La nuit était tombée, lourde, silencieuse : pesante. La lune projetait sa lumière sur les arbres dont les feuilles filtraient les rayons. Au sol, les ombres se faisaient inquiétantes, menaçantes. Seule, dans la pénombre de la forêt, entourée seulement par ces ombres et le bruit de quelques animaux encore éveillés à cette heure tardive, Hermione Granger tremblait de froid, autant que de peur.
Elle s'était enfuie de Malfoy Manor quelques heures auparavant – quand exactement, elle était incapable de le dire- sauvée par ce mystérieux mangemort. Dès lors, son esprit n'avait cessé de tourner et retourner la question dans tous les sens : qui était cet homme ? Durant toutes ces semaines de captivité elle ne se souvenait pas l'avoir jamais vu. Pourquoi l'avait-il aidée de cette façon, au risque de sa propre vie ? Un acte de générosité ? C'était tellement inmangemoresque …[note de l'auteur] Pourtant il l'avait sauvée, temporairement peut-être si elle ne parvenait pas à se rendre en lieu sûr, mais il l'avait tout de même sauvée.
Lorsqu'il avait disparu, la laissant seule et libre de s'enfuir, Hermione n'avait pas vraiment pris le temps de réfléchir. L'inconnu lui avait déconseillé de transplâner afin de ne pas se faire remarquer et elle avait décidé de lui faire confiance. Aussi vite que possible, elle s'était élancée vers la forêt entourant Malfoy Manor. Il ne lui avait fallu que peu de temps pour comprendre que sa disparition venait d'être remarquée et que bientôt, très vite, ils se mettraient à sa recherche.
Son dos, ses jambes, tout son corps lui faisait horriblement mal. Pendant des semaines entières, Hermione avait subi le sadisme extrême de Voldemort autant que de ses serviteurs. Tous s'en étaient donné à cœur joie, en particulier Bellatrix Lestrange. Quelques jours auparavant, un autre homme s'était acharné sur elle. Trop épuisée, la jeune sorcière n'avait pas pu enregistrer le nom du mangemort, mais quelque chose dans son attitude la laissait croire que c'était lui. Celui en qui elle avait jadis tant eu confiance, celui à qui le grand Albus Dumbledore lui même avait accordé sa confiance, cet homme qui les avait trahis, tous celui que tous connaissaient comme l'un des plus grands Maîtres de Potions : Severus Snape. La douleur n'en avait été que plus atroce : était-ce parce que l'individu s'était montré plus virulent en lançant ce sortilège ou n'était-ce que ce sentiment de trahison qui la rongeait un peu plus ? Mais après des semaines à endurer ces mauvais traitements répétitifs, son corps trop abîmé, avait commencé à céder, peu à peu, ses forces à l'abandonner. Puis, son esprit avait glissé, lentement, vers le néant.
A présent, Hermione Granger, réputée comme étant la sorcière la plus intelligente de sa génération se tenait là, recroquevillée au milieu des feuilles qui s'étalaient sur le sol, avec pour seule lumière un minuscule feu portable que, du peu de force qu'il lui restait, elle avait réussi à conjurer. Sa course effrénée pour fuir, consciente que les disciples du Seigneur des Ténèbres la suivaient de près, l'avait affaiblie un peu plus, si cela était seulement possible. Et maintenant que la nuit était tombée, la jeune femme ne désirait plus qu'une chose : dormir. Dormir pour oublier l'inquiétude, le peine, la douleur. Dormir pour le plaisir de se reposer. Mais elle ne pouvait pas dormir : c'était trop risqué : et s'ils arrivaient, s'ils la retrouvaient, la ramenaient face à leur Maître ? Nul doute qu'il la tuerait une bonne fois pour toute.
Soudain, une chouette au plumage extrêmement sombre vint se poser près d'elle. Le regard perdu au loin, dans la mer de souvenirs qui l'envahissaient, Hermione caressa distraitement l'animal. Soudainement, celui-ci cacha sa tête derrière son aile, comme pour mimer l'action de dormir. Voyant qu'Hermione ne réagissait pas, l'animal lui mordit gentiment la main avant de répéter le geste. La sorcière reporta son attention sur l'animal qui, pour la troisième fois, répétait son étrange manège.
Tu veux que je me repose ? souffla-t-elle, effrayée à l'idée de parler trop fort.
Pour toute réponse, la chouette se contenta de hululer et de secouer sa tête comme pour répondre par l'affirmative.
Je ne peux pas, ils … pourraient me trouver et …
Dans un sursaut d'excitation, l'animal se mit à voleter autour d'Hermione, donnant de bruyant coups d'ailes et lui mordillant visage et cheveux.
Tu me réveillerais ? Mais …
Quelques secondes passèrent pendant lesquelles Hermione réfléchissait. Sa raison lui soufflait de ne pas céder, de ne pas s'abandonner dans les bras de Morphée : c'était bien trop dangereux. D'un autre côté, elle était si fatiguée. Tellement fatiguée qu'il semblait peu probable qu'elle put continuer sa course folle le lendemain. Mais finalement, ses pensées furent interrompues quand, trop épuisée, le sommeil eut raison d'elle.
Après un certain temps, néanmoins, la jeune femme fut réveillée par l'oiseau qui lui mordillait le visage, tentait de lui tirer les cheveux pour attirer son attention. Dans un sursaut, Hermione s'éveilla et se saisit de sa baguette. Ils arrivaient, elle pouvait entendre leurs cris, qui l'appelant d'un ton goguenard, se rapprochaient d'elle. Il fallait s'enfuir, aussi vite que possible. Sans un regard pour l'animal ni une pensée pour la douleur qui se saisissait de son corps, Hermione se lança dans les pénombres, le cœur battant violemment dans sa poitrine. Elle courait à présent pour sa vie : s'ils la retrouvaient, elle savait ce qu'il adviendrait d'elle … L'idée même la révoltait. Il était temps de fuir.
Au rythme de chacune de ses folles foulées, son cœur cognait chaque fois un peu plus fort dans sa poitrine, menaçant de briser sa cage thoracique. Dans l'air, son souffle rapide dessinait de petits nuages de fumée blanche. Derrière elle elle les entendait encore et, elle ignorait si c'était réel ou si ça n'était qu'un effet de son imagination, il lui semblait qu'ils étaient chaque fois un peu plus près, plus proches de se saisir d'elle et de faire d'elle, une fois de plus, la victime de leurs sévices avant enfin de l'exterminer. Il fallait qu'elle parvienne à s'éloigner suffisamment, qu'elle arrive à les semer : cela paraissait pourtant si compliqué... A ses oreilles, une voix grave lui rappelait « Evitez de transplaner, autant que possible. Ne transplanez que pour fuir d'ici. Ensuite, abstenez-vous en, vous seriez trop repérable. » Pourtant, et si transplaner était la seule solution pour s'enfuir de ce cauchemar ? Et si, en calculant bien, elle parvenait à gagner assez de temps pour leur échapper, se mettre à l'abri ? Mais où aller ? Aller chez elle semblait hors de question : sans aucun doute ils l'y attendraient en premier lieu. Il en allait évidemment de même pour le Terrier. Harry n'était sûrement plus chez les Dursley... A l'heure actuelle il serait sûrement …. au square Grimmaud ! A moins que l'école n'aie déjà repris ? Mais elle ne pouvait bien sûr pas transplâner dans Poudlard … Et elle ne pouvait pas être sûre que personne ne l'y attendrait. Elle avait déjà sous-estimé les hommes de Voldemort et ç'avait été l'une de ses plus grandes erreurs.
En toute objectivité, le square Grimmaud paraissait donc l'idée la plus simple. Si elle transplanait assez loin du numéro douze, elle parviendrait sûrement à ne pas attirer l'attention sur le quartier général de l'ordre du phénix, ensuite, il lui suffirait de courir aussi vite que possible avant qu'un quelconque mangemort n'aie le temps de réagir. C'était, semblait-il, sa seule porte de sortie.
Là-bas, derrière un arbre, Hermione aperçut une silhouette qui se détachait dans l'ombre et semblait s'avancer dans sa direction. Sans réfléchir, Hermione se concentra sur un pâté de maison, non loin du square Grimmaud et transplâna.
Dans l'obscurité, seul le clair de lune éclairait faiblement les toîts des maisons environnantes, rendant toute orientation extrêmement difficulte. L'espace d'un moment, Hermione se tint immobile, cherchant à prendre des repères. Puis, soudainement, comme si elle réalisait qu'elle n'avait pas le temps d'attendre, oubliant la fatigue et la douleur qui la submergeaient et entravaient ses mouvements, la jeune femme se lança sur la route, avec toute la force et la vitesse que lui permettaient ses membres meurtris. A de nombreuses reprises, elle trébucha contre le bitume de ce quartier résidentiel dans lequel toutes les lumières étaient éteintes. Et puis enfin, elle tourna à gauche et, dans un dernier effort se lança dans cette dernière ligne droite qui la mènerait à son refuge, son havre de paix, le seul endroit où elle se trouverait en sécurité : le 12 square Grimmaud. D'un geste précipité, elle ouvrit à la volée la lourde porte de la maison qui avait jadis appartenu à Sirius Back et était désormais la propriété de Harry, le lieu de réunion de l'Ordre du Phénix. Quand enfin elle fut à l'intérieur, la porte refermée derrière elle, son regard accrocha vaguement une forme indistincte et deux billes noires avant que les ténèbres ne l'engloutissent. Ses forces l'avaient lâchée. Epuisée par chaque sévice enduré au cours de sa captivité autant que par cette course folle contre la mort, Hermione Granger avait perdu connaissance sous les yeux ébahis de son professeur de potions.
Désolée pour ce post tardif : j'ai été plutôt très occupée ... Et désolée pour ce chapitre qui est, je le crains, moins intéressant que le reste... Je ferai mieux au prochain, promis !
