiner un semblant de sourire malgré les blessures.

Il me laisse m'appuyer sur lui et resserrer mon étreinte pour pouvoir me hisser sur la pointe des pieds. Bien que petite, j'ai la taille suffisante pour l'atteindre et déposer un baiser sur sa joue. Je le fais durer, ce baiser chaste, durer pour pouvoir sentir son parfum et ses cheveux de soie onduler sur mon front.

- Va t'en à présent, rejoins le Monastère et amuse toi de ces manigances qui profilent notre dessein suprême.

Nous échangeons un sourire et je termine la lecture du sort en indiquant à la magie de me guider à Garreg Mach.

Le visage du Régent disparait dans un torrent lumineux qui me transporte à nouveau dans ma petite chambre, sombre et monastique.

Je pousse un profond soupire et constate que le faucon n'est plus là.

L'air du jardin du palais empli encore mes poumons, l'odeur du Régent hante toujours mes narines. C'est à peine si tout cela était réel, je douterais presque d'avoir fait cette promenade en sa compagnie. Mais elle s'est bel et bien déroulé puisqu'il m'a honoré d'une nouvelle mission. Alors pas le temps de tergiverser ou cultiver ma douleur. Je rassemble mes flacons de soins et les bandages dont je dispose pour filer en direction des douches.

Tous ces précieux élixirs tintent dans le seau en bois que je transporte à une main, ce n'est pas très évident. Dans les couloirs je croise quelques étudiants qui murmurent en me regardant, peu importe, je ferai en sorte de me rétablir vite.

Une fois dans les douches, je commande de l'eau chaude à la responsables de sanitaires. Elle constate mes blessures et accepte rapidement. En son absence, j'ai le temps de mettre au point certaines décoctions. Une pour les hématomes, une autre pour endormir la douleur et une potion pour donner une surdose de force à mon corps et accélérer la cicatrisation. J'inspecte que l'eau de la cuve des femmes soit bien froide et dispose les compresses tandis que la responsable revient avec une marmite d'eau fumante.

Une fois le paravent déplié, je profite de cette intimité pour retirer mes vêtements et inspecter mes plaies. A chaque contusion, mon poing se serre un peu plus fort. J'étale l'onguent odorant sur mes chaires meurtries et dépose le tissu de soie. Puis je me saisi de la louche et arrose d'eau brûlante la zone tout en récitant les mots.

Tout en criant les mots.

Je répète l'opération partout sur mon corps et jusqu'à ce que l'eau tiédisse. Enfin ce qu'il en reste. Grâce à la magie la brûlure n'agit pas, je me sers du feu aquatique pour rogner la plaie et réunir mes chaires. La soie quant à elle offrira à ma peau la même délicatesse que le tissage et l'encouragera à se reconstruire.

Ces pratiques sont nées de magies occultes que j'ai peaufiné avec le temps, avec les souffrances. Elles seules peuvent me soigner.

Le temps s'est écoulé comme les gouttes d'eau ont déserté ma peau. Sèche, j'attrape fébrilement le dernier flacon de potion et l'avale entièrement. Aucune formule n'est à prononcer, la force des ingrédients suffit. La température de mon corps augmente et des flots de condensation émergent de mes entrailles. Je ne me soigne que par le feu. Il court et circule partout en moi. Il me ravage et me dévore, réveillant chaque parcelle de magie pour l'obliger à combattre mes blessures.

Il faut que je tienne, jusqu'au bout, jusqu'au déferlement complet de mes forces. Mes paumes s'enflamment et je cours me jeter dans la cuve d'eau froide.

Comme une lame forgée de l'intérieur, mon corps se cautérise de lui-même et les plaies refermées se durcissent.

Refroidie, je m'extrait du liquide et teste ma mobilité. Je saisi le miroir posé sur la faïence luisante et constate que mon oeil et mes lèves ont dégonflé. J'ai de légères croutes sur l'arrête du nez, sous le sourcil et sur ma lèvre inférieure. Il en va de même sur mon corps, je serai remise dans peu de jours.

De retour dans ma chambre, emmaillotée dans une serviette de coton épais et les cheveux propres, je décide de me vêtir simplement. Dans mon coffre à vêtements, je m'empare d'une longue robe verte et ivoire, l'enfile et noue ma ceinture de cuir. Je vérifie que j'ai tout : un panier, mon ombrelle, mon carnet, un fusain et ma bourse. Tout est prêt, je peux enfin quitter ma chambre sans claudiquer.

Avant de quitter les dortoirs, je dépose le sac de lin contenant mon uniforme dans le casier des lavandières et descend les escaliers.

Dehors, le soleil illumine le monastère qui s'agite doucement en préparation de la journée à venir. Les cours vont bientôt commencer alors j'accélère le pas en direction du marché.

Les grilles se soulèvent et j'ouvre mon ombrelle pour atténuer la luminosité. Il y a beaucoup de passage et je me faufile jusqu'aux étales de fruits et légumes.

Je prends… des graines, des noix !

Mmmmmh… d'autres graines et puis deux pêches !

Ma bourse s'allège mais mon panier se rempli.

Une fois les marches gravies, je fais un petit détour vers l'étang et constate que l'eau est bien poissonneuse avant de dépasser les petits massifs de fleurs. Devant la serre, je pousse les portes, l'ambiance végétale y est toujours aussi agréable et je me réjouis de pouvoir respirer sans douleur. J'attrape mon carnet et note prestement les noms inscrits sur les tablettes d'ardoise, je tente de les répertorier selon leur allures mais j'ai vraiment envie d'en apprendre plus sur leurs potentiel ! La responsable de la serre n'est pas loin alors j'en profite pour lui formuler une petite demande qu'elle prend avec étonnement. En échange de graines, je souhaite qu'elle me fournisse une feuille de chaque spécimen de la serre. Les mains dans la terre elle m'avoue ne pas connaitre le mot « herbier » mais peu importe, elle m'indique un petit cageot de bois dans lequel elle les mettra. Parfait.

Tout ceci accompli, je m'en vais porter ces denrées en sécurité. Enfin, presque toutes ces denrées. Je n'ai pas résisté et seulement une seule pêche arrivera jusqu'à ma chambre. Sa comparse, juteuse à souhait, a déjà été dévoré !

Je referme la fenêtre et vide soigneusement mon panier. Les noix dans ce bocal, le noyau de pêche dans l'autre et le sachet de graines par là.

Il faut que je file la cloche va …

/ toc …. tooooc /

C'est l'interpellation la moins convaincu qu'il soit.

J'ouvre la porte et prend sur moi pour ne pas la refermer aussitôt. A peine ai-je aperçu les cheveux nattés de Marianne que l'envie pressante de déguerpir m'a envahit. Mais je suis parvenue à me retenir de lui claquer la porte au nez.

Immobile et pourtant repliée, elle semble perdue dans ses propres intentions. Je soupire et souhaite mettre un terme rapide à cette visite.

- En quoi puis-je vous être utile Marianne ?

Elle adresse une prière silencieuse et parvient enfin à articuler certains mots.

- Je ne suis pas digne de vous adresser la parole…. Et vous avez guéri …

J'hausse un sourcil.

- Parlez-vous de guérison ? Pensiez-vous pouvoir m'aider en ce sens ?

Si elle porte effectivement le même emblème que moi le recours à cette magie ne devrait pas pouvoir lui être… Soudain les paroles du Régent me reviennent en mémoire. J'étais bien trop absorbée par sa présence que je suis passée à côté de ce détail.

- Marianne, pouvez-vous utiliser la magie religieuse ?

Elle glisse une mèche derrière son oreille et dévoile encore davantage ses cernes noirâtres. Puis elle hoche la tête.

C'est impossible… Jamais je n'y suis parvenue. Pourquoi elle, serait capable d'un tel prodige ?

Je lui tend la main et l'invite à la étayer ses dires. Tant pis si je dois à nouveau noyer ma douleur dans le feu de l'eau, mais je dois en être sûre.

Marianne glisse sa peau contre la mienne et l'éclat de sa magie illumine le néant qui nous lie. Pour la première fois, je sens la déferlante clarté se propager en moi. En une respiration et sans aucune sensation, elle annule tous mes dégâts et laisse ma peau immaculée.

Les larmes aux yeux, c'est comme si son emblème parlait au mien, comme s'ils s'étaient reconnus. J'ai alors la conviction que Marianne et moi sommes liées, comme les deux cormes de la Bête.

Une fois l'invocation achevée je lui saisi le poignet et l'exhorte, hors d'haleine.

- Apprenez-moi !

/

Une nouvelle semaine débute au Monastère en cette fin de mois de la Harpe.

J'ai pu participer aux leçons de tutorat et faire profil bas, du mieux que je le peux. Certains autres élèves (notamment Félix et Sylvain) testent ma patience sans répit. Surtout depuis que j'ai du faire l'aveux de ma phobie devant toute la classe. C'est tout ce que j'ai pu concéder, impensable pour moi de leur parler de mon emblème. Ils ont tous trouvé cela étrange: une élève officier qui ne supporte pas la vu du s…. Ils m'ont posé milles et unes questions, plus farfelues les unes que les autres mais un seul est resté silencieux. Il devait s'en douter, depuis le temps, il devait sentir qu'une telle pathologie m'habitait. Dimitri ne m'a pas échangé un mot durant ces semaines où je me suis efforcée de faire bonne figure. En revanche, j'ai dû supporté les questions incessantes d'Annette.

Oui le simple mot de « s… » déclenche ma phobie.

Oui la phobie efface l'un après l'autre les visages de ceux qui m'entourent et partout je ne vois que du s….

Non je n'ai plus conscience de ce que je fais.

Oui c'est douloureux.

Non je ne me souviens pas avoir vécu autrement.

Fort heureusement le professeur Byleth continue de me consacrer certaines soirées pour que nous puissions nous exercer à deux, ou à trois, selon l'humeur du professeur Jeritza. Plus ou moins meurtrière.

Hier, j'ai tenté d'échapper au séminaire dispensé par le professeur Hanneman mais ma malchance habituelle m'a fait (littéralement) tomber sur lui dans les escaliers. Impossible donc de m'y soustraire.

Nous effectuons nos derniers entrainements avant de partir pour notre mission dès les prochains jours.

Le faucon plane doucement vers les montagnes et je m'en vais revêtir ma cape pour l'expédition.

Destination : Le Canyon rouge.